Introduction
p. 7-18
Texte intégral
1La guerre franco-prussienne ne doit pas être envisagée avec le regard misérabiliste, pathétique et moraliste d’un Émile Zola dans La Débâcle. Guerre perdue pour les armées françaises, qu’elles soient impériales jusqu’au 4 septembre 1870 et républicaines jusqu’en février 1871, elle constitue un conflit d’une singulière modernité pour l’historien, tout en se trouvant à la charnière avec d’anciennes pratiques militaires, comme les sièges de villes. Elle arrive dans un cycle d’industrialisation très rapide pour les deux nations qui s’affrontent.
2Le conflit révèle son caractère novateur sur le plan militaire – dont les prémisses se lisent déjà lors de la guerre austro-prussienne de 18661 – avant même les premiers engagements, par un rôle considérablement accru des moyens logistiques, et notamment de l’utilisation des voies ferrées dans le registre stratégique et la concentration, puis le déplacement des troupes. En termes opérationnels, la première phase de la lutte est, de fait, marquée par une guerre de mouvement qui tourne au désavantage évident des troupes impériales françaises. Les défaites s’enchaînent, où la nouvelle puissance de feu des armes individuelles et de l’artillerie inflige bien des ravages monstrueux dans une troupe ennemie2.
3Ces dimensions ont été bien perçues dès l’époque, et l’historiographie les a singulièrement réévaluées. Pourtant, il est une approche qui n’a pas encore été mise en lumière à l’aune de méthodes historiques rajeunies.
4À côté des combats ouverts de la guerre de 1870, une forme somme toute très classique d’affrontement se développe aussi, avec toutes les apparences d’une tradition multiséculaire dans l’art militaire : les combats des défenses des villes, comme à Rambervillers, à Châteaudun, à Dijon3, au Mans4 et à Orléans, à Saint-Quentin5 ; et surtout ceux des sièges.
5Cette forme de guerre a déjà donné lieu à une bascule importante au cours des siècles précédents, dans le contexte de ce qu’il est convenu d’appeler la « révolution militaire6 ». La mutation du rempart classique au bastion et à la défense en profondeur7 constitue la réponse à un usage nouveau de l’artillerie à poudre8, ce qui s’est traduit par l’accroissement progressif des effectifs et des moyens militaires, sous la coupe de plus en plus forte des États. Les places fortes sont devenues l’un des grands enjeux de la guerre à l’époque moderne, même si l’on ne peut résumer celle-ci à la pratique de siège. Toutefois, la place bastionnée constitue désormais un élément clef de la défense d’un territoire, d’une frontière, avec sa capacité de polarisation de l’ennemi, qui ne peut s’aventurer trop en avant dans les terres adverses avec une garnison – incluant des effectifs de cavalerie – et des réserves importantes. La ville bastionnée devient dès lors un enjeu tactique et stratégique, avec une forte charge symbolique : le siège se mue en une composante décisive de la gloire royale louisquartorzienne9. C’est bien pourquoi les historiens ont étudié en France cette pratique militaire dans le cadre du retour de l’histoire militaire, amorcé par André Corvisier, dans un sillon déjà tracé par l’historiographie anglo-saxonne10. Cependant, force est de constater que si l’on s’est beaucoup intéressé à la figure de l’ingénieur militaire – à l’exemple de Vauban11 – ce sont bien plus les fortifications elles-mêmes12 qui ont suscité des travaux que les sièges et l’expérience vécue par leurs protagonistes13, les études comparatives sur le temps long étant encore rares14. Pour la guerre franco-prussienne, il en est presque de même, ce qui a, entre autres, motivé la production des travaux du présent ouvrage.
6En effet, 1870, comme les xve-xvie siècles pour les armées en Europe, marque un point de bascule important à l’égard de l’armement et aussi de cette pratique du siège qui apparaît si classique. Si le rituel militaro-symbolique et les pratiques de l’époque moderne subsistent en partie, les mutations s’affirment. La puissance nouvelle de l’artillerie scelle définitivement le destin des fortifications bastionnées, même si ce sont bien les années 1880 et la « crise de l’obus-torpille » qui marquent une rupture profonde d’un point de vue des formes de fortifications. En 1870-1871, le siège reste toutefois omniprésent et à une échelle inédite par le nombre et la simultanéité, avec l’appui d’une nouvelle logistique de masse : la voie ferrée.
7Ainsi, Strasbourg, Metz, Bitche, Belfort, Sedan, Paris, constituent parmi les sièges militaires les plus emblématiques de la guerre de 1870-1871. D’autres, moins connus, doivent être redécouverts : Phalsbourg, Sélestat, Toul, Péronne, Montmédy, entre autres. Des monographies leur sont consacrées dans ce volume, qui se veut quasi exhaustif15.
8Dans l’imaginaire collectif, alimenté par une iconographie populaire et une peinture patriotique, la guerre franco-allemande résonne encore avec combats d’infanterie, uhlans, cuirassiers et autres cavaliers, plus propres à exalter la bravoure dans le cadre de l’imagerie que la guerre de siège, d’autant plus que celle-ci fait ici écho à la défaite de la France. Cette mémoire passe par les œuvres de peintres emblématiques comme Édouard Detaille16 et Alphonse de Neuville (La Maison des Dernières cartouches)17, mais aussi beaucoup d’autres –, par la littérature18, la musique19, aspects qui ne sont pas développés dans cet ouvrage, mais qui ont fait l’objet de travaux et continuent d’en faire, ainsi qu’en témoigne l’exposition « Trente-six épisodes du Siège de Paris : l’énigme de la suite Binant », qui s’est tenue au musée d’Art et d’Histoire Paul-Éluard, à Saint-Denis, du 29 novembre 2019 au 2 mars 2020. En janvier 1871, expliquent les commissaires, Alfred Binant (1822-1904), marchand de couleurs à Paris, commande à différents peintres 36 tableaux de grand format pour documenter les événements du siège de Paris20. Les sièges sont donc parfois évoqués : les marins veillant sur les remparts de Paris, la sortie en armes de Denfert et de ses soldats invaincus, par exemple.
9Bien entendu, la littérature – notamment des témoignages publiés – ne manque pas de parler de cette poliorcétique contemporaine, notamment et toujours avec l’exemple du siège de Paris. Le livre de Désiré Lacroix21, en 1890, donne à embrasser l’importance de ces sièges, tout comme des ouvrages publiés par les Allemands eux-mêmes. La guerre de siège est bien d’importance dans le déroulé et l’histoire de la guerre de 1870-1871, mais force est de constater que la recherche historique elle-même s’est peu intéressée à la question, y compris dans le cadre du 150e anniversaire. À peine peut-on citer quelques analyses spécifiques d’ensemble22 ; et si les études de cas et récits parus dans des revues locales sont plus nombreux, ils sont le plus souvent anciens et épars.
10Il en va de même pour le cinéma, qui n’a fait que de rares incursions dans cette période. Un film très court de Georges Méliès, comme c’était la norme à l’époque : Bombardement d’une maison (1897) met en scène le régiment des zouaves de la Garde impériale à Rezonville ; puis l’affiche de 1870-1871 d’Henri Andreani (1913) présente une variante de la fin des défenseurs de la Maison des dernières cartouches. La propagande nazie livre en 1942 Hochzeit auf Bärenhof (Mariage à Bärenhof), de Carl Froelich, qui évoque la bataille de Mars-la-Tour, près de Metz, en août 1870. Après la Seconde Guerre mondiale, le film franco-allemand Die Gans von Sedan (L’Oie de Sedan) d’Helmut Käutner (1959), sorti en France sous le titre : Sans tambour ni trompette, d’après un roman de Jean L’Hôte : Un Dimanche au champ d’honneur (1958), relate l’histoire tragi-comique de deux soldats français (Jean Richard) et allemand (Hardy Krüger), qui inversent leur uniforme à la suite d’un quiproquo, en marge de la bataille de Sedan. En revanche, Champ d’honneur (1987), de Jean-Pierre Denis a pour décor la campagne alsacienne, non pas les sièges23.
11Du côté de la télévision, le premier épisode de la série franco-allemande de Michel Favart Les Alsaciens ou les Deux Mathilde, avec un scénario d’Henri de Turenne et de Michel Deutsch, diffusé sur Arte en 1996, a pour toile de fond la perte de l’Alsace par la France alors que le jeune mari de l’héroïne, Mathilde de La Tour, incarnée par Cécile Bois, est tué à Bazeilles. La Forteresse assiégée, téléfilm de Gérard Mordillat, lui aussi diffusé sur Arte, en 2006, retrace pour sa part l’histoire du siège de Bitche, avec Jacques Pater dans le rôle du chef de bataillon Teyssier, commandant de la place. Enfin, un épisode de la série Chez Maupassant tourné par Gérard Jourd’hui et diffusé en 2007 sur France 2 : Deux amis, avec Philippe Torreton et Bruno Putzulu, narre la triste mésaventure de deux pêcheurs fusillés par les Prussiens pour s’être aventurés dans une zone interdite à Colombes pendant le siège de Paris.
12De fait, le temps et la place occupée par la Grande Guerre ont contribué à marginaliser la guerre franco-allemande – non ses conséquences – et aussi son approche en histoire militaire24. La thématique de la mémoire, dans une dynamique lancée à présent depuis plusieurs décennies, ne manque pas d’occuper les chercheurs25, mais là encore, si elle n’est pas totalement occultée – comment le faire avec le siège de Paris ? – la ville assiégée n’occupe qu’une bien modeste place26. Or, on sait le renouveau qu’ont connu les recherches en histoire militaire, quelles que soient les périodes, et la guerre de siège y trouve sa place, notamment parce que la pratique militaire existe toujours, comme l’ont montré les longs sièges de Léningrad, de Sarajevo ou encore de la Ghouta pendant la guerre civile en Syrie, de Marioupol et de Bakhmout, pendant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et le blocus émaillé d’incidents militaires de la République arménienne de l’Artsakh/Haut-Karabagh par l’Azerbaïdjan, qui s’achève par un effondrement subit de la défense de la région en septembre 2023, par son occupation par l’armée azerbaïdjanaise et par l’exode de la quasi-totalité de la population arménienne. Une publication sur le sujet pour la période révolutionnaire souligne encore cette actualité scientifique27. Il fallait donc porter davantage notre regard sur la ville en guerre, sur la ville assiégée.
13Ces sièges et ces combats urbains ou périurbains ont eu des conséquences non seulement militaires, mais aussi politiques considérables. Si Sedan débouche sur la chute du régime impérial, la résistance du colonel Denfert-Rochereau à Belfort contribue – c’est en tout cas la version qui a été servie au grand public – à permettre de sauver une parcelle du territoire français de l’annexion allemande et entre dans l’imaginaire de la jeune République28. Le siège de Metz débouche sur la honte pour l’armée française. Le siège de Paris est suivi de l’effroyable guerre civile de la Commune, si importante dans les mémoires des républicains modérés comme dans celle des républicains radicaux. Le siège de Strasbourg mérite d’être suivi dans un certain nombre de nouveautés opérationnelles rendues possibles par la puissance inédite des pièces d’artillerie. Ici, les populations civiles font l’objet de bombardements systématiques et terroristes, destinés clairement à les faire « craquer29 ». On sait combien le commandant de la place, à Belfort ou à Bitche, doit lutter, pour poursuivre la résistance de la garnison, contre des autorités civiles affolées.
14La sortie de guerre a également été très peu étudiée30. Si les vétérans de la guerre de 1870-1871 apparaissent régulièrement dans la presse au cours des décennies qui suivent, même très longtemps après 187131, on ignore qui fut le dernier ancien combattant de ce conflit, vraisemblablement mort à la fin des années 1950 ou au tout début des années 1960. En tout cas, la puissante Société de retraites des Vétérans des Armées de Terre et de Mer 1870-1871, créée en 1893, cesse d’exister en 1953. Cette première grande association de ceux que l’on n’appelait pas encore les « anciens combattants » est à l’origine de très nombreux monuments aux morts, puis de leur reconnaissance bien tardive par l’État avec la création en 1912 d’une médaille commémorative32. Ces monuments furent souvent élevés par souscription et en partenariat avec le Souvenir français33, fondé en février 1887 par l’Alsacien exilé Xavier Niessen, professeur au lycée Sainte-Croix de Neuilly-sur-Seine, et autorisé le 22 août de la même année. Cette « association nationale pour l’édification et l’entretien, en France et à l’étranger, des monuments commémoratifs et des tombes des militaires et marins morts pour la Patrie et pour perpétuer la mémoire de ceux qui ont honoré la France par de belles actions » est reconnue d’utilité publique le 1er février 1906. Le monument de Sedan, par exemple, dû au ciseau du sculpteur ardennais Aristide Croisy et inauguré en 1897, figure la Gloire couronnant de laurier un soldat mourant et porte l’inscription : « Honneur et reconnaissance à qui meurt en défendant sa patrie ». Derrière la célébration des « glorieux vaincus » se profile toujours la Revanche car le prolongement et la conséquence de la défaite furent l’annexion. Partout, en France, on nomme des rues et des places d’Alsace-Lorraine ou de Strasbourg. Toute « normalisation » des relations entre la France et l’Allemagne est rendue impossible de ce fait34.
15Après une période de quasi-oubli, tout de même marquée par une certaine effervescence commémorative et éditoriale autour du centenaire, en 1970-197135, au cours de laquelle la mémoire des deux guerres mondiales a occupé toute la place, le renouveau du souvenir de la guerre franco-prussienne se traduit, avant, pendant et après le 150e anniversaire, par la mise en place d’un certain nombre de plaques commémoratives nouvelles, et également par la constitution de groupes de reconstituants, comme ces Français, les Arquebusiers de l’Est, et ces Bavarois, qui se réunissent tous les ans, ainsi les 14 et 15 août 2023, pour l’animation Ça tombe comme à Gravelotte au musée de la Guerre de 1870 et de l’Annexion inauguré en 2014 sur les lieux de cette bataille emblématique, s’il en est, de l’investissement de Metz. Comme celle des guerres de 1914-1918 et de 1939-1945, la mémoire de celle de 1870-1871 est résolument inscrite aujourd’hui dans le contexte de la réconciliation franco-allemande.
16Quant aux principaux acteurs des sièges, du côté français, leur destin ultérieur est très contrasté. Denfert-Rochereau devient une des figures emblématiques des républicains, ce qui leur permet de faire oublier la guérilla qu’ils avaient menée au Corps législatif contre l’augmentation des crédits militaires et leur détricotage de la loi proposée par le maréchal Niel, ainsi que les piètres qualités d’organisateur et de stratège d’un Gambetta – n’est point Lazare Carnot qui veut – dont les « armées de province » n’ont réussi à débloquer ni Paris ni Belfort. De son côté, le maréchal de Mac-Mahon, le vaincu de Woerth-Reichshoffen et de Sedan, jouit paradoxalement d’une très grande popularité dans les débuts de la IIIe République, alors que celle-ci est encore monarchiste. Si celui qui est aussi le vainqueur de Sébastopol bénéficie d’une grande mansuétude, tel n’est pas le cas de tous les chefs des garnisons assiégées.
17Dans le contexte de la défaite et déjà en vue de la revanche, le conseil d’enquête sur les capitulations s’emploie à déterminer les responsabilités des uns et des autres dans cette France qu’il s’agit alors de reconstruire moralement et bien sûr militairement. Les prises de villes ont marqué les esprits des contemporains, non sans rappeler celles de 1792 où, dans le contexte d’une Révolution qui devait alors faire face à l’invasion austro-prussienne, les redditions de Verdun et de Longwy étaient apparues comme trop rapides, alimentant ainsi l’idée de la trahison. Trois-quarts de siècle plus tard, en 1873, Bazaine lui-même n’a-t-il pas dû, après la capitulation de Metz à la fin d’octobre 1870, répondre de l’accusation de trahison – le mot de Gambetta sonne alors : « Le maréchal Bazaine a trahi » – et d’avoir largement entraîné la défaite de la France ? Ces réactions sont à comprendre évidemment parce que l’on cherche des responsabilités mais aussi parce que la ville et ses défenses apparaissaient bien à la fois comme un frein à l’avance de l’ennemi et comme un symbole de la résistance, donc du patriotisme. La ville était encore, comme elle l’est toujours aujourd’hui, un lieu de bataille36.
18Ces sièges, qui ont gardé une empreinte dans la mémoire et dans la pierre, ont aussi laissé des traces sur le terrain. Bien connus sont ces obus toujours fichés dans les façades de certaines maisons de Strasbourg et dont l’histoire est parfois rocambolesque37. Même les sièges qui n’ont finalement pas eu lieu, mais que les contemporains redoutaient, ont parfois une histoire patrimoniale. Deux pièces d’artillerie du xvie siècle en bronze auraient ainsi été enfouies par les pompiers de Mulhouse en 1870, afin d’éviter qu’elles ne tombent aux mains des Prussiens. Retrouvées en 1972 sur le chantier d’un centre commercial, récupérées par un brocanteur, qui les revend à un collectionneur, elles sont ensuite entrées en possession d’une société de vente bavaroise et ont finalement été restituées à la Ville de Mulhouse en janvier 202038. Plus inquiétant, une habitante de Vaux-le-Pénil (Seine-et-Marne) trouve dans son jardin, le 16 avril 2023, un obus que les démineurs datent de la guerre de 1870, au cours de laquelle les Prussiens sont entrés dans la commune, le 15 septembre, et ont été visés par des tirs d’artillerie français provenant de Melun, sur la rive gauche de la Seine, élément de la défense de la route de Paris39.
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19Cet ouvrage vise ainsi à interroger les spécificités de la guerre de siège en 1870-1871 et les traces qu’ils ont laissées. Il est issu d’un colloque universitaire qui s’est tenu à Sedan (Ardennes) les 15 et 16 octobre 2021 à l’occasion du cent-cinquantenaire de la guerre de 1870-1871, sous l’égide de la Société d’histoire et d’archéologie du Sedanais, de l’université de Lorraine (Centre de recherche universitaire lorrain d’histoire – CRULH) et de Le Mans Université (Laboratoire Temps, Mondes, Sociétés – TEMOS)40. Prévu initialement pour septembre 2020, reporté en raison de la crise sanitaire, c’est l’un des principaux colloques organisés pour mettre à jour une historiographie en cours de renouvellement sur ce conflit encore peu travaillé par les universitaires. Quant à la guerre de siège de l’année 1870-1871, elle n’a guère été traitée depuis les analyses effectuées dans une logique de diagnostic des causes de la défaite dans la décennie qui suit, au contraire par exemple des sièges de l’époque napoléonienne41, qui donne tout de même avant tout une place à la bataille rangée. Les histoires classiques de la guerre franco-prussienne, que ce soient celles des contemporains ou des historiens d’avant 191442, ou celles de la période du renouvellement des années 1990-2015 environ43, évoquent bien sûr les sièges, mais parmi d’autres événements militaires, politiques et diplomatiques. Et si le 150e anniversaire de 1870, en regard du centenaire de la Grande Guerre, n’a pas donné lieu à une grande dynamique éditoriale et scientifique, on peut tout de même noter la parution d’un certain nombre d’ouvrages44, l’organisation de colloques45, de conférences46 et d’expositions47 remarquables, ainsi que des travaux de jeunes chercheurs48. Pour certains historiens, comme le militant autonomiste alsacien-mosellan François Waag, la commémoration est même l’occasion de revenir sur certain nombre de faits considérés comme acquis. Les historiens français, « mêmes universitaires », affirme-t-il, « respectent encore aujourd’hui certains tabous : il n’est pas politiquement correct de dire que les Alsaciens voulaient ouvrir les portes de leurs villes pour rester vivants. C’est pourtant bien ce que plusieurs sources laissent entendre, entre les lignes, cela va de soi49 ». Certes, mais de là à dire qu’ils ont agi par germanophilie, il y a un pas. Bien entendu, la Commune, qui n’entre pas dans le périmètre de notre étude, a également suscité son lot de controverses. En revanche, le présent volume participe également au débat historiographique actuel sur la mesure de l’évolution des sensibilités, montrant le conflit franco-prussien comme une charnière pour la question de « l’ensauvagement » des combats, les préoccupations humanitaires et l’émergence d’une conscience morale internationale50.
20Les auteurs de ce livre se donnent donc pour objectif scientifique de considérer à nouveaux frais les sièges de la guerre de 1870-1871, de les interroger sur des plans différents et tous complémentaires. Que signifient-ils en termes d’art de la guerre en fonction des progrès considérables réalisés dans l’armement depuis les années 1840 ? Comment sont-ils perçus par rapport aux combats en rase campagne ? Gêne pour l’offensive ? Temps perdu pour l’assaillant ? Espoir de voir arriver des renforts ou simple retard d’échéance pour les défenseurs ?
21Stratégiquement, il est nécessaire de renouveler notre vision des regards des défenseurs comme des assaillants. Comment sont perçus par les uns et les autres ces combats de siège ? Décident-ils réellement du sort de la campagne militaire ? Comment le commandement gère-t-il ces sièges, aussi bien dans la position de l’assaillant que dans celle du défenseur ?
22Dans tous les cas de figures, la population militaire n’est pas la seule concernée et doit partager l’espace investi par les populations civiles qui demeurent dans la ville. La cohabitation n’est pas toujours facile à gérer, surtout lorsque les pénuries s’installent et virent à la famine. Quelles sont les attitudes des autorités civiles ? comment participent-elles à la gestion de la crise majeure que constitue un encerclement ? Ce dernier est-il totalement étanche ou, au contraire, poreux ?
23Le cas des blessés, tant civils que militaires, est généralement dramatique. Manquant de tout, de médicaments, de personnel soignant, de linge propre, ils sont souvent victimes d’une mortalité importante, rappelant en cela « l’ancien régime » de la mortalité militaire où l’on mourrait plus des suites de ses blessures et de maladie – à l’exemple de la meurtrière variole de 1870-1871 – que tué net sur le champ de bataille. Comment gérer dès lors ces morts qui s’accumulent dans un espace urbain plus ou moins confiné ?
24L’attitude des autorités civiles et militaires dans les espaces où l’on s’attend à l’arrivée des troupes allemandes, sur la Seine, la Loire et à l’ouest du théâtre d’opérations peut également être l’objet d’interrogations. Dans quelle mesure la perspective d’un siège est-elle envisagée, préparée ? Quelles dispositions sont-elles imaginées et organisées pour parer à cette éventualité ?
25Enfin, il s’agit de mieux définir les contours de la mémoire des sièges, tant française qu’allemande, dès la période 1871-1914 et jusqu’à nos jours, d’en percevoir les rythmes de valorisation et d’effacement jusqu’à à la patrimonialisation des sites concernés et aux commémorations.
26L’ouvrage proposé comble donc un vide historiographique, non seulement sur les évolutions stratégiques, mais également sur l’expérience du siège des combattants et des civils, sur la résonnance de ces affrontements à l’échelle internationale mais aussi sur le temps long. Les nombreuses contributions présentées ici ont permis d’aborder la guerre de siège au prisme des spécialités variées des intervenants, donnant lieu à des approches allant de l’histoire militaire et politique à celle de l’administration, en passant par l’histoire économique et sociale, l’histoire culturelle, celle des représentations, des techniques, et même la géographie, la démographie, le droit, la civilisation, l’histoire de l’art.
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27Ces questionnements sont traités à travers trois angles d’approches différents.
28La première partie interroge la préparation des sièges ainsi que leur place dans la stratégie au cours de l’année 1870-1871. Le développement de l’artillerie et des moyens de communication est également abordé. La préparation et l’inscription des places fortes dans une visée stratégique est envisagée à une échelle régionale et même locale, jusqu’aux années suivant la défaite, la frontière et sa défense étant repensées dans le dernier tiers du siècle.
29La deuxième partie insiste sur la pratique du siège en elle-même, à travers de nombreuses études de cas, présentées selon l’ordre chronologique du début de l’assiègement, quelle que soit la durée d’ailleurs du siège. C’est l’occasion d’interroger le rôle des décideurs tant militaires que politiques dans la mise en défense d’une cité ou d’une citadelle, mais aussi les tensions qui se font jour entre les autorités ou/et avec la population civile inscrite dans l’affrontement. Si la majorité des sièges ont lieu bien entendu dans le cadre de la guerre franco-prussienne, il n’est pas inutile de proposer la comparaison d’autres sièges inscrits dans des conflictualités de moindre intensité et de caractère différent, tels celui de Rome en 1870 ou encore de Tizi Ouzou lors de l’insurrection kabyle de 1871. Ces analyses focalisées sur des cas spécifiques donnent l’occasion d’interroger tant les processus de reddition que les ressorts d’une résistance durable et de mesurer la continuité ou non des rites, des tactiques et des interactions entre les acteurs du siège.
30La troisième partie est davantage centrée sur les effets du siège sur la population civile : l’adaptation des institutions civiles à la guerre, telle la Poste, mais aussi l’organisation des secours alors qu’émergent des formes de solidarités humanitaires, nationales voire transnationales. La fabrique des représentations est également analysée : celles qui sont constituées dans le temps même de l’affrontement pour symboliser la souffrance des civils, mais aussi celles qui sont véhiculées dans la presse française, allemande, et même plus lointaine, celles enfin qui structurent durablement la mémoire collective comme la mémoire régionale des sièges. Que reste-t-il de 1870-1871 en 1914 ?, se demandaient à juste titre les participants au colloque international organisé au musée de Gravelotte du 27 au 29 mars 201451. Sur des temporalités variées, des faits jusqu’au temps présent, plusieurs textes du présent volume analysent la trace mémorielle des sièges, une image qui contribue à élaborer le discours sur la glorieuse défaite et qui s’estompe rapidement lorsque se met en place en 1914-1918 la guerre des fronts, un siège généralisé en quelque sorte, qui caractérise la Grande Guerre et d’autres grandes confrontations du xxe siècle.
Fig. 1. – La guerre de siège en 1870-1871.

Notes de bas de page
1Grandhomme Jean-Noël et Alexandre Philippe (dir.), 1866, une querelle d’Allemands ? Perceptions croisées et mémoire(s) d’un moment clé de l’histoire européenne, Berne/Bruxelles, Peter Lang, 2018 ; et Showalter Dennis, The Wars of German Unification, Londres, Bloomsbury Publishing, 2004.
2Förster Stig et Nagler Jorg, On the Road to Total War: The American Civil War and the German Wars of Unification, 1861-1871, Cambridge University Press, 2002. Sur les mutations de l’artillerie en ce second xixe siècle, voir Christophe Pommier, Innovation et artillerie en France (1852-1914). Une radicale transformation technologique de l’armement au regard de l’histoire de l’innovation, thèse, dir. Pascal Griset, Paris-Sorbonne Université, 2020.
3Sergent Éric, 1870-1871. Souvenirs d’une défaite. La mémoire de la guerre de 1870-1871 en pays nuiton, Éditions universitaires de Dijon, 2020.
4Beauchef Frédéric, 1871, Le Mans une bataille oubliée, Le Mans, Libra Diffusio, 2010.
5Audoin-Rouzeau Stéphane, « Un vécu de terreur, la bataille de Saint-Quentin, le 19 janvier 1871 », in Philippe Nivet (dir.), La bataille en Picardie. Combattre de l’Antiquité au xxe siècle, Paris, Encrage, 2000, p. 101-112.
6Black Jeremy, A Military Revolution? Military Change and European Society 1550-1800, Londres, Humanities Press ; Parker Geoffrey, La Révolution militaire. La guerre et l’essor de l’Occident, 1500-1800, Paris, Gallimard, 1993.
7En France, c’est Jean Errard qui marque une étape importante dans les publications militaires avec La Fortification réduite en art et démontrée (1660), mêlant géométrie, aspects défensifs et tactiques, ce qui est ensuite prolongé et approfondi par Blaise Pagan (Traité des fortification, 1645) et Vauban. Celui-ci n’a pas publié de traité de son vivant mais a produit notamment un Traité de l’attaque des places (1704), resté manuscrit et édité en 1829 par le colonel Augoyat (Paris, Anselin, in-8o). Pour une vision rapide de l’évolution de la fortification bastionnée, voir Faucherre Nicolas, Places fortes. Bastions du pouvoir, Paris, Rempart, 1986.
8La littérature humaniste s’est emparée de cette nouvelle manière de défendre les villes. Cet usage intensif de l’artillerie est bien présent dans le Traité sur l’Art de la guerre de Bérault Stuart d’Aubigny (v. 1447/1452-1508) [éd. Elie de Comminges, La Haye, Martinus Nijhoff, 1974]. Pour une vision rapide des mutations de l’artillerie entre la fin du Moyen Âge et des débuts de l’Époque moderne, voir Drévillon Hervé et Wieworka Olivier (dir.), Histoire militaire de la France, t. I : Des Mérovingiens au Second Empire, Paris, Perrin, 2018, p. 159-165. Voir également Prouteau Nicolas et Faucherre Nicolas, Artillerie et fortification, 1200-1600, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011 ; Naulet Frédéric, L’artillerie française (1665-1765). Naissance d’une arme, Paris, Économica, 2002.
9Cornette Joël, Le roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot, 2000, p. 255 sq.
10Duffy Christopher, Siege Warfare. Fortress in the Early Modern World, 1494-1660, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1979 ; Pepper Simon et Adams Nicholas, Firearms & Fortifications: Military Architecture and Siege Warfare in Sixteenth-Century Siena, Chicago, University of Chicago Press, 1986 ; Ostwald Jamel, Vauban under Siege. Engineering Efficiency and Martial Vigor in the War of the Spanish Succession, Leyde/Boston, Brill, 2006.
11On peut renvoyer aux travaux d’Anne Blanchard, de Michèle Virole et de Jean-Philippe Cénat.
12Destable Philippe, Les chantiers du roi : la fortification du « pré carré » sous le règne de Louis XIV, thèse, dir. Gérard Gayot, Lille 3, 2006 ; à côté de monographies, voir notamment les travaux dirigés par Émilie d’Orgeix et Nicolas Meynen : Fortifier la montagne (xviie-xxesiècle). Histoire, reconversion et nouvelles perspectives de mise en valeur du patrimoine de montagne, Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2016 ; Défendre la mer à grande échelle : Infrastructures et bases navales (xviiie-xxiesiècle). Histoire, reconversion et nouvelles perspectives de mise en valeur du patrimoine maritime, Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2019.
13Audisio Gabriel (dir.), Prendre une ville au xvie siècle, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2004 ; Rorive Jean-Pierre, La Guerre de siège sous Louis XIV : au cœur du champ de bataille de l’Europe, Waterloo, Jourdan, 2015 ; Vo-Ha Paul, Rendre les armes. Le sort des vaincus, xvie-xviie siècles, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2017. Voir aussi Carpi Olivia et Ibáñez José Javier Ruiz, « Les noix, les espions et les historiens. Réflexion sur la prise d’Amiens (11 mars 1597) », Histoire, économie et société, 23e année, no 3, 2004, p 323-348.
14Signalons notamment l’analyse du point de vue « obsidional » (celui des assiégés), proposé dans un dossier dirigé par Gilles Malandain : « Obsidionalités. Mémoire et représentations des sièges militaires, du xvie siècle à nos jours », Tierce : Carnets de recherche interdisciplinaire en Histoire, Histoire de l’Art et Musicologie, 2020-4, [https://tierce.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=406], consulté le 24 mars 2024.
15Celui de Marsal (Moselle) est l’un des très rares à ne pas être évoqué, mais il ne dure que quelques heures, les 13 et 14 août 1870. Pour ce qui concerne le siège, ou la défense, de Langres, de novembre 1870 à janvier 1871, on se reportera à l’ouvrage contemporain du capitaine du génie Gaston de La Noë, Langres pendant la guerre de 1870-1871, d’après les documents officiels français et allemands recueillis par un officier de l’armée régulière, Paris, Hurteau, 1873 ; à « La défense de Langres (novembre 1870-janvier 1871) », La Voix du combattant, février 2011 ; et à Blondel Jean-Hugues, « À propos du siège de Langres : le Journal inédit de Raymond Blondel », Les Cahiers haut-marnais : Le 150e anniversaire de la guerre de 1870, no 298, 3e trimestre 2020.
16Robichon François, Édouard Detaille, un siècle de gloire militaire, Paris, Giovanangeli/ministère de la Défense, 2007 ; et Chanlaine Pierre, Édouard Detaille, Paris, André Bonne, 1962.
17Robichon François, Alphonse de Neuville 1835-1885, Paris, Nicolas Chaudun, 2010.
18Voir, entre autres, Charle Christophe, « Trois écrivains face à une autre “étrange défaite” : Goncourt, Flaubert et Zola et la guerre de 1870 », in Albrecht Betz et Stefan Martens (dir.), Les intellectuels et l’Occupation, 1940-1944. Collaborer, partir, résister, Paris, Autrement, 2004, p. 13-37 ; et Grandhomme Charles, Littérature et société au xixe siècle : Erckmann-Chatrian devant l’histoire, Nancy/Metz, Publications historiques de l’Est, 2021.
19Le célèbre Régiment de Sambre-et-Meuse, chant patriotique de la IIIe République, est composé à la suite de la guerre de 1870 par Robert Planquette, avec des paroles de Paul Cézano.
20Des exemplaires modello sont conservés au musée Gassendi à Digne-les-Bains. Voir les reproductions photographiques dans Armand Dayot, L’invasion ; le Siège ; la Commune. 1870-1871, Paris, Flammarion, 1902.
21Lacroix Désiré, Attaque et défense des places ou guerre de siège avec plans au 80 000e des sièges de Strasbourg, Montmédy, Toul, Bitche, Verdun, etc., des investissements de Metz et Paris, Paris, Lainé, 1890.
22Voir par exemple Prevost Ferdinand, Les forteresses françaises pendant la guerre de 1870-1871, Paris, Dumaine, 1872 ; lieutenant Couturier, Considérations sur la guerre des places fortes. 1870-1871 (traduit de l’allemand), Paris, Ch. Tanera, 1872.
23[https://www.senscritique.com/liste/La_guerre_de_1870_a_l_ecran/44213], consulté le 15 avril 2024.
24Même Un autre regard sur la guerre de 1870-1871. Pour une approche pluridisciplinaire, de Bodart Benoît et Garrote Gabriel (dir.), Paris, Lamarque, 2020, fruit d’une rencontre ayant eu lieu à Saint-Cyr-Coëtquidan, n’offre pas vraiment sa place à la guerre de siège.
25Allorant Pierre, Badier Walter et Garrigues Jean (dir.), 1870, entre mémoires régionales et oubli national : se souvenir de la guerre franco-prussienne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019 ; Dalisson Rémi, Les Guerres et la mémoire. Enjeux identitaires et célébrations de guerre en France, 1870 à nos jours, Paris, Éditions du CNRS, 2013 ; Lecaillon Jean-François, Le souvenir de 1870. Histoire d’une mémoire, Paris, Giovanangeli, 2012 ; et Varley Karine, Under the Shadow of Defeat: The War of 1870-71 in French Memory, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2009.
26La journée d’études du 16 février 2021 intitulée Tableaux de Siège (1870-1871), organisée par le CRP19 (Sorbonne-Nouvelle) et le CERILAC (université de Paris) se concentre sur le siège de Paris par divers biais.
27Crépin Annie, Gainot Bernard et Kaçi Maxime (dir.), Villes assiégées dans l’Europe révolutionnaire et impériale, Paris, SER, 2020.
28En réalité, ce sont des considérations de géopolitique qui ont poussé Bismarck à ne point trop en demander afin de ne pas irriter la Grande-Bretagne, attachée à un équilibre européen déjà suffisamment bouleversé par la victoire de l’Allemagne unifiée.
29Cette pratique du bombardement à outrance, avec les moyens de l’époque, qui vise aussi et surtout à faire pression sur les civils, n’est pas nouvelle. C’est bien ce qu’en dit Guillaume Le Blond dans son Traité de l’attaque des places, Paris, Joubert, 1762, p. 343.
30À l’exception du livre de Tison Stéphane, Comment sortir de la guerre ? Deuil, mémoire et traumatisme (1870-1940), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011.
31Ainsi, pendant la Grande Guerre : « On vient de recueillir à Cronat-sur-Loire (Saône-et-Loire) un vieillard âgé de cent un ans qui errait dans ce village et qui se nomme Barthélémy Ingold, né le 4 septembre 1813 à Colmar (Haut-Rhin). Ingold fut marin pendant quatorze ans ; il fit la campagne de 1870-1871 comme sergent-major au 73e de ligne et fut fait prisonnier alors qu’il appartenait à l’armée de la Loire ; interné à Munich, il y demeura trois mois en captivité, puis rentra en France. N’ayant pu se créer une situation stable, Barthélémy Ingold menait une vie errante. En raison de son âge, on l’a hospitalisé à Bourbon-Lancy, où il pourra finir ses jours tranquillement » (Le Temps, 11 avril 1915).
32Voir Dalisson Rémi, « Les Racines d’une commémoration. Les fêtes de la Revanche et les inaugurations de monuments aux morts de 1870 en France (1871-1914) », Revue historique des armées, no 274, 2014, p. 23-37. Et Grailles Bénédicte, « Gloria Victis : Vétérans de la guerre de 1870-1871 et reconnaissance nationale », Revue d’histoire du xixe siècle, vol. 30, no 1, 2005, p. 139-152.
33[https://le-souvenir-francais.fr/les-monuments-de-1870-eriges-par-le-souvenir-francais], consulté le 30 août 2023.
34Grandhomme Jean-Noël, « Une Épine dans la botte du Kaiser ? L’Alsace-Lorraine et les relations franco-allemandes entre 1871 et 1914 », in Maéva Abillard et Marie Pottecher, Alsace. Rêver la Province perdue, 1871-1914, Paris, musée national Jean-Jacques Henner-Lienart, 2021, p. 27-38.
35Avec, entre autres, le timbre « 1970 : Centenaire de l’émission de Bordeaux », comportant des Cérès républicaines ayant remplacé le profil de Napoléon III. Car c’est surtout le siècle de la IIIe République qui est commémoré, et non point celui de la guerre. Voir Vigier Philippe, « 1870-1970. Le centenaire de la République », Revue d’histoire du xixe siècle – 1848, no 5, 1989, p. 89-94. Le 150e anniversaire de la proclamation du nouveau régime est quant à lui célébré de manière assez discrète, avec une cérémonie officielle au Panthéon, le 4 septembre 2020, au cours de laquelle le président Emmanuel Macron prononce un discours.
36Chamaud Frédéric et Santoni Pierre, L’ultime champ de bataille. Combattre et vaincre en ville, Paris, Pierre de Taillac, 2016.
37Voir [https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/bas-rhin/strasbourg-0/on-vous-explique-le-mystere-de-ces-huit-obus-encastres-dans-des-immeubles-de-strasbourg-depuis-1870-2686734.html], consulté le 29 août 2023.
38Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 29 janvier 2020.
39La République de Seine-et-Marne, 17 avril 2023.
40Avec le soutien du Comité du 150e anniversaire « 75 ans trois guerres, 75 ans de paix », de la Ville de Sedan, du Château de Sedan, du département des Ardennes, de la région Grand-Est, d’HCF Hôtel-restaurants et du Lions Club International.
41Barros Martin, Roucaud Michel et Accarie-Pierson Olivier (dir.), Les Forteresses de l’empereur. Napoléon et ses ingénieurs militaires dans l’Europe en guerre, Milan, Silvana Editoriale, 2022 – livre en lien avec l’exposition éponyme présentée par le Service historique de la Défense au château de Vincennes du 16 février au 15 juin 2022.
42Palat Général (sous le pseudonyme de Pierre Lehautcourt), Histoire de la guerre de 1870-1871, Paris/Nancy, Berger/Levrault, 1893-1907, 15 vol. ; Chuquet Arthur, La Guerre 1870-71, Paris, Plon-Nourrit, 1901 ; Le Faure Jean-Amédée, Histoire de la guerre franco-allemande 1870-71, Paris, Garnier, 1875, 2 vol. ; Rousset Léonce, lieutenant-colonel, Histoire générale de la guerre franco-allemande (1870-1871), Paris, Tallandier, 1911, 2 vol. ; et Wachter Alfred-Oscar, Capitaine, Histoire de la guerre franco-allemande 1870-71. Histoire politique, diplomatique et militaire, Paris, Baudoin, 1895. Du côté allemand : Der deutsch-französische Krieg 1870-1871. Redigiert von der kriegsgeschichtlichen Abteilung des Großen Generalstabes, Berlin, Mittler, 1872-1881, 5 vol. ; Moltke Helmuth von maréchal, Geschichte des deutsch-französischen Krieges von 1870-1871, Berlin, Mittler, 1895 ; Fontane Theodor, Der Krieg gegen Frankreich 1870-1871, Berlin, Decker, 1873, 2 vol. ; Müller Wilhelm, Illustrirte Geschichte des deutsch-französischen Kriegs 1870 und 1871, Stuttgart, Hallberger, 1873 ; Niemann August, Der französische Feldzug 1870-1871, Hildburghausen, Verlag des Bibliographische Instituts, 1871 ; Pflugk-Harttung Julius von, Krieg und Sieg, 1870-71, Berlin, Schall & Grund, 1895. Un regard britannique : Hozier Henry Montagu et Davenport Adams William H., The Franco-Prussian War: Its Causes, Incidents, and Consequences, Londres, William Mackenzie, 1872, 2 vol.
43Audoin-Rouzeau Stéphane, 1870. La France dans la guerre, Paris, Armand Colin, 1989 ; Baconin Jérôme, Paris 1870-1871, l’année terrible, Saint-Cyr-sur-Loire, Alan Sutton, 2007 ; Badsey Stephen, The Franco-Prussian War 1870-1871, Oxford, Osprey Publishing, 2003 ; Bourguinat Nicolas et Vogt Gilles, La Guerre franco-allemande de 1870. Une histoire globale, Paris, Flammarion, 2020 ; Gouttman Alain, La Grande défaite. 1870-1871, Paris, Perrin, 2015 ; Groote Wolfgang von et Gersdorff Ursula von (dir.), Entscheidung 1870. Der deutsch-französische Krieg. Herausgegeben vom Militärgeschichtlichen Forschungsamt, Stuttgart, DVA, 1970 ; Howard Michael, The Franco-Prussian War: The German Invasion of France 1870-1871, New York, Routledge, 1991 ; Lecaillon Jean-Francois, Été 1870, Paris, Giovanangeli, 2002 ; Kühlich Frank, Die deutschen Soldaten im Krieg von 1870/71, Francfort, Lang, 1995 ; Levillain Philippe et Riemenschneider Rainer (dir.), La Guerre de 1870-71 et ses conséquences, Bonn, Bouvier, 1990 ; Milza Pierre, L’Année terrible. La guerre franco-prussienne septembre 1870-mars 1871, Paris, Perrin, 2009 ; Ortholan Henri, Lecaillon Jean-François et Labayle Éric, 1870, les soldats et leurs batailles, Paris, Giovanangeli/ministère de la Défense, 2006 ; Roth François, La Guerre de 1870, Paris, Fayard, 1990 ; Shann Stephen et Delperier Louis, French Army 1870-71 Franco-Prussian War. Illustrated by Richard and Christa Hook, Oxford, Osprey Publishing, 1991, 2 vol. ; Wawro Geoffrey, The Franco-Prussian War: The German Conquest of France in 1870-1871, Cambridge University Press, 2003. On constate, de manière frappante, l’absence totale d’ouvrages généraux sur la guerre de 1870 entre le début du xxe siècle et la fin des années 1980, en dehors du livre d’Henri Guillemin, Cette curieuse guerre de 1870, publié en 1971 (rééd. Bats, Utovie, 2007) qui se veut une introduction à une réflexion sur les origines de la Commune de Paris davantage qu’une synthèse sur le conflit lui-même.
44Nélias Thierry, L’Humiliante défaite : 1870, la France à l’épreuve de la guerre, Paris, Vuibert, 2020 ; « Relire les expériences de guerre franco-allemandes (1870-1871) », Revue d’histoire du xixe siècle, no 60, 2020/1, sous la direction de Mareike König et Odile Roynette-Gland. Les historiens allemands ont eux aussi manifesté un regain d’intérêt pour la période : Arand Tobias, 1870/71. Der Deutsch-Französische Krieg erzählt in Einzelschicksalen, Hambourg, Osburg Verlag, 2018 ; Bendikowski Tillmann, 1870/71. Der Mythos von der deutschen Einheit, Munich, Bertelsmann, 2020 ; Bremm Klaus-Jürgen, 70/71 Preußens Triumph über Frankreich und die Folgen, Darmstadt, Theiss, 2019 ; Epkenhans Michael, Der Deutsch-Französische Krieg 1870/1871, Stuttgart, Reclam, 2020 ; Oppermann Jochen, Der Deutsch-Französische Krieg. 1870/71, Wiesbaden, Marixverlag, 2020.
45Celui organisé par l’université de Strasbourg, du 6 au 8 février 2020, dont les actes ont été publiés par Bourguinat Nicolas, Dupont Alexandre et Vogt Gilles, La Guerre de 1870, conflit européen, conflit global, Montrouge, Éditions du Bourg, 2020 ; la journée d’études : Aux marges de l’invasion: l’Ouest dans la guerre de 1870-1871, à Le Mans Université, le 9 janvier 2021 ; la rencontre, en ligne, organisée par Varley Karine, de l’University of Strathclyde, à Glasgow, les 16 et 17 avril 2021 : The Franco-Prussian War of 1870-1871: A European Turning-Point? ; le colloque du King’s College à Londres : Reassessing the Franco-Prussian War 150 Years, les 6 et 7 mai 2021 ; celui de l’École polytechnique, organisé par Lafuente Eva et Knörzer Heidi : Chroniquer la guerre. La Guerre de 1870-1871 dans la presse européenne et atlantique, des 26 au 28 mai 2021 ; celui du 16 juin 2021, dans l’amphithéâtre Guizot de la Sorbonne, intitulé : 1870, matrice de la guerre moderne, édité sous la direction de Davion Isabelle et de Faudais Stéphane, Paris, Institut de stratégie comparée, 2023 ; et celui de Niederbronn-les-Bains, en Alsace : 1870/71. Ein Krieg an der Schwelle zur Moderne/Une guerre au seuil de la modernité, organisé par Arand Tobias et Becker Frank, du 1er au 3 octobre 2021.
46Ainsi, le 13 novembre 2021 à Châlons-en-Champagne, celle sur « Les Monuments aux morts de 1870 » par Élisabeth Lecuyer, de la Société d’agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne. Par ailleurs, sans citer des conférences qui ont pu avoir lieu ici et là, dans le cadre d’un partenariat avec le Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, le CRULH a également organisé au printemps un cycle de conférences (automne 2021-printemps 2022) pour le 150e anniversaire de la guerre franco-allemande, sous le titre De quoi 1870 et 1871 sont-ils les débuts ?
47Benoistel Mathilde, Le Ray-Burimi Sylvie et Pommier Christophe (dir.), France-Allemagne(s) 1870-1871, la guerre, la Commune, les mémoires, Paris, Gallimard/musée de l’Armée, 2017 (catalogue de l’exposition présentée au musée de l’Armée du 13 avril au 30 juillet 2017). À l’occasion de l’inauguration de l’exposition Diplomaties en guerre. 1870-1871 au prisme des archives diplomatiques, qui se tint jusqu’au 31 janvier 2023, les Archives diplomatiques de La Courneuve organisaient le 14 septembre 2022 une table ronde « La guerre de 1870-1871, des origines aux conséquences. Archives en questions ».
48Entre autres : Auditeau Pascale, La Guerre de 1870 dans la littérature romanesque française (1870-1914), thèse en littérature française et comparée, dir. Géraldi Leroy, université d’Orléans, 2005 ; Chevignard Denis, Les Corps auxiliaires recrutés dans l’arrondissement de Beaune en 1870, thèse en histoire, dir. Jacques-Olivier Boudon, université Paris-Sorbonne, 2018 ; Mellinger Clément, La Mise en place de la garde nationale mobile : l’exemple de la Moselle (1868-1870), thèse en histoire, dir. Julie d’Andurain, université de Lorraine, Metz, 2023 ; et Vogt Gilles, Neutres face à la guerre franco-allemande (1870-1871) ? Diplomatie et dynamiques d’opinions dans les États de Suisse, de Belgique et du Danemark, thèse en histoire, dir. Nicolas Bourguinat université de Strasbourg, 2018.
49Waag François, « Les Frères ennemis. Alsaciens et Lorrains assiégés vus par les témoins de l’époque », in Éric Ettwiller (dir.), 1870/71 en Alsace-Moselle : annexion ou libération ?, Ebersheim, Unsri Gschicht, 2020, p. 55.
50Cette conscience émerge peu à peu, au fil du xviiie siècle, comme en témoigne par exemple le scandale – y compris à Versailles – du sac et du massacre perpétrés par les troupes de Lowendal, au service de Louis XV, à Berg-op-Zoom en 1747. Les violences faites aux civils « passifs » sont ainsi dénoncées par Vattel Emer de, dans Le Droit des gens ou principes de la loi naturelle appliqués à la conduite des affaires des nations et des souverains, Londres, t. II, livre III, chap. viii, 1758, p. 104 sq.
51Chanet Jean-François, Cochet François, Dard Olivier, Necker Éric et Vogel Jakob (dir.), D’une guerre à l’autre. Que reste-t-il de 1870-1871 en 1914 ?, Paris, Riveneuve Éditions, 2016.
Auteurs
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François Cochet
Université de Lorraine.
François Cochet est professeur émérite d’histoire contemporaine, université de Lorraine, CRULH, F-57000 Metz, France.
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Jean-Noël Grandhomme
Université de Lorraine.
Jean-Noël Grandhomme est professeur d’histoire contemporaine, université de Lorraine, CRULH, F-54000 Nancy, France.
-
Laurent Jalabert
Université de Lorraine.
Laurent Jalabert est maître de conférences HDR en histoire moderne, université de Lorraine, CRULH, F-54000 Nancy, France.
-
Stéphane Tison
Université de Lorraine.
Stéphane Tison est maître de conférences en histoire contemporaine, Le Mans Université, TEMOS, F-72000 Le Mans, France.
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