Introduction à la deuxième partie
p. 125-131
Texte intégral
1Une figure double parcourt certains récits fictifs de songes de l’époque moderne : Héraclite en pleurs flanqué de Démocrite riant et expliquant son rire comme une réaction à l’action vaine des hommes. Démocrite réagissait de façon mélancolique sans succomber pour autant à la mélancolie ; son aptitude à se distancer de son environnement lui permettait de mettre à nu la folie du monde. Au dédoublement des personnages ou des types se superposait un dédoublement du sujet observant et de l’objet de son attention. Des rêves perçus comme authentiques pouvaient similairement marquer des césures autobiographiques, tailler une faille dans le quotidien, dédoubler aussi les regards posés sur soi.
2Suivant un trope en vogue, des récits fictionnels, le rêve permettait la contemplation du monde comme d’un « théâtre ». Le personnage historique de Démocrite d’Abdère (v. 460/459-371/370) est connu pour son interprétation atomiste du monde physique. Il apparut aussi comme un philosophe riant sous les plumes de Cicéron (De oratore II, 235) et d’Horace (Epistolae, II, 1, 194). Son acolyte, le philosophe en pleurs, fut d’abord identifié par Sotion, le maître de Sénèque, comme Héraclite d’Éphèse (v. 544-483). Le couple acquit progressivement une dimension topique après la caractérisation par Dante des Abdérites, l’interprétation de la Satire X, 28 de Juvénal par les moralistes du xvie siècle et la littérature d’édification du xviie siècle1. Leur première représentation connue revint à Marsile Ficin, qui les montra accompagnés d’un globe terrestre, l’objet des pleurs et des rires, mais aussi d’un verre de vin, signe du plaisir terrestre comme de sa vanité et pharmakon ambigu de la mélancolie2. Au xvie et xviie siècles, la figure double connut une vogue durable. Le rire de Démocrite fut cité à plusieurs reprises dans l’Éloge de la folie d’Érasme. Montaigne, dans ses Essais (I, 50), se prononçait en faveur du rire démocritique. Robert Burton se dissimula derrière le masque de Démocrite Junior dans son ouvrage clé The Anatomy of Melancoly (1621). Des ouvrages phares des xvie et xviie siècles citèrent et commentèrent les deux philosophes. Mais étaient-ils vraiment deux ? La figure double – ou dédoublée – du rire et des pleurs était éminemment ambivalente, couvrant toutes les nuances des affects, du sourire à l’ironie et au sarcasme en passant par la gravité. Bien plus, chacun des deux n’obtenait sa profondeur que par rapport à l’autre. Et la figure double se présentait souvent comme dialogique, définissant un espace ou un lieu régi par la dynamique du paradoxe ou du renversement.
3Dans l’un des nombreux pamphlets politiques rédigés sous la forme d’un songe, la dénonciation crue des guerres de Louis XIV et la sensibilisation au Rhin comme fleuve allemand dès 1675 était ainsi ouverte par la figure dédoublée de Démocrite et Héraclite3. Le héros, du nom de Savienus, se trouvait brutalement tiré de son état adamique, déjà presque mélancolique, par la vue des dévastations de la guerre « illégitime » au Rhin déclenchée par « le roi des Français ampoulé de fierté et d’orgueil4 ». Il s’endormait et voyait en rêve une vieille femme profondément triste et un homme effrayant qui se disait être Démocrite rieur. La critique de la guerre confluait en une critique de la « prudence » ou intelligence politique5, de la fortune et du malheur, de l’utilité et de la nuisance, des coûts et de la peur, rythmée par la récurrence de la sentence « quod stultorum plena sunt omnia6 », et s’achevait sur une chute mortelle et la conjuration de la problématique unité allemande.
4Loin d’opposer des blocs terme à terme, la figure d’Héraclite et de Démocrite s’incarnait en un couple. Elle s’organisait en un va-et-vient constant entre sagesse et folie, rire (ou sarcasme ?) et pleurs (ou dégradation ?), raison et passion, et finalement identité et inversion ; elle dédoublait le regard et interpellait les normes. Elle donnait enfin à voir la structure double du récit de songe : comme figure du caractère éphémère de toute chose (« la vie est un songe » ou La vida es sueño [1635] de Calderón), de la facilité de l’illusion, de l’instabilité essentielle du monde ; comme annonce voilée d’un événement futur et nœud dramatique dans le tissu du temps.
5Héraclite et Démocrite peuvent nous servir d’instrument d’analyse. Ils touchent en effet au « dédoublement » mis en valeur par Jacqueline Carroy7. Conter le rêve, y compris le rêve perçu comme vécu, suppose des dédoublements multiples entre la culture et les savoirs sur le rêve contemporains, les mises en scène de soi, l’écriture et la narration. De tels dédoublements sont diffractés dans des miroirs en regard lorsque le rêve de telle personne est conté par une autre, par un médecin par exemple. Même les témoignages les plus intimes et spontanés en apparence étaient en effet redevables de traditions et de savoirs, en dépit d’une attention pérenne au corps personnel et à ses humeurs plutôt qu’à une nosologie impersonnelle8. Le rêve portait aussi au « souci de soi » (Foucault), à la volonté de comprendre et de maîtriser sa vie, de confirmer, tester ou créer des savoirs. Participant de la légitimation de soi et de sa science, la représentation du rêveur par lui-même illustre ainsi les liens entre fiction, vécu et savoirs9. Mais tout d’abord, le rêve manifestait l’alternance répétitive de la veille et du sommeil et une béance du quotidien.
6Force est toutefois de reconnaître que nous ne connaissons que fort peu de choses sur le sommeil. À l’appui de divers diaires anglais, français et italiens ainsi que d’estampes hollandaises, Roger Ekirch a soutenu que les contemporains de l’époque moderne dormaient en deux phases de sommeil séparées d’une transition plus ou moins éveillée autour de minuit, dénommée « twixt sleepe and wake » en anglais ou « dorveille » en français, durant laquelle ils se narraient leurs rêves. Les documents allemands et français que je connais ne confirment pas une telle interruption nocturne vouée aux récits de songes. Ils suggèrent plutôt qu’ils ne furent racontés et le cas échéant rédigés qu’au petit matin au plus tôt. On ne dispose par ailleurs que de mentions éparses d’amulettes ou objets placés sous l’oreiller pour induire des rêves heureux ou favorables10.
7Or, l’un des signes majeurs de la modernité qui éclot avec la Réforme protestante était l’intérêt pour le quotidien, élevé en un théâtre du développement d’un moi qui se fit parallèlement matière d’écriture. Telle est du moins la thèse du philosophe Charles Taylor, auteur d’une vaste synthèse sur les sources de l’identité moderne11. Sans discuter de la thèse générale de Taylor et sa visée téléologique – il proposait une « interprétation » et non une « explication historique » –, on peut se demander ce qui relevait du quotidien à l’époque moderne12.
8Le rêve semble de fait échapper à une partition nette entre le quotidien et l’exceptionnel, quand bien même il était un marqueur de rupture biographique, souvent intégré dans une dimension surnaturelle parmi les confessions chrétiennes. Le quotidien étant à l’époque moderne avant tout rural, on en prendra pour exemple une région du nord-ouest de la Thuringe. Dans l’Eichsfeld, une exclave catholique de la principauté-électorale* de Mayence, la préparation à la mort pouvait être ponctuée de rêves prémonitoires, soigneusement consignés dans la chronique jésuite locale. Ainsi mourut en 1605 de coliques néphrétiques Barbara Faupels, âgée de 18 ans, après des confessions hebdomadaires et un songe annonciateur réconfortant. La chronique notait laconiquement : « Le songe ne la trompait pas13. » En 1630 décéda un jésuite issu des Provinces-Unies passées en grande partie au calvinisme, après avoir rendu mainte dévotion à la Vierge et eut deux rêves qu’il interpréta lui-même comme une annonce de son décès14. Des rêves de rupture biographique pouvaient aussi doubler les rites de passage traditionnels. Ainsi un paysan passablement alcoolisé déclara en 1605 ne pas tenir sa promesse de mariage. En rêve lui apparut alors un effroyable spectre qui, en dépit de son signe de croix, « lui déroba l’usage de la langue ». Il alla de nuit à l’église et y rêva alors d’un ange qui lui rendit sa voix. Il résolut de ne parler dorénavant que de bonnes œuvres15.
9Toujours dans l’Eichsfeld, la conversion au catholicisme relevait des césures existentielles parfois flanquées de songes annonciateurs, interprétés, conformément au schéma officiel, par un prêtre ou un père confesseur. En 1605, une jeune fille eut ainsi un rêve de tentation, en partie érotique. Cette domestique luthérienne servait dans la maison d’un bourgeois catholique et se convertit au contact de son environnement. En songe, le diable lui apparut et conseilla de rester dans son ancien culte, la menaçant de toute sorte de malheurs, puis cette apparition disparut et elle n’entendit plus qu’une voix, qu’elle rapporta à un être humain. Saisie par la peur, elle cacha sa tête sous la couverture et pria intérieurement la Vierge. La nuit suivante, un homme attrayant lui apparut en songe et la morigéna à nouveau en lui faisant miroiter de petits cadeaux si elle recouvrait le luthéranisme. À nouveau elle se cacha et pria, et relata ces rêves par le truchement d’un tiers au prêtre16. En 1706 encore, un officier luthérien converti au catholicisme avant d’abjurer à nouveau (dans l’expectative d’une promotion), vit en rêve le prêtre qui l’avait instruit dans les principes catholiques, ce qui l’effraya. Tout en persistant dans sa décision, il alla néanmoins à Heiligenstadt, la grande ville voisine, recevoir les sacrements (catholiques !) de l’eucharistie et de la confession17.
10De tels rêves relatifs à ce que l’on pourrait nommer un « dédoublement » confessionnel (la ou les conversions) manifestent un curieux balancement entre la décision ferme et l’hésitation fondamentale, inscrit dans un faisceau quotidien de savoirs. Dans l’Eichsfeld catholique – comme dans la ville libre paritaire d’Augsbourg –, des voyantes pouvaient exercer ouvertement leur activité18. En 1682, tandis que François-Xavier était considéré comme un thaumaturge, les habitants d’un village hanté par des spectres écrivirent des « noms superstitieux » sur des billets qu’ils fixèrent sur les portes des pièces. Lorsqu’un prêtre les découvrit, il les rassembla et les apporta au collège jésuite, dans sa chambre à coucher. La nuit suivante, il fut pris d’un rêve si effrayant qu’il se leva et jeta par la fenêtre les billets superstitieux ; il se rendormit alors du sommeil du juste. Quelque temps plus tard, il fit fixer une statue de saint François sur la porte19. Ce qui était considéré comme « superstitieux » n’était donc pas la croyance en une vérité du rêve, mais les formules magiques des billets.
11Le songe marqueur d’une destinée avait un prolongement en la forme du songe de vocation. Dans son autobiographie, Ignace de Loyola faisait dépendre ses décisions existentielles de choix aléatoires garantis par la providence divine perçus en songe. Les Exercices spirituels furent même critiqués au xvie siècle comme faisant le lit des « enthousiastes » en donnant une place inédite à l’intuition intérieure, au dialogue avec le moi. Pour l’archevêque de Tolède Juan Martínez Silíceo (1486-1557), les Exercices spirituels étaient « scandaleux et hérétiques », c’était la doctrine des alumbrados. Le débat parcourut le concile de Trente. Si les Exercices spirituels parlaient de méditations et non de rêves individuels, l’autobiographie de Loyola ne fut publiée que 150 ans plus tard, par peur d’une émulation incontrôlée20.
12Le songe de vocation devint toutefois un genre foisonnant de la littérature jésuite. L’éminent jésuite Athanasius Kircher nota le rêve suivant au début de son autobiographie manuscrite, signe de son caractère liminaire21. Dormant paisiblement dans le collège de Wurtzbourg, une nuit de 1631, il vit en rêve une « lumière obscure » pénétrer la chambre depuis la fenêtre et, s’éveillant et quittant son lit, constata « que la cour très vaste du collège était arrangée en ordre militaire et remplie d’hommes armés et de chevaux », et encerclée de flammes. Vite, il voulut aviser ses compagnons et son supérieur, le recteur Peter Facies, mais ils dormaient profondément. Il commença à douter s’il n’avait pas été « trompé dans le sommeil » et revint à sa fenêtre pour s’assurer de ce qu’il avait vu et ne réveiller personne inopinément. Or il revit la même scène. Il alla donc voir ses compagnons pour la leur montrer, mais avant de parvenir dans l’atrium du collègue et tandis qu’il voulait à nouveau s’assurer de la scène, la vision disparut subitement. L’effroi de ce songe le hanta les jours suivants. « Comme dans un miroir », il pensait avoir pressenti un malheur prêt à s’abattre non seulement sur son collège voire sur la Franconie, mais aussi sur l’Allemagne entière. Se voyant lui-même tel un « enthousiaste », il arpentait le collège en tous sens. Suite aux questions inquiètes de ses compagnons, Kircher relata son songe et les manda de mettre le trésor du collège en sécurité. Mais ses compagnons se rirent de ce rêve – jusqu’à ce que les Suédois envahirent à la mi-octobre la ville de Wurtzbourg et le collège, pillant tous ses trésors et reliques, et transférant ses précieux livres vers la bibliothèque d’Uppsala. Laissant ses ouvrages en plan, Kircher fuit avec un compagnon (Andreas Wigand) vers Lyon et Avignon, avant de rejoindre Rome en 1633 où il resta jusqu’à sa mort en 1680.
13C’est à la suite de ce songe que Kircher se voua à une science pensée comme inspirée. Ses travaux scientifiques foisonnants étaient guidés par une conviction : que sa quête des fragments des traditions et civilisations perdues était insufflée par la providence divine. C’est cette inspiration divine qui lui permettait notamment, affirmait-il juste après le récit de son rêve liminaire, de deviner, parvenu à Rome, les hiéroglyphes de la face cachée d’obélisques enfouis à terre ou de compléter les hiéroglyphes manquants des colonnes brisées22. C’est ainsi par une intervention providentielle que Kircher avait été converti à l’érudition. À l’instar d’Augustin d’Hippone – qui avait défini le modèle de la conversion intérieure comme un changement radical d’obédience et de compréhension du monde et avait dû se défendre des accusations de laxisme religieux lancées par les donatistes – Kircher devait se défendre de ses détracteurs, qui l’accusaient de faire plus cas de la providence divine que de l’exactitude philologique et des enquêtes de terrain.
14Des rêves fatidiques, de césure autobiographique ou de vocation professionnelle se rencontrent aussi en terre protestante, dans une version éventuellement plus séculière. Le médecin bâlois réformé Felix Platter (1536-1614) rêva en 1554 qu’il était entré dans la maison du « coupeur » ou chirurgien-barbier, en raison de douleurs à la main ; la fille du « coupeur » lui appliqua quelque chose sur la main, si bien que les douleurs disparurent. Platter interpréta immédiatement ce songe comme un présage de son mariage avec Magdalena (1534-1613), la fille du chirurgien-barbier Franz Jeckelmann (1504-1579), qui de fait eut lieu deux à trois ans plus tard23. En cette même année, l’orfèvre Wolfgang Vincentz originaire de Breslau (Wrocław) eut un « étrange songe » alors qu’il était apprenti et doutait s’il parviendrait à décrocher la maîtrise. Il vit des ennemis anonymes assaillir à trois reprises sa maison et ne parvint à fuir qu’au moyen de son luth qui soudain émit des sons en forme de « petites boules de feu », si bien que l’ennemi battit en retraite. Vincentz conta peu après ce songe à un oniromancien dénommé « Dr. Hanisch », qui l’interpréta comme un signe véridique de sa future orientation professionnelle24. 27 ans plus tard, son frère défunt apparut à trois reprises en songe à Vincentz en compagnie de plusieurs ennemis qui tentaient de détruire une maison en construction (Babel ?) et d’assommer les ouvriers. Ne sachant à son réveil et les jours suivants comment interpréter la scène onirique, il se reporta au Psaume 90 :525.
15Inscrit dans un quotidien qui devenait subitement poreux au surnaturel ou du moins à l’étrange, le songe inquiétait, affectait « comme dans un miroir », sujets et interprètes ; ils s’en trouvaient dédoublés et altérés. Le récit de rêve fut interrogé dans la pratique médicale, dans l’écriture autobiographique et par les savants et amateurs de rêves.
Notes de bas de page
1Dante Alighieri, Divina Commedia, Inferno, Canto IV : « che’l mondo al caso pone ». Voir Rieche Juliane, Literatur im Melancholiediskurs des 16. Jahrhunderts. Volkssprachige Medizin, Astrologie, Theologie und Michael Lindeners » Katzipori « (1558), Stuttgart, Hitzel, coll. « Literaturen und Künste der Vormoderne, 1 », 2007.
2Voir l’article suggestif de Toussaint Stéphane, « Le vin de Démocrite. Sur un tableau de Jan van Bijlert », in Stefan Albl et Francesco Lofano (dir.), I Filosofi antichi nell’arte italiana del seicento. Stile, iconografia, contesto, Rome, Artemide, 2017, p. 109-126.
3Traum-Gesicht vom Demokritus und Heraklitus/da jener den itzigen Zustand in Teutschland belachet dieser aber beweinet …, s. l., 1675, citations p. 3. Le songe est dit avoir été perçu « sur la cime de la montagne » (« auff die Hoehe deß Berges », p. 4), ce qui pourrait renvoyer de façon voilée au poète silésien protestant réfugié à Ratisbonne Wolf Helmhard von Hohberg (1612-1688), qui pourrait en être l’auteur. Sur la sensibilisation précoce au Rhin, voir Gantet Claire, « La construction d’un espace étatique : perceptions et représentations des frontières extérieures du Saint-Empire au xviie siècle », in Christine Lebeau (dir.), L’Espace du Saint-Empire du Moyen Âge à l’époque moderne, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2004, p. 33-49.
4« unrechtmässig », « der von Stoltz und Hochmuth auffgeblasene König der Frantzen », Traum-Gesicht vom Demokritus und Heraklitus, op. cit., p. 6.
5Ce libelle est toutefois nourri d’une telle littérature, et on y devine en particulier l’influence de Baltasar Gracián. Voir à ce propos Vila Baudry Bérénice, Le rire de Démocrite et le pleurer d’Héraclite. La figure des philosophes de l’Antiquité dans la littérature espagnole des Siècles d’Or, thèse de l’université Paris 4, études espagnoles, 2007.
6« Le monde est plein de fous », Cicéron, Ad familiares 9, 22, repris dans l’Éloge de la folie d’Érasme.
7Voir notamment Carroy Jacqueline, Les personnalités doubles, op. cit. La notion sert d’instrument d’analyse pour étudier la fondation d’une psychologie autonome en France à la fin du xixe siècle dans un terrain mixte entre science et fiction.
8Voir Barras Vincent, « Épistolarité et maladie », in Gérard Danou (dir.). Littérature et médecine, ou les pouvoirs du récit, Paris, Centre Pompidou, 2001, p. 195-205 ; Barras Vincent et Rieder Philip, « Corps et sujet à l’époque des Lumières », Dix-huitième siècle, no 37, 2005, p. 211-224.
9Voir Carroy Jacqueline, Nuits savantes. Une histoire des rêves (1800-1945), Paris, Éditions de l’EHESS, 2012.
10Ekirch A. Roger, « Sleep We Have Lost. Pre-industrial Slumber in the British Isles », American Historical Review, no 106, 2001, p. 343-386, ici p. 364-379, not. p. 379, où Ekirch commente le tableau Minuit (1765) de Heinrich Füssli, dans lequel deux hommes semblent se narrer mutuellement leurs rêves. Cette périodisation n’est pas foncièrement remise en compte dans Ahlheim Hannah (dir.), Kontrollgewinn, Kontrollverlust. Die Geschichte des Schlafs in der Moderne, Francfortsur-le-Main/New York, Campus, 2014. Birgit Emich n’en dit rien dans Emich Birgit, « Zwischen Disziplinierung und Distinktion. Der Schlaf in der Frühen Neuzeit », WerkstattGeschichte, no 34, 2003, p. 53-75. Agrippa von Nettesheim parlait d’un anneau apte à induire des rêves. Voir Nettesheim Agrippa von, De occulta philosophia libri tres, éd. V. Perrone Compagni, Leyde et al., Brill, coll. « Studies in the History of Christian Thought, 48 », 1992, p. 557-558.
11Taylor Charles, Sources of the Self. The Making of the Modern Identity, Harvard, Harvard University Press, 1989 (rééd. 1992).
12Taylor définit ainsi l’attention au quotidien : « those aspects of human life concerned with production and reproduction, that is, labour, the making of the things needed for life, and our life as sexual beings, including marriage and the family » (ibid., p. 211). Son traitement de l’époque moderne, rythmée par la Réforme protestante, Descartes et Locke, est très conventionnel.
13Opfermann Bernhard, Die Geschichte des Heiligenstädter Jesuitenkollegs, t. I, Duderstadt, Mecke, 1989, p. 74-75, citation p. 75. Je remercie Christophe Duhamelle de l’indication de cette chronique. Sur l’Eichsfeld à cette période, voir Duhamelle Christophe, La Frontière au village. Une identité catholique allemande au temps des Lumières, Paris, Éditions de l’EHESS, 2010.
14Opfermann Bernhard, op. cit., t. I, p. 150-151.
15Ibid., t. I, p. 75-76, citation p. 76.
16Ibid., t. I, p. 73-74.
17Ibid., t. II, p. 1706.
18Ibid., t. I, p. 74 (année 1605). Sur Augsbourg, voir Stadtarchiv Augsburg : Urgichten 356-360.
19Opfermann Bernhard, op. cit., t. I, p. 309-310.
20O’Malley John, The First Jesuits, op. cit., p. 41-42. Il s’agit du Récit du pèlerin recueilli entre 1553 et 1556, à la demande de compagnons qui souhaitaient garder son testament spirituel. En 1544-1545, Ignace de Loyola scruta aussi les mouvements intérieurs de son âme pendant et après la messe dans son Journal des Motions intérieures, lui aussi tenu secret.
21Elle ne parut que de façon posthume. Kircher relata ce songe à son disciple Caspar Schott à Wurtzbourg. Kircher Athanasius, Vita admodum Reverendi P. Athanasii, (Augsburg, 1684), p. 25-27 ; Schott Caspar, Physica curiosa, sive Mirabilia naturae et artis, Wurtzbourg, Endter, 1662, p. 218. Schott date ce songe non du printemps 1631, mais de septembre 1631, des alentours donc de la bataille de Breitenfeld, une défaite retentissante pour les catholiques. Voir Grafton Anthony, Traditions, op. cit. ; Bähr Andreas, Der grausame Komet. Himmelszeichen und Weltgeschehen im Dreißigjährigen Krieg, Reinbek, Rowohlt, 2017, p. 155-158.
22Kircher Athanasius, Vita, op. cit., p. 28-35.
23Platter Felix, Tagebuch (Lebensbeschreibung), éd. par Valentin Lötscher, Bâle, Schwabe, coll. « Basler Chroniken, 10 », 1976, p. 202, et p. 67 : alors qu’il était un enfant, il avait souvent rêvé qu’il dormait dans un bâtiment de Bâle, qu’il acquit ultérieurement.
24Die Goldschmiede-Chronik. Die Erlebnisse der ehrbaren Goldschmiede-Ältesten Martin und Wolfgang, auch Mag. Peters Vincentz, éd. par Curt Rudolf Vincentz, Hanovre (1918), p. 252-253, citation p. 253.
25Die Goldschmiede-Chronik, op. cit., p. 479-480, citation p. 480. Traduction française de la version de Luther, Vincentz étant luthérien : « Tu les emportes comme par une ravine d’eau ; ils sont [comme] un songe au matin ; comme une herbe qui se change. »
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