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    Plan détaillé Texte intégral Les marchands étrangers et le commerce du sel L’intégration de marchands étrangers et leur participation au commerce des Îles de l’Amérique : le cas des Irlandais et Anglais Notes de bas de page Auteur

    Les étrangers sur les littoraux européens et méditerranéens

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    Du commerce du sel à celui des Îles de l’Amérique

    Les marchands étrangers à Nantes au xviie siècle

    Bernard Michon

    p. 33-43

    Texte intégral Les marchands étrangers et le commerce du sel L’intégration de marchands étrangers et leur participation au commerce des Îles de l’Amérique : le cas des Irlandais et Anglais Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Par essence, les littoraux sont des zones de contacts entre des espaces différents et les ports des lieux privilégiés où s’effectuent les mises en relation entre étrangers et autochtones1. La présence étrangère le long des côtes françaises est une réalité ancienne2 et le passage, voire l’implantation, de marchands « non-régnicoles » dans les ports a suscité nombre d’études depuis les travaux classiques de Pierre Jeannin3. À l’échelle de Nantes, les articles de l’archiviste Jules Mathorez, datant du début du xxe siècle, consacrés aux différentes colonies marchandes étrangères présentes dans la ville constituent, encore aujourd’hui, le point de départ pour qui s’intéresse à ces questions4.

    2Port de fond d’estuaire ouvrant sur ce vaste bassin fluvial de la Loire, la place commerciale de Nantes se trouve au cœur de la façade atlantique et occupe une position privilégiée dans les grands courants d’échanges à l’échelle européenne. Il convient ainsi d’étoffer l’image traditionnelle de Nantes au xviie siècle, souvent décrite comme une place régionale de la France de l’Ouest, où la trilogie commerciale médiévale (sel, vin, blés) domine les échanges, en somme le « port d’entrée du sel » et la « porte de sortie du vin5 ». Les liens privilégiés entretenus par la cité ligérienne avec la péninsule Ibérique, en particulier avec la Castille, placent les Nantais au cœur des grands courants d’échanges à l’échelle européenne dès la seconde moitié du xvie siècle6. Cette période est également caractérisée par l’ouverture en direction de l’Atlantique : la pêche à la morue à Terre-Neuve joue par exemple un rôle important dans l’accumulation du capital au xviie siècle7. Cependant, c’est surtout l’établissement du commerce des « Îles de l’Amérique » qui caractérise ces années. La décennie 1660 est marquée par la révolution sucrière qui « fait passer les Antilles du stade de démarrage à celui de décollage8 ». Le port de Nantes fait alors le choix d’augmenter sa flotte et ses équipements de navires en direction des Îles de l’Amérique : l’inventaire des vaisseaux, commandé par Jean-Baptiste Colbert en 1664, recense 3 navires nantais qui font le voyage des Îles, tandis qu’en 1698, l’intendant de la province de Bretagne, Béchameil de Nointel, mentionne 50 bâtiments pour ce même trafic9.

    3Cette réorientation s’effectue dans un contexte marqué par la crise des commerces maritimes traditionnels et par la participation directe de la France à la guerre de Trente Ans à partir de 163510 qui engendre des réactions, notamment de la part des acteurs du monde marchands. Comme l’a souligné Olivier Grenouilleau :

    « À Nantes, le réflexe est double, à la fois “nationaliste” et politique. Les temps difficiles accentuent en effet l’opposition entre marchands locaux et marchands étrangers installés sur place, que l’on accuse de monopoliser les bonnes affaires : celles, nouvelles, avec les îles atlantiques (grâce à l’appui de solides réseaux internationaux), ou d’autres, plus anciennes mais toujours fructueuses, comme le trafic des laines de Castille importées de Bilbao11. »

    4Ces marchands étrangers, présents à Nantes au xviie siècle, qui ont la réputation d’être plus organisés que les Nantais de souche et qui appartiennent pour certains d’entre eux à des nations en guerre avec la France durant une partie de la période, sont la cible de manifestations hostiles de la part de marchands nantais, illustrées par des mouvements de xénophobie et des appels au « protectionnisme » économique12.

    ***

    5Cette contribution s’inscrit dans une recherche en cours consacrée aux marchands étrangers établis dans le port ligérien au xviie siècle13. Elle vise à montrer que si l’attractivité de Nantes pour les « non-régnicoles » résulte initialement de son positionnement sur des commerces anciens, les nouveaux trafics sont également l’objet d’investissements de leur part, offrant l’occasion de collaboration avec des acteurs autochtones. La réflexion sera d’abord centrée sur la place des acteurs étrangers dans le commerce international du sel, l’un des secteurs les plus anciens parmi les activités du port de Nantes. Ensuite, l’attention sera portée sur les autres activités conduites par les marchands « non-régnicoles », en recentrant la focale sur les Irlandais et Anglais.

    Les marchands étrangers et le commerce du sel

    6À l’époque moderne, trois grands centres de production de sel sont localisés le long de la façade atlantique française, entre le sud de la Bretagne et l’estuaire de la Gironde : les marais de la presqu’île guérandaise, ceux de la baie de Bourgneuf, enfin ceux de l’Aunis et de la Saintonge. Ces salines attirent de nombreux navires étrangers en quête de ce précieux produit indispensable à la conservation des aliments ; ce commerce nécessite l’existence d’intermédiaires (courtiers, interprètes et marchands), chargés des liens entre les producteurs et les transporteurs. Comme dans d’autres domaines, le commerce international du sel paraît largement aux mains des étrangers.

    7Deux de ces trois centres de production sont localisés immédiatement à proximité de l’embouchure de l’estuaire de la Loire. En la matière, Nantes bénéficie d’une rente de situation et de l’attractivité de sa place commerciale, en pleine croissance dans le dernier tiers du siècle. Les marchands étrangers choisissent de s’installer dans le port ligérien plutôt que directement au Croisic ou à Bourgneuf.

    8Une première approche des envois de sel en direction de l’étranger peut être entreprise par une étude des actes de « fretements », de « connoissements » et de « chartes-parties14 ». Entre 1650 et 1664, 799 actes de ce type ont été relevés dans les liasses des principaux notaires nantais spécialisés dans le commerce maritime15. Les bâtiments, cités dans ces contrats totalisent plus de 28 000 tonneaux de jauge, soit une moyenne d’environ 36 tonneaux par embarcation. Le sel est la cargaison la plus souvent mentionnée dans ces documents. Ainsi, 424 des 799 actes concernent des bâtiments chargés de sel, au moins en partie, soit 53,1 % de l’échantillon, et 362 documents signalent le sel comme unique chargement, soit 45,3 %. Ces 424 embarcations représentent un peu plus de 18 000 tonneaux, soit une moyenne par bateau légèrement supérieure à 43 tonneaux. La principale destination est l’Espagne (342 mentions), suivie de l’Irlande (50 mentions), et de l’Angleterre (13 mentions auxquelles il est possible d’ajouter un « fretement » vers l’Écosse).

    9Cette domination écrasante de l’Espagne s’explique par les très nombreux contrats de marchés-affrètements passés par les commis des administrateurs des gabelles des provinces de Galice et d’Asturie, établis à Nantes. Ce rôle est d’abord assuré par un marchand d’origine portugaise, Alvaro Vaz de Nogueira, puis, à partir de 1659, par un Espagnol, Gaspard Alvarez Depereda16. Ces contrats représentent à eux seuls 320 des 342 envois d’embarcations vers l’Espagne entre 1651 et 1664. Le fait même que ces marchés-affrètements soient passés à Nantes alors que les enlèvements se font dans les ports de la façade atlantique – pour moitié au Pouliguen (161 embarcations doivent charger uniquement du sel de ce lieu) – peut être interprété comme un signe du rayonnement nantais. La domination du sel de la presqu’île guérandaise dans les envois est confirmée par Véronique Michaud, dans une analyse faite sur une période plus étendue, entre 1661 et 167717. D’après ses calculs, seulement 3 % des 5 688,95 muids de sel exportés par Depereda, pendant ces années vers les deux provinces d’Espagne, proviennent des salines de la baie de Bourgneuf. Le Pouliguen, avec 2 121,3 muids, et Le Croisic, avec 1 624,5 muids, sont les principaux fournisseurs, totalisant à eux deux 66 % du sel expédié.

    10Les échanges avec l’Irlande, dynamisés par l’installation à Nantes de marchands en provenance de l’île, sont en partie portés par le sel. L’étude des affrètements du marchand d’origine irlandaise Thomas Barnaval, enregistrés entre 1654 et 1664, montre l’importance de ce produit : 19 bâtiments sur les 29 engagés en emportent, au moins pour partie de leur cargaison (9 doivent charger du sel au Croisic, 5 au Pouliguen). Dans la plupart des contrats, Barnaval agit pour le compte de marchands irlandais. Les affrètements de Guillaume Arthur, également natif d’Irlande, et de son frère (fils ?) Patrix, témoignent d’une logique similaire. Sur les 25 contrats passés entre 1655 et 1664, 20 prévoient un chargement composé en partie de sel, dont 14 du Croisic. Il en est de même pour l’un des rares marchands anglais établi à Nantes au milieu du xviie siècle : Louis Acland. Issu du port de Barnstaple, situé sur la côte ouest de l’Angleterre, au sud-ouest de Bristol, il affrète 17 embarcations entre 1659 et 1661 : 9 sont envoyées en direction de son lieu de provenance, dont 3 explicitement adressées à son frère Arthur Acland. Cependant, il est quasiment certain que ce chiffre est sous-évalué et qu’en fait la presque totalité des bâtiments le concerne. Les produits chargés sont du sel du cru de Bourgneuf ou de Saint-Gilles dans 6 cas ; 3 autres actes d’affrètements, en direction de Falmouth, prévoient également des chargements de sel de Bourgneuf et du Croisic comme cargaison aller.

    11Un aspect marquant des actes de « fretements » est la place quasiment nulle occupée par les destinations comme les Provinces-Unies ou les ports riverains de la mer Baltique. Cette sous-représentation ne signifie pas pour autant que ces ports du nord de l’Europe ne constituent pas un débouché important pour le sel de Guérande et de la Baie. Pour contribuer à expliquer ce phénomène, il convient de considérer les ports d’attache des bâtiments impliqués dans ces actes. Sur l’ensemble des bâtiments chargés de sel, seuls 30 navires, totalisant plus de 4 600 tonneaux, sont clairement identifiables comme étrangers. Leur taille moyenne, 154 tonneaux, est très supérieure à celle des embarcations françaises. Or, comme la plupart des auteurs l’indiquent, le commerce du sel à destination du nord est largement aux mains des étrangers. Ces derniers n’ont pas forcément recours à la garantie notariale pour leurs affaires. Déjà, pour les xve et xvie siècles, l’historien Henri Touchard a montré que « ni comme marchands, ni comme marins, les indigènes ne participent – à de rares exceptions près – aux exportations. Le marché de Bourgneuf est étroitement lié à la conjoncture internationale et à l’activité des étrangers18 ».

    12Si les liasses notariales ne contiennent que peu de traces des « fretements » de navires en direction des régions riveraines de la mer du Nord et de la Baltique, elles renferment en revanche des contrats d’achats de sel, faits par des marchands d’origine étrangère installés à Nantes, généralement des Hollandais ou des Flamands. En novembre 1652, André Van Pradelis, marchand flamand demeurant à la Fosse de Nantes, agissant pour lui et son associé Yverand Martin, achète auprès de Jacques Risiou, sieur de La Channerie, marchand à Bourgneuf, la quantité de 100 à 120 charges de sel de la Baie, au prix unitaire de 29 livres tournois19. Le sel doit être livré à Bourgneuf et chargé dans un navire nommé le Saint-Pierre, 300 tonneaux ; son port d’attache est illisible dans l’acte, cependant le nom de son capitaine, Albert Hubertsen, laisse penser qu’il vient du nord de l’Europe. En octobre 1654, c’est encore Jacques Risiou, mais cette fois-ci en tant que procureur de son frère Jean, marchand à Bois-de-Céné, qui est cité dans un acte attestant d’une livraison de plus de 100 charges de sel de la Baie, en exécution d’un marché passé en 165320. L’acheteur est Jacob Van Naersen, marchand habitant sur le port au vin à Nantes. En décembre 1657, Mathurin Bory, marchand demeurant dans l’île de Noirmoutier, vend à Jean Van Aermeyden, marchand résidant dans la cité ligérienne, le nombre de 40 charges de sel, au prix unitaire de 28 livres 16 sols21. Le sel doit être chargé dans un délai de 20 jours à bord du navire le Pescheur, dont le maître est Jean Pitre, lequel bâtiment est « à present sur ses ancres à la radde de Paimbœuf au bas de cette riviere de Nantes ».

    13Pour autant, les marchands nantais ne sont pas totalement absents de ces transactions touchant au sel. Ainsi, Urbain Soucher, sieur de Beauvoys, marchand à la Fosse de Nantes est cité dans 6 contrats datés des années 1652 et 165322. Par ces actes, il cède à des marchands aux noms à consonance hollandaise ou flamande, habitant Nantes, des chargements de sel du Croisic pour des navires étrangers. Les transactions portent sur près de 500 muids mesure du Croisic estimées à 15 000 livres environ, d’après les prix unitaires indiqués (entre 24 et 37 livres). Les quantités annoncées dans les marchés ne sont pas toujours celles réalisées. En avril 1652 par exemple, Urbain Soucher vend à André Van Pradelis, marchand à la Fosse de Nantes, 90 muids de sel pour être chargés au Croisic dans un navire étranger de 250 tonneaux ; à la mi-août de la même année, un paiement de 4 029 livres et 10 sols intervient, correspondant à 148 muids de sel effectivement livrés23. Le rôle du sieur Verdier du Croisic est à souligner : il est mentionné par deux fois comme la personne chargée de livrer le sel.

    14Au xviiie siècle, Gildas Buron a souligné à propos de la presqu’île guérandaise que :

    « Dans le commerce d’exportation, les marchands du terroir s’impliquent peu dans le transport des sels. Les négociants sont avant tout des commissionnaires qui achètent des sels pour le compte de marchands français ou étrangers. Aidés de commis, ils supervisent également toutes les opérations facilitant leur emport. Ils agissent sur ordre direct de commanditaires ou sont mandatés par des marchands de Nantes. Pratiquement, ils sont chargés de la défense de leurs intérêts24. »

    15L’auteur cite plusieurs noms : « Entre 1709-1714, Jean de Gennes [du Croisic] est en relation avec de nombreux Nantais dont la plupart est non-régnicole et d’origine irlandaise […] Thobie Clarck, Simon Deurbroucq, Thomas et Daniel Mac Nemara, Jacques Mac Nemara et Thomas White, ou encore Luc O’Schiell25. »

    16L’étude menée sur le commerce du sel laisse entrevoir le caractère très segmenté et cloisonné de ce trafic. Les marchands étrangers supervisent généralement les achats et se chargent ensuite des envois vers leurs pays d’origine. Existe-t-il cependant des liens plus profonds avec des marchands autochtones ?

    L’intégration de marchands étrangers et leur participation au commerce des Îles de l’Amérique : le cas des Irlandais et Anglais

    17L’intégration des communautés étrangères est variable et dépend de plusieurs facteurs, dont la religion. Nantes reste une ville très catholique particulièrement marquée par les guerres de la Ligue de la fin du xvie siècle. Les étrangers catholiques ont a priori davantage de chance de bénéficier d’un accueil favorable : c’est le cas pour les Espagnols, très implantés à Nantes. Les relations entre Bilbao et le port ligérien sont ainsi favorisées par des réductions de péages concédées réciproquement entre Bilbanais et Nantais sur les principaux produits échangés. L’existence d’une sorte de confrérie aux objectifs commerciaux mais également religieux, réunissant des marchands de la cité ligérienne et du port castillan – la « Contractation » – attestée seulement en 1601, n’en demeure pas moins un facteur de renforcement des échanges.

    18En considérant les marchands irlandais et anglais précédemment mentionnés, il est possible de mettre en évidence des relations avec des Nantais, à des échelles différentes. En effet, Thomas Barnaval, Guillaume Arthur et Louis Acland ne se cantonnent pas aux activités d’affrètements en lien avec le sel. Tous les trois participent activement à la réception et la commercialisation des harengs apportés à Nantes par des navires anglais et irlandais. Par ailleurs, ils ne sont pas indifférents aux activités du port de Nantes, en particulier celui naissant avec les Antilles. Rappelons que le plus ancien contrat d’engagement nantais pour les Îles est daté de 163626 et que les premiers navires connus partent de Nantes en direction des Antilles en 163827.

    19Naturalisé en avril 1651, Thomas Barnaval épouse Marie Bouffard en janvier 165528. La jeune femme est la fille de François Bouffard, marchand à Nantes, vraisemblablement partie prenante dans les débuts du commerce antillais29. Dans un acte notarié de mars 1655, Michel Bouffard, marchand à la Fosse de Nantes part pour les Îles sur le navire le Saint-Thomas, dit de la rivière de Nantes, 150 tonneaux, et reconnaît devoir de l’argent à Thomas Barnaval, son beau-frère. Les sommes sont utilisées pour payer les marchandises qu’il emporte dans son voyage30.

    20Guillaume Arthur se marie pour sa part en juin 1657 avec Marie Wetherdy (peut-être Waterby) ; les deux époux sont dits de la paroisse Saint-Nicolas de Nantes. Le nom de l’épouse laisse clairement supposer un mariage entre étrangers. Guillaume décède quelques années après, en juin 1662. Ce marchand a également participé au commerce antillais : il est l’un des propriétaires du navire le Saint-Thomas, dit de Galway, équipé en 1659 à destination des Îles de l’Amérique. Les autres portionnaires sont des Nantais tels Michel Gauvain et René Sauvaget ainsi que le marchand d’origine irlandaise Jean Linch31.

    21Louis Acland enfin est inhumé dans l’église de la paroisse Saint-Nicolas le 10 octobre 1661. Il meurt relativement jeune, à l’âge de 35 ans. Il ne s’est pas marié et n’a pas été naturalisé ou même fait de demande en ce sens d’après les documents consultés ; il n’a pas de réelle attache à Nantes. Cependant, différents éléments réunis témoignent de la collaboration de ce marchand avec des Nantais. Les deux testaments de Louis Acland indiquent qu’il est logé chez le marchand nantais Louis de La Pelonnye « sur le port au vin à vis le grand quai de la Fosse dudit Nantes ». Le second testament précise que Louis doit :

    « audit sieur de La Pelonnie le louage du departement qu’il occupe dans sa maison et sa nourriture depuis le vingt troisieme d’aoust dernier et avoir compté cy devant avec ledit sieur de La Pelonnie et estre demeurés respectivement quittes l’un vers l’autre de touttes les affaires qu’ils auroient eues ensemblement jusqu’audit vingt troisième aoust dernier suivant la quittance que ledit testateur en a eu dudit sieur de La Pelonnie32 ».

    22Le terme « affaires » laisse penser à des relations commerciales entre eux. Louis de La Pelonnye est l’un des principaux artisans des débuts du commerce antillais à Nantes, et se trouve très impliqué dans le trafic avec l’Espagne. Ces liens lui permettent aussi de diversifier ses activités et de participer au commerce antillais. En octobre 1660, Julien Barbot de Bourgneuf, Michel Gauvain, sieur de La Forestrie, Jean Boullay, sieur de La Pinaudière, et Louis Acland de Nantes, se regroupent pour affréter le navire l’Espérance de Bourgneuf, 45 tonneaux, pour faire le voyage des Îles de l’Amérique. Chaque marchand est intéressé pour un quart dans la cargaison du bâtiment33. Deux autres documents montrent que cette expédition a connu quelques difficultés. Ainsi, par une « attestation » du 28 janvier 1662, le capitaine de l’Espérance, Jean Dudoyt de Bourgneuf, signale qu’après avoir rechargé sa cargaison de tabac aux îles « il se seroit le mercredy quinzième de novembre dernier (estant lors à quelques trente à quarante lieues de l’Isle St Christophe) eslevé une grosse tourmante et mauvais temps qui auroit duré jusques au vendredy suivant ». Le capitaine précise que durant la traversée « la mer estoit si lourde et ses flots si furieux que plusieurs houles d’eau passant au dessus des bords dudit vaisseau il en entroit partie dans icelui et qui a peut estre bien pû gaster et endommager partye desdites marchandises mais que ce dommage n’est aucunement arrivé par la faute de luy ny de sondit vaisseau34 ». Au moment du retour du navire, Louis Acland est décédé, c’est par conséquent à son exécuteur testamentaire, Guillaume Arthur, de réceptionner sa part de cargaison, en agissant au nom de son légataire universel, c’est-à-dire Arthur Acland, le frère de Louis, établi à Barnstaple en Angleterre.

    23Les affaires semblent prendre le pas sur les origines ou sur des considérations d’ordre politique, voire religieuse, même si dans les trois situations abordées, la foi ne semble pas un problème – les Irlandais sont catholiques et fuient les persécutions de Cromwell et Louis Acland est inhumé dans une église catholique. Finalement, le commerce du sel n’est qu’une facette des activités de ces marchands. Le choix de s’installer à Nantes s’explique bien entendu par la proximité par rapport aux marais salants de la presqu’île guérandaise et de la Baie ainsi que par le rôle de « porte de sortie du vin » joué par la cité ligérienne, au débouché des vignobles du comté et plus largement du Val de Loire. Cependant, les autres activités du port, le commerce avec l’Espagne mais également la pêche hauturière et le trafic naissant avec les Îles amènent les marchands étrangers à s’intéresser à la place. Pour ce dernier commerce, ces associations sont réalisées avant la mise ne place du système de « l’Exclusif » colonial, dans le cadre de la politique mercantiliste impulsée par Jean-Baptiste Colbert, alors en charge des ministères de la Marine et des Finances. En 1670, Louis XIV fait publier une ordonnance qui défend le commerce étranger aux îles des Antilles.

    ***

    24Une autre vague d’immigration de familles catholiques en provenance d’Irlande survient à la fin du xviie siècle, au moment de l’exil en France du roi de Grande-Bretagne et d’Irlande, Jacques II Stuart, chassé du trône par la Glorieuse Révolution. Plusieurs de ces familles étrangères choisissent l’ouest de la France et quelques-unes Nantes pour s’implanter. Ainsi, Jules Mathorez a recensé les noms de ces Irlandais et Anglais figurant dans les registres paroissiaux de Nantes entre 1692 et 1705 : Walsh, O’Schiell, Macnemara, Joys, Clarke, Dullon, Lée, Sarsfield35… Certaines de ces familles ont fait l’objet d’études, notamment les O’Schiell et les Macnemara36.

    25Il convient de préciser que certains de ces négociants ont été naturalisés : par exemple Thomas (1659-1727) et Daniel (1670-1725) Macnemara, tous les deux en 1705, ou Luc O’Schiell (1677-1745) en 1707 ; Jacques Macnemara (1657-1742) pour sa part n’a pas fait de demande en ce sens. L’intégration de ces personnalités au milieu commerçant nantais est facilitée par leur religion catholique. Il est frappant de constater comment les plus grands négociants nantais se portent garants de Thomas Macnemara et d’un autre marchand irlandais dès décembre 1699 dans un acte d’attestation :

    « se sont refugiés audit Nantes dès l’année mil six cent quatre vingt onze, tant à cause de la guerre quy estoit pour lors dans leur pays que pour suivre le roy legitime, et des persecutions que l’on faisoit en Irlande contre ceux de la Religion Catholique qu’ils ont professé et professent, depuis ledit temps il se sont toujours comportés honnestement et paisiblement avecq leurs femmes et famille, et dans les affaires de negoce à quoy ils se sont employés pour gaigner leur vie37 ».

    26Pour ces négociants également, le commerce du sel n’est qu’un aspect de leurs multiples activités. Ils sont par ailleurs investis en particulier dans les armements en droiture effectués depuis Nantes38. Une continuité est ainsi observable entre la seconde moitié du xviie siècle et les premières décennies du xviiie siècle.

    ***

    27En tout état de cause, à travers les marchands étrangers installés en son sein, Nantes joue un rôle, peut-être indirect mais bien réel, dans le commerce international du sel. Il convient de souligner toutefois que les relations avec l’étranger peuvent se faire sans le relais nantais, directement entre des négociants croisicais et l’étranger. C’est ce que suggère Gildas Buron en remarquant que :

    « Dans la seconde moitié du xviiie siècle se montent au Croisic plusieurs sociétés d’import-export où le sel joue un rôle prépondérant dans les échanges […]. Le 1er janvier 1771, Alexis Thomas Le Bel, négociant du Croisic, s’établit en société avec le Lübeckois, Daniel Godeffroy Hintz, arrivée au Croisic, semble-t-il, en juillet 177139. »

    28L’analyse conduite ensuite sur les marchands irlandais et anglais témoigne des possibilités de collaborations avec des autochtones dans le trafic antillais. De telles situations peuvent également concerner des Hollandais de religion calviniste, comme l’a montré Marion Tanguy40. Le pragmatisme du monde marchand l’emporte sur toute autre considération.

    Notes de bas de page

    1Le titre de cette contribution s’inspire de celui d’un ouvrage de Sauzeau T., Les marins de la Seudre : entre sel charentais et sucre antillais, xviiie-xixe siècle, La Crèche, Geste Éditions, coll. « Pays d’histoire », 2005.

    2Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, t. CXVII, no 1, Tranchant M. (dir.), Au risque de l’étranger. Le protéger et s’en protéger dans les sociétés littorales de l’Europe atlantique au Moyen Âge et à l’époque moderne, 2010.

    3Jeannin P., Marchands du nord, espaces et trafics à l’époque moderne, Paris, Presses de l’École normale supérieure, textes réunis par P. Braunstein et J. Hoock, 1996 ; id., Marchands d’Europe : pratiques et savoirs à l’époque moderne, textes réunis par J. Bottin et M.-L. Pelus-Kaplan, Paris, Presses de l’École normale supérieure, 2002. Pour d’autres références, voir en particulier Bottin J. et Calabi D. (dir.), Les Étrangers dans la ville (xiiie-xviiie siècle), Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1999 ; Revue d’Histoire Maritime, no 17, Le Mao C. et Figeac M. (dir.), Les colonies marchandes dans les ports européens à l’époque moderne, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2013, p. 267-395.

    4Lire notamment Mathorez J., « Notes sur les Espagnols et les Portugais à Nantes », Bulletin hispanique, t. XIV et XV, 1912-1913, p. 1-98.

    5Tanguy J., Le commerce nantais dans la seconde moitié du xvie et au début du xviie siècle, thèse de troisième cycle, dactyl., université de Rennes, 1967.

    6Priotti J.-P., « Nantes et le commerce atlantique : les relations avec Bilbao au xvie siècle », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, t. C, no 3, 1993, p. 265-283. ; id., Bilbao et ses marchands au xvie siècle : genèse d’une croissance, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2004. Il faut en outre signaler la présence à Nantes à la fin du xvie siècle de marchands étrangers de grande envergure ; le plus connu est André Ruiz, voir Lapeyre H., Une famille de marchands, les Ruiz : contribution à l’étude du commerce entre la France et l’Espagne au temps de Philippe II, Paris, Armand Colin, 1955.

    7Michon B., « Les marchands de Nantes et la pêche à la morue à Terre-Neuve au xviie siècle », Revue d’Histoire Maritime, no 15, Le Bouëdec G. et Sauzeau T. (dir.), Pêches et pêcherie en Europe occidentale du Moyen Âge à nos jours, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2012, p. 103-129.

    8Pétré-Grenouilleau O., Les négoces maritimes français (xve-xxe siècles), Paris, Belin, 1997, p. 30.

    9Bibl. nat. France, VC Colbert 199, procès-verbaux de l’inventaire des vaisseaux de 1664 ; Maître L., « Situation de la marine marchande du comté nantais d’après l’enquête de 1664 », Annales de Bretagne, t. XVII, 1902-1903, p. 326-343 ; Béranger J. et Meyer J., La Bretagne à la fin du xviie siècle d’après le rapport de Béchameil de Nointel, Paris, Librairie C. Klincksieck, 1976, p. 123. Le chiffre de 1664, même s’il est susceptible d’être augmenté de deux ou trois unités, révèle le caractère encore limité de l’investissement antillais de la place de Nantes. Sur le décollage antillais du port ligérien, voir Tanguy M., L’essor d’un port atlantique connecté. Nantes et le commerce des « Isles de l’Amerique » durant le règne de louis XIV (1661-1697), thèse d’histoire, dactyl., dir. G. Saupin, université de Nantes, 2014.

    10Après avoir participé de manière indirecte à la guerre débutée depuis 1618, la France entre directement dans le conflit européen en mai 1635 en déclarant la guerre à l’Espagne. L’affrontement franco-espagnol se poursuit après le traité de Westphalie de 1648 jusqu’à la paix des Pyrénées, signée en novembre 1659.

    11Pétré-Grenouilleau O., Les négoces maritimes…, op. cit., p. 76.

    12Voir en particulier à ce sujet : Saupin G., « Un mouvement de xénophobie anti-portugaise à Nantes dans les années 1630 », in Poussou J.-P., Baury R. et Vignal-Souleyrou M.-C. (éd.), Monarchies, noblesses et diplomaties européennes. Mélanges en l’honneur de Jean-François Labourdette, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2005, p. 49-60. Concernant les Hollandais, le texte nantais le plus connu est le manifeste du carme Éon J., Le commerce honorable, Nantes, Guillaume Le Monnier Éditeur, 1646. Le xviie siècle est également marqué à Nantes par des discussions autour du droit de bourgeoisie. Les marchands nantais de souche souhaitent en effet utiliser la mise en avant de ce statut pour empêcher les étrangers, et en particulier les Hollandais, de commercer directement sur la place. Lire Saupin G., « Les Nantais et la défense de leurs privilèges sous le règne de Louis XIV », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de la Loire-Atlantique, t. CXXIX, 1993, p. 85-103.

    13Michon B., « Les activités commerciales de Louis Acland, marchand d’origine anglaise, installé à Nantes au milieu du xviie siècle », Revue d’histoire maritime, no 5, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2006, p. 239-261 ; id., « Les marchands de Nantes et le commerce avec Bilbao au milieu du xviie siècle », in Priotti J.-F. et Saupin G. (dir.), Le commerce atlantique franco-espagnol. Acteurs, négoces et ports (xve-xviiie siècle), actes du colloque de Nantes (18-19 novembre 2005), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 249-273 ; id., « Portrait d’un marchand natif de Hambourg établi à Nantes au xviie siècle : Pierre Van Herzelle », in Augeron M. et Even P. (dir.), Les Étrangers dans les villes-ports atlantiques. Expériences allemandes et françaises (xv-xixe siècles), actes du colloque de La Rochelle-Brouage (7-9 décembre 2006), Paris, Les Indes savantes, 2010, p. 167-186.

    14Le « fretement » concerne la location d’un vaisseau par une personne ou un groupe de personnes ; le « connoissement » est un reçu, signé par le maître d’une embarcation, par lequel il reconnaît avoir réceptionné une certaine quantité de marchandises ; enfin la « charte-partie » est un contrat prévoyant le transport de certaines marchandises pour un voyage déterminé.

    15Les liasses des notaires suivants, conservées aux Archives départementales de la Loire-Atlantique, ont été systématiquement dépouillées : Allouin, Mathurin Constans, Philippe Garreau, Alexandre Houet, Jean Mariot, Alain Ouairy, Etienne Tesnier et Mathurin Verger.

    16Saupin G., « Nantes et le commerce du sel vers l’Espagne du Nord au xviie siècle », in Hocquet J.-C. et Sarrazin J.-L. (dir.), Le Sel de la Baie. Histoire, archéologie, ethnologie des sels atlantiques, actes du colloque de Nantes (16-18 septembre 2004), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005, p. 259-271.

    17Michaud V., Les négociants étrangers à Nantes pendant la première moitié du règne de Louis XIV (1661-1685), maîtrise d’histoire, dactyl., dir. G. Saupin, université de Nantes, 1996, p. 73-74.

    18Touchard H., « Le sel breton dans l’Atlantique et les mers étroites aux xve et xvie siècles », in Mollat M. (dir.), Le rôle du sel dans l’Histoire, Paris, Presses universitaires de France, 1968, p. 40.

    19Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1471, no 226, minutes de Jean Mariot, 13 novembre 1652.

    20Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1473, no 215, minutes de Jean Mariot, 31 octobre 1654.

    21Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1474, no 336, minutes de Jean Mariot, 12 décembre 1657.

    22Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1471 et 1472, minutes de Jean Mariot, 1652-1653.

    23Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1471, no 80, minutes de Jean Mariot, 27 avril 1652.

    24Buron G., Bretagne des Marais salants, 2000 ans d’histoire, Morlaix, Skol Vreizh, 1999, p. 100.

    25Ibid., p. 101.

    26Tanguy J., « Les premiers engagés partis de Nantes vers les Antilles, 1636-1660 », in Actes du 97e congrès national des sociétés savantes, Nantes, 1972, Paris, Bibliothèque nationale, 1977, p. 53-81.

    27Laucoin C., La naissance du trafic antillais 1638-1660, maîtrise d’histoire, dactyl., dir. G. Saupin, université de Nantes, 1999.

    28Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1920, no 27, minutes de Mathurin Verger, 24 janvier 1655. Il s’agit du contrat de mariage de Thomas Barnaval.

    29Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1920, no 60, minutes de Mathurin Verger, 16 février 1655. Il s’agit d’un contrat d’engagement pour la Guadeloupe, par lequel Pierre Chauveau, jardinier demeurant à Nantes, s’oblige à Michel Bouffard, marchand demeurant à la Fosse de Nantes.

    30Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1920, no 85, minutes de Mathurin Verger, 4 mars 1655.

    31Laucoin C., op. cit., annexe.

    32Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1931, minutes de Mathurin Verger, 23 août 1661 et 8 octobre 1661.

    33Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1929, no 159, minutes de Mathurin Verger, 21 octobre 1660.

    34Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1932, minutes de Mathurin Verger, 28 janvier 1662.

    35Mathorez J., « Notes sur la colonie irlandaise de Nantes du xvie au xviiie siècle », Bulletin de la Société archéologique de Nantes et de Loire-inférieure, t. LIII, 1912, p. 169-195.

    36Parmi les travaux plus récents, une première approche du milieu négociant irlandais de Nantes à la fin du xviie et au début du xviiie siècle a été menée par Chazé S., Les négociants irlandais à Nantes à la fin du règne de Louis XIV : 1685-1715, maîtrise d’histoire, dactyl., dir. G. Saupin, université de Nantes, 1999. Ensuite, deux monographies familiales ont été réalisées : Hervé É., Une famille de négociants-armateurs irlandais à Nantes au xviiie siècle : les O’Schiell (1689-1799), maîtrise d’histoire, dactyl., dir. É. Noël, université de Nantes, 2003 ; Sablé M., Une famille d’Irlandais en France au xviiie siècle : les Macnemara, maîtrise d’histoire, dactyl., dir. É. Noël, université de Nantes, 2004. Signalons également le travail de Omine M., « Le commerce international de Nantes au xviiie siècle : l’exemple des Walsh », Mémoire de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, actes du congrès de Lamballe, t. LXXXI, 2003, p. 252-282.

    37Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1995, minutes de Villaine, 28 décembre 1699. Cité par Chazé S., op. cit., p. 132-133.

    38Malgré les incertitudes documentaires liées à la conservation des rôles d’armements du système des Classes et aux archives de l’Amirauté de Nantes dans les premières décennies du xviiie siècle, Luc O’Shiell par exemple arme 94 navires entre 1703 et 1745, dont 72 pour des traversées en droiture vers la Martinique principalement, 11 pour des voyages de traite négrière et 9 pour des circuits de cabotage.

    39Buron G., op. cit., p. 102-103.

    40Tanguy M., op. cit., t. I, p. 250-254.

    Auteur

    • Bernard Michon

      Université de Nantes – CRHIA EA 1163

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    1Le titre de cette contribution s’inspire de celui d’un ouvrage de Sauzeau T., Les marins de la Seudre : entre sel charentais et sucre antillais, xviiie-xixe siècle, La Crèche, Geste Éditions, coll. « Pays d’histoire », 2005.

    2Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, t. CXVII, no 1, Tranchant M. (dir.), Au risque de l’étranger. Le protéger et s’en protéger dans les sociétés littorales de l’Europe atlantique au Moyen Âge et à l’époque moderne, 2010.

    3Jeannin P., Marchands du nord, espaces et trafics à l’époque moderne, Paris, Presses de l’École normale supérieure, textes réunis par P. Braunstein et J. Hoock, 1996 ; id., Marchands d’Europe : pratiques et savoirs à l’époque moderne, textes réunis par J. Bottin et M.-L. Pelus-Kaplan, Paris, Presses de l’École normale supérieure, 2002. Pour d’autres références, voir en particulier Bottin J. et Calabi D. (dir.), Les Étrangers dans la ville (xiiie-xviiie siècle), Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1999 ; Revue d’Histoire Maritime, no 17, Le Mao C. et Figeac M. (dir.), Les colonies marchandes dans les ports européens à l’époque moderne, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2013, p. 267-395.

    4Lire notamment Mathorez J., « Notes sur les Espagnols et les Portugais à Nantes », Bulletin hispanique, t. XIV et XV, 1912-1913, p. 1-98.

    5Tanguy J., Le commerce nantais dans la seconde moitié du xvie et au début du xviie siècle, thèse de troisième cycle, dactyl., université de Rennes, 1967.

    6Priotti J.-P., « Nantes et le commerce atlantique : les relations avec Bilbao au xvie siècle », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, t. C, no 3, 1993, p. 265-283. ; id., Bilbao et ses marchands au xvie siècle : genèse d’une croissance, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2004. Il faut en outre signaler la présence à Nantes à la fin du xvie siècle de marchands étrangers de grande envergure ; le plus connu est André Ruiz, voir Lapeyre H., Une famille de marchands, les Ruiz : contribution à l’étude du commerce entre la France et l’Espagne au temps de Philippe II, Paris, Armand Colin, 1955.

    7Michon B., « Les marchands de Nantes et la pêche à la morue à Terre-Neuve au xviie siècle », Revue d’Histoire Maritime, no 15, Le Bouëdec G. et Sauzeau T. (dir.), Pêches et pêcherie en Europe occidentale du Moyen Âge à nos jours, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2012, p. 103-129.

    8Pétré-Grenouilleau O., Les négoces maritimes français (xve-xxe siècles), Paris, Belin, 1997, p. 30.

    9Bibl. nat. France, VC Colbert 199, procès-verbaux de l’inventaire des vaisseaux de 1664 ; Maître L., « Situation de la marine marchande du comté nantais d’après l’enquête de 1664 », Annales de Bretagne, t. XVII, 1902-1903, p. 326-343 ; Béranger J. et Meyer J., La Bretagne à la fin du xviie siècle d’après le rapport de Béchameil de Nointel, Paris, Librairie C. Klincksieck, 1976, p. 123. Le chiffre de 1664, même s’il est susceptible d’être augmenté de deux ou trois unités, révèle le caractère encore limité de l’investissement antillais de la place de Nantes. Sur le décollage antillais du port ligérien, voir Tanguy M., L’essor d’un port atlantique connecté. Nantes et le commerce des « Isles de l’Amerique » durant le règne de louis XIV (1661-1697), thèse d’histoire, dactyl., dir. G. Saupin, université de Nantes, 2014.

    10Après avoir participé de manière indirecte à la guerre débutée depuis 1618, la France entre directement dans le conflit européen en mai 1635 en déclarant la guerre à l’Espagne. L’affrontement franco-espagnol se poursuit après le traité de Westphalie de 1648 jusqu’à la paix des Pyrénées, signée en novembre 1659.

    11Pétré-Grenouilleau O., Les négoces maritimes…, op. cit., p. 76.

    12Voir en particulier à ce sujet : Saupin G., « Un mouvement de xénophobie anti-portugaise à Nantes dans les années 1630 », in Poussou J.-P., Baury R. et Vignal-Souleyrou M.-C. (éd.), Monarchies, noblesses et diplomaties européennes. Mélanges en l’honneur de Jean-François Labourdette, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2005, p. 49-60. Concernant les Hollandais, le texte nantais le plus connu est le manifeste du carme Éon J., Le commerce honorable, Nantes, Guillaume Le Monnier Éditeur, 1646. Le xviie siècle est également marqué à Nantes par des discussions autour du droit de bourgeoisie. Les marchands nantais de souche souhaitent en effet utiliser la mise en avant de ce statut pour empêcher les étrangers, et en particulier les Hollandais, de commercer directement sur la place. Lire Saupin G., « Les Nantais et la défense de leurs privilèges sous le règne de Louis XIV », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de la Loire-Atlantique, t. CXXIX, 1993, p. 85-103.

    13Michon B., « Les activités commerciales de Louis Acland, marchand d’origine anglaise, installé à Nantes au milieu du xviie siècle », Revue d’histoire maritime, no 5, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2006, p. 239-261 ; id., « Les marchands de Nantes et le commerce avec Bilbao au milieu du xviie siècle », in Priotti J.-F. et Saupin G. (dir.), Le commerce atlantique franco-espagnol. Acteurs, négoces et ports (xve-xviiie siècle), actes du colloque de Nantes (18-19 novembre 2005), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 249-273 ; id., « Portrait d’un marchand natif de Hambourg établi à Nantes au xviie siècle : Pierre Van Herzelle », in Augeron M. et Even P. (dir.), Les Étrangers dans les villes-ports atlantiques. Expériences allemandes et françaises (xv-xixe siècles), actes du colloque de La Rochelle-Brouage (7-9 décembre 2006), Paris, Les Indes savantes, 2010, p. 167-186.

    14Le « fretement » concerne la location d’un vaisseau par une personne ou un groupe de personnes ; le « connoissement » est un reçu, signé par le maître d’une embarcation, par lequel il reconnaît avoir réceptionné une certaine quantité de marchandises ; enfin la « charte-partie » est un contrat prévoyant le transport de certaines marchandises pour un voyage déterminé.

    15Les liasses des notaires suivants, conservées aux Archives départementales de la Loire-Atlantique, ont été systématiquement dépouillées : Allouin, Mathurin Constans, Philippe Garreau, Alexandre Houet, Jean Mariot, Alain Ouairy, Etienne Tesnier et Mathurin Verger.

    16Saupin G., « Nantes et le commerce du sel vers l’Espagne du Nord au xviie siècle », in Hocquet J.-C. et Sarrazin J.-L. (dir.), Le Sel de la Baie. Histoire, archéologie, ethnologie des sels atlantiques, actes du colloque de Nantes (16-18 septembre 2004), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005, p. 259-271.

    17Michaud V., Les négociants étrangers à Nantes pendant la première moitié du règne de Louis XIV (1661-1685), maîtrise d’histoire, dactyl., dir. G. Saupin, université de Nantes, 1996, p. 73-74.

    18Touchard H., « Le sel breton dans l’Atlantique et les mers étroites aux xve et xvie siècles », in Mollat M. (dir.), Le rôle du sel dans l’Histoire, Paris, Presses universitaires de France, 1968, p. 40.

    19Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1471, no 226, minutes de Jean Mariot, 13 novembre 1652.

    20Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1473, no 215, minutes de Jean Mariot, 31 octobre 1654.

    21Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1474, no 336, minutes de Jean Mariot, 12 décembre 1657.

    22Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1471 et 1472, minutes de Jean Mariot, 1652-1653.

    23Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1471, no 80, minutes de Jean Mariot, 27 avril 1652.

    24Buron G., Bretagne des Marais salants, 2000 ans d’histoire, Morlaix, Skol Vreizh, 1999, p. 100.

    25Ibid., p. 101.

    26Tanguy J., « Les premiers engagés partis de Nantes vers les Antilles, 1636-1660 », in Actes du 97e congrès national des sociétés savantes, Nantes, 1972, Paris, Bibliothèque nationale, 1977, p. 53-81.

    27Laucoin C., La naissance du trafic antillais 1638-1660, maîtrise d’histoire, dactyl., dir. G. Saupin, université de Nantes, 1999.

    28Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1920, no 27, minutes de Mathurin Verger, 24 janvier 1655. Il s’agit du contrat de mariage de Thomas Barnaval.

    29Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1920, no 60, minutes de Mathurin Verger, 16 février 1655. Il s’agit d’un contrat d’engagement pour la Guadeloupe, par lequel Pierre Chauveau, jardinier demeurant à Nantes, s’oblige à Michel Bouffard, marchand demeurant à la Fosse de Nantes.

    30Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1920, no 85, minutes de Mathurin Verger, 4 mars 1655.

    31Laucoin C., op. cit., annexe.

    32Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1931, minutes de Mathurin Verger, 23 août 1661 et 8 octobre 1661.

    33Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1929, no 159, minutes de Mathurin Verger, 21 octobre 1660.

    34Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1932, minutes de Mathurin Verger, 28 janvier 1662.

    35Mathorez J., « Notes sur la colonie irlandaise de Nantes du xvie au xviiie siècle », Bulletin de la Société archéologique de Nantes et de Loire-inférieure, t. LIII, 1912, p. 169-195.

    36Parmi les travaux plus récents, une première approche du milieu négociant irlandais de Nantes à la fin du xviie et au début du xviiie siècle a été menée par Chazé S., Les négociants irlandais à Nantes à la fin du règne de Louis XIV : 1685-1715, maîtrise d’histoire, dactyl., dir. G. Saupin, université de Nantes, 1999. Ensuite, deux monographies familiales ont été réalisées : Hervé É., Une famille de négociants-armateurs irlandais à Nantes au xviiie siècle : les O’Schiell (1689-1799), maîtrise d’histoire, dactyl., dir. É. Noël, université de Nantes, 2003 ; Sablé M., Une famille d’Irlandais en France au xviiie siècle : les Macnemara, maîtrise d’histoire, dactyl., dir. É. Noël, université de Nantes, 2004. Signalons également le travail de Omine M., « Le commerce international de Nantes au xviiie siècle : l’exemple des Walsh », Mémoire de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, actes du congrès de Lamballe, t. LXXXI, 2003, p. 252-282.

    37Arch. dép. Loire-Atlantique, 4E 2/1995, minutes de Villaine, 28 décembre 1699. Cité par Chazé S., op. cit., p. 132-133.

    38Malgré les incertitudes documentaires liées à la conservation des rôles d’armements du système des Classes et aux archives de l’Amirauté de Nantes dans les premières décennies du xviiie siècle, Luc O’Shiell par exemple arme 94 navires entre 1703 et 1745, dont 72 pour des traversées en droiture vers la Martinique principalement, 11 pour des voyages de traite négrière et 9 pour des circuits de cabotage.

    39Buron G., op. cit., p. 102-103.

    40Tanguy M., op. cit., t. I, p. 250-254.

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    Michon, B. (2021). Du commerce du sel à celui des Îles de l’Amérique. In F. Brizay & T. Sauzeau (éds.), Les étrangers sur les littoraux européens et méditerranéens. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14p4j
    Michon, Bernard. « Du commerce du sel à celui des Îles de l’Amérique ». In Les étrangers sur les littoraux européens et méditerranéens, édité par François Brizay et Thierry Sauzeau. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2021. doi:10.4000/14p4j.
    Michon, Bernard. « Du commerce du sel à celui des Îles de l’Amérique ». Les étrangers sur les littoraux européens et méditerranéens, édité par François Brizay et Thierry Sauzeau, Presses universitaires de Rennes, 2021, https://doi.org/10.4000/14p4j.

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    Brizay, F., & Sauzeau, T. (éds.). (2021). Les étrangers sur les littoraux européens et méditerranéens. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14pb0
    Brizay, François, et Thierry Sauzeau, éd. Les étrangers sur les littoraux européens et méditerranéens. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2021. doi:10.4000/14pb0.
    Brizay, François, et Thierry Sauzeau, éditeurs. Les étrangers sur les littoraux européens et méditerranéens. Presses universitaires de Rennes, 2021, https://doi.org/10.4000/14pb0.
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