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    Plan détaillé Texte intégral Le contexte général des trois sièges Le déroulement rapide des opérations de siège Les attitudes contrastées des civils et des défenseurs face au siège Les suites des sièges Conclusion Notes de bas de page Auteur

    La guerre de siège en 1870-1871

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La guerre de siège en Picardie en 1870-1871

    Xavier Boniface

    p. 105-120

    Texte intégral Le contexte général des trois sièges Le déroulement rapide des opérations de siège Les attitudes contrastées des civils et des défenseurs face au siège Les suites des sièges Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Parmi la vingtaine de villes assiégées par les armées allemandes au cours de la guerre de 1870-1871, il en est trois petites en Picardie1, Soissons, La Fère et Péronne, qui ont connu cette situation obsidionale avant de capituler assez rapidement. Leur encerclement participe des opérations visant à empêcher les Français de menacer les communications prussiennes avec les assiégeants de Paris. Le cadre géographique retenu, celui d’une partie de la Picardie historique, centrée ici sur les départements de la Somme et de l’Aisne, est une terre traditionnelle de batailles2 : en 1870, c’est le théâtre d’opérations entre une région parisienne largement tenue par les Allemands – hormis la capitale – et le Nord et le Pas-de-Calais qui résistent à l’invasion.

    2L’étude de ces trois assiègements, moins connus que ceux de Belfort, Strasbourg, Metz ou Paris, permet néanmoins de s’interroger, à travers une approche comparative, sur l’évolution de la guerre de siège à l’époque contemporaine. Dans quelle mesure la poliorcétique est-elle en effet modifiée par les spécificités de la guerre industrielle, comme la puissance exponentielle de l’artillerie, à la fin du xixe siècle ?

    3La notion de siège peut être entendue sous deux acceptions « contraires », « l’action des assiégés et celle des assiégeants », comme le rappelle le général Bardin dans son Dictionnaire3. À cette fin, il convient de présenter les caractéristiques des sièges de Soissons, La Fère et Péronne, puis le déroulement des opérations, les attitudes des civils et des soldats et enfin les suites de la reddition des trois villes.

    Le contexte général des trois sièges

    4Postérieurs à la chute de l’Empire, ces trois sièges s’échelonnent du 11 septembre 1870, début de l’investissement de Soissons, au 9 janvier 1871, date de la reddition de Péronne. Ils correspondent à différentes phases des combats au nord de Paris : les Allemands veulent alors empêcher les Français d’utiliser les garnisons de leurs places fortes pour menacer la sécurité des voies de communication menant vers la capitale, ce qui risquerait d’affaiblir leur propre dispositif d’encerclement de celle-ci ; d’autre part, à Péronne en particulier, il s’agit de contenir la poussée de l’armée du Nord.

    5Soissons, La Fère et Péronne sont des petites villes, avec respectivement 11 000, 5 000 et 4 200 habitants en 1866. La première et la troisième sont en outre des sous-préfectures, d’où un poids administratif, politique et culturel, et donc symbolique, plus important, au moins à l’échelle régionale. La situation de ces villes est jugée stratégique du point de vue des axes de communication. Soissons se trouve sur les lignes de chemin de fer de Paris à Reims et de Paris à Laon, ainsi qu’à un carrefour de six routes importantes : la place, toujours considérée comme « la clef de Paris4 », est néanmoins contournée par les Allemands dès septembre 1870. La Fère, située sur la ligne Amiens-Reims, à la confluence de l’Oise et de la Serre, est à 6 km de l’important triage ferroviaire de Tergnier. « Sentinelle avancée des riches contrées du Nord5 », Péronne, pas encore desservie par le chemin de fer, contrôle un des passages sur la Haute-Somme, et donc un accès nord-sud ; elle est aussi la « clef de Saint-Quentin pour les Allemands », qui veulent la « soustraire à l’armée du Nord6 » de Faidherbe.

    6Les fortifications anciennes des trois cités se réduisent pour l’essentiel à un simple rempart bastionné, renforcé par quelques casemates, mais sans redoutes ou forts détachés sur les hauteurs environnantes. Or de ce point de vue, Soissons est entouré de « montagnes » – en fait une série de buttes et d’éminences –, plusieurs « monts » surplombent Péronne et des collines d’une cinquantaine de mètres dominent La Fère. L’enceinte de Soissons, qui datait du xvie siècle, fait l’objet de restaurations importantes sous la Restauration et la monarchie de Juillet, avec la construction de nouveaux bastions7, mais la cité reste une place de troisième catégorie. À la Fère, simple « place de dépôt », les fortifications démantelées en 1689-1690 ont été remplacées par une simple enceinte continue, en partie modernisée à plusieurs reprises à partir de 17928. Celles de Péronne datent du début du xviie siècle, mais elles ont aussi subi quelques aménagements ultérieurs, comme la construction du fort Caraby, un bastion avancé aménagé au xixe siècle. Quelques Péronnais ont réclamé l’édification de redoutes sur les hauteurs environnantes, mais rien ne s’est ensuivi. Aussi, une pétition réunissant un millier de signatures en 1865 puis une délibération de la municipalité en 1866 ont demandé en vain le déclassement de la place9. Les trois cités sont par ailleurs des villes de garnison dès le temps de paix, mais le gros des troupes qui y sont casernées – un bataillon d’infanterie à Péronne et à Soissons, l’école d’artillerie à La Fère – part pour la frontière peu après la déclaration de guerre.

    7Outre la vétusté de leurs fortifications, les places n’ont qu’un armement disparate et des troupes hétéroclites pour leur défense. La garnison de Soissons s’élève à plus de 5 000 hommes. La moitié appartiennent à des bataillons de la garde mobile, mais cette « troupe improvisée » manque de tout, « armement, habillement, équipement, instruction, discipline ». Soissons dispose aussi de forces d’active, avec une centaine d’artilleurs et le dépôt d’un régiment d’infanterie, mais celui-ci est surtout formé de recrues inexpérimentées et de soldats inaptes peu encadrés. Plus de 500 gardes nationaux sédentaires renforcent le dispositif. Après l’envoi de mortiers et de canons rayés modernes en juin 1870 pour des exercices au camp de Châlons, l’armement disponible se limite à 122 canons de tous types, dont une cinquantaine seulement sont mis en batterie. Les fusils sont surtout des modèles anciens (à pierre, à piston ou à tabatière), et peu de récents Chassepots10. Place plus modeste, La Fère possède des moyens inférieurs, avec 2 800 hommes, pour l’essentiel des gardes mobiles et une centaine de francs-tireurs, outre 40 ouvriers d’artillerie, et 80 bouches à feu, dont 36 pièces rayées. Péronne compte une garnison d’environ 3 500 hommes, composée pour la moitié de bataillons et d’une batterie de mobiles de la Somme et du Pas-de-Calais, ainsi que de plusieurs compagnies de garde nationale, tant sédentaire que mobilisée. Quelques artilleurs de l’armée active, qui ont rejoint Péronne après les redditions de Soissons et La Fère, ainsi qu’une compagnie de fusiliers-marins complètent la garnison. L’armement de la place est constitué de 49 pièces de dix modèles différents, dont un obusier en bronze du xviiie siècle, mais aussi 14 canons rayés plus modernes11.

    8En face, la puissance militaire de l’assiégeant s’accroît au fur et à mesure de l’investissement. Devant Soissons, les Allemands du général-lieutenant von Selchow alignent le 12 octobre 9 500 hommes, pour l’essentiel des fantassins de la Landwehr, dotés qu’une cinquantaine de pièces, dont dix mortiers pris à Toul et à Marsal. Sous le commandement du général-major von Zglinitzki, une force équivalente venue de Pont-à-Mousson, mais dotée d’une trentaine de canons seulement, assiège La Fère un mois plus tard. Les effectifs allemands fluctuent devant Péronne : une dizaine de bataillons d’infanterie, et presque autant d’escadrons de cavalerie et de batteries d’artillerie sont aux ordres du lieutenant-général Barnekow, successeur du général Senden le 1er janvier, mais près du tiers de ces effectifs sont détachés peu après pour renforcer la 1re armée face à Faidherbe devant Bapaume. La puissance de feu ne cesse de s’accroître : aux 54 canons de campagne initiaux – dont certains ont toutefois été endommagés par des tirs français de contre-batterie – s’ajoutent 12 pièces tirées des arsenaux de La Fère et d’Amiens le 30 décembre, puis 11 autres une semaine plus tard, tandis que des problèmes de transport retardent l’arrivée d’une quinzaine de canons de siège allemands stockés à Mézières12.

    9Ces places anciennes ont déjà connu de nombreux sièges dans le passé, dont la mémoire longue se trouve réactivée à partir de 1870. Péronne a été assiégée par les Anglais en 1369, par les troupes de Charles Quint en 1536, par les Espagnols en 1596 et 1636, et à nouveau attaquée en 1815. Après le « siège de velours » de La Fère mené par les troupes royales contre les huguenots en 1580, Henri IV a fait en 1595-1596 le blocus de la ville, alors occupée par les Espagnols ; La Fère a encore été assiégée en juin 1815 par les coalisés. Soissons a connu des sièges en 1414, par le roi de France, en 1567 par les huguenots, en 1617, par l’armée royale, à laquelle s’opposait le maréchal d’Ancre, et en 1814-1815 : la ville est alors prise et reprise par les Russes, les Français puis les Prussiens.

    10À Soissons, l’annonce de la défaite de Sedan a éclaté « comme un coup de foudre » dans la population et a fait comprendre que « le torrent de l’invasion [allait] s’avancer sur [elle], la route de Sedan à Reims est sur sa pente naturelle, et Reims n’est qu’à 15 lieues de Soissons ». Or le « dernier lien » rattachant cette ville à la France est rompu le 9 septembre avec l’occupation de Laon, où la citadelle a sauté13. Dès le lendemain, un parlementaire se présente devant Soissons, suivi d’un autre quatre jours plus tard. Le 12 septembre, les communications sont coupées avec Paris, mais l’investissement de la place n’est achevé que le 8 octobre. Puis, à l’issue de 84 heures de bombardement, la ville se rend au petit matin du 15.

    11Trois semaines plus tard, les Allemands, renforcés par des troupes et du matériel issus de Metz, s’approchent de La Fère. Une première sommation lui est faite de se rendre le 13 novembre, son investissement complet est achevé le 16 et ne peut être brisé par une tentative de dégagement par les mobiles de Ham. Le bombardement de la place, qui commence le 25, entraîne sa capitulation le surlendemain.

    12L’investissement de Péronne le 27 décembre fait suite à l’échec de l’armée du Nord lors de la bataille de l’Hallue (23-24 décembre) qui, non seulement n’a pas permis de reprendre Amiens occupée depuis un mois plus tôt, mais a fait aussi abandonner Pont-Noyelles et Querrieu, ainsi que la ligne de la Somme à l’amont d’Amiens. Les Allemands commencent presque aussitôt un premier bombardement, qui dure jusqu’au 31, avant que l’approche de l’armée du Nord entraîne son interruption. Ils le reprennent le 2, après avoir reçu des renforts, de l’artillerie et du matériel de siège. Faidherbe lance alors une attaque visant à dégager Péronne, mais il n’obtient qu’un demi-succès lors de la bataille de Bapaume (3 janvier) et se replie pour refaire ses forces, en croyant, dans un premier temps, à partir de renseignements inexacts, que le siège avait été levé. Les Allemands n’écartent d’ailleurs pas cette éventualité en cas d’une nouvelle contre-attaque française, mais celle-ci n’a pas lieu. Péronne a le sentiment d’être abandonnée et capitule le 9, ce que le commandant de l’armée du Nord a ensuite reproché à ses défenseurs. Surtout, les Allemands contrôlent désormais la ligne de la Somme en amont d’Amiens et coupent la route de Paris à Faidherbe.

    Le déroulement rapide des opérations de siège

    13Sous la direction de conducteurs des Ponts-et-Chaussées, les soldats de la garnison et les troupes de passage renforcent les défenses avant même l’approche de l’adversaire. Les glacis sont dégagés par l’abattage d’arbres et de haies, des palissades et des gabions sont dressés sur les talus extérieurs des fossés et devant certaines portes, le blindage des poudrières et des batteries est consolidé, des abris supplémentaires sont aménagés, des protections sont améliorées avec des fascines, des banquettes (sorte de chemins de ronde) et des plateformes de tir sont terrassées14. À Soissons, à partir du 27 septembre, plusieurs faubourgs sont partiellement incendiés, sur ordre, au grand dam de leurs habitants, pour dégager les approches de la place. À Péronne, ce sont les propriétaires de constructions situées dans la zone des servitudes qui doivent procéder à leur démolition15.

    14Les Français multiplient également les obstacles pour freiner la progression de l’adversaire. À proximité de Soissons, une arche du pont de chemin de fer de Villeneuve-Saint-Germain au-dessus de l’Aisne et le pont de Pommiers sont détruits, les tunnels ferroviaires de Vauxaillon et de Vierzy sont obstrués : pendant plus d’un mois, les Allemands doivent pratiquer d’amples contournements16. Des secteurs à proximité des places sont inondés comme dans la vallée de la Crise près de Soissons, ou autour de Péronne.

    15Des sorties limitées, des reconnaissances et des missions de ravitaillement sont effectuées, surtout avant que l’investissement soit achevé. Le 3 octobre un détachement parti de Soissons escorte un troupeau de 200 bœufs à Cuffies ; le surlendemain, c’est un convoi de poudre arrivant de La Fère qui est réceptionné. Il en va de même près de Péronne où, le 31 décembre, des soldats récupèrent des chariots de charbon. Des actions offensives sont tentées – sans qu’il s’agisse de véritables sorties, pour lesquelles les garnisons n’ont pas de moyens suffisants. À La Fère, quelques incursions sont menées de jour comme de nuit, notamment par des francs-tireurs, afin d’aguerrir la garnison17. À Péronne, toujours le 31 décembre, deux reconnaissances sont lancées, mais elles ne vont pas loin : la première se débande sous une fusillade, tandis que la seconde n’engage que 150 hommes, sans objectif particulier. Des combats se déroulent également aux environs de la place assiégée. Le 8 octobre à Pommiers, des gardes nationaux empêchent les Allemands de franchir l’Aisne sur des radeaux. Le lendemain, à titre de représailles, des otages sont arrêtés par ces derniers et trois d’entre eux, dont un instituteur, sont fusillés.

    16Mais la défense reste bien souvent fixe et rapprochée, en se limitant essentiellement à celle de l’enceinte fortifiée, sans contrôle durable des hauteurs alentour, qui ne comptent d’ailleurs pas de moyens défensifs. Au demeurant, les modestes effectifs des garnisons ne suffiraient pas pour les tenir durablement. Un ordre de la place de Soissons du 4 septembre précise que « les troupes chargées de la défense d’une place […] n’ont pas pour mission de défendre les alentours à une certaine distance, ce qui pourrait les entraîner fort loin et priver la place de ses défenseurs18 ». Ce n’est pas la configuration de Belfort, où Denfert-Rochereau a placé sa ligne de défense en avant des fortifications, mais il disposait de moyens plus considérables.

    17L’investissement de La Fère et Péronne est réalisé en quelques jours ; si celui de Soissons, une plus grande place, dure près d’un mois, c’est surtout parce que les Allemands, pressés d’encercler Paris et retenus encore à Metz, ne disposent pas encore de moyens suffisants pour le réaliser. Les assiégeants se rendent rapidement maîtres des hauteurs peu défendues entourant les villes. Ils aménagent aussitôt leurs positions, notamment pour installer les batteries d’artillerie. Ils n’envisagent toutefois pas d’assaut, même s’ils creusent des parallèles de départ devant Soissons et si à Péronne ils projettent momentanément d’escalader deux courtines, mais la pluie et le manque de munitions les y font renoncer19.

    18L’Argus soissonnais s’est demandé dans son édition du 29 septembre : « L’attaque consistera-t-elle en un blocus, un siège ou un bombardement ? » La première voie consiste à affamer la population et la garnison en encerclant durablement la ville, ce qui demande peu de moyens mais prend du temps. Le siège doit préparer à un assaut de vive force, ce qui implique de gros travaux préparatoires de circonvallation, tandis que la prise de la ville risque d’entraîner des pertes élevées. Enfin, la troisième solution – faire tomber la place sous le feu des canons – semble la plus rapide mais requiert au préalable une concentration importante d’armement et de munitions, obérant la logistique.

    19C’est précisément la puissance de feu de l’artillerie qui permet aux Allemands de l’emporter lors des trois sièges. Soissons est d’ailleurs trop puissamment défendue pour être prise de vive force, tandis que Péronne bien fortifiée est mise « à l’abri d’un coup de main20 ». Mais en dépit de leur obsolescence, leurs fortifications ne peuvent être réduites « au moyen de […] batteries de campagne seules ». Pourtant, en décembre, les Allemands commencent à bombarder Péronne avec celles-ci, faute d’artillerie de siège immédiatement disponible, pour tenter, en vain, de s’emparer de la ville le plus vite possible21. Au demeurant, ces canons de campagne avaient suffi pour faire tomber rapidement Amiens, une place pourtant plus importante, dès le 28 novembre22. Il faut aussi du matériel de siège, qui provient des arsenaux de villes conquises par les Allemands, dont Amiens et La Fère. La capitulation de cette dernière procure « une quantité considérable de munitions, un matériel d’artillerie très important et des vivres pour plusieurs mois23 ».

    20Les bombardements n’atteignent pas seulement, ni même principalement les défenses des trois places. Les canons allemands tirent de loin, ce qui rend leur visée imprécise, tandis que la contre-batterie française, même si elle n’est pas toujours efficace, est à prendre en compte. Les incendies guident aussi le tir de l’assiégeant, comme à Péronne. Certains édifices imposants, tels que la cathédrale de Soissons ou l’église de Péronne, servent de points de mire aux artilleurs adverses. Les bombardements destructeurs visent à créer des brèches dans le rempart, comme à Soissons, à affaiblir les moyens de défense, en particulier les canons, mais aussi et surtout à terroriser les habitants. Comme à Strasbourg, c’est l’un des éléments nouveaux de la guerre de siège : il s’agit d’imposer une telle violence à la population pour la faire céder. Le général Bardin avait déjà observé cette évolution de la poliorcétique pour les guerres de la Révolution, les premières « où les mots bombe et siège [sont] devenus inséparables ; jusque-là, les officiers d’artillerie ne regardaient pas les batteries incendiaires comme la préférable et l’unique clef des villes, ni la dévastation des édifices et la ruine des non-combattants comme une guerre loyale ». Bardin y voit d’ailleurs une « brusquerie des méthodes24 », qui sont aussi dénoncées en France après les sièges de 1870. Un ancien lieutenant de mobile de l’Aisne, Wolff, qui se bat à Soissons, observe :

    « Les Prussiens, dans les sièges de toutes les places fortes, ont employé partout le même système. Ils ne cherchaient pas à démolir les remparts, mais les maisons ; ils ne s’attaquaient pas tant aux soldats qu’aux habitants. Au lieu de risquer la vie de leurs hommes dans de périlleux assauts, ils couvraient de ruines et de cendres les cités qui résistaient, jusqu’à ce que l’élément civil fût réduit à conjurer l’élément militaire de céder […]25. »

    21De fait, l’essentiel des destructions touchent le patrimoine bâti. Néanmoins, à Soissons, une brèche de 33 mètres de large a aussi été réalisée dans une courtine, tandis que de nombreuses installations militaires, arsenal, manutention, casernes, magasins, ont été ravagés. Des édifices civils ont aussi beaucoup souffert, dont la cathédrale, l’hôpital et l’hôtel-Dieu – ce qui a suscité de virulentes polémiques26. À La Fère, où les ouvrages défensifs ont été peu touchés, l’hôtel-Dieu et l’hôtel de ville sont aussi la proie des flammes, de même que quelques bâtiments militaires. En revanche, seulement 8 canons de la place, du fait de leur positionnement, peuvent répliquer au bombardement allemand27. À Péronne, seuls 200 projectiles sont tombés sur les fortifications, globalement intactes, hormis la porte de Paris et une partie de la courtine. En revanche, 80 immeubles ont été détruits, près de 700 autres endommagés, tandis que l’église et l’hospice ont été durement touchés28.

    22Les Allemands sont présentés par certains Français comme ayant fait preuve d’une attitude déloyale en recourant à de telles pratiques. Mais ils s’en défendent en voulant démontrer que, « au point de vue de la société, le bombardement est le moins cruel de tous les procédés ». Si seuls les ouvrages fortifiés son touchés, les habitants périront en nombre « par les maladies ou par la famine29 » : c’est une manière de se décharger de la responsabilité de causer des victimes civiles. Les critiques françaises doivent néanmoins être aussi replacées dans un double contexte. Elles s’inscrivent d’une part dans la perspective d’une lutte à caractère idéologique, d’une forme de culture de guerre, qui se prolonge après la défaite ; d’autre part, elles reflètent une forme d’auto-justification des habitants des cités qui ont capitulé : il s’agit, au moins pour leurs représentants, de suggérer que le combat, inégal car déloyal, ne pouvait pas durer et que la reddition s’imposait.

    Les attitudes contrastées des civils et des défenseurs face au siège

    23Responsables civils et militaires coopèrent, dans les villes assiégées, au sein du comité ou du conseil de défense institué à l’été 1870 et qui s’occupe des mesures de mobilisation de la place. À Péronne, il comprend le sous-préfet, le commandant de la place et les chefs locaux de la garde nationale, de l’artillerie et du génie. Mais avec la proclamation de la République, les sous-préfets changent au cours du mois de septembre, ce qui ne facilite pas la continuité de l’administration. La gestion municipale est également bouleversée du fait du nouveau régime. Dans l’attente des élections, la ville de Soissons est d’abord administrée par le maire de l’Empire jusqu’au 23 septembre, puis par un bureau provisoire pendant une semaine et enfin par une commission municipale à partir du 1er octobre30.

    24Le conseil de défense a notamment la main sur les questions de ravitaillement, veillant à la gestion des stocks, à l’accumulation de réserves et à l’évacuation des « bouches inutiles ». À Soissons, il est interdit à la population d’acheter du pain de munition, après que des soldats en ont vendu, « pour se livrer à la boisson », en puisant dans les stocks de leurs unités. Par ailleurs, les habitants ne peuvent « exporter des denrées alimentaires31 ». À Péronne, le commandant de la place invite fin novembre la municipalité « à assurer, dans un bref délai, à la population civile, des subsistances pour deux mois », faute de quoi « toutes les personnes qui ne pourraient concourir à la défense de la place » devraient quitter la ville. En outre, « les cultivateurs des environs » sont « priés [d’y] faire entrer un certain nombre de bestiaux », avec du fourrage « pour un mois pour chaque tête ». Au 6 décembre, 222 animaux ont ainsi été envoyés32.

    25Il est aussi procédé à l’évacuation de la « population flottante », dont « les gens susceptibles de troubler la tranquillité publique », enjoints de quitter Soissons le 5 septembre, au lendemain de l’annonce de la chute de Sedan. Le 16 septembre, les « étrangers à la population » sont expulsés à leur tour33, pour des raisons de sécurité. En revanche, une fois l’investissement réalisé, il n’est plus possible de faire évacuer les « bouches inutiles ». Le 2 janvier, une délégation de Péronne, venue en parlementaire, échoue à obtenir des Allemands une trêve pour laisser partir des civils. À l’inverse, menacés par des raids de uhlans ou des bandes de maraudeurs, les habitants des campagnes environnantes ont pu se replier auparavant sur la place. Les départs l’emportant largement sur les entrées, les populations des villes assiégées ont fortement diminué par rapport au temps de paix. À Soissons, il reste environ 6 000 personnes34, soit un peu plus de la moitié du nombre d’avant la guerre. L’état de siège est partout proclamé, ce qui limite les entrées et les sorties des différentes villes, dont les portes sont fermées la nuit.

    26De nombreuses mesures sont prises pour permettre à la population de vivre et à la cité de fonctionner. Il s’agit de se prémunir et de se préparer à lutter contre les incendies provoqués par les obus, de prévoir des abris pour les défenseurs et une partie de la population, de renforcer la police dans la cité, de planifier des travaux de déblaiement en cas de destructions, de loger les troupes, les réfugiés et les habitants qui ont perdu leur domicile. Un effort particulier est mené en matière sanitaire. Des ambulances sont aménagées en prévision des combats et des pertes à venir. La concentration des troupes favorise aussi la diffusion de maladies, comme la petite vérole ou la dysenterie qui frappe les différentes villes. À Soissons, des habitants prennent l’initiative d’équiper trois ambulances près des principales portes de la cité.

    27La situation obsidionale est propice à la circulation des bruits et des rumeurs, car les communications sont coupées avec l’extérieur. L’information est réduite, surtout quand la presse locale cesse de paraître, comme l’Argus soissonnais et le Progrès à partir du 9 octobre. L’espionnage allemand suscite les fantasmes. Aussi, « l’habit ecclésiastique est suspect : les espions s’en revêtent, dit-on », d’après un séminariste. Pour certains d’ailleurs, en quête de boucs-émissaires, « ce sont les menées du clergé qui ont déchaîné le fléau de la guerre35 ».

    28Les « bruits les plus fantaisistes, les plus extravagants […] trouvaient crédit […], notamment quand ils étaient favorables aux Français ». À Soissons, à la mi-septembre, il est ainsi annoncé qu’« Abd-el-Kader, à la tête de 25 000 Kabyles, arrivait du côté de Laon après avoir aidé Bazaine36 ». À Péronne, face à de telles rumeurs, le sous-préfet invite la population « à n’ajouter foi qu’aux dépêches […] de source officielle37 ». Les bruits circulent aussi chez l’assiégeant. Lors de la bataille de Bapaume, il est question de 20 000 Bretons débarqués à Boulogne pour renforcer Faidherbe38.

    29La cohabitation de la population civile non combattante avec les défenseurs des villes assiégées est parfois difficile. Des débats houleux opposent le commandement de la place qui cherche à organiser, mener et poursuivre la résistance, à gagner du temps dans l’attente hypothétique d’un secours extérieur, voire à sauver l’honneur, aux édiles qui veulent protéger leurs administrés, leur cité et leur réputation. Les relations se tendent surtout avec le début des bombardements, lorsque la population fait pression en faveur de la reddition. À Soissons, la commission spéciale proteste dès le 14 octobre auprès du commandant de la place : « nous devions nous attendre à soutenir un siège régulier et dont la durée peut être longue et pénible, mais […] pas croire que 50 heures de bombardement […] dussent rendre à peu près inutile toute défense […] ». Le lendemain, le maire refuse d’accompagner une délégation de Soissonnais voulant « sommer l’autorité militaire de faire agir les troupes ou de mettre fin à des souffrances […] ». L’édile dresse néanmoins un sombre tableau de la situation dans sa ville. S’il dit accepter « les sacrifices imposés par le patriotisme », ce n’est « qu’à la condition de les croire utiles39 ». À La Fère, des commerçants et des notables rédigent une demande de capitulation ; puis des habitants, auxquels des mobiles se sont associés, tentent de se dresser contre le conseil de défense ; la municipalité elle-même fait pression sur le commandant de la place pour qu’il dépose les armes40. À Péronne aussi, trois suppliques successives sont adressées au commandement par une partie la population et par la commission municipale à partir du 29 décembre. Le 9 janvier, des habitants envahissent même la cour du château, où siège le conseil de défense qui doit décider de la reddition.

    30Il est néanmoins difficile d’estimer l’état réel de l’opinion. Selon Achille Caraby, à Péronne,

    « Beaucoup d’habitants, frappés de l’impuissance des forteresses en présence du système de guerre de la Prusse, étaient opposés à la résistance. Quelques coups de canon tirés sur la ville et ses portes devaient s’ouvrir. D’autres étaient partisans d’une défense plus complète qui, si elle ne sauvait pas la France, sauvât au moins l’honneur de la ville […]. Un petit nombre enfin voulait la résistance à outrance […]41. »

    31Dans les trois villes, les quelques dizaines de signataires des pétitions, suppliques et requêtes en faveur de la capitulation représentent-ils l’avis de tous les habitants ? Les chroniques ultérieures des sièges, qui relatent ces demandes de reddition, sont dues à des notables qui cherchent peut-être à faire passer leur propre point de vue pour celui de l’ensemble de la population. Quant aux démarches des édiles, elles obéissent aussi à des mobiles politiques, alors que des élections ont été annoncées après la proclamation de la République42. Mais une partie des habitants, notamment ceux qui vivent dans des abris, ainsi que les réfugiés attendent aussi l’arrêt des combats. En outre, une partie des défenseurs locaux, dont certains gardes mobiles ou nationaux, ne sont pas toujours déterminés à se battre. En tout cas, ces demandes civiles de capitulation témoignent d’une forme d’expression démocratique, peut-être renforcée par l’émergence d’une opinion publique, lectrice de presse et affermie depuis la proclamation de la République. Cette dimension qui, sans être totalement nouvelle, s’est amplifiée suggère qu’un tournant est sans doute en voie de s’opérer dans l’histoire des sièges de villes.

    32Péronne résiste aux bombardements pendant près de deux semaines, alors que Soissons a tenu à peine quatre jours et La Fère deux. Des raisons militaires sont bien sûr à prendre en compte pour expliquer ces différences. Ainsi, la brèche dans le rempart de Soissons ainsi que le retour bredouille de deux officiers envoyés à Lille pour rapporter des moyens supplémentaires et des renforts ont pu contribuer à la décision de déposer rapidement les armes. À Péronne, le manque initial d’artillerie de siège des Allemands rend les premiers bombardements peu intenses. En outre, la perspective, au moins jusqu’à la bataille de Bapaume, d’une possible délivrance par une armée de secours y stimule momentanément la défense. Mais des facteurs politiques et sociaux interviennent aussi dans la ténacité des villes. Les nombreux gardes mobiles et nationaux, mal équipés, peu entraînés, parfois indisciplinés et souvent peu combatifs, pèsent sur le manque de volonté de résistance. Or ces éléments issus ou proches de la population composent une part importante des garnisons. Les troupes d’active manifestent davantage de détermination à se battre, comme les fusiliers marins et une partie des artilleurs à Péronne. Toutefois, Soissons capitule assez rapidement malgré la présence d’un dépôt d’infanterie de ligne. La proximité de certains responsables militaires avec les élites locales peut faire aussi fléchir les volontés. Le lieutenant-colonel de Nouë est en fonction à Soissons depuis 1867, et il est né au château de Dhuizel, à 15 km de là43. Enfin, les pressions des notables et des édiles sur les commandants de place affaiblissent la détermination à combattre.

    Les suites des sièges

    33Les capitulations obéissent peu au prou au même schéma. La décision est prise en conseil de défense, à la majorité des voix. L’ordre de cesser le feu est ensuite donné, puis le contact est pris avec l’ennemi, qui transmet un protocole de capitulation, non négociable. À La Fère, étant donné le brouillard qui cache le drapeau blanc du parlementaire, ce sont des habitants des faubourgs qui avertissent les assiégeants de la demande de reddition. À Soissons, les Allemands sont surpris par la rapidité de la chute de la place : ils craignaient même initialement que son commandant ne fît des « propositions inacceptables » pour gagner du temps afin de réparer la brèche du rempart. La ville est traitée « aux mêmes conditions qu’à Toul et Verdun » : la place est livrée à l’occupation, l’armement est laissé à l’adversaire, la garnison est faite prisonnière, sauf les gardes nationaux et mobiles résidant en ville ainsi que les officiers ; exemptée de réquisitions du fait de ses destructions dues aux bombardements, Soissons doit seulement héberger et nourrir l’occupant après épuisement des stocks militaires de la place44. La Fère et Péronne connaissent des conditions analogues de capitulation en termes d’occupation, de captivité, de livraison de matériel et d’absence de prélèvements en argent ou en nature. Dans un premier temps, le général Barneken, dont dépend la force d’assiègement de Péronne, craignant d’être menacé par l’armée de Faidherbe, n’aurait semble-t-il « pas hésité à accorder à [la place] des conditions avantageuses », comme le fait de laisser la garnison « sortir librement45 ». Quant à la capitulation de Soissons, elle est suivie d’un défilé des troupes victorieuses en ville.

    34Les redditions sont néanmoins contestées par une partie des défenseurs. À Soissons, des fantassins du 15e de ligne parlent de « trahison » et disent être prêts à faire sauter la forteresse, à l’exemple de ce qui s’est produit à Laon. Ils rendent même inutilisables certains canons, à l’encontre des conditions prévues dans l’acte de capitulation. Le commandant de la place doit aller expliquer la situation aux Allemands. Après les chutes de Soissons et de la Fère, plusieurs centaines de personnes parviennent à échapper à la captivité. Enfin, à Péronne, une douzaine d’officiers protestent contre la capitulation (voir ci-dessus).

    35Les auteurs de chronique insistent sur les adjectifs utilisés par les Allemands dans les actes de capitulation pour qualifier la résistance des places vaincues : à Soissons, elle a été « valeureuse », à La Fère, elle a seulement été « résignée », mais à Péronne, comparée à un « petit Paris », elle a été « énergique46 ». Cette mise en avant d’une forme de reconnaissance par l’adversaire est une réponse aux condamnations de la reddition de places par les autorités militaires françaises.

    36Le décret du 13 octobre 1863 sur le service des places prévoit en effet qu’en cas de capitulation d’une ville, un conseil d’enquête soit chargé d’en étudier les conditions et de proposer des sanctions éventuelles à leurs commandants vaincus. De fait, ceux de Soissons, La Fère et Péronne ont été blâmés. Le conseil d’enquête du 13 novembre 1871 souligne qu’à Soissons la brèche dans le rempart « n’était pas praticable » par l’adversaire ; les munitions de la place restaient « abondantes », tandis que les « pertes étaient « relativement peu considérables ». Le lieutenant-colonel de Nouë est donc accusé d’avoir capitulé, alors qu’une partie de ses officiers voulaient continuer la lutte, et « sans avoir encloué ses canons, détruit ses poudres et ses vivres », qu’il « s’est au contraire engagé à […] livrer à l’ennemi ». Il paraît alors « impropre à exercer un commandement47 ». En revanche, pour La Fère, le capitaine de frégate Planche, qui a succédé le 9 novembre au commandant Delmas de Lacoste, est loué pour avoir procédé aux mesures de destructions avant de capituler. Il lui est seulement reproché d’avoir accepté une clause permettant aux officiers de retourner dans leurs foyers, sous réserve de s’engager « de ne pas servir contre l’Allemagne », au lieu de partager le sort de leurs soldats48.

    37La reddition de Péronne suscite presque aussitôt une polémique entre une partie de ses anciens défenseurs et Faidherbe. Dès le 11 janvier, un officier exprime sa déception dans un journal arrageois, L’Ordre, regrettant que l’armée du Nord ne soit pas intervenue pour débloquer la ville. Le lendemain, 13 cadres subalternes de la garnison de Péronne signent une protestation collective contre la capitulation, imposée « sous la pression de la majorité du conseil de défense », alors que les murs étaient quasi intacts, que les munitions étaient « en abondance », que l’état sanitaire de la troupe « n’avait rien d’alarmant », et que rien n’avait été « essayé pour élargir le cercle d’investissement »49. Faidherbe explique le même jour, dans une dépêche au Commissaire de la défense, qu’il ignorait la reprise du bombardement allemand de la ville dès le 2 janvier. Puis le 13, informé de la protestation des officiers, il annonce sa décision de faire traduire le commandant de la place « devant un conseil de guerre pour rendre compte de la reddition » alors que les « défenses étaient restées intactes, et qu’une armée de secours était à cinq ou six lieues50 ». Selon certains Péronnais, le général essaie ainsi de se défausser de ses responsabilités et de les faire porter par la population pour se justifier auprès de Gambetta51. Toutefois, si le chef de bataillon Garnier échappe au conseil de guerre, il est blâmé par le conseil d’enquête du 7 mai 1872 pour avoir « rendu la place52 ». Faidherbe réitère ses critiques à l’égard de cette « capitulation inattendue » dans son histoire de la campagne de l’armée du Nord, en rappelant que le règlement sur les troupes en campagne prévoit « la peine capitale pour un commandant de place » qui se serait rendu sans « avoir repoussé au moins un assaut […] sur des brèches praticables ». Or, en capitulant à la suite du seul bombardement de la ville, « on justifie [cette] méthode [des Prussiens], bien qu’elle soit […] contraire […] à la loyauté53 ». Ce point de vue est contesté par Louis Cadot, ancien commandant de la garde nationale sédentaire de Péronne, qui reproche au général d’être resté inactif après la bataille de Bapaume. Ce ne sont pas tant les ruines causées par les bombardements que la situation militaire et sanitaire de la ville, entre son « armement […] incomplet et très défectueux » et une épidémie de variole, qui ont justifié la capitulation. À l’inverse, « Péronne peut avoir la conscience d’avoir fait son devoir. Sa résistance, conduite jusqu’à l’extrême limite du possible, n’a pas été sans résultat […] : n’est-il pas certain que ses voisines du Nord lui doivent d’avoir été épargnées54 ? »

    38Les pertes sont relativement peu élevées, malgré l’imprécision de leur estimation. La garnison de Soissons perd une cinquantaine de tués civils et militaires, outre une centaine de blessés, tandis que les Allemands ont une douzaine de morts et une centaine de blessés également. Le bilan de la Fère n’est connu que pour l’assiégeant, qui perd une demi-douzaine de soldats. Péronne déplore les décès d’une douzaine de combattants et de cinq civils, outre les blessures d’une soixantaine de défenseurs, quand les Allemands perdent plus de 300 hommes – mais ce nombre englobe peut-être une partie des tués et blessés des opérations autour de Bapaume.

    39Après la guerre, de nombreuses publications locales viennent relater les sièges, au moins à Péronne et à Soissons. Témoins et acteurs, pour la plupart des notables, entendent en retracer le détail pour en conserver la mémoire55, mais aussi pour justifier les capitulations alors que celles-ci sont toujours critiquées. Cinq récits, chroniques et témoignages sur Soissons et quatre sur Péronne paraissent entre 1871 et 1875, outre des histoires plus générales qui consacrent plusieurs pages à ces villes. La Fère ne suscite pas un intérêt analogue : sans journal local, ni société savante, ni imprimeur-libraire, elle ne possède pas les élites et les vecteurs culturels permettant d’écrire son histoire.

    40La reconnaissance officielle de la résistance des places survient plus tardivement. Il faut attendre 1913, plus de quarante après le siège, pour que la Légion d’honneur soit attribuée à Péronne, en mémoire et en récompense de tous les sièges qu’elle a subis. Mais si la ville continue à honorer ses héros, comme le marin Delpas, qui a son monument, elle conserve ses griefs à l’encontre de Faidherbe, qui n’a toujours pas de rue à son nom56.

    41La guerre ayant révélé l’obsolescence des trois places, mais ayant aussi confirmé leur place stratégique, il est décidé de les moderniser. Péronne et La Fère, et dans une moindre mesure Soissons, sont prévues comme positions de la deuxième ligne dans le système fortifié élaboré par Séré de Rivières57. Toutefois, faute de moyens, Péronne n’a pas reçu de forts détachés, tandis que ceux de La Fère et de Soissons ont été vite déclassés par les nouveaux explosifs.

    Conclusion

    42Les trois sièges picards ressemblent, à plus petite échelle, à la plupart de ceux qui se sont terminés par une reddition en 1870-1871. Les insuffisances et les obsolescences de la défense, la violence des bombardements subis, les pressions d’une partie de la population pour faire cesser les combats, les controverses ultérieures sur la capitulation leur sont des éléments communs. Ces assiègements témoignent en même temps d’un théâtre d’opérations morcelé, éclaté, constitué d’autant de lieux de combat dispersés, sans réel espoir d’un secours extérieur pour les assiégés – sauf momentanément à Péronne, d’où sa plus longue résistance que Soissons ou La Fère. Les sièges retardent néanmoins les mouvements de l’armée allemande en la contraignant à immobiliser des moyens importants. Toutefois, les trois villes picardes concernées, des places déclassées ou de second rang, ne représentent que des menaces relatives : elles ne sont d’ailleurs pas assiégées en même temps. Cette forme de guerre traditionnelle connaît alors une sorte de paroxysme, mais qui annonce peut-être déjà un déclin à venir, au moins en Europe occidentale, malgré les sièges ultérieurs de l’été 1914 (Liège, Anvers, Longwy, Maubeuge ou Lille). Les conditions de la poliorcétique évoluent en effet avec les progrès de la puissance, de la cadence de tir, de la portée et de la précision de l’artillerie, d’où des bombardements intenses affectant plus directement les civils. Face aux canons modernes, les défenses s’avèrent également inadaptées. Comme l’analyse le chef d’escadron Roques-Salvaza pour Soissons, « l’issue fatale de la guerre actuelle peut avoir condamné à tout jamais les places fortes au point de vue de l’enceinte continue58 ». C’est une défense élargie, fondée sur un système de forts détachés et une garnison manœuvrière, élaborée en réseau et en profondeur avec d’autres places, en lien avec une armée en campagne, qui doit alors être envisagée, un peu à l’image de ce que sera le système Séré de Rivières.

    Fig. 1. – Sépulture d’Anatole de La Forge, défenseur de Saint-Quentin en 1870 au cimetière du Père Lachaise.

    Photographie : Jean-Noël Grandhomme.

    Fig. 2. – Noyon (Oise), cimetière de Lille. Monument aux morts de la guerre de 1870 et des campagnes coloniales.

    Photographie : Jean-Noël Grandhomme.

    Fig. 3. – Cathédrale de Noyon. Chapelle dédiée aux paroissiens mort à la guerre. Plaque de 1870-1871 à gauche (en noir).

    Photographie : Jean-Noël Grandhomme.

    Notes de bas de page

    1La capitulation de Laon (9 septembre) et l’occupation d’Amiens (28 novembre) ne font pas suite à de véritables sièges, car ces deux cités se rendent très rapidement, sans réelle résistance, hormis à la citadelle d’Amiens (qui capitule le 1er décembre).

    2Voir Nivet Philippe (dir.), La bataille en Picardie. Combattre de l’Antiquité au xxe siècle, Amiens, Encrage, 2000.

    3Article « Siège », Bardin général, Dictionnaire de l’Armée de Terre, ou recherches historiques sur l’art et les usages militaires des anciens et des modernes, 16e partie, Paris, J. Corréard, 1851, p. 4872.

    4Fossé d’Arcosse René, Le siège de Soissons en 1870, Soissons, R. Fossé d’Arcosse, 1892, p. 3.

    5Selon le commandant de la place, cité par Caraby Achille, Histoire du bombardement de Péronne, Péronne, Librairie Recoupé, 1873, p. 16.

    6Ramon Gustave (Vindex), L’invasion en Picardie. Récits et documents concernant les communes de l’arrondissement de Péronne pendant la guerre allemande 1870-1871, Péronne, typo. J. Quentin, 1871-1873, p. 516.

    7Cordonnier Geneviève, Soissons, son histoire illustrée, à travers ses rues, places monuments et ses habitants, Le Coteau, Horvath, 1985, p. 18.

    8Boureux Michel, « L’évolution des fortifications de la Fère », Mémoires – Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne, t. XLI, 1996, p. 96-99.

    9Caraby Achille, op. cit., p. 16-17.

    10Lieutenant-colonel Lecer, « Documents relatifs à la défense de Soissons en 1870 », Bulletin de la Société historique et archéologique de Soissons, t. XIXe, 3e série, 1912, p. 109 ; Vincent D., Souvenirs d’un soldat de 1870. Siège de Soissons, Typo. A. Marguin, 1901, p. 39 et 52-53.

    11Ramon Gustave, op. cit., p. 510 sq. ; Caraby Achille, op. cit., p. 28-32 (quelques légères différences dans les chiffres).

    12Ramon Gustave, op. cit., p. 555 et 582.

    13Fossé d’Arcosse René, op. cit., p. 14 et 36.

    14Ramon Gustave, op. cit., p. 508.

    15Ibid., p 473.

    16Wolff Ed, Souvenirs du siège de Soissons. Août-septembre-Octobre 1870, Arras, Impr. H. Schoutheer, 1872, p. 25-27.

    17De Sars Robert, « Contribution à l’histoire militaire de La Fère », Mémoires – Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne, t. IX, 1963, p. 79.

    18Collet Émile, Le siège de Soissons et l’occupation allemande dans le Soissonnais 1870-1871, Soissons, Eug. Ebel, 1901 (1871), p. 67.

    19Ramon Gustave, op. cit., p. 581.

    20Vincent D., op. cit., p. 35 ; Ramon Gustave, op. cit., p. 445.

    21Rapport du major von Schell, cité par Ramon Gustave, op. cit., p. 506.

    22Daussy Henry, La ligne de la Somme pendant la campagne 1870-1871, Paris/Amiens, J. Dumaine/Delattre-Lenoel, 1875, p. 166.

    23Ramon Gustave, op. cit., p. 487.

    24Article « Siège », Bardin, op. cit., p. 4874-4875.

    25Wolff Ed, op. cit., p. 59.

    26Fossé d’Arcosse René, op. cit., p. 103-104.

    27De Sars Robert, art. cité, p. 80.

    28Ramon Gustave, op. cit., p. 611-612.

    29Marées G. von, Siège de Péronne d’après les publications faites dans L’Annuaire militaire allemand, Péronne, Trépant, 1876, p. 95.

    30Parisot Guillaume, « La capitulation est dans la rue ? Retour sur les volontés de résistance ou de reddition des villes face à l’ennemi au cours de la guerre de 1870 », in Pierre Bergel et Vincent Milliot (dir.), La ville en ébullition. Sociétés urbaines à l’épreuve, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 152.

    31Collet Émile, op. cit., p. 93, 103 (14 et 17 septembre).

    32Ramon Gustave, op. cit., p. 488.

    33Collet Émile, op. cit., p. 73 et 100.

    34Prévost Ferdinand, Les forteresses françaises pendant la guerre de 1870-1871, Paris, Dumaine, 1872, p. 74.

    35Leroux Abbé, Le siège de Soissons en 1870. Impressions & souvenirs, Soissons, G. Nougarède, 1906, p. 5-6.

    36Vincent D., op. cit., p. 77-78.

    37Ramon Gustave, op. cit., p. 463.

    38Ibid., p. 582.

    39Collet Émile, op. cit., p. 106.

    40Parisot Guillaume, art. cité, p. 155.

    41Caraby Achille, op. cit., p. 58.

    42Parisot Guillaume, art. cité, p. 158.

    43Voir le dossier de Charles Gaston de Nouë (1813-1880), LH//2004/41 (base Léonore).

    44Vincent D., op. cit., p. 223-224 ; Ramon Gustave, op. cit., p. 601 et 604.

    45Ramon Gustave, op. cit., p. 605.

    46Wolff Ed, op. cit., p. 72.

    47Les capitulations des places fortes. Rapports du conseil d’enquête […] sur les capitulations […], Paris, Librairie centrale, 1872, p. 13-14.

    48Ibid., p. 36. Conseil d’enquête du 18 avril 1872.

    49Lécluselle Adolphe, La guerre dans le Nord (1870-1871). Notes et documents, Cambrai, impr. d’Halluin-Carrion, 1898, p. 244-245.

    50Cadot Louis, La Vérité sur le siège de Péronne, réponse au général Faidherbe, Péronne, Librairie Récoupé, 1872, p. 19-21 et 22-23.

    51Ramon Gustave, op. cit., p. 623.

    52Lécluselle Adolphe, op. cit., p. 246-248.

    53Faidherbe général Louis, Campagne de l’armée du Nord en 1870-1871, Paris, E. Dentu, 1871, p. 55-56.

    54Cadot Louis, op. cit., p. 24 et 26.

    55Voir Lavisse Ernest, L’Invasion dans le département de l’Aisne, Laon, Coquet, 1872, 96 p.

    56Site officiel de la ville de Péronne : [https://ville-peronne.fr/fr/rb/924757/lhistoire-de-peronne], consulté le 31 août 2021.

    57Barros Martin, « Les forts de La Fère, Laon et Soissons de 1874 à 1918 », Mémoires – Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne, t. XLI, 1996, p. 49-79.

    58Rapport du chef d’escadron Roques-Salvaza, commandant de l’artillerie, cité par Lecer, art. cité, p. 128.

    Auteur

    • Xavier Boniface

      Université de Picardie-Jules Verne.

      Xavier Boniface est professeur d’histoire contemporaine, université de Picardie-Jules Verne, CHSSC, F-80000 Amiens, France.

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    Conclusions

    Armée et religion xve-xixe siècle

    Xavier Boniface

    Introduction

    Xavier Boniface

    Décorer les militaires (xixe-xxe siècles)

    Xavier Boniface

    Les conflits de conscience des officiers français, de la Belle Époque à la guerre d’Algérie

    Xavier Boniface

    Préface

    Xavier Boniface

    De Verdier à Lustiger : les archevêques de Paris

    Xavier Boniface

    Les insignes militaires français

    Identité, mémoire et symbolique guerrières

    Xavier Boniface

    Conclusion

    Bruno Béthouart et Xavier Boniface

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    1La capitulation de Laon (9 septembre) et l’occupation d’Amiens (28 novembre) ne font pas suite à de véritables sièges, car ces deux cités se rendent très rapidement, sans réelle résistance, hormis à la citadelle d’Amiens (qui capitule le 1er décembre).

    2Voir Nivet Philippe (dir.), La bataille en Picardie. Combattre de l’Antiquité au xxe siècle, Amiens, Encrage, 2000.

    3Article « Siège », Bardin général, Dictionnaire de l’Armée de Terre, ou recherches historiques sur l’art et les usages militaires des anciens et des modernes, 16e partie, Paris, J. Corréard, 1851, p. 4872.

    4Fossé d’Arcosse René, Le siège de Soissons en 1870, Soissons, R. Fossé d’Arcosse, 1892, p. 3.

    5Selon le commandant de la place, cité par Caraby Achille, Histoire du bombardement de Péronne, Péronne, Librairie Recoupé, 1873, p. 16.

    6Ramon Gustave (Vindex), L’invasion en Picardie. Récits et documents concernant les communes de l’arrondissement de Péronne pendant la guerre allemande 1870-1871, Péronne, typo. J. Quentin, 1871-1873, p. 516.

    7Cordonnier Geneviève, Soissons, son histoire illustrée, à travers ses rues, places monuments et ses habitants, Le Coteau, Horvath, 1985, p. 18.

    8Boureux Michel, « L’évolution des fortifications de la Fère », Mémoires – Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne, t. XLI, 1996, p. 96-99.

    9Caraby Achille, op. cit., p. 16-17.

    10Lieutenant-colonel Lecer, « Documents relatifs à la défense de Soissons en 1870 », Bulletin de la Société historique et archéologique de Soissons, t. XIXe, 3e série, 1912, p. 109 ; Vincent D., Souvenirs d’un soldat de 1870. Siège de Soissons, Typo. A. Marguin, 1901, p. 39 et 52-53.

    11Ramon Gustave, op. cit., p. 510 sq. ; Caraby Achille, op. cit., p. 28-32 (quelques légères différences dans les chiffres).

    12Ramon Gustave, op. cit., p. 555 et 582.

    13Fossé d’Arcosse René, op. cit., p. 14 et 36.

    14Ramon Gustave, op. cit., p. 508.

    15Ibid., p 473.

    16Wolff Ed, Souvenirs du siège de Soissons. Août-septembre-Octobre 1870, Arras, Impr. H. Schoutheer, 1872, p. 25-27.

    17De Sars Robert, « Contribution à l’histoire militaire de La Fère », Mémoires – Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne, t. IX, 1963, p. 79.

    18Collet Émile, Le siège de Soissons et l’occupation allemande dans le Soissonnais 1870-1871, Soissons, Eug. Ebel, 1901 (1871), p. 67.

    19Ramon Gustave, op. cit., p. 581.

    20Vincent D., op. cit., p. 35 ; Ramon Gustave, op. cit., p. 445.

    21Rapport du major von Schell, cité par Ramon Gustave, op. cit., p. 506.

    22Daussy Henry, La ligne de la Somme pendant la campagne 1870-1871, Paris/Amiens, J. Dumaine/Delattre-Lenoel, 1875, p. 166.

    23Ramon Gustave, op. cit., p. 487.

    24Article « Siège », Bardin, op. cit., p. 4874-4875.

    25Wolff Ed, op. cit., p. 59.

    26Fossé d’Arcosse René, op. cit., p. 103-104.

    27De Sars Robert, art. cité, p. 80.

    28Ramon Gustave, op. cit., p. 611-612.

    29Marées G. von, Siège de Péronne d’après les publications faites dans L’Annuaire militaire allemand, Péronne, Trépant, 1876, p. 95.

    30Parisot Guillaume, « La capitulation est dans la rue ? Retour sur les volontés de résistance ou de reddition des villes face à l’ennemi au cours de la guerre de 1870 », in Pierre Bergel et Vincent Milliot (dir.), La ville en ébullition. Sociétés urbaines à l’épreuve, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 152.

    31Collet Émile, op. cit., p. 93, 103 (14 et 17 septembre).

    32Ramon Gustave, op. cit., p. 488.

    33Collet Émile, op. cit., p. 73 et 100.

    34Prévost Ferdinand, Les forteresses françaises pendant la guerre de 1870-1871, Paris, Dumaine, 1872, p. 74.

    35Leroux Abbé, Le siège de Soissons en 1870. Impressions & souvenirs, Soissons, G. Nougarède, 1906, p. 5-6.

    36Vincent D., op. cit., p. 77-78.

    37Ramon Gustave, op. cit., p. 463.

    38Ibid., p. 582.

    39Collet Émile, op. cit., p. 106.

    40Parisot Guillaume, art. cité, p. 155.

    41Caraby Achille, op. cit., p. 58.

    42Parisot Guillaume, art. cité, p. 158.

    43Voir le dossier de Charles Gaston de Nouë (1813-1880), LH//2004/41 (base Léonore).

    44Vincent D., op. cit., p. 223-224 ; Ramon Gustave, op. cit., p. 601 et 604.

    45Ramon Gustave, op. cit., p. 605.

    46Wolff Ed, op. cit., p. 72.

    47Les capitulations des places fortes. Rapports du conseil d’enquête […] sur les capitulations […], Paris, Librairie centrale, 1872, p. 13-14.

    48Ibid., p. 36. Conseil d’enquête du 18 avril 1872.

    49Lécluselle Adolphe, La guerre dans le Nord (1870-1871). Notes et documents, Cambrai, impr. d’Halluin-Carrion, 1898, p. 244-245.

    50Cadot Louis, La Vérité sur le siège de Péronne, réponse au général Faidherbe, Péronne, Librairie Récoupé, 1872, p. 19-21 et 22-23.

    51Ramon Gustave, op. cit., p. 623.

    52Lécluselle Adolphe, op. cit., p. 246-248.

    53Faidherbe général Louis, Campagne de l’armée du Nord en 1870-1871, Paris, E. Dentu, 1871, p. 55-56.

    54Cadot Louis, op. cit., p. 24 et 26.

    55Voir Lavisse Ernest, L’Invasion dans le département de l’Aisne, Laon, Coquet, 1872, 96 p.

    56Site officiel de la ville de Péronne : [https://ville-peronne.fr/fr/rb/924757/lhistoire-de-peronne], consulté le 31 août 2021.

    57Barros Martin, « Les forts de La Fère, Laon et Soissons de 1874 à 1918 », Mémoires – Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne, t. XLI, 1996, p. 49-79.

    58Rapport du chef d’escadron Roques-Salvaza, commandant de l’artillerie, cité par Lecer, art. cité, p. 128.

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    Boniface, X. (2025). La guerre de siège en Picardie en 1870-1871. In S. Tison, J.-N. Grandhomme, & L. Jalabert (éds.), La guerre de siège en 1870-1871. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14tsr
    Boniface, Xavier. « La guerre de siège en Picardie en 1870-1871 ». In La guerre de siège en 1870-1871, édité par Stéphane Tison, Jean-Noël Grandhomme, et Laurent Jalabert. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14tsr.
    Boniface, Xavier. « La guerre de siège en Picardie en 1870-1871 ». La guerre de siège en 1870-1871, édité par Stéphane Tison et al., Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14tsr.

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    Tison, S., Grandhomme, J.-N., & Jalabert, L. (éds.). (2025). La guerre de siège en 1870-1871. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14tu1
    Tison, Stéphane, Jean-Noël Grandhomme, et Laurent Jalabert, éd. La guerre de siège en 1870-1871. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14tu1.
    Tison, Stéphane, et al., éditeurs. La guerre de siège en 1870-1871. Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14tu1.
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