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    Plan détaillé Texte intégral L’image de Brest et de la Bretagne Pourquoi la France ? Pourquoi Brest ? Les interprétations du « romantisme » (làngmàn) français Comment le terme làngmàn est-il associé aux marques de mode et de luxe françaises ? Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Bretagne : migrations et identités

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    Table des matières

    De la « France romantique » à l’image de Brest : représentations chinoises

    Chang Liu

    p. 345-359

    Texte intégral L’image de Brest et de la Bretagne Pourquoi la France ? Pourquoi Brest ? Les représentations de la vie en Chine Les représentations de l’enseignement supérieur en Chine Les représentations du monde du travail en Chine L’agence intermédiaire en Chine L’attirance pour la France Les interprétations du « romantisme » (làngmàn) français Comment le terme làngmàn est-il associé aux marques de mode et de luxe françaises ? Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1En Chine, le qualificatif presque systématiquement utilisé pour désigner la France, sans réflexion préalable, est « romantique ». Ce qualificatif, toutefois, vaut-il pour l’ensemble du pays ? Il ressort de notre étude, d’une part, que les résidents chinois1 à Brest ont une perception ambivalente de cette ville et, d’autre part, qu’ils n’ont plus une vision très romantique de la France.

    2Dans un premier temps, nous exposerons l’image que les Chinois interviewés se font de la cité du Ponant. Puis, nous détaillerons les éléments de décision qui les ont amenés à choisir de séjourner en France, afin de comprendre l’ambivalence de leur rapport à Brest. Ensuite, nous chercherons la signification de l’expression « France romantique » ainsi que, tout simplement, du mot « romantique » pour les Chinois. Enfin, nous tenterons de comprendre les raisons pour lesquelles leur vision du « romantisme français » est liée à des particularités de la société chinoise.

    L’image de Brest et de la Bretagne

    3Brest ne bénéficie pas de la réputation dont jouissent des villes comme Paris, Bordeaux, Marseille ou Nice. Beaucoup d’enquêtés ne la connaissaient pas avant d’arriver en France ou de concevoir le projet d’y venir. Lorsque les enquêtés chinois résument leur image de la ville de Brest, ils ne parlent assurément pas d’une ville romantique comme Paris. Néanmoins, Brest est très souvent perçu comme une « petite » ville « tranquille » et « agréable à vivre ».

    4« Petite ville » est un sentiment évoqué de façon récurrente chez les Chinois interviewés : taille de la ville, largeur des rues, nombre de passants dans les rues, diversité de choix pour les produits de consommation, niveau de célébrité en Chine, etc. Même si, par rapport aux villes chinoises dans lesquelles les niveaux de vie diffèrent énormément, la notion de petite ville ou de grande ville n’a guère de signification en France, « petite » peut toutefois comporter une connotation négative à cause de la carence en services ou en animations commerciales. Car, pour bon nombre de Chinois, et plus encore pour les Chinoises, le shopping est leur loisir principal en Chine, où l’ensemble des magasins est ouvert chaque jour de la semaine. Ainsi, le dimanche à Brest peut leur paraître particulièrement « ennuyeux », en raison de la fermeture des commerces et de la réduction de trafic des transports en commun, qui suscitent une vive incompréhension de leur part.

    5D’un autre côté, cette ville tranquille est moins « papillonnante » et moins encombrée que les villes chinoises ou que d’autres grandes villes françaises. Cette tranquillité offre un cadre plus propice aux études et correspond, en outre, au goût personnel de certains Chinois qui s’y sont installés en famille. Selon eux, une grande ville pourrait, certes, leur procurer plus de choix en matière de produits asiatiques, davantage d’opportunités de carrière et plus d’amis, mais ils préfèrent néanmoins Brest où ils ont moins le sentiment d’être perdus et oppressés par un rythme de vie trop rapide.

    6D’ailleurs, une proportion non négligeable d’enquêtés apprécie l’environnement naturel sain de Brest. La mention de « l’air non pollué » revient de façon récurrente, ce qui s’explique par le fait que Brest se situe « près de la mer ». De ce point de vue, beaucoup éprouvent un sentiment contraire lorsqu’ils évoquent Paris, la ville dont ils avaient tant rêvé avant leur arrivée en France.

    7En ce qui concerne la population locale, les Chinois interviewés trouvent les Brestois « sympathiques » et « sincères ». Ils considèrent les relations avec eux plus « simples » et « moins froides » que celles qu’ils ont connues ailleurs. Ils déclarent ne pas sentir de rejet de la part des Brestois et cette attitude amicale leur importe beaucoup. En effet, à aucun moment les enquêtés chinois n’oublient qu’ils vivent en dehors de leur pays natal ; ils sont donc très satisfaits de cette tranquillité dans leur relation avec les Brestois.

    8Si nous résumons le propos des enquêtés, tous, avant d’atterrir en France, voulaient voir Paris. Cette ville symbolique représente à leurs yeux – sans grande surprise – la capitale du « romantisme », de la mode, de l’art, de la culture, de l’amour, etc. En somme, c’est pour les Chinois « la première ville à visiter en Europe ». Néanmoins, après avoir visité les quelques sites que les médias ou les publicités touristiques chinoises présentent comme incontournables, beaucoup considèrent Paris comme « décevante », « sale » et « chère ». Ils la trouvent, en outre, « insécurisée », car ils n’y voient pas que « des Français de souche ». Cependant, cela n’empêche pas les jeunes étudiants chinois, qui ont effectué leur préparation linguistique à Brest, d’éprouver l’envie d’entrer ensuite dans une université parisienne. Les universités parisiennes sont, en effet, aussi reconnues par les Chinois que la ville de Paris elle-même. La réputation de ces universités aura une valeur symbolique, ou réelle, pour ces jeunes chinois, lorsqu’ils entreront sur le marché du travail chinois.

    9Après avoir survolé l’image de la France chez les enquêtés, une question s’impose : puisque – la ville de Brest n’étant pas connue en Chine – la plupart d’entre eux n’en avaient jamais entendu parler avant de préparer leur séjour en France, comment se fait-il qu’ils s’y soient rendus ? Il convient, pour pouvoir répondre à cette question, de s’interroger préalablement sur les raisons pour lesquelles ils ont choisi la France comme destination.

    Pourquoi la France ? Pourquoi Brest ?

    10Les départs de Chinois vers la France sont souvent liés à leur état d’esprit et à la vie qu’ils mènent en Chine. On peut distinguer deux types de motivations au départ : les uns font vraiment le choix de la France2 ; les autres souhaitent simplement se rendre à l’étranger, quelle que soit la destination. Les enquêtés chinois que nous avons interviewés se situent plutôt dans le second cas. À leurs yeux, le fait de venir en France représente avant tout une nouvelle découverte à l’étranger. Mais ils auraient pu choisir un autre pays. Selon nos études, trois éléments ont fait pencher la balance en faveur du choix de la France : leurs représentations de la vie en Chine, le rôle de l’agence intermédiaire en Chine et l’attirance pour la France.

    Les représentations de la vie en Chine

    11Les représentations que les Chinois interviewés se font de la vie en Chine englobent une multitude d’aspects : le fonctionnement du système éducatif, l’ambiance au travail, l’environnement naturel, etc. Cependant, les paragraphes suivants porteront exclusivement sur les questions de l’enseignement supérieur et du travail, car ce sont souvent des situations insatisfaisantes en ces deux domaines qui encouragent les Chinois à partir à l’étranger.

    Les représentations de l’enseignement supérieur en Chine

    12Le système éducatif est extrêmement concurrentiel en Chine, où les études ont toujours joué un rôle important pour la réussite professionnelle et l’ascension sociale3. Depuis 1999, la Chine a lancé une massification des universités, au point que le taux de recrutement atteint presque 70 % en 2006. Par conséquent :

    « La question n’est plus d’entrer dans une université, mais dans une université prestigieuse. […] Que ce soient les parents ou les enfants chinois, tous espèrent entrer dans une université connue [car] les universités connues signifient une meilleure équipe d’enseignement et une meilleure ambiance, donc, pour les jeunes qui y étudient, plus de valeur sur le marché du travail4. »

    13C’est une des raisons qui expliquent que les Chinois éprouvent une forte attirance pour les universités reconnues.

    14En Chine, actuellement, détenir un diplôme de licence n’est plus aussi valorisant que dans les années quatre-vingt. Un phénomène paradoxal se produit : « Le diplôme universitaire est plus que jamais nécessaire pour trouver un bon travail, mais il est aussi de plus en plus insuffisant5. » Face à ce paradoxe qui dévalorise le diplôme de licence en Chine, deux phénomènes dérivés surviennent en amont et en aval des études de licence.

    15Avant d’étudier en licence, le fait de ne pas pouvoir entrer dans une grande université chinoise est considéré comme un échec. Ce résultat pousse les jeunes, soit à intégrer à contrecœur une « mauvaise » université, soit à « se faire mousser » (dùjīn) en obtenant un diplôme occidental. Une analyse des scores obtenus au Gāokăo, concours d’entrée dans l’enseignement supérieur, indique qu’« une proportion notoire des étudiants chinois en France ne pouvait pas être admis dans les meilleures universités chinoises6 ».

    16Après l’obtention d’un diplôme de licence, de plus en plus d’étudiants continuent leur formation en master ou en doctorat, qui sélectionnent également par un concours hautement concurrentiel. Ainsi, le projet d’études à l’étranger représente une autre possibilité, voire un dernier recours. Comme l’explique un doctorant en biologie, âgé de trente ans et vivant à Brest, au sujet de son départ en France :

    « Juste un peu avant la fin de mes études en licence, les gens de ma promo, comment dire, rêvaient d’un avenir radieux. On rêvait, mais… C’est évident : si l’on peut avoir un bon travail avec le diplôme de licence, qui veut passer le concours d’entrée en master ? Si l’on peut réussir le concours de master, qui veut aller à l’étranger ? »

    17Le départ à l’étranger apparaît comme une nouvelle opportunité, avec plus ou moins de difficultés. Cela peut s’avérer difficile parce qu’un tel projet demande une capacité financière familiale. Si l’étudiant ne bénéficie pas de bourses de l’État chinois, c’est à la famille de tout payer : les frais de service intermédiaire, l’apprentissage de la langue, les dépenses liées aux études et au séjour. En même temps, étudier à l’étranger peut aussi être un projet facile, car la sélection pour entrer en licence ou en master en France est nettement moins stricte qu’en Chine.

    Les représentations du monde du travail en Chine

    18Certains de nos enquêtés possédaient déjà une situation matérielle stable en Chine, mais le travail et les relations interpersonnelles représentent une source importante de fatigue physique et mentale, ce qui explique leur présence en France. Ils évoquent, par exemple, le mélange entre vie professionnelle et vie privée et la pression de l’entourage.

    19Pour comprendre les préoccupations des Chinois pour les relations humaines, dans la sphère professionnelle ou en dehors, il est important de signaler qu’ils se soucient, encore plus que dans les autres cultures, de l’image qu’ils montrent à autrui7. Comme explique Lihua Zheng :

    « La culture chinoise est centrée non sur l’individu, mais sur son environnement, c’est-à-dire, sur le groupe auquel il appartient ou auquel il s’identifie. L’homme n’y est pas tout à fait défini par lui-même, mais en partie par les gens formant avec lui un réseau de rapports (sa famille, ses relations sociales ou professionnelles). De ce fait, la convergence avec un groupe constitue à la fois un moyen d’en acquérir l’approbation et une crainte sociale8. »

    20La famille et les réseaux sociaux sont ainsi extrêmement importants car ils représentent, non seulement un moyen d’« approbation » et de « crainte » pour l’individu, mais aussi la base du fonctionnement des guānxi en Chine :

    Les guānxi « se présentent sous la forme de liens informels, personnels, basés sur une forme de réciprocité. Ils modèlent la société par des liens affectifs et éthiques dont la matérialisation s’effectue par le biais de signes extérieurs comme les cadeaux ou les banquets. […] Le but recherché au travers des guānxi est d’assurer une cohésion sociale harmonieuse9. »

    21Les guānxi complexifient, d’une certaine manière, le fonctionnement de la vie en Chine car ils jouent un rôle invisible parallèle aux démarches officielles visibles fonctionnant entre les inconnus. Pour les Chinois interviewés, les démarches administratives en France semblent plus régulières que ce double fonctionnement des guānxi et des démarches officielles en Chine :

    « Certains Chinois se plaignent beaucoup de l’administration française : le travail est lent, les gens traînent, etc. Mais c’est plus simple ici, ce sont les mêmes démarches pour tout le monde. Si c’est faisable, on fait selon les démarches ; si ce n’est pas faisable, on n’a pas besoin de chercher des guānxi ni de payer plus ou de faire n’importe quoi » (M., 45 ans, chercheur).

    22Les guānxi ne relèvent pas simplement de l’entraide entre connaissances. Souvent, il s’agit également d’une affaire d’argent entre réseaux sociaux. C’est là où la frontière entre le recours aux guānxi et la corruption est floue. Ce faisant, en Chine aujourd’hui, il est fréquent de voir utiliser les guānxi et l’argent pour faire entrer dans une université un jeune qui ne dispose pas de la note d’admission, ou pour entrer dans une unité de travail sans disposer de compétences supérieures aux autres candidats, par exemple.

    23Étant donné l’importance d’autrui et des guānxi dans les relations en Chine, il est possible et normal qu’un Chinois passe son week-end à créer ou à entretenir les relations, par exemple, sous forme de « repas de l’entregent » (yìngchóu). Ces banquets, selon les propos des Chinois interviewés, ne représentent pas un moment de détente ni de plaisir. Ils constituent un engagement volontaire ou obligé dans les activités sociales. D’ailleurs, ils occupent souvent des moments censés être personnels : le soir et le week-end.

    24Ces banquets représentent un moyen de connaître la personnalité du futur collaborateur : boire sans hésitation ce que les hôtes proposent est signe de spontanéité et de courage. Dans ces circonstances, les gens doivent montrer, par le fait de boire beaucoup d’alcool, qu’ils sont dignes de confiance. Et surtout, en agissant ainsi, ils affirment qu’ils partagent les mêmes codes de communication, et qu’il est donc possible de coopérer avec eux. Ainsi, à l’occasion d’un banquet, savoir boire est un atout ou même un savoir-faire qui favorise les rencontres et la réussite des affaires. Cette coutume de la « culture de l’alcool » contraint les Chinois à boire pour créer une bonne image d’eux-mêmes, même si cela peut nuire à leur santé.

    25Ces banquets ont souvent aussi pour but d’entretenir les réseaux sociaux. En d’autres termes, les gens ne se réunissent pas pour un projet professionnel précis. Pourtant, l’ambiance n’est pas tout à fait personnelle. Souvent, des informations relatives au travail circulent ainsi à petite échelle au cours des repas. Ces banquets représentent-ils des relations personnelles ou professionnelles ? La frontière est floue.

    26Enfin, aux yeux des Chinois que nous avons rencontrés, les fonctionnements tacites peuvent constituer à la fois une facilité dans les affaires et une complexité dans les relations interpersonnelles. Ainsi, partir à l’étranger peut représenter un moyen de fuir ces fonctionnements omniprésents et complexes.

    L’agence intermédiaire en Chine

    27Quand les Chinois préparent un séjour à l’étranger, la méconnaissance des autres pays et l’incapacité linguistique, notamment, les empêchent de préparer seuls leur départ : les services des agences intermédiaires répondent à leurs besoins. Les agences renseignent les candidats sur les pays étrangers, leur proposent des projets de départ, communiquent entre les établissements étrangers ciblés et les clients chinois, effectuent des formations linguistiques pour passer le TCF (Test de Connaissance du Français), préparent l’obtention du visa (attestation de logement, traduction des documents, formation pour l’entretien, etc.) et, à la fin, accueillent les clients à l’aéroport étranger. Dans la plupart des cas, les clients suivent les indications de l’agence, dès la première étape de « coopération » avec elle, c’est-à-dire, dès le choix de la destination.

    28Ces agences ont commencé à se développer en Chine à la fin des années quatre-vingt-dix, quand de plus en plus de Chinois ont pu partir suivre des études à l’étranger. De nos jours, alors que les besoins du marché « séjour à l’étranger » sont loin d’être satisfaits ou saturés, des problèmes spécifiques se posent aux agences intermédiaires10.

    29En premier lieu, la plupart des employés de ces agences ne disposent pas d’une qualification suffisante. Ces personnes devraient avoir reçu une formation longue ; elles devraient, idéalement, être spécialistes en langues étrangères ou en droit, et avoir accumulé, elles-mêmes, diverses expériences à l’étranger. Or, la majorité de ces employés ne répond pas au niveau d’exigence requis et sort de son champ d’activité originel.

    30En second lieu, les agences se projettent uniquement vers les profits à court terme et manquent de perspectives de développement à long terme.

    « Les agences intermédiaires incitent les gens à aller vers les directions qui les arrangent, un peu comme les entremetteuses de mariage. Si elles ont des offres d’universités françaises, elles te poussent vers la France. C’est simple : si tu pars, elles gagnent des frais de service, sinon, elles ne gagnent rien » (M., 30 ans, doctorant).

    31Ainsi, afin de maximaliser leur bénéfice, beaucoup d’agences se préoccupent davantage de faire partir leurs clients vers les destinations pour lesquelles elles ont des offres que de la qualité de leurs services.

    L’attirance pour la France

    32Partir à l’étranger implique inévitablement des dépenses coûteuses. Souvent, les frais de service versés aux agences intermédiaires atteignent 3 000 euros. Toutefois, la part la plus importante des dépenses correspond aux frais de séjour et d’étude à l’étranger.

    33Pour les enquêtés qui n’ont pas « d’objectif précis », comme ils le disent, un départ synthétise de nombreuses réflexions : les plus-values du séjour par rapport à la réussite du projet, au coût du séjour et aux facilités d’obtention du visa.

    34Concernant les dépenses, la France possède plusieurs caractéristiques : la gratuité de l’université, les aides au logement et les remboursements des frais médicaux, ce qui réduit considérablement le coût de la vie et des études dans ce pays. Cet aspect financier constitue un énorme avantage de la France sur les pays anglophones.

    35La France ne se positionne qu’au sixième rang sur le classement de Shanghai, précédée par les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Japon et le Canada11. Pour les Chinois désireux de se valoriser grâce à des expériences ou des diplômes étrangers, le coût de vie relativement bas en France compense l’attractivité internationale moins forte de ce pays par rapport aux pays anglophones. Dans la même logique, la vie moins onéreuse dans les petites villes – dont Brest fait partie selon les enquêtés chinois – compense leur attractivité moins forte par rapport aux grandes villes, plus connues en Chine.

    36Ainsi, les représentations des Chinois interviewés sur le départ vers la France sont variées. Mais le point commun est la préférence pour les pays anglophones par rapport à la France, avant de prendre en compte les frais. Néanmoins, cette vision peut s’infléchir lorsqu’il s’agit d’enquêtés dotés de diplômes de français en Chine, ou bien d’enquêtés qui avaient une raison précise de départ.

    37Comparée aux pays anglophones, si la France relève d’un second choix, elle est tout de même considérée comme le pays comparativement le plus important en Europe, avec l’Allemagne. Pour nos enquêtés, ces deux pays offrent un enseignement supérieur de bonne qualité et mieux perçu que celui des autres pays européens :

    « Puisque je dois tout payer avec mon épargne, les pays anglophones sont vraiment trop chers. Qu’est-ce qu’il reste ? La France seulement. L’Italie ou l’Espagne me paraissent moins bien que la France. Disons que l’ordre pour moi est : l’Angleterre, la France ou l’Allemagne, et ensuite l’Espagne, l’Italie. Au final, je n’avais pas d’autre choix que la France » (M., 32 ans, étudiant).

    38Ainsi, suite à l’analyse des propos des enquêtés, la place de la France parmi les pays occidentaux se dégage dans les représentations chinoises. Ces éléments d’évaluation illustrent la logique de hiérarchisation des Chinois. En effet, sur de nombreux sites internet chinois, les gens cherchent un classement des universités.

    39Une anecdote illustre parfaitement cette logique. Au cours d’une conversation avec un Chinois fraîchement débarqué en France, celui-ci a rapidement deviné mon âge, car il savait que j’étais doctorante. J’ai plaisanté en disant : « Je suis peut-être un génie qui fait une thèse à vingt-deux ans ? » et il a répondu : « Si tu étais un génie, tu serais dans une grande école à Paris, pas dans un petit endroit comme Brest. »

    40Les pays et les villes de destination sont classés au même titre que les écoles et les universités. Ce classement presque systématique sert ensuite à rechercher le meilleur rapport « qualité/prix » et une valorisation maximum de l’expérience. Il est difficile de déterminer le cheminement exact de cette logique pragmatique, mais elle s’accorde avec le classement existant dans les structures scolaires chinoises. Au fil des années, la logique de classement est intériorisée par les gens parce qu’ils ont d’abord vécu dans un système hautement sélectif, encadré par des classements ; ils ont toujours été évalués, jugés et classés. Plus tard, à leur tour, eux-mêmes classeront les choses et les gens : ce système est devenu un mode de pensée.

    41Nous avons écrit, ci-dessus, que le positionnement de la France au sixième rang du classement de Shanghai était en partie compensé par le faible coût de la vie. Mais la France jouit d’autres avantages comparatifs symboliques : sa langue et son image positive.

    42Disposer d’une compétence linguistique en une autre langue que l’anglais peut constituer un atout professionnel en Chine, où l’enseignement de l’anglais est largement répandu, donc moins rare. Ainsi, beaucoup d’enquêtés chinois considèrent la maîtrise du français comme un avantage pour la recherche d’emploi.

    43De plus, l’image séduisante de la France a attiré nos enquêtés vers ce pays. Une enquête publiée dans le journal chinois Xin Zhou Kan en novembre 2004 montre que la France est très bien placée, dans l’opinion publique chinoise, par rapport aux autres pays européens. Pour la majorité des répondants à cette enquête en effet, qui n’ont jamais franchi la frontière chinoise, la France semble le pays le plus accessible et le plus romantique de tous les pays européens.

    44Les éléments de décision qui jouent en faveur de la France englobent donc à la fois des représentations très stéréotypées et fantasmées de ce pays et des représentations de la société chinoise. Les Chinois ont une image positive de la France, associée à la renommée de sa culture et de son art. Cependant, les logiques chinoises d’évaluation jouent un rôle très important dans la réflexion. Il s’ensuit que les représentations chinoises de la vie en Chine constituent des facteurs de choix plus décisifs que les représentations de la France. Ainsi, le fait de se trouver à Brest est le résultat combiné du hasard, de critères pragmatiques et d’une image positive de la France, dont le cliché romantique fait partie.

    Les interprétations du « romantisme » (làngmàn) français

    45Quand les enquêtés abordent l’imaginaire romantique qu’ils ont de la France, ils recourent régulièrement au mot chinois làngmàn, que les dictionnaires français-chinois traduisent par l’adjectif « romantique » et le nom « romantisme ». Dans le Petit Larousse, l’adjectif « romantique » possède deux sens : « 1. Propre au romantisme ; 2. Qui touche la sensibilité, invite à l’émotion, a la rêverie. » Le mot chinois làngmàn et sa traduction française « romantique » ont-ils les mêmes connotations ? Que signifie exactement làngmàn pour les Chinois ? C’est une question clé pour comprendre les représentations que les Chinois se font des Français et de la France.

    46 Làngmàn est compose de deux idéogrammes 浪 (làng) et 漫 (màn). Le sens propre de làng est « vague », soit « soulèvement d’eau dans une étendue liquide ». En ce qui concerne màn, son sens désigne, quand il se rapporte à l’eau, « le fait de déborder ou d’inonder12 ». Lang prend le sens de vagabonder ou errer dans les mots liú làng et làng ji tianya. Làng est aussi souvent utilise dans le mot làng zĭ qui désigne des jeunes débauches, prodigues ou vagabonds. Il existe un proverbe chinois qui dit : « Quand les làng zĭ decident de se régénérer, c’est plus précieux que l’or. » C’est pourquoi, dans la langue courante, on dit que quelqu’un est làng pour dire qu’il est libertin et/ou vagabond.

    47Dans les dictionnaires de chinois moderne13, on lit fréquemment une première définition de làngmàn : « poétique, plein de fantaisie et de rêverie ». Le deuxième sens de làngmàn est lie aux rapports amoureux : « agir avec désinvolture et libertinage ; son sens figure renvoie aux caractéristiques du séducteur impénitent ».

    48Nous avons recueilli chez nos enquêtes deux formes d’interprétation de làngmàn assez proches des sens du dictionnaire chinois moderne. Très peu d’interviewes associent le làngmàn au courant littéraire et artistique du Romantisme. Pour beaucoup d’enquêtes, en revanche, làngmàn évoque avant tout les relations amoureuses et peut avoir une connotation positive et négative en même temps.

    49La connotation positive se réfère au fait d’exprimer explicitement ou ostensiblement le sentiment amoureux. Par exemple, s’embrasser dans un endroit public, ce qui n’est pas courant au sein des mœurs conventionnelles et pudiques des Chinois. La connotation négative, liée également à des mœurs libres, se rapporte à des relations non stables. Ainsi une relation làngmàn peut comprendre la première connotation positive et évoquer, en même temps, un manque de stabilité dans la relation :

    « Les Français sont làngmàn, mais moi, j’avais un peu peur. S’il m’aime bien et sort avec moi quand j’ai vingt-cinq ans, et que, quelques années après, à trente ans, il me dit qu’il ne m’aime plus, comment je fais ? » (F., 32 ans, autoentrepreneur).

    50Dans les représentations des interviewés, làngmàn peut aussi correspondre à certains modes de vie poétiques. Nous avons distingué deux modes de vie làngmàn. L’un relève d’une recherche de liberté individuelle qui ne se soucierait pas du jugement et des conventions de la société.

    « Pour nous, les peintres, prendre juste son sac à dos et vagabonder, c’est une vie làngmàn. Mais je ne peux pas faire ça en Chine ; car si je fais ça, j’aurai mes parents qui m’appelleront tous les jours et qui me demanderont : est-ce que tu penses à ton avenir ? » (F., 32 ans, autoentrepreneur).

    51L’autre mode de vie consiste en la recherche des bienfaits de l’existence, des loisirs ; des besoins, comme disent les Chinois, de « petits-bourgeois » (xiao zi), c’est-à-dire, des besoins qui ne relèvent plus seulement de la survie :

    « Les Français sont quand même plus làngmàn que les Chinois, mais pas uniquement au sein d’un couple. Ils sont làngmàn parce qu’ils ont beaucoup de vacances et qu’ils savent bien les utiliser. Même en dehors des vacances, ils sortent souvent le week-end. Ils savent bien profiter de la vie et ne sont pas comme les Chinois qui ne pensent qu’à économiser. En même temps, c’est normal, parce qu’ils ont moins de choses à prévoir (les retraites, les soins médicaux…), ils sont donc moins chargés » (M., 29 ans, doctorant).

    52Pour d’autres encore, la notion de làngmàn s’applique à l’ensemble des richesses touristiques et commerciales de la France : ils citent l’abondance des musées, monuments historiques et sites pittoresques. Ils évoquent les produits de luxe, la haute couture et la gastronomie… Bref, tous les éléments de communication publicitaire dont ils avaient eu connaissance en Chine et qu’ils continuent à désirer. Ainsi, pour beaucoup de Chinois, un voyage à Paris est làngmàn, les champs de lavande de la Provence sont làngmàn, offrir un parfum est làngmàn.

    53Nous constatons que làngmàn, dans le sens de « relation amoureuse » ou de « mode de vie libéré », s’applique à tous les contextes, qu’ils soient associés aux Français ou pas. En revanche, les deux autres connotations de làngmàn (un mode de vie de loisir, et la richesse touristique et commerciale de la France) ne sont pas indiquées dans les dictionnaires chinois. Pourtant, elles existent réellement dans l’utilisation du terme làngmàn par les Chinois que nous avons interviewés. Sont-elles trop récentes et pas assez stables pour entrer dans les dictionnaires ? Examinons de plus près l’association entre ce mot làngmàn et des particularités françaises renommées : la mode et le luxe.

    Comment le terme làngmàn est-il associé aux marques de mode et de luxe françaises ?

    54 Làngmàn commence à être associé à la France par le biais des écrits des premiers ambassadeurs chinois en Europe14. Dans les journaux de voyage, ils décrivent la grandeur des architectures, l’abondance des événements culturels et festifs à Paris15. Ils décrivent également des Français courtois et des Françaises charmantes : les danseuses sont « de gracieuses fillettes, la moitié du corps dénudée » ; les artistes sont « toutes d’exceptionnelle beauté. Elles découvrent leur poitrine et leurs épaules avant de monter en scène » et elles sont comme « des fées qui viennent de quitter le palais de jaspe16 ».

    55Ainsi, quand ces ambassadeurs exposent l’image extraordinaire de Paris, et des filles françaises, ils diffusent aussi un mode de vie occidental de l’époque. Selon Meng Hua, les « aspects matériels et culturels maintes fois répétés dans les récits de voyage ont abouti finalement à une image làngmàn de la France17 ». D’ailleurs, l’« image des Parisiennes s’oriente à l’évidence vers la connotation làngmàn au double sens du terme : elle est à la fois indication de débauche, de libertinage et de rêverie, de poésie » ; en outre, l’« image d’une France hautement civilisée renforce certainement le sens moderne du mot làngmàn18 ».

    56Sachant que la Chine de l’époque était, d’un côté, encore enfermée dans son féodalisme, et de l’autre, déboussolée par les crises extérieures et intérieures, elle découvrait là une modernité occidentale en opposition à ses traditions et à son conservatisme. La représentation chinoise des « Français romantiques » s’inscrit donc « dans une opposition tridimensionnelle de systèmes de valeurs : l’Occident contre la Chine, la modernité contre le conservatisme et la liberté individuelle contre l’intérêt du groupe. L’amour romantique organise ainsi une cohérence des significations entre la France, la modernité et la liberté19 ».

    57Ainsi, le terme làngmàn est-il associé à un mode de vie moderne et à un profil de femme moderne à la fin du xixe siècle. Comme nous l’avons mentionné plus haut, làngmàn fait également référence à la richesse commerciale française et à une culture de loisir. Il nous semble que ces nouvelles connotations ne sont qu’une mise à jour de la recherche de modernité dans un nouveau contexte historique : l’ouverture et la réforme économique de la Chine.

    58Selon une analyse des magazines féminins chinois20, depuis la fin des années 1990, la Chine a vécu une réorganisation sociale à travers le « couple consommateur » dont le fondement est la femme chinoise. La vision moderne de la vie a été diffusée par le biais des magazines de mode. Cette presse, d’origine occidentale, a exercé une fonction importante dans le changement de l’image du rôle que doit jouer la femme au sein de la famille et de la société.

    59Dans la Chine des années quatre-vingt, commençant à se désenclaver, la majorité de la population restait pauvre. La description dans les magazines chinois de la vie à l’étranger alimentait chez les jeunes des rêves de vie meilleure. Cette dernière paraissait accessible à tous, du fait de la construction de nouveaux rôles sociaux et professionnels dans la Chine post-maoïste. Au cours des années quatre-vingt-dix, les magazines de mode (représentés essentiellement par Elle, Cosmopolitan, How, Metropolis) constituaient l’innovation majeure au sein de la presse magazine chinoise. Le public ciblé par ces magazines appartenait à la nouvelle classe professionnelle montante : des femmes aisées et cultivées. En effet, les éditeurs ont le sentiment que leur clientèle principale se compose de jeunes femmes qui travaillent dans des entreprises privées21. Dans les villes modernes comme Beijing (Pékin) et Shanghai, les femmes qui ont réussi portent des vêtements importés, des bijoux en or. Parfois, les jeunes femmes des rues de Shanghai ressemblent exactement aux mannequins du magazine Elle. Il semble que les lecteurs utilisent les magazines pour diminuer la distance entre ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent être.

    60Cet auto-apprentissage du mode de vie occidental se situe dans un contexte d’ouverture progressive de la Chine et d’un accroissement de la présence de produits occidentaux mis à disposition. Dans cette société de consommation nouvelle, post-maoïste, le rapport des consommateurs chinois aux marques occidentales connaît trois phases22. En premier lieu, ces marques occidentales représentent la nouveauté (1979-1991) ; puis, elles deviennent un signe de réussite sociale, en raison de leur excellente qualité et de leur prix élevé (1991-2000). Enfin, depuis l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001, les marques occidentales sont désormais omniprésentes dans la vie quotidienne des Chinois, et leurs prix sont devenus plus accessibles.

    61Le mode de vie occidental, introduit par les biens de consommation, pénètre dans la vie des Chinois comme les gouttes d’eau qui s’infiltrent dans la terre, sans bruit, sans trace, et sans qu’on puisse, finalement, les distinguer ou les séparer. Cette influence du mode de vie occidental se répand, parallèlement, à travers les médias chinois, principalement les magazines de mode que nous venons de citer.

    62L’association de làngmàn au luxe et à la mode est récente pour les Chinois car la mode est un produit dérivé de la « consommation ostentatoire » de la « classe de loisirs » et elle vient du besoin de distinction des classes supérieures et du besoin d’imitation des autres classes23. Il est donc fort probable que la compréhension chinoise de làngmàn n’était pas liée à la « mode française ostentatoire », avant l’essor économique, avant qu’une partie de la population ne soit devenue riche, avant l’apparition d’une nouvelle classe moyenne avec son pouvoir d’achat croissant24, et avant que la société de consommation et de loisir n’imprègne l’esprit des Chinois.

    63Cette quête de la « mode française ostentatoire » a d’ailleurs tenu une place très importante dans les pays d’Asie les plus développés : d’abord au Japon, après 1960, ensuite à la fin du xxe siècle dans les zones des « quatre petits dragons » (Taïwan, Hong Kong, Corée du Sud et Singapour). Dans ces zones nouvellement développées, la mode française ostentatoire fut associée, du moins pour le Japon, à « une soif inextinguible de reconnaissance politique et d’appropriation culturelle de symboles occidentaux25 ». Cette mode ostentatoire de la France, dont le coût élevé est visible, a également, et surtout, satisfait « le besoin qu’ont les nouvelles classes dirigeantes, les industriels et leurs cadres, de marquer leur prestige social et leur puissance économique et financière ». Il semble que cet enchaînement de la croissance économique, de l’apparition de nouveaux riches et de leur quête de distinction à travers la mode ostentatoire se propage maintenant en Chine.

    64Paris, en tant que capitale de la mode du xxe siècle, est évidemment le phare de la nouvelle quête des Chinois. Cette reconnaissance vient aussi des efforts de la France. « La France du xxe siècle a pu s’auto-investir d’une nouvelle mission : donner sa mode au monde. » « Et comme pour mieux affirmer ce pouvoir nouveau, tout le poids de l’image de la mode de France s’est quasi simultanément concentré sur le seul de nom de Paris. » Depuis l’industrialisation de la mode et de la confection du prêt-à-porter dans la seconde partie du xxe siècle, « aucun des industriels français du secteur désireux d’exporter sa production ne prendrait le risque d’imprimer sur l’étiquette une autre origine que Paris26 ». Ainsi, encore une fois, le làngmàn français se trouve à la croisée des significations de Paris, des femmes modernes et du mode de vie moderne occidental.

    Conclusion

    65La portée du terme làngmàn s’inscrit dans les représentations chinoises de la modernité et de l’Occident. Les différentes acceptions de ce terme par les Chinois organisent une mise en cohérence de deux formes différentes de recherche de la modernité sous influence occidentale : l’une est consécutive à l’entrée militaire de l’Occident en Chine au moment du déclin du vieil empire chinois, à compter de 1840 ; et l’autre correspond à l’importation des produits et du mode de vie occidental après l’ouverture et la réforme de la Chine de 1979.

    66La population chinoise, qui vit actuellement dans une société de boom économique et de grande concurrence, est traversée par un besoin de distinction. Cette dernière peut s’accomplir par l’obtention d’un diplôme, un séjour à l’étranger, une course à la mode vestimentaire : tout ce qui rend plus prestigieux. Dans ce contexte social, l’Occident, dont, depuis un siècle et demi, l’apanage est la modernité, porte toujours une image de supériorité. La France, ou plus précisément Paris, capitale de la mode féminine, porte les représentations de làngmàn : les charmes français à la parisienne et la modernité occidentale. Elle représente, en creux, un nouveau modèle de vie moderne pour les Chinois. En revanche, Brest et la Bretagne ne correspondent pas à ces représentations que les Chinois se font de l’Occident, ni de la France. Cela explique la perception ambivalente que les résidents chinois se font de Brest.

    Notes de bas de page

    1Pour nos recherches sur les représentations de la France romantique chez des Chinois, nous avons conduit trente entretiens en chinois. Parmi les enquêtés, neuf n’ont jamais quitté la Chine tandis que les vingt-et-un autres ont chacun une expérience de la France, dont seize interviewés vivant en Bretagne, à Brest précisément. Les extraits d’entretien cités sont traduits du chinois.

    2Par exemple, un enquêté, ayant déjà travaillé dans le domaine de la voile en Chine, a choisi la France et Brest pour en apprendre davantage sur les voiliers. De même, une étudiante de vingt-six ans étudiait le français en Chine, en master 2 de français langue étrangère (FLE) ; elle a suivi un programme d’échange que son université chinoise avait établi avec l’université de Brest.

    3Xie Y., « Pourquoi ces Chinois ont-ils choisi d’apprendre le français ? », Synergies Chine, n ° 4, 2009, p. 139.

    4Wang Y., Brand in China (Pin pai Zhongguo), Beijing, Wu zhou chuan bo chu ban she, 2007, p. 100.

    5Hu Y., « La méritocratie et l’éducation en Chine », Pratique de formation, 2003, p. 61.

    6Pham A., « D’Erasmus à Confucius », Revue internationale et stratégique, 2011/1 n ° 81, p. 150.

    7Zheng L. H., Les Chinois de Paris et leurs jeux de face, Paris, L’Harmattan, 1995. p. 167.

    8Ibid., p. 168.

    9Padovani F., « Les guānxi au cœur de la société chinoise », in Zheng L. (dir.), Chine-France, Approches interculturelles en économie littéraire, pédagogie, philosophie et sciences humaines, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 79, p. 84.

    10Le X., Études des commerces de service dans l’éducation internationale : théorie, règle et action (Guoji jiaoyu fuwu maoyi yanjiu : lilun, guize yu xingdong), Fujian, Fu jian jiao yu chu ban she, 2005, p. 207-216.

    11Harfi M. et Mathieu C., « Classement de Shanghai et image internationale des universités : quels enjeux pour la France ? », Horizons stratégiques, n ° 2, 2006/2, p. 105.

    12La Mer des idéogrammes chinois (« 中华字海 »).

    13La définition de làngmàn dans les éditions 2008 des dictionnaires suivants : Le Grand Dictionnaire du lexique chinois (« 汉语大词典 »), le Nouveau Dictionnaire bilingue du chinois moderne (« 新现代汉语双语词典 »), le Dictionnaire du chinois appliqué (« 应用汉语词典 »), le Dictionnaire multiplexe fonction du chinois moderne (« 多功能现代汉语词典 ») ; Chen J., « La philosophie contemporaine chinoise : à partir des mots “transplantés” », Wang F., Le choix de la Chine d’aujourd’hui : entre la tradition et l’Occident, Paris, Les Indes savantes, 2009, p. 39-48.

    14Après la Guerre de l’Opium en 1840, la Chine se trouve en situation de défaite militaire face aux puissances occidentales. Cela conduit les gouverneurs chinois à envoyer des observateurs en Europe, dans l’objectif de comprendre et d’apprendre le xixue, le savoir occidental.

    15Levy A., Nouvelles lettres édifiantes et curieuses d’Extrême-Occident par des voyageurs lettrés chinois à la Belle Époque, 1866-1906, Paris, Seghers, 1986, p. 161.

    16Ibid., p. 161-163.

    17Meng H., « De Jules Aleni à Zhu Ziqing : le récit de voyage et l’émergence d’une France romantique dans la représentation chinoise », Revue de littérature comparée, 2011/1, n ° 337, p. 58.

    18Ibid., p. 53 et 56.

    19Dreyer S., « Les Français romantique, une représentation sociale du monde chinois », in Boyer H. (dir.), Stéréotypage, stéréotypes : fonctionnement ordinaires et mises en scène, t. II, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 88.

    20Andreuws F. et Shen K., « The new Chinese woman and lifestyle magazines in the late 1990s », in Link P., Madsen R. et Pickowicz P. G., Popular China : unofficial culture in a globalizing society, Oxford, Rowman & Littlefield, 2002.

    21Dans la Chine des années quatre-vingt-dix, travailler dans une entreprise privée est souvent synonyme de bonne rémunération.

    22Wang Y., Brand in China …, op. cit.

    23Godart F., Sociologie de la mode, Paris, La Découverte, 2010, p. 17.

    24Néanmoins, la particularité de la société chinoise fait qu’il est difficile de cerner ce groupe social avec les critères communs et partagés : profession, éducation et revenus. Zhou X., « La classe moyenne chinoise, réalité ou illusion ? », in Rocca J.-L. (dir.), La société chinoise vue par ses sociologues, Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Académique », 2008, p. 141-159.

    25Waquet D. et Laporte M., La Mode, Paris, PUF, 2010, p. 105.

    26Ibid., p. 97.

    Auteur

    • Chang Liu

      Auteure et traductrice (franco-chinois), docteure en sociololinguistique-études chinoises de l’université de Bretagne occidentale, à Brest, depuis 2014. Elle est membre associée du CRBC Brest. Également peintre, sa dernière exposition – Maison de la Fontaine à Brest, février-mars 2015 – dépeignait justement l’évolution de l’identité.

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    1Pour nos recherches sur les représentations de la France romantique chez des Chinois, nous avons conduit trente entretiens en chinois. Parmi les enquêtés, neuf n’ont jamais quitté la Chine tandis que les vingt-et-un autres ont chacun une expérience de la France, dont seize interviewés vivant en Bretagne, à Brest précisément. Les extraits d’entretien cités sont traduits du chinois.

    2Par exemple, un enquêté, ayant déjà travaillé dans le domaine de la voile en Chine, a choisi la France et Brest pour en apprendre davantage sur les voiliers. De même, une étudiante de vingt-six ans étudiait le français en Chine, en master 2 de français langue étrangère (FLE) ; elle a suivi un programme d’échange que son université chinoise avait établi avec l’université de Brest.

    3Xie Y., « Pourquoi ces Chinois ont-ils choisi d’apprendre le français ? », Synergies Chine, n ° 4, 2009, p. 139.

    4Wang Y., Brand in China (Pin pai Zhongguo), Beijing, Wu zhou chuan bo chu ban she, 2007, p. 100.

    5Hu Y., « La méritocratie et l’éducation en Chine », Pratique de formation, 2003, p. 61.

    6Pham A., « D’Erasmus à Confucius », Revue internationale et stratégique, 2011/1 n ° 81, p. 150.

    7Zheng L. H., Les Chinois de Paris et leurs jeux de face, Paris, L’Harmattan, 1995. p. 167.

    8Ibid., p. 168.

    9Padovani F., « Les guānxi au cœur de la société chinoise », in Zheng L. (dir.), Chine-France, Approches interculturelles en économie littéraire, pédagogie, philosophie et sciences humaines, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 79, p. 84.

    10Le X., Études des commerces de service dans l’éducation internationale : théorie, règle et action (Guoji jiaoyu fuwu maoyi yanjiu : lilun, guize yu xingdong), Fujian, Fu jian jiao yu chu ban she, 2005, p. 207-216.

    11Harfi M. et Mathieu C., « Classement de Shanghai et image internationale des universités : quels enjeux pour la France ? », Horizons stratégiques, n ° 2, 2006/2, p. 105.

    12La Mer des idéogrammes chinois (« 中华字海 »).

    13La définition de làngmàn dans les éditions 2008 des dictionnaires suivants : Le Grand Dictionnaire du lexique chinois (« 汉语大词典 »), le Nouveau Dictionnaire bilingue du chinois moderne (« 新现代汉语双语词典 »), le Dictionnaire du chinois appliqué (« 应用汉语词典 »), le Dictionnaire multiplexe fonction du chinois moderne (« 多功能现代汉语词典 ») ; Chen J., « La philosophie contemporaine chinoise : à partir des mots “transplantés” », Wang F., Le choix de la Chine d’aujourd’hui : entre la tradition et l’Occident, Paris, Les Indes savantes, 2009, p. 39-48.

    14Après la Guerre de l’Opium en 1840, la Chine se trouve en situation de défaite militaire face aux puissances occidentales. Cela conduit les gouverneurs chinois à envoyer des observateurs en Europe, dans l’objectif de comprendre et d’apprendre le xixue, le savoir occidental.

    15Levy A., Nouvelles lettres édifiantes et curieuses d’Extrême-Occident par des voyageurs lettrés chinois à la Belle Époque, 1866-1906, Paris, Seghers, 1986, p. 161.

    16Ibid., p. 161-163.

    17Meng H., « De Jules Aleni à Zhu Ziqing : le récit de voyage et l’émergence d’une France romantique dans la représentation chinoise », Revue de littérature comparée, 2011/1, n ° 337, p. 58.

    18Ibid., p. 53 et 56.

    19Dreyer S., « Les Français romantique, une représentation sociale du monde chinois », in Boyer H. (dir.), Stéréotypage, stéréotypes : fonctionnement ordinaires et mises en scène, t. II, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 88.

    20Andreuws F. et Shen K., « The new Chinese woman and lifestyle magazines in the late 1990s », in Link P., Madsen R. et Pickowicz P. G., Popular China : unofficial culture in a globalizing society, Oxford, Rowman & Littlefield, 2002.

    21Dans la Chine des années quatre-vingt-dix, travailler dans une entreprise privée est souvent synonyme de bonne rémunération.

    22Wang Y., Brand in China …, op. cit.

    23Godart F., Sociologie de la mode, Paris, La Découverte, 2010, p. 17.

    24Néanmoins, la particularité de la société chinoise fait qu’il est difficile de cerner ce groupe social avec les critères communs et partagés : profession, éducation et revenus. Zhou X., « La classe moyenne chinoise, réalité ou illusion ? », in Rocca J.-L. (dir.), La société chinoise vue par ses sociologues, Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Académique », 2008, p. 141-159.

    25Waquet D. et Laporte M., La Mode, Paris, PUF, 2010, p. 105.

    26Ibid., p. 97.

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    Liu, C. (2017). De la « France romantique » à l’image de Brest : représentations chinoises. In A. Épron & R. Le Coadic (éds.), Bretagne : migrations et identités. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14tsd
    Liu, Chang. « De la “France romantique” à l’image de Brest : représentations chinoises ». In Bretagne : migrations et identités, édité par Aurélie Épron et Ronan Le Coadic. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2017. doi:10.4000/14tsd.
    Liu, Chang. « De la “France romantique” à l’image de Brest : représentations chinoises ». Bretagne : migrations et identités, édité par Aurélie Épron et Ronan Le Coadic, Presses universitaires de Rennes, 2017, https://doi.org/10.4000/14tsd.

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    Épron, A., & Le Coadic, R. (éds.). (2017). Bretagne : migrations et identités. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14tu0
    Épron, Aurélie, et Ronan Le Coadic, éd. Bretagne : migrations et identités. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2017. doi:10.4000/14tu0.
    Épron, Aurélie, et Ronan Le Coadic, éditeurs. Bretagne : migrations et identités. Presses universitaires de Rennes, 2017, https://doi.org/10.4000/14tu0.
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