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    Plan détaillé Texte intégral Des situations diverses, une identité commune Survivre aux pénuries Face à l’occupant Notes de bas de page Auteur

    Les poches de l’Atlantique 1944-1945

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Le quotidien des civils empochés de la région de Saint-Nazaire

    Daniel Sicard

    p. 125-142

    Texte intégral Des situations diverses, une identité commune Survivre aux pénuries Face à l’occupant Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La poche de Saint-Nazaire est la plus étendue et la plus peuplée de toutes les poches atlantiques, enfermant une population civile nombreuse d’au moins 125 000 personnes sur une large superficie de 1 800 km2. Une ligne de front longue de plus de 100 kilomètres se stabilise progressivement, des rives sud de l’embouchure de la Vilaine jusqu’au sillon de Bretagne à Savenay. Elle se poursuit au sud de la Loire en englobant une partie du pays de Retz jusqu’à Pornic. La base de sous-marins dans le port de Saint-Nazaire est l’épicentre de cette poche. Elle se trouve à environ 30 kilomètres de tous les points principaux de la ligne de front1 (fig. 1).

    Figure 1. – Carte de la poche de Saint-Nazaire établie par l’état-major des résistants français le 15 février 1945.

    SHD/Terre.

    2Les premiers historiens des poches ont préféré privilégier l’analyse des faits militaires présentés comme l’épilogue de la Seconde Guerre mondiale, sans s’intéresser au sort des populations civiles enfermées, subissant un simple prolongement de quelques mois de l’occupation vécue par tous les Français2. Depuis quelques années, une nouvelle approche relève au contraire les spécificités de ces populations civiles assiégées, particulièrement nombreuses à Saint-Nazaire. Cette prise de conscience tardive rend difficile l’exploitation d’une source précieuse, le patrimoine immatériel que constitue l’apport des témoignages des adultes empochés. Certaines initiatives privées ou institutionnelles ont heureusement permis depuis les années 1980 de collecter une partie de cette mémoire, mais ponctuellement lors des périodes de commémorations, plus rarement dans une approche globale3. Si la mémoire n’est pas l’Histoire, elle l’alimente en lui donnant des pistes de recherches, même subjectives, et en lui apportant une autre dimension, plus humaine. À partir de la collecte de ces témoignages, nous essaierons de montrer la spécificité de ces populations civiles empochées par l’analyse de leur vie quotidienne4. Les spécificités de Saint-Nazaire, notamment le grand nombre d’habitants empochés, rendent son étude essentielle pour la compréhension de l’histoire des poches de l’Atlantique.

    Des situations diverses, une identité commune

    3Plusieurs catégories de populations se côtoient dans la poche en fonction des circonstances5. On y trouve d’abord une population urbaine déplacée, principalement celle de Saint-Nazaire, réfugiée dans la campagne environnante. La ville (36 000 habitants recensés en 1940) a été totalement évacuée à partir du 1er mars 1943, car détruite à plus de 85 % suite aux bombardements alliés de 1942 et 1943. Elle est quasi déserte et abandonnée, comme l’amiral Dönitz le constate en mai 1943 en parcourant les rues : « Pas un chat, pas un chien ne subsistent à Lorient et à Saint-Nazaire, il ne reste rien sauf les abris sous-marins6. » Les Nazairiens sont des sinistrés qui ont tout perdu pour la plupart d’entre eux sous les bombardements successifs de leurs habitations avant la constitution de la poche ; et ce sont des réfugiés, car 80 % d’entre eux se retrouvent aux quatre coins de la presqu’île guérandaise et du pays de Retz. Les plus chanceux se font héberger dans leurs familles ou chez des amis, d’autres cherchent à louer une maison ou une simple grange en campagne. Les plus indigents, et ils sont nombreux, sont recueillis grâce à la simple générosité de certains habitants du littoral ou de la Grande Brière. D’autres enfin sont hébergés dans la proche région nantaise ou au-delà. Mais la grande majorité de ces réfugiés nazairiens se retrouve enfermée dans le territoire de la poche en 1944. Leur situation de précarité en est d’autant plus accentuée. Pour faire face aux principales difficultés, des comités de réfugiés se sont rapidement constitués. Ils font un travail considérable jusqu’à la libération de la poche en agissant pour régler collectivement tous les problèmes de la vie quotidienne, en facilitant les démarches administratives auprès des mairies accueillant sur leur commune des sinistrés, en arbitrant des conflits entre propriétaires et réfugiés, en gérant leurs demandes d’indemnités… Ces comités sont constitués en réseaux pour tenter de briser le risque d’isolement de chaque réfugié et pour essayer de maintenir une certaine cohésion de la communauté nazairienne malgré sa dispersion géographique.

    4À côté de ces citadins qui se trouvent transplantés malgré eux dans un milieu rural, les populations autochtones restent majoritaires dans les campagnes de la Grande Brière et du pays de Retz, au cœur du territoire de la poche. Leur situation est également difficile, car les fermes ne peuvent pas assurer la nourriture de tous, après quatre années d’occupation. Les troupes allemandes, également en quête de nourriture, réquisitionnent régulièrement et font des razzias, même pendant la nuit, afin de récupérer du bétail et des récoltes. Les agriculteurs sont également confrontés aux démarches journalières de dizaines de civils affamés qui défilent dans les fermes en quête de nourriture. La situation est différente entre le nord et le sud de la Loire. Dans la Grande Brière au nord, zones de marais et de bocages, la précarité est la plus marquée, accentuée par le nombre plus important des occupants allemands et par la présence plus nombreuse des réfugiés à nourrir et à loger. Au sud de la Loire, dans le pays de Retz, la pression est moins forte7.

    5Les habitants des territoires à proximité du front vivent une réalité différente et paradoxale. Entre les deux lignes avancées, allemandes et alliées, il y a parfois des zones de plusieurs kilomètres où continuent de vivre tant bien que mal des populations civiles soumises aux tirs croisés des militaires des deux camps adverses, où l’on vit sous la peur des échanges de tirs d’artillerie en fonction des offensives et des contre-offensives des belligérants, tout particulièrement dans la partie est de la ligne de démarcation, autour de Bouvron et de Fay-de-Bretagne, où les combats sont les plus soutenus. Le danger est permanent mais l’accès à ces zones est très difficile, et les habitants, ruraux et réfugiés, sont moins dévalisés par les soldats allemands et moins sollicités par les autres empochés en quête de nourriture.

    6Enfin, les populations du littoral de la façade atlantique sont probablement celles qui ont le moins souffert des conditions de vie extrêmes dans la poche. Les accès aux rivages et la pêche à pied sont interdits, empêchant le recours à un moyen de ressources alimentaires traditionnelles non négligeable. La concentration de soldats allemands dans des parties renforcées du mur de l’Atlantique, par la présence des batteries côtières telles que celles de la pointe de Préfailles ou de Batz-sur-Mer, rend permanente cette interdiction d’accès aux rivages. Les marins pêcheurs font parfois des sorties en mer réglementées, ce qui permet la fourniture régulière de poissons, après que les occupants se sont servis bien entendu… Plus généralement, le secteur de La Baule et de Pornichet est privilégié, car il abrite une grande partie de l’état-major allemand avec ses officiers, facilitant ainsi les trocs les plus divers avec l’occupant.

    7Un véritable phénomène identitaire va se construire progressivement au gré des neuf mois d’occupation supplémentaire, malgré la diversité des situations géographiques et des conditions de vie. Au-delà du statut des populations assiégées, c’est bien la situation d’enfermement et d’isolement par rapport au reste du territoire français libéré à la fin de l’été 1944 qui construit une identité spécifique d’empoché. L’administration de la Poste utilise le terme d’îlot de Saint-Nazaire pour l’affranchissement du courrier et pour le traditionnel calendrier au début de l’année 1945. Ce qualificatif d’îlot confirme auprès des civils leur sentiment d’être totalement coupé du reste du monde. De toutes les manières, cet isolement est une réalité : aucune lettre ou colis ne peut sortir ou entrer de la poche (fig. 2).

    Figure 2. – Affranchissement du courrier postal de l’îlot de Saint-Nazaire, le 8 janvier 1945.

    Collection écomusée de Saint-Nazaire.

    8Les réalités de la vie quotidienne dans cet isolat, remplie d’une quête perpétuelle pour le ravitaillement alimentaire et pour les informations sur le monde libéré, forgent progressivement ce phénomène identitaire. Ce texte d’une chanson régulièrement fredonnée par les membres de l’équipe de la Croix-Rouge de Savenay, très active pendant la poche, fait allusion aussi, non sans humour, aux conditions des civils, en utilisant cette fois-ci le terme de pochards pour qualifier les empochés :

    Il est au sud de la Vilaine
    Un pays cerné de soldats,
    Où les Français qui n’ont pas d’veine
    Sont des pochards, et nous voilà.
    Être pochard, chose spéciale !
    Puisqu’on ne peut rien vous cacher,
    Ce n’est pas se rincer la dalle,
    C’est simplement être empoché… empoché […].

    9Le décalage chronologique avec le processus de libération nationale provoque aussi un sentiment collectif, plus ou moins diffus et affirmé, de culpabilisation. La coexistence prolongée avec les occupants allemands, bien que totalement contrainte dans les faits, n’engendrerait-elle pas une suspicion de collaboration avec l’ennemi de la part des populations des communes voisines fraîchement libérées ? L’empoché doit donc démontrer son patriotisme. Ce poème anonyme, ayant pour titre Les dix commandements de l’Empoché, est tout à fait significatif de cette association d’idées :

    Empoché tu resteras
    Jusqu’à la fin de l’encerclement.
    Chaque jour tu camoufleras
    Tout ce que pille l’occupant.
    Fièrement tu résisteras
    Aux exigences des Allemands. […]
    La délivrance tu attendras
    Et acclameras triomphalement.
    Français tu le prouveras
    Et le prouveras fréquemment8.

    10À partir d’avril 1945, des petites broches en métal, peintes aux trois couleurs nationales, représentent non sans un certain humour, une poche en forme de sac, avec au centre l’inscription « Empoché ». Ces objets, fabriqués clandestinement, sont diffusés par certains commerces de Pornichet aux habitants. Cet insigne est porté au revers des vestes très distinctement dans les rues, même devant des patrouilles allemandes, sans que ces derniers ne les interdisent. Symboliquement, c’est la première réapparition dans l’espace public des couleurs tricolores sans la francisque pétainiste, préfigurant le pavoisement des façades et des balcons des maisons au moment du jour de la libération (fig. 3).

    Figure 3. – Broche en métal d’un empoché.

    Fer-blanc peint. Collection écomusée de Saint-Nazaire.

    11Ces craintes partagées sont confirmées au moment de la libération de la poche avec l’instauration d’un état de siège qui doit faciliter la transition, mais qui donne le sentiment d’une suspicion générale de collaboration avec l’ennemi. Un nouveau qualificatif, celui de « dépoché », va prolonger ce sentiment de différence et de culpabilité.

    Survivre aux pénuries

    12Les industries traditionnelles de la région nazairienne, la métallurgie avec les chantiers navals, l’aéronautique, les fonderies, la pétrochimie de Donges et de Paimbœuf, ont toutes été plus ou moins touchées par les bombardements aériens des Alliés avant la constitution de la poche. La production tournait déjà au ralenti mais au bénéfice de l’économie de guerre allemande. Pendant le siège, l’absence de matières premières accélère la baisse des effectifs dans les rares entreprises en employant encore. L’activité fluviale, maritime et portuaire est complètement arrêtée. Les accès du port sont obstrués par des rangées de filets métalliques et des mines à commande électrique. De modestes allocations de chômage sont versées pour la plupart de la main-d’œuvre touchée par cette baisse d’activité. Les fonctionnaires continuent de percevoir leurs salaires, mais plus ou moins régulièrement. Souvent, le montant des salaires et des allocations, quand elles existent encore, ne permet pas aux civils empochés de faire vivre leur famille. Le travail au noir et le troc d’activités se développent encore plus qu’auparavant.

    13La première difficulté que doit affronter la majorité des civils est bien évidemment celle de leur alimentation. À la fin du mois d’août 1944, les réserves alimentaires des troupes allemandes empochées sont à peine suffisantes pour tenir cinquante-deux jours, et la situation risque de se dégrader rapidement, surtout dans la partie nord de la poche, riche en terres d’élevage mais pauvre en blé. À partir de septembre, les militaires allemands procèdent à de nombreuses réquisitions de récoltes. Le sud Loire doit fournir 30 tonnes de blé par mois, 20 tonnes de pommes de terre, 2,5 tonnes de viande et 25 tonnes de fourrage. Le blé réquisitionné sert à faire de la farine et du pain à l’intérieur de la base sous-marine. La viande de bétail réquisitionnée est stockée dans l’entrepôt frigorifique tout proche. À la fin du mois de septembre, les réserves de vivres ainsi engrangées sont estimées à treize mois, mais seulement pour les besoins des soldats allemands9. Inévitablement, ces réquisitions répétées accentuent la pénurie alimentaire subie par les populations civiles. Avec les restrictions et le marché noir, le prix des aliments est multiplié parfois par dix.

    14L’état-major allemand de la poche prend alors conscience des dangers que pourraient représenter des civils affamés. Pour limiter le risque d’une révolte des ventres creux, les Allemands estiment qu’il faudrait évacuer « les bouches inutiles » en dehors de la poche, soit au moins 50 000 civils sur les 124 000 empochés. C’est pourquoi ils acceptent la sortie de convois de trains de réfugiés et l’entrée de trains de ravitaillement pour les civils, après des négociations difficiles avec les autorités françaises10. Ces convois ferroviaires s’effectuent sous le contrôle de la Croix-Rouge française. Ainsi plus de 20 000 civils quittent le territoire de la poche en 15 convois spécifiques transportant chacun jusqu’à 1 200 personnes, la plupart en janvier et février 1945. Des trains de ravitaillement en mars et avril 1945 transportent également des civils au retour (fig. 4).

    Figure 4. – Train de réfugiés quittant la poche pour Nantes, le 24 octobre 1944.

    Collection Écomusée de Saint-Nazaire.

    15Le ravitaillement devient la grande obsession quotidienne des civils. Entre empochés, on ne parle que de cela. Comme ailleurs, les tickets de rationnement existent pour pouvoir se procurer un minimum vital. Mais les comptoirs des commerces sont pour la plupart du temps vides. Nombreux sont ceux qui sillonnent les campagnes voisines en rêvant de rapporter au moins l’introuvable farine dont on fait le pain. Les gens partent à pied, à vélo, en charrette à bras, en brouette… Quand, par chance, ils réussissent à rapporter quelques précieuses denrées, ils rencontrent une fois sur deux des soldats allemands qui les dévalisent aussitôt. Fort heureusement, 1944 est une année à pommes et les récoltes abondantes de ce fruit à l’automne permettent à certains de réduire le déficit alimentaire pendant l’hiver. Pour le reste, le règne du succédané et des ersatz s’installe progressivement pour remplacer certaines nourritures de base depuis longtemps introuvables.

    16La cuisson des aliments et le chauffage constituent également des problèmes quotidiens pour ces civils. L’hiver 1944-1945 est très rigoureux et les réserves de bois coupés et de charbon sont épuisées. En l’absence d’allumettes, il est nécessaire de conserver la chaleur et le feu dans les maisons, et le feu continu de la cuisinière règne en maître dans les foyers des empochés, pour le chauffage comme pour la cuisson des aliments. Tout est bon pour se chauffer, et l’on brûle même des meubles et des portes intérieures ! Dans les marais de la Brière, la tourbe traditionnelle alimente les fourneaux. Dans d’autres zones rurales, des excréments de bétails séchés servent de combustible. Sur le littoral, on a recours aux aiguilles et aux pommes de pins. Les briques réfractaires, placées dans le four de la cuisinière, permettent ensuite de chauffer les lits. Ceux qui entretiennent une cheminée ressortent les bassinoires.

    17Le courant électrique fait défaut la plupart du temps. Pour s’éclairer, les lampes à pétrole, les bougeoirs et autres chandeliers sont remis en service. Des bougies sont fabriquées avec des pompes à vélo et de la cire, puis avec du suif ou avec toute autre graisse animale11. Des briquets de substitution sont confectionnés à l’aide de magnétos de voitures. Les lampes à carbure remplacent progressivement les lampes à pétrole. Le système D et la bricole se développent ainsi à l’infini12. Les plus ingénieux construisent des éoliennes de fortune fixées sur le toit de leur maison pour produire de l’électricité. D’autres ont recours à « l’énergie pédale ». Des lampadaires à vélo sont fabriqués à l’aide des cadres, des roues arrière et des pédaliers de vieux vélos, fixés à des chaises et reliés à des dynamos. Et à coups de pédales, l’énergie mécanique se transforme en électricité jusqu’à ce que les lampes viennent aussi à manquer.

    18La situation sanitaire pour les civils se dégrade rapidement. La pénurie de certains médicaments se fait sentir pendant l’hiver. Seul l’hôpital de Savenay peut recevoir les malades de la presqu’île guérandaise, celui de Saint-Nazaire a été détruit par les bombardements alliés de 1943. Les équipes d’urgence des bénévoles de la Croix-Rouge de Savenay s’activent avec les moyens du bord, en utilisant vélos et tandem attelés à des remorques aménagées en civières pour le transport des malades et des blessés, afin de remplacer leur camionnette ambulance immobilisée faute de carburant13. Quant aux médecins et aux sages-femmes, la bicyclette devient leur unique moyen de déplacement pour aller au chevet des patients et des futures accouchées. La majorité des autres civils utilisent leur vélo lorsqu’ils ont pu le garder. Mais la petite reine est très vite convoitée par les militaires allemands, qui réquisitionnent d’office les vélos qui sont en meilleur état pour leur propre besoin. Les pneus viennent à manquer après plus de quatre années d’occupation. Des empochés les remplacent par des pneus confectionnés avec des bouts de vieux tuyaux d’arrosage ou des bouchons de liège fixés avec des ficelles sur les jantes des roues (fig. 5).

    Figure 5. – Transport de blessé par la Croix-Rouge de Savenay en tandem avec un brancard sur une remorque.

    Collection écomusée de Saint-Nazaire.

    19Si la nourriture manque, il en est de même pour les vêtements dans certaines parties de la poche. Or il s’agit de se vêtir dignement pour célébrer certains heureux événements tels que des naissances, des mariages ou des fêtes religieuses. Des femmes trouvent des solutions pour ces moments particuliers et pour les membres de leur famille au quotidien. Des pantalons, costumes, manteaux sont taillés dans des couvertures teintées en de nouveaux coloris. Du troc se fait auprès de soldats allemands pour avoir le tissu bleu et blanc qui couvre leurs couchages. C’est ainsi que de nombreuses chemises paillasses sont portées. Avec des restes de laine, les mères tricotent des écharpes et des pulls pour leurs enfants, bienvenus en cet hiver rigoureux. De vieilles chaussures sont rafistolées avec des semelles de bois, de liège, de fonds de culottes de pantalons. Les sabots et les galoches sont ressortis et repeints.

    20Pendant le Noël 1944, les enfants ne sont pas oubliés. Beaucoup de parents fabriquent des jouets avec des matériaux de récupération. D’autres jouets sont confectionnés par des ouvriers sur leurs machines aux chantiers navals nazairiens. En Brière, à Crossac, le comité de réfugiés organise un arbre de Noël pour tous les enfants de la commune, qu’ils soient réfugiés ou autochtones. À Sainte-Reine-de-Bretagne, où les moulins à vent fonctionnent encore, on produit assez de farine pour distribuer des brioches à tous les enfants de la commune. Aux douze coups de minuit, certains se mettent à chanter :

    Ô triste Noël
    Sans pain, sans chandelle.
    Ô triste Noël
    Tout paraît si noir.
    Ce triste Noël
    Chantons-le quand même.
    Chantons tous Noël,
    Fête de l’espoir.

    Face à l’occupant

    21Dès septembre, le général Junck, commandant de la Festung, donne des ordres à la sous-préfecture de Saint-Nazaire, alors repliée dans la mairie de Pontchâteau, pour contrôler les faits et gestes de la population civile de la poche. Chaque maire est tenu d’imposer à ses administrés des consignes strictes : respecter le couvre-feu de 21 h 30 le soir à 5 h 30 le matin, interdire tout rassemblement public, recenser et contrôler les habitants maison par maison.

    « Chaque maison habitée par des Français, la liste nominative des habitants devra être affichée à l’intérieur et à l’extérieur de la porte d’entrée. Cette liste devra être datée et munie du cachet de la mairie et de la signature du maire. Les personnes désignées sur la liste devront être présentes dans la maison pendant les heures d’interdiction de la circulation. Ceux qui hébergent des terroristes verront leurs demeures incendiées14. »

    22En dehors des horaires du couvre-feu où les civils doivent rester chez eux, un système de liberté surveillée est institué par l’occupant. Il faut des cartes pour travailler, et sans certificat de travail les choses se compliquent pour avoir une carte d’alimentation, des tickets de rationnement pour manger, boire, s’habiller, se chausser… Tous les déplacements doivent être justifiés par des laissez-passer ou ausweis. Le sauf-conduit est une denrée périssable, difficile à obtenir, soumis au bon vouloir des autorités allemandes. Une circulaire du 20 février 1945 renforce ce régime par l’instauration d’ausweis spéciaux pour circuler dans tout le secteur stratégique de Saint-Nazaire et de sa base de sous-marins dans un rayon de dix kilomètres. Pendant toute cette période, la tension monte progressivement avec les militaires allemands, qui multiplient les exactions particulièrement dans les zones rurales et reculées.

    23La résistance face à l’occupant s’organise progressivement sous plusieurs formes. Trois grands réseaux se constituent, FFI, FTP et Berry. Leur mission principale est d’abord de renseigner les états-majors alliés sur les positions et les mouvements des occupants. Certains résistants sont arrêtés, souvent après dénonciation, puis internés dans le camp Franco à Montoir de Bretagne ou dans la prison de Saint-Nazaire. Parmi eux, Jean de Neyman est fusillé en 1944 et Jean Brossaud est mort en déportation en 1945. Il faut également se tenir prêts à intervenir pour d’éventuels combats lors de la Libération. Ainsi, vers le 20 avril 1945, des estimations font état de 2 000 résistants prêts à passer à l’action à l’intérieur de la poche (fig. 6).

    Figure 6. – Croquis d’une centrale électrique réalisé par un empoché.

    Collection écomusée de Saint-Nazaire.

    24Les réseaux de résistance organisent également les évasions, utilisant trois moyens pour sortir de la poche. La voie maritime avec les bateaux de pêcheurs depuis les ports du Pouliguen et du Croisic qui permettent de relier le Morbihan et la Vendée. La voie fluviale est également empruntée, sur la Loire à partir du port de Lavau et de ses pêcheurs, ou vers le nord-ouest à partir des rives de la Vilaine avec des chalands. Enfin la voie terrestre est la plus risquée car il faut éviter les champs de mines et les patrouilles allemandes. Les quatre principales missions pour ces passeurs consistent à transmettre aux forces alliées des renseignements sur les occupants allemands, d’envoyer en zone libre des soldats et des aviateurs alliés évadés de camps de prisonniers, de faire passer des déserteurs allemands et particulièrement ceux d’origine russe et polonaise, et enfin de permettre à des civils empochés de pouvoir rejoindre les troupes de résistants sur le front. Huit passeurs de la Vilaine à Saint-Dolay et un passeur de la Loire à Lavau sont capturés et condamnés à mort, leurs peines se trouvant commuées à la prison à perpétuité… jusqu’à la libération de la poche.

    25La dernière forme de résistance consiste par tous les moyens à faire circuler auprès du plus grand nombre d’empochés le maximum d’informations en provenance du monde extérieur libéré ou en voie de l’être, notamment par les communiqués de la Résistance. Les quelques journaux régionaux ont cessé de paraître faute de papier ou d’autorisation, et les journaux nationaux ne dépassent pas Nantes. Seule l’écoute de Radio Londres, le bouche-à-oreille et le maigre courrier censuré que parviennent à faire passer à l’intérieur de la poche des membres de la Croix-Rouge permettent de s’informer. La majorité des postes de TSF ont déjà été confisqués par les Allemands dès le début de l’occupation. Très vite, les anciens postes à galène font leur réapparition. Ils ont l’avantage de pouvoir fonctionner sans électricité. L’écoute est individuelle et s’opère avec un casque fait de deux écouteurs récupérés sur d’anciens téléphones. Pour pallier ce type d’écoute limitée, certains inventent un haut-parleur original avec une soupière vide qui fait office de caisse de résonnance. D’autres empochés utilisent « la radio pédale ». Une radio normale, non confisquée par l’occupant, est alimentée grâce à une dynamo reliée à un pédalier de vélo (fig. 7).

    Figure 7. – Une radio pédale clandestine à La Chapelle-des-Marais, en Brière, 1945.

    Collection écomusée de Saint-Nazaire.

    26L’écoute des informations est collective et toujours clandestine. Une ou plusieurs personnes rédigent à la main ou à l’aide d’une machine à écrire des retranscriptions des informations récoltées. Ces pages sont recopiées en plusieurs exemplaires pour constituer des sortes de journaux clandestins. Ils sont ensuite diffusés dans des endroits précis sur le territoire. L’expérience réussie commence à La Baule pour s’étendre jusqu’à La Roche Bernard. D’autres journaux voient également le jour sur le même principe à Paimboeuf, Trignac et Guérande. Ils s’appellent Radio Espoir.

    ⁂

    27La poche de Saint-Nazaire est la dernière à être libérée, vingt-quatre heures après celle de Lorient, selon un ordonnancement bien arrêté par les états-majors alliés. Après d’âpres négociations pendant un mois, la reddition inconditionnelle des forces allemandes est acceptée et signée à Cordemais le 8 mai 1945. Elle s’officialise le 11 mai au matin à Bouvron où le général Junck remet symboliquement son arme personnelle au général américain Kramer en présence du général français Raymond Chomel, le commandant des bataillons de résistants encerclant la poche. Bien avant cette cérémonie et dès 7 heures du matin, les colonnes militaires de libération pénètrent dans tout le territoire de la poche sans rencontrer de résistance armée, sous les ovations des empochés (fig. 8).

    Figure 8. – Une femme offrant un bouquet de fleurs à un soldat américain au Pouliguen, le 11 mai 1945.

    Collection écomusée de Saint-Nazaire.

    28Au lendemain de la Libération, la poche se présente comme une vaste étendue sinistrée. Dans les zones rurales, 20 000 exploitations agricoles sont dévastées. Le cheptel est quasi anéanti et 6 000 hectares de terres agricoles sont minés. Les villes de Saint-Nazaire, Trignac et Donges sont à l’état de ruine. Le port et l’estuaire de la Loire sont encombrés d’épaves de navires coulés. Les réfugiés nazairiens, qui avaient été évacués en 1943, doivent encore faire preuve de patience pendant plusieurs mois avant de pénétrer à nouveau dans leur ville, à cause de la présence des mines et des bombes non explosées.

    29La vie publique de cette cité reprend progressivement ses droits. Symboliquement, le premier conseil municipal de l’après-guerre, restreint, se déroule le 9 juin devant la façade en ruine de l’hôtel de ville, le jour de la levée de l’état de siège. C’est dans ce contexte particulier que le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire et figure emblématique de la France libre, parcourt le 23 juillet les rues de la ville détruite et prononce un discours à l’intérieur des chantiers navals. Il écrit sur le livre d’or de la ville cette simple phrase : « À Saint-Nazaire, qui est un exemple et un espoir ! » Le 22 mai 1949, le président de la République Vincent Auriol vient à Saint-Nazaire pour remettre officiellement une double décoration à la ville : la Légion d’honneur et la croix de guerre. Le texte de la citation pour l’attribution de la Légion d’honneur se termine ainsi : « Saint-Nazaire, toujours enchaînée, meurtrie, triomphante, a lutté et n’a jamais consenti. »

    30Au-delà de ces hommages et de cette reconnaissance, l’histoire de la poche de Saint-Nazaire et de la vie quotidienne de ses habitants révèlent un certain nombre de spécificités et de caractéristiques des poches de l’Atlantique. Le sentiment d’isolement tout d’abord, marqué par un statut juridique et administratif confirmant leur état d’enfermement vis-à-vis du monde libéré, renforcé par une cohabitation particulièrement délicate entre assiégés civils et militaires ennemis qui amplifie les difficultés de l’Occupation. La grande fragilité psychologique et matérielle, accentué chez certains d’entre eux par leur situation de sinistrés éparpillés sur tout un territoire et vivant dans les conditions extrêmes des réfugiés, et une vie quotidienne fortement marquée par des conditions économiques et sanitaires bien plus difficiles que pendant les années précédentes de l’Occupation, renforce encore ce sentiment d’isolement par une forme d’injustice. Ces conditions difficiles accentuent une prise de conscience d’une identité collective singulière, celle d’empoché, puis de dépoché.

    Notes de bas de page

    1L’encerclement progressif de la région nazairienne se produit pendant le mois d’août 1944. Après la percée d’Avranches, la progression de la 3e armée du général Patton est rapide avec la libération de Rennes dès le 4 août. Les Américains privilégient ensuite deux axes de pénétration vers le Sud au départ de Redon, vers Nantes/Angers et vers Vannes/Lorient. Ce choix stratégique américain permet aux Allemands de se replier vers Saint-Nazaire et de consolider rapidement le front nord de la région nazairienne entre la Vilaine et le tronçon voisin du canal de Nantes à Brest. Voir les articles de Christian Bougeard et de Jacqueline Sainclivier.

    2Les journées d’études sur les poches du littoral occidental de la France (21-22 octobre 2005), organisées à Rochefort par le CRDHM et le département Marine du Service historique de la Défense, ont constitué une première approche globale des poches sur le plan militaire. Une seule intervention avait été consacrée aux civils assiégés, avec l’exemple de la poche de Saint-Nazaire.

    3Des membres de l’association Aremors ont collecté en 1985 des témoignages de résistants et de civils, qui ont été publiés sous forme de cahiers. Des soirées « Mémoire de la poche de Saint-Nazaire » ont été réalisées en 1995, 2005, 2015 avec le journal Ouest-France, France bleue Loire Océan et l’écomusée de Saint-Nazaire. Ces manifestations ont permis de collecter et d’enregistrer des témoignages, mais aussi des objets, qui nourrissent le contenu de cet article, et qui sont conservés à l’écomusée.

    4La collaboration dans la poche n’est pas ignorée, elle existe bien réellement, mais elle n’est pas abordée dans cette communication. Elle est plus largement développée dans la communication de Marc Bergère sur l’épuration.

    5Sicard Daniel, La poche de Saint-Nazaire, Nantes, Éditions Siloë, 2005. Cet ouvrage présente, sous une forme synthétique, les principaux sujets de la poche en s’appuyant sur une sélection de résultats de collectes de témoignages et d’objets effectuées en 1985, 1995 et 2005.

    6Gueriff Fernand, Saint-Nazaire sous l’occupation allemande, La Baule, Éditions des Paludiers, 1971. L’auteur de cet ouvrage ne mentionne pas ses sources en attribuant cette citation à l’amiral Dönitz.

    7Cette distinction entre le nord et le sud dans les milieux ruraux a été constatée à la suite des soirées « Mémoire de la poche » effectuées en 2005.

    8Ces deux textes, collectés auprès d’anciens empochés en 1995, sont consultables au centre de documentation de l’Écomusée de Saint-Nazaire.

    9Mais une partie de ces réquisitions, notamment de farine et de viande, servent également à approvisionner ponctuellement les soldats allemands de la poche de Lorient, avec des navettes de sous-marins entre les deux poches. Si bien que le risque de pénurie alimentaire chez les militaires de la poche de Saint-Nazaire demeure une réalité.

    10Les Allemands obtiennent également en contrepartie de la sortie de ces réfugiés du charbon pour leurs propres besoins pendant l’hiver 1944-1945. La distribution des vivres provenant des convois de ravitaillement rentrant dans la poche se fait par des membres des comités de réfugiés et de la Croix-Rouge auprès des personnes les plus nécessiteuses.

    11Les pompes à vélo servent à mouler la cire préalablement fondue pour obtenir ainsi des bougies.

    12Sicard Daniel, La poche de Saint-Nazaire, op. cit., p. 44-49.

    13Quelques rares commerçants et livreurs réussissent encore à circuler avec leurs véhicules, en les équipant de gazogènes à épurateur, pour remplacer le carburant d’essence.

    14Lettre circulaire du sous-préfet aux maires, 23 septembre 1944. Un exemplaire est consultable au centre de documentation de l’écomusée de Saint-Nazaire.

    Auteur

    • Daniel Sicard

      Daniel Sicard a été directeur culturel et conservateur du patrimoine de musée à l’établissement public local Saint-Nazaire Tourisme et Patrimoine (2009-2013) et directeur de musée et conservateur du patrimoine à l’écomusée de Saint-Nazaire, musée de France (1983-2008). Il a enseigné à l’université de Nantes. C’est un spécialiste de l’histoire de la région nazairienne et tout particulièrement de l’histoire de la poche de Saint-Nazaire.

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    1L’encerclement progressif de la région nazairienne se produit pendant le mois d’août 1944. Après la percée d’Avranches, la progression de la 3e armée du général Patton est rapide avec la libération de Rennes dès le 4 août. Les Américains privilégient ensuite deux axes de pénétration vers le Sud au départ de Redon, vers Nantes/Angers et vers Vannes/Lorient. Ce choix stratégique américain permet aux Allemands de se replier vers Saint-Nazaire et de consolider rapidement le front nord de la région nazairienne entre la Vilaine et le tronçon voisin du canal de Nantes à Brest. Voir les articles de Christian Bougeard et de Jacqueline Sainclivier.

    2Les journées d’études sur les poches du littoral occidental de la France (21-22 octobre 2005), organisées à Rochefort par le CRDHM et le département Marine du Service historique de la Défense, ont constitué une première approche globale des poches sur le plan militaire. Une seule intervention avait été consacrée aux civils assiégés, avec l’exemple de la poche de Saint-Nazaire.

    3Des membres de l’association Aremors ont collecté en 1985 des témoignages de résistants et de civils, qui ont été publiés sous forme de cahiers. Des soirées « Mémoire de la poche de Saint-Nazaire » ont été réalisées en 1995, 2005, 2015 avec le journal Ouest-France, France bleue Loire Océan et l’écomusée de Saint-Nazaire. Ces manifestations ont permis de collecter et d’enregistrer des témoignages, mais aussi des objets, qui nourrissent le contenu de cet article, et qui sont conservés à l’écomusée.

    4La collaboration dans la poche n’est pas ignorée, elle existe bien réellement, mais elle n’est pas abordée dans cette communication. Elle est plus largement développée dans la communication de Marc Bergère sur l’épuration.

    5Sicard Daniel, La poche de Saint-Nazaire, Nantes, Éditions Siloë, 2005. Cet ouvrage présente, sous une forme synthétique, les principaux sujets de la poche en s’appuyant sur une sélection de résultats de collectes de témoignages et d’objets effectuées en 1985, 1995 et 2005.

    6Gueriff Fernand, Saint-Nazaire sous l’occupation allemande, La Baule, Éditions des Paludiers, 1971. L’auteur de cet ouvrage ne mentionne pas ses sources en attribuant cette citation à l’amiral Dönitz.

    7Cette distinction entre le nord et le sud dans les milieux ruraux a été constatée à la suite des soirées « Mémoire de la poche » effectuées en 2005.

    8Ces deux textes, collectés auprès d’anciens empochés en 1995, sont consultables au centre de documentation de l’Écomusée de Saint-Nazaire.

    9Mais une partie de ces réquisitions, notamment de farine et de viande, servent également à approvisionner ponctuellement les soldats allemands de la poche de Lorient, avec des navettes de sous-marins entre les deux poches. Si bien que le risque de pénurie alimentaire chez les militaires de la poche de Saint-Nazaire demeure une réalité.

    10Les Allemands obtiennent également en contrepartie de la sortie de ces réfugiés du charbon pour leurs propres besoins pendant l’hiver 1944-1945. La distribution des vivres provenant des convois de ravitaillement rentrant dans la poche se fait par des membres des comités de réfugiés et de la Croix-Rouge auprès des personnes les plus nécessiteuses.

    11Les pompes à vélo servent à mouler la cire préalablement fondue pour obtenir ainsi des bougies.

    12Sicard Daniel, La poche de Saint-Nazaire, op. cit., p. 44-49.

    13Quelques rares commerçants et livreurs réussissent encore à circuler avec leurs véhicules, en les équipant de gazogènes à épurateur, pour remplacer le carburant d’essence.

    14Lettre circulaire du sous-préfet aux maires, 23 septembre 1944. Un exemplaire est consultable au centre de documentation de l’écomusée de Saint-Nazaire.

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    Sicard, D. (2019). Le quotidien des civils empochés de la région de Saint-Nazaire. In M. Catala (éd.), Les poches de l’Atlantique 1944-1945. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14qal
    Sicard, Daniel. « Le quotidien des civils empochés de la région de Saint-Nazaire ». In Les poches de l’Atlantique 1944-1945, édité par Michel Catala. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14qal.
    Sicard, Daniel. « Le quotidien des civils empochés de la région de Saint-Nazaire ». Les poches de l’Atlantique 1944-1945, édité par Michel Catala, Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14qal.

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    Catala, M. (éd.). (2019). Les poches de l’Atlantique 1944-1945. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14qcz
    Catala, Michel, éd. Les poches de l’Atlantique 1944-1945. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14qcz.
    Catala, Michel, éditeur. Les poches de l’Atlantique 1944-1945. Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14qcz.
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