Noticias del sitio : les sièges de 1870 au prisme de la presse satirique cubaine
p. 379-390
Texte intégral
1Que le 27 novembre 1870, l’une des deux revues satiriques cubaines, alors publiées à La Havane, offre à ses souscripteurs un plan des fortifications du Paris assiégé « pour suivre pas à pas les observations de la guerre franco-prussienne » en dit long de l’intérêt public suscité dans l’Île par ce conflit européen, mais aussi de la capacité de cette même presse à entretenir et à cultiver l’appétence de ses lecteurs pour le sujet. Il faut bien reconnaître que cette dernière n’a pas ménagé sa peine. Alors que La Havane, connectée depuis 1867 au réseau télégraphique transatlantique1, était abreuvée en informations de tout type sur les préliminaires, le déroulement et la conclusion des hostilités, El Moro Muza (1859-1876) et Juan Palomo (1869-1874) – les deux revues concernées – se sont très vite emparés de cette actualité pour en proposer une couverture médiatique aussi intensive que pérenne2.
2De ce point de vue, le type de carte choisie comme cadeau – celle des fortifications du Paris assiégé et non, par exemple, du Nord-Est de la France – n’est pas non plus anodin. Dans le cadre de l’abondant discours qu’elle consacre à la guerre franco-allemande, la presse satirique cubaine octroie en effet aux sièges une place qui, sans être prépondérante, n’en demeure pas moins remarquable. À partir de la chute de Sedan, les références à ce type d’opération militaire sont récurrentes, à tel point qu’il ne se passe pas une semaine sans que El Moro Muza et/ou Juan Palomo évoquent tel ou tel siège, que ce soit dans leurs entrefilets – plus de 80 au total –, dans leurs articles de fond – à un rythme parfois soutenu comme au cours des mois d’octobre et de novembre 1870 où nous avons pu en comptabiliser 14 – ou dans leurs caricatures – 14, là aussi, évoquent les villes assiégées avant l’armistice3. Et si une certaine focalisation sur le siège parisien peut être identifiée, celle-ci n’a rien de systématique. L’incendie de Laon a ainsi donné lieu à un article de fond, tandis que les sièges de Strasbourg, de Sedan et de Metz sont respectivement évoqués à au moins 3, 10 et 14 reprises – tous types d’articles confondus. La mémoire de ces autres sièges est même entretenue après la guerre stricto sensu : le siège de Metz est encore évoqué en février 1871 et une caricature de mars 1871 construit, sur un mode allégorique, une topographie des places assiégées en province, dont Belfort (figure 1). Autant d’éléments qui viennent donc consacrer, pour la presse satirique cubaine, l’importance de ces théâtres de la guerre franco-allemande.
Fig. 1. – El Moro Muza, 5 mars 1871.

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3L’objectif de ce chapitre est d’ailleurs d’interroger cet abondant et – tout du moins formellement – hétérogène matériel, qui présente le double intérêt de porter un regard mordant et distancé sur cette réalité qu’est la « guerre de siège » franco-allemande. Mordant car c’est bien sûr le propre de la presse satirique de l’époque que de mettre en lumière, par le recours à l’humour, « les fissures de l’ordre public4 » ; et distancé car Cuba est non seulement éloignée du théâtre des opérations d’un point de vue géographique mais que, dépendante de l’Espagne – puissance européenne de second rang ne s’impliquant d’ailleurs pas directement dans le conflit –, elle vit alors sa première guerre d’indépendance : une longue guerre de dix ans, très médiatisée par la presse satirique cubaine, et que la guerre franco-allemande vient justement concurrencer5. Plus précisément, nous entendons démontrer que, parmi le large éventail de réappropriations nationales et régionales qu’a pu générer le conflit de 18706, la couverture des sièges proposée à Cuba entre septembre 1870 et janvier 1871 a donné lieu à un traitement spécifique, qui peut être lu comme un laboratoire satirique et politique pour nos revues. C’est en effet à la construction d’un double discours que ce sont attelés les rédacteurs de Juan Palomo et de El Moro Muza, notamment leur directeur respectif, Juan Ortega Gironés et Juan Martínez Villergas, ainsi que leur caricaturiste commun, Víctor Patricio Landaluze7. Largement articulé aux événements, le premier de ces discours, léger en apparence, façonne en réalité pour le lecteur havanais un imaginaire de la guerre de 1870 lié au siège parisien. Le second, plus incisif, est, quant à lui, un contre-discours sur les sièges, que la presse satirique cubaine mobilise pour ses propres combats politiques coloniaux.
Les dépêches satiriques : la cristallisation d’un imaginaire du siège
4Le premier type de discours satirique sur les sièges de la guerre franco-allemande est profondément marqué par la forme sous laquelle il se présente dans les revues cubaines de l’époque : celle des entrefilets. Il s’agit de textes brefs qui, réagissant à chaud à l’actualité du moment, offrent des sièges une vision amusée, dont rend bien compte cet exemple – un parmi tant d’autres – pioché dans Juan Palomo :
« Lorsque Metz s’est rendue, il y avait dans la ville 19 000 malades et 35 000 personnes avaient péri durant le siège, nombre d’entre elles par manque de soins.
Le sucre coûtait 30 francs la livre, le sel 15, un oignon 60 centimes, une pomme de terre 45.
Suite à la capitulation, le roi Guillaume a octroyé le titre de comte au général Moltke.Suite à la capitulation, le général Moltke a été fait comte par le roi Guillaume.
Mon dieu, ce que la guerre peut entraîner comme barbarie !
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Ah ! On raconte aussi qu’un porc s’est vendu 748 francs.
Avec sa reddition, Bazaine se serait-il vendu ?
Les prix ont atteint de tels sommets, que ce n’est pas exclu8… ! »
Parodiant le principe même des dépêches télégraphiques à travers la juxtaposition d’informations diverses sur le dénouement du siège de Metz – nombre de blessés et de morts, situation sanitaire sur place, prix des denrées alimentaires, etc. –, cet entrefilet cible tout particulièrement la figure du général Bazaine, lequel fait ici l’objet d’une charge marquée : non seulement il se retrouve insulté de par la comparaison avec un porc, mais sa défaite y est implicitement présentée comme une trahison, le porc en question ayant été monnayé contre une somme fort conséquente9.
5Plus précisément, la façon dont les entrefilets rendent compte des sièges relève d’une poétique du détail : ils se saisissent d’un élément factuel ou d’un épisode précis en lien avec les sièges, qu’ils commentent et sur lequel ils exercent leur esprit, dans une démarche qui privilégie le trait d’humour. Il en va ainsi le 18 décembre 1870 dans Juan Palomo :
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« On dit que Paris manque de tout sauf de grain.
Et pour cause ! La variole s’y est déclarée10… »
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Si « on dit que Paris manque de tout sauf de grain », c’est que la polysémie du mot grano en espagnol – à la fois le grain et le bouton – permet de tourner en dérision, aussi bien la pénurie alimentaire que l’épidémie de variole qui se propage alors dans la capitale française.
6Un deuxième procédé est à l’œuvre dans cet autre entrefilet du 1er janvier 1871 relatif au déroulement du siège de Paris :
« LONDRES. – Les Français qui étaient assiégés dans Paris se sont tellement portés en avant qu’ils ont fini par assiéger le roi Guillaume à Versailles (cette information provient de Gambetta et, par conséquent, même une fois confirmée, elle devra être mise en quarantaine)11. »
7Paru dans El Moro Muza, il ironise, par le double recours à l’exagération, à la fois sur le prolongement sans fin du siège de la capitale et sur la propagande triomphaliste du gouvernement de la Défense nationale. Ancrés dans l’actualité, ces entrefilets relèvent presque de l’exercice de style : dans une surenchère de traits d’esprit, l’ingéniosité y rivalise avec l’économie de moyens et, ce, pour faire rire, ou tout au moins sourire, le lecteur.
8Pour autant, ne sous-estimons pas la valeur et l’importance historiques de ce type de textes brefs à vocation humoristique. D’abord parce que, de manière générale, ils jouissent d’un statut à part dans l’économie générale des hebdomadaires cubains. Ces entrefilets, bien qu’également présents dans la presse satirique péninsulaire, sont surreprésentés dans nos revues. Ils y sont en effet réunis dans deux rubriques, stratégiquement situées : « Telegramas » et « Miscelánea » d’une part et « Menestra semanal » et « Sartenazos » d’autre part ouvrent et concluent respectivement chaque numéro de El Moro Muza et Juan Palomo. Ils occupent, de ce fait, un espace éditorial considérable, qui couvre systématiquement plusieurs colonnes, voire toute une page. Mais surtout, ce sont ces entrefilets qui assurent aux sièges de la guerre franco-allemande une couverture médiatique continue. À compter de la chute de Sedan, presque chaque semaine un ou plusieurs sièges sont mentionnés dans l’une de ces rubriques12, lesquelles ont ainsi cultivé l’intérêt de leur lectorat pour cette dimension bien spécifique du conflit.
9Plus encore, c’est justement par le biais de ces entrefilets rapides, sorte d’instantanés du siège parisien, que se façonne à Cuba un imaginaire de la guerre franco-allemande. Ou plutôt, conviendrait-il de dire, les revues satiriques cubaines participent à l’élaboration de cet imaginaire du siège à l’échelle globale, tant les convergences sont nombreuses avec celui qui cristallise au même moment en France et en Europe13. D’un entrefilet à un autre, Juan Palomo et El Moro Muza déclinent ainsi, tout en les mettant en valeur, différents motifs, plus spécifiquement liés au siège de Paris d’ailleurs, tels que les fortifications et les bombardements, les pigeons voyageurs et les montgolfières, ou encore la famine que subissent les assiégés14. Un sort particulier est même réservé au Jardin des Plantes – l’un des rares espaces mentionnés et, donc, proprement situés dans Paris – dont les fauves sont d’abord présentés comme moyen de défense puis comme moyen de ravitaillement pour les Parisiens15. Parfois les entrefilets jouent d’ailleurs sur plusieurs de ces aspects, comme dans cette dépêche satirique du 18 décembre 1870 où les pigeons voyageurs servent, selon El Moro Muza, à acheminer les nouvelles et à… ravitailler les Parisiens :
« PARIS. – Ô bonheur ! Deux pigeons viennent d’arriver. Certes, ils n’apportent pas de bonnes nouvelles, mais ils serviront à augmenter les provisions de cette place forte16. »
10Mais au-delà du nombre d’occurrences consacrées à tel ou tel élément factuel associé au siège de Paris, les deux revues attestent à d’autres niveaux de la manière dont ces entrefilets ont bel et bien fini par imprégner les mentalités à Cuba. De fait, ce nouvel imaginaire vient détourner d’anciens stéréotypes, déjà solidement ancrés. C’est notamment le cas du Paris capitale touristique, au cœur d’un entrefilet publié dans l’édition du 23 octobre 1870 de Juan Palomo : reprenant les codes des annonces commerciales de l’époque, cet entrefilet propose aux touristes anglais en voyage à Paris un hôtel tout confort… à l’abri des bombardements – autrement dit le péril qui menace toute personne se trouvant alors à Paris – et offre à ses clients un service de voiture de location pour pouvoir visiter… les fortifications – à savoir, l’un des hauts lieux de la ville assiégée. Autrement dit, le siège de Paris est devenu, au même titre que Notre-Dame ou les Champs Élysées, une attraction touristique ! Un autre détournement du même acabit est à l’œuvre le 4 novembre 1870, lorsque Juan Palomo fait part à ses lecteurs des aventures d’une couturière havanaise. Soucieuse de proposer à ses clientes des vêtements dernier cri, celle-ci a fait venir de Paris toute une panoplie de « costumes à la muraille, chapeaux bastion, manteaux montgolfière, capes en chair de mulet ». Et l’entrefilet de conclure par cette réaction de l’une des clientes : « Ah, mon pauvre mari ! Tu n’imagines pas ce qui t’attend. Que du luxe17 ! » Bien entendu, c’est ici le topos du Paris capitale de la mode qui est convoqué, mais désormais réinvesti en capitale de la guerre.
11La cristallisation de ce nouvel imaginaire du siège de Paris déborde même le cadre textuel puisqu’il structure bon nombre des représentations iconographiques de la guerre proposées dans les pages centrales de nos revues. Outre les gravures explicitement consacrées au départ de Gambetta en ballon (El Moro Muza, 30 octobre 1870) ou aux bombardements de Paris (Juan Palomo, 8 et 15 janvier 1871 ; El Moro Muza, 22 janvier 1871), les caricatures publiées mettent en scène la réalité du siège en alternant deux motifs iconographiques : l’allégorie de la capitale barricadée derrière ses enceintes, plus ou moins fortifiées d’ailleurs (figure 2), et le motif du casque à pointe pour dire l’encerclement et l’assaut de l’armée prussienne (figure 3)18. Il y a donc ici une correspondance directe entre l’image iconographique et les images textuelles que les entrefilets n’ont cessé de façonner tout au long de la guerre : celles qui décrivent la population française comme étant tour à tour « enfermée », « cloîtrée », « encerclée19 ».
Fig. 2. – Juan Palomo, 25 décembre 1870 (détail).

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Fig. 3. – Juan Palomo, 4 décembre 1870.

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12En revanche, cet imaginaire havanais du siège de Paris diffère de celui qui a cours en France et dans certains pays européens sur un point essentiel : il n’est pas articulé à une héroïsation des populations civiles qui subissent les sièges. Et encore moins à une exaltation du peuple français résistant au lendemain de l’avènement de la République, que donnent par exemple à voir, vers la même époque, les caricatures du Charivari (20 et 21 septembre 1870) ou même de Punch (17 septembre 1870), les deux grandes revues satiriques française et anglaise du moment. Il y a donc là un écart notable, que le second type de discours satirique, plus sérieux, développé à Cuba éclaire singulièrement.
La satire réflexive sur les sièges et la politisation de la guerre franco-allemande
13Parallèlement à la satire légère des entrefilets, les sièges de la guerre franco-allemande font également l’objet d’un second discours, plus sérieux et corrosif, qui se développe surtout dans les articles de fond de El Moro Muza entre début octobre et fin novembre 1870. Déployées sur une temporalité plus longue que celle qu’implique l’immédiateté des dépêches d’actualité, ces productions participent ainsi de la grande tradition du discours à charge de la presse satirique20.
14Cette satire réflexive liée aux sièges de la guerre est d’abord motivée à Cuba par des discours formulés en France, dont l’écho arrive à La Havane avec un certain délai – deux à trois semaines – à travers la presse péninsulaire et internationale acheminée par bateau vapeur. Il en va ainsi des propos de Victor Hugo après son retour à Paris le 5 septembre ou de ceux de Louis Blanc au peuple anglais du 2921 : tous deux critiquent la barbarie des Allemands prêts à anéantir Paris, et défendent l’idée selon laquelle un Paris assiégé devrait être exempté de bombardements en tant que capitale de la civilisation. Or, lorsqu’elles parviennent à Cuba, de telles justifications sont appréhendées en termes de chauvinisme français, comme lorsque El Moro Muza dénonce ce qu’il définit comme « des privilèges étranges pour Paris », avant de s’insurger en ces termes : « Il est vrai que Victor Hugo appelle Paris la capitale de la civilisation, mais il est temps que les nations européennes protestent contre cette fausse idée » (25 septembre 1870)22. Quant aux propos de Louis Blanc, ils font l’objet d’un article de El Moro Muza au titre programmatique : « Vive la modestie ! » (23 octobre 1870). L’auteur réagit longuement contre la supposée exceptionnalité du Paris assiégé dans le droit de la guerre, en pointant que « cette idée, en somme, selon laquelle le pays des Bonapartes [sic] aurait le monopole de la civilisation, personne ne peut l’avaler, pas même sous la forme de pilules23 ».
15Force est d’ailleurs de considérer que les propos de Victor Hugo et de Louis Blanc ainsi dénoncés ont effectivement eu bien du mal à passer à Cuba. Ils sont même implicitement rappelés dans une caricature de Víctor Patricio Landaluze pour El Moro Muza qui, à une date aussi tardive que le 22 janvier 1871, veille à croquer, au beau milieu du gouvernement de la Défense nationale pris sous les bombardements parisiens, un Victor Hugo à la mine pour le moins renfrognée (figure 4). Plus fondamentalement, cette prétendue supériorité française fait l’objet d’une large et abondante critique dans les revues satiriques cubaines : Napoléon III et la France impériale y demeurent régulièrement vilipendés dans de nombreux articles et caricatures, qui dénoncent tour à tour l’hypocrisie, l’arrogance et la morgue françaises24. En ce sens, la question des sièges s’inscrit donc dans le cadre d’un discours plus global que les revues satiriques cubaines développent sur le conflit franco-allemand : elle constitue l’un des angles d’attaque, au demeurant nombreux, mobilisés par El Moro Muza et Juan Palomo pour remettre en cause la primauté que, dans le même temps, la France s’arroge en tant que nation civilisée.
Fig. 4. – « El bombardeo de París », El Moro Muza, 22 janvier 1871 (détail).

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16Eu égard à ce contexte discursif général, la perspective adoptée par les hebdomadaires cubains sur les sièges de 1870 gagne toutefois en spécificité, notamment à partir du moment où, en France, s’opère publiquement un parallèle entre les sièges de la guerre en cours et celui de Saragosse de 1808-1809, pendant l’invasion napoléonienne25. Ce rejeu n’y a en effet pas seulement cours dans les milieux militaires républicains, que ce soit chez certains hauts gradés – il est au cœur de la stratégie défensive de Paris du général Trochu dès la fin août26 – ou chez des militaires de rang inférieur – le chef du bataillon de Belleville Gustave Flourens (La Discusión, 16 septembre 1870) et l’ancien artificier Fortuné Durand de Monestrol le convoquent également27. Certains discours politiques en sont aussi imprégnés – c’est le cas chez Victor Hugo28, Jules Favre ou Léon Gambetta29 –, sans oublier la presse de l’époque. Si dès le 13 septembre, Le Charivari ironise sur ce rapprochement dans le feuilleton de Louis Leroy La statue de Strasbourg30, Le Petit Journal, lui, le revendique : dans son édition du 7 octobre, sa rubrique de conseils aux assiégés parisiens est associée à une chronique consacrée aux sièges de « cités héroïques », dont la première n’est autre que – et pour le journaliste il ne pouvait en aller autrement – la ville de Saragosse. Quant au Journal Officiel de la République, il n’est pas en reste : le 19 octobre, Alfred de Tanouarn y publie à son tour une chronique sur « Le siège de Saragosse (1808-1809) », où la place de Numance est également revendiquée… En somme, Saragosse est bien, en France, dans l’air du temps, érigée en symbole de la résistance à outrance31.
17Or, la presse satirique cubaine s’inscrit justement en faux contre ce type de rapprochement, à l’image de la démarche mise en œuvre dans l’article de El Moro Muza « Correspondencia del otro mundo » paru le 13 novembre 187032. Outre le recours à l’ironie qui vient railler ce qui est perçu comme une imposture rhétorique (« je crois que les Parisiens auraient dû commencer par démolir leurs enceintes fortifiées et leurs forts extérieurs pour imiter, en ce qui concerne la défense de la ville, les habitants de Saragosse33 »), c’est en réalité à une réfutation en bonne et due forme que le lecteur a affaire. Les sièges de Metz et de Strasbourg (1870) d’une part et ceux de Gérone et d’Hostalrich (1809) d’autre part sont convoqués dans le cadre d’une longue chronique pour, grâce à une comparaison terme à terme – des topographies urbaines, des systèmes défensifs, des effectifs engagés, de la durée des opérations, du nombre des victimes, etc. –, rendre compte du fossé qui sépare les expériences françaises et espagnoles en matière de guerre de siège34.
18De ce point de vue, indiquons que El Moro Muza tend à puiser ses arguments dans un plus large éventail d’exemples historiques, lequel va bien au-delà du seul xixe siècle : les grands sièges de l’époque celtibère, comme les sièges de Sagonte ou de Numance, se retrouvent ainsi convoqués par opposition au siège de Laon (« Tampico, Paris y Londres », 16 octobre 1870), de même que les sièges de l’époque impériale, Pavie ou Saint-Quentin, deux victoires espagnoles sur la France, dont la chute de Sedan serait le pâle reflet (« Viva la modestia! », 23 octobre 1870)35. C’est donc plus fondamentalement un contre-discours que cette revue satirique déploie autour de la question des sièges et qu’elle oppose, à distance, à celui qui se construit en France. Un contre-discours finalement assez classique puisqu’il active, par la (re)mise en scène de l’antagonisme franco-espagnol, les ressorts du discours nationaliste élaboré dans la Péninsule à partir de la guerre d’Indépendance espagnole contre les troupes napoléoniennes (1808-1814)36 : l’exaltation des soldats et du peuple espagnols, aux dépens de l’héroïsme d’un peuple français pour lequel aucune marque d’empathie n’est formulée en 1870, contrairement à ce qui s’est produit dans d’autres pays européens non belligérants37.
19Et pour cause. Le fait que cet épisode clé de la guerre antinapoléonienne et du discours nationaliste espagnol fasse l’objet d’une réappropriation en France a sans nul doute fait vibrer une corde sensible chez les rédacteurs et journalistes de la presse satirique cubaine, voire de la presse espagnole en général puisque tout un éventail de réactions du même ordre – raillerie, ironie, critique, censure, etc. – peuvent être observées, à la même époque, dans la Péninsule, dans des journaux de tous bords. Mais dans ce concert de réactions hispaniques analogues, la levée de bouclier qui se fait jour à Cuba acquiert des résonances autres, dans la mesure où elle est articulée à un contexte bien spécifique : celui de la constitution, en octobre et novembre 1870, d’une légion de volontaires recrutés par le Parti républicain espagnol pour participer à la défense de la jeune République française assiégée38.
20Il va sans dire que ce projet, élaboré dans la Péninsule et porté par la presse républicaine fédéraliste, entre en conflit avec les intérêts des secteurs espagnolistes de l’Île, dont nos deux revues sont partie prenante, et qui réclament l’envoi de renforts en provenance de cette même Péninsule pour lutter contre les indépendantistes cubains. La création d’une telle légion, à laquelle El Moro Muza consacre d’ailleurs une caricature (23 octobre 1870), constitue même pour la presse satirique cubaine un casus belli, puisqu’elle est le dernier grief d’une liste autrement plus longue. Le parti républicain, qui est aux portes du pouvoir en Espagne suite à la candidature avortée du prince allemand Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, défend en effet, sur la question cubaine, l’autonomie de l’Île ainsi que l’abolition de l’esclavage, lesquelles s’avèrent inacceptables pour les espagnolistes à Cuba et constituent donc deux lignes rouges en 187039. Le directeur de El Moro Muza, Juan Martínez Villergas, ne manque d’ailleurs pas de le faire savoir : faisant passer son espagnolisme avant ses positions républicaines, il lance une virulente campagne de presse contre ses camarades de parti depuis Cuba40.
21En ce sens, le contre-discours réflexif proposé par El Moro Muza autour des sièges de la guerre franco-allemande est à appréhender en termes de politique intérieure. En déconstruisant la position que, à l’occasion de cette guerre de siège, la France s’auto-attribue à la tête de la civilisation et en réactivant l’ancienne rivalité entre la France et l’Espagne, la presse satirique cubaine viserait à écarter ce qui est perçu comme un danger pour le maintien de Cuba dans le giron colonial : la possible convergence entre républicanisme espagnol et français, tout comme la mobilisation concrète, dans le cadre de cette guerre de siège, du républicanisme espagnol en faveur du républicanisme français. Au détriment, donc, de la lutte contre les insurgés dans l’Île.
Conclusion
22Dans sa couverture médiatique du conflit franco-allemand, la presse satirique cubaine s’est donc bel et bien saisie de la réalité des sièges. Derrière leur apparente légèreté, les entrefilets et un certain nombre de caricatures ont tout d’abord joué sur la tension entre information et humour pour fournir une vision fragmentaire mais instantanée, très plastique, de cette réalité. Mis en réseau, cet ensemble de textes brefs a abouti à la fixation d’un imaginaire sur la guerre de 1870 à Cuba, autour d’une série de leitmotive liés à la capitale française assiégée, tels que les fortifications, les bombardements, les moyens de communication, la famine ou le Jardin des Plantes.
23Toutefois, l’évocation des villes assiégées a également servi, surtout à partir des mois d’octobre et de novembre 1870, d’argument tangible contre la prétendue grandeur de la France. Il s’agit alors, par ce biais, de revendiquer l’héroïcité des soldats espagnols, passée et à venir, à l’aune d’un discours désabusé qui fonctionne particulièrement bien auprès des secteurs espagnolistes insulaires. Dans le contexte de la guerre d’indépendance à Cuba, le conflit européen en effet vient ouvrir un nouveau front : le danger que constitue le républicanisme espagnol, en défendant des positions autonomistes et abolitionnistes pour l’Île, est exacerbé par le rapprochement de ce parti avec les républicains français. Autrement dit, la couverture médiatique de la guerre de siège par la presse satirique cubaine, tout en développant un imaginaire sur le siège de Paris a donc, in fine et surtout, servi les intérêts et la ligne éditoriale des deux revues.
24Début octobre, Le Petit Journal définissait la guerre des sièges comme étant « la lutte des peuples », celle « par où se révèle et se mesure le patriotisme d’une nation » (7 octobre 1870, p. 4). Et de ce point de vue, l’espagnolisme cubain a bien mobilisé, à son tour, un discours sur les sièges français pour mieux exalter le patriotisme, espagnol cette fois.
Notes de bas de page
1À ce titre, la capitale cubaine fait partie prenante de cet espace informé, identifié par Benjamin Furst et Renaud Meltz, où les nouvelles sur la guerre circulent dans de très brefs délais (cinq jours, au maximum). Dans le cas cubain, c’est même parfois au terme d’une seule journée que les informations en provenance du continent arrivent, via Londres et New York, à La Havane sous la forme de dépêches. Furst Benjamin et Meltz Renaud, « Hier tout allemands, nous voici tout français » : une opinion publique internationale de la France vaincue ? », in Nicolas Bourguinat, Alexandre Dupont et Gilles Vogt (dir.), La guerre de 1870, conflit européen, conflit global, Montrouge, Éditions du Bourg, 2020, p. 25-50.
2Gracia Marin Frédéric et Lafuente Eva, « Un regard transatlantique : les caricatures du conflit franco-allemand dans la presse satirique cubaine », in Nicolas Bourguinat, Alexandre Dupont et Gilles Vogt (dir.), op. cit., p. 95-112.
3Ce chiffre peut sembler réduit, sachant que chaque revue satirique consacre au moins deux de ses pages à l’illustration graphique. Il est toutefois sans commune mesure avec ce qui se fait dans la Péninsule : entre septembre 1870 et janvier 1871, les revues satiriques Gil Blas (Madrid) ou La Flaca (Barcelone) ne comptent aucune caricature sur les sièges de la guerre franco-allemande.
4Gantús Fausta, « Prensa satírica y poder político », Amnis, 4/2004, [http://journals.openedition.org/amnis/755], consulté le 20 août 2021.
5Connue sous le nom de guerre des Dix Ans, la première guerre d’Indépendance éclate à Cuba le 10 octobre 1868 avec le soulèvement de l’avocat et propriétaire terrien Carlos Manuel Céspedes. Jusqu’à la signature, dix ans plus tard, du Pacte dit du Zanjón, cette guerre a opposé indépendantistes et intégristes, c’est-à-dire les partisans de l’intégrité du territoire espagnol.
6Deluermoz Quentin, « La guerre franco-prussienne et la Commune de Paris, 1870-1871, événements médiatiques “globaux” du xixe siècle », Monde(s). Histoire, Espaces, Relations, no 16(2), 2019, p. 159-181.
7Tous trois d’origine péninsulaire, ce sont d’ardents défenseurs de la domination espagnole sur Cuba. Ortega Gironés (?-1900) est également connu en tant qu’avocat et collaborateur de différents organes de presse péninsulaire et cubaine ; Martínez Villergas (1817-1894) cumule ses activités journalistiques avec une carrière politique en métropole au sein du parti républicain ; Landaluze (1828-1889), enfin, est un peintre et illustrateur, également militaire, membre du corps des volontaires, c’est-à-dire de la milice qui combat à Cuba contre les insurgés. Sur ces auteurs et artistes, voir Ossorio y Bernard Manuel, Ensayo de un catálogo de periodistas españoles del siglo xix, Madrid, Imp. J. Palacios, 1903 ; Molés Pintor Claudia, El Moro Muza : una espada periodística en la Cuba colonial, mémoire de master 2, dir. José Antonio Piqueras Arenas, Universitat Jaume I, Castellón de la Plana, 2011 ; Paliza María Teresa et Laguna Martha Elizabeth, « El bilbaíno Víctor Patricio Landaluze (1830-1889). Figura cumbre de la pintura costumbrista cubana », Revista internacional de los estudios vascos, vol. 59, no 2, 2014, p. 350-397.
8Juan Palomo, 13 novembre 1870 : « Cuando se rindió Metz, existían en la ciudad 19000 enfermos, y durante el sitio habían perecido 35000 personas, muchas de ellas por falta de asistencia. El azúcar valía 30 francos la libra; la sal 15; una cebolla 60 céntimos; una patata 45. De resultas de la rendición, el rey Guillermo a dado al general Moltke el título de conde. ¡Jesús! ¡cuánta barbaridad trae consigo la guerra! --- ¡Ah! también dicen que un cochino se vendió en 748 francos. ¿Habrá sido venta lo de Bazaine? ¡Está a tal altura el precio de las cosas, que quién sabe…! »
9L’image s’y prêtait particulièrement vu la date de publication : cet entrefilet est en effet paru deux jours après la Saint-Martin, fête paysanne où le cochon est traditionnellement abattu dans les fermes.
10« Dicen que en París se siente escasez de todo menos de granos. Ya lo creo; como que está declarada la viruela… »
11« LONDRES. – Los franceses que estaban sitiados en París han ido adelantándose tanto, que ya tienen sitiado al rey Guillermo en Versalles. (Esta noticia es de Gambetta y, por consiguiente, aun después de que se confirme, habrá que ponerla en cuarentena.) ».
12La semaine du 6 novembre 1870 est la seule où aucun entrefilet ne fait référence aux sièges.
13Preuve de la vitalité de cet imaginaire, Le Charivari réunit dans L’Album du siège (Paris, Bureaux du Charivari, 1871) les planches les plus marquantes publiées entre septembre 1870 et janvier 1871. Deux de ces images sont d’ailleurs réemployées à Cuba a posteriori (Juan Palomo, 21 mai 1871).
14Voir par exemple, pour les bombardements, le numéro de Juan Palomo du 25 décembre 1870 et celui de El Moro Muza du 22 janvier 1871.
15Voir les numéros de El Moro Muza des 9 octobre 1870, 27 novembre 1870, 11 et 18 décembre 1870 ; et les numéros de Juan Palomo du 2 octobre 1870 et du 20 novembre 1870.
16« PARIS. – ¡Oh, felicidad! Acaban de llegar dos pichones, que, aunque no traen buenas noticias, servirán para aumentar las provisiones de la plaza. »
17« Trajes a la muralla, sombreros baluartes, abrigos Mongolfier y capas a lo carne de borrico », « ¡Ay, pobre marido mío! ¡Lo que te se espera! ¡Qué lujo! » (Juan Palomo, 4 décembre 1870). Les marques sont dans l’original.
18Pour d’autres exemples : El Moro Muza, 25 décembre 1870, 29 janvier 1871 et 5 mars 1871 ; Juan Palomo, 8 janvier 1870 et 22 janvier 1871.
19« encerrada » (El Moro Muza, 30 octobre 1870), « cercada » (Juan Palomo, 19 février 1871), « acorralada » (Juan Palomo, 9 octobre 1870) ou « rodeada » (El Moro Muza, 1er janvier 1871).
20Erre Fabrice, « Les discours politiques de la presse satirique. Étude des réactions à l’“attentat horrible” du 19 novembre 1832 », Revue d’histoire du xixe siècle, no 29, 2004, p. 31-51.
21Hugo Victor, « Aux Allemands », Paris, Imp. Balitout, Questroy et Cie, 1870 ; Blanc Louis, « Au peuple anglais », Imp. nationale, octobre 1870.
22« privilegios extraños para París » ; « Verdad es que Víctor Hugo llama a París la capital de la civilización, pero ya va siendo hora de que las naciones europeas protesten contra esa falsa idea. » El Moro Muza fait sans doute référence ici aux propos du célèbre appel « Aux Allemands » du 9 septembre 1870.
23« Eso, en fin, de tener el país de los Bonapartes el monopolio de la civilización, no hay quien lo trague, ni en píldora. »
24Voir dans Juan Palomo : « Luz y sombra » (25 septembre 1870), « Una fabulilla histórica » (9 octobre 1870) ou les caricatures du 25 septembre et du 9 octobre 1870. Pour El Moro Muza : « Por la felicidad de Francia » (18 septembre 1870), « Por qué se echaron en los brazos de Orfemo » (25 septembre 1870), « Prometer y cumplir » (2 octobre 1870), « Correspondencia de los infiernos » (9 octobre 1870), « Los brazos de hierro » (30 octobre 1870), « Justicia y no por mi casa » (6 novembre 1870), ainsi que la caricature du 17 juillet 1870.
25Le siège de Saragosse est connu pour sa dureté, pour les souffrances qu’ont endurées ses habitants ainsi que pour leur ténacité, ces derniers se battant jusqu’au dernier moment, acculés dans leurs derniers retranchements.
26Rappelant le témoignage de Clément Duvernois, l’historien Georges Duveau signale ainsi que « À la fin d’août 1870, [Trochu] rabâchait sans cesse le siège de Saragosse ». Duveau Georges, Le Siège de Paris, septembre 1870-janvier 1871, Paris, Hachette, 1939, p. 201.
27Durand de Monestrol Fortuné, Paris imprenable au moyen des bombes Monestrol, Mémoire adressé au Général Trochu, Paris, Imp. Simon Raçon et Cie, 1870.
28Dans son appel « aux Allemands », Hugo dit du Paris assiégé qu’il « peut être demain Saragosse ». Favre et Gambetta, sans explicitement mentionner Saragosse, appellent, eux, à une même défense à outrance de la capitale (Juan Palomo, 18 septembre 1870). Hugo Victor, « Aux Allemands », Paris, Imp. Balitout, Questroy et Cie, 1870.
29Gambetta Léon, Dépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours (éd. Joseph Reinach), Paris, G. Charpentier et Cie éd., 1886.
30La Statue de Strasbourg est un dialogue entre un caporal et un respectable Strasbourgeois qui, après avoir incité son interlocuteur à prendre exemple sur Saragosse, finit… par quitter Strasbourg pour retrouver sa femme à Genève.
31Dans le courant du mois de septembre 1870, la presse espagnole de l’époque fait d’ailleurs état de références aux sièges de l’histoire de l’Espagne dans la presse française et, même, anglaise (La Discusión, 23 et 30 septembre 1870 ; La Iberia, 13 septembre 1870).
32Seule exception de notre corpus, le portrait de Gambetta publié dans Juan Palomo (25 septembre 1870) mentionne que ce dernier serait le seul en mesure de faire du siège de Paris un autre Saragosse.
33« creo que los parisienses deberían haber empezado por demoler sus murallas y sus fuertes exteriores, para imitar, en la defensa de la ciudad, a los zaragozanos ».
34Le siège de Gérone est d’ailleurs à nouveau convoqué dans l’article « Curiosísimo documento », où est retranscrit un document d’époque (El Moro Muza, 27 novembre 1870). Ce dernier doit être lu en regard avec l’article du même numéro « Los vivos juzgados por los muertos », qui condamne, lui, la capitulation trop hâtive de Metz.
35On retrouve d’ailleurs les mêmes références dans des textes brefs de Juan Palomo (11 septembre 1870).
36Álvarez Junco José, « La invención de la guerra de la Independencia », Studia Historica. Historia Contemporánea, vol. 12, 1994, p. 75-99 ; García Cárcel Ricardo, El sueño de la nación indomable. Los mitos de la Guerra de la Independencia, Madrid, Temas de Hoy, 2007.
37Avec la défaite, l’opinion publique internationale témoigne progressivement son soutien pour la France. Pour le cas britannique, voir Piettre Pauline, « Le regard des Britanniques sur la France en guerre (1870-1871) : l’évolution d’une opinion attentive », Histoire, Économie et Société, no 3, 2012, p. 51-66. Pour les cas suisse, belge et danois : Bourguinat Nicolas et Vogt Gilles, La guerre franco-allemande. Une histoire globale, Paris, Flammarion, 2020. Pour l’Europe centrale Furst Benjamin et Meltz Renaud, op. cit.
38Marie-Angèle Orobon montre d’ailleurs comment cette légion s’inscrit dans des projets politiques plus ambitieux, promouvant la création d’une fédération des pays de race latine et/ou des États-Unis d’Europe. Cette question de la latinité est souvent mise en débat à Cuba, notamment par la presse satirique. Orobon Marie-Angèle, « États-Unis d’Europe, République universelle et fraternité latine : la guerre franco-allemande et la renaissance des utopies républicaines en Espagne », in Luis P. Martin et al. (dir.), La République en Méditerranée. Diffusions, espaces et cultures républicaines en France, Italie et Espagne (xviiie-xxe siècles), Paris, L’Harmattan, 2012, p. 162-177. Voir également Dupont Alexandre, « “Ayudemos a Francia” : les volontaires espagnols dans la guerre franco-allemande de 1870-1871 », Mélanges Casa de Velázquez, 45-1, 2015, p. 199-219.
39Roldán de Montaud Inés, « El republicanismo español y el problema colonial del Sexenio al 98 », Ayer, 39, 2000, p. 35-60.
40Molés Pintor Claudia, op. cit.
Auteurs
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Frédéric Gracia Marin
Université Clermont Auvergne.
Frédéric Gracia Marin est maître de conférences en civilisation hispano-américaine, université Clermont Auvergne, COMSOC, F-63000 Clermont-Ferrand, France.
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Eva Lafuente
École polytechnique.
Eva Lafuente est maîtresse de conférences en études hispaniques, École polytechnique, CREC, F-75000 Paris, France.
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