Esclaves dans la France moderne
L’exceptionnalité bretonne
p. 171-176
Texte intégral
1Ce texte se veut le produit d’un travail en cours, reflet du projet de recherche engagé en 2005 d’un Dictionnaire des gens de couleur dans la France moderne – lequel a mobilisé une vingtaine d’enseignants-chercheurs et étudiants en master1. Celui-ci doit se prolonger jusqu’en 2017 avec un troisième et dernier volume, portant sur le midi de la France.
2Le projet a en effet ciblé une approche géographique de la présence des gens de couleur en France, pour apprécier, quantitativement et qualitativement, cette première vague d’immigration consécutive aux Grandes Découvertes et à la première colonisation. Il a d’abord visé ce qui a paru le plus évident, car « Paris et son bassin », objet du tome 1, se sont avérés la destination privilégiée, au terme de l’Ancien Régime, des nouveaux arrivants. La capitale et son arrière-pays – au sens large du terme – ont en effet révélé plus de 3 000 « non-Blancs », pour reprendre la formule de Pierre-Henri Boulle, dont plus de la moitié dans la ville intra-muros. Cette situation tient pour l’essentiel à une plantocratie qui avait trouvé aux îles un complément de revenus dans le sucre, et pris l’habitude de ramener de ses habitations une domesticité de couleur pour la servir jusque dans ses hôtels particuliers ou dans ses campagnes péri-urbaines. Mais ces entrées ont aussi résulté d’un droit particulier – car le privilège affranchissant de la terre de France, défendu par le parlement de Paris, a plus délibérément amené des Libres de couleur à s’y fixer. Les figures emblématiques d’un chevalier de Saint-Georges ou d’un Alexandre Dumas en sont le témoignage le plus visible, au-dessus de ces livrées concentrées dans un ouest parisien particulièrement prisé au xviiie siècle par les nouvelles élites.
3Il s’avère cependant que les portes d’entrée du royaume ont été atlantiques, et que la Bretagne a joué un rôle croissant dans des arrivées portées par ses ports – Nantes en tête –, avant que ne pointent les concurrences, en particulier celle du Sud-Ouest.
Pourquoi la Bretagne ?
4Les voies menant à la métropole n’ont cessé d’être bretonnes en raison d’abord de la droiture et du trafic dit « circuiteux », moteurs de l’économie nantaise, et dans une moindre mesure des autres places de la province : Lorient, siège de la Compagnie des Indes, voire Saint-Malo, quand la ville corsaire s’est convertie en place négrière. La Bretagne a profité à plein du déclin des provinces voisines, et d’abord des ports normands pilonnés par la Navy à chaque guerre contre les Anglais. C’est pour s’en défendre que la monarchie a voulu faire de la Loire plutôt que de la Seine la porte d’entrée des besoins métropolitains, selon le mot de Jean Meyer2, et ce n’est pas un hasard si la destruction de la Marine royale en 1692 à La Hougue a coïncidé avec le raccordement de la Loire à la capitale par le canal d’Orléans. La paix de 1715 a fait le reste : jusqu’à la Révolution la Bretagne a dominé un trafic humain plus tardivement recherché par les ports méridionaux, comme Bordeaux qui ne bénéficiait pas du même arrière-pays ni des mêmes capitaux. Significatifs sont à cet égard les noms des plus grosses fortunes négrières, qui renvoient à des familles descendues de Paris : les Montaudouin ont ainsi fait main basse sur les biens-fonds des protestants chassés par la révocation de l’édit de Nantes pour se hisser au premier rang des fournisseurs de sucre et bientôt de « nègres », pour eux-mêmes ou en qualité de commissionnaires.
5La question du droit prend à ce niveau toute son importance, car la loi interdisait en France la vente d’hommes et proscrivait l’esclavage. L’édit de 1315, ou de Louis le Hutin, considérait que la terre des Francs était affranchissante, et que tout homme naissait libre dans le royaume. En fait, le servus ne désignait plus à cette époque que le serf, dans une France christianisée où l’esclavage à l’antique avait perdu son sens ; et par un glissement sémantique significatif, le sclavus ne renvoyait plus qu’au Slave, dans une Europe orientale qui pratiquait encore l’esclavage. Celui-ci pourtant renaît à l’aube de l’époque moderne, du fait des grandes découvertes, qui même si elles concernent d’abord d’autres continents, ne manquent pas d’interroger la France métropolitaine. Dès 1571 un marchand qui avait voulu ramener et vendre des « nègres » dans le royaume s’était ainsi trouvé interpellé et vu rappelé à l’ordre en une sentence qui a fait jurisprudence : « La France, mère de liberté, ne permet aucun esclave sur son sol. » La phrase a été reprise par les légistes, et en particulier par Antoine Loysel, qui dans ses Institutes coutumières de 1607 a énoncé que « toutes personnes sont franches en ce royaume ». Le même principe a valu de l’autre côté de la Manche : « L’Angleterre était trop pure pour que des esclaves puissent en respirer l’air » dit un jugement rendu dans le royaume d’Élisabeth Ire, et Everybody comes in England becomes free, dit bientôt l’adage rendant écho au droit affranchissant de la terre de France3.
6La tentation pourtant doit être trop forte, dans les ports bretons qui s’ouvrent bientôt au large. La première rupture est actée en 1716, quand le maire de Nantes lui-même, Gérard Mellier, se fait le porte-parole du lobby planteur de la ville pour demander au régent de corriger la loi : un long argumentaire, conservé dans la série C742 des archives départementales de la Loire-Atlantique, plaide en faveur d’un maintien dans l’esclavage des « nègres » qui seraient introduits dans le royaume. Quand ils sont libres, les « nègres » sont source de désordre, et Mellier lui-même l’affirme en se scandalisant d’une affaire – Pauline, « négresse » guadeloupéenne confiée par sa maîtresse aux religieuses du Calvaire, entrée à l’insu de celle-ci en religion et devenue sœur Thérèse – : il serait plus heureux que les esclaves restent esclaves et servent l’économie d’un pays saigné par les guerres à répétition du règne de Louis XIV. Or le résultat est significatif : les parlementaires parisiens refusent d’entériner un projet qui remet en cause la liberté de la terre de France. Mais le parlement de Bretagne entérine ce qui devient l’édit de 1716, accepté dans un esprit de libéralisme par le conseil du régent. Deux France s’opposent donc : celle de l’ouest, à partir d’une Bretagne que rejoignent bientôt la Normandie et la Guyenne, et celle de l’intérieur, Paris en tête. Le nouvel édit ouvre ainsi une brèche, avec en particulier un article 5 qui stipule que les « nègres esclaves » débarqués en France ne pourront accéder à la liberté qu’en cas de non-signalement par leurs maîtres aux greffes des amirautés. A contrario, ces mêmes maîtres ont le devoir de renvoyer au bout d’un an de séjour leurs esclaves aux colonies. Cependant cette « parenthèse servile » s’élargit à partir de 1738, quand le dispositif est revu en faveur des planteurs : l’affaire de Catherine, dite Catin, en est encore l’illustration nantaise, lorsque la compagne de couleur du colon Morgan, maltraitée, s’enfuit avec sa progéniture et se voit, dans le cadre de la nouvelle loi, renvoyée pour n’avoir pas été déclarée comme « esclave du roi » au Cap-Français. La pression s’accentue certes aux dépens des maîtres récalcitrants, puisque les contrevenants perdent désormais leurs esclaves, mais dans le même temps le texte de 1738 octroie aux planteurs en règle un droit de séjour de leurs esclaves étendu à trois ans. Il est notable encore une fois que le Parlement de Paris refuse d’enregistrer le texte, quand en revanche la Bretagne, puis la Guyenne et la Normandie l’entérinent. Le fossé entre deux France s’élargit donc, pour le bonheur d’une aristocratie marchande qui apparaît plus forte que la monarchie.
7Cette force des milieux d’affaires bretons se vérifie lorsque le non-respect des lois rend toujours plus nombreux des esclaves qu’il devient impossible de renvoyer, tout particulièrement à la fin de la guerre de Sept Ans (1756-1763) – quand la perte annoncée de l’empire entraîne (1762-1763) des entrées sans précédent dans les ports de l’Ouest. Le ministre Choiseul, en charge de la marine et des colonies, semble prôner la méthode forte en brandissant la menace d’une saisie brutale des esclaves que leurs maîtres ne renverraient pas, avant d’imposer par une lettre ministérielle un renvoi vers Saint-Domingue. Et pourtant, sa famille elle-même donne le contre-exemple puisqu’on voit deux « nègres », Jacques et Tripoli, débarquer au nom du marquis de Choiseul-Praslin à Nantes où ils sont placés comme apprentis. En clair les gouvernants sont intimement liés aux milieux d’affaires, et l’arbre généalogique du ministre montre deux alliances dans le clan Walsh, qui est au milieu du siècle dans le peloton de tête des négriers nantais4. La dernière réaction de la monarchie, avec en 1777 la création d’une « police des Noirs » destinée à renvoyer sans distinction tous les « Noirs, mulâtres et autres gens de couleur » des colonies d’où ils venaient, est le révélateur de l’impuissance du régime à réagir : le texte qui avait supprimé le mot « esclave » – gênant pour le parlement de Paris – reste sans effet dès lors que les maîtres bretons refusent de déclarer leurs Noirs dans la crainte d’être saisis. Sachant que de leur côté les Noirs ne veulent pas davantage se signaler de peur de se retrouver aux colonies, la loi est un échec consommé dans une guerre d’Amérique qui rend plus difficiles que jamais les renvois. On le voit, la Bretagne n’a voulu de dispositif légal que pour servir un droit visant à prolonger dans la province les pratiques coloniales.
Les moyens d’une enquête
8Au-delà du droit, c’est pourtant une réalité beaucoup plus tangible qu’il nous a paru important de cerner. Combien ont pu être ces esclaves bretons, et par quel biais les approcher s’ils n’ont cessé d’échapper au contrôle des autorités ? Une source majeure est constituée, au niveau des archives départementales, par les rôles d’armement et de désarmement maritimes, remarquablement conservés à Nantes dans une série C couvrant la période 1694-1793. Ces registres déclinent, après le personnel de bord, les passagers payants et nourris « à la ration » – quand ils ne mangeaient pas « à la table » –, et jusqu’à ceux qui devaient travailler pour payer leur voyage. Ils mentionnent noms, sobriquets, âge et activité – la couleur et le statut étant généralement entendus à travers la formule « nègre de ». Il n’en est pas allé différemment à Lorient, deuxième port breton où un travail concerté entre le ministère de la Défense et les archives départementales a depuis 2010 abouti à une numérisation des archives de la Compagnie des Indes – ce qui a permis de mesurer le poids de ces entrées orientales : c’est ainsi qu’ont été ajoutés aux « nègres de nation » ou « créoles » des Indiens et dans une moindre mesure des Malabars, voire des « lascars » qui ont en temps de guerre servi de marins-soldats. Saint-Malo, troisième port de Bretagne, a également conservé des registres d’armement et de désarmement, pour une période allant de 1720 à la veille de la Révolution.
9Ces informations ont ensuite été croisées, avec en particulier les déclarations portées par les maîtres aux greffes des amirautés, où suivant les termes de la loi de 1716 les « nègres-esclaves » devaient être signalés. Dans toutes les archives départementales, elles sont référencées dans la série B, correspondant aux juridictions dont faisaient partie les amirautés : or on trouve dans ces fonds des renseignements abondants, même si seuls les individus mis en situation régulière par leurs maîtres y ont naturellement été détectés. La monarchie ayant eu le souci de renforcer son contrôle a en effet exigé à partir de 1738 de préciser les dates et lieux de passage des nouveaux arrivants, le nom des personnes chez lesquelles ils étaient placés lorsque leurs maîtres demeuraient aux îles, voire les maîtres de métier auxquels ils étaient confiés dans le cas des « nègres à talent », destinés en théorie à retourner aux colonies.
10Enfin, une troisième source, complémentaire des précédentes, a été l’état civil ancien, remarquablement conservé dans une Bretagne qui a été la première province française à généraliser les registres paroissiaux. C’est ainsi que les 14 paroisses nantaises ont fait l’objet d’un dépouillement sélectif, complet autour du port (Saint-Nicolas pour le quartier de La Fosse et Sainte-Croix pour l’île Feydeau), et réduit au dernier demi-siècle de l’Ancien Régime pour les plus éloignées des quais. Un travail semblable a été opéré pour Lorient et son avant-port de Saint-Louis, et plus ponctuellement mené à l’échelle des ports de Saint-Malo et de Brest. Ces relevés ont permis de retrouver nombre d’esclaves débarqués et déclarés dans des actes de baptême deux fois plus nombreux que ceux d’enterrement : on touche là aux limites d’un travail d’enquête qui interroge la volatilité d’une population comme aussi son sous-enregistrement.
11Enfin il est des sources plus limitées qui ont ponctuellement apporté des couches d’information supplémentaires : les archives hospitalières, et en particulier celles de l’Hôtel-Dieu, ont permis de retrouver les décès de sans-abri, comme les enfants abandonnés dans la rue. Les déclarations de grossesse, imposées aux mères célibataires, ont également fait l’objet d’un enregistrement spécifique. Enfin les registres de la prison du Bouffay ont encore fourni des indications sur tous ces prévenus, que la monarchie a cherché à faire partir après 1777. On peut regretter les maigres retours d’enquête dans les fonds des notaires, qui ont surtout fourni des actes d’affranchissement et des contrats d’apprentissage chez des maîtres de métier. De même, on ne trouve pas, comme à Paris, ces procédures intentées par des domestiques qui n’étaient pas payés contre leurs maîtres : il y a là le reflet d’une logique sociale – celle de gens qui n’avaient guère de biens pour pouvoir effectuer des transactions et qui, étant eux-mêmes des biens meubles, ne pouvaient pas agir judiciairement. Du moins la presse locale a pu apporter une information inexistante à Paris : les Affiches générales de Bretagne ont effectivement consigné, surtout après les retours de colons ruinés par la guerre de Sept Ans, des cas de ventes d’esclaves, dans le plus grand mépris de la double interdiction dans le royaume de la traite et de l’esclavage5.
Plus de 7 800 cas
12Quel bilan dès lors tirer de ce travail qui n’aurait pu aboutir sans la collaboration d’enseignants-chercheurs et la participation d’étudiants en master ? Dominique Rogers, maître de conférences à l’université des Antilles, a ainsi illustré le cas de femmes sorties de la condition servile, tandis qu’Yvelle Fagour, étudiante en master 2, a effectué un dépouillement en ligne des archives hospitalières – où elle a relevé tous ces gens de couleur morts en particulier à l’Hôtel-Dieu. Des collègues métropolitains ont également apporté leur contribution, ainsi que des étudiants de Bretagne pour les séries accessibles seulement dans leur support original (armement/désarmement, amirautés). J’ai personnellement mené à bien le dépouillement en ligne des fonds de la Compagnie des Indes et de l’état civil ancien, pour faire ensuite le travail de recoupement qui s’imposait pour éviter les doublons.
13Il en ressort d’abord que les « nègres esclaves », en Bretagne, ont totalisé plus de 7 800 individus – un total bien supérieur à celui du bassin parisien. Le décollage est tardif et fulgurant : une cinquantaine de cas seulement pour les xvie et xviie siècles, et une explosion ensuite, avec une quasi-totalité des entrants dans ces quatre vints ans circonscrits entre la paix de 1713, qui a clos les guerres de Louis XIV, et le début des guerres révolutionnaires, fin 1792. Nantes a ensuite représenté un poids écrasant : 5 900 cas, quand Lorient n’est arrivée en deuxième position qu’avec à peine 1 500 noms, et Saint-Malo en troisième place avec 200 cas. Arrivent ensuite Brest (80) et Port-Louis (40). Or toutes ces villes sont côtières et portuaires, ce qui dit bien le lien étroit, pour ne pas dire exclusif, entre esclavage et milieux maritimes. Rennes, capitale politique de la province, n’a guère livré qu’une huitaine de noms, et l’enquête menée en 1777 par la monarchie n’en a même donné que deux – reflet d’une différence structurelle entre le monde de la robe et celui du négoce, qui ne partageaient pas les mêmes valeurs.
14Pourtant, il serait inexact de voir là une population stable, et c’est la mobilité qui a caractérisé ces esclaves moins destinés à servir comme domestiques qu’à fournir un travail manuel (charpentage, tonnellerie, cuisine) : ainsi les de Luynes, armateurs et planteurs, ont entretenu une dizaine de « nègres », pour moitié attachés à leur maison, et pour l’autre appelés à apprendre un métier en lien avec leurs plantations. Les Montaudouin, champions de la traite, ont au-delà de ces choix pris en charge les esclaves de correspondants, et sur quelque 25 esclaves qu’ils ont pu entretenir au cours du siècle, 5 l’ont été au nom de familles dont ils servaient les intérêts.
15C’est dans cette catégorie des « nègres » destinés à recevoir une formation spécifique qu’ont pu émerger quelques figures : forts d’un savoir-faire, certains ont pu obtenir la confiance d’un maître qui les a retenus bien au-delà des trois années permises. C’est le cas d’Hercule, raffineur en sucres que le négociant Bertrand a gardé pendant huit ans, sans autre justification qu’un besoin de devoir se perfectionner dans son métier, comme il l’a dit devant l’amirauté. C’est encore le cas de Gabriel Constant, esclave du planteur Cottineau, qui lui a permis d’épouser une domestique blanche et ouvert la voie de l’affranchissement : Constant, devenu tonnelier à son compte, a pu signer son acte de mariage et par la suite être témoin d’autres unions dans sa paroisse. Enfin le plus bel exemple est sans doute celui de Zéphir, devenu Jacques Zéphir après baptême, et renommé Rivière lors de son union avec la « négresse » Félicité. Lui aussi tonnelier et affranchi par le clan de Luynes, il a pu écrire et convenir d’une donation mutuelle avec sa compagne, confiturière de son état. Un noyau s’est ainsi constitué, au cœur du quartier de La Fosse, de gens de couleur qui ont contrasté avec la masse de ceux qui, au-delà de leur débarquement, n’ont que dans 1 cas sur 6 été signalés à l’amirauté – donc régularisés. Révélatrice est enfin la distorsion entre les baptêmes d’esclaves – près de 300 à Nantes –, et les mariages – seulement 10 à l’échelle du siècle ! La disproportion est comparable à Lorient, et dit toutes les limites de ce que l’on pourrait appeler une intégration. Ces hommes et ces femmes restent au seuil de l’invisibilité, et ne se sont pas non plus fait remarquer par des émeutes comme l’a pensé William Cohen à partir d’une disposition municipale demandant aux maîtres, après 1763, de contenir leurs « nègres » « attroupés » près des quais6. Une manifestation collective aurait supposé une organisation de groupe, alors que tous dépendaient directement d’un maître ou de son représentant qui les logeait et les nourrissait – et pouvait les renvoyer à tout moment.
16En ce sens, il est aisé de comprendre comment la traite, après son écroulement en 1793, a laissé si peu de traces d’une présence noire en Bretagne. Le recensement organisé par Fouché en 1807 n’a guère indiqué que 30 noms pour la Loire-Inférieure, en quasi-totalité à Nantes. Ceux que l’on a pu retrouver dans l’état civil post-révolutionnaire, avec des noms de famille significatifs (Jolicœur, Vulcain), ont exercé de petits métiers et se sont alliés à des Blancs de la même catégorie, pour se fondre dans la société ordinaire.
Notes de bas de page
1Noël Érick (dir.), Dictionnaire des gens de couleur dans la France moderne, Genève, Droz. Le vol. 1 : Paris et son bassin (2011), totalise 3 087 notices ; le vol. 2 : La Bretagne (2013), en compte 7 839 ; le troisième et dernier volume : Le Midi (2017), en contient 8 089.
2Meyer Jean, « Le commerce nantais du xvie au xviiie siècle », in Bois Paul (dir.), Histoire de Nantes, Toulouse, Privat, 1977, p. 120.
3La question du droit des Noirs en métropole a fait l’objet d’une récente synthèse de textes par Boulle Pierre-Henri et Peabody Sue, Le droit des Noirs en France au temps de l’esclavage, Paris, L’Harmattan, 2014.
4Noël Érick, « L’esclavage dans la France moderne », Dix-Huitième Siècle, no 39, 2007/1, p. 361-383 ; arbre généalogique des Choiseul et de leurs alliances coloniales, p. 375.
5Toutes ces références sont portées dans les sources et bibliographie du vol. 2 du Dictionnaire, p. 859-861.
6Cohen William B., French Encounter with Africans. White Response to Blacks, 1530-1880, Bloomington/Londres, Indiana University Press, 1980, p. 113.
Auteur
-
Érick Noël
Université des Antilles.
Érick Noël est professeur d’histoire moderne, Centre de recherche interdisciplinaire en lettres, langues, arts et sciences humaines (CRILLASH-EA 4095), université des Antilles.
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