Introduction à la seconde partie
p. 81-82
Texte intégral
1Cette seconde partie est composée de quatre études de cas qui mobilisent les outils de la sociologie des politiques éducatives pour comprendre la conception de ces politiques, leur forme et leur contenu. Dans cette seconde partie, les auteurs montrent que les contextes sont déterminants pour comprendre la façon dont l’action publique est construite et déterminée par les institutions politiques, la nature des systèmes éducatifs et le poids des acteurs collectifs qui interviennent, à des degrés divers. Les contributions mettent aussi en évidence le poids de la circulation des idées au niveau international qui, de plus en plus, tend à définir le champ des possibles pour l’action publique en éducation au sein des différents contextes nationaux.
2La contribution de Felouzis, Revaz et Fouquet-Chauprade met en évidence la façon dont le régime politique imprime fortement sa marque sur les processus de réforme de l’enseignement secondaire. Celle de Buisson-Fenet souligne quant à elle l’empreinte de l’évolution de la profession et de l’identité du métier d’enseignant spécialisé sur la fabrique de l’école inclusive, dont les principes directeurs circulent à l’échelle internationale. Wentzel montre combien l’institution scolaire est stable et le changement incrémental, même dans un contexte de crise marqué par une forte pénurie d’enseignants. Enfin, le poids des institutions politiques et scolaires est une fois de plus illustré dans la contribution de Rika et Friant, qui met en lumière la façon dont un même modèle peut être interprété et appliqué différemment dans deux contextes.
3Dans le foisonnement des concepts mobilisables pour comprendre ces processus, trois sont ici centraux.
4Le problème public est un concept central dans cette deuxième partie, dans laquelle les auteurs montrent qu’il est toujours le fruit d’une construction sociale et politique qui peut prendre des formes variées : mobilisation d’entrepreneurs de cause, importation de nouvelles normativités produites par des instances ou institutions internationales, mouvements sociaux, évolution des professions et des attentes qui leur sont adressées, pour ne citer que les principales. Les problèmes publics et les modalités de leur construction constituent ainsi une dimension essentielle de la conception des politiques ; elles sont déterminantes dans la trajectoire des politiques et dans les modalités d’interaction des différents acteurs de l’action publique.
5Le concept d’hybridation est également au cœur des études de cas développées. Il désigne les adaptations nationales et locales d’idées ou de référentiels circulant au niveau international. Les auteurs illustrent la façon dont certains grands principes scolaires – l’inclusion, le tronc commun ou les filières – sont diversement interprétés dans plusieurs contextes nationaux. Parmi les débats internationaux qui touchent au domaine scolaire, celui qui concerne la nature et la durée du tronc commun dans la scolarité reste vif, comme celui sur l’inclusion scolaire ou encore la question de la pénurie d’enseignants. Ces débats prennent des formes différentes dans les contextes nationaux étudiés. Ils trouvent aussi des réponses contrastées dès lors que celles-ci dépendent de la nature des institutions politiques – plus ou moins centralisées, plus ou moins participatives, etc. – et des systèmes éducatifs.
6La nature et la forme des institutions sont donc déterminantes pour comprendre la conception des politiques éducatives. Les cas nationaux et locaux développés dans cette partie – le canton de Genève, la France, le Québec, la communauté Wallonie-Bruxelles et l’Albanie – montrent que la compréhension de l’action publique passe inévitablement par le prisme de ces institutions. La démocratie participative suisse imprime fortement sa marque sur les processus de conception et de fabrication de la réforme du secondaire obligatoire à Genève, comme l’histoire politique de l’Albanie communiste se reflète profondément dans l’action publique actuelle du pays. C’est ainsi que la circulation internationale des idées et des modèles n’obéit pas à un simple processus de transfert ou de « opier-coller ». C’est toujours dans le local que l’action publique se conçoit et se déploie.
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