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    Plan détaillé Texte intégral Interlope de paix, interlope de guerre L’interlope au cœur des interconnexions atlantiques La vente de Sainte-Croix au Danemark, 1733 Notes de bas de page Auteur

    Horizons atlantiques

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Du bon usage de l’interlope

    Français et Danois aux Antilles au tournant des xviie et xviiie siècles

    Éric Schnakenbourg

    p. 337-346

    Texte intégral Interlope de paix, interlope de guerre L’interlope au cœur des interconnexions atlantiques La vente de Sainte-Croix au Danemark, 1733 Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Au xviie siècle, à côté des grandes puissances impériales présentes dans l’espace antillais, se trouvent d’autres États européens de moindre envergure qui ne possèdent que quelques îles. C’est le cas des Danois établis à Saint-Thomas à partir des années 1670 dans l’archipel des îles Vierges, à la jonction des Petites et des Grandes Antilles. Saint-Thomas est une petite île de 80 km2 (14 fois moins étendue que la Martinique et 20 fois moins que la Guadeloupe), mal pourvue en eau, n’ayant ni source ni puits1. Elle ne produit qu’un peu de sucre brut, du coton et du tabac, mais dispose d’un bon mouillage en eau profonde autour duquel s’est développé le port de Charlotte Amalie. La souveraineté danoise sur cette île est longtemps contestée par les Anglais et les Hollandais au motif que certains d’entre eux s’étaient établis sur place avant l’arrivée des Scandinaves2. Le missionnaire dominicain Jean-Baptiste Labat signale que, dans les dernières décennies du xviie siècle, Saint-Thomas sert d’entrepôt aux colons de toutes les nationalités du voisinage « pour le commerce [qu’ils] n’osent faire ouvertement dans leurs isles3 ». En effet, la permissivité relative des autorités danoises fait de Saint-Thomas un haut lieu de l’interlope avec les territoires espagnols et anglais de la Caraïbe et, de plus en plus, avec les colonies françaises4.

    2Or, à partir de 1674, les colonies françaises d’Amérique sont intégrées au domaine royal. Il revient dès lors aux gouverneurs et aux intendants des différents territoires de veiller à l’interdiction des échanges avec les étrangers, afin de réserver l’exclusivité du commerce colonial à la métropole. La correspondance des administrateurs royaux évoque très fréquemment l’interlope et les moyens qui sont mobilisés pour y faire face. Pourtant, à côté de cette parole officielle, la réalité locale n’est pas aussi claire. À travers la perspective des relations franco-danoises entre le début de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688) et la cession de Sainte-Croix (1733), je souhaiterais montrer comment, non seulement, les Français profitent des structures de l’interlope et de ses relations clandestines, surtout en période de guerre, mais encore créent les conditions pour qu’il perdure.

    Interlope de paix, interlope de guerre

    3Le Danemark, qui ne compte qu’à peine plus d’un million d’habitants à la fin du xviie siècle, n’a pas les moyens de développer la colonie de Saint-Thomas. La compagnie à monopole chargée de mettre d’île en valeur, la Vestindisk-guineisk kompagni, manque du soutien de l’État, d’hommes et surtout de capitaux. Le peuplement et l’exploitation de l’île ne peuvent se faire qu’en l’ouvrant aux étrangers. Selon un recensement de 1688, ils représentent un peu moins de 90 % des 148 adultes masculins blancs de l’île5. Les Hollandais sont les plus nombreux (44 %) ce qui fait écrire au père Labat qu’ils « y font tout le commerce, sous le nom des Danois6 ». On trouve également à Saint-Thomas des Anglais et une vingtaine de familles françaises venues s’y installer pour trouver une vie meilleure ou, plus souvent, pour s’y réfugier après la révocation de l’édit de Nantes7. Comme les autres étrangers, les Français viennent majoritairement des territoires voisins et conservent des liens familiaux et des relations d’affaires avec le milieu dont ils sont issus.

    4La guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) marque le début du développement de Saint-Thomas, à la faveur de la neutralité que le Danemark a choisi d’observer. Comme en Europe, les Danois cherchent à profiter de leur non-belligérance pour promouvoir leur navigation. Jørgen Thor Møhlen, qui a la ferme du commerce de Saint-Thomas au début des années 1690, convainc son roi Christian V d’entreprendre des démarches à Versailles pour obtenir l’ouverture des colonies françaises au pavillon danois. La demande est transmise par l’ambassadeur Meyercrone qui reçoit un ferme refus du secrétaire d’État des Affaires étrangères de Louis XIV, Colbert de Croissy, selon lequel une telle mesure ne serait envisageable que si les Anglais et les Hollandais l’admettaient également8. La crainte du gouvernement français est de créer des conditions favorables à l’interlope ennemi sous couvert des couleurs danoises. À partir de 1693, plutôt qu’une ouverture générale, Versailles autorise les gouverneurs des colonies à distribuer des passeports. Ce sont des dérogations à l’interdiction générale du commerce étranger dans les colonies françaises. Elles sont accordées à un navire pour une navigation précise à un moment déterminé. Ces dispositions sont supposées assurer la maîtrise de la fréquentation étrangère des colonies françaises et la limiter à ce qui est nécessaire. L’usage des passeports est un soulagement pour Dumaitz de Goimpy, l’intendant des Îles-du-Vent. Il permet de libérer les vaisseaux du roi d’une partie de leur tâche de protection et d’escorte, tout en créant des conditions favorables pour l’approvisionnement des colonies et pour l’exportation de leur sucre. Dumaitz de Goimpy suggère même que les Danois installent un consul à la Martinique susceptible d’informer ses compatriotes des conditions du commerce local9. Comme Saint-Thomas, en général, le port de Charlotte Amalie, en particulier, est surveillé par des navires anglais et hollandais, et il est difficile pour les négociants français de s’y rendre sans courir le risque d’être capturé. En revanche, les bâtiments sous pavillon danois peuvent naviguer plus librement. C’est par ce biais que Dumaitz de Goimpy pense assurer l’approvisionnement de la Martinique en matériaux de construction navale10. Les passeports servent également à la navigation transatlantique pour couvrir les échanges entre la métropole et les colonies via Copenhague. Au cours de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, plusieurs expéditions danoises destinées aux colonies françaises sont organisées grâce à un réseau de juifs sépharades, reliant Hambourg, Amsterdam, Paris et le Portugal11.

    5En dehors du commerce sous passeports, les échanges avec les Danois sont interdits dans les colonies. En 1694, Dumaitz de Goimpy engage des poursuites contre un capitaine malouin qui a apporté de l’indigo dominguois à Saint-Thomas pour l’échanger contre des esclaves ce qui, visiblement, n’était pas une pratique isolée12. Pour réduire les risques de contrebande, l’intendant insiste auprès de son gouvernement pour qu’il interdise formellement la fréquentation des eaux françaises aux navires danois « sous quelque prétexte que ce puisse être13 ». En 1712, pendant la guerre de Succession d’Espagne, l’intendant Vaucresson instruit un procès contre deux négociants de Saint-Domingue accusés d’avoir fait du commerce de farine et de cacao avec un Irlandais naturalisé danois établi à Saint-Thomas14. Mais pour quelques affaires instruites, combien échappent à la justice royale ? « Il se fait en ces pays-cy des manèges surprenants et estranges », assure l’intendant Robert à la veille de la guerre de Succession d’Espagne, avant de demander que le simple doute suffise à condamner ceux qui sont soupçonnés de se livrer aux trafics prohibés15. Les Anglais sont également confrontés à la contrebande sous couleurs danoises, et cherchent les moyens de l’entraver. Les commissaires du Council of Trade and Plantations suggèrent de classer les vivres dans la contrebande, pour pouvoir arrêter les navires qui partiraient approvisionner les ports ennemis et qui ne seraient pas pourvus de passeports en bonne et due forme délivrés par l’administration anglaise16.

    6L’interlope ordinaire des temps de paix est stimulé lors des périodes de guerres impliquant la France, l’Angleterre et les Provinces-Unies. La neutralité danoise attise l’attractivité de Saint-Thomas, dont le port de Charlotte Amalie devient, selon Raynal

    « l’asile de tous les batiments marchands qui, poursuivis en temps de guerre, y trouvaient un port neutre. C’était l’entrepôt de tous les échanges que les peuples voisins n’auraient pu faire ailleurs avec autant d’aisance & de sureté […] Saint-Thomas était enfin une place où se faisaient des marchés très importants17 ».

    7Les activités de l’île danoise sont bien connues et sont fréquemment évoquées dans la correspondance des officiers royaux. À côté de leurs grandes manifestations de lutte contre le commerce étranger, il est fréquent de les voir annoncer que les circonstances ont exigé d’autoriser l’importation de vivres depuis Saint-Thomas18. Or, la colonie danoise ne produit que peu de surplus alimentaires exportables si bien qu’immanquablement, tout approvisionnement par ce biais couvre des trafics interlopes avec l’ennemi dont l’intensité témoigne du rôle d’interface atlantique joué par Saint-Thomas.

    L’interlope au cœur des interconnexions atlantiques

    8« Ce petit lieu riche & toujours plein de toutes sortes de marchandises19 » qu’est Saint-Thomas selon le père Labat devient un espace de rencontres et d’échanges d’hommes et de produits venant de l’Amérique intertropicale, d’Afrique et même au-delà. Mais la fulgurance de Saint-Thomas est très peu danoise, car les acteurs de son commerce sont des étrangers qui se servent de la couverture de la neutralité pour transporter des marchandises et des esclaves. Le Danemark n’en profite pas, « c’étaient des étrangers qui s’enrichissaient & qui disparaissaient avec leurs richesses », précise Raynal20. Le succès de ce relais traduit la volonté des marchands et des colons de toutes nationalités de poursuivre leurs échanges malgré la guerre opposant leurs métropoles respectives. L’île danoise attire également les corsaires qui peuvent s’y approvisionner, y écouler le produit de leurs prises, et y vendre les navires dont ils se sont emparés à ceux qui en ont besoin pour se livrer à l’interlope avec les îles françaises21. Finalement, au lieu d’arriver directement sur place, les marchandises saisies dans un premier temps et vendues à Saint-Thomas reprennent, pour beaucoup, leur parcours pour parvenir dans les territoires français où la demande reste forte. Sur le fond, leur distribution n’est pas que suspendue, mais pas interrompue22. Si bien que, malgré la détermination affichée par les gouverneurs français, il semble fort difficile de lutter contre les activités de Saint-Thomas23.

    9L’un des trafics les plus importants est celui des esclaves dont la contrebande est de plus en plus active avec les colonies françaises à partir de la fin du xviie siècle24. Les guerres perturbent l’approvisionnement, déjà insuffisant d’ordinaire, en main-d’œuvre servile de Saint-Domingue, de la Martinique et de la Guadeloupe. De ce point de vue, les périodes de conflits créent une conjoncture extrêmement favorable à ceux qui peuvent répondre aux besoins des colons français25. Saint-Thomas bénéficie de la délocalisation des circuits interlopes de vente d’esclaves qui se faisait principalement dans les colonies des Provinces-Unies. L’importante communauté néerlandaise, que ses membres soient naturalisés danois ou pas, permet d’assurer la fourniture d’esclaves aux colonies de plantations des deux camps belligérants26. C’est une voie essentielle à laquelle les gouverneurs eux-mêmes peuvent avoir recours pour leurs propres habitations ou au profit de la colonie dont ils ont la charge27. Le sucre est l’autre grand objet de contrebande aux Antilles28. Les administrateurs français éprouvent bien des difficultés à lutter contre ce type de trafic en raison de l’impossibilité de surveiller des territoires aux multiples points d’accès, de l’implication des colons, voire de l’intérêt particulier de certains gouverneurs qui prêtent la main aux commerces illégaux, notamment ceux passant par Saint-Thomas29.

    10« In time of war ever has been and is the staple for all sort of indirect trade and commerce », affirme le gouverneur de La Barbade en 1703 au sujet de Saint-Thomas30. Les Anglais, qui ont la maîtrise de la mer des Antilles, constatent également l’ampleur du commerce illégal qui se fait dans la région. Les périodes de guerre accentuent le déséquilibre entre la demande de marchandises européennes dans les colonies, dont les exportations chutent, et les capacités d’approvisionnement des métropoles. Dès le début de la guerre de Succession d’Espagne, les autorités anglaises constatent qu’en dépit des prohibitions, une partie importante du commerce de leurs sujets passe par Saint-Thomas « which is in effect the same as carrying it to Martinico », estime le juge de Philadelphie Quary en 170331. Sur place, la contrebande se fait ouvertement par l’intermédiaire de boutiques danoises tenues, en réalité, par des Anglais ou des Hollandais complaisamment naturalisés. Ils peuvent ainsi poursuivre leurs trafics interlopes malgré l’état de guerre. À Saint-Domingue, pendant toute la guerre de Succession d’Espagne, un dénommé Peter Smith, « the greatest merchant there », propriétaire de magasins et de navires, effectue régulièrement des allers-retours sous couverture danoise entre Saint-Thomas et la Martinique au vu et au su de tous32. Son activité n’est pas sans risques. À la fin de l’année 1703, un de ses bâtiments affrété sous couleurs danoises est pris par un corsaire de la Barbade et condamné par la vice-amirauté de la Jamaïque. Le gouverneur danois Hanssen intervient auprès de son homologue anglais pour demander la libération du navire qui était pourvu de passeports qu’il avait émis en dénonçant une atteinte à la neutralité danoise33.

    11Au cours de la guerre de Succession d’Espagne, les autorités anglaises déplorent le développement d’un courant d’échange entre les colonies françaises et la Nouvelle-Angleterre via Saint-Thomas. Les nombreux marchands anglais qui s’y sont installés au début du conflit étendent leurs réseaux commerciaux jusqu’en Pennsylvanie et en Nouvelle-Angleterre34. Ceux qu’on appelle de manière générique les « Bostoniens » fréquentent de plus en plus le relais danois pour s’approvisionner en sucre et en sous-produits sucriers (sirops, mélasses) de Saint-Domingue, que les British West Indies ne produisent pas en quantité suffisante et vendent à des prix élevés35. Dans l’autre sens, Saint-Thomas sert à distribuer les surplus agricoles des Northern Colonies dans les îles françaises et espagnoles, souvent à court de vivres. Les farines et le bœuf salé nord-américains, dont l’intendant de Saint-Domingue Vaucresson autorise l’importation depuis Saint-Thomas, permettent, par exemple, de passer la période 1709-1710 lorsque l’approvisionnement depuis la France se fait particulièrement insuffisant36. L’intermédiaire de Saint-Thomas demeure actif une fois la paix restaurée. Dans les années 1720, l’île danoise est un recours fréquent pour l’importation de vivres et de chevaux d’Amérique du Nord qui sont échangés sur place contre du sucre et des mélasses des colonies françaises37. Au début du xviiie siècle, Saint-Thomas est intégrée dans le vaste espace commercial de l’Atlantique américain et contribue à son équilibre économique général. Son intermédiaire est particulièrement important pour les colonies françaises, permettant d’écouler les surplus et les produits qui n’intéressent pas la métropole, alors qu’en retour il permet de bénéficier d’un approvisionnement régulier à meilleur marché. C’est ce qui explique que les Français, loin de chercher à réduire la présence danoise au motif qu’elle sert à couvrir l’interlope vont, au contraire, la renforcer par la vente de l’île de Sainte-Croix en 1733.

    La vente de Sainte-Croix au Danemark, 1733

    12Les Français commencent à occuper Sainte-Croix, au sud de l’archipel des îles Vierges, au milieu du xviie siècle. Ce territoire dispose de terres fertiles et de sources d’eau qui lui confèrent un véritable potentiel agricole. Dès les années 1670, Sainte-Croix entretient des relations interlopes avec sa voisine Saint-Thomas. Le gouverneur danois a un commis sur place pour organiser les ventes clandestines de sucre avec la complicité, semble-t-il, de son homologue français38. Pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg, l’intendant Dumaitz de Goimpy dénonce régulièrement le commerce frauduleux qui se fait entre les deux îles39. Sainte-Croix est entourée de possessions ennemies et se trouve isolée des autres territoires français, si bien que ses colons doivent se tourner vers Saint-Thomas pour obtenir des vivres et exporter leurs productions40. Dès lors, la prospérité de l’île danoise permet à ses marchands de placer Sainte-Croix sous leur dépendance en octroyant des crédits à ses habitants, tout en en faisant le relais d’interlope vers les autres colonies françaises41.

    13Au début du xviiie siècle, dans le cadre de la promotion de son grand commerce, le gouvernement danois soutient les ambitions de la Vestindisk-guineisk kompagni qui espère acquérir de nouveaux territoires aux Antilles42. Elle organise l’occupation de la petite île de Saint-Jean à partir de 1717. La présence danoise sur cette terre peu fertile a les mêmes caractères qu’à Saint-Thomas, puisqu’elle est avant tout l’œuvre d’étrangers43. L’objectif suivant est Sainte-Croix qu’il faut obtenir des Français. Pour les convaincre, les Danois font valoir que leur établissement sur place débarrasserait l’île des pirates qui s’y réfugient. Plus largement, ce serait une sécurité pour les territoires français, puisque l’île serait occupée « par une nation qui a toujours vecu et vivroit à l’avenir en bonne harmonie et intelligence avec celle de France et qui restera apparemment toujours neutre comme celle des Danois44 ». L’argument de la neutralité n’est pas le moins important, lorsque les Danois rappellent les services qu’elle a pu rendre aux Français dans les conflits passés :

    « Les généraux et gouverneurs des isles françoises avoueront qu’aucune nation n’a pu leur être plus utile que les Danois qui, comme sujets d’une puissance neutre, ont fourni et pourvu les dites isles de plusieurs choses dont elles avoient un grand besoin, et par conséquent la possession de l’isle de Ste Croix par les Danois seroit d’un avantage considérable aux isles françoises spécialement en tems de guerre45. »

    14L’argumentation convainc l’ambassadeur de France à Copenhague, le comte de Plélo, qui estime qu’une présence plus importante des Danois dans la Caraïbe contribuerait à contrebalancer la puissance anglaise au nord des Petites Antilles sans, pour autant, que la puissance européenne la plus modeste dans l’Amérique intertropicale puisse devenir une rivale. Plus généralement, il estime que « l’asile de la neutralité me semble aussy contenir à peu près ce que nous pouvons souhaiter de mieux46 ». Les Français ne sont pas très attachés à Sainte-Croix. En 1695, Louis XIV avait ordonné son évacuation et le transfert de ses habitants à Saint-Domingue47. Deux ans plus tard, un mémoire évoque la possibilité d’échanger Sainte-Croix contre la partie anglaise de Saint-Christophe48. En 1733, dans la perspective d’une rationalisation de la présence française aux Antilles, le gouverneur des Îles-du-Vent, le marquis de Champigny, se prononce en faveur de la cession de Sainte-Croix qu’il n’est en mesure ni d’approvisionner, ni de défendre en période de guerre. Le choix du Danemark lui semble judicieux, étant persuadé que les relations seront toujours bonnes avec cette petite puissance coloniale. Champigny précise cependant que la cession « doit estre qu’à condition qu’elle ne pourra point estre cédée dans la suite à aucune autres nations sans le consentement du Roy49 ». Effectivement, cette condition sine qua non se retrouve dans toutes les réflexions françaises, ainsi que dans les projets de vente préparatoires50.

    15Sainte-Croix est officiellement vendue à la Vestindisk-guineisk kompagni le 15 juin 1733. Les Français s’engagent à fournir aux Danois « toute l’assistance possible » pour les maintenir en possession de l’île si leur souveraineté se trouvait être contestée par une tierce puissance. Le contrat de vente stipule que la compagnie ne pourra céder l’île sans l’accord de la France. En cas de guerre entre la France et le Danemark, les deux couronnes conserveront dans leurs îles le régime de la « plus exacte neutralité », et leurs ports resteront ouverts aux deux pavillons en toutes circonstances51. Cette disposition permet de s’assurer d’un lieu de rencontres et d’échanges en temps de guerre, alors que les circulations commerciales avec l’étranger sont interdites ou que les métropoles sont en conflit. La segmentation impériale théorique est mise en échec par la transversalité des multiples réseaux d’affaires et de parentèles. Au cours des années 1730, 1740 et 1750, la Vestindisk-guineisk kompagni choisit de mettre Sainte-Croix en valeur en vendant des parcelles. Les principaux acheteurs sont des Anglais, qui viennent en nombre depuis des îles voisines, mais l’on trouve également parmi les nouveaux arrivants des Hollandais, des Irlandais et quelques Français attirés par de bonnes terres disponibles52. Cette population cosmopolite nourrit à son tour des relations interlopes, en temps de paix comme en temps de guerre.

    ⁂

    16La colonie danoise de Saint-Thomas présente toutes les conditions pour exceller dans les échanges interlopes : une terre peu productive, une métropole dépourvue de moyens humains et financiers, une administration complaisante et une population cosmopolite. Pour prospérer, ses habitants doivent se tourner vers l’extérieur et s’intégrer à des réseaux commerciaux qui leur sont, théoriquement, interdits. Les réseaux humains, familiaux ou d’affaires se jouent des monopoles, des interdictions officielles et de l’état des relations entre les métropoles. C’est une réalité bien connue des autorités françaises qui ont l’occasion de mesurer à plusieurs reprises la vigueur de l’interlope sous couleurs danoises. Officiellement combattus, ses réseaux sont pourtant un recours précieux. Lors des dernières guerres du règne de Louis XIV, la neutralité danoise fait de Saint-Thomas une interface commerciale indispensable pour pallier les carences, plus importantes qu’à l’ordinaire, du commerce de France. Les échanges effectués sous passeport, tout comme ceux tolérés en raison des circonstances du moment, empruntent les voies et mobilisent les acteurs de l’interlope. La situation économique créée par l’état de guerre donne l’occasion de développer des relations entre partenaires d’affaires qui relèvent de puissances ennemies. Le pavillon danois sert alors de trait d’union à une internationale négociante dont les circuits mettent en relation les possessions françaises avec des territoires des Antilles et des Northern Colonies. La vente de Sainte-Croix à la Vestindisk-guineisk kompagni en 1733, et l’intervention militaire française, la même année, dans la colonie danoise de Saint-Jean pour y réprimer une révolte d’esclaves procède de la volonté de renforcer la présence scandinave aux Antilles. Ce faisant, cette politique ouvre de nouvelles voies aux trafics obliques que les décennies précédentes avaient déjà mis en lumière. De ce point de vue, les relations franco-danoises au tournant des xviie et xviiie siècles montrent toute l’ambiguïté de l’interlope, tout à la fois objet de dénonciations et de plaintes récurrentes, que biais de relations commerciales résiliantes au sein du monde antillais et atlantique.

    Notes de bas de page

    1Chemin Dupontès Paul, Les Petites Antilles. Étude sur leur évolution économique, Paris, Librairie orientale et américaine, 1909, p. 135.

    2Degn Ole et Gøbel Erik, Dansk Søfarts Historie, t. 2 : 1588-1720, Skuder og kompagnier, Copenhague, Gyldendal, 1997, p. 150 ; Burns Alan, History of the British West Indies, Londres, George Allen & Unwin Ltd, 1965, p. 365-366 ; « Additional instructions to Governor Codrington », 5 décembre 1694, Calendar of States Papers, Colonial Series, America and West Indies (désormais CSP), vol. 14, Londres, Her Majesty’s Stationery Office (désormais HMSO), 1903, no 1581 (non paginé).

    3Labat Jean-Baptiste, Nouveau voyage aux Isles de l’Amérique, t. 5, Paris, G. Cavelier, 1722, p. 323.

    4Crespo Solana Ana, Merdaderes atlánticos. Redes del comercio flamenco y holandés entre Europe y el Caribe, Cordoue, université de Cordoue, 2009, p. 259 et 262 ; Koot Christian J., Empire at the Periphery. British Colonists, Anglo-Dutch Trade, and the Development of the British Atlantic, 1621-1713, New York, New York University Press, 2011, p. 197 ; Christopher Codrington au Council of Trade and Plantations, 30 juin 1701, CSP, vol. 19, Londres, HMSO, 1910, p. 327.

    5Westergaard Waldemar, The Danish West Indies under Company Rule (1671-1754), New York, Mac Millan Company, 1917, p. 121.

    6Labat Jean-Baptiste, op. cit., p. 314 ; Watts D., The West Indies. Patterns of Development, Culture and Environmental Change since 1492, Cambridge, Cambridge University Press, 1987, p. 247.

    7« Journal de ce qui s’est fait dans les isles de Sainte Croix et Saint Thomas pour l’exécution des ordres de monseigneur le marquis de Seigneulay… », ANOM, C8a 8, fo 322 ; Hall Naville, Slave Society in the Danish West Indies: St. Thomas, St. John, and St. Croix, éd. B. Higman, Mona, The University of the West Indies Press, 1992, p. 9-10.

    8Jørgensen Dagny, Danmark-Norge mellom stormaktene, 1688-1697. Dansk-norsk sjøfart og utenrikspolitikk under den Pfalziske arvefølgekrig, Oslo, Universitetsforlaget, 1976, p. 238.

    9ANOM, C8A7, fo 305-307, Dumaitz de Goimpy à Pontchartrain, 27 février 1693.

    10ANOM, C8A8, fo 142, Dumaitz de Goimpy à Pontchartrain, 1er mars 1694. L’intendant veut faire transporter du bois, du brai et du goudron par des bâtiments danois pourvus de passeports attendus pour la réparation navale à la Martinique.

    11Jørgensen Dagny, op. cit., p. 238-239. En 1693, Louis XIV accorde deux passeports pour des navires danois devant se rendre aux colonies après avoir fait escale à Madère, ANOM, B 14, fo 471.

    12ANOM, C8A8, fo 135, Dumaitz de Goimpy à Pontchartrain, 1er mars 1694.

    13ANOM, C8A7, fo 325, « Extraits des lettres reçues des îles d’Amérique », 1694.

    14ANOM, C8A18, fo 392-394, Vaucresson à Pontchartrain, 7 janvier 1712.

    15ANOM, C8A14, fo 110, Robert à Pontchartrain, 28 avril 1702.

    16Le Council of Trade and Plantations à la reine Anne, 25 novembre 1704, CSP, vol. 22, Londres, HMSO, 1916, p. 323-324.

    17Raynal Guillaume Thomas, Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce dans les deux Indes, Genève, Pellet, 1780, t. 3, p. 318.

    18ANOM, C8A16, fo 333, et C8A 18, fo 78-79, Vaucresson à Pontchartrain, 2 mai 1708 et 31 mars 1711.

    19Labat Jean-Baptiste, op. cit., p. 324.

    20Raynal Guillaume Thomas, op. cit., t. 3, p. 319.

    21Labat Jean-Baptiste, op. cit., p. 323.

    22Cornbury, gouverneur de New York, au Council of Trade and Plantations, 1er juillet 1708, CSP, vol. 24, Londres, HMSO, 1922, p. 9.

    23ANOM, C8A17, fo 298, Vaucresson à Pontchartrain, 1er avril 1710, C8A, vol. 18, fo 70, du même au même, 31 mars 1711, et fo 325, Phélypeaux à Pontchartrain, 1er août 1712.

    24Pitman Frank, The Development of the British West Indies, 1700-1763, New Haven, Yale University Press, 1917, p. 195 ; Banks Kenneth J., « Official Duplicity. The Illicit Slave Trade of Martinique, 1713-1763 », in Coclanis Peter A. (éd.), The Atlantic Economy during the Seventeenth and Eighteenth Centuries, Columbia, University of South Carolina, 2005, p. 229-251.

    25O’Malley Gregory E., Final Passages: the Intercolonial Slave Trade of British America, 1619-1807, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2014, p. 152-153.

    26« Mémoire du sieur Casaux du Hallay, député de Nantes sur l’état du commerce en général », 4 mars 1701, in Boislisle Michel A. de (éd.), Correspondance des Contrôleurs généraux des finances avec les intendants de Provinces, t. 2, Paris, 1883, Imprimerie nationale, p. 496 ; Klooster Wim, Illicit Riches. Dutch Trade in the Caribbean, 1648-1795, Leyde, KITLV, 1996, p. 119 ; Pritchard James, In Search of Empire: the French in the Americas, 1670-1730, Cambridge, Cambridge University Press, 2004, p. 219.

    27O’Malley Gregory E., op. cit., p. 154. En 1703, Bouloc, gouverneur de La Grenade, est accusé de se livrer au trafic d’esclaves avec Saint-Thomas, ANOM, C8A 15, fos 74 et 164, Robert et Mithon à Pontchartrain, 10 février et 16 août 1703.

    28En 1669, Jean-Charles de Baas, gouverneur général des Antilles, estime que plus d’un tiers des sucres produits dans les territoires dont il a la charge échappe à la Compagnie des Indes occidentales, ANOM, C8A 1, fo 14, Baas à Colbert, 26 décembre1669.

    29En 1676, c’est Dubois, gouverneur de Sainte-Croix, qui est accusé de livrer du sucre à Saint-Thomas, ANOM, C8A1, fo 385, Baas à Colbert, 27 juillet 1676.

    30Granville, gouverneur de la Barbade, au Council of Trade and Plantations, 3 septembre 1703, CSP, vol. 21, Londres, HMSO, 1913, p. 669.

    31Quary au Council of Trade and Plantations, 25 juillet 1703, ibid., p. 570. Il observait l’année précédente : « all illegal trade is carried on to the greatest degree imaginable, especially that most pernicious trade from St. Thomas », du même au même, 26 mars 1702, CSP, vol. 20, Londres, HMSO, 1912, p. 173.

    32« An account of persons trading with pirates » Oglethorp à Hedges, 27 janvier 1706, CSP, vol. 23, Londres, HMSO, 1916, p. 24, et Oglethorp à Sunderland, 19 mai 1710, CSP, vol. 25, Londres, HMSO, 1924, p. 105. Frostin Charles, Histoire de l’autonomisme colon de la partie française de Saint-Domingue aux xviie et xviiie siècles. Contribution à l’étude du sentiment américain d’indépendance, Lille III, service de reproduction des thèses, 1973, p. 339-341.

    33Claus Hansen, gouverneur de Saint-Thomas, à Thomas Handasyd, gouverneur de la Jamaïque, 26 octobre 1703, CSP, vol. 21, op. cit., p. 842-843.

    34Klooster Wim, « Inter-Imperial Smuggling in the Americas, 1660-1800 », in Bailyn Bernard et Denault Patricia (dir.), Soundings in Atlantic History. Latent Structures and Intellectual Currents, Cambridge, Harvard University Press, 2009, p. 165.

    35Quary et Benett au Council of Trade and Plantations, 25 juillet et 19 octobre 1703, CSP, vol. 21, op. cit., p. 570 et 750 ; Le gouverneur et le conseil de Caroline au Council of Trade and Plantations, 17 septembre 1709, CSP, vol. 24, op. cit., p. 467 ; Pitman Frank, op. cit., p. 196-197 ; Frostin Charles, op. cit., p. 343-345.

    36Ibid., p. 260-261, et Pitman Frank, op. cit., p. 205.

    37ANOM, C8A27, fo 93-95. L’ordonnance du 27 novembre 1720 permet, momentanément, l’importation de farine et de bœuf salé depuis Saint-Thomas. En 1722, l’intendant Besnard informe son ministre que 3 ou 4 négociants de Saint-Pierre de la Martinique exportent clandestinement de nuit du sucre vers Saint-Thomas, ANOM, C8A30, fo 342, Besnard à Morville, 4 juillet 1722. Voir également Pitman Frank, op. cit., p. 211.

    38ANOM, C8A1, fo 383, Baas à Colbert, 27 juillet 1676.

    39ANOM, C8A8, fo 14 et 133, Dumaitz de Goimpy à Pontchartrain, 19 avril et 1er mars 1694.

    40Labat Jean-Baptiste, op. cit., t. 2, p. 242. « Pour son malheur elle [la colonie] étoit obligée de vendre ses sucres et autres marchandises aux Danois de l’isle Saint-Thomas, pour avoir les choses dont elle ne pouvoit pas se passer, et qu’elle ne pouvoit pas espérer des François, parce que les vaisseaux marchands ne se risquoient pas pendant la guerre de descendre si bas. » Avant même le début de la guerre, les habitants de Sainte-Croix se plaignent de l’abandon dans lequel ils se trouvent et demandent l’autorisation de commercer avec Saint-Thomas, ANOM, C8A5, fo 22, « Extraits des lettres reçues des iles d’Amérique pendant l’année 1688 ».

    41Frostin Charles, op. cit., p. 340. La Vestindisk-guineisk Kompagni détenait plusieurs milliers de riksdalers de créance à Sainte-Croix, et Jørgensen Dagny, op. cit., p. 237.

    42Felbæk Ole, Dansk Søfarts Historie, t. 3 : 1720-1814, Storhandelens tid, Copenhague, Gyldendal, 1997, p. 10-13.

    43En 1721, l’île compte 39 planteurs, parmi lesquels 25 Hollandais pour seulement 9 Danois, Hall Naville, op. cit., p. 11.

    44ANOM, C10D2, no 40, mémoire danois, sans auteur ni date.

    45Ibid.

    46ANOM, C10D2, no 58 et 60, Plélo à Maurepas, 10 mars et 21 avril 1733.

    47Caron Aimery, « Sainte-Croix française », Bulletin de la Société d’histoire de la Guadeloupe, no 79-82, 1989, p. 26.

    48ANOM, COL C8B2, fo 37. « Mémoire du sieur de Courpon sur la neutralité proposée pour Saint-Christophe. (1697). »

    49ANOM, C10D2, no 55, « Sur l’isle de Sainte Croix », Champigny à Maurepas, mars 1733.

    50Arch. Affaires étrangères, La Courneuve, Mémoires et Documents, Danemark, vol. 10, fo 5, « Projet pour la vente de l’île de Sainte-Croix », 1733, « La compagnie danoise s’engage et s’oblige en la manière la plus formelle et la plus authentique à ne la [Sainte-Croix] vendre ni céder en aucun temps à nulle autre nation sans l’approbation et le consentement de Sa Majesté Très Chrétienne ». Sur les négociations relatives à la vente de Sainte-Croix, voir Westergaard Waldemar, op. cit., p. 201-206.

    51Contrat de vente et cession de l’île de Sainte-Croix à la Compagnie danoise des Indes occidentales, 15 juin 1733, art. 4, 6 et 7, Koch Christophe (éd.), Table des traités conclus entre la France et les puissances étrangères, vol. 1, Bâle, J. Decker, 1802, p. 306-309. Le secrétaire d’État de la Marine, Maurepas, précise au gouverneur général des Îles-du-Vent : « Si l’Angleterre essayât de former quelques obstacles, ce que nous ne présumons pas, M. le marquis de Champigny prendra les mesures les plus justes pour donner aux Danois tous les secours nécessaires pour les aider à s’en mettre en possession seulement », ANOM, C8a44, fo 71-72, Maurepas à Champigny, 10 décembre 1733.

    52Bregnsbo Michael et Villads Jensen Kurt, Det danske Imperium, Copenhague, Aschehoug, 2005, p. 163 ; Sheridan Richard, Sugar and Slavery. An economic History of the British West Indies, 1623-1775, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1973, p. 442.

    Auteur

    • Éric Schnakenbourg

      Université de Nantes.

      Éric Schnakenbourg est professeur d’histoire moderne, Centre de recherches en histoire internationale et atlantique (CRHIA-EA 1163), université de Nantes.

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    1Chemin Dupontès Paul, Les Petites Antilles. Étude sur leur évolution économique, Paris, Librairie orientale et américaine, 1909, p. 135.

    2Degn Ole et Gøbel Erik, Dansk Søfarts Historie, t. 2 : 1588-1720, Skuder og kompagnier, Copenhague, Gyldendal, 1997, p. 150 ; Burns Alan, History of the British West Indies, Londres, George Allen & Unwin Ltd, 1965, p. 365-366 ; « Additional instructions to Governor Codrington », 5 décembre 1694, Calendar of States Papers, Colonial Series, America and West Indies (désormais CSP), vol. 14, Londres, Her Majesty’s Stationery Office (désormais HMSO), 1903, no 1581 (non paginé).

    3Labat Jean-Baptiste, Nouveau voyage aux Isles de l’Amérique, t. 5, Paris, G. Cavelier, 1722, p. 323.

    4Crespo Solana Ana, Merdaderes atlánticos. Redes del comercio flamenco y holandés entre Europe y el Caribe, Cordoue, université de Cordoue, 2009, p. 259 et 262 ; Koot Christian J., Empire at the Periphery. British Colonists, Anglo-Dutch Trade, and the Development of the British Atlantic, 1621-1713, New York, New York University Press, 2011, p. 197 ; Christopher Codrington au Council of Trade and Plantations, 30 juin 1701, CSP, vol. 19, Londres, HMSO, 1910, p. 327.

    5Westergaard Waldemar, The Danish West Indies under Company Rule (1671-1754), New York, Mac Millan Company, 1917, p. 121.

    6Labat Jean-Baptiste, op. cit., p. 314 ; Watts D., The West Indies. Patterns of Development, Culture and Environmental Change since 1492, Cambridge, Cambridge University Press, 1987, p. 247.

    7« Journal de ce qui s’est fait dans les isles de Sainte Croix et Saint Thomas pour l’exécution des ordres de monseigneur le marquis de Seigneulay… », ANOM, C8a 8, fo 322 ; Hall Naville, Slave Society in the Danish West Indies: St. Thomas, St. John, and St. Croix, éd. B. Higman, Mona, The University of the West Indies Press, 1992, p. 9-10.

    8Jørgensen Dagny, Danmark-Norge mellom stormaktene, 1688-1697. Dansk-norsk sjøfart og utenrikspolitikk under den Pfalziske arvefølgekrig, Oslo, Universitetsforlaget, 1976, p. 238.

    9ANOM, C8A7, fo 305-307, Dumaitz de Goimpy à Pontchartrain, 27 février 1693.

    10ANOM, C8A8, fo 142, Dumaitz de Goimpy à Pontchartrain, 1er mars 1694. L’intendant veut faire transporter du bois, du brai et du goudron par des bâtiments danois pourvus de passeports attendus pour la réparation navale à la Martinique.

    11Jørgensen Dagny, op. cit., p. 238-239. En 1693, Louis XIV accorde deux passeports pour des navires danois devant se rendre aux colonies après avoir fait escale à Madère, ANOM, B 14, fo 471.

    12ANOM, C8A8, fo 135, Dumaitz de Goimpy à Pontchartrain, 1er mars 1694.

    13ANOM, C8A7, fo 325, « Extraits des lettres reçues des îles d’Amérique », 1694.

    14ANOM, C8A18, fo 392-394, Vaucresson à Pontchartrain, 7 janvier 1712.

    15ANOM, C8A14, fo 110, Robert à Pontchartrain, 28 avril 1702.

    16Le Council of Trade and Plantations à la reine Anne, 25 novembre 1704, CSP, vol. 22, Londres, HMSO, 1916, p. 323-324.

    17Raynal Guillaume Thomas, Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce dans les deux Indes, Genève, Pellet, 1780, t. 3, p. 318.

    18ANOM, C8A16, fo 333, et C8A 18, fo 78-79, Vaucresson à Pontchartrain, 2 mai 1708 et 31 mars 1711.

    19Labat Jean-Baptiste, op. cit., p. 324.

    20Raynal Guillaume Thomas, op. cit., t. 3, p. 319.

    21Labat Jean-Baptiste, op. cit., p. 323.

    22Cornbury, gouverneur de New York, au Council of Trade and Plantations, 1er juillet 1708, CSP, vol. 24, Londres, HMSO, 1922, p. 9.

    23ANOM, C8A17, fo 298, Vaucresson à Pontchartrain, 1er avril 1710, C8A, vol. 18, fo 70, du même au même, 31 mars 1711, et fo 325, Phélypeaux à Pontchartrain, 1er août 1712.

    24Pitman Frank, The Development of the British West Indies, 1700-1763, New Haven, Yale University Press, 1917, p. 195 ; Banks Kenneth J., « Official Duplicity. The Illicit Slave Trade of Martinique, 1713-1763 », in Coclanis Peter A. (éd.), The Atlantic Economy during the Seventeenth and Eighteenth Centuries, Columbia, University of South Carolina, 2005, p. 229-251.

    25O’Malley Gregory E., Final Passages: the Intercolonial Slave Trade of British America, 1619-1807, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2014, p. 152-153.

    26« Mémoire du sieur Casaux du Hallay, député de Nantes sur l’état du commerce en général », 4 mars 1701, in Boislisle Michel A. de (éd.), Correspondance des Contrôleurs généraux des finances avec les intendants de Provinces, t. 2, Paris, 1883, Imprimerie nationale, p. 496 ; Klooster Wim, Illicit Riches. Dutch Trade in the Caribbean, 1648-1795, Leyde, KITLV, 1996, p. 119 ; Pritchard James, In Search of Empire: the French in the Americas, 1670-1730, Cambridge, Cambridge University Press, 2004, p. 219.

    27O’Malley Gregory E., op. cit., p. 154. En 1703, Bouloc, gouverneur de La Grenade, est accusé de se livrer au trafic d’esclaves avec Saint-Thomas, ANOM, C8A 15, fos 74 et 164, Robert et Mithon à Pontchartrain, 10 février et 16 août 1703.

    28En 1669, Jean-Charles de Baas, gouverneur général des Antilles, estime que plus d’un tiers des sucres produits dans les territoires dont il a la charge échappe à la Compagnie des Indes occidentales, ANOM, C8A 1, fo 14, Baas à Colbert, 26 décembre1669.

    29En 1676, c’est Dubois, gouverneur de Sainte-Croix, qui est accusé de livrer du sucre à Saint-Thomas, ANOM, C8A1, fo 385, Baas à Colbert, 27 juillet 1676.

    30Granville, gouverneur de la Barbade, au Council of Trade and Plantations, 3 septembre 1703, CSP, vol. 21, Londres, HMSO, 1913, p. 669.

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    32« An account of persons trading with pirates » Oglethorp à Hedges, 27 janvier 1706, CSP, vol. 23, Londres, HMSO, 1916, p. 24, et Oglethorp à Sunderland, 19 mai 1710, CSP, vol. 25, Londres, HMSO, 1924, p. 105. Frostin Charles, Histoire de l’autonomisme colon de la partie française de Saint-Domingue aux xviie et xviiie siècles. Contribution à l’étude du sentiment américain d’indépendance, Lille III, service de reproduction des thèses, 1973, p. 339-341.

    33Claus Hansen, gouverneur de Saint-Thomas, à Thomas Handasyd, gouverneur de la Jamaïque, 26 octobre 1703, CSP, vol. 21, op. cit., p. 842-843.

    34Klooster Wim, « Inter-Imperial Smuggling in the Americas, 1660-1800 », in Bailyn Bernard et Denault Patricia (dir.), Soundings in Atlantic History. Latent Structures and Intellectual Currents, Cambridge, Harvard University Press, 2009, p. 165.

    35Quary et Benett au Council of Trade and Plantations, 25 juillet et 19 octobre 1703, CSP, vol. 21, op. cit., p. 570 et 750 ; Le gouverneur et le conseil de Caroline au Council of Trade and Plantations, 17 septembre 1709, CSP, vol. 24, op. cit., p. 467 ; Pitman Frank, op. cit., p. 196-197 ; Frostin Charles, op. cit., p. 343-345.

    36Ibid., p. 260-261, et Pitman Frank, op. cit., p. 205.

    37ANOM, C8A27, fo 93-95. L’ordonnance du 27 novembre 1720 permet, momentanément, l’importation de farine et de bœuf salé depuis Saint-Thomas. En 1722, l’intendant Besnard informe son ministre que 3 ou 4 négociants de Saint-Pierre de la Martinique exportent clandestinement de nuit du sucre vers Saint-Thomas, ANOM, C8A30, fo 342, Besnard à Morville, 4 juillet 1722. Voir également Pitman Frank, op. cit., p. 211.

    38ANOM, C8A1, fo 383, Baas à Colbert, 27 juillet 1676.

    39ANOM, C8A8, fo 14 et 133, Dumaitz de Goimpy à Pontchartrain, 19 avril et 1er mars 1694.

    40Labat Jean-Baptiste, op. cit., t. 2, p. 242. « Pour son malheur elle [la colonie] étoit obligée de vendre ses sucres et autres marchandises aux Danois de l’isle Saint-Thomas, pour avoir les choses dont elle ne pouvoit pas se passer, et qu’elle ne pouvoit pas espérer des François, parce que les vaisseaux marchands ne se risquoient pas pendant la guerre de descendre si bas. » Avant même le début de la guerre, les habitants de Sainte-Croix se plaignent de l’abandon dans lequel ils se trouvent et demandent l’autorisation de commercer avec Saint-Thomas, ANOM, C8A5, fo 22, « Extraits des lettres reçues des iles d’Amérique pendant l’année 1688 ».

    41Frostin Charles, op. cit., p. 340. La Vestindisk-guineisk Kompagni détenait plusieurs milliers de riksdalers de créance à Sainte-Croix, et Jørgensen Dagny, op. cit., p. 237.

    42Felbæk Ole, Dansk Søfarts Historie, t. 3 : 1720-1814, Storhandelens tid, Copenhague, Gyldendal, 1997, p. 10-13.

    43En 1721, l’île compte 39 planteurs, parmi lesquels 25 Hollandais pour seulement 9 Danois, Hall Naville, op. cit., p. 11.

    44ANOM, C10D2, no 40, mémoire danois, sans auteur ni date.

    45Ibid.

    46ANOM, C10D2, no 58 et 60, Plélo à Maurepas, 10 mars et 21 avril 1733.

    47Caron Aimery, « Sainte-Croix française », Bulletin de la Société d’histoire de la Guadeloupe, no 79-82, 1989, p. 26.

    48ANOM, COL C8B2, fo 37. « Mémoire du sieur de Courpon sur la neutralité proposée pour Saint-Christophe. (1697). »

    49ANOM, C10D2, no 55, « Sur l’isle de Sainte Croix », Champigny à Maurepas, mars 1733.

    50Arch. Affaires étrangères, La Courneuve, Mémoires et Documents, Danemark, vol. 10, fo 5, « Projet pour la vente de l’île de Sainte-Croix », 1733, « La compagnie danoise s’engage et s’oblige en la manière la plus formelle et la plus authentique à ne la [Sainte-Croix] vendre ni céder en aucun temps à nulle autre nation sans l’approbation et le consentement de Sa Majesté Très Chrétienne ». Sur les négociations relatives à la vente de Sainte-Croix, voir Westergaard Waldemar, op. cit., p. 201-206.

    51Contrat de vente et cession de l’île de Sainte-Croix à la Compagnie danoise des Indes occidentales, 15 juin 1733, art. 4, 6 et 7, Koch Christophe (éd.), Table des traités conclus entre la France et les puissances étrangères, vol. 1, Bâle, J. Decker, 1802, p. 306-309. Le secrétaire d’État de la Marine, Maurepas, précise au gouverneur général des Îles-du-Vent : « Si l’Angleterre essayât de former quelques obstacles, ce que nous ne présumons pas, M. le marquis de Champigny prendra les mesures les plus justes pour donner aux Danois tous les secours nécessaires pour les aider à s’en mettre en possession seulement », ANOM, C8a44, fo 71-72, Maurepas à Champigny, 10 décembre 1733.

    52Bregnsbo Michael et Villads Jensen Kurt, Det danske Imperium, Copenhague, Aschehoug, 2005, p. 163 ; Sheridan Richard, Sugar and Slavery. An economic History of the British West Indies, 1623-1775, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1973, p. 442.

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    Schnakenbourg, Éric. (2019). Du bon usage de l’interlope. In M. Acerra & B. Michon (éds.), Horizons atlantiques. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14tea
    Schnakenbourg, Éric. « Du bon usage de l’interlope ». In Horizons atlantiques, édité par Martine Acerra et Bernard Michon. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14tea.
    Schnakenbourg, Éric. « Du bon usage de l’interlope ». Horizons atlantiques, édité par Martine Acerra et Bernard Michon, Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14tea.

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    Acerra, M., & Michon, B. (éds.). (2019). Horizons atlantiques. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14tks
    Acerra, Martine, et Bernard Michon, éd. Horizons atlantiques. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14tks.
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