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    Plan détaillé Texte intégral Les civils, victimes de violences Les civils, entre contrôles et suspicions La détresse des civils et les secours du CICR Notes de bas de page Auteur

    Les poches de l’Atlantique 1944-1945

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Les civils dans le piège de la poche de Lorient

    Jean-Claude Catherine

    p. 143-154

    Texte intégral Les civils, victimes de violences Les civils, entre contrôles et suspicions La détresse des civils et les secours du CICR Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’étude des poches de l’Atlantique a pour bases l’histoire militaire et politique. J’aborde ici la poche de Lorient sous un angle de vue complémentaire, celui de son impact social et humain sur les civils, soumis aux violences de guerre et aux réalités économiques de la vie dans et hors de la poche. Ce sujet pourrait aussi ouvrir sur les statistiques et la démographie, voire la linguistique, la psychologie, la psychiatrie, autant de points d’interrogation et de pistes de travail.

    2La géographie de la poche de Lorient est maritime et terrestre. Belle-Île, clef des liaisons par mer entre Lorient et Saint-Nazaire, fait face à la presqu’île de Quiberon, reliée au continent par une route arrivant au bourg de Plouharnel, premier passage de sortie. Des civils évacuent aussi au nord-ouest, par la route de Guidel à Quimperlé (Finistère). La rivière d’Étel est la troisième zone de passages, d’abord clandestins et diffus ; après la libération d’Étel par l’attaque américaine du 8 décembre 1944, passages et négociations ont lieu au Magouër où la reddition est signée le 7 mai 1945. Enfin, Groix ferme l’accès maritime à la rade de Lorient, le cœur du quadrilatère terrestre de la poche, avec ses fortifications et sa base de sous-marins qui abritent vivres et matériels, soldats et états-majors.

    3Base des U-Boote dans la bataille de l’Atlantique, Lorient est aussi un pilier du mur de l’Atlantique, rempart de la Forteresse Europe aux mains des nazis. Après le 6 juin 1944, la Wehrmacht utilise les grands ports en « hérissons », surarmés en artillerie, pour retarder l’offensive américaine contre le territoire du Reich. Mais cette stratégie échoue et, sur le « front des oubliés », les troupes françaises et américaines assiègent durant neuf mois la poche de Lorient. Par définition, une poche est « un espace où une armée s’est trouvée encerclée par des armées ennemies, comme un siège ». Mais le mot poche a de nombreux sens qui en font une sorte de « fourre-tout » ; littéralement, c’est aussi la réalité de la poche de Lorient. À la libération de Quimper, Pontivy et Vannes, les troupes allemandes et leurs auxiliaires français y trouvent un abri qui se referme comme un piège. Au lieu de deux mois de combats jusqu’à la mort des derniers soldats selon la logique nazie, c’est une guerre de siège où les armes décisives sont les obus, la faim et le temps.

    4L’attaque pour prendre la poche à moindre coût, comme un « fruit mûr », dépend de la situation à Lorient et dans les autres poches et de l’avancée des Alliés en Allemagne. Les renseignements militaires utilisent tous les moyens : patrouilles, observations, interrogatoires de prisonniers, déserteurs et civils, travail des résistants dans la poche. Secondaires pour les archives militaires, les conditions de vie des populations sont renseignées de façon limitée dans les archives administratives. Cela tient, pour les régions libérées, au rétablissement récent des services officiels, aux brassages de populations par la guerre et, pour la poche, à la disparition des autorités françaises.

    5De juin 1940 à mai 1945, la région de Lorient subit la réquisition des installations militaires, l’asservissement des ressources économiques, du logement et des espaces civils au service de la machine de guerre allemande. Après la destruction de la ville en 1943, la population évacue vers l’arrière-pays où certains suivent les recruteurs du Reich et d’autres s’enrôlent dans la Résistance. Autant de sources de conflits futurs ! La guerre marque les civils pris dans le piège de la poche. Ils sont exposés aux violences des combats et des criminels de guerre. Ils subissent contrôles et suspicions des Allemands assiégés et des Français de l’extérieur. Pour certains le dénuement alimentaire et sanitaire devient dramatique. Une question simple est au cœur du sujet : dans le contexte de juin 1944 à mai 1945, qu’est-ce qu’un civil ?

    Les civils, victimes de violences1

    6Par définition, un civil n’est pas un militaire. Discipline et hiérarchie s’imposent au soldat, vivant dans son unité, avec son uniforme et ses armes de combat. En temps de guerre, les autorités militaires commandent aux civils, et c’est ainsi de part et d’autre du front de la poche de Lorient. D’un côté, les civils s’impatientent de ne pouvoir rentrer chez eux parce que les libérateurs ne finissent pas le travail et, de l’autre, des civils sont les derniers Français à subir encore le poids de l’ennemi.

    7L’ébranlement de la domination allemande au printemps 1944 exacerbe les comportements de la troupe envers les civils, vus comme des combattants qui lancent des attaques meurtrières et s’enfuient dans l’ombre, où d’autres civils les cachent, les nourrissent, les renseignent et les protègent de leur silence. Pour combien de soldats assiégés dans la poche, les civils sont-ils des « espions » ou des « terroristes » ? Dans les huit semaines précédant la formation de la poche, le bilan de la répression par les « groupes de combat » de la Wehrmacht, aidés de Feldgendarmes, de policiers du SD et de miliciens français, est de 274 victimes, souvent torturées et exécutées sommairement. Ce total incomplet se limite aux « gros dossiers » : les fusillés des fosses de Penthièvre, Port-Louis et Kerfany-les-Pins (à Moélan-sur-Mer), les victimes du SD dans les prisons de Pontivy et Locminé, et celles de la région du Faouët où une brève « Cour martiale » n’a été qu’un simulacre de tribunal et une machine de mort. En Centre Bretagne, la répression frappe tous les habitants d’un secteur de chasse aux maquisards : raflés, détenus en masse, souvent frappés avant d’être relâchés ; blessés au hasard des tirs, pour n’avoir pas obéi assez vite ou pour un geste ou un mot mal interprétés ; viols, pillages et incendies, des violences difficiles à comptabiliser, même pour les enquêteurs d’après-guerre.

    8Après avoir mené, comme sur le front de l’Est, une guerre totale et idéologique contre les « terroristes », les troupes allemandes, leurs collaborateurs français et leurs auxiliaires recrutés chez les prisonniers soviétiques se replient à Lorient. La brutalisation des actes en 1944 tend à devenir une norme, y compris pour les civils non-combattants qui exécutent sommairement des prisonniers de guerre allemands en août 1944. Se repliant devant les Américains, les troupes germano-russes terrorisent Hennebont du 7 au 9 août par leurs pillages, les incendies et les massacres de 31 habitants. Le ressentiment de la population locale provoque des vengeances aveugles après le 10 mai 1945.

    9Dans la poche refermée, la litanie des civils assassinés est continue au mois d’août : 72 victimes. Deux exemples sont significatifs. Le premier crime de guerre, le 9 août, a lieu entre Caudan et Lanester. Deux garçons de 14 ans sont arrêtés avec leurs pères et deux voisins. Sous les obus, ils s’abritaient avec leurs mères et de jeunes enfants dans une tranchée de la cour de leur ferme. Trois soldats allemands fuyant le combat arrêtent et emmènent les quatre hommes et deux garçons au PC de leur unité où ils sont fusillés, sans raison. Pour ces soldats, artilleurs de marine qui ont passé la guerre sur l’île de Groix, c’est le « baptême du feu » au sol sous les tirs d’artillerie et de blindés. Mais l’officier qui pousse le commandant de l’unité à ordonner de liquider les six personnes est un ancien du front de l’Est. Pour lui, tout civil est un « terroriste » et la plupart des hommes de l’unité le rejoignent sur cette opinion. Le sixième et dernier crime de guerre a lieu le 28 août, à Larmor-Plage. Le capitaine von Maltzhan, venu du front de l’Est et chef du bataillon russe local, fait fusiller Albert Leroy. Dans cette station balnéaire distante du front, les civils sont divisés. Des femmes travaillent et s’amusent avec les occupants, des familles ont des parents résistants. Ainsi Mme Quéré, mère de la victime, perd ses quatre fils pour faits de guerre ou de Résistance. Une dénonciation, relayée par un officier allemand qui se plaint des difficultés à trouver des femmes de ménage menacées par Albert Leroy, suffit à décider von Maltzahn : « Si c’est un “terroriste”, il faut l’arrêter et le faire fusiller. »

    10À la fin août, le général Fahrmbacher, nouveau commandant de la poche, reprend la situation en main en annonçant des sanctions exemplaires. Ancien du front de l’Est lui aussi, il sait où mène le déchaînement de violences contre les civils et ne veut pas être jugé comme complice de criminels de guerre. Si les crimes se raréfient ensuite, les pillages continuent. Un cultivateur de Keryado est tué d’un coup de révolver, le 3 mars 1945. Voyant un soldat voler des choux dans son champ, il lui demande de payer. « Je ne comprenais pas très bien ce qu’il disait, mais je voyais qu’il était très en colère », se défend le soldat accusé de crime de guerre. Autre « crime de guerre alimentaire », le meurtre de Jean Le Bohec, à Merlevenez le 29 avril. Surprenant deux voleurs dans son grenier à minuit, le paysan tente de défendre ses patates d’un coup de fourche, mais un des soldats l’étrangle. Cet homicide pour un sac de 30 kg de pommes de terre vaut aux deux coupables, arrêtés le lendemain, une condamnation par le tribunal militaire allemand, le 8 mai 1945 : quatre ans de travaux forcés pour homicide non prémédité à l’un, 20 mois de prison pour vol à l’autre, des peines de principe le jour de la capitulation. Le même tribunal a infligé au voleur de choux assassin un an et 6 semaines de prison pour homicide involontaire car, dit-il, « le coup est parti sans que je m’en rende compte ». Sur demande de grâce, il est remis en liberté quinze jours après. Autre sanction, huit mois de prison pour un vol de vache par un soldat allemand, mais quand les voleurs ou assassins alimentaires sont des soldats russes, c’est la mort sur jugement du tribunal ou par exécution sommaire. Que vaut la vie d’un civil français dans la poche de Lorient ? Les peines citées montrent que le tribunal allemand fixe le prix d’un assassinat au-dessus, mais pas tant que ça, de celui d’une vache volée. Quant à l’exécution des peines, la place du soldat est au front et non en prison.

    11Un ultime crime de guerre est commis le jour de la capitulation, dans l’intervalle entre la loi allemande et la loi française. Suzanne Morvan disparaît quand elle gardait ses vaches en bord de mer à Riantec ; son corps est rejeté à la côte, à Gâvres, dix jours après. Aucune trace des criminels, les prisonniers allemands capturés dans ce secteur sont près de Rouen ou les soldats russes livrés très vite à l’URSS. Cette jeune fille de 16 ans a été violée et assassinée, puis jetée à la mer pour faire disparaître son corps, le 8 mai 1945.

    Les civils, entre contrôles et suspicions

    12Ces deux mots sont la règle impérative en temps de guerre pour les autorités militaires dans les zones de combat et leurs périphéries. Chaque belligérant surveille les activités des civils dont certains renseignent l’ennemi, volontairement ou par indiscrétion. Silence, camouflage et répression valent dans toutes les armées car « les murs ont des oreilles ». La surveillance allemande des civils français de la poche est facilitée par la durée et la densité de l’occupation depuis 1940, et par l’exode d’une partie de la population en 1943 et à l’été 1944.

    13Dans les régions libérées, les autorités militaires et civiles françaises ont fort à faire. Pour rétablir l’ordre après les règlements de compte, l’épuration sauvage et les vengeances sur des prisonniers de guerre allemands qui ont suivi la libération en août 1944, les nouvelles autorités doivent s’imposer, restaurer l’administration, rétablir les communications et la vie économique, une lourde tâche à mener dans l’urgence, avec des moyens précaires. La joie des civils libérés tourne bientôt au mécontentement général, face à la durée du siège et aux difficultés quotidiennes : pénuries, rationnements, chômage dans une région où, aux réfugiés, s’ajoutent de nombreux ouvriers espagnols, belges, etc., sans ressources après l’arrêt des chantiers allemands.

    14Dès le 7 août 1944, de nombreux civils fuient spontanément la zone des combats où la vie est impossible, comme dans la ville d’Hennebont sinistrée, ou pour sauver leur peau, comme certains témoins d’exécutions sommaires. Pour protéger les civils, les Alliés font évacuer des zones de sécurité en arrière du front. Des trêves locales permettent des sorties de réfugiés, comme pour Quiberon et Belle-Île. Ces groupes sont triés à Auray et Vannes : criblage par les services militaires et civils de sécurité pour détecter des suspects et les interner au camp de Sarzeau ; contrôle des arrivants pour les répartir dans le Morbihan et sa périphérie. Ces afflux répétés font passer le nombre de réfugiés dans le département de 60 000 à la mi-août à 100 000 au début septembre, puis à 140 000 en avril 19452. Les capacités d’accueil sont saturées.

    15Le regard des habitants en place sur les réfugiés évolue avec le temps. Ceux qu’ils ont accueillis jusqu’en août 1944 étaient des victimes fuyant leur ville détruite par les bombardements alliés, puis par les combats du début de la poche. Les vagues de réfugiés sortis de la poche à l’automne et l’hiver 1944-1945 sont souvent vues d’un œil critique par une partie de l’opinion. Les suspicions de collaboration et de trafics, avérées pour ceux qui ont fait fortune en commerçant ou travaillant avec les autorités allemandes, sont alors souvent étendues à ces nouveaux réfugiés de même qu’aux civils restés dans la poche jusqu’à sa reddition. Concentrer les soupçons sur eux ne sert-il pas, consciemment ou non, à clore le temps des questions sur les comportements passés qui ont divisé les Français libérés à l’été 1944 ? Si les résistants et ceux qui les ont aidés n’étaient qu’une minorité, le reste de la population a vécu en s’accommodant de multiples façons, notamment par le marché noir, pratiqué aussi avec les troupes allemandes.

    16Les réalités vécues par les civils de la poche sont complexes et évoluent. Ceux qui restent dans leurs fermes évacuent souvent enfants et personnes âgées pour les mettre en sécurité. Sur l’île de Groix en septembre 1944, « 250 enfants de moins de 16 ans ont été embarqués à destination de Pontivy via Concarneau. Ce convoi […] sera absorbé, au moins pour les enfants d’âge scolaire, par les camps scolaires du département3 ». Durant l’automne, les civils subissent une situation militaire instable et des troupes peu disciplinées dans les deux camps. En octobre, la militarisation d’une partie des combattants français dans la 19e DI et le renvoi des autres, désarmés, à la vie civile rassure déjà l’opinion. Mais l’inaction du commandement américain contre la poche suscite « une hostilité sourde de la part d’une grande partie de la population à [leur] égard. À aucun moment sous l’occupation allemande, notre situation n’a été aussi critique4 ». À la fin octobre, les Allemands prennent Nostang et Sainte-Hélène. En reculant sans céder, les FFI « font replier avec eux tout le bétail des fermes qui est le but principal des Allemands qui cherchent avant tout à se ravitailler5 ». Pour « ne laisser à l’ennemi aucune possibilité de se ravitailler sur le pays », et protéger les populations, « le commandement français décide par la suite de faire évacuer sur une certaine profondeur les communes côtières », comme à Plouharnel et Étel6. Il demande aux cultivateurs d’« évacuer d’urgence, pour des raisons militaires importantes, le bétail situé au sud de la route Auray-Hennebont ».

    17Dans la deuxième moitié de décembre, « en raison de l’interdiction par le commandement allié de poursuivre l’évacuation des poches, les mouvements de réfugiés se sont considérablement ralentis7 ». De plus, des évacuations limitées à des zones menacées échouent. Ainsi le 20 janvier 1945 dans des villages du secteur nord du front, un rendez-vous était fixé pour évacuer 184 personnes, 342 bêtes à cornes, 30 chevaux et 40 porcs. Mais les paysans ne bougent pas pour une double raison :

    « Les Américains avaient déjà fait procéder à l’évacuation des intéressés en août 1944. Alors les personnes avaient suivi les instructions des Alliés, espérant que les Allemands auraient été chassés rapidement de la région de Lorient. Mais voyant la situation se prolonger, après une quinzaine de jours hors de leurs demeures, les familles ont rejoint leurs villages d’origine8. »

    18Tous se rappellent ce qu’ils ont vu dans l’Est de la France pendant la Drôle de guerre avec les soldats français, puis en Bretagne occupée avec les soldats allemands, enfin dans et autour de la poche de Lorient. Aussi, « nous resterons sur place quoi qu’il arrive, répondent-ils, partir serait livrer nos biens au pillage ».

    19Les militaires, alliés ou allemands, vont-ils expulser des civils, manu militari ? Cette solution a été envisagée mais non appliquée à Quiberon où, selon les Renseignements généraux (RG), « tous les hommes de 17 à 45 ans devront avoir évacué pour le 15 janvier. 600 hommes seraient touchés. Les Allemands pillent ainsi les maisons abandonnées et les indigènes restés sur place y prélèvent tout ce qui est en bois pour se fournir en combustible ». Le commandant allemand de Belle-Île juge indésirables 17 habitants qu’il fait expulser « par mesure de sécurité militaire », le 8 juin 1944, car ils ont été dénoncés comme « gaullistes », « communistes » ou « suspects » par deux collaborateurs du cru. Mais leur déportation vers l’Autriche s’arrête à Auray où les cheminots sont en grève et les Feldgendarmes jugent ces arrestations non motivées. Une vingtaine d’autres personnes, dénoncées et arrêtées, sont chassées de l’île le 10 octobre. À partir du 25 novembre, « commence la grande expulsion de 1 500 habitants de Belle-Île sous le fallacieux prétexte du ravitaillement qui manquait9 ». Les RG ont alors pensé que les Allemands allaient évacuer tous les Bellilois, hormis 1 800 pêcheurs et cultivateurs nécessaires à leur ravitaillement. Chez les 4 400 Groisillons, le manque de vivres et les dangers d’une attaque sur Lorient provoquent une première émigration en septembre 1944. Comme plus de 3 000 personnes restées sur l’île ne cèdent pas à la persuasion, le 16 novembre le commandant de l’île fait encercler les villages et fouiller les maisons, « raflant par la violence et la force des lapins, poules, porcs, des chèvres, numérotant des vaches ». Subies comme du « vol à main armée pour obliger les habitants à quitter l’île, pour s’approprier tous leurs vivres, saccager leurs maisons et piller tous leurs biens », ces lourdes réquisitions contraignent « beaucoup de gens privés de cheptel à se réfugier » sur le continent libéré. En mars 1945, ils sont encore plus de 2 100 à tenir bon car « ils voulaient sauver leur île10 ».

    20Autorisés à travailler pour ravitailler la poche, les pêcheurs transportent des réfugiés, des clandestins, du courrier et font aussi du trafic (vivres, cigarettes, etc.). Ces arrangements sont tolérés car chaque camp en profite : nourriture, argent, renseignements, passages d’agents. C’est ainsi que 12 résistants torturés à Quimperlé à la fin juillet 1944, détenus à Lorient et jugés le 13 août, sont déportés à Groix où la garnison les laisse libres. Ils s’évadent dix jours plus tard, cachés à bord de bateaux de pêche qui les débarquent au port de Doëlan, très utilisé pour sa proximité de la poche. Contrôlant tous les arrivants, les agents du 2e bureau découvrent que l’« Alsacien » mêlé aux réfugiés le 4 octobre est un ingénieur allemand. En novembre, ayant perdu son travail pour les Allemands, un Français part de Lomener en payant 500 francs à un patron pêcheur qui embarque ce matin-là six passagers. Il n’y a pas de contrôle au départ, mais « il est évident que le douanier était au courant. Le patron pêcheur doit s’arranger à l’amiable avec lui11 ». En mer comme à terre, les motivations des passeurs clandestins vont de la résistance à l’ennemi, à l’aide aux victimes et à la soif d’argent vite gagné. Les réfugiés ne seraient-ils qu’une marchandise comme une autre pour des trafiquants ? En réalité dans le contexte de la poche, les motivations, peut-être mêlées, tiennent souvent à l’entraide et la solidarité des gens de mer et à l’engagement de beaucoup de marins contre l’ennemi.

    21Certaines évacuations sont officielles. Partie de Groix à 11 h du matin le 14 février, la pinasse à moteur Kerner, patron Joseph Tonnerre, débarque à 15 h au port de Concarneau 33 réfugiés et 12 internés civils, détenus jusque-là à Lorient. Ils portent une note indiquant la décision allemande de remettre en liberté tous les internés civils, malgré l’échec des négociations sur ce point avec les Alliés. Interrogés par la Sécurité militaire, les internés pensent que « leur libération serait due à la disette qui règne actuellement dans la garnison allemande de Lorient12 ».

    La détresse des civils et les secours du CICR13

    22La disette préoccupe tous les assiégés : pour les militaires, combien de temps vont-ils encore pouvoir tenir ? Mais certains civils souffrent aux limites de la survie. Le calcul des stocks de vivres et des effectifs militaires à nourrir conduit l’état-major allemand à vouloir vider la poche des bouches inutiles et à ne garder que les bras qui leur servent, les ouvriers de leurs chantiers, les agriculteurs et les pêcheurs productifs. Mais après le blocage de ce projet par les Américains, les départs limités de réfugiés sont négociés et s’effectuent avec l’accord des habitants dont « l’obstination à ne pas vouloir partir » est prise en compte. Quand les Alliés expulsent des cultivateurs, ils maintiennent « dans chaque ferme […] un homme qui assurera la garde des biens abandonnés14 ».

    23Le directeur départemental du Service des réfugiés fait un rapport sur la détresse des civils aux autorités militaires alliées et allemandes réunies au Magouër le 3 février 1945. Une trêve mensuelle est alors décidée pour régler les affaires de la Croix-Rouge et les affaires civiles. Le gouvernement français saisit aussi le CICR qui envoie un délégué à Lorient. Du 1er au 6 mars, celui-ci rencontre les autorités allemandes et les représentants des communes en visitant tous les secteurs de la poche. Groix et Quiberon, ravitaillées depuis 1944 par mer depuis Concarneau et Vannes, n’ont pas besoin de secours. Belle-Île ne reçoit pas d’aide extérieure, la population subvenant à ses besoins pour l’essentiel. Ces trois secteurs sont à l’écart des combats et des tirs d’artillerie. Sur le territoire de 30 km × 15 km entourant Lorient, plus de 9 200 civils vivent dans de grandes difficultés alimentaires et médicales et sous la menace constante du feu de l’artillerie qui tire, certains jours, plus de 2 000 obus. L’hôpital allemand soigne les civils blessés par obus ou par mines, mais quand cela arrive dans des endroits éloignés, ils meurent souvent avant d’être soignés. La vie y est plus dure qu’à Saint-Nazaire : les pénuries alimentaires sont plus sévères, les déplacements terrestres sont paralysés et le danger est omniprésent sous les tirs d’artillerie constants. Une intervention urgente s’impose, juge le préfet du Morbihan, car « la situation de la population occupée devient chaque jour plus critique. […] L’administration française est devant l’alternative de ravitailler elle-même ses ressortissants ou de les laisser mourir de faim15 ». Alliés et Allemands négocient un accord, signé le 24 mars 1945. Il prévoit une trêve du 3 au 5 avril pour évacuer les réfugiés volontaires, puis un ravitaillement par mer des 9 000 habitants restés autour de Lorient. Quand 740 réfugiés sortent vers Quimperlé, les soldats du 19e dragons voient passer « une cohue de pauvres gens évacués où se mêlent des suspects. […] D’excellents renseignements sont fournis sur les positions allemandes16 ». Ce sont, notent les RG, « une majorité de femmes et d’enfants d’agriculteurs, les hommes pour la plupart sont restés à la terre, soit qu’ils n’aient pu obtenir l’autorisation des Allemands pour partir, ou qu’ils se soient volontairement accrochés à leurs biens dans l’espoir de les protéger du pillage17 ».

    24Ceux qui restent ont une vie extrêmement difficile du fait des réquisitions allemandes qui, par exemple, ne laissent à un fermier qu’une ou deux vaches sur les douze qu’il possédait. La ration de viande est de 250 g par semaine, mais il n’y a ni pain, ni tickets de rationnement, et les gens se nourrissent en se débrouillant entre eux, tant bien que mal. Selon la plupart des civils, « le soldat est réduit aux extrémités et est dans l’obligation de manger chats et chiens […]. Le pillage est courant dans les fermes dont les exploitants doivent cacher les produits. Néanmoins le marché noir existe toujours. […] Les cultivateurs ont pris la précaution d’enterrer leurs charniers et les provisions qui leur restaient. Dans l’ensemble les conditions d’hygiène sont déplorables18 ». Le Dr Kummer conduit la mission de ravitaillement du CICR qui livre 47,5 t de farine, 70 t de pommes de terre, 9 t de sucre et 8 caisses de médicaments. Arrivé le 14 avril, le Carentan, sous pavillon de la Croix-Rouge, partage sa cargaison entre Port-Louis et le port de Lorient. Le 15 avril à Port-Louis, une salve d’obus américains tombe près du navire en cours de déchargement, mais le CICR proteste et ensuite « aucun tir ne tomba à moins d’environ 400 m, ce qui pour Lorient peut être considéré comme une situation extrêmement sûre ». Pour protéger les transports, stockages et distributions des risques de pillages, émeutes ou crimes, le général Fahrmbacher annonce que tout voleur sera passé par les armes. Ce premier secours est réservé à ceux qui ne peuvent subvenir à leurs besoins, soit les ouvriers et les pêcheurs. Les paysans et employés des Allemands en sont exclus. Peu après « pour la première fois depuis neuf mois », la population reçoit de nouveau du pain, « ce qui a provoqué une joie énorme ». De même pour les boîtes d’allumettes car « depuis des mois, les gens s’étaient prêté le feu en se le transmettant de foyer en foyer ». Mais certains paysans sont en détresse à cause des réquisitions trop lourdes et du minage des champs. Les autres paysans acceptent que le délégué du CICR prélève sur leurs réserves pour redistribuer à ceux qui n’ont plus rien. Sur les 2 000 personnes à leur service, les Allemands n’en nourrissent pas 700, des Français, Belges et Hollandais à qui ils ont refusé d’évacuer la poche « pour des raisons militaires ». Ceux-ci manifestent leur mécontentement au délégué, impuissant à les secourir, mais cela amène le commandement allemand à admettre ce mauvais traitement, caché jusque-là.

    25Étant médecin, le délégué du CICR observe l’état sanitaire des habitants et organise les secours médicaux. Le seul personnel français est un pharmacien à Ploemeur et deux sages-femmes en secteur Sud, dont une à Plouhinec. Dans l’école de ce bourg, il ausculte « 40 garçons et filles de 10 à 13 ans, la plupart dans un état alimentaire moyen. Je ne pus constater de symptômes de carence alimentaire (c’était dans une commune rurale), mais plus de la moitié était atteinte de gale ». Seuls les médecins allemands soignent, « d’une façon vraiment exemplaire », les civils qui en font « beaucoup de commentaires élogieux ». 300 cas graves sont ainsi traités chaque mois. Outre des consultations dans les villages, les médecins reçoivent les civils dans les postes de secours de la troupe ou à l’hôpital maritime. Les cas urgents y arrivent en voitures et bateaux militaires, les autres en charrettes à chevaux. Sur les 20 civils qui y sont soignés en permanence, la moitié sont des hommes, la plupart blessés par obus ou par balles au ventre, certains, blessés aux extrémités, devant être amputés. Des femmes sont hospitalisées pour des accouchements difficiles. En avril, l’épuisement des médicaments, réservés aux soldats, compromet les soins aux civils. Le Dr Kummer installe des postes de secours tenus par des bénévoles de la Croix-Rouge qui se coordonnent avec les médecins allemands pour agir. « Le matériel sanitaire, distribué les jours suivants, a rendu de fiers services pendant les derniers gros bombardements, avant la capitulation des Allemands. » Reparti le 26 avril, le délégué discute avec les Américains de « la mise en place dans la poche de Lorient de zones de sécurité où la population civile pourrait se rendre en cas de bombardements aériens massifs », un projet rendu inutile par la reddition de la poche de Lorient.

    ⁂

    26Le comportement de nombreux habitants des régions libérées de Bretagne à l’été 1944 envers les civils pris dans le piège de la poche de Lorient est résumé par le témoignage d’une religieuse. Sœur Ignace qui a organisé l’équipe de la Croix-Rouge de Guidel en août 1944, accompagné des groupes d’évacués, mais aussi facilité des désertions de soldats et fait passer des renseignements aux Alliés, quitte à son tour la poche avec le dernier convoi du 5 avril :

    « Nous arrivâmes à Quimperlé à midi. Quelle surprise et quelle déception nous attendaient au centre d’accueil ! On nous raconte la réception des deux premiers groupes, lamentable ! Les gens de Quimperlé les insultent sur les rues, les traitant de boches ! Nos pauvres réfugiés, qui sont pour la plupart des gens très honnêtes, sont outrés et ne s’attendaient pas à pareille réception de la part des Français. Il faut que tout le monde passe par quatre ou cinq bureaux pour un interrogatoire… On nous annonce que tout le monde est fouillé ; beaucoup ont des difficultés et sont même coffrés à cause de l’argent qu’ils ont sur eux. Dans la soirée nous assistons au départ de nos réfugiés qu’on dirige sur Saint-Brieuc ; personne n’a le droit de leur parler ; vraiment on les prend pour des espions19 ! »

    27Des trajectoires multiples se croisent sur la poche de Lorient. Dedans, il y a ceux qui entrent dans la poche ou en sortent selon les circonstances ou leur intérêt ; il y a aussi ceux qui s’y accrochent jusqu’au bout, au péril de leur vie durant les neuf mois du siège. Leur vie est là et ils ne veulent partir à aucun prix de chez eux pour sauver le fruit du labeur acquis. Dehors, il y a les civils qui attendent le jour de la libération pour rentrer chez eux, même dans les ruines ; il y a ceux qui voient d’un œil hostile cet ultime réduit des nazis et tous ceux qui s’y trouvent, Allemands ou Français.

    28Le 10 mai 1945 ouvre le temps des questions posées aux civils de la poche. Les suspects de collaboration, internés au camp de Sarzeau, vont répondre devant la Justice ; les habitants restés sur place vont reprendre le cours de leur vie, aux côtés des réfugiés revenus peu à peu dans une ville et des campagnes à reconstruire. Mais les mots hérités des divisions de la guerre marquent les mémoires de ceux qui les emploient ou qui les subissent de façon ordinaire, parfois jusqu’à aujourd’hui encore. Il y a le dit, parfois crié, dans les cours de récréation, les cafés de village, les places de marché, etc. ; il y a le murmuré et le non-dit. Ces mots sont connus de tous : « boche !… fils, fille de boche !… empoché !… pochard ! »

    Notes de bas de page

    1Catherine Jean-Claude, Lorient 1945 – Les Allemands face au choc de la capitulation. Criminels de guerre, prisonniers ordinaires, Rennes, PUR, 2018. Les violences et crimes de guerre ont été étudiés dans les dossiers du SRCGE (Service de recherche des criminels de guerre ennemis) conservés aux archives départementales d’Ille-et-Vilaine (ADIV).

    2ADM, 2W15618, rapports hebdomadaires du préfet, 16 août et 11 septembre 1944 ; 2W15632, rapport mensuel du préfet, avril 1945 (rapport des RG, 11-25 avril, chap. vii, vie sociale).

    3ADM, 2W15618, Service départemental des réfugiés, CR hebdomadaire, 11 septembre 1944.

    4Ibid., rapport journalier RG, 25 octobre 1944.

    5ADM, 2W15630, rapport du préfet, 15 à 30 octobre 1944.

    6Ibid., CR sous-préfet de Lorient, 9 novembre 1944.

    7Ibid., rapport du préfet, 16 à 31 décembre 1944.

    8ADM, 2W15631, rapport du préfet, janvier 1945.

    9ADIV, 1045W30, d. 544, comité de libération de Belle-Île à délégué SRCGE, 28 juin 1945.

    10ADIV, 1045W22, d. 283, lettre du comité d’épuration de Groix à Sécurité militaire Morbihan, 28 mai 1945.

    11Archives départementales du Finistère (ADF), 31W406, BSM Quimper, épuration, PV interrogatoire par 2e bureau Quimperlé, 21 novembre 1944.

    12ADF, 31W241, rapport du commissariat de police de Concarneau au préfet, 14 février 1945.

    13Catherine Jean-Claude, op. cit., chap. 2. La détresse des civils a été étudiée notamment à partir des archives du CICR (Comité international de la Croix-Rouge).

    14ADM, 2W15631, rapport du préfet, janvier et février 1945.

    15ADM, 2W15927, préfet du Morbihan au ministre de l’Intérieur, note sur la situation dans la poche de Lorient, 8 mars 1945.

    16SHD/Terre, 12 P 110-2, JMO 19e dragons, 5 avril 1945.

    17ADM, 2W15631, rapport du préfet avril 1945, compte rendu des RG sur les évacuations, 7 avril 1945.

    18Toutes les citations et informations de ces pages sont fournies par le Dr Kummer lui-même dans son rapport final de mission. Archives du CICR, SG10/51, Bericht von Dr. Kummer an das CICR Genf, Festung Lorient (Frankr.), 16.4.-26.4.45.

    19Leroux Roger, Le Morbihan en guerre, 1939-1945, Mayenne, Imprimerie de la Manutention, 1986, p. 606.

    Auteur

    • Jean-Claude Catherine

      Jean-Claude Catherine est professeur agrégé en histoire, en retraite. Ses ouvrages récents se croisent autour de 2005 et du 60e anniversaire de la libération de Lorient, élargie à celle des camps par une exposition présentée par la Ville de Lorient et un colloque organisé à l’université Bretagne Sud : La captivité des prisonniers de guerre, histoire, art et mémoire, 1939-1945, pour une approche européenne, PUR, 2008 ; Lorient 1945 – Les Allemands face au choc de la capitulation. Criminels de guerre, prisonniers ordinaires, PUR, 2018.

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    1Catherine Jean-Claude, Lorient 1945 – Les Allemands face au choc de la capitulation. Criminels de guerre, prisonniers ordinaires, Rennes, PUR, 2018. Les violences et crimes de guerre ont été étudiés dans les dossiers du SRCGE (Service de recherche des criminels de guerre ennemis) conservés aux archives départementales d’Ille-et-Vilaine (ADIV).

    2ADM, 2W15618, rapports hebdomadaires du préfet, 16 août et 11 septembre 1944 ; 2W15632, rapport mensuel du préfet, avril 1945 (rapport des RG, 11-25 avril, chap. vii, vie sociale).

    3ADM, 2W15618, Service départemental des réfugiés, CR hebdomadaire, 11 septembre 1944.

    4Ibid., rapport journalier RG, 25 octobre 1944.

    5ADM, 2W15630, rapport du préfet, 15 à 30 octobre 1944.

    6Ibid., CR sous-préfet de Lorient, 9 novembre 1944.

    7Ibid., rapport du préfet, 16 à 31 décembre 1944.

    8ADM, 2W15631, rapport du préfet, janvier 1945.

    9ADIV, 1045W30, d. 544, comité de libération de Belle-Île à délégué SRCGE, 28 juin 1945.

    10ADIV, 1045W22, d. 283, lettre du comité d’épuration de Groix à Sécurité militaire Morbihan, 28 mai 1945.

    11Archives départementales du Finistère (ADF), 31W406, BSM Quimper, épuration, PV interrogatoire par 2e bureau Quimperlé, 21 novembre 1944.

    12ADF, 31W241, rapport du commissariat de police de Concarneau au préfet, 14 février 1945.

    13Catherine Jean-Claude, op. cit., chap. 2. La détresse des civils a été étudiée notamment à partir des archives du CICR (Comité international de la Croix-Rouge).

    14ADM, 2W15631, rapport du préfet, janvier et février 1945.

    15ADM, 2W15927, préfet du Morbihan au ministre de l’Intérieur, note sur la situation dans la poche de Lorient, 8 mars 1945.

    16SHD/Terre, 12 P 110-2, JMO 19e dragons, 5 avril 1945.

    17ADM, 2W15631, rapport du préfet avril 1945, compte rendu des RG sur les évacuations, 7 avril 1945.

    18Toutes les citations et informations de ces pages sont fournies par le Dr Kummer lui-même dans son rapport final de mission. Archives du CICR, SG10/51, Bericht von Dr. Kummer an das CICR Genf, Festung Lorient (Frankr.), 16.4.-26.4.45.

    19Leroux Roger, Le Morbihan en guerre, 1939-1945, Mayenne, Imprimerie de la Manutention, 1986, p. 606.

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    Catherine, Jean-Claude. « Les civils dans le piège de la poche de Lorient ». In Les poches de l’Atlantique 1944-1945, édité par Michel Catala. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14qaz.
    Catherine, Jean-Claude. « Les civils dans le piège de la poche de Lorient ». Les poches de l’Atlantique 1944-1945, édité par Michel Catala, Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14qaz.

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    Catala, M. (éd.). (2019). Les poches de l’Atlantique 1944-1945. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14qcz
    Catala, Michel, éd. Les poches de l’Atlantique 1944-1945. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14qcz.
    Catala, Michel, éditeur. Les poches de l’Atlantique 1944-1945. Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14qcz.
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