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    Plan détaillé Texte intégral Le culte du souvenir après la défaite Dessiner une nouvelle topographie symbolique Mémoires concurrentes Notes de bas de page Auteur

    1870, entre mémoires régionales et oubli national

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Commémorer deux générations de soldats

    Les hommages aux morts de la guerre franco-prussienne dans l’entre-deux-guerres

    Christina Theodosiou

    p. 257-270

    Texte intégral Le culte du souvenir après la défaite Dessiner une nouvelle topographie symbolique Mémoires concurrentes Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Depuis ses premiers travaux sur les voies de Paris jusqu’à ses études célèbres sur la mémoire, la question de l’espace occupe une place centrale dans la pensée de Maurice Halbwachs. Suite à la redécouverte de son œuvre, le concept d’espace s’est progressivement introduit dans le langage des historiens de la mémoire collective. Pourtant, tandis que, en France au moins, il est coutume de se référer à La mémoire collective, son œuvre posthume dont le dernier chapitre s’intitule « La mémoire collective et espace », peu d’attention est généralement portée sur le dernier livre paru de son vivant, La topographie légendaire des Évangiles en Terre sainte. Basé sur les récits des pèlerins, celui-ci explore la façon dont la mémoire collective chrétienne a été, au fil du temps, consolidée en s’inscrivant, en fonction d’une vision rétrospective du monde, dans un espace matériel et symbolique, la Terre sainte1.

    2Ce chapitre examine l’interaction entre commémoration, récits de guerre et espaces, à la fois matériels et symboliques, en prenant comme champ d’observation les pratiques commémoratives au lendemain de la Grande Guerre dans la banlieue sud-ouest de Paris. En effet, entre septembre 1870 et janvier 1871, durant le siège de Paris par les troupes prussiennes, cet espace a été placé au cœur d’opérations militaires : Châtillon, Versailles, Clamart, Meudon, Bagneux, Fontenay-aux-Roses, Saint-Cloud, Champigny, Buzenval, Garches sont entrés successivement dans une spirale de combats et de sièges2. Après la guerre, un peu partout dans la région, les habitants se sont mis à ériger des monuments en mémoire à la fois de batailles qui s’y sont déroulées et des morts qui y ont péri. Un peu partout aussi après 1918, les monuments de 1870-71, tout comme les tombes militaires, sont devenus partie intégrante des cérémonies en souvenir de la Grande Guerre. Contrairement à la pratique générale, ces commémorations locales de la Grande Guerre portaient sur un double hommage reliant dans un même souvenir les victimes locales des deux guerres contre l’Allemagne. Il est alors question d’une tradition commémorative qui vise, par un jeu des représentations et un rituel articulant des lieux matériels et symboliques, à installer une unité historique. Nous allons ainsi interroger, d’une part, l’articulation du passé lointain et récent, et, d’autre part, les affinités entre discours historique local et national. De même, nous serons attentifs à un concept interrogé par Maurice Halbwachs dans La topographie légendaire des Évangiles en Terre sainte, celui du remaniement des traditions et des lieux, le premier renvoyant aux transactions entre traditions, le second au réinvestissement des lieux par une nouvelle forme de mémoire collective.

    Le culte du souvenir après la défaite

    3La première question qui se pose est celle de l’émergence de cette pratique commémorative et conjointement de l’influence des structures culturelles préexistantes. Sur ce point, il est à noter le grand renouveau de l’activité commémorative en France à la fin du xixe et au début du xxe siècle. À ce moment-là, le mouvement commémoratif issu de la guerre franco-prussienne a amplifié sa base et les monuments se sont multipliés. En effet, l’expansion du mouvement commémoratif dans les années 1880 et 1890 coïncidait avec la prolifération des associations d’anciens combattants et des associations patriotiques, comme le Souvenir français – créé en 1887 par François-Xavier Niessen, un professeur alsacien, dans le but d’entretenir les tombes des soldats morts – et les associations de tir, de gymnastique et d’instruction musicale3. Ces nouveaux réseaux du souvenir ont activement participé à l’organisation des quêtes publiques pour l’érection des monuments et même parfois ont réalisé leurs propres projets commémoratifs. L’expansion du mouvement commémoratif a également accentué la construction des monuments aux morts dans les communes, aussi bien dans l’espace public que dans les cimetières. De même, vers la fin du xixe siècle, les premiers monuments figurés du conflit font leur apparition. Il s’agissait de mobiles et d’allégories féminines, par exemple des allégories de la République, ou d’une ville rendant hommage à ces enfants morts au combat.

    4De plus, les cérémonies commémoratives se sont généralisées devenant même annuelles, dans certains cas. Ici et là, des manifestations à caractère récurrent ont vu le jour à l’occasion de la Toussaint ou encore de l’anniversaire d’une bataille, comme par exemple celle ayant lieu au plateau de Buzenval4. Ces pratiques commémoratives peuvent être envisagées à la fois comme une réponse psychologique, culturelle et politique au choc de la défaite5. Le but était d’héroïser la défaite militaire et de préparer en même temps la revanche. Dans cette perspective, la commémoration exaltait l’esprit de sacrifice des mobiles, grâce auquel la nation a retrouvé son honneur, qui avait été fortement atteint après les événements des 2 et 3 septembre 18706. De cette façon, la tradition commémorative liée à la guerre franco-prussienne a été le pivot pour l’émergence du culte du souvenir dédié aux morts de la Première Guerre mondiale. Ceci dit, leur association en un seul culte n’allait forcément pas de soi.

    5En effet, les doubles célébrations du Cinquantenaire de la proclamation de la République et de l’inhumation du soldat inconnu sous l’Arc de triomphe, le 11 novembre 1920, semblent y avoir joué un rôle capital. Avec cette double célébration, le gouvernement a créé une continuité historique entre les dates du 4 septembre 1870 et du 11 novembre 1918. De même, il était question d’établir un parallèle entre les deux générations de guerre, aussi bien entre les combattants qu’entre les morts des deux guerres respectives. Dans cette perspective par exemple, des instructions ministérielles suggéraient le dépôt des couronnes ou des fleurs sur les tombes militaires et les monuments qui évoquaient à la fois le souvenir de 1870 et de la Grande Guerre7. Il est par ailleurs à noter qu’au lendemain de l’armistice, en attendant que soient érigés les monuments aux morts de la récente guerre, ceux de 1870 ont occasionnellement servi de monument de substitution pour les morts de 1914-1918, non seulement lors des cérémonies de la Toussaint et de la fête des morts8, mais aussi du cinquantenaire de la République en 1920. C’est ainsi que, le 11 novembre 1920, le premier adjoint de la ville de Garches a déclaré devant le monument du 19 janvier 1871, érigé en souvenir de la seconde bataille de Buzenval, que les pèlerinages patriotiques annuels au monument commémoratif, ont inculqué aux générations qui n’ont pas connu la guerre, l’amour patriotique contribuant ainsi à la préparation de la revanche et à la victoire de 19189. Le 11 novembre 1920 a alors occasionné un premier rapprochement entre les cultes et les agents du souvenir issus des deux guerres. Cependant cette fusion, voulue ponctuelle par le gouvernement, s’est par la suite pérennisée dans certains endroits10.

    Dessiner une nouvelle topographie symbolique

    6Tout au long des années 1920 et 1930, les cérémonies commémoratives de la Grande Guerre dans nombreuses communes de la banlieue parisienne du sud-ouest se déroulèrent en deux étapes. En règle générale, un discours était prononcé devant le monument respectif des deux guerres ou encore devant les tombes militaires, notamment si l’un des deux monuments était érigé dans le cimetière communal. Ces doubles cérémonies avaient d’habitude lieu le 11 novembre et à la Toussaint. À travers des gestes bien cadrés et récurrents, les participants affirmaient alors, d’une part, leur engagement à respecter les valeurs fondatrices de leur identité collective et, d’autre part, la cohésion de leur groupe, sa communion de sentiments et de pensée, tout en renouvelant leur attachement à l’esprit de sacrifice de morts11. Pourtant, il n’était pas seulement question de confirmer des appartenances communautaires et locales mais aussi nationales. Par le choix du cadre temporel, c’est-à-dire la période de l’année consacrée en général aux commémorations de la Grande Guerre, ces rites du souvenir affirmaient la communion de la communauté locale et de la communauté nationale dans le culte des morts.

    7Parmi les cas étudiés, seules les manifestations de Bagneux se déroulaient à une date proche de ces deux jours traditionnellement consacrés au souvenir des morts. Ici, le 11 Novembre, « la fête des survivants », était réservé au banquet des anciens combattants et la cérémonie de la municipalité en l’honneur des morts des deux guerres était fixée le dimanche qui le précédait12. En revanche, à Sceaux, à Meudon, à Garches, à Saint-Cloud et à Corbeil, le 11 novembre a été choisi pour le double hommage aux victimes des armées allemandes. Par exemple, la municipalité de Sceaux organisait chaque année une cérémonie « en l’honneur des morts pour la Patrie » de 1870-1871 et de la dernière guerre. La première partie du programme comportait un hommage à l’école communale de garçons, devant la plaque en l’honneur des anciens élèves morts pour la France ; la deuxième partie comportait une visite au cimetière pour déposer des couronnes et des fleurs devant les tombes des militaires morts en 1870-1871 et au cours de la dernière guerre. Enfin, le cortège se dirigeait place de la Mairie pour un dernier hommage devant le monument aux morts de la Grande Guerre13. À Saint-Cloud, le programme officiel incluait une visite en cortège au monument aux morts de la Grande Guerre, place de la Mairie, puis au monument commémoratif de Montretout et au carré militaire pour déposer une gerbe et des couronnes à la mémoire des enfants de Saint-Cloud morts pour la France et des victimes des combats du 19 janvier 187114. Dans la commune voisine de Garches, la journée du 11 Novembre comportait un double hommage au monument aux morts de la dernière guerre, situé boulevard de la Station, renommé par la suite avenue Foch, et au monument élevé dans le cimetière en souvenir des combattants de 1870-1871 et de la bataille de Buzenval15.

    8À Clamart et à Fontenay-aux-Roses par contre, le jour de la Toussaint a été choisi pour ce double hommage. Cette décision a été prise au lendemain de la guerre en conformité avec la loi de 1919 relative à la commémoration de la Grande Guerre le 1er novembre. L’institutionnalisation du 11 novembre comme fête nationale n’a pas changé cette tradition fraîchement établie. À Clamart, le 11 Novembre ne fut officiellement fêté que dans les années 1930. Ce qui est particulièrement intéressant dans ce cas, c’est la réaction de certains milieux locaux à l’égard du choix de leur administration de maintenir la Toussaint comme seule date officielle des commémorations, en dépit de la loi du 24 octobre 1922 proclamant le 11 novembre jour de fête nationale. En effet, dans une lettre datée du 22 octobre 1923, en réponse à l’invitation du maire à assister à l’hommage du 1er novembre, le président du Comité républicain libéral d’étude et d’action économique et sociale de Clamart a saisi l’occasion pour renouveler sa demande (déjà formulée à d’autres occasions), pour faire coïncider l’hommage aux morts avec l’anniversaire de l’armistice, désormais officiellement consacré comme fête nationale de la victoire et, par conséquent, de ceux tombés pour la remporter16. Dans le cas de Fontenay-aux-Roses cependant, la Toussaint fut tout au long de l’entre-deux-guerres le jour officiel des commémorations de la guerre quoique, dans les années 1930, des manifestations non officielles, c’est-à-dire qui n’étaient pas organisées par la municipalité, avaient également lieu à l’occasion du 11 Novembre. Quant à l’hommage officiel, il s’agissait à la fois d’un hommage aux soldats morts et d’une manifestation de solidarité envers leurs familles. Du reste, le cérémonial de la Toussaint ne se différenciait pas de celui de l’anniversaire de l’armistice dans les communes à proximité. Comme de nombreuses cérémonies patriotiques après la guerre, la cérémonie commençait à 11 heures, l’heure du cessez-le-feu au front, l’heure également des cérémonies officielles du 11 Novembre. La première partie du programme se déroulait devant le monument aux morts de la place de la Mairie, puis le cortège, aux sons de la fanfare municipale, se rendait au cimetière pour défiler devant l’ossuaire des morts de 1870-1871 et les tombes militaires et déposer ensuite une couronne au monument du Souvenir, « à la mémoire de tous les bienfaiteurs de la commune17 ».

    9Il apparaît alors que le cérémonial établissant une articulation entre les lieux de mémoire des deux guerres, occasionne le remaniement symbolique de l’espace. Dès lors les monuments et les lieux de la guerre franco-prussienne sont réinvestis par un nouveau système de représentations, une nouvelle mémoire collective. En effet, le double hommage visait à rattacher les morts des deux guerres au même système de valeurs et à établir une continuité historique entre leur sacrifice. Il désignait également une topographie symbolique qui confirmait une appartenance communautaire. Cela pouvait aussi impliquer l’annexion dans ce circuit rituel non seulement des espaces, symboliques et matériels, comme les monuments, mais aussi du sol. Ainsi dans la commune de Bagneux, l’itinéraire qu’empruntait le cortège lors des hommages aux morts de la guerre comportait un passage par le monument du 13 octobre 1870 construit en souvenir de la deuxième bataille de Châtillon. Ici, un mobile retraçait les événements de la journée du 13 octobre, au cours de laquelle le comte de Dampierre, commandant des mobiles de l’Aube, avait perdu la vie. Ensuite, le cortège faisait une halte au site où le commandant Dampierre avait été mortellement blessé, avant d’aboutir devant le monument de 1914-1918. Là, un vétéran de la dernière guerre était chargé de rendre hommage à ses camarades tués au combat18. Outre les morts, le lien entre les deux générations de guerre était aussi établi par la présence conjointe des vétérans des deux guerres qui, en règle générale, marchaient en tête du cortège avec leurs drapeaux19.

    Mémoires concurrentes

    10Peut-on voir dans ces doubles commémorations le triomphe de l’esprit de revanche ? La question est essentiellement conditionnée par le contexte diplomatique, politique ou encore social dans lequel s’inscrit la double commémoration, et par les équilibres politiques propres à chaque commune. La persistance des schémas de pensée belliqueux élaborés avant 1914, ou encore durant la Première Guerre mondiale pour soutenir l’effort de guerre jusqu’à la victoire finale, est davantage apparente les premières années de la paix20. À ce moment-là, les commémorations de la guerre à l’échelle nationale, par exemple lors de l’anniversaire du 11 novembre, tournaient principalement autour de la question des réparations allemandes : on pensait alors qu’avec le versement des réparations, l’armistice de 1918 prendrait une substance véritable, et incarnerait la justice pour les victimes de 1914-1918 et la revanche pour les morts sans victoire de 187021. Il semble que le remaniement symbolique des espaces permettait d’établir cette corrélation entre le combat des deux générations de soldats. Par exemple à Garches, en 1922, lors de la première étape de l’hommage communal devant le monument de la bataille du 19 janvier, le premier adjoint de la ville a salué le courage et la détermination des glorieux héros de la bataille de Buzenval, précurseurs des vainqueurs de 1918, qui ont rendu à la France l’Alsace et la Lorraine, que les responsables de crimes de 1870 lui avaient arrachées. Un peu plus tard, dans le cimetière, le maire a souligné que, comme leurs aïeux, les soldats de 1914 s’étaient soulevés en masse pour repousser l’envahisseur. Ensuite, et après avoir rendu hommage aux tombes militaires, le cortège s’est dirigé place des Écoles pour une visite à l’arbre de la victoire. On retrouve les mêmes thèmes discursifs dans les allocutions prononcées lors des cérémonies de 1923. Charles-Henri Devos, le premier adjoint, a uni tous les défenseurs de la patrie dans le même « sentiment d’admiration et de reconnaissance éternelle », puis Émile Sins, le maire, a salué les enfants de la ville qui avaient donné leur vie, pendant la Grande Guerre, pour sauver la patrie et a demandé à la population de rester unie pour que leur sacrifice ne soit pas inutile22.

    11Le récit héroïque de la mort au combat cherchait alors à insérer la guerre de 1870 dans une continuité historique, celle-ci établie par des luttes contre un ennemi séculaire. Il visait aussi à diffuser des modèles d’appartenance commune, à inspirer chez les individus le sentiment de partager un destin commun. En 1923, sur la place Dampierre, le président des combattants de Bagneux a salué la mémoire du commandant Dampierre et celle de ses compagnons d’armes tués à ses côtés pour défendre le sol français contre « l’agresseur héréditaire23 ». Un an auparavant, le 11 novembre 1922, le député Georges Bonnefous24 notait, lors de l’inauguration du monument aux morts de la Première Guerre mondiale de Saint-Cloud, que les victimes de 1870 étaient bien vengées par leurs enfants qui, grâce à leur sacrifice, « ont sauvé l’honneur » et ont reconstitué la France. « Ces sacrifices parlent aux yeux et aux cœurs. Ceux de 1871 et ceux de 1918 ont fait la France », proclamait-il à la fin de son discours25. Outre la complémentarité du devoir accompli par les morts, l’articulation des lieux de mémoire liait dans une même continuité historique la communauté locale dans le culte des morts. Le culte du souvenir était alors davantage compris comme un devoir patriotique faisant partie intégrante de l’identité nationale et locale, un principe de reconnaissance qui se transmettait et qui reliait entre elles les générations du souvenir. C’est ainsi qu’en 1922, dans son discours d’inauguration du nouveau monument aux morts de Saint-Cloud, le maire de la ville évoque l’inauguration du monument de 1870 et souligne que, quarante et un ans plus tard, il appartient à la population « de remplir le même devoir de reconnaissance » pour les enfants de Saint-Cloud tombés au cours de la dernière guerre26.

    12Certes, il est évident que les idées du sacrifice consenti et celle du combat commun contre les ennemis de la patrie demeurèrent bien au-delà des premières célébrations de la Grande Guerre27. Cependant, sous le poids des difficultés économiques et diplomatiques qui n’ont cessé de s’aggraver au fil de la décennie, elles se sont progressivement éloignées du récit triomphaliste des débuts pour s’insérer dans un récit beaucoup moins tenace, directement lié avec le fait que l’Allemagne se montrait peu disposée à honorer les engagements résultant de la signature de l’armistice et du traité de Versailles28. Cela pouvait aussi occasionner de nouveau le remaniement symbolique des espaces qui s’articulaient dès lors par un récit de la guerre montrant du doigt la position déclinante du pays. Dans ce contexte, on chercha plutôt à établir un équivalent historique entre le combat héroïque du passé et les batailles que les vivants avaient à mener dans le présent. Ainsi, le 11 Novembre 1925, le maire de Garches associe alors dans le même culte du souvenir les morts « des guerres malchanceuses de l’Empire » et demande à ses concitoyens de s’inspirer de leur exemple pour résoudre les difficultés présentes29. La même année à Corbeil, lors de la cérémonie traditionnelle devant le mausolée qui s’élevait au milieu des tombes militaires, le président de l’association locale des anciens combattants, regrette le bilan des années écoulées depuis la victoire :

    « Qui nous eût dit, il y a sept ans, dans l’enthousiasme de l’armistice qu’aujourd’hui on nous contesterait le fruit de la victoire ! Hélas, il faut se rendre à la réalité, l’Allemagne redresse la tête et nous sommes aux prises avec les plus grandes difficultés intérieures et extérieures. […] Sachons rester disciplinés et unis […] Comme autrefois, élevons-nous au-dessus des partis. Soyons Français d’abord. »

    13Dans cette même ligne, un peu plus tard, au pied du monument de 1870-1871, l’adjoint au maire, demande, à son tour, à l’assistance de s’inspirer de l’abnégation des morts des deux guerres pour mener à terme la bataille pour le relèvement du pays :

    « Ils ont sacrifié ce qu’ils avaient de plus précieux : leur vie. Le pays reconnaissant a érigé ce monument pour rappeler leur souvenir aux générations futures, mais il ne suffit pas de proclamer les vertus et les mérites de ces héros, nous devons à leur mémoire de continuer leur œuvre dans le même esprit d’abnégation et de sacrifice.
    Ils ont donné leur sang pour conserver notre indépendance, à notre tour, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour le relèvement et la prospérité de notre patrie30. »

    14Cependant, le regard porté sur les monuments et les lieux et, conjointement, le sens du double hommage, peut être tout autre au moment du rapprochement franco-allemand quand le nouveau gouvernement du Cartel des gauches, soutenu par une partie importante de l’opinion publique, décide de renoncer à la politique de fermeté à l’égard de l’Allemagne31. À cette période, le culte du souvenir de la guerre franco-prussienne censé apaiser la déception de la défaite bascule, pour une deuxième fois, dans un registre différent de celui de ses origines. Le double hommage servait alors à souligner l’engagement pacifiste de la France et, par-delà, de ses morts, de tous ses morts, victimes de toutes les guerres. Le sacrifice du soldat était compris comme un don de soi pour le triomphe de la paix universelle. Dans cet esprit à Corbeil, lors du 10e anniversaire de l’armistice, le sous-préfet Léon Moine, unit dans un seul éloge l’œuvre de paix des soldats de 1870 et ceux de 1914 en soulignant que leur sacrifice tragique avait contribué à faire naître chez les vivants une plus grande bonté. Le souvenir des morts devait alors inspirer de la force à la communauté nationale pour poursuivre l’œuvre de fraternisation, sans défaillance et malgré les difficultés, dans la paix :

    « Voilà, morts immortels, ce qu’au fond de nos cœurs signifie la double cérémonie d’aujourd’hui. Puissions-nous hausser notre rêve à la taille du vôtre, et faire de cette paix que nous avez donnée, la paix définitive et sûre que vous appeliez encore peut-être en cet instant suprême où la mort a cueilli vos jeunes destins32. »

    15Ce basculement se confirme dans les années 1930 quand le sentiment de menace d’une troisième guerre en série envahit davantage l’esprit public33. Il est à noter que, dans la plupart de cas, le programme initial demeure pratiquement le même jusqu’à la fin des années 1930, malgré les alternances politiques au niveau local. Prenons l’exemple de Meudon. Ici, la cérémonie du 11 Novembre commençait chaque année par une visite à l’ancien cimetière des Longs Réages où la municipalité allait déposer une palme aux tombes des victimes de la guerre de 1870-1871. Ensuite, en cortège, on se dirigeait de la place de la Mairie vers le cimetière de Trivaux pour assister à la cérémonie devant le monument aux morts de 1914-1918 et déposer des fleurs sur leurs tombes militaires. Cependant, avec le temps, la visite au monument soi-disant « revanchiste » de 1870-1871 a été incorporée dans un récit pacifiste, dénonçant le bellicisme et la futilité de la guerre. De fait, la mort des mobiles de la guerre franco-prussienne a été réinterprétée dans le sillage de celle des combattants de la Grande Guerre comme un carnage vain34. Ce basculement du regard se voit entre autres dans les paroles du maire de Meudon qui déclare, en 1935, devant le monument aux morts de la dernière guerre :

    « Notre histoire a des pages rayonnantes si d’autres sont plus noires. Français, nous sommes fiers de nos qualités et indulgents pour nos défauts. Nous voulons vivre dans ce qui constitue notre patrie. Mais pourquoi faut-il que ce désir si naturel ait nécessité tant de sacrifices ? De nouveau des morts, des mutilés, des tuberculeux, des infirmes, des vieux avant l’âge forment la sinistre dette que nous avons dû payer. Les peuples ne veulent-ils donc pas conserver leur pays sans que des torrents de sang ne viennent inonder les bois et les près ? Pourquoi faut-il que les hommes ne puissent régler leurs différends par la raison et le jugement sans que des hécatombes d’êtres jeunes et sains ne soient la rançon des difficultés qui peuvent s’élever entre différentes puissances35 ? »

    16Cependant, au fil des années, une nouvelle topographie symbolique se dessine par endroits. La réinterprétation de la mort au combat s’opère alors par l’annexion dans le cérémonial de nouveaux espaces faisant référence à l’héritage pacifiste de la guerre. Par exemple, dans les années 1930, la municipalité de Corbeil a modifié l’itinéraire de son cortège officiel en incluant un arrêt aux allées Aristide Briand – nommées ainsi en souvenir de l’artisan de la politique de conciliation décédé en 1932 – avant de se diriger vers le monument de 1870-187136.

    17Il ne faut pas toutefois tracer une ligne directe entre les deux cultures commémoratives car une certaine cohabitation entre lecture belliciste et lecture humanitaire des deux guerres est parfois observée au sein de la même cérémonie. C’est notamment le cas dans la commune de Bagneux à partir du milieu des années 1920. D’un côté, Théodore Tissier, le maire radical, avait l’habitude d’y exprimer sa confiance en l’avenir pacifique de l’Europe et de soutenir l’œuvre des institutions internationales pour la résolution pacifique des litiges. De l’autre côté, le président des vétérans, Albert Willemet, louait, à son tour, l’amour patriotique qui unissait les soldats des deux guerres en invitant en même temps l’assistance à s’inspirer de leur esprit de sacrifice. De fait, comme il l’avait fait entendre dans son discours en 1930, les Français, à l’exemple de leurs morts, devaient à la fois rester unis et solidaires face aux difficultés de la paix, et vigilants face aux nouveaux périls. Entre-temps, devant le monument du commandant Dampierre, un mobile faisait le récit de la journée sanglante du 13 octobre37. Ainsi, par le biais du rituel à deux étapes, les morts de la guerre franco-prussienne, au même titre que ceux de la Grande Guerre, étaient englobés dans le même récit, reliant le passé lointain et le passé proche de la communauté locale, et conjointement nationale, étant héros de la nation en armes pour les uns, et apôtres de la paix pour les autres.

    18De plus, il faut prendre en considération que dans le sillage de la dynamique sociale créée autour du Front populaire la base sociologique du mouvement commémoratif s’est élargie au cours des années 1930. En effet, certains groupes qui ne faisaient pas jusque-là partie des manifestations patriotiques du souvenir se sont intégrés à ce moment-là dans les cortèges officiels. Par exemple en 1935, la mairie de Meudon réserve des places dans le cortège pour les membres du parti communiste, les militants du Secours rouge international, de la Jeunesse ouvrière féminine et de l’Union des femmes contre la guerre. En même temps, d’autres porteurs traditionnels du souvenir de la Grande Guerre, comme l’Union nationale des combattants, l’une des plus grandes associations de vétérans à l’échelle nationale, refusent de rejoindre le cortège officiel et organisent une cérémonie distincte38. La présence de ces nouveaux agents du souvenir dans les cortèges officiels ouvre alors la commémoration de la guerre à une autre sensibilité politique, à une tradition antimilitariste qui était, avant la Grande Guerre, largement détachée des cérémonies patriotiques en l’honneur des morts.

    19L’exemple des doubles hommages de la banlieue parisienne est un champ d’observation intéressant aussi bien en ce qui concerne les combinaisons que les concurrences entre traditions commémoratives. De même, il permet de réfléchir au remaniement et à la réorganisation symbolique des espaces du souvenir. Si les monuments aux morts forment l’identité des vivants dans la mesure où ils sont destinés à rappeler aux vivants non seulement les valeurs des morts mais aussi leurs dettes envers eux, le message qu’ils énoncent n’est pas pourtant invariable. En effet, ce double processus d’identification qu’offrent les monuments aux morts au moment de leur érection varie. Le message qu’ils incarnent peut alors se modifier au cours du temps à la lumière d’actuelles interprétations sociales concernant le sens de la mort au combat39.

    20Initialement destinés à préparer la revanche de 1870, les lieux du souvenir de la guerre franco-prussienne subissent après 1918 un double remaniement. D’une part, le message revanchiste s’essouffle au fil du temps sous le poids des difficultés économiques et des impasses diplomatiques. Dès lors, les traces du passé lointain et récent se relient dans un récit de soi plus pessimiste, plus introverti, mettant en exergue le désarroi d’une frange de la société de l’après-guerre face à l’incapacité de la France de profiter, sur le plan diplomatique et économique, de sa victoire militaire et, in fine, de sa revanche. D’autre part, les représentations belliqueuses de la guerre et de la valeur héroïque du soldat sont remises en cause par un nouveau système de pensée et de valeurs, issu de la Grande Guerre, qui met en avant l’héritage pacifiste des deux conflits. Ainsi, les lieux de mémoire de la guerre franco-prussienne, pour une deuxième fois consécutive en l’espace de quelques années, sont réinvestis par une autre mémoire collective fondée sur la dénonciation de la guerre comme une absurdité destructrice.

    Notes de bas de page

    1Halbwachs Maurice, La mémoire collective, Paris, Presses universitaires de France, 1950 ; id., La topographie légendaire des Évangiles en Terre sainte. Étude de mémoire collective, édition préparée par Marie Jaisson avec les contributions de Danièle Hervieu-Léger et al., Paris, Presses universitaires de France, 2008 (1941).

    2Roth François, La guerre de 1870, Paris, Librairie Arthème Fayard, 2010 (1990) ; Audoin-Rouzeau Stéphane, 1870, la France dans la guerre, Paris, A. Colin, 1989.

    3Sur la fondation et l’œuvre du Souvenir français, voir Barbuat, L’œuvre de Niessen, secrétaire général, fondateur du « Souvenir Français », Paris, imprimerie Durassié, s. d.

    4Varley Karine, Under the Shadow of Defeat: The War of 1870-1871 in French Memory, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2008 ; Tison Stéphane, Comment sortir de la guerre ? Deuil, mémoire et traumatisme, 1870-1940, Rennes, PUR, coll. « Histoire », 2011, p. 135-140 ; Grailles Bénédicte, « Gloria Victis : vétérans de la guerre de 1870-1871 et reconnaissance nationale », Revue d’histoire du xixe siècle, no 30, 2005, p. 139-152.

    5Schivelbusch Wolfgang, The Culture of Defeat: on National Trauma, Mourning and Recovery, trad. Jefferson Chase, New York, Metropolitan Books, 2003, p. 1-35 et 103-187.

    6Varley, Under the Shadow of Defeat…, op. cit., p. 25-76 et 191-202 ; Tison, Comment sortir de la guerre ?…, op. cit., p. 241-273.

    7AM Boulogne-Billancourt 2I3, fêtes (1920-1924). Instructions du préfet de la Seine aux maires, 4 novembre 1920 ; AM Paris 1326W 59, sépultures militaires. Cabinet du ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. Programme des manifestations projetées dans les cimetières parisiens le 11 novembre.

    8L’Abeille de Seine-et-Oise, « Corbeil : “Journée du Souvenir” », 7 novembre 1920 ; Le Réveil de Versailles, « Garches : pour nos morts », 12 novembre 1920.

    9Le Réveil de Versailles, « Garches : le 11 novembre », 19 novembre 1920.

    10Outre la banlieue parisienne, des doubles cérémonies ont eu lieu dans les départements de l’Indre, de la Côte d’Or, de la Saône-et-Loire et de l’Ain. Source : Journal du département de l’Indre et la rubrique « Dernière Heure » du Lyon républicain. De même, à Rennes, à Bordeaux et à Lyon, on a pris l’habitude de célébrer l’anniversaire de l’armistice de 1918 en se rendant en cortège officiel, placé sous l’égide de la municipalité et des associations d’anciens combattants, à la fois au monument de 1870-1871 et de 1914-1918. Voir AM Rennes I21, fête de l’armistice (programme des années 1930) ; La Petite Gironde, « La fête nationale de l’Armistice à Bordeaux », 12 novembre 1924 ; Lyon républicain, « Le 17e anniversaire de l’Armistice a été célébré cette année avec une ampleur inaccoutumée », 12 novembre 1935.

    11Sur les fonctions des rites, voir Rivière Claude, Les liturgies politiques, Paris, Presses universitaires de France, 1988, p. 161-185. Sur les cérémonies du 11 Novembre, voir Prost Antoine, Les anciens combattants et la société française, 1914-1939, t. 3 : Mentalités et idéologies, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1977, p. 52-75.

    12La Rive gauche, « Bagneux : anciens combattants », 8 novembre 1924 ; ibid., « Bagneux : manifestation commémorative », 13 novembre 1926. Des indices montrent toutefois que, outre leur banquet traditionnel, les anciens combattants ont occasionnellement organisé une cérémonie commémorative. Voir La Rive gauche, « Bagneux : le 11 Novembre et les anciens combattants », 17 novembre 1923.

    13Invitations et programme envoyés, en novembre 1938, par le conseil municipal de Sceaux au maire de la commune voisine de Fontenay-aux-Roses : AM Fontenay-aux-Roses, 1J105.

    14Invitations et programme adressés au conseil municipal et au maire de Meudon en 1928, en 1935 et en 1937 : AM Meudon-le-Fleury, 1I8. Voir aussi Le Réveil de Versailles, « Saint-Cloud : le 11 Novembre », 20 novembre 1925 ; ibid., « Saint-Cloud : le 11 Novembre », 16 novembre 1934.

    15Invitations et programmes adressés au maire et au conseil municipal de Meudon en 1935 et en 1936 : AM Meudon-le-Fleury, 1I8. Voir aussi Le Réveil de Versailles, « Garches : le 11 Novembre », 20 novembre 1925.

    16AM Clamart 1I29, cérémonie du 11 Novembre (1922-1945). Il est à noter que des cérémonies réligieuses avaient lieu à Clamart, le 11 novembre, à l’initiative de l’Association des dames françaises. L’assitance, précédée des anciens combattants, se rendait par la suite au cimetière autour du monument aux morts. Voir La Rive gauche, « Clamart : le 11 Novembre », 28 novembre 1928.

    17AM Fontenay-aux-Roses, 1J 105, cérémonies 1928-1945. Invitations et affiches.

    18La Rive gauche, « Bagneux : le 9 novembre », 15 novembre 1930 ; ibid., « Bagneux : manifestation commémorative », 18 novembre 1933.

    19Ibid., « Fontenay : la Toussaint », 5 novembre 1927.

    20Sur les liens entre mobilisation nationale et culture de guerre, voir Horne John, « Introduction : Mobilizing for “Total War”, 1914-1918 », in Horne John (dir.), State, Society and Mobilization in Europe during the First War World, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, p. 1-17.

    21Theodosiou Christina, « Symbolic Narratives and the Legacy of the Great War: the Celebration of Armistice Day in France in the 1920s », First World War Studies, no 2, vol. 1, 2010, p. 185-198.

    22Le Réveil de Versailles, « Garches : l’anniversaire de l’Armistice », 17 novembre 1922 ; ibid., « Garches : le 11 Novembre », 16 novembre 1923.

    23La Rive gauche, « Bagneux… », art. cité, 17 novembre 1923.

    24Député de Seine-et-Oise de 1910 à 1936, il fut élu aux élections de 1919 sous la liste Républicaine d’Union nationale démocratique. Source : base de données des députés français depuis 1789 [http://www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche/(num_dept)/938 (erreur en 2025)] (consulté, le 7 avril 2017).

    25Le Réveil de Versailles, « Saint-Cloud : inauguration du monument aux morts », 17 novembre 1922.

    26Ibid.

    27Voir à ce titre le discours du docteur Voyotte, président des anciens combattants de Fontenay-aux-Roses, La Rive Gauche, « Fontenay… », art. cité, 5 novembre 1927.

    28Sur les difficultés françaises après le 11 novembre 1918, voir Becker Jean-Jacques et Berstein Serge, Victoire et frustrations, 1914-1929, Paris, Seuil, coll. « Nouvelle Histoire de la France contemporaine », 1990, p. 155-343 ; Trachtenberg Marc, Reparation in World Politics: France and European Economic Diplomacy, 1916-1923, New York, Columbia University Press, 1980.

    29Le Réveil de Versailles, « Garches… », art. cité, 20 novembre 1925.

    30L’Abeille de Seine-et-Oise, « Corbeil : l’anniversaire de l’Armistice », 22 novembre 1925.

    31Horne John, « Guerres et réconciliations européennes au xxe siècle », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, no 104, 2009, p. 3-15 ; id., « Démobilisations culturelles après la Grande Guerre », 14-18, Aujourd’hui, Today, Heute, no 5, 2002, p. 45-53 ; Duroselle Jean-Baptiste, Les relations franco-allemandes de 1918 à 1950, t. 2, Paris, Centre de documentation universitaire, 1966, p. 36-74 et 98-108.

    32L’Abeille de Seine-et-Oise, « Corbeil : la cérémonie du 11 Novembre », 18 novembre 1928.

    33Discours du maire de Fontenay-aux-Roses : La Rive gauche, « Fontenay : la Toussaint », 15 novembre 1930 ; ibid., « Fontenay : la Tousaint », 12 novembre 1932.

    34AM Meudon, 1I8, célébrations nationales. Programme des cérémonies.

    35AM Meudon, 1I8, copie du discours du maire.

    36L’Abeille de Seine-et-Oise, « Corbeil : l’anniversaire de l’Armistice », 14 novembre 1936.

    37La Rive gauche, « Bagneux… », art. cité, 13 novembre 1926 ; ibid., « Bagneux… », art. cité, 15 novembre 1930 ; ibid., « Bagneux… », art. cité, 18 novembre 1933.

    38AM Meudon, 1I8, célébrations nationales. En revanche, dans le cortège de 1929, on trouve principalement les agents traditionnels du souvenir, à savoir des associations de vétérans des deux guerres respectives – la Société des vétérans des armées de terre et de mer et l’Union nationale des combattants –, des associations patriotiques et de secours comme l’Association des dames françaises et l’Union des femmes de France, ainsi que des délégations des officiers.

    39Koselleck Reinhart, « Les monuments aux morts, lieux de fondation de l’identité des survivants », in Koselleck Reinhart, L’expérience de l’histoire, trad. Alexandre Escudier avec la collaboration de Diane Meur, Marie-Claire Hoock et Jochen Hoock, Paris, Gallimard/Seuil, 1997, p. 135-160.

    Auteur

    • Christina Theodosiou

      Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

      Christina Theodosiou est docteure en histoire contemporaine, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

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    1Halbwachs Maurice, La mémoire collective, Paris, Presses universitaires de France, 1950 ; id., La topographie légendaire des Évangiles en Terre sainte. Étude de mémoire collective, édition préparée par Marie Jaisson avec les contributions de Danièle Hervieu-Léger et al., Paris, Presses universitaires de France, 2008 (1941).

    2Roth François, La guerre de 1870, Paris, Librairie Arthème Fayard, 2010 (1990) ; Audoin-Rouzeau Stéphane, 1870, la France dans la guerre, Paris, A. Colin, 1989.

    3Sur la fondation et l’œuvre du Souvenir français, voir Barbuat, L’œuvre de Niessen, secrétaire général, fondateur du « Souvenir Français », Paris, imprimerie Durassié, s. d.

    4Varley Karine, Under the Shadow of Defeat: The War of 1870-1871 in French Memory, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2008 ; Tison Stéphane, Comment sortir de la guerre ? Deuil, mémoire et traumatisme, 1870-1940, Rennes, PUR, coll. « Histoire », 2011, p. 135-140 ; Grailles Bénédicte, « Gloria Victis : vétérans de la guerre de 1870-1871 et reconnaissance nationale », Revue d’histoire du xixe siècle, no 30, 2005, p. 139-152.

    5Schivelbusch Wolfgang, The Culture of Defeat: on National Trauma, Mourning and Recovery, trad. Jefferson Chase, New York, Metropolitan Books, 2003, p. 1-35 et 103-187.

    6Varley, Under the Shadow of Defeat…, op. cit., p. 25-76 et 191-202 ; Tison, Comment sortir de la guerre ?…, op. cit., p. 241-273.

    7AM Boulogne-Billancourt 2I3, fêtes (1920-1924). Instructions du préfet de la Seine aux maires, 4 novembre 1920 ; AM Paris 1326W 59, sépultures militaires. Cabinet du ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. Programme des manifestations projetées dans les cimetières parisiens le 11 novembre.

    8L’Abeille de Seine-et-Oise, « Corbeil : “Journée du Souvenir” », 7 novembre 1920 ; Le Réveil de Versailles, « Garches : pour nos morts », 12 novembre 1920.

    9Le Réveil de Versailles, « Garches : le 11 novembre », 19 novembre 1920.

    10Outre la banlieue parisienne, des doubles cérémonies ont eu lieu dans les départements de l’Indre, de la Côte d’Or, de la Saône-et-Loire et de l’Ain. Source : Journal du département de l’Indre et la rubrique « Dernière Heure » du Lyon républicain. De même, à Rennes, à Bordeaux et à Lyon, on a pris l’habitude de célébrer l’anniversaire de l’armistice de 1918 en se rendant en cortège officiel, placé sous l’égide de la municipalité et des associations d’anciens combattants, à la fois au monument de 1870-1871 et de 1914-1918. Voir AM Rennes I21, fête de l’armistice (programme des années 1930) ; La Petite Gironde, « La fête nationale de l’Armistice à Bordeaux », 12 novembre 1924 ; Lyon républicain, « Le 17e anniversaire de l’Armistice a été célébré cette année avec une ampleur inaccoutumée », 12 novembre 1935.

    11Sur les fonctions des rites, voir Rivière Claude, Les liturgies politiques, Paris, Presses universitaires de France, 1988, p. 161-185. Sur les cérémonies du 11 Novembre, voir Prost Antoine, Les anciens combattants et la société française, 1914-1939, t. 3 : Mentalités et idéologies, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1977, p. 52-75.

    12La Rive gauche, « Bagneux : anciens combattants », 8 novembre 1924 ; ibid., « Bagneux : manifestation commémorative », 13 novembre 1926. Des indices montrent toutefois que, outre leur banquet traditionnel, les anciens combattants ont occasionnellement organisé une cérémonie commémorative. Voir La Rive gauche, « Bagneux : le 11 Novembre et les anciens combattants », 17 novembre 1923.

    13Invitations et programme envoyés, en novembre 1938, par le conseil municipal de Sceaux au maire de la commune voisine de Fontenay-aux-Roses : AM Fontenay-aux-Roses, 1J105.

    14Invitations et programme adressés au conseil municipal et au maire de Meudon en 1928, en 1935 et en 1937 : AM Meudon-le-Fleury, 1I8. Voir aussi Le Réveil de Versailles, « Saint-Cloud : le 11 Novembre », 20 novembre 1925 ; ibid., « Saint-Cloud : le 11 Novembre », 16 novembre 1934.

    15Invitations et programmes adressés au maire et au conseil municipal de Meudon en 1935 et en 1936 : AM Meudon-le-Fleury, 1I8. Voir aussi Le Réveil de Versailles, « Garches : le 11 Novembre », 20 novembre 1925.

    16AM Clamart 1I29, cérémonie du 11 Novembre (1922-1945). Il est à noter que des cérémonies réligieuses avaient lieu à Clamart, le 11 novembre, à l’initiative de l’Association des dames françaises. L’assitance, précédée des anciens combattants, se rendait par la suite au cimetière autour du monument aux morts. Voir La Rive gauche, « Clamart : le 11 Novembre », 28 novembre 1928.

    17AM Fontenay-aux-Roses, 1J 105, cérémonies 1928-1945. Invitations et affiches.

    18La Rive gauche, « Bagneux : le 9 novembre », 15 novembre 1930 ; ibid., « Bagneux : manifestation commémorative », 18 novembre 1933.

    19Ibid., « Fontenay : la Toussaint », 5 novembre 1927.

    20Sur les liens entre mobilisation nationale et culture de guerre, voir Horne John, « Introduction : Mobilizing for “Total War”, 1914-1918 », in Horne John (dir.), State, Society and Mobilization in Europe during the First War World, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, p. 1-17.

    21Theodosiou Christina, « Symbolic Narratives and the Legacy of the Great War: the Celebration of Armistice Day in France in the 1920s », First World War Studies, no 2, vol. 1, 2010, p. 185-198.

    22Le Réveil de Versailles, « Garches : l’anniversaire de l’Armistice », 17 novembre 1922 ; ibid., « Garches : le 11 Novembre », 16 novembre 1923.

    23La Rive gauche, « Bagneux… », art. cité, 17 novembre 1923.

    24Député de Seine-et-Oise de 1910 à 1936, il fut élu aux élections de 1919 sous la liste Républicaine d’Union nationale démocratique. Source : base de données des députés français depuis 1789 [http://www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche/(num_dept)/938 (erreur en 2025)] (consulté, le 7 avril 2017).

    25Le Réveil de Versailles, « Saint-Cloud : inauguration du monument aux morts », 17 novembre 1922.

    26Ibid.

    27Voir à ce titre le discours du docteur Voyotte, président des anciens combattants de Fontenay-aux-Roses, La Rive Gauche, « Fontenay… », art. cité, 5 novembre 1927.

    28Sur les difficultés françaises après le 11 novembre 1918, voir Becker Jean-Jacques et Berstein Serge, Victoire et frustrations, 1914-1929, Paris, Seuil, coll. « Nouvelle Histoire de la France contemporaine », 1990, p. 155-343 ; Trachtenberg Marc, Reparation in World Politics: France and European Economic Diplomacy, 1916-1923, New York, Columbia University Press, 1980.

    29Le Réveil de Versailles, « Garches… », art. cité, 20 novembre 1925.

    30L’Abeille de Seine-et-Oise, « Corbeil : l’anniversaire de l’Armistice », 22 novembre 1925.

    31Horne John, « Guerres et réconciliations européennes au xxe siècle », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, no 104, 2009, p. 3-15 ; id., « Démobilisations culturelles après la Grande Guerre », 14-18, Aujourd’hui, Today, Heute, no 5, 2002, p. 45-53 ; Duroselle Jean-Baptiste, Les relations franco-allemandes de 1918 à 1950, t. 2, Paris, Centre de documentation universitaire, 1966, p. 36-74 et 98-108.

    32L’Abeille de Seine-et-Oise, « Corbeil : la cérémonie du 11 Novembre », 18 novembre 1928.

    33Discours du maire de Fontenay-aux-Roses : La Rive gauche, « Fontenay : la Toussaint », 15 novembre 1930 ; ibid., « Fontenay : la Tousaint », 12 novembre 1932.

    34AM Meudon, 1I8, célébrations nationales. Programme des cérémonies.

    35AM Meudon, 1I8, copie du discours du maire.

    36L’Abeille de Seine-et-Oise, « Corbeil : l’anniversaire de l’Armistice », 14 novembre 1936.

    37La Rive gauche, « Bagneux… », art. cité, 13 novembre 1926 ; ibid., « Bagneux… », art. cité, 15 novembre 1930 ; ibid., « Bagneux… », art. cité, 18 novembre 1933.

    38AM Meudon, 1I8, célébrations nationales. En revanche, dans le cortège de 1929, on trouve principalement les agents traditionnels du souvenir, à savoir des associations de vétérans des deux guerres respectives – la Société des vétérans des armées de terre et de mer et l’Union nationale des combattants –, des associations patriotiques et de secours comme l’Association des dames françaises et l’Union des femmes de France, ainsi que des délégations des officiers.

    39Koselleck Reinhart, « Les monuments aux morts, lieux de fondation de l’identité des survivants », in Koselleck Reinhart, L’expérience de l’histoire, trad. Alexandre Escudier avec la collaboration de Diane Meur, Marie-Claire Hoock et Jochen Hoock, Paris, Gallimard/Seuil, 1997, p. 135-160.

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    Theodosiou, C. (2019). Commémorer deux générations de soldats. In P. Allorant, W. Badier, & J. Garrigues (éds.), 1870, entre mémoires régionales et oubli national. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14jsd
    Theodosiou, Christina. « Commémorer deux générations de soldats ». In 1870, entre mémoires régionales et oubli national, édité par Pierre Allorant, Walter Badier, et Jean Garrigues. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14jsd.
    Theodosiou, Christina. « Commémorer deux générations de soldats ». 1870, entre mémoires régionales et oubli national, édité par Pierre Allorant et al., Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14jsd.

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    Allorant, P., Badier, W., & Garrigues, J. (éds.). (2019). 1870, entre mémoires régionales et oubli national. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14jsu
    Allorant, Pierre, Walter Badier, et Jean Garrigues, éd. 1870, entre mémoires régionales et oubli national. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14jsu.
    Allorant, Pierre, et al., éditeurs. 1870, entre mémoires régionales et oubli national. Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14jsu.
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