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    Plan détaillé Texte intégral Une épuration anticipée Un processus d’épuration « atypique » Pour un bilan modéré ? Notes de bas de page Auteur

    Les poches de l’Atlantique 1944-1945

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Les poches de l’Atlantique et le processus d’épuration

    Le cas de la poche de Saint-Nazaire

    Marc Bergère

    p. 229-240

    Texte intégral Une épuration anticipée Un processus d’épuration « atypique » Phase 1 Phase 2 Phase 3 Phase 4 Pour un bilan modéré ? Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Au sein d’une libération du territoire français à géographie et surtout ici à chronologie variables, les poches de l’Atlantique doivent patienter une dizaine de longs mois avant de connaître un sort analogue aux régions environnantes. Dans un tel contexte, l’enjeu de notre réflexion consiste à mesurer s’il y a eu un ou des effet(s) poche(s) sur le processus d’épuration en raison de cette libération retardée. L’épuration des poches ayant été décalée, y fut-elle anticipée, plus pacifiée ou au contraire amplifiée ? C’est, entre autres, à ces questions que cette contribution tente de répondre en s’appuyant principalement sur l’étude du cas de la poche de Saint-Nazaire1 et très secondairement, et plutôt en contrepoint, sur celle de Lorient2. Pour ce faire, trois temps plus ou moins chronologiques sont successivement abordés.

    Une épuration anticipée

    2Le premier trait original de l’épuration de la poche tient sans nul doute à des circonstances très différentes de celles de l’été 1944. En effet, cette fois, l’épuration a pu être anticipée. Non pas qu’en 1944, l’épuration n’ait pas été pensée en amont, mais le contexte souvent éruptif de la Libération a fait qu’un peu partout, au moins dans les premiers jours voire parfois bien davantage, il a existé un décalage important entre l’épuration imaginée dans la clandestinité par les futures autorités et les conditions réelles de sa mise en place par les libérateurs du lieu. Un écart entre épuration projetée et épuration réalisée qu’on ne retrouve pas du tout dans les mêmes proportions ici.

    3Avant cela, une de mes hypothèses de départ visait aussi à vérifier si la présence de la poche n’avait pas pesé sur le processus d’épuration plus global de l’ensemble du département. Sous cet angle, j’avais été sensible à certaines remarques de Christophe Belser soulignant à différentes reprises, le climat particulier qui pèse sur les premiers mois de l’épuration en Loire-Inférieure.

    « Dès la fin de l’été 1944, les instructions concernant les collaborateurs capturés ou en fuite débutent dans une ambiance particulière liée à la résistance de la poche de Saint-Nazaire3. »

    « Lorsque James de Junquières pénètre dans la salle d’audience de la cour de justice de Loire-Inférieure, le 1er décembre 1944, les troupes françaises assiègent depuis déjà un bon trimestre la poche de Saint-Nazaire. La poursuite de la guerre dans le département est alors au centre des préoccupations de la population locale4… »

    4De fait, on pouvait légitimement se demander si la menace potentielle exercée par cette enclave occupée, voire le risque de représailles contre les populations « empochées » avait pu peser dans un sens ou dans un autre sur l’épuration en cours dans le reste du département. Pour séduisante que soit cette piste, en l’état de mes recherches, les sources consultées n’ont rien apporté de probant sur le sujet. Seul un rapport d’opinion du préfet de Loire-Inférieure, souligne le 10 novembre 1944 « [l’]angoisse toujours plus vive résultant de la présence des troupes allemandes à moins de 20 kilomètres de Nantes5 ». Mais au-delà, il reste difficile à établir si cette situation spécifique a joué sur le bilan de l’épuration légale comme de l’épuration extra-légale qui en Loire-Inférieure sont restées relativement modérées6. Cette hypothèque étant levée, ou du moins à ce stade écartée, il n’en demeure pas moins que les circonstances qui président à l’épuration de la poche ne sont plus du tout celles de 1944.

    5Celle-ci est très largement planifiée et donc beaucoup plus encadrée. Cela commence d’ailleurs de manière préventive via une surveillance toute particulière des convois d’évacuation de la poche. Comme en témoigne ce rapport du préfet de février 1945, ils sont l’occasion d’un premier tri et le théâtre des premières arrestations : « Il convient de dire cependant qu’à l’occasion de l’évacuation d’un certain nombre d’habitants de la poche nazairienne, j’ai été conduit sur les indications qui m’ont été fournies par l’autorité militaire à prononcer l’internement de personnes douteuses au point de vue national7. »

    6Mieux encore, en mai 1945, l’épuration de la poche est préparée. Contrairement aux scènes libératrices de 1944, elle revêt donc un caractère nettement moins spontané, improvisé et donc désordonné. Des caractéristiques qui avaient fait, un peu partout dans le pays, de l’été 1944 la séquence de tous les dangers pour les populations comme pour les nouvelles autorités. Cette expérience passée pèse d’ailleurs dans les consignes qui sont diffusées dans la poche durant les jours et heures précédant la reddition :

    « Les auteurs d’exécutions sommaires, d’arrestations arbitraires, de pillages, de perquisitions, de sabotages, et d’une façon générale de tous dommages causés aux biens et aux personnes seront arrêtés par l’autorité. […] Toute action directe est interdite aux civils et toutes les déclarations relatives aux suspects doivent être faites aux autorités8. »

    7Des précautions, sans doute d’autant plus nécessaires, que l’épuration « anachronique » des poches coïncide avec le début du rapatriement des PDR (prisonniers, déportés, requis). Un retour qui, un peu partout sur le territoire français, a été synonyme de réactivation de l’épuration y compris et surtout sous la forme de répression populaire9. Dans cette perspective, en appui des forces militaires françaises (FFI), des effectifs de gendarmerie supplémentaires sont envoyés dans la poche à compter du 9 mai 1945. Ainsi, une note du général FFI Chomel au capitaine commandant la gendarmerie de la Loire-Inférieure, en date du 8 mai 1945 stipule : « Vous ferez entrer le 9 mai à 18 h, 153 gendarmes en uniformes et avec leur armement habituel au nord et au sud de la Loire. […] Ils renforceront les forces de gendarmerie se trouvant déjà dans la poche pour les aider au maintien de l’ordre10. »

    8Il n’y a donc pas de réelle vacance du pouvoir et les autorités apparaissent d’emblée en mesure de s’imposer. Il est vrai que la proclamation concomitante dans la poche de l’état de siège, d’un couvre-feu, et d’une circulation réglementée participe grandement au maintien de l’ordre et à la sécurisation du territoire libéré. Le récit de la Libération de la poche par le préfet de Loire-Inférieure insiste d’ailleurs beaucoup sur ce fait :

    « L’ordre a régné de façon parfaite. [Il souligne] la sagesse de la population [précisant] conformément aux instructions reçues, aucun sévice et aucune vengeance n’ont été exercés dans ces deux ou trois jours particulièrement dangereux qui se sont écoulés avant l’arrivée des troupes françaises. Il n’y a pas eu d’arrestations, la Résistance s’étant bornée à mettre à l’abri quelques maisons et quelques personnes particulièrement compromises. […] Craignant une effervescence de la population, nous avions prévu des arrestations assez nombreuses dans les premiers jours quitte à faire un tri ultérieur [mais] le calme et l’attitude de la population ont été tels [que les autorités ont pu se concentrer sur l’arrestation] des collaborateurs confirmés et agents allemands […] et pas des “simples suspects”11. »

    9Le même rapport indique également que dans la zone sud de la poche [pays de Retz] « le calme le plus parfait y règne et on n’y signale aucune difficulté notable ». Un rétablissement de l’ordre quasi immédiat qui rejoint le constat de Luc Capdevila, au même moment à Lorient : « En mai 1945, l’ordre républicain est rétabli. […] Ni vindicte populaire, ni comité de résistance n’interviennent dans l’événement. Seul l’État, agit par le biais de son appareil répressif et judiciaire12. » Ceci étant, cette anticipation de l’épuration débouche sur la mise en place d’une procédure d’épuration originale car « accélérée ».

    Un processus d’épuration « atypique »

    10Pour large partie, le processus d’épuration des poches est conditionné par le facteur temps. En effet, la libération tardive des poches fait que l’épuration s’y heurte très vite à deux dates butoirs. D’une part, elle coïncide avec le démantèlement de la politique d’internement administratif, prévue de manière initiale pour la seule durée des hostilités, et d’autre part elle est très vite rattrapée par les délais de saisie des cours de justice.

    11En effet, en vertu de l’ordonnance du 28 novembre 1944 (article 5), il était prévu que les « cours de justice ne peuvent être valablement saisies que des faits ayant motivé l’ouverture d’une information avant l’expiration d’un délai de six mois à compter de la libération du territoire ». En vertu d’un décret du 23 août 1945, la date de la libération totale et finale du territoire fut fixée au 10 mai 1945, ce qui interdisait, en théorie, aux tribunaux de se saisir de nouveaux faits de collaboration après le 10 novembre 194513. L’épuration des poches fut donc d’abord une course contre la montre, selon les quatre phases suivantes14.

    Phase 1

    12Arrestations, par la police, la gendarmerie ou l’autorité militaire d’individus soupçonnés de collaboration et/ou de trafic avec les Allemands.

    Phase 2

    13Les personnes arrêtées sont placées dans des centres surveillés créés au lendemain de la libération de la poche à leur attention. On en dénombre trois :

    • deux couvrent la zone nord de la poche, le camp de La Baule-les-Pins et le camp de Brignand à Pontchâteau. Notons que le camp de La Baule est dans la réalité divisé en 2 lieux distincts : l’un pour les hommes à la maison Saint Maur et l’autre pour les femmes à l’hôtel des Sylphes ;

    • le troisième centre à Saint-Père-en-Retz concerne la zone sud de la poche.

    14Placés d’abord sous autorité militaire, notamment en raison de l’état de siège prononcé dans cette partie du département, les camps reviennent à l’administration civile à compter du 19 mai 1945. Ainsi, les camps de La Baule et de Pontchâteau sont dirigés par des directeurs nommés par le préfet15 et sont surveillés par des détachements de CRS, alors que le camp de Saint-Père-en-Retz, de taille plus modeste, est dirigé par un commissaire de police à l’aide d’effectifs de police et de personnels civils engagés sur place.

    Phase 3

    15Des commissions de criblage examinent les dossiers. Au nombre de trois, La Baule, Pontchâteau et Pornic, elles effectuent un premier tri des cas suspects en vertu d’une enquête préliminaire sommaire réalisée par un inspecteur de police. Encore une fois, les consignes sont claires et impératives : il faut aller vite. La forme de ce premier rapport d’enquête a d’ailleurs été codifiée dès le 9 mai 1945 par le commissaire principal de police Raymond Antonini, chef départemental des Renseignements généraux, en charge de l’épuration dans le secteur de La Baule. Il impose notamment deux enquêtes par jour et par inspecteur au minimum : « je rappelle que l’autorité supérieure attend de vous un rendement maximum et une grande rapidité d’exécution16 ». De l’aveu même de son promoteur, il s’agit d’appliquer « une forme spéciale d’enquête » et « de faire des enquêtes administratives de triage et non des enquêtes judiciaires17 ». En réalité, il s’agit pour l’essentiel d’un interrogatoire. Notons enfin, que le principe de ces commissions ad hoc de triage ou de criblage, n’est prévu ou reconnu par aucun texte et que pour ajouter à leur caractère atypique, certaines commissions vont associer à leurs travaux des personnalités issues de la Résistance. C’est notamment le cas à La Baule, à l’initiative du commissaire Antonini18. De manière plus classique, en appui des services de police, le préfet mobilise également le contrôle technique, c’est-à-dire le contrôle postal. Ainsi en juin 1945, il adresse au chef du service concerné la note suivante :

    « Je suis [donc] particulièrement intéressé par toutes les indications touchant des faits de collaboration ou autres qui pourraient être relevées dans les correspondances des personnes habitant la région nazairienne. Vous voudrez bien en conséquence, surveiller tout spécialement ce genre de correspondance et me transmettre les extraits qui vous paraîtraient intéressants19. »

    Phase 4

    16Les commissions peuvent alors opter pour l’une des trois solutions suivantes :

    • l’élargissement de l’intéressé·e ;

    • son internement « officiel » dans un des deux centres de séjour surveillé du département, à savoir le camp des Dames Blanches, rue Gigant, à Nantes ou celui de Choisel à Châteaubriant. Son dossier fait alors l’objet d’un examen par la Commission départementale de vérification des internements (CDVI). On retrouve ici le circuit classique de la procédure d’internement administratif ;

    • la transmission éventuelle du dossier à une commission d’épuration et/ou à la justice (commissaire du gouvernement). Le dossier est désormais l’objet d’une véritable enquête et d’une instruction judiciaire cette fois.

    17Avec une telle procédure « accélérée », les centres de Saint-Père-en-Retz et de Pontchâteau ne fonctionnent qu’un mois et sont dissous à compter du 6 juin 1945. À cette date, les 70 internés restant à Saint-Père-en-Retz sont transférés à Nantes, alors que les 80 de Pontchâteau sont dirigés pour la moitié à Nantes et pour l’autre moitié vers La Baule20. Quant au camp de La Baule, il est définitivement fermé le 28 juillet 1945, les interné·e·s restant étant dirigé·e·s vers Châteaubriant21. De manière corollaire, il apparaît, sans pouvoir donner pour chacune d’elle la date exacte, que les commissions de triage ont été assez éphémères. La commission de La Baule fut vraisemblablement la dernière à cesser ses travaux, à la fin de l’été 1945. C’est du moins ce qui ressort d’une lettre du préfet au commissaire en charge des services d’épuration à La Baule en date du 25 août 1945 :

    « Je souligne donc l’intérêt évident qui s’attache à ce que les dossiers que vous me transmettez contiennent une procédure suffisamment avancée pour permettre à monsieur le sous-préfet de Saint-Nazaire et à la commission de vérification des internements administratifs d’émettre un avis fondé. Ce n’est qu’après l’expression de leur opinion que je saisirai l’autorité judiciaire. […] Si donc toutes les personnes arrêtées dans l’ex poche de Saint-Nazaire ont toutes été interrogées et si vous avez pour chacune d’elles un commencement de procédure suffisant, la commission de criblage qui a fonctionné quelque temps après la libération n’a plus de raison de continuer ses travaux22. »

    18Ce qui est certain également, c’est qu’à compter de septembre 1945, il ne subsiste plus qu’un seul camp d’internement dans le département, celui de Choisel à Châteaubriant. En effet, le camp des Dames Blanches à Nantes ferme ses portes en septembre 1945, il comptait encore une centaine de « détenus » et ne jouissait pas d’une bonne réputation en raison d’un régime « particulièrement sévère et arbitraire23 ».

    19Encore une fois, la procédure décrite pour Saint-Nazaire semble proche de celle suivie à Lorient. Dès lors, on peut légitimement se demander s’il n’a pas existé un modèle de fonctionnement de l’épuration dans les poches, sachant que pour Lorient Luc Capdevila observe un processus analogue :

    « Lors de la chute de la poche de résistance allemande de Lorient, le 8 mai 1945, des centaines de personnes soupçonnées de collaboration sont appréhendées par la sécurité militaire et la gendarmerie. Conduites au centre de criblage d’Auray, elles sont rapidement interrogées [par un commissaire de police], tandis que nombre d’entre elles sont relâchées, 436 sont transférés au camp [d’internement] de Sarzeau. […] Sur les 436 détenus de mai 1945, 194 sont traduits devant la chambre civique de Vannes24. »

    20Depuis, les recherches de Michaël Bourlet ont démontré l’existence d’un plan de réoccupation des poches25. Un modèle théorique dont on peut témoigner ici qu’il fut appliqué. S’agissant de Saint Nazaire précisément, quel fut le bilan de ces procédures engagées ?

    Pour un bilan modéré ?

    21Sur le plan quantitatif d’abord, on observe un rapport de un à quatre entre les individus déférés en justice et ceux arrêtés. En effet, malgré certaines contradictions relevées dans les sources à ce sujet26 et d’effectifs par définition fluctuants, il paraît raisonnable d’admettre que près de 400 personnes27 ont été arrêtées dans les jours suivant la libération de la poche et dirigées vers les trois camps de triages de Pontchâteau, La Baule et Saint-Père-en-Retz. Dès lors, selon des statistiques préfectorales, début juin 1945, on estime les populations respectives des camps comme suit : Saint Père en Retz 70, Pontchâteau 80 et La Baule 25028. Sur ce nombre total d’arrestations et d’internements provisoires (en attente de criblage), plus d’une centaine de dossiers ont été transmis pour poursuite en justice. Là encore, les sources divergent un peu parlant successivement, en septembre 1945, de 114 puis 103 et enfin 136 dossiers transmis : ce dernier chiffre apparaissant comme le plus fiable car accompagné de listes nominatives29. Autre problème, en l’état des recherches et sauf cas particuliers évoqués ci-après, j’ignore les suites judiciaires données à ces dossiers : classement, jugement, ratio cour de justice-chambre civique ? Une certitude néanmoins, les statistiques mensuelles de la répression judiciaire n’enregistrent pas d’évolution ou d’inflexion notable en lien avec un quelconque effet poche. Les prévenus de la poche se sont donc, a priori, fondus dans l’activité judiciaire ordinaire des cours (cour de justice, chambre civique) sans en augmenter le volume de manière significative.

    22Un constat global de modération que l’on pourrait appliquer à d’autres formes d’épuration. Ainsi, la révision des 53 municipalités encloses dans la poche est achevée fin juillet 1945, sans heurts majeurs, des problèmes se posant seulement dans quelques municipalités et surtout au nord de la Loire. C’est particulièrement le cas de La Baule avec la mise en place d’une commission municipale sous la présidence du docteur Dubois ou à Saint-Nazaire, avec la nomination de Blancho à la tête d’une commission municipale provisoire à la place de Toscer nommé par Vichy30. Quant à l’épuration administrative, c’est-à-dire l’épuration professionnelle des services publics d’État ou des collectivités locales, les propositions de sanctions se comptent in fine sur les doigts d’une main. Cela concerne principalement Saint-Nazaire (4 dossiers) et quelques cas isolés : un interprète à La Baule, un garde champêtre à Sainte Marie sur mer, un secrétaire de mairie à Saint Malo de Guersac… Là encore, un volume limité31 à mettre en parallèle avec la vingtaine de cas examinés jusqu’alors dans le reste du département dont 13 dossiers de révocations.

    23Sur le plan qualitatif enfin, et au-delà des résultats apparents présentés ci-dessus, on observe une demande sociale d’épuration qui vise prioritairement deux populations « cibles » de la poche.

    24D’une part, l’examen des lettres, pétitions ou protestations réclamant des enquêtes ou une épuration plus sévère révèle une hypersensibilité aux questions de ravitaillement. Ainsi, sans surprise, au sortir d’une période de privation et de souffrance économique, ce sont d’abord « les profiteurs » réels ou fantasmés qui sont stigmatisés.

    « PV de la réunion du 15 juillet 1945 de l’Association des réfugiés et sinistrés nazairiens, salle du cinéma Trianon à Saint Brévin les Pins. Vote à l’unanimité la motion suivante :
    “Demandent que l’épuration de Saint-Brévin soit plus rapide.”
    “Demandent aussi que toutes les fortunes scandaleuses faites pendant la guerre soient confisquées.”

    Le 19 juillet 1945, le préfet de Loire-Inférieure transmet au sous-préfet de Saint-Nazaire une lettre du maire de Pornic en date du 10 juillet 1945, “comportant dénonciation de plusieurs individus coupables d’avoir particulièrement commercé avec l’ennemi” (5 commerçants).

    Lettre anonyme envoyée à la préfecture de Loire-Inférieure (chef de cabinet) en provenance d’Herbignac, le 30 mai 1945 [le cachet de la poste faisant foi].
    Sous le titre “Où est l’épuration ?”. Elle comporte 4 noms dont un beurrier, un débitant de boisson, un minotier et une personne sans profession notifiée mais qui “nourrissait les boches”.

    Manifeste des milieux résistants de Savenay [Libération Nord, FN, CLL, AC, SFIO, MRP, CFTC, PC, APG] réunis le 26 février 1946 à Savenay. Ils élèvent “une protestation énergique contre la carence et l’incurie des pouvoirs publics en ce qui concerne les mesures d’épuration et de confiscations des profits illicites contre 6 personnes [noms, adresse figurent dans le document] convaincus de trafic important […]. Regrettant qu’il n’ait pas été tenu compte des sacrifices consentis par les vrais français32”. »

    25Les métiers de bouche mais aussi les restaurateurs ou débitants de boissons sont particulièrement dans le collimateur des épurateurs-délateurs. Ainsi à Saint Brévin, une lettre anonyme demandant des enquêtes, est ponctuée des mentions : « tous profiteurs » et « d’autres listes suivront ». Elle dénonce alors pêle-mêle : quatre cafetiers-restaurateurs, deux boulangers, un poissonnier, un magasin de chaussures et pour finir « tous les bouchers » de la commune33 !

    26D’autre part, et le paradoxe est d’autant plus frappant qu’au moment où les poches se libèrent, les Françaises exercent pour la première fois leur droit de vote, les femmes apparaissent ici tout particulièrement frappées par l’épuration. Cela commence par les violences exercées à leur encontre via des scènes de tontes attestées en différents points de la poche. Une dimension apportant un certain bémol à l’image de calme et d’ordre que dégagent les rapports des autorités cités précédemment. Les autorités ne l’ignorent pas mais comme souvent minorent le fait, en le ramenant à une sorte de dommage collatéral. Ainsi, dans son rapport sur les conditions « parfaites » de la libération de la poche, le préfet indique : « Il n’y a eu aucun incident à signaler, sauf quelques chevelures de femmes coupées34. » Dans le même temps, on apprend par une note des RG que « l’état-major du général FFI Chomel signale que les coupages de cheveux augmentent de fréquence35 ». Par la suite, les statistiques d’internement dans la poche révèlent une proportion forte et inhabituelle de femmes. Ainsi, début juillet 1945, le camp de La Baule compte 286 détenus tant hommes que femmes, c’est-à-dire de l’ordre de 50/5036. Une surreprésentation féminine qui se prolonge en justice puisque les femmes y constituent encore la moitié des dossiers transmis, soit 67 femmes sur les 136 noms37. Là encore, nous ignorons leur destin judiciaire. Ce faisant sur la base d’un dépouillement partiel de près de 60 % des dossiers de l’ensemble des femmes traduites devant la cour de justice (122/472 soit 26 %) ou la chambre civique (667/1225 soit 54,5 %), on peut d’ores et déjà affirmer qu’au moins 25 femmes de la poche de Saint Nazaire ont été jugées : 2 en cour de justice et 23 en chambre civique. Face à cette dernière, et malgré une faible cohorte, on ne peut que constater une tendance à la sévérité à leur encontre : 11 sont condamnées à la dégradation nationale à vie, 9 à la dégradation nationale à temps et 3 seulement sont relaxées38. Toutes sont accusées de relations intimes, amicales ou commerciales avec les Allemands. La plupart reconnaissent et assument leurs relations sexuelles ou sentimentales avec l’occupant : trois ont même caché des soldats allemands chez elles après la reddition. Elles sont par ailleurs très souvent inquiétées pour avoir travaillé « volontairement » à leur service ou profit. Au moins quatre parmi elles ayant été tondues lors de la libération de la poche, elles sont victimes ainsi d’une double peine. Enfin, trois sont jugées pour avoir eu des enfants avec « l’ennemi39 ». Après l’épuration du ventre contre les profiteurs économiques, on assiste là clairement à une épuration « des ventres » sur la base d’un jugement moral contre une sexualité considérée comme hors-norme.

    ⁂

    27In fine, on peut donc conclure qu’au sein d’une épuration maîtrisée, car largement anticipée, et au bilan d’ensemble plutôt modéré, l’épuration de la poche de Saint-Nazaire fut néanmoins particulièrement répressive à l’égard des femmes. Une situation qui se rapproche, à nouveau, de la scène lorientaise sans en atteindre les sommets cependant. En effet, dans cet espace, les femmes ont constitué 97 % des collaborateurs de la poche traduits en justice (189/195) contribuant à un taux de comparution féminine record de 69 % devant la chambre civique du Morbihan. Un épiphénomène, lié à la poche de Lorient, qui reste à ce jour et à ma connaissance inégalé au sein du territoire français40.

    Notes de bas de page

    1À l’aide d’archives originales et le plus souvent préfectorales conservées aux archives départementales de Maine-et-Loire (ADML) ou de Loire-Atlantique (ADLA). Pour mémoire, le nom de ce département était alors la Loire-Inférieure. Appellation d’époque qui sera respectée ici.

    2Le cas de Lorient est ici abordé au prisme de l’historiographie et en particulier du travail de Luc Capdevila relatif au sort des femmes de la poche de Lorient, « La collaboration sentimentale : antipatriotisme ou sexualité hors normes ? (Lorient, mai 1945) », Les Cahiers de l’IHTP, no 31, octobre 1995, p. 67-82.

    3Belser Christophe, La collaboration en Loire-Inférieure. Intelligence avec l’ennemi, tome 2, La Crèche, Geste Éditions, 2005, p. 263.

    4Ibid., p. 271. Il s’agit ici de la séance d’ouverture de la cour de justice.

    5ADML, 19 W 13, préfet de Loire-Inférieure, rapport mensuel au commissaire régional de la République de la région d’Angers (CRR désormais) pour octobre 1944, en date du 10 novembre 1944.

    6Sous cet angle, et pour rester dans le Grand Ouest, les conditions d’épuration de la Loire-Inférieure semblent se rapprocher des situations de l’Ille-et-Vilaine ou encore du Maine-et-Loire. Sur ce dernier département, voir Bergère Marc, Une société en épuration. Épuration vécue et perçue en Maine-et-Loire, de la Libération au début des années 50, Rennes, PUR, 2004.

    7ADML, 19 W 13, préfet de Loire-Inférieure, rapport mensuel au CRR pour février 1945, en date du 1er mars 1945.

    8ADLA, 1694 W 69, note sur le maintien de l’ordre dans la poche, le 4 mai 1945, préfecture 5e bureau.

    9Exigence de sécurité ou impératif économique en lien avec les difficultés de ravitaillement, dans un premier temps, les PDR à l’instar des autres réfugiés de la poche de Saint-Nazaire ne sont pas autorisés à rentrer immédiatement chez eux.

    10ADLA, 1694 W 69, note sur le maintien de l’ordre dans la poche, le 8 mai 1945.

    11ADLA, 1694 W 69, le préfet de Loire-Inférieure à monsieur le ministre de l’Intérieur, rapport sur la libération de la poche, le 15 mai 1945 (6 pages).

    12Capdevila Luc, « La collaboration sentimentale… », art. cité, p. 68.

    13Garçon Émile (dir.), Code pénal annoté, Paris, Sirey, 1952, p. 268 (alinéas 179-180). Je dis, en théorie, car dans la réalité ce délai fut prorogé et prolongé jusqu’au 10 mai 1946 « mais seulement pour les affaires déférées à la cour de justice de Paris » (loi du 1er mars 1946).

    14Elle est assez bien décrite dans les rapports de préfet, en particulier : ADML, 19 W 13, préfet de la Loire-Inférieure, rapports mensuels au CRR pour mai et juin 1945 (chapitre iv : « Répression de la collaboration »), en date du 9 juin et du 6 juillet 1945.

    15Au camp de La Baule, le préfet nomme vers le 20 juin 1945 comme directeur un certain Monsieur Viennot, ex-déporté de Buchenwald.

    16ADLA, 1694 W 69, note de service des RG sur les modalités d’épuration dans la poche, le 9 mai 1945.

    17ADLA, 1699 W 17, le commissaire principal Raymond Antonini, chef départemental des RG au responsable des CLL de la poche de Saint-Nazaire, le 26 juillet 1945.

    18Idem.

    19ADLA, 1694 W 69, la lettre a pour objet : « Contrôle des correspondances des habitants de l’ex-poche de Saint-Nazaire. » Après sa libération et désormais en temps de paix, la correspondance des habitants de la poche continue donc à être surveillée et contrôlée.

    20ADML, 19 W 13, préfet de la Loire-Inférieure, rapport mensuel au CRR pour juin 1945, en date du 6 juillet 1945.

    21ADML, 19 W 14, préfet de la Loire-Inférieure, rapport mensuel au CRR pour juillet 1945, en date du 2 août 1945.

    22ADLA, 1699 W 17.

    23ADML, 30 W 19, préfet de la Loire-Inférieure, rapport mensuel au CRR pour septembre 1945, en date du 30 septembre 1945.

    24Capdevila Luc, « La collaboration sentimentale… », art. cité, p. 67-68.

    25Sous la forme d’un mémento du 12 mars 1945 [3e bureau] conservé au Service historique de la Défense (SHD). L’instauration de l’état de siège, la protection des personnes (civils comme prisonniers de guerre allemands – PGA), l’organisation de l’épuration… y sont prévues. On peut donc affirmer ici que ces dispositions furent appliquées dans les conditions envisagées. Voir la contribution de Michaël Bourlet dans le présent ouvrage.

    26Un rapport de préfet de septembre 1945 parle de 4 000 situations à examiner… chiffre qui paraît peu crédible lorsque l’on croise l’ensemble des sources. ADML, 30 W 19, préfet de la Loire-Inférieure, rapport mensuel au CRR pour août 1945, en date du 1er septembre 1945.

    27Pour mémoire, la population civile de la poche était estimée à 124 000 personnes en septembre 1944. Après les évacuations opérées (notamment en octobre 1944 – 11 000 personnes – et janvier 1945 – 12 000 personnes), la poche comptait près de 100 000 habitants au moment de sa libération. Pour ses données de population, voir ADML, 19 W 13.

    28ADML, 19 W 13, préfet de la Loire-Inférieure : rapport mensuel au CRR pour juin 1945, en date du 6 juillet 1945. À cette même date, un rapport indique que : « le nombre de personnes arrêtées dans la poche de Saint-Nazaire est de 365 personnes », ADML, 19 W 13, préfet de la Loire-Inférieure : rapport mensuel au CRR pour mai 1945, en date du 13 juin 1945.

    29ADLA, 1699 W 17, il s’agit notamment du bordereau d’envoi de 2 listes adressées au commissaire du gouvernement près de la cour de justice de Loire-Inférieure.

    30ADLA, 1694 W 69, le préfet de Loire-Inférieure à monsieur le ministre de l’Intérieur, rapport sur la libération de la poche, le 15 mai 1945 (6 pages).

    31Sachant que, sur ce plan, les sources sont assez complètes voire quasi exhaustives, en particulier sous la cote ADLA, 1699 W 29.

    32Ces documents sont notamment conservés dans le dossier ADLA, 1699 W 17.

    33Idem. Selon cette lettre, un des cafetiers avait poussé assez loin le sens de l’hospitalité, allant jusqu’à apposer à l’entrée de son établissement un panneau portant, en allemand, la mention suivante : « Soyez les bienvenus ! »

    34ADLA, 1694 W 69, le préfet de Loire-Inférieure à monsieur le ministre de l’Intérieur, rapport sur la libération de la poche, le 15 mai 1945 (6 pages).

    35ADLA, 1694 W 69, note des RG des 12 ou 13 mai 1945. Christophe Belser livre également le témoignage d’une jeune fille de 22 ans tondue à Saint-Brévin le 17 mai 1945, Belser Christophe, La collaboration en Loire-Inférieure…, op. cit., tome 2, p. 252.

    36ADML, 19 W 13, préfet de la Loire-Inférieure : rapport mensuel au CRR pour juin 1945, en date du 6 juillet 1945. Le rapport du mois précédent comptait 250 internés dont 120 femmes et 130 hommes.

    37ADLA, 1699 W 17, il s’agit notamment du bordereau d’envoi de 2 listes adressées au commissaire du gouvernement près de la cour de justice de Loire-Inférieure.

    38Soit respectivement 47 %, 40 % et 13 % contre 39 %, 43 % et 18 % pour le contentieux d’ensemble de la chambre civique de Loire-Inférieure. Ces données partielles sur les femmes devant les juridictions de Loire-Inférieure m’ont été fournies par Fabien Lostec, qu’il en soit ici remercié. Doctorant en histoire contemporaine de l’université Rennes 2, il prépare une thèse sur les femmes condamnées à mort pour faits de collaboration en France à la Libération. Pour les statistiques globales de la chambre civique, cf. Belser Christophe, La collaboration en Loire-Inférieure…, op. cit., tome 2, p. 266.

    39Soit 13 % des femmes jugées en chambre civique (dans les limites d’un échantillon réduit et lacunaire), il s’agit d’une proportion voisine de celle enregistrée à Lorient (15 %).

    40Luc Capdevila, « La collaboration sentimentale… », art. cité.

    Auteur

    • Marc Bergère

      Université Rennes 2.

      Marc Bergère, maître de conférences (HDR) en histoire contemporaine à l’université Rennes 2 (Tempora EA 7468) est spécialiste de l’histoire de l’épuration en France, sujet auquel il a consacré plusieurs ouvrages dont L’épuration en France, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2018. Ses travaux ouvrent désormais vers une histoire internationale de l’épuration française et une histoire transnationale des épurations en Europe au sortir de la Seconde Guerre mondiale : Vichy au Canada. L’exil québécois de collaborateurs français, Rennes/Montréal, PUR/Presses de l’université de Montréal, 2015.

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    1À l’aide d’archives originales et le plus souvent préfectorales conservées aux archives départementales de Maine-et-Loire (ADML) ou de Loire-Atlantique (ADLA). Pour mémoire, le nom de ce département était alors la Loire-Inférieure. Appellation d’époque qui sera respectée ici.

    2Le cas de Lorient est ici abordé au prisme de l’historiographie et en particulier du travail de Luc Capdevila relatif au sort des femmes de la poche de Lorient, « La collaboration sentimentale : antipatriotisme ou sexualité hors normes ? (Lorient, mai 1945) », Les Cahiers de l’IHTP, no 31, octobre 1995, p. 67-82.

    3Belser Christophe, La collaboration en Loire-Inférieure. Intelligence avec l’ennemi, tome 2, La Crèche, Geste Éditions, 2005, p. 263.

    4Ibid., p. 271. Il s’agit ici de la séance d’ouverture de la cour de justice.

    5ADML, 19 W 13, préfet de Loire-Inférieure, rapport mensuel au commissaire régional de la République de la région d’Angers (CRR désormais) pour octobre 1944, en date du 10 novembre 1944.

    6Sous cet angle, et pour rester dans le Grand Ouest, les conditions d’épuration de la Loire-Inférieure semblent se rapprocher des situations de l’Ille-et-Vilaine ou encore du Maine-et-Loire. Sur ce dernier département, voir Bergère Marc, Une société en épuration. Épuration vécue et perçue en Maine-et-Loire, de la Libération au début des années 50, Rennes, PUR, 2004.

    7ADML, 19 W 13, préfet de Loire-Inférieure, rapport mensuel au CRR pour février 1945, en date du 1er mars 1945.

    8ADLA, 1694 W 69, note sur le maintien de l’ordre dans la poche, le 4 mai 1945, préfecture 5e bureau.

    9Exigence de sécurité ou impératif économique en lien avec les difficultés de ravitaillement, dans un premier temps, les PDR à l’instar des autres réfugiés de la poche de Saint-Nazaire ne sont pas autorisés à rentrer immédiatement chez eux.

    10ADLA, 1694 W 69, note sur le maintien de l’ordre dans la poche, le 8 mai 1945.

    11ADLA, 1694 W 69, le préfet de Loire-Inférieure à monsieur le ministre de l’Intérieur, rapport sur la libération de la poche, le 15 mai 1945 (6 pages).

    12Capdevila Luc, « La collaboration sentimentale… », art. cité, p. 68.

    13Garçon Émile (dir.), Code pénal annoté, Paris, Sirey, 1952, p. 268 (alinéas 179-180). Je dis, en théorie, car dans la réalité ce délai fut prorogé et prolongé jusqu’au 10 mai 1946 « mais seulement pour les affaires déférées à la cour de justice de Paris » (loi du 1er mars 1946).

    14Elle est assez bien décrite dans les rapports de préfet, en particulier : ADML, 19 W 13, préfet de la Loire-Inférieure, rapports mensuels au CRR pour mai et juin 1945 (chapitre iv : « Répression de la collaboration »), en date du 9 juin et du 6 juillet 1945.

    15Au camp de La Baule, le préfet nomme vers le 20 juin 1945 comme directeur un certain Monsieur Viennot, ex-déporté de Buchenwald.

    16ADLA, 1694 W 69, note de service des RG sur les modalités d’épuration dans la poche, le 9 mai 1945.

    17ADLA, 1699 W 17, le commissaire principal Raymond Antonini, chef départemental des RG au responsable des CLL de la poche de Saint-Nazaire, le 26 juillet 1945.

    18Idem.

    19ADLA, 1694 W 69, la lettre a pour objet : « Contrôle des correspondances des habitants de l’ex-poche de Saint-Nazaire. » Après sa libération et désormais en temps de paix, la correspondance des habitants de la poche continue donc à être surveillée et contrôlée.

    20ADML, 19 W 13, préfet de la Loire-Inférieure, rapport mensuel au CRR pour juin 1945, en date du 6 juillet 1945.

    21ADML, 19 W 14, préfet de la Loire-Inférieure, rapport mensuel au CRR pour juillet 1945, en date du 2 août 1945.

    22ADLA, 1699 W 17.

    23ADML, 30 W 19, préfet de la Loire-Inférieure, rapport mensuel au CRR pour septembre 1945, en date du 30 septembre 1945.

    24Capdevila Luc, « La collaboration sentimentale… », art. cité, p. 67-68.

    25Sous la forme d’un mémento du 12 mars 1945 [3e bureau] conservé au Service historique de la Défense (SHD). L’instauration de l’état de siège, la protection des personnes (civils comme prisonniers de guerre allemands – PGA), l’organisation de l’épuration… y sont prévues. On peut donc affirmer ici que ces dispositions furent appliquées dans les conditions envisagées. Voir la contribution de Michaël Bourlet dans le présent ouvrage.

    26Un rapport de préfet de septembre 1945 parle de 4 000 situations à examiner… chiffre qui paraît peu crédible lorsque l’on croise l’ensemble des sources. ADML, 30 W 19, préfet de la Loire-Inférieure, rapport mensuel au CRR pour août 1945, en date du 1er septembre 1945.

    27Pour mémoire, la population civile de la poche était estimée à 124 000 personnes en septembre 1944. Après les évacuations opérées (notamment en octobre 1944 – 11 000 personnes – et janvier 1945 – 12 000 personnes), la poche comptait près de 100 000 habitants au moment de sa libération. Pour ses données de population, voir ADML, 19 W 13.

    28ADML, 19 W 13, préfet de la Loire-Inférieure : rapport mensuel au CRR pour juin 1945, en date du 6 juillet 1945. À cette même date, un rapport indique que : « le nombre de personnes arrêtées dans la poche de Saint-Nazaire est de 365 personnes », ADML, 19 W 13, préfet de la Loire-Inférieure : rapport mensuel au CRR pour mai 1945, en date du 13 juin 1945.

    29ADLA, 1699 W 17, il s’agit notamment du bordereau d’envoi de 2 listes adressées au commissaire du gouvernement près de la cour de justice de Loire-Inférieure.

    30ADLA, 1694 W 69, le préfet de Loire-Inférieure à monsieur le ministre de l’Intérieur, rapport sur la libération de la poche, le 15 mai 1945 (6 pages).

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    33Idem. Selon cette lettre, un des cafetiers avait poussé assez loin le sens de l’hospitalité, allant jusqu’à apposer à l’entrée de son établissement un panneau portant, en allemand, la mention suivante : « Soyez les bienvenus ! »

    34ADLA, 1694 W 69, le préfet de Loire-Inférieure à monsieur le ministre de l’Intérieur, rapport sur la libération de la poche, le 15 mai 1945 (6 pages).

    35ADLA, 1694 W 69, note des RG des 12 ou 13 mai 1945. Christophe Belser livre également le témoignage d’une jeune fille de 22 ans tondue à Saint-Brévin le 17 mai 1945, Belser Christophe, La collaboration en Loire-Inférieure…, op. cit., tome 2, p. 252.

    36ADML, 19 W 13, préfet de la Loire-Inférieure : rapport mensuel au CRR pour juin 1945, en date du 6 juillet 1945. Le rapport du mois précédent comptait 250 internés dont 120 femmes et 130 hommes.

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    38Soit respectivement 47 %, 40 % et 13 % contre 39 %, 43 % et 18 % pour le contentieux d’ensemble de la chambre civique de Loire-Inférieure. Ces données partielles sur les femmes devant les juridictions de Loire-Inférieure m’ont été fournies par Fabien Lostec, qu’il en soit ici remercié. Doctorant en histoire contemporaine de l’université Rennes 2, il prépare une thèse sur les femmes condamnées à mort pour faits de collaboration en France à la Libération. Pour les statistiques globales de la chambre civique, cf. Belser Christophe, La collaboration en Loire-Inférieure…, op. cit., tome 2, p. 266.

    39Soit 13 % des femmes jugées en chambre civique (dans les limites d’un échantillon réduit et lacunaire), il s’agit d’une proportion voisine de celle enregistrée à Lorient (15 %).

    40Luc Capdevila, « La collaboration sentimentale… », art. cité.

    Les poches de l’Atlantique 1944-1945

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    Les poches de l’Atlantique 1944-1945

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    Bergère, M. (2019). Les poches de l’Atlantique et le processus d’épuration. In M. Catala (éd.), Les poches de l’Atlantique 1944-1945. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14qb0
    Bergère, Marc. « Les poches de l’Atlantique et le processus d’épuration ». In Les poches de l’Atlantique 1944-1945, édité par Michel Catala. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14qb0.
    Bergère, Marc. « Les poches de l’Atlantique et le processus d’épuration ». Les poches de l’Atlantique 1944-1945, édité par Michel Catala, Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14qb0.

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    Catala, M. (éd.). (2019). Les poches de l’Atlantique 1944-1945. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14qcz
    Catala, Michel, éd. Les poches de l’Atlantique 1944-1945. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14qcz.
    Catala, Michel, éditeur. Les poches de l’Atlantique 1944-1945. Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14qcz.
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