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    Plan détaillé Texte intégral Une guerre impériale condamnée, une lutte nationale acceptée Le soutien à la République et le refus du désordre Notes de bas de page Auteur

    1870, entre mémoires régionales et oubli national

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Une mémoire immédiate de la débâcle et du siège de Paris

    Le mode de l’écrit de familles bourgeoises patriotes

    Pierre Allorant

    p. 169-182

    Texte intégral Une guerre impériale condamnée, une lutte nationale acceptée Le choc de la déclaration de guerre et de l’engagement personnel Le traumatisme de l’invasion Le refus de la collaboration avec l’occupant et l’engagement Une chronique familiale bourgeoise conjugale et parentale Le soutien à la République et le refus du désordre Le 4 septembre, le siège, les responsabilités municipales Les discordances sur l’avenir : libéralisme ou République ? Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La pratique de la rédaction d’écrits du for privé est intimement liée à la culture, à la formation et au mode de vie des familles bourgeoises. Cet usage est transformé et renforcé dans les moments de crise nationale et de guerre, du fait de l’éloignement des membres du cercle de famille, singulièrement les hommes jeunes de leurs parents, de leur épouse, de leurs enfants.

    2Si ce type d’écrits n’a pas vocation à être publié, le désir de laisser une trace durable, de témoigner pour les générations futures, de conserver la mémoire des épreuves, du traumatisme, de la « cicatrice » du deuil est souvent explicite dans les échanges épistolaires, les journaux intimes ou les carnets de guerre.

    3Grâce à la confluence de papiers familiaux privés, la guerre franco-prussienne de 1870-1871 peut ainsi être regardée sous l’angle de la chronique bourgeoise de l’« Année terrible », comme un entre-deux en rupture avec l’image de longue plage de paix du xixe siècle1, et qui s’inscrit dans la mémoire longue des témoignages de séparation entre l’épopée sanglante de la Grande Armée2 et les tranchées ou le ciel de la Grande Guerre3. Ainsi, par le jeu des alliances matrimoniales et des recoupements de fonds privés, trois familles bourgeoises correspondent et vivent différemment la « grande défaite » de 1870 : les Jozon, républicains sous le Second Empire, à Château-Thierry, en Seine-et-Marne et à Paris, et sur les routes de l’armée de Bourbaki jusqu’à la captivité en Suisse ; les Boca à Paris, Saint-Quentin, Valenciennes et Cabourg ; les Wulveryck à Meudon, Ostende et Paris.

    Une guerre impériale condamnée, une lutte nationale acceptée

    Le choc de la déclaration de guerre et de l’engagement personnel

    4La correspondance privée possède ce pouvoir d’évocation unique de mêler les circonstances de la vie privée les plus intimes – la préparation d’un mariage, les angoisses devant une grossesse difficile ou la maladie d’un enfant – et les considérations sur les grands événements de la vie de la nation. Ainsi à l’été 1870, deux familles de la bourgeoisie républicaine préparent l’alliance matrimoniale d’un jeune ingénieur, le Polytechnicien Marcel Jozon, et de la fille d’un avocat fouriériste de Valenciennes, propriétaire de mines et d’une verrerie, Louise Boca. Significativement, le projet de mariage est peu conventionnel : la jeune fille de 20 ans a passé plusieurs années en Allemagne, et son père désire qu’elle choisisse librement son époux, en prenant le temps d’éprouver s’ils se conviennent bien. Ces préparatifs sont brutalement suspendus par l’annonce de la déclaration de guerre de Napoléon III à la Prusse, et les lettres échangées nous fournissent les clés des sentiments mêlés de ce milieu issu de la province proche de Paris envers un conflit qu’il condamne tout en en acceptant les conséquences. Marcel Jozon se confie à son meilleur ami de l’X, Paul Boca, devenu par son mariage avec Emma Wulveryck, industriel du textile à Saint-Quentin4, et à son futur beau-père, oncle paternel de Paul, Henri Boca.

    Le traumatisme de l’invasion

    5Ingénieur ordinaire à Château-Thierry, Marcel Jozon est aux premières loges pour assister à l’arrivée des troupes prussiennes, au passage violent des Uhlans. Dans son style efficace, dépourvu de toutes fioritures, à la manière des croquis d’ingénieur, des relevés, des rapports administratifs et de la correspondance hiérarchique, il relève dans son carnet la peur des populations et la panique des autorités à l’annonce de l’arrivée imminente de l’envahisseur.

    6Témoignages parallèles, le mari de l’une de ses sœurs, le docteur Ernest Gratiot, médecin à La Ferté-sous-Jouarre, tient son éphéméride de l’invasion jusqu’au départ des troupes prussiennes, mêlant petite chronique des déplacements familiaux, avant tout pour mettre à l’abri à l’ouest les femmes, au Mans puis à Angers, les nouvelles locales et les grands affrontements militaires. Futur beau-frère également de Marcel Jozon, le jeune bachelier Edmond Boca, jeune frère de Louise, tient son Journal d’exil balnéaire à Cabourg, ayant déserté avec ses parents leur résidence parisienne de la rue de la Faisanderie. Tous communient dans la même dénonciation de l’attitude irresponsable du gouvernement impérial, de l’impréparation de l’armée et de la désorganisation bureaucratique de la mobilisation.

    7Caractéristique de leur état d’esprit commun, Marcel Jozon écrit à son ami Paul Boca toute sa détestation de la guerre déclenchée par ce régime dont il condamne le principe – à l’instar de son frère Paul, avocat aux conseils, proche des dirigeants de l’opposition5 – mais aussi sa détermination de polytechnicien à proposer ses services à la nation et à offrir ses compétences au génie6. Son ami industriel le conforte dans ce choix du devoir patriotique mis avant la raison et la conviction politique, comme de préférence aux engagements personnels et aux projets matrimoniaux, de fait retardés. De même, son futur beau-père comprend et partage pleinement cette ambivalence, en des termes encore plus vifs de dégoût de la « fête impériale » et d’admiration pour le sacrifice personnel du jeune ingénieur fiancé. L’arrivée des troupes des États allemands coalisés et des nouvelles militaires catastrophiques provoque un deuxième choc et modifie jugements et comportements. Le caractère foudroyant de la débâcle confirme à leurs yeux les tares de l’autocratie de « Badinguet » et renverse l’image de la Prusse, cette nation moderne, scolarisée et protestante, à l’administration efficace que leurs voyages leur avaient donnée à apprécier et leurs lectures et contacts à élever en modèle7. Marcel Jozon note dans ses Carnets l’effondrement de son admiration et même de son amour des Allemands et de leur civilisation devant leur attitude et leurs crimes de guerre pour conclure : « Malheur aux vaincus ! »

    Le refus de la collaboration avec l’occupant et l’engagement

    8Précisément, le refus de coopérer avec le vainqueur vient justifier le choix courageux de continuer le combat derrière Gambetta. De par ses fonctions d’ingénieur de l’arrondissement de Château-Thierry, Marcel Jozon participe à la commission municipale chargée de livrer à l’occupant les réquisitions, de faire respecter l’ordre prussien, de livrer les francs-tireurs ou de servir d’otages en cas d’échauffourées. Prenant très vite conscience du caractère inacceptable de telles obligations pour un patriote, et à la suite de scènes d’humiliations, de violences verbales et physiques, de crimes contre les populations civiles, Marcel Jozon se refuse à servir d’auxiliaire à la logistique de l’armée d’occupation, il quitte son poste et sa ville de nuit, à pied, accompagné de son conducteur des travaux publics, et rejoint ainsi Gambetta et son collègue de Polytechnique, Freycinet, à Tours.

    9Parallèlement, Ernest Boca, polytechnicien de 33 ans, membre de la commission d’expérience du camp de Châlons, participe à la bataille de Sedan, s’illustre par sa bravoure lors du siège de Mézières, enfin s’évade de captivité pour participer à l’armée de la Loire en tant que lieutenant en 1er d’artillerie de marine8. Son frère Julien, également polytechnicien et lieutenant en 1er d’artillerie, participe aux batailles de Borny, Rezonville, Saint-Privat, au siège de Paris et à la batterie de siège de Meudon, puis à l’armée de Versailles contre la Commune9. Leur frère aîné Paul, fabricant de serge pour gargousses à Saint-Quentin, est capitaine dans la Garde nationale et participe aux progrès accomplis dans le matériel de l’artillerie de Marine10.

    10De l’ingénieur civil souffrant de l’occupation dans l’Aisne à l’engagé qui participe au mouvement de retraite vers la Suisse avec Bourbaki, Marcel Jozon transpose son expérience de la guerre par l’écriture11 ; ce tableau esquisse en filigrane son autoportrait12. Tenir des carnets en temps de guerre est aussi le signe de sa volonté de rompre avec l’urgence et la pression du groupe, de retrouver de l’intimité et de la clarté dans ses jugements. Intermédiaire entre les officiers supérieurs et les soldats, il rencontre des acteurs variés, parle avec les Prussiens croisés dans l’Aisne, avec les civils abordés à Château-Thierry ou sur la route de son engagement. Par souci d’honnêteté, il tient à retranscrire les réflexions de chacun avant de se forger son propre jugement. Marqué par sa formation d’ingénieur, il relève le volume des réquisitions prussiennes, calcule le nombre de jours de provisions de charbon, décrit ses missions de travaux publics puis dans le génie. Il fait la part des événements de la guerre qu’il peut appréhender par ses propres sens et des « on-dit » qu’il croise sur son chemin, mais il reste dubitatif envers les informations qu’il n’a pas pu vérifier par lui-même. Le jeune ingénieur confie rarement ses enthousiasmes, ses peurs et ses colères. Son idéal de modération et de retenue transparaît sous sa plume : il se montre critique quand on lui rapporte des chiffres et relève avec ironie l’inexactitude des « bruits », objets de rumeurs et de fantasmes qui traduisent l’angoisse de la population, y compris lors de l’annonce, réelle, de la reprise d’Orléans. Le jeune ingénieur ne manifeste explicitement de l’affection qu’à sa mère et à sa sœur Berthe, et en parle de manière détournée le 9 décembre 1870 quand il voit deux femmes pleurer sur les soldats qui partent au combat. D’autres femmes bénéficient de son jugement positif : les Suissesses qui accueillent généreusement les soldats français de l’armée de Bourbaki en déroute.

    11Observateur et acteur de la guerre, Marcel Jozon brosse le portrait en creux d’un jeune ingénieur dont les valeurs s’affermissent à l’épreuve de la guerre. Il s’indigne devant la violence d’un officier prussien et estime qu’un soldat français n’aurait jamais accepté une telle humiliation, caractéristique d’un « pays féodal ». Il dresse un tableau des réactions à l’arrivée de l’ennemi, de la fuite du sous-préfet à la « vraie émigration » des femmes à l’annonce de l’arrivée de l’ennemi, signe de la peur des exactions des Prussiens restées dans la mémoire locale depuis 1814. La « stupeur générale » à l’annonce du désastre de Sedan, la participation à l’organisation des réquisitions municipales, l’ambivalence de bien des habitants, entre désir de duper les Prussiens, soumission à contrecœur et révolte, témoignent d’un large panel de réactions. À la nouvelle de la proclamation de la République, ce représentant des élites républicaines citadines constate amèrement de la part de la France rurale « une indifférence complète. Ils ne croient ni à l’empire ni à la république. Ils ne voient qu’une chose, leurs vignes, à laquelle ils sacrifieraient toute la France ». Il relève un état d’esprit, une atmosphère dont la réalité trouvera sa confirmation lors des élections de février 1871 : « en ce moment il n’y a qu’une opinion en France : désir de la paix, résolution à ne pas céder la Lorraine et l’Alsace, et de ne pas reprendre les Napoléon ».

    12En contact direct avec l’occupant, il est aussi confronté aux exactions des Prussiens, mais se montre encore plus sévère avec les Français qui entravent ceux qui veulent s’engager et se battre, pataquès administratif burlesque, y compris à Tours auprès du gouvernement de la Défense nationale. À l’instar de Gambetta, il associe la capitulation à la trahison des cadres impériaux de l’armée. Il rappelle alors les « hontes du Mexique » associées à la figure de Bazaine, le « malhonnête », et voit dans Bourbaki, un « vieillard couché sur des coussins, et qui paraît tout à fait incapable de mener convenablement la guerre actuelle ». Il a la forte conviction que « les peuples démocratiques doivent à la longue battre les aristocratiques13 ». Républicain, amoureux des libertés et attaché à l’ordre, au drapeau tricolore et non au drapeau rouge, il est peiné par les insurrections contre le gouvernement de la Défense nationale puis par la guerre civile entre Communards et Versaillais. Ce témoignage est d’autant plus précieux que ses déplacements offrent un panorama de la France, une sorte de « tour de la France par un jeune ingénieur républicain », curieux de tout et de tous, passionnément rationnel, tristement lucide.

    Une chronique familiale bourgeoise conjugale et parentale

    13Pendant que les hommes se positionnent et s’engagent, les familles bourgeoises de la France de l’Est, fortes des souvenirs de 1814-1815 transmis par la chronique des aïeux14, se mettent en ordre de bataille pour expédier à l’abri des pillages et des viols les femmes, accompagnées des jeunes enfants. De La Ferté-sous-Jouarre, Julie Jozon, la mère de Paul et Marcel Jozon, ses filles Berthe et Cécile, ses belles-filles Gabrielle et Marie, fille du bâtonnier Lacan, mariée à Paul Jozon et mère de la petite Jeanne, sont expédiées à l’abri vers Le Mans puis Angers. Quant aux femmes de la famille Boca-Wulveryck, elles partent de Paris, passent par l’usine familiale de Saint-Quentin où Victor Boca organise leur départ, et se réfugient dans la station balnéaire belge d’Ostende. Du fait de la séparation conjugale, les principaux sujets de préoccupation des épistoliers, sont la réaffirmation constante de leur attachement, l’impatience des retrouvailles, et le soin des enfants15. En ce sens, cette chronique d’une famille bourgeoise durant l’« Année terrible » confirme les progrès spectaculaires de l’attention portée aux premiers mots du bébé, à ses occupations, aux jeux et aux soins des jeunes enfants, y compris les nourrissons, puis aux apprentissages scolaires, avec, en pleine guerre, l’insistance sur la géographie administrative et la connaissance des départements et de leurs chefs-lieux, l’orthographe et la grammaire. Sans doute le sentiment de la « victoire de l’instituteur prussien » et de la cartographie allemande est-il pratiquement immédiatement consécutif à la défaite.

    14À partir de la correspondance de jeunes couples – Amélie, 25 ans, et Charles Luys, 34 ans ; Emma, 27 ans, et Paul Boca 31 ans – c’est la tendresse d’une famille particulièrement unie qui nous est donnée ici à voir, une véritable « carte du tendre » en temps de guerre, période désespérément longue de séparation des couples, et en l’occurrence de la privation mutuelle des pères de la présence de leurs enfants en bas âge16. Au-delà de la réalité de mariages bourgeois, transparaît à chaque ligne l’amour conjugal, et même souvent le désir de l’autre, de l’épouse comme du mari, la profondeur de l’attachement, le manque provoqué par la séparation des corps, redoublé par l’ignorance du sort du conjoint, par la difficulté et la rupture temporaire des communications et de la poste. Le siège de Paris en 1870 bloque puis fragilise la correspondance, devenue aussi imprévisible que le vol d’un ballon monté, aussi délicat que la mission d’un pigeon voyageur.

    15Cette correspondance conjugale marque la séparation des genres et également des générations : au côté des jeunes femmes mises hors de portée des troupes d’invasion, les enfants, mais aussi les grands-parents, en une forme d’anticipation inversée de la Grande Guerre : les hommes adultes sont encerclés et comme captifs sur le « front » de Paris, alors que les non-combattants sont transportés par crainte des exactions et des crimes prussiens. Les jeunes enfants perdent l’habitude de croiser des hommes jeunes, au point que le moindre visage avec barbe suffit à les effaroucher17.

    16Le corps et son apparence constituent l’un des marqueurs des changements opérés par le conflit18. Les époux évoquent leurs transformations physiques, leur amaigrissement lié aux privations, la perte de graisse qui rendra le corps de l’épouse retrouvée moins attirant ou voluptueux, l’éclat des yeux et la splendeur de la chevelure, le port de la moustache et le manque des sensations que procurait son contact, et bien entendu la peur lancinante de la maladie de l’être cher et des enfants, à un moment où même dans un milieu privilégié, la mort précoce de l’enfant, et de la jeune épouse des suites de couches, reste dramatiquement courante.

    Le soutien à la République et le refus du désordre

    17Le jugement sur la déclaration de guerre, la menée des opérations et l’attitude des occupants ne fait que conforter les convictions politiques des membres de ces familles bourgeoises répartis entre le centre-droit orléaniste et le centre-gauche républicain19. L’effondrement du régime impérial propulse certains à des postes de responsabilité, avant que la radicalisation de la population parisienne assiégée ne divise le camp républicain. La condamnation des excès de la Commune les rassemble, mais ils divergent sur le bien-fondé de la répression versaillaise, sur les provocations de la majorité monarchiste envers Paris et sur l’avenir institutionnel de la France.

    Le 4 septembre, le siège, les responsabilités municipales

    18La chute brutale du régime impérial conduit Paul Jozon à accepter la charge de maire-adjoint du 6e arrondissement de Paris, pendant que son père, notaire à La Ferté-sous-Jouarre, prend les fonctions de maire et de président du conseil général en tant que chef du parti républicain de la Seine-et-Marne. Paul Jozon s’interroge longuement dans ses lettres sur l’opportunité d’accepter ces missions politiques en un moment de crise et sur la compatibilité avec la poursuite de sa profession d’avocat. Il refuse à son ami Ferdinand Hérold de le suivre au gouvernement et la charge de procureur, mais se laisse convaincre de poser sa candidature à l’Assemblée nationale élue en février 1871 pour siéger à Bordeaux au sein de la gauche républicaine. L’avocat républicain se désespère de l’état d’esprit défaitiste qui règne au sein de la Garde nationale de la « tourbe de petits commerçants et bourgeois aussi poltrons que possible ». L’inaction et le sentiment de perdre son temps le convainquent d’accepter des responsabilités publiques, à l’instar de ses correspondants en province, avocats devenus procureurs généraux, mais il refuse les postes prestigieux d’avocat général à la cour de Paris et à la cour de cassation, incompatibles avec ses autres fonctions.

    19À l’épreuve du siège, ses convictions s’affermissent encore et il s’enhardit à convaincre son épouse20. Ses plaidoyers récurrents et structurés, proches de « mémoires en défense » devant le Conseil d’État, risquent de lasser Marie, d’autant qu’elle ne partage pas sa passion républicaine. Conscient de s’enfermer dans un monologue d’autant plus frustrant qu’il reste sans réponse, il s’en excuse et tente de l’intéresser en nouant les trois thèmes principaux de sa correspondance : son activité professionnelle, son inquiétude pour sa famille, son angoisse pour le sort de la patrie. Paul Jozon se désole du spectacle affligeant des « dissensions intestines » des républicains parisiens et de l’abandon de Paris par la province singulièrement à la suite de l’insurrection du 31 octobre : les membres du Gouvernement sont retenus à l’Hôtel de Ville et le même mouvement des gardes nationaux en armes s’empare des mairies d’arrondissements, en particulier de celle du Luxembourg où Paul Jozon, « républicain avancé », refuse de céder et de signer une adresse hostile à l’autorité gouvernementale. La capitulation de Bazaine, la perte du Bourget, les maladresses et provocations de Thiers envers les Parisiens rendent sa position difficilement tenable et radicalisent une population affamée, épuisée par la petite vérole et la dysenterie, privée de charbon et de gaz, et convaincue d’être trahie. Sur la même ligne, Paul Boca et son beau-frère Charles Luys participent à des comités électoraux et y expriment leur soutien loyal au gouvernement de la Défense nationale, sans aller plus loin que le grade de capitaine de la Garde nationale.

    Les discordances sur l’avenir : libéralisme ou République ?

    20La correspondance des Boca-Wulveryck évoque le climat des affaires dans le contexte si difficile de la guerre étrangère puis civile, affaires qui continuent et même reprennent dans le secteur textile au début de l’année 1871. L’inquiétude à l’égard des destructions de bâtiments et de matériels à Saint-Quentin, l’attachement farouche au magasin de la rue du Mail, qui justifie la présence maintenue dans une capitale assiégée puis à feu et à sang, témoignent de l’importance de l’entreprise, indétachable de la famille. De ce fait, la correspondance bourgeoise livre, par moments, une véritable chronique de la vie économique, à la fois du commerce alimentaire et des vêtements à Paris sous le siège, et d’une entreprise textile lainière dans l’Aisne, de l’invasion à l’armistice. Aux yeux de ces entrepreneurs, le climat des affaires est déterminant sur leur jugement politique, il explique leur réprobation de « Sa Majesté Sedan », fauteur de guerre, comme leur condamnation des « sangimpurs » (sic) de la Commune, coupables d’ajouter les troubles révolutionnaires à la défaite. Tout à l’inverse, la République conservatrice « qui divise le moins » et qui s’esquisse dans le sillage du « libérateur du territoire », reçoit leur approbation raisonnée. Très explicitement, en dépit d’un patriotisme chevillé au corps, l’aspiration à la paix est liée à l’espoir d’un redémarrage des affaires, que ce soit grâce au gouvernement de « Monsieur Thiers » ou, dans l’avenir, à une restauration libérale et parlementaire au profit du comte de Paris.

    21En revanche, Paul Jozon, avocat de 34 ans, reconnu au sein du barreau, ancien secrétaire de la conférence du stage et gendre du bâtonnier de Paris, est désireux de participer à la page nouvelle, qu’il a tant souhaitée et dont il a préparé l’avènement, celle de la République, lui l’ami de et qui jouit de l’estime de Jules Dufaure.

    22D’emblée, il attribue le découragement précoce de l’opinion à une faute du gouvernement impérial, et pense préférable, même en pleine guerre, de renverser ce gouvernement incapable de mobiliser la nation en armes. Venu visiter ses parents, il est fixé par les dépêches commentées en séance publique du conseil municipal de La Ferté, qui se tient en permanence et où son père le mène : « Certains assistants pleuraient en songeant à l’abaissement de la France. » Revenu à Paris, il participe avec sa section de la Garde nationale à la sécurité du Corps législatif et assiste à la proclamation de la République, mais regrette, dès le 19 septembre, d’avoir refusé d’entrer au gouvernement avec son ami Hérold, qui le prend avec lui en tant que secrétaire général de la commission de réforme de l’organisation judiciaire. Caporal de la Garde nationale, Paul Jozon fréquente Jules Méline, ses confrères du barreau tel Dareste, des artistes ou des journalistes autour de Gustave Droz, avant de devenir adjoint au maire d’arrondissement.

    23S’il se félicite de la « confiance universelle » qu’inspire le gouvernement provisoire, il ne se laisse pas bercer par de vains espoirs, pessimiste sur le résultat final pour deux raisons convergentes : Paris n’est pas la France, la province n’est pas « animée des mêmes sentiments » patriotiques ; au demeurant, « combien il s’en faut que la population française soit au niveau des Prussiens, qui tous ont une instruction primaire déjà avancée », surtout les Vendéens qu’il loge, « d’une ignorance absolue », privés des Lumières par un clergé obscurantiste et hostile à la République21. Paul Jozon est impressionné par le courage sur la longue durée de la population parisienne ; il y trouve un ressourcement à sa conviction que la souveraineté du peuple fondera la détermination à défendre le sol de la République, tout en mettant un terme aux aventures impérialistes22.

    24Enfin, le 6 février 1871, parvenu à pied à La Ferté, il est rassuré sur le sort de sa femme et de sa fille, au moment où la reddition de Paris l’attriste, et où il annonce être candidat à la députation sur la base d’une profession de foi fermement républicaine23. La « semaine sanglante » atterre le républicain et le Parisien, qui s’il condamne les violences des Communards, est plus sévère encore pour les excès de la répression, et s’inquiète des « désastres sociaux » et des « semences de haine » dans la population24.

    25Sévère à l’encontre du régime impérial, Paul Jozon en devient l’un des syndics de faillite à l’Assemblée nationale par sa proposition de faire figurer sur les feuilles des nouveaux impôts engendrés par le traité de Francfort « frais de la guerre contre la Prusse déclarée par Napoléon III, 1870-187125 ».

    26L’évaluation de la conjoncture commerciale et l’évolution des positions politiques accompagnent le retournement du jugement des familles Boca et Wulveryck sur les forces d’occupation. Alors qu’à son arrivée dans l’Aisne l’occupant est perçu comme « convenable », il devient progressivement synonyme de « pillard », voire de « vermine », en dépit du qualificatif ironique de « nos petits amis les ennemis26 ». Les épistoliers sont également attentifs à l’image de la résistance de Paris, courageuse puis désespérée, dans la presse et dans les opinions publiques étrangères, la présence des femmes réfugiées à Ostende, la grande station balnéaire et ville de casino belge, permettant la lecture des journaux belges et anglais, des organes français déplacés, et même des journaux allemands pour connaître le regard de l’ennemi, Paul Boca se mettant à l’apprentissage de l’allemand dans ce but27.

    27Au-delà de l’usine, de la boutique et de la famille, les échanges de lettres, rendus si difficiles, entre les époux séparés, les épouses « chères exilées » et leurs maris, les « absents chéris », les « assiégés bien-aimés », évoquent leurs relations sociales et amicales, leurs réseaux et relations d’affaires, et la formation spontanée de véritables cercles informels de sociabilité28, avec en parallèle à Paris une forme de cercle masculin des amis du siège, et à Ostende, le cercle des dames françaises.

    28Cette bourgeoisie dont le mode de vie confortable est bouleversé par la guerre, n’interrompt cependant pas sa pratique des sorties, de la vie amicale et culturelle, la fréquentation des fauteuils du Théâtre français, malgré l’obsession alimentaire caractéristique de toute période d’occupation, de réquisition et de pénurie. À la faveur de leurs postes d’observation très complémentaires, les correspondants familiaux saisissent les symptômes de l’inflation galopante, de la flambée des prix des produits alimentaires à Paris et du creusement des inégalités sociales face aux malheurs du temps, et saluent la fin des queues qui serpentaient pour le ravitaillement29. Paradoxalement, certaines lettres se transforment en livre de gastronomie en temps de pénurie. Parmi les préoccupations des épouses bourgeoises, la gestion des domestiques et des nourrices occupe une grande place, du salaire et du recrutement des nounous au cadeau de sevrage à la nourrice30.

    29Au milieu des mauvaises nouvelles, la touche d’humour persiste, souvent liée à la présence des animaux, véritables personnages familiers et récurrents dans cette guerre où les nations perdent leur humanité : le cheval familial sauvé des réquisitions, le chat, peint en jaune afin de lui éviter de finir en rôti, la pratique de l’élevage et de l’engraissement des poules, exhibées dans une cage dans la cuisine avant d’être condamnées à mort à l’unanimité des « ventres » présents.

    30Les lettres adressées aux enfants sont également l’occasion de se livrer à l’ironie. Ainsi Amélie Luys se félicite-t-elle que les cuillères ne soient pas encore réquisitionnées ; elle date ses lettres de l’« an 79 », en renouant de fait avec le calendrier révolutionnaire et compare les jeux de sable des enfants aux fortifications de Paris31, puis fournit à son jeune neveu Jean Boca le mode d’emploi d’élévation d’une barricade32. Le registre de la dérision donne lieu à des feuilles savoureuses sous la plume de Charles Luys, singulièrement dans un pastiche réussi de plaidoyer pour les acquis de la Commune, en réalité implacable réquisitoire contre la terreur politique ordinaire et la violation des droits de l’homme, bafoués tant sur le secret de la correspondance que sur la liberté de la presse ou de réunion33.

    31Les membres de cette famille bourgeoise, conservatrice, catholique sont sensibles à leur isolement croissant au sein d’une population parisienne dont ils jugent sévèrement les excès. Ils se retrouvent seuls de leur monde au milieu d’une foule socialement étrangère, dangereuse par son comportement débridé, ses pulsions violentes et intolérantes, l’errance bruyante des mobiles ivres ou égrillards. Les prises de position politiques explicites sont rares, elles reflètent un système de valeurs cohérent. Le Second Empire, auparavant accepté au nom de la paix, de l’ordre social et de la prospérité économique, est rejeté car rendu responsable de ce gâchis de la défaite et de la guerre civile, du double siège destructeur, de la récession et de la sécession nationale. Les jeunes couples se rallient à une République conservatrice : patriotisme, désir de paix, attachement à l’entreprise et à tous ses membres, paternalisme social, attachement à la famille traditionnelle, toutes ces valeurs se conjuguent dans des lettres ballottées au gré des vents et du vol mal contrôlé des ballons montés. Comme le constate, fataliste, Charles Luys dès les débuts du siège : « Pour le dehors, nous n’en recevons que fort peu de nouvelles : nous sommes dans un vaisseau et faisons une traversée dont nous ignorons la durée et l’issue34. »

    ⁂

    32L’expérience de la guerre bouleverse durablement ces familles bourgeoises alliées, qui communient dans le plaidoyer pour la Force au droit, le droit des peuples contre le droit de la force imposé par la Prusse aux Alsaciens et Mosellans depuis 187135. Gendre de Marcel Jozon, le sénateur radical Jules Jeanneney, « républicain de l’Est » aussi ferme que farouchement patriote, bras droit de Clemenceau en novembre 1917 est l’artisan de la tentative jacobine de fin du Concordat en Alsace-Moselle recouvrée.

    33Pendant la Grande Guerre, Marcel Jozon emploie des référents de la guerre de 1870, et son fils André, dès le 10 août 1914 tente de le rassurer : « Vous êtes à proximité de la frontière, mais ne craignez rien, ce ne sera pas comme en 1870… » Le 22 août 1914, le théâtre de la guerre s’obscurcit de nouveau, Marcel Jozon écrit à son beau-frère : « Vous devez être comme nous dans une grande anxiété, et les gens de notre âge ont beau se dire que les conditions de la lutte sont toutes différentes, ils sont hantés par le souvenir de nos défaites de 1870, et se demandent ce qui va arriver36. »

    34Se souvenir des guerres, par la trace pérenne des lignes écrites sur des carnets et dans sa correspondance intime, constitue une pratique ancrée dans les usages de la bourgeoisie des talents, riche d’avocats, d’ingénieurs, de médecins qui cultivent l’amour de la lecture, des voyages, de l’examen de conscience et de l’écriture de soi, très singulièrement au sein de cette famille profondément républicaine et passionnément patriote, de la Grande Armée à la Grande Guerre.

    Notes de bas de page

    1Allorant Pierre et Resal Jacques, La demeure de l’ambition. Chronique de l’ascension d’une famille bourgeoise à travers la correspondance des femmes au xixe siècle (1814-1914), Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2017.

    2Allorant Pierre et Resal Jacques, Un médecin dans le sillage de la Grande Armée (1805-1812). Correspondance de Jean-Jacques Ballard avec son épouse Ursule demeurée en France, Paris, L’Harmattan, 2013.

    3Allorant Pierre et Resal Jacques, La Grande Guerre à tire d’aile. Correspondance de deux frères dans l’aviation (1915-1918), Amiens, Encrage, coll. « Vécu », 2014. Allorant Pierre et Resal Jacques, Femmes sur le pied de guerre. Chronique d’une famille bourgeoise (1914-1918), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Documents et témoignages », 2014. Allorant Pierre et Resal Jacques, L’As et le Major. Lettres du ciel de la Grande Guerre, Amiens, Encrage, coll. « Vécu », 2017.

    4Allorant Pierre et Fehrenbach Jérôme, Ballons montés. Correspondance et tendresse conjugales durant l’Année terrible (1870-1871), Éditions du Cerf, coll. « Patrimoine », 2019.

    5Martin Tommy, Paul Jozon, Alcan-Lévy, Impr. de l’ordre des avocats, 1883, p. 4. Notice lue le 19 décembre 1881 à l’assemblée générale de l’Association amicale des secrétaires et anciens secrétaires de la Conférence des avocats à Paris, extraite du 5e bulletin annuel publié par l’Association en 1883 ; Allorant Pierre, « Paul Jozon, un jurisconsulte au service de la République », Parlement(s), no 11, Les juristes et la loi, 2009, p. 118-133 ; Allorant Pierre, « Le “Procès des treize” : un procès politique retourné par les ténors libéraux du barreau sous le Second Empire », in Faggion Lucien, Régina Christophe et Ribemond Bernard (dir.), La culture judiciaire. Discours, représentations et usages de la justice du Moyen Âge à nos jours, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2014 ; Allorant Pierre, Allorant Salomé et Resal Jacques, La République au défi de la guerre. Lettres et carnets de l’Année terrible (1870-1871), Amiens, Encrage, coll. « Vécu », 2016.

    6Lettre de Marcel Jozon à son ami de l’X, Paul Boca, Château-Thierry, le 20 juillet 1870.

    7Carnets de guerre de Marcel Jozon, le 31 décembre 1870.

    8LH/263/43 dossier de chevalier de la Légion d’honneur d’Ernest, Louis Boca, né le 3 mai 1845 à Valenciennes (Nord), mort à Saint-Quentin (Aisne), le 10 mai 1900 (Archives nationales, base Léonore).

    9LH/263/44 dossier d’officier de la Légion d’honneur de Julien, Émile Boca, né le 13 mars 1844 à Valenciennes (Nord), mort à Douai (Nord), le 18 juin 1909 (Archives nationales, base Léonore).

    10LH/263/45 dossier d’officier de la Légion d’honneur de Paul, Alcide Boca, né le 4 février 1839 à Valenciennes (Nord). Le général et sénateur républicain Frébault qui lui remet le 5 juillet 1883 sa Légion d’honneur (Archives nationales, base Léonore).

    11Lavisse Ernest, L’invasion dans le département de l’Aisne, Laon, imprimerie de H. de Coquet, 1872.

    12Allorant Pierre, « Les territoires d’un ingénieur des ponts et chaussées au xixe siècle », Revue historique de droit français et étranger, no 1, mars 2009, p. 59-85 ; Allorant Pierre, « Les “choses ordinaires de la vie” d’un ingénieur des Ponts et Chaussées au xixe siècle à travers les écrits du for privé », Revue administrative, no 369, mai 2009, p. 296-304.

    13À titre de comparaison : « La République chasserait l’ennemi du territoire comme elle l’avait fait quatre-vingts ans auparavant après la victoire de Valmy. » Audoin-Rouzeau Stéphane, 1870, la France dans la guerre, Paris, A. Colin, 1989, p. 154.

    14Les notes transmises avec les tableaux généalogiques relatent que la famille Jozon a été ruinée et ses fermes de Seine-et-Marne dévastées par le passage des troupes des « Alliés » en 1814 et 1815, singulièrement les Cosaques. C’est à ce moment que commence paradoxalement l’ascension sociale avec la venue à Paris, l’acquisition d’une boulangerie rue Mouffetard et l’habitude de l’excellence scolaire. Témoignage écrit de Mériem Resal en 1955, transmis à Jacqueline Jozon. Papiers Jacqueline Allorant-Jozon.

    15Rollet-Échalier Catherine, Les enfants au xixe siècle, Paris, Hachette, 2001 ; Buchet Luc, L’enfant, son corps, son histoire, actes des 7e journées anthropologiques de Valbonne du 1er au 4 juin 1994, Sophia-Antipolis, APDCA, 1997 ; Luc Jean-Noël, L’invention du jeune enfant : de la salle d’asile à l’école maternelle, Paris, Belin, 1997.

    16Pierre, Benoît Boca, né à Bellevue le 17 août 1865, mort à Saint-Quentin le 8 novembre 1869. Legouvé Ernest, Les pères et les enfants au xixe siècle. Enfance et adolescence, Paris, Hetzel, 1907. Delumeau Jean et Roche Daniel (dir.), Histoire des pères et de la paternité, Paris, Larousse, 2000.

    17Lettre d’Emma Boca le 1er février 1871.

    18Corbin Alain, Histoire du corps, t. 2 : De la Révolution à la Grande Guerre, Paris, Seuil, 2011.

    19Paul Jozon à son père Dominique, notaire à La Ferté-sous-Jouarre, Paris, le 18 août 1870.

    20Lettre de Paul Jozon à son épouse Marie le 26 octobre 1870.

    21Lettre de Paul Jozon à Marie, le 24 septembre 1870.

    22Lettre de Paul Jozon à son épouse Marie le 19 décembre 1870.

    23Lettre de Paul Jozon à son épouse Marie le 6 février 1871.

    24Lettre de Paul Jozon à son père Dominique Jozon le 5 juin 1871.

    25Jozon Paul, Arago Emmanuel, Bamberger Edmond, Lucet M., Dubois M. A., Chevandier et Carnot Sadi, Proposition de loi relative à une formule destinée à caractériser les nouveaux impôts nécessités par la guerre contre la Prusse, 2 p., session de 1871, no 202.

    26Jeismann Michael, La Patrie de l’ennemi. La notion d’ennemi national et la représentation de la nation en France et en Allemagne de 1792 à 1918, Paris, CNRS Éditions, 1998 ; Krulic Brigitte, L’ennemi en regard(s). Images, usages et interprétations dans l’histoire et la littérature (France, Allemagne, Russie, xviiie-xxe siècles), Peter Lang, 2012.

    27Lettre du 15 janvier de Charles Luys à son épouse Amélie.

    28Agulhon Maurice, Le cercle dans la France bourgeoise, 1810-1848. Étude d’une mutation de sociabilité, « Cahiers des Annales », no 36, A. Colin, 1977.

    29Lettre de Charles Luys le 17 février 1871.

    30Lettre d’Amélie Luys à Emma Boca le 22 avril 1871.

    31Lettre d’Amélie Luys à son mari Charles Luys le 19 septembre 1870.

    32Lettre d’Amélie Luys à son neveu Jean Boca le 29 avril 1871. Corbin Alain et Mayeur Jean-Marie (dir.), La Barricade, Paris, Publications de la Sorbonne, 1997.

    33Lettre de Charles Luys à Paul le 22 avril 1871.

    34Charles Luys à son épouse Amélie réfugiée à Ostende, Paris, le 10 octobre 1870.

    35Maringer Hippolythe, Force au droit, Berger-Levrault, 1911.

    36Allorant Pierre et Resal Jacques, Femmes sur le pied de guerre. Chronique d’une famille bourgeoise (1914-1918), op. cit.

    Auteur

    • Pierre Allorant

      Université d’Orléans, POLEN.

      Pierre Allorant est professeur d’histoire du droit, université d’Orléans, POLEN.

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    2008

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

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    Samuel Gicquel

    2008

    Un constructeur de la France du xxe siècle

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    La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)

    Pierre Jambard

    2008

    Ouvriers bretons

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    Vincent Porhel

    2008

    L'intrusion balnéaire

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    Éric Roulet

    2008

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

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    Laurence Moal

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    Les saints bretons entre légendes et histoire

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    Pierre Allorant

    Le procès du Massilia

    Tribune pour Vichy ou tremplin mémoriel pour Jean Zay ?

    Pierre Allorant

    Conclusion

    Pierre Allorant, Walter Badier et Noëlline Castagnez

    Introduction générale

    Pierre Allorant

    Préfets et maires ligériens et berrichons

    Du moment classique au « retour des notables »

    Pierre Allorant

    Conclusion

    Pierre Allorant

    Les élites administratives et politiques en Méditerranée : les parlementaires administrateurs préfectoraux

    Entre approche prosopographique et portrait de groupe (1800-1940)

    Pierre Allorant

    Les présidents de conseils généraux méditerranéens

    L’incarnation du dialogue entre le territoire et l’administration classique Territoires, projets, portraits

    Pierre Allorant

    Introduction générale

    Pierre Allorant

    Introduction

    Pierre Allorant, Walter Badier et Noëlline Castagnez

    Amédée Thierry : le préfet de la famille

    Pierre Allorant

    Du fief radical au bastion gaulliste : le Loiret, terre de mission socialiste au XXe siècle

    Pierre Allorant

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    Amédée Thierry : le préfet de la famille

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    1Allorant Pierre et Resal Jacques, La demeure de l’ambition. Chronique de l’ascension d’une famille bourgeoise à travers la correspondance des femmes au xixe siècle (1814-1914), Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2017.

    2Allorant Pierre et Resal Jacques, Un médecin dans le sillage de la Grande Armée (1805-1812). Correspondance de Jean-Jacques Ballard avec son épouse Ursule demeurée en France, Paris, L’Harmattan, 2013.

    3Allorant Pierre et Resal Jacques, La Grande Guerre à tire d’aile. Correspondance de deux frères dans l’aviation (1915-1918), Amiens, Encrage, coll. « Vécu », 2014. Allorant Pierre et Resal Jacques, Femmes sur le pied de guerre. Chronique d’une famille bourgeoise (1914-1918), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Documents et témoignages », 2014. Allorant Pierre et Resal Jacques, L’As et le Major. Lettres du ciel de la Grande Guerre, Amiens, Encrage, coll. « Vécu », 2017.

    4Allorant Pierre et Fehrenbach Jérôme, Ballons montés. Correspondance et tendresse conjugales durant l’Année terrible (1870-1871), Éditions du Cerf, coll. « Patrimoine », 2019.

    5Martin Tommy, Paul Jozon, Alcan-Lévy, Impr. de l’ordre des avocats, 1883, p. 4. Notice lue le 19 décembre 1881 à l’assemblée générale de l’Association amicale des secrétaires et anciens secrétaires de la Conférence des avocats à Paris, extraite du 5e bulletin annuel publié par l’Association en 1883 ; Allorant Pierre, « Paul Jozon, un jurisconsulte au service de la République », Parlement(s), no 11, Les juristes et la loi, 2009, p. 118-133 ; Allorant Pierre, « Le “Procès des treize” : un procès politique retourné par les ténors libéraux du barreau sous le Second Empire », in Faggion Lucien, Régina Christophe et Ribemond Bernard (dir.), La culture judiciaire. Discours, représentations et usages de la justice du Moyen Âge à nos jours, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2014 ; Allorant Pierre, Allorant Salomé et Resal Jacques, La République au défi de la guerre. Lettres et carnets de l’Année terrible (1870-1871), Amiens, Encrage, coll. « Vécu », 2016.

    6Lettre de Marcel Jozon à son ami de l’X, Paul Boca, Château-Thierry, le 20 juillet 1870.

    7Carnets de guerre de Marcel Jozon, le 31 décembre 1870.

    8LH/263/43 dossier de chevalier de la Légion d’honneur d’Ernest, Louis Boca, né le 3 mai 1845 à Valenciennes (Nord), mort à Saint-Quentin (Aisne), le 10 mai 1900 (Archives nationales, base Léonore).

    9LH/263/44 dossier d’officier de la Légion d’honneur de Julien, Émile Boca, né le 13 mars 1844 à Valenciennes (Nord), mort à Douai (Nord), le 18 juin 1909 (Archives nationales, base Léonore).

    10LH/263/45 dossier d’officier de la Légion d’honneur de Paul, Alcide Boca, né le 4 février 1839 à Valenciennes (Nord). Le général et sénateur républicain Frébault qui lui remet le 5 juillet 1883 sa Légion d’honneur (Archives nationales, base Léonore).

    11Lavisse Ernest, L’invasion dans le département de l’Aisne, Laon, imprimerie de H. de Coquet, 1872.

    12Allorant Pierre, « Les territoires d’un ingénieur des ponts et chaussées au xixe siècle », Revue historique de droit français et étranger, no 1, mars 2009, p. 59-85 ; Allorant Pierre, « Les “choses ordinaires de la vie” d’un ingénieur des Ponts et Chaussées au xixe siècle à travers les écrits du for privé », Revue administrative, no 369, mai 2009, p. 296-304.

    13À titre de comparaison : « La République chasserait l’ennemi du territoire comme elle l’avait fait quatre-vingts ans auparavant après la victoire de Valmy. » Audoin-Rouzeau Stéphane, 1870, la France dans la guerre, Paris, A. Colin, 1989, p. 154.

    14Les notes transmises avec les tableaux généalogiques relatent que la famille Jozon a été ruinée et ses fermes de Seine-et-Marne dévastées par le passage des troupes des « Alliés » en 1814 et 1815, singulièrement les Cosaques. C’est à ce moment que commence paradoxalement l’ascension sociale avec la venue à Paris, l’acquisition d’une boulangerie rue Mouffetard et l’habitude de l’excellence scolaire. Témoignage écrit de Mériem Resal en 1955, transmis à Jacqueline Jozon. Papiers Jacqueline Allorant-Jozon.

    15Rollet-Échalier Catherine, Les enfants au xixe siècle, Paris, Hachette, 2001 ; Buchet Luc, L’enfant, son corps, son histoire, actes des 7e journées anthropologiques de Valbonne du 1er au 4 juin 1994, Sophia-Antipolis, APDCA, 1997 ; Luc Jean-Noël, L’invention du jeune enfant : de la salle d’asile à l’école maternelle, Paris, Belin, 1997.

    16Pierre, Benoît Boca, né à Bellevue le 17 août 1865, mort à Saint-Quentin le 8 novembre 1869. Legouvé Ernest, Les pères et les enfants au xixe siècle. Enfance et adolescence, Paris, Hetzel, 1907. Delumeau Jean et Roche Daniel (dir.), Histoire des pères et de la paternité, Paris, Larousse, 2000.

    17Lettre d’Emma Boca le 1er février 1871.

    18Corbin Alain, Histoire du corps, t. 2 : De la Révolution à la Grande Guerre, Paris, Seuil, 2011.

    19Paul Jozon à son père Dominique, notaire à La Ferté-sous-Jouarre, Paris, le 18 août 1870.

    20Lettre de Paul Jozon à son épouse Marie le 26 octobre 1870.

    21Lettre de Paul Jozon à Marie, le 24 septembre 1870.

    22Lettre de Paul Jozon à son épouse Marie le 19 décembre 1870.

    23Lettre de Paul Jozon à son épouse Marie le 6 février 1871.

    24Lettre de Paul Jozon à son père Dominique Jozon le 5 juin 1871.

    25Jozon Paul, Arago Emmanuel, Bamberger Edmond, Lucet M., Dubois M. A., Chevandier et Carnot Sadi, Proposition de loi relative à une formule destinée à caractériser les nouveaux impôts nécessités par la guerre contre la Prusse, 2 p., session de 1871, no 202.

    26Jeismann Michael, La Patrie de l’ennemi. La notion d’ennemi national et la représentation de la nation en France et en Allemagne de 1792 à 1918, Paris, CNRS Éditions, 1998 ; Krulic Brigitte, L’ennemi en regard(s). Images, usages et interprétations dans l’histoire et la littérature (France, Allemagne, Russie, xviiie-xxe siècles), Peter Lang, 2012.

    27Lettre du 15 janvier de Charles Luys à son épouse Amélie.

    28Agulhon Maurice, Le cercle dans la France bourgeoise, 1810-1848. Étude d’une mutation de sociabilité, « Cahiers des Annales », no 36, A. Colin, 1977.

    29Lettre de Charles Luys le 17 février 1871.

    30Lettre d’Amélie Luys à Emma Boca le 22 avril 1871.

    31Lettre d’Amélie Luys à son mari Charles Luys le 19 septembre 1870.

    32Lettre d’Amélie Luys à son neveu Jean Boca le 29 avril 1871. Corbin Alain et Mayeur Jean-Marie (dir.), La Barricade, Paris, Publications de la Sorbonne, 1997.

    33Lettre de Charles Luys à Paul le 22 avril 1871.

    34Charles Luys à son épouse Amélie réfugiée à Ostende, Paris, le 10 octobre 1870.

    35Maringer Hippolythe, Force au droit, Berger-Levrault, 1911.

    36Allorant Pierre et Resal Jacques, Femmes sur le pied de guerre. Chronique d’une famille bourgeoise (1914-1918), op. cit.

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    Allorant, P. (2019). Une mémoire immédiate de la débâcle et du siège de Paris. In P. Allorant, W. Badier, & J. Garrigues (éds.), 1870, entre mémoires régionales et oubli national. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14js7
    Allorant, Pierre. « Une mémoire immédiate de la débâcle et du siège de Paris ». In 1870, entre mémoires régionales et oubli national, édité par Pierre Allorant, Walter Badier, et Jean Garrigues. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14js7.
    Allorant, Pierre. « Une mémoire immédiate de la débâcle et du siège de Paris ». 1870, entre mémoires régionales et oubli national, édité par Pierre Allorant et al., Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14js7.

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    Allorant, P., Badier, W., & Garrigues, J. (éds.). (2019). 1870, entre mémoires régionales et oubli national. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14jsu
    Allorant, Pierre, Walter Badier, et Jean Garrigues, éd. 1870, entre mémoires régionales et oubli national. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14jsu.
    Allorant, Pierre, et al., éditeurs. 1870, entre mémoires régionales et oubli national. Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14jsu.
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