L’ACJF dans l’Ouest : Entre conservatisme et progressisme
p. 203-214
Texte intégral
1Dans la préface introductive au Cahier de la fondation nationale des sciences politiques consacré à l’établissement de la Ve République, Jean Touchard faisait la remarque suivante : « Il serait temps de se demander comment on devient un notable et comme on cesse de l'être ; le remplacement des notables radicaux par un nouveau réseau de notables ruraux provenant pour la plupart de la Jeunesse Agricole Catholique est peut-être un des faits majeurs de la politique française contemporaine »1. Ce n’est pas le contenu de la notion de notable sous-jacente à cette réflexion qui retiendra ici l’attention. C’est l’accent mis sur l’émergence de responsables locaux issus de la jac. Un certain nombre de travaux régionaux, y compris sur l’Ouest, ont depuis confirmé cette analyse.
2Le but de cette communication est de remonter en amont, pour essayer de préciser les racines de cette évolution, dans un autre contexte. La période retenue sera celle des origines mêmes de l’acjf, mouvement d’où est issue la jac en 1929. Les exemples seront pris dans l’Ouest, plus particulièrement, mais non exclusivement, dans le Maine. Après avoir donné quelques éléments sur l’acjf et son implantation dans l’Ouest jusqu’à la première guerre mondiale, il s’agira de préciser dans quelle mesure ses membres peuvent être considérés comme formant une élite, avant d’essayer de déterminer si la part qu’ils prennent à la vie de la région s’inscrit dans la ligne du conservatisme ou dans celle du progressisme.
L’acjf et son implantation dans l’Ouest
Rappel sur les origines du mouvement
3L’Association catholique de la Jeunesse française2 est un mouvement de laïcs de dimension nationale, fondé en 1886 par Albert de Mun dans des circonstances qui marquent de façon décisive l'orientation de cette organisation. C’est l’époque à laquelle il envisage depuis quelques mois, pour servir la « régénération chrétienne et sociale » qu’il veut promouvoir, la création d’un parti catholique. Pour cette entreprise, il songe à s’appuyer sur les groupes d’étudiants (conférences de jeunes gens, comme on disait à l’époque) qui se sont développés à travers le pays, en particulier dans les collèges jésuites. Mais son projet demeure sans suite. En effet, indépendamment des remous qu’il suscite dans le monde catholique français, ce projet va à l’encontre des perspectives que Léon XIII vient d’énoncer dans l’encyclique Immortale Dei du 1er novembre 1885, qui affirme la nécessité d’ancrer les relations entre l’Église et l’État sur la distinction entre la mission de l’Église et la tâche de l’État. Ces principes écartent l’idée d’un parti catholique auquel Albert de Mun renonce à la demande explicite de Léon xiii. Mais gardant le double objectif de la « régénération chrétienne et sociale » d’une part, et de la mobilisation des conférences d’étudiants d’autre part, Albert de Mun fonde l’Association catholique de la Jeunesse française. Le contexte de ses origines explique les caractères propres de l’acjf :
son apolitisme qui restera une constante de l’histoire du mouvement, du moins tel qu’il se veut lui-même ;
ses liens avec les Jésuites et plus spécifiquement avec les conférences de jeunes gens de leurs collèges ou issues de leurs collèges ;
son caractère romain : elle est particulièrement attentive aux directives qui viennent de Rome. Ce n’est pas seulement le cas à l’heure de Rerum novarum et du Ralliement. Elle se tourne vers Rome quand elle rencontre des difficultés majeures. Le fait même qu’elle choisisse le conseiller ecclésiastique du Comité général parmi les Jésuites est une illustration de ce caractère romain.
4Le but de l’Association n’est pas de fédérer les œuvres existantes. Il s’agit avant tout de donner une impulsion à la jeunesse, de la mobiliser au service de l’œuvre de « régénération chrétienne et sociale » qui, aux yeux d’Albert de Mun, est une exigence de l’heure. Il s’agit en quelque sorte de mettre la jeunesse catholique en mouvement, en préparant ses membres à assumer leurs responsabilités aussi bien dans l’Église que dans la cité. L’acjf apparaît donc avant tout comme un lieu de formation où les membres puisent le dynamisme qui leur permet d’agir au sein des structures existantes pour les faire évoluer.
5L’organisation de l’acjf est originale pour l’époque. Fondée et dirigée par des laïcs indépendamment de la hiérarchie3, elle veut néanmoins calquer son organisation sur la structure ecclésiastique. L’échelon de base est souvent le groupe paroissial. L’aumônier du groupe est souvent le curé ou un vicaire de la paroisse ; mais il n’est qu’un animateur spirituel, le groupe étant toujours présidé par un laïc. L’Association ne s’implante dans un diocèse qu’avec l’accord de l’évêque qui est régulièrement informé, et ce n’est pas l’évêque qui crée une organisation diocésaine. Cependant, les réserves manifestées par un évêque à l’égard de l’Association peuvent expliquer le retard de son implantation dans un diocèse.
6L’organisation est amenée à s’adapter pour tenir compte de nouveaux impératifs. En particulier son caractère fédéral est renforcé en 1893. Des groupements intermédiaires entre les instances nationales et les groupes locaux se mettent en place : des unions régionales, diocésaines, cantonales, ou inter paroissiales.
L’acjf dans l’Ouest
7L’Ouest correspond à un pôle d’implantation rapide et important du mouvement, dès la période des origines. La conférence Saint-Yves de Rennes y adhère en 1886. La conférence Saint-Donatien est fondée au collège Saint-Joseph d’Ancenis la même année. Une union diocésaine — la première — se constitue à Sées dès cette date. Le premier congrès national se tient à Angers en 1887. Quelques jeunes du Mans assistent à ce congrès et sont à l’origine du premier groupe de l’acjf dans la Sarthe, au collège Sainte-Croix. Une conférence de Vannes adhère à peu près à la même époque. Certes, il y a des hauts et des bas dans ces adhésions qui peuvent connaître des éclipses. Néanmoins quelques grandes lignes peuvent être dégagées pour la période qui précède la première guerre mondiale.
8L’Union régionale de l’Ouest, centrée sur Angers est manifestement très dynamique. Elle regroupe le Maine-et-Loire, la Vendée, la Loire-Inférieure, le Poitou, la Touraine, la Sarthe et la Mayenne. Pour toutes ces régions, elle joue un rôle de stimulant : les exemples de la Sarthe et plus encore de la Mayenne en sont une illustration4. En Normandie, la situation est particulière. Une union régionale de Normandie se constitue en 1909, mais ne réussit pas à neutraliser le particularisme rouennais, l’évêque, Mgr Fuzet, se montrant réservé à l’égard d’un mouvement de dimension nationale, et préfèrant encourager une œuvre locale, le patronage des Philippins qui, un moment associé à l’acjf, s’en est finalement détaché. En fait, l’acjf ne se développera à Rouen qu’après la première guerre mondiale, donc après la mort de Mgr Fuzet, intervenue en 1916. Au contraire, l’évêque de Bayeux, Mgr Amette est favorable au mouvement. Au sein de l’union régionale de Normandie, c’est sans doute la Manche qui fait preuve du plus grand dynamisme. Elle est le lieu d’origine de Robert de Roquefeuil, premier président de l’acjf, qui a communiqué son zèle au jeune vicomte de Gibon, au point que deux communes sur trois adhèrent au mouvement dans les premières années du xxe siècle. Quant à la Bretagne, où l’union régionale s’est constituée en 1903-1904, elle présente également des caractéristiques particulières. L’acjf doit compter avec le Sillon qui s’y est fortement implanté, surtout, mais non exclusivement dans le Finistère, en particulier dans le clergé. Un groupe s’est, en effet, constitué au grand séminaire de Quimper. Si pendant quelque temps, un certain nombre de jeunes appartiennent en même temps aux deux mouvements, c’est finalement la concurrence qui marque les relations entre les deux organisations, non sans un certain nombre de conflits. De plus, il faut compter également avec l’Action française dont l’influence est forte dans le clergé. Le fait n’est pas propre à la Bretagne, mais l’acjf s’y trouve écartelée entre ces deux tendances. Après la condamnation du Sillon, en 1910, elle voit un certain nombre de jeunes rejoindre ses rangs. Ils vont jouer un rôle décisif au lendemain de la guerre pour promouvoir des syndicats et œuvres agricoles diverses.
Les membres de l’acjf constituent-ils une élite ?
9Si l’on envisage le problème sous l’angle social, la réponse est mitigée, car l’assise sociale de l’acjf est diversifiée. Le mouvement naît dans un milieu étudiant, où les juristes sont fortement représentés. Parmi eux les jeunes issus de familles de notables ne sont pas des exceptions. Le recrutement initial, lié aux collèges, en particulier jésuites, contribue à entretenir cette tendance. Ainsi, dans l’Ouest, plus d’un nom de responsable appartient à l’aristocratie : le vicomte de Gibon dans la Manche, Paul Normand d’Authon ou le comte de Saint Pern dans l’Anjou, le comte Maurice du Réau ou Jean Poirier-Coutansais en Mayenne, etc.
10Au bout d’une dizaine d’années d’existence, le mouvement manifeste le souci d’élargir son recrutement, en s’ouvrant en direction des mondes ouvrier et rural. De fait, on assiste alors, sur le plan général, à la multiplication des groupes paroissiaux. C’est par exemple l’époque de la grande extension du mouvement dans la Sarthe où le nombre des groupes passe, entre 1904 et 1912, d’une douzaine à une soixantaine. Le mouvement n’atteint véritablement la Mayenne qu’à partir de 1906, mais avec un rythme beaucoup plus soutenu. Par exemple, 21 groupes y sont fondés au cours de la seule année 1908. Ce sont en majorité des groupes populaires, essentiellement ruraux, qui naissent dans le cadre paroissial avec le soutien ou à l’initiative du curé ou d’un vicaire. Les groupes urbains offrent eux-mêmes une relative diversité. À côté des groupes de collèges, qui sont une constante dans l’histoire du mouvement, on voit se constituer des groupes d’employés comme le groupe Saint-Julien du Mans. On a également dans cette même ville un groupe d’ouvriers, le groupe Saint-Nicolas, et un groupe où dominent les domestiques, le groupe Saint-Victeur. Dans l’ensemble, si l’on s’en tient au plan strictement social, il est donc difficile de ranger systématiquement les membres de l’acjf dans les élites.
11En revanche, au niveau religieux, l’objectif du mouvement est bien de former une élite de catholiques conscients des exigences de leur foi et cet objectif est effectivement intégré à la base5. Le terme d’élite est même utilisé6. Des moyens sont mis en œuvre pour assurer la formation de cette élite. Sur le plan spirituel, on note les retraites fermées, pèlerinages, messes de groupe, pratique de la communion fréquente, etc. Le cadre de la formation habituelle est le cercle d’études. Le but qui lui est imparti est bien de former une élite de militants :
« Le Cercle d’études n’est autre chose qu’une réunion où, par un travail fraternel, on s’efforce d’acquérir le complément d’instruction et de formation, religieuses, morales et sociales, nécessaire aujourd’hui non seulement pour être honnête homme, citoyen conscient et chrétien solide, mais aussi pour exercer une influence autour de soi et agir efficacement dans le milieu où l’on vit... L’œuvre propre du cercle d’études est de créer des individualités robustes, aptes à la conquête »7.
12Outre la formation religieuse, l’objectif des cercles d’études est, on le voit, la formation sociale, en vue de l’action, dans la ligne de la devise adoptée par le mouvement : « piété, étude, action ». Ce deuxième volet de la formation constitue l’aspect le plus original. Il suppose une approche à la fois théorique et pratique. La formation théorique renvoie à l’étude des mécanismes de l’organisation sociale et à celle des doctrines : doctrine sociale de l’Église, mais aussi « doctrines opposées au catholicisme » que sont le libéralisme et le socialisme. Elle s’appuie sur un certain nombre d’ouvrages8 et surtout sur la presse du mouvement : les Annales de la Jeunesse catholique ou (pour ce qui concerne l’exemple du Maine) l'Echo régional, bulletin de l’Union régionale de l’Ouest. Cette formation théorique est particulièrement contraignante pour les membres des groupes qui ont bien le sentiment de ne pas appartenir à une élite intellectuelle. Ils ne ménagent d’ailleurs pas leurs critiques à l’égard du contenu des Annales. Elles sont considérées comme n’étant pas assez « à la portée de tous, surtout des groupes ruraux ». « Les articles sociaux nous servent peu. Ils sont généralement au-dessus de la portée des jeunes gens de notre groupe qui sont pour la plupart de simples ouvriers »9. Ailleurs, il est souhaité qu’une place plus large soit accordée, dans la presse de l’acjf, aux groupes exclusivement ruraux : « Dites-nous et répétez-nous ce que pratiquement nous devons faire au point de vue social, la marche à suivre, les méthodes à employer ; dites-le nous tout simplement. Que voulez-vous ? nous sommes des simples et nous ne rougissons pas de notre simplicité. Traitez-nous comme des simples »10. En revanche, tout ce qui peut apporter des éléments sur les questions pratiques est particulièrement apprécié. « Nous insistons davantage sur les questions pratiques, note le groupe de Neuville-sur-Sarthe. [Elles] sont plus à la portée de nos jeunes gens. Nous avons en particulier longuement discuté des syndicats agricoles et de mutualités pour caisse de retraite et secours en cas de maladie »11. Ces thèmes qui sont directement en rapport avec le caractère rural de la plupart des groupes du Maine sont ceux qui reviennent le plus souvent parmi les questions étudiées. Certains groupes mayennais y ajoutent également la question des habitations ouvrières à bon marché, par exemple à Renazé, à Ballots ou à Château-Gontier.
13La méthode de travail utilisée dans ces cercles d’études mérite de retenir l’attention. En effet, elle cherche à faire en sorte que tous les membres soient véritablement actifs. L’un d’entre eux est plus particulièrement chargé de travailler la question au programme de la réunion ; il lit un rapport devant les autres qui ont été poussés à préparer à l’avance des éléments pour alimenter la discussion qui suit la présentation de l’exposé. Certes il ne saurait être question de dresser un tableau idyllique du travail réalisé dans ces cercles d’études. Il n’empêche qu’à leur mesure, ils ont contribué, de proche en proche, de manière souvent obscure, à donner une véritable formation à des générations de jeunes qui ont ainsi appris à traiter une question, à prendre la parole en public, à mener une discussion, etc. Ils ont été par ce biais préparés à assumer des responsabilités sur le terrain social. Ces lieux d’apprentissage que constituaient les cercles d’études contribuaient de fait à former une nouvelle catégorie d’élites locales, élites modestes, certes, mais néanmoins élites.
Inventer pour sauver des valeurs traditionnelles
14Si l’on s’interroge sur le contenu de l’action menée par ces élites, et plus encore, s’il faut lui attribuer une étiquette de conservatisme ou de progressisme, l’opération apparaît rapidement assez délicate, d’autant plus qu’il faudrait là aussi s’entendre sur les mots. Les visions que les contemporains ont pu avoir du mouvement étaient d’ailleurs elles-mêmes contrastées.
15Un exemple suffira à illustrer cette remarque. Il s’agit du témoignage d’un élève du grand séminaire de Nantes qui, demandant en 1904 des renseignements sur l’acjf à Jean Lerolle12, lui fait part de sa défiance à l’égard du mouvement :
« J’avais jusqu’ici jugé de l’acjf par un certain nombre de jeunes gens que j'avais vus a Angers, à Nantes, etc. Et vraiment je vous dirais que l'impression était plutôt défavorable, il leur manquait un peu trop de jeunesse, de chaleur communicative, ils étaient trop renfermés sur eux-mêmes et semblaient avoir peine à être bons camarades ; tenez je vais dire le mot, ils avaient l’air trop "messieurs" ; et de plus je trouvais un peu en eux une tendance très accentuée à ce qu’on nomme christianisme protectionniste" ou mieux à ce qu’on a jadis cru devoir nommer : les classes dirigeantes. Je trouvais que dans les congrès, les groupes, etc. ils ne comprenaient pas comment leurs amis les jeunes ouvriers, typos, serruriers, etc. étaient mieux et plus forts qu’eux sur un tas de questions qu’ils ne connaissaient que par les livres. Et d’une...
« Autre chose : je croyais que l’acjf était (vous allez bondir et me honnir) réactionnaire, c’est-à-dire n’admettait le fait démocratique que faute de mieux, à contre-cœur, peut-être même pas du tout ! Et vous me dites que vous l’acceptez joyeusement, j’en conclus que j’avais jugé d’après les tendances de ceux que j’avais vus travailler.
« Je suis très heureux, vous savez, de m’être trompé tant que ça, car en vérité je souffrais de penser que l’acjf tirait en arrière alors qu’il faut absolument aller de l’avant.
« Donc votre lettre a dissipé en moi bien des nuages et des préventions contre l’acjf, préventions qui, je l’avoue, ont souvent été cause de vraies peines pour moi grâce aux discussions qu’elles faisaient naître »13.
16En fait, il apparaît que les membres de l’acjf se trouvent insérés dans un courant qui manifeste un souci de conservation de valeurs traditionnelles, tout en inventant des formules innovantes.
Sauver des valeurs traditionnelles
17Le projet de société auquel se réfère le courant du catholicisme social est fondé sur un certain nombre de valeurs jugées traditionnelles. Il est attaché à une société d’inspiration chrétienne et suscite des initiatives qui, dans le contexte spécifique de l’époque, visent à sauvegarder la place de la religion dans la société. D’où sa mobilisation en faveur des congrégations religieuses et de l’enseignement congréganiste, dans un climat général très passionné. S’opposent, en effet, dans une incompréhension mutuelle quasi totale, d’un côté ceux qui considèrent que le poids exercé par l’Église dans la formation de la jeunesse, par l’intermédiaire des congrégations enseignantes, met la République en danger et, de l’autre, ceux qui voient dans la remise en cause de la liberté d’enseignement une menace pour la liberté religieuse. Le Maine n’est pas épargné par ces luttes passionnelles. On peut même se demander si, au moins en Sarthe, la rapidité du développement que connaît l’acjf dans le département au début du siècle, ne s’explique pas, pour une part, parce qu’elle offre un cadre aux volontés de mobilisation pour la défense religieuse. Car, sur le plan national, la mobilisation de l’acjf est intense, en particulier lorsque Combes durcit l’application des mesures anticongréganistes à partir du printemps 190314, et au moment de la discussion de la loi de Séparation en 1905. Cette mobilisation se traduit par des manifestations contre l’envahissement des églises, par l’organisation de conférences de protestation en riposte à celles qu’organise la Libre Pensée. Sur le plan régional, « l’Union diocésaine de la Sarthe est en bonne place dans la statistique des conférences de l’année [1905] avec ses 160 conférences dont 42 au compte du comité diocésain. [Sont à signaler] spécialement les groupes de Saint-Julien (15 conférences) ; La Flèche (12) ; Sablé (12) »15.
18On note donc au niveau local une mobilisation de la Jeunesse catholique sarthoise au nom de la défense religieuse qu’explique assez bien le contexte sarthois fait à la fois d’un attachement religieux réel et d’une combativité laïque qu’entretiennent en particulier d’actifs noyaux de la franc-maçonnerie et de la Libre Pensée. On ne trouve rien de tel en Mayenne, non que les catholiques ne se soient pas mobilisés contre les lois du début du siècle, mais ils l’ont fait dans d’autres cadres que celui de l’acjf. L’Association des catholiques de la Mayenne fondée en 1902 par Duboys-Fresnel, républicain catholique qui rassemble autour de lui aussi bien des héritiers du légitimisme que des démocrates-chrétiens, occupe sans doute pour une part le terrain sur lequel a pu s’implanter ailleurs l’acjf qui, précisément, n’a alors qu’une existence très marginale dans le département de la Mayenne. En revanche, lorsque les cercles de la Jeunesse catholique s’y multiplient à partir de 1906, plusieurs d’entre eux vont bientôt s’intéresser à leur tour à la question de la liberté de l’enseignement, mais dans une approche renouvelée, à la fois par le contexte et par les objectifs de l’acjf.
Invention de nouvelles formules : exemple de la répartition proportionnelle scolaire
19La campagne en faveur de la répartition proportionnelle scolaire16 part du principe que l’impôt payé également par tous doit profiter également à tous. Or dans la mesure où les écoles publiques sont les seules à bénéficier du produit de l’impôt, les catholiques attachés à l’enseignement libre s’estiment lésés et même contraints de payer deux fois, d’une part pour leurs écoles libres et d’autre part pour les écoles laïques. Ils demandent que toutes les écoles, qu’elles soient publiques ou privées, bénéficient du produit de l’impôt réparti proportionnellement au nombre d’élèves fréquentant chaque école ; et ils s’appuient sur des exemples offerts par la situation de plusieurs pays étrangers, notamment la Hollande, la Belgique et l’Angleterre.
20C’est, semble-t-il sous les auspices de l’Association catholique de la Jeunesse française que la question est posée en France pour la première fois, en 1891, dans la Revue de la Jeunesse catholique. En 1895, le Comité général de l’Association inscrit la répartition proportionnelle scolaire à son programme et encourage ses membres à appuyer les actions menées en ce sens. Plusieurs conseils municipaux, comme ceux d’Angers et de Nantes acceptent, à cette date, de voter des secours aux enfants des écoles libres. C’est précisément ce que vise à encourager l’année suivante le congrès national de Reims, lorsqu’il appelle au lancement de pétitions et à la formation de comités d’action visant à obtenir l’égalité entre enfants des écoles publiques et enfants des écoles libres au point de vue des subventions municipales. Néanmoins le mouvement retombe dans les années suivantes et c’est dans la mobilisation qui suit les lois de 1901 et 1904 et la Séparation que la campagne pour la rps est reprise par un certain nombre d’organisations, en particulier les associations de pères de famille qui se multiplient à travers la France. À partir de 1910 et surtout de 1911, la campagne prend de l’ampleur. L’acjf, comme la plupart des associations catholiques, s’y associe de manière active en multipliant les articles dans ses organes nationaux17 ou régionaux, en organisant des conférences en intervenant auprès des municipalités ou en adressant des pétitions aux pouvoirs publics. Le monde politique lui-même ne reste pas sourd à ce courant d’opinion : la rps fait son apparition dans les professions de foi électorales et son entrée dans les débats parlementaires.
21La répartition proportionnelle intégrale qui vise le financement des établissements suppose une modification de la législation. Aussi l’acjf concentre-t-elle son action sur la répartition proportionnelle municipale qui peut, quant à elle, être appliquée dans le cadre des lois existantes. Elle concerne non les écoles mais les élèves : il s’agit dans ce cas d’attribuer des secours indistinctement et de manière équitable, aux enfants de toutes les écoles. Ces secours municipaux peuvent provenir soit de la caisse des écoles instituée en 1867 pour favoriser la fréquentation scolaire des enfants indigents, soit des bureaux de bienfaisance, soit directement des conseils municipaux. Dans certains départements, la mobilisation est particulièrement forte. La Vendée, en particulier, mène entre 1911 et 1913 une vigoureuse campagne orchestrée par l’Union diocésaine des chefs de famille, avec l’appui de la Jeunesse catholique et du secrétariat social de La-Roche-sur-Yon qui est lui-même une émanation de l’acjf. Charles Gallet, qui se trouve à la charnière entre ces trois organisations, est devenu un véritable spécialiste de la répartition proportionnelle scolaire communale, ce qui lui permet d’intervenir en connaissance de cause lors du congrès de l’acjf à Caen en 1913, et de donner toutes les précisions utiles sur la situation légale, l’état d’avancement de la réalisation au niveau national, les conditions concrètes de mise en application de la rps communale, les moyens à employer pour faire aboutir cette revendication.
22L’acjf se mobilise donc pour la défense religieuse, y compris en termes renouvelés. Quant à l’action sociale qu’elle mène parallèlement, elle revêt à certains égards un caractère progressiste.
L’acjf, mouvement progressiste ?
Présence active sur le terrain social
23À l’heure où la défense religieuse risque de faire perdre de vue le caractère spécifique de l’acjf, les membres du comité national ont le souci de rappeler que l’action sociale est bien la priorité, comme le souligne la devise apportée par Bazire à son arrivée à la présidence en 1899 : « Sociaux parce que catholiques ». Rapidement, l’acjf inaugure ses premiers congrès sociaux, notamment : Chalon, en 1903, sur la question syndicale ; Arras, en 1904, sur la question mutualiste ; Albi, en 1905, sur les conditions de travail de la jeunesse agricole industrielle et commerciale ; Angers, en 1908, sur la question agricole ; Lyon, en 1912, sur l'organisation professionnelle.
24Ces rencontres nationales, préparées à chaque fois par des enquêtes auxquelles tous les groupes sont invités à répondre, contribuent à stimuler l’action sociale sur le terrain. Ainsi, pour ne prendre que l’exemple du Maine, c’est la jeunesse catholique qui introduit en 1911 à Laval et au Mans le syndicat des Petits-Carreaux, syndicat d’employés, premier maillon de la future cftc. Quelques initiatives sont prises également en milieu ouvrier. On note ainsi une participation active de membres de l’acjf dans le syndicat indépendant des ardoisières de Renazé. C’est dans le monde rural que les réalisations sont les plus nombreuses. À côté des syndicats qui en restent encore souvent à des groupements pour les achats d’engrais ou de matériel divers, la formule des caisses rurales se propage à partir de 1903, sous l’impulsion de l’acjf. À côté de cette insertion dans des structures existantes, l’acjf a également ses propres initiatives : dans le domaine de la mutualité dans le Maine-et-Loire et dans la Sarthe, tandis qu’en Mayenne, c’est la formule des caisses dotales18 qui fait fortune à partir de 1911.
25En dehors des syndicats et de la mutualité, terrains d’action privilégiés de l’acjf, on peut noter également la création de secrétariats sociaux, sur le modèle de celui qui a été crée à Paris en 1904 par Joseph Zamanski, dans le sillage de la première des Semaines sociales. Conçu comme une sorte de « bureau de renseignements » destiné à « provoquer, orienter, soutenir l’activité sociale des catholiques »19, le secrétariat social s’inscrit dans la ligne des secrétariats du peuple fondés par Léon Harmel en 1891. Il rassemble des éléments d’information pour aider à la fondation d’œuvres sociales, il enquête sur la situation sociale dans le département où il s’efforce de fédérer les œuvres sociales. En dehors de l’exemple parisien, la première fondation en province concerne l’Ouest : à la Roche-sur-Yon, en 1908. L’initiative en revient à un jeune avocat, Charles Gallet, ancien vice-président de l’Union régionale de l’Ouest, qui s’appuie sur place sur l’équipe responsable de l’acjf. L’exemple parisien inspire directement les Manceaux qui fondent un secrétariat social en 1910, tandis qu’à Laval, c’est le modèle vendéen qui sert de référence en 1912. Quoi qu’il en soit l’inspiration est la même.
26Toutes ces initiatives s’inscrivent délibérément dans le sillage de Rerum novarum, texte qui, à l’heure où il a été publié, en 1891, pouvait être considéré comme une manifestation de progressisme. Il a de fait été perçu comme tel par bien des contemporains. Il suffit de rappeler le témoignage de Bernanos exprimé dans son Journal d’un curé de campagne peu de temps après Quadragesimo anno, nouvelle encyclique publiée précisément pour le quarantième anniversaire de Rerum novarum. Bernanos fait dire au curé de Torcy :
« La fameuse encyclique de Léon xiii, Rerum novarum » : « à l’époque nous avons cru sentir la terre trembler sous nos pieds. Quel enthousiasme ! [...] Cette idée si simple que le travail n’est pas une marchandise, soumise à la loi de l’offre et de la demande, qu’on ne peut pas spéculer sur les salaires, sur la vie des hommes, comme sur le blé, le sucre ou le café, ça bouleversait les consciences [...] Pour l’avoir expliquée en chaire à mes bonhommes, j’ai passé pour un socialiste et les paysans bien-pensants m’ont fait envoyer en disgrâce ».
Opposition des milieux conservateurs
27Un certain nombre des initiatives prises par les jeunes de l’acjf — n’est-ce pas là le signe de leur caractère progressiste — suscitent effectivement de vives réactions de la part des milieux conservateurs. On peut prendre à cet égard l’exemple du Craonnais, dans le sud de la Mayenne. Un homme y est particulièrement actif : Isidore Pasquier. Propriétaire à Athée, il a fondé le syndicat d’Athée-Craon, avec le soutien du baron Godefroy de Villebois-Mareuil, établi non loin de là en Anjou, dans la région de Segré. En liaison avec ce syndicat qui rayonne dans la région, la Jeunesse catholique en a créé d’autres, en particulier à Ballots : un syndicat autonome qui s’occupe de l’achat d’engrais, et s’efforce de développer l’enseignement agricole à partir d’une prairie de démonstration. Sur ce syndicat, se greffent une caisse rurale, une mutuelle-incendie, une organisation en faveur des habitations ouvrières agricoles, le Foyer Craonnais.
28Mais le syndicat de Craon comme celui de Ballots se heurtent à l’hostilité des grands propriétaires terriens des environs qui voient « d’un très mauvais œil l'initiative ou l’ingérence des jeunes en cette matière. Ils prétendent que tout mouvement qui ne vient pas d’eux n’est pas bon. Aussi, depuis la fondation [du syndicat de Ballots], défendent-ils systématiquement à leurs fermiers d’y acheter leurs engrais et les forcent-ils d’aller au syndicat de Château-Gontier qui est à 27 kilomètres »20. Quant au syndicat de Craon, la personnalité d’Isidore Pasquier, catholique démocrate, lui attire les foudres du marquis de Champagné, propriétaire de la région, et qui plus est, propriétaire de l’école Saint-joseph de Craon où il paralyse toute initiative en matière d’enseignement agricole.
29On retrouve ici, à l’échelon local, l’enjeu des tensions existant au niveau national. En effet, ces grands propriétaires catholiques sont regroupés au sein de l’Union des Agriculteurs de France qu’ils considèrent comme seule habilitée à diriger le mouvement catholique agricole. Le président de cette organisation, Delalande, veut sauvegarder le monopole de l’Union des Agriculteurs de France dans le monde syndical, y compris en cherchant à faire pression sur les évêques pour qu’ils empêchent la Jeunesse catholique de leur diocèse de pénétrer dans un domaine considéré comme réservé. Au contraire, Godefroy de Villebois-Mareuil, tout notable qu’il soit, cherche précisément, sur le plan général, à renouveler le syndicalisme agricole par la promotion de syndicats cantonaux et communaux, comme le montre son intérêt pour les initiatives d’Isidore Pasquier et de la Jeunesse catholique. Cette opposition des grands propriétaires recoupe celle de l’Action française à laquelle se heurte souvent l’acjf, en particulier dans l’Ouest. Nous l’avons déjà dit à propos de la Bretagne. Le phénomène est également très fort en Vendée, où Bazire, ancien président de l’acjf, l'expérimente à ses dépens lorsqu’il présente sa candidature aux Sables d’Olonne en 1914.
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30Ces heurts entre grands propriétaires et jeunes de l’acjf sont un élément de réponse à la question initiale : la Jeunesse catholique, pépinière de nouvelles élites, est-elle à classer du côté du conservatisme ou du progressisme ? Elle joue incontestablement un rôle pionnier dans le domaine social. Certes le travail accompli ne fait pas toujours grand bruit, sauf quand il est contré comme nous venons de le voir. Bien souvent, il s’agit d’un travail de fourmis. Mais pénétrant dans les paroisses les plus reculées, il semble avoir contribué, sur la longue durée à un véritable renouvellement socioculturel. Il faudrait pouvoir suivre des itinéraires individuels. On pressent l’intérêt d’une telle démarche lorsqu’on envisage des cas comme celui d’un Isidore Pasquier depuis les initiatives de sa jeunesse dans le Craonnais jusqu’à sa participation ultérieure au mrp, ou comme celui d’un Paul Goussu au Mans. Ce dernier a été membre du groupe Saint-Bertrand de l’acjf, établi sur la paroisse Notre-Dame de la Couture ; il a introduit le syndicalisme chrétien au Mans, et il est ensuite devenu membre du pdp, élu député en 1936. Ce n’est qu’un aspect des perspectives de recherches qui sont encore à mener. Car il faudrait aussi préciser davantage les assises sociologiques de la Jeunesse catholique et surtout mettre en évidence les différences régionales, y compris à l’intérieur même du grand Ouest.
Notes de bas de page
1L'établissement de la cinquième République : le référendum de septembre et les élections de novembre 1958, Paris, Colin, 1960 (Cahier de la fondation nationale des sciences politiques, n° 109, p. XXII).
2Sur l’Acjf, durant cette période, voir les travaux de Charles Molette : en premier lieu sa thèse de doctorat d’État (L’Association catholique de la Jeunesse française, 1886-1907, Colin, 1968, 816 p.), mais aussi, plusieurs articles, en particulier : « L’Acjf et la politique (1907-1914) », Cahiers internationaux d’histoire économique et sociale, n° 9, p. (repris dans : Mélanges Charles Molette, Abbeville, Paillart, 1989, p. 65-112) ; « L’Association catholique de la Jeunesse française comme mouvement », dans : Mouvements de jeunesse (sous la direction de Gérard Cholvy), Cerf, 1985, p. 83-108 ; « Les origines de l’Acjf », dans : L’Acjf une création originale, Médiasèvres, 1988.
3C’est le mouvement qui choisit ses aumôniers, n’hésitant pas à exiger leur démission en cas de désaccord sur les objectifs du mouvement. Le cas de l’aumônier de la conférence Saint-Louis d’Angers, le père Emmanuel Barbier, offre à cet égard un exemple notable. Intégriste notoire, et plus que sympathisant de l’Action française, il s’était fait remarquer par des critiques ostensibles à l’égard de plusieurs prises de position de l’Acjf. Le président de l’Union régionale de l’Ouest, Paul Normand d’Authon, est amené à demander la démission du père Barbier en 1904. La fermeté des propos que Normand d’Authon adresse alors à Jean Lerolle, président de l’Acjf, est sans ambages : « Je ne puis admettre que notre aumônier s’insurge ainsi contre la ligne de conduite de l’Association, et je vous prie de nous aider à l’exécuter en agissant très énergiquement et sans retard près du Provincial ». Le résultat fut le remplacement du père Barbier par un autre jésuite le père François Corbillé. (Voir Charles Molette, L'Association catholique de la jeunesse française, 1886-1907, p. 388 et 449).
4Voir sur ce point : Brigitte Waché, « Le catholicisme social et la jeunesse du Maine », dans : Gens de l’Ouest, Le Mans, Lhamans, 2001, p. 459-528.
5Les réponses aux questionnaires préparatoires aux congrès nationaux de l’Acjf constituent à cet égard une source intéressante. À titre d’exemple, on peut citer les propos du porte-parole du groupe de La Flèche : « Il faudrait avant tout dans les groupes augmenter la foi des jeunes gens, en faire des catholiques conscients. C’est là une partie essentielle de notre devise [piété, étude, action...] ce qui fait échouer quelquefois nos projets sociaux c’est le manque de dévouement et d’abnégation chez nos jeunes gens et qui ne provient que d’un catholicisme trop tiède ou inconscient », cit. ibid., p. 486.
6Par le groupe Saint-Julien du Mans, ibid., p. 487.
7Cette définition empruntée à un tract de l’Action populaire est prise à son compte, lors du congrès de Bordeaux (1907), par l’auteur du rapport sur « l’étude dans les groupes de Jeunesse catholique ». Voir Association catholique de la Jeunesse française, Congres national, Bordeaux, p. 77 et suivantes.
8Les ouvrages les plus fréquemment cités sont ceux du jésuite Charles Antoine (Cours d’économie sociale) ou du chanoine Dehon, actif représentant du catholicisme social dans le diocèse de Soissons (son Manuel social chrétien ou son Catéchisme social).
9Cit. dans : Brigitte Waché, op. cit., p. 498.
10Groupe de Saint-Berthevin-la-Tannière (Mayenne), ibid.
11Cit. dans : Brigitte Waché, op. cit., p. 500.
12Jean Lerolle est président de l’Acjf de 1904 à 1909.
13Cit. dans : Charles Molette, L'Association catholique de la Jeunesse française, 1886-1907, p. 507.
14Rejet de toutes les demandes d’autorisation fin mars 1903 ; circulaires Combes de la Semaine sainte 1903, qui imposent la fermeture des chapelles et interdisent aux religieux toute prédication dans les églises paroissiales.
15Les Annales de la Jeunesse catholique, 1906, p. 129.
16Pour ce développement, voir « Historique de la répartition proportionnelle scolaire », dans le compte rendu du congrès de Caen (p. 16 et suivantes).
17En particulier les articles de Robert Facque dans la Vie nouvelle.
18Ces caisses dotales visent à encourager les jeunes à épargner en vue de la fondation de leurs futurs foyers.
19Joseph Zamanski, Nous catholiques sociaux, Paris, 1947, p. 95.
20Réponse du groupe de Ballots à l’enquête préparatoire au congrès de 1912, Arch. nat., 376 Mi 22 (41).
Auteur
-
Brigitte Waché
Professeur, histoire contemporaine, Lhamans-Université du Maine
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