La mémoire des origines chez les « magistrats-législateurs »
Le cas de la dynastie Bérenger (de la Drôme) au xixe siècle
p. 337-362
Texte intégral
1Dans l’histoire de la famille Bérenger, originaire de Valence, trois membres ont successivement joué un rôle de premier plan dans l’histoire du droit et des institutions de France pendant tout le xixe siècle. Outre leurs parcours de carrière analogues, leurs œuvres législatives présentent une remarquable continuité dont l’analyse est propice à la mise en lumière des enjeux de la mémoire des origines d’une dynastie, même sur une période relativement brève. En effet, les similitudes dans le parcours de ces hommes et leurs contributions respectives à la consolidation de la République interrogent la place de la mémoire des origines dans l’histoire de cette dynastie. Le patronyme étant un marqueur fondamental des identités sociales dans le cas des familles aristocratiques, nous concentrerons notre réflexion sur la place du patronyme au sein de la dynastie Bérenger.
2Bien que cette contribution mérite d’être confortée par de plus amples investigations, il est néanmoins possible d’esquisser une analyse qui, loin de se vouloir définitive, peut suffire pour proposer quelques réflexions sur la question des enjeux de la mémoire des origines par le patronyme sur une courte période. Pour ce faire, nous présenterons notre étude en trois temps. Tout d’abord il est nécessaire de présenter les origines de la dynastie avant d’aborder l’étendue et les limites des enjeux onomastiques qui s’articulent autour du patronyme Bérenger. Ce faisant, nous tenterons de mesurer l’impact de ces enjeux sur la carrière et l’œuvre des porteurs de ce patronyme.
Les Bérenger de Valence : une dynastie de grands magistrats aux origines incertaines
3Nos recherches sur les origines historiques de cette dynastie aboutissent à un double constat : d’une part, la généalogie de cette famille1, qu’elle soit lointaine ou non, souffre d’approximations en raison d’un manque de sources. Néanmoins, les sources sont plus nombreuses à partir du xviiie siècle et nous permettent d’étudier l’œuvre législative de la dynastie dont l’importance a été déterminante dans l’histoire du droit pénal français.
La généalogie de la famille Bérenger de la Drôme : entre mythe et histoire
4D’après Alexandre Gabriel Épailly2, un érudit du xixe siècle, la famille Bérenger3 (dont il était proche) était « très ancienne4 ». Selon son témoignage, difficile à vérifier par ailleurs, la « souche primitive » de cette famille descendrait d’un des nombreux fils d’Évrard, marquis de Frioul, qui régna sur le royaume d’Italie de 888 à 924 sous le nom de Bérenger Ier d’Italie5. Ses descendants auraient été chassés par l’empereur Othon Ier et se seraient alors réfugiés dans le comté de Provence6. La famille s’y étant perpétuée jusqu’au rattachement du comté de Provence au royaume de Naples en 1246, l’un des frères de la comtesse Béatrice7, dénommé Bérenger, se serait alors installé en Dauphiné8. Après que la province a été unie à la couronne de France en 1349, la famille Bérenger s’y serait ancrée durablement. Malgré le caractère discutable de cette dernière allégation, il s’agit, d’après nos recherches, de la seule source capable d’expliquer les origines de l’implantation du patronyme « Bérenger » dans le Dauphiné. D’après une source plus sûre9, de la fin du xviie siècle, quatre branches, issues des Bérenger comtes de Provence, étaient encore aisément identifiables, puisqu’elles s’étaient enracinées dans divers marquisats et comtés, notamment à Sassenage, Ventavon, Pont-en-Royans, ou encore à Gua et Charmes10. Toujours d’après Alexandre Épailly, l’existence d’une branche cadette de celles que nous venons de citer, « probablement bâtarde », se serait alors fixée à Valence. Ces quelques éléments nous permettent d’expliquer d’ores et déjà le caractère très répandu de ce patronyme dans le Dauphiné. Il témoigne aussi de son enracinement historique et nous verrons plus loin que cela ne sera pas sans conséquences sur la lignée des « magistrats-législateurs11 » du xixe siècle faisant l’objet de la présente étude. Par ailleurs, la valeur historiquement discutable des écrits d’Alexandre Épailly caractérise également les archives personnelles de la famille Giran, descendante directe de la dynastie qui nous intéresse. À la lecture de ces archives intitulées Les ancêtres de la famille Bérenger12, l’histoire de la fixation de celle-ci à Valence semble plus relever du mythe, tel un mythe fondateur, que d’une véritable historiographie. En effet, on y apprend que les ancêtres de la famille Bérenger étaient protestants, et qu’avec la révocation de l’édit de Nantes en 1685, ils s’expatrièrent en Suisse pour y trouver refuge13. Parmi eux, une femme14 que la maladie empêcha d’aller jusqu’au bout du périple fit escale à Valence pour finalement y mourir. Or, cette femme avait un jeune enfant, Marcellin Bérenger (1678-1762)15 qui fut élevé par un anonyme artisan boulanger de confession catholique16. Cet enfant était, en fait, l’héritier d’une riche famille protestante, qui, après que les effets de l’Édit de Fontainebleau se sont adoucis, aurait recouvré son héritage : le domaine de Chambrousset17, de nombreuses maisons, des terres, des vignobles et une « fortune considérable ». On suppose que c’est grâce à cela que son fils, Marcellin Bérenger deuxième du nom (1722-1774), a pu acquérir un office de procureur du roi18, une charge qu’il a exercée à Valence au milieu du xviiie siècle19. Il y a donc deux Marcellin Bérenger : celui qui rentra en possession de son héritage familial (le premier du nom), et son propre fils20, le procureur du roi21. Les origines incertaines de la lignée arborent d’autant plus les qualités d’un mythe fondateur que, par un heureux hasard, Marcellin premier du nom (1678-1762)22 aurait spécialement pris en charge l’éducation de son petit-fils Marcellin-René (1744-1822), le premier des trois magistrats-législateurs.
La réforme pénale et pénitentiaire du sénateur René Bérenger : une œuvre transgénérationnelle
5Marcellin-René, le premier de la dynastie de magistrats faisant l’objet de la présente étude, était surnommé « Bérenger Flambeau23 ». Né à Valence le 1er avril 174424, il était d’abord avocat du Parlement de Grenoble puis procureur du Roi en « l’élection25 » de Valence quand il fut nommé député du tiers état aux États du Dauphiné ainsi qu’aux États généraux de 1789 ; à l’expiration de son mandat, en 1791, il fut nommé président du tribunal criminel de la Drôme, et devint après le 18 brumaire, juge au tribunal d’appel de Grenoble pour finir sa vie à Valence en 182226. Son fils, Alphonse Bérenger dit « de la Drôme », né le 31 mai 178527, était quant à lui conseiller-auditeur28 avant de devenir avocat général à Grenoble. Élu député de la Drôme durant les Cent jours, son mandat est écourté par le retour des Bourbon qui le pousse à démissionner de sa charge d’avocat général. Après un exil de treize ans durant lequel il se spécialise dans le droit pénal et les questions pénitentiaires, il écrit de nombreux ouvrages qui lui apporteront une grande notoriété29. De nouveau député de la Drôme en 1828, il est constamment réélu par le département jusqu’à être nommé Pair de France en 1844. Sa participation à la réforme libérale du Code pénal en 1832 mérite d’être soulignée30 : il milite pour l’abolition de la peine de mort en matière politique et contribue à un grand projet de réforme des institutions pénitentiaires de 184731 qui n’aboutira finalement pas32. En parallèle de ses activités législatives, il écrit de nombreux ouvrages sur les questions pénitentiaires33 et fonde la Société pour le patronage des jeunes libérés du département de la Seine (1833-1846). Cette dernière a pour but de lutter contre la récidive grâce au patronage qui relève d’un accompagnement des jeunes libérés dans leur retour à la vie civile : c’est l’ancêtre de notre actuel dispositif de réinsertion sociale des condamnés. Après les événements de 1848, il est nommé président de la Chambre civile de la Cour de cassation34 dont il restera membre honoraire jusqu’à son décès, en 1866. Enfin, le dernier membre de cette dynastie, également le plus célèbre, est René Bérenger35. Né le 22 avril 1830 à Bourg-lès-Valence dans la Drôme, il obtient dès l’âge de 23 ans son doctorat en droit et devient substitut du procureur à Évreux la même année. Par la suite, il est nommé procureur à Bernay, puis à Neuchâtel, puis substitut du procureur général de Dijon en 1859. Trois ans plus tard, il s’engage dans la voie de l’avocature auprès de la cour de Grenoble, mais après l’effondrement du Second Empire, il est appelé à représenter la Drôme à l’Assemblée nationale constituante de 1871 et fera même partie des cent seize sénateurs inamovibles de la IIIe République. Son mandat viager le lui permettant, il s’engage pleinement dans la réforme pénale et pénitentiaire initiée par son père, ce, jusqu’à la fin de sa vie, en 1915. Au sein de son œuvre législative, on relève notamment la loi du 5 juin 1875 sur les prisons départementales répondant enfin à la revendication d’isolement des condamnés formulée par de nombreux criminalistes depuis la Restauration36. Dans le prolongement de celle-ci, la nécessaire réforme des institutions pénales inhérente à la réforme pénitentiaire tant désirée se traduit notamment par l’insertion de la libération conditionnelle dans le droit français grâce à la loi « Bérenger » du 14 août 1885 sur les moyens préventifs de combattre la récidive. De même, il est le principal auteur de la loi de sursis du 26 mars 1891 qui portera également son nom. Enfin, il contribue résolument à la défense de la morale publique républicaine par son engagement dans la répression des délits d’outrage aux bonnes mœurs et par sa lutte pour une répression républicaine de la prostitution et plus spécialement, celle des enfants mineurs.
6Toutes ces innovations législatives portées par René Bérenger traduisent un véritable tournant pénal de l’histoire du droit qui illustre les ambitions républicaines de forger un citoyen nouveau. En effet, la IIIe République entend changer l’homme de l’intérieur en cherchant « en son cœur » la garantie de sa conduite dans le but de « former un citoyen vertueux en modifiant la conscience et les mœurs37 ». Cette réforme pénale et pénitentiaire étant le fruit de presque un siècle d’expériences et de réflexions, elle participe à l’émergence d’une véritable « identité collective » fondée sur la consolidation des institutions républicaines. En effet, alors que l’affirmation de ces dernières était en cours, la réforme portée par René Bérenger a incontestablement contribué à l’enracinement pérenne de la France en République. Cependant, l’œuvre novatrice de ce législateur apparaît comme la concrétisation d’une entreprise réformatrice du droit criminel initiée par son propre père, Alphonse Bérenger « de la Drôme » en réaction aux « injustices » du droit pénal du temps de son propre père, Marcellin-René Bérenger. Plus précisément, on constate une remarquable continuité dans l’œuvre transgénérationnelle de ces trois magistrats-législateurs, fondée principalement sur une lutte constante ou du moins un rejet constant de l’arbitraire du droit, autant dans la création de normes qu’en ses moyens d’application, et cela sur une durée de plus d’un siècle, nonobstant les changements successifs de régime politique. Par ailleurs, nous l’avons vu, la famille Bérenger jouissait d’une remarquable notoriété auprès des Drômois, si bien que trois générations se sont successivement partagé le rôle de représentant de la Drôme à la représentation nationale. Dès lors, il nous semble pertinent d’analyser la place de la mémoire des origines (incarnée par le patronyme) au sein de l’histoire de cette dynastie de magistrat.
Le rayonnement patronymique : un colosse aux pieds d’argile
7L’histoire de la famille Bérenger illustre de façon remarquable la place centrale que peut avoir la mémoire des origines véhiculée par le patronyme, en lien avec des évolutions sociétales. En effet, la dynastie Bérenger ayant joué un rôle de premier plan dans l’histoire politique de son pays, elle utilise le rayonnement patronymique comme un véritable instrument d’ascension sociale. Pour autant, ce rayonnement présente aussi d’inéluctables limites, illustrant la fragilité de la mémoire des origines véhiculée par le patronyme.
Le patronyme comme instrument d’ascension sociale
8Si Marcellin Bérenger (deuxième du nom) n’était pas un « magistrat-législateur » contrairement à ses descendants, son rôle au sein de la dynastie ne peut être négligé. En effet, il a été le premier procureur du roi de sa famille. Cela est loin d’être anodin puisque, ce faisant, il a non seulement lié son patronyme à la justice, mais par extension, il a fait profiter sa famille du prestige qui accompagne l’obtention de cet office de judicature. Pour le confirmer, il convient de préciser d’abord que ce type d’ascension sociale ne pouvait se faire que dans le contexte historique de la fin de l’Ancien Régime. En effet, à cette époque, l’entrée au parquet n’est pas réservée aux nobles mais reste conditionnée par l’acquisition d’une charge vacante. La justice à vendre étant une marchandise rare et recherchée, le prix de ces charges était très élevé. Sans la « fortune considérable » que comprenait l’héritage des ancêtres Bérenger, Marcellin (deuxième du nom) n’aurait probablement jamais pu intégrer le ministère public. En outre, une fois la charge acquise, le postulant doit obtenir des lettres de provision auprès du chancelier, sans lesquelles il ne peut procéder aux dernières étapes de réception et d’installation38. C’est à l’occasion de ces dernières que le postulant fait l’objet d’un examen vérifiant qu’il dispose de caractéristiques « physiques, familiales39, morales, intellectuelles et professionnelles40 » suffisantes pour intégrer la magistrature. C’est ainsi qu’ont pu émerger certaines dynasties parlementaires41 d’origine non noble42. Pour autant, la continuité de ces dynasties est bien perçue. Elles « deviennent garantes d’un savoir et de sa transmission43 », et plus largement, d’une bonne justice. Ainsi, le prestige de l’office s’attache au patronyme de son titulaire et, en le transmettant à ses descendants, l’individu fait perdurer l’association entre le patronyme et l’office. Or, lors de l’achat de son office, Marcellin (deuxième du nom) ne s’imaginait probablement pas à quel point son acquisition serait déterminante pour ses descendants. En effet, à la veille de la Révolution, son fils, Marcellin-René44 est élu représentant du tiers état du bailliage de Valence aux États généraux, avant de devenir député de la Drôme à l’Assemblée nationale constituante. Il est fort probable que l’office de judicature qu’il hérita de son père ainsi que les qualités ancestrales et populaires de son patronyme aient favorisé son élection aux plus importantes fonctions de son époque45. Ainsi, l’acquisition de cet office par la famille Bérenger lui a conféré un prestige local appelant la confiance des habitants sur près d’un siècle, dont la concrétisation se manifeste lors des élections, spécialement lorsque celles-ci se déroulent dans un contexte de crises politique et institutionnelle.
9Pour illustrer notre propos, évoquons en quelques mots les élections d’Alphonse en 1815 et de René Bérenger en 1871. Dans les deux cas, les circonstances exceptionnelles qui entourent l’élection entraînent des délais d’organisation très courts. En effet, c’est dans le cadre d’une procédure électorale accélérée46 qu’Alphonse est élu député le 12 mai 181547. Cinquante-six ans plus tard, son fils René est également élu dans le cadre d’une crise politique qui crée des conditions électorales extraordinaires. En effet, le 28 janvier 1871, Bismarck ne donne que trois semaines à la France pour élire son assemblée représentative. Dans cette situation, « la France […] va, comme d’instinct, aux hommes éprouvés, ou même simplement signalés au public […] ou par la réputation de leurs familles […] quelques fois, on vote pour le nom, sans pouvoir dire exactement qui en était alors le titulaire […]. Quant à M. Bérenger, il est désigné à la fois par ses services personnels mais aussi par son nom48 ». Ainsi, lorsque Marcellin (deuxième du nom) eut acquis l’office de procureur du roi – avec l’intention de le transmettre à ses héritiers –, il fit de son patronyme un véritable instrument d’ascension sociale pour ses descendants. Or, ce qui fait l’originalité de la dynastie, c’est que le prestige acquis par celle-ci était d’abord limité au seul domaine judiciaire avant de s’élargir à celui du politique, suite aux évolutions institutionnelles engendrées par la Révolution.
10Ainsi, le patronyme joue un rôle non négligeable dans l’ascension sociale des membres de la dynastie Bérenger. En effet, l’acquisition de l’office par Marcellin (deuxième du nom) au milieu du xviiie siècle fit naître une réputation qui perdura avec ses héritiers jusqu’à la fin de la carrière de son descendant René Bérenger, en 1915. Pour autant, ce véritable rayonnement patronymique transgénérationnel connaît d’inéluctables limites qu’il importe de rappeler.
Des limites inéluctables et diverses
11La mémoire étant intrinsèquement liée au présent, elle nécessite d’être entretenue, que ce soit par de régulières remémorations ou par la fixation sur un support. Dans le cas contraire, elle risque de tomber dans l’oubli. La mémoire des origines n’échappant pas à la règle, l’histoire de la dynastie Bérenger nous renseigne sur les limites du rayonnement patronymique, qu’il s’agisse des limites géographiques, techniques ou chronologiques.
12Marcellin-René, Alphonse et René ont tous été une fierté pour le Dauphiné et plus spécialement pour la Drôme et Valence. Or, le corollaire en est la limite géographique inéluctable de ce prestige patronymique. En effet, si la réputation d’Alphonse Bérenger fit que la commune de Valence est allée jusqu’à exposer son portrait dans la salle principale de la mairie49, et si une rue René Bérenger existe encore à Valence, il n’en demeure pas moins que le souvenir glorieux des Bérenger n’a pas dépassé les limites géographiques de la Drôme et n’a pas résisté à l’usure du temps.
13En effet, le prestige dont s’est « chargé » le patronyme s’est en quelque sorte épuisé. La première raison concerne la transmission exclusive du patronyme au fils. En effet, si Marcellin, Marcellin-René et Alphonse eurent tous les trois au moins un fils, René Bérenger a eu uniquement des filles. Ainsi, son nom et la renommée de son œuvre et celle de son père se sont-elles éteintes avec lui. On peut donc dire que la transmission a été interrompue par les règles patronymiques de genre et par l’impossibilité pour les femmes d’exercer dans la magistrature.
14Enfin, la mémoire des origines est influencée par le contexte social et technique. En effet, il ne faut pas omettre le fait que l’accession des Bérenger à la législature et la linéarité de leurs œuvres respectives sont le résultat d’un contexte comportant de nombreuses variables. On peut par exemple s’interroger sur la faible concurrence sociale qui aurait pu faciliter leur accession au Parlement. À l’inverse, la réputation de René Bérenger a souffert, à la fin du xixe siècle, de l’image que la presse caricaturale a donnée de lui en raison de sa lutte notoire contre la pornographie et ses excès de pudeur qui lui valurent le sobriquet de « père-la-pudeur ». En effet, on assiste au tournant du siècle à un développement considérable de la presse caricaturale. Sa banalisation effraie ses détracteurs d’autant plus qu’elle est illustrée, ce qui la rend accessible à tous, y compris aux illettrés50. Pour René Bérenger, qui croit tout comme son père que le criminel est un « malade moral » qu’il faut soigner, la pornographie corrompt les mœurs et pousse donc progressivement vers la délinquance. Ainsi, la mémoire collective étant sélective, la notoriété pudibonde de cet homme a éclipsé son rôle de père fondateur de la République, ainsi que son remarquable dévouement pour la protection des « faibles de la République51 ».
15L’étude de la lignée des Bérenger permet donc d’illustrer le caractère patrimonial du patronyme et de mesurer son impact sur un groupe social de la taille d’un département ou, du moins, d’une commune. De même, on a pu observer qu’en temps de crise, ce caractère patrimonial du nom présente les qualités d’un puissant vecteur de confiance, illustrant ainsi le rôle majeur des patronymes comme élément constitutif des identités collectives. Malgré cela, il n’en demeure pas moins que la mémoire du patronyme se révèle particulièrement fragile au regard des limites temporelles, géographiques et techniques que nous venons d’évoquer.
16Malgré cette fragilité, il apparaît que le rayonnement patronymique de cette dynastie a été déterminant à de nombreux égards. Pouvons-nous dès lors parler d’un déterminisme onomastique ?
L’héritage et le patronyme : les germes d’un déterminisme social
17Si l’histoire de la dynastie Bérenger confirme l’effectivité du déterminisme onomastique, il n’en demeure pas moins que le rôle décisif des nom et prénoms doit être relativisé en raison de leur influence restreinte.
L’expression d’un déterminisme : le nom, la tradition et la réputation
18Outre les carrières analogues, on remarque chez les trois « magistrats-législateurs » des proximités en matière de caractères, de valeurs et d’idéologie dont la continuité révèle la présence d’une véritable tradition intellectuelle. Au regard du rôle majeur qu’ont joué successivement ces trois hommes dans l’histoire politique, législative et institutionnelle de France, l’existence d’un déterminisme onomastique peut être supposée.
19En cela, les événements les plus évocateurs concernent la continuité entre les œuvres des deux derniers membres de la dynastie. En effet, l’œuvre législative de René Bérenger apparaît à de nombreux titres comme la concrétisation de l’œuvre doctrinale de son père52. De plus, René Bérenger n’aurait probablement pas été en mesure d’accomplir son œuvre pénitentiaire sans le rayonnement patronymique de sa famille53 amplifié par la prestigieuse carrière de son père, Alphonse Bérenger. Ce dernier était reconnu de son vivant comme l’un des premiers grands spécialistes de la question pénitentiaire, à l’instar de Charles Lucas ou de Louis-Mathurin Moreau-Christophe, et c’est très probablement pour cette unique raison que René Bérenger a été désigné par deux fois par l’Assemblée nationale de 1871 pour travailler sur le projet de loi pénitentiaire54, dont il sera d’ailleurs le principal auteur55. En effet, en 1872, René Bérenger n’avait jamais fait ses preuves dans le domaine de la science pénitentiaire. Aussi, le choix réitéré dont il a fait l’objet repose-t-il principalement sur son nom, son ascendance et la réputation qui les entoure, illustrant ainsi ce que nous appellerions une forme de « déterminisme onomastique ».
20Pour autant, il nous faut aller plus loin et montrer en quoi les traditions dynastiques seraient l’expression de ce déterminisme onomastique. La sociologie des réputations nous offre ici d’intéressantes clés de compréhension. D’après Pierre-Marie Chauvin, la réputation « peut être définie comme une représentation sociale partagée, provisoire et localisée, associée à un nom et issue d’évaluations sociales plus ou moins puissantes et formalisées56 ». Ainsi, nous formulons l’hypothèse que le respect ou le non-respect des traditions dynastiques constitue des comportements affectant les « évaluations sociales », qui elles-mêmes déterminent la réputation de la dynastie. Dès lors, par extension, ces comportements affectent la réputation de la dynastie. Enfin, c’est cette même réputation qui peut conditionner la carrière et l’œuvre des membres de la dynastie. Ainsi, pour une famille telle que les Bérenger, ces traditions apparaissent comme un moyen de favoriser la continuité dynastique sur trois générations. Mais quels seraient les enjeux onomastiques de ce paradigme ? Le nom est ici central puisque, outre l’identification, il permet d’intégrer la dimension dynastique au sein des représentations qui entourent le nom « Bérenger ». Enfin, le patronyme apparaît comme l’ornement principal de la dynastie : il est le « noyau » autour duquel les représentations sociales gravitent. De plus, le prénom n’est pas en reste puisqu’il est une composante essentielle d’une des traditions dynastiques. En effet, il semble que la famille Bérenger ait voulu entretenir la mémoire de ses origines ancestrales (et le prestige qui l’accompagne) depuis son installation à Valence à la fin du xviie siècle, en nommant l’aîné de chaque fratrie « Marcellin ». René Bérenger étant le seul et le dernier aîné de sa famille à ne pas porter ce prénom, il a tout de même hérité de l’un des deux prénoms de son grand-père. Ainsi, on observe une tradition onomastique révélatrice de l’importance de la mémoire des origines au sein de cette famille. En effet, le prénom « Marcellin » faisait probablement écho à l’héritage retrouvé par Marcellin (premier du nom). Le prénom « René » permettait quant à lui de s’approprier le prestige qu’a eu Marcellin-René pour avoir été l’un des membres de la première Assemblée nationale de France. Une fois de plus, ces éléments viennent soutenir l’hypothèse d’un déterminisme onomastique.
21Cependant, d’autres aspects de la vie des membres de la dynastie nous poussent à relativiser ce constat.
Un déterminisme – induit par les nom et prénoms – restreint
22Nous l’avons vu, d’après l’histoire des Bérenger de Valence au xixe siècle, la continuité dynastique des trois magistrats-législateurs apparaît comme la conséquence d’un potentiel déterminisme onomastique. Dès lors, pouvons-nous dire que le patronyme « Bérenger » et les prénoms « Marcellin » et « René » ont conditionné la vie de ces trois hommes au point d’être à l’origine de leur continuité dynastique ?
23Pour répondre, il convient de revenir sur les relations de cause à effet qui ont mené à cette continuité dynastique, cela afin de pouvoir établir si le nom et les prénoms ont bel et bien été déterminants. Ainsi, quatre conditions peuvent être retenues : pour que l’individu puisse intégrer cette dynastie, il doit tout d’abord être un homme et l’aîné de sa fratrie57. Ensuite, il doit porter le prénom d’un membre « important » de sa famille (Marcellin ou René). Il doit être en accord avec les idéaux de ses prédécesseurs (ici, libéralisme et conservatisme) et s’engager volontairement dans la même carrière qu’eux. Enfin, l’environnement dans lequel il évolue doit lui permettre de reproduire les évolutions de carrière de ses prédécesseurs (la possibilité de se faire élire représentant de la Nation) ; toutes ces conditions réunies semblent à l’origine de la continuité dynastique. Cependant, en analysant de plus près ces éléments, il semble que le rôle supposé déterminant des nom et prénoms soit finalement bien modeste, même s’il n’est pas pour autant négligeable.
24Nous avons vu que le patronyme était déterminant pour la carrière de ceux qui le portent comme le démontre l’élection de René Bérenger à l’Assemblée nationale de 1871. En revanche, s’agissant du prénom, les informations qui nous sont parvenues s’avèrent insuffisantes pour apprécier son caractère déterminant. Pour autant, sa fonction nous semble double : le prénom peut faire office de « porte-bonheur58 » mais surtout, il peut être une injonction (ou un encouragement) à emprunter le même chemin que le précédent porteur du prénom. Or, il n’est pas possible d’aller plus loin dans ce raisonnement puisque si les trois magistrats législateurs ont bel et bien porté au moins un prénom de leurs ascendants, rien ne nous permet d’affirmer que cette transmission ait joué un rôle déterminant dans la continuité dynastique des Bérenger.
25D’autre part, le rôle déterminant des nom et prénoms doit être d’autant plus relativisé qu’il est lui-même conditionné par des éléments extérieurs et aléatoires. Nous l’avons vu, René avait beau s’appeler Bérenger, il n’a eu aucun fils, donc aucun héritier, et sa dynastie s’est donc éteinte avec lui. De plus, même si René Bérenger avait eu un fils, la continuité dynastique n’aurait pas été pour autant assurée puisque ce dernier aurait dû partager les idéaux de ses prédécesseurs et s’engager volontairement dans la même carrière qu’eux. Or, si la carrière prestigieuse d’un parent peut encourager son enfant à vouloir l’imiter, surtout à cette époque, il ne le fera pas forcément. Ainsi, on ne peut que relativiser le caractère déterminant des nom et prénoms puisqu’il dépend de la volonté du porteur d’accepter l’héritage dynastique. Enfin, la condition relative à un environnement favorable à la reproduction des évolutions de carrière rencontre les mêmes limites que la condition de primogéniture et de masculinité : elle est trop aléatoire pour que les enjeux onomastiques puissent l’influencer de manière décisive.
Conclusion
26Ainsi, la mise en lumière des enjeux de la mémoire des origines par le prisme de cette dynastie de parlementaires permet d’illustrer l’incontestable importance du patronyme dans l’historiographie politique, institutionnelle et juridique. En effet, il semble que le caractère ancestral et commun du patronyme fasse partie intégrante de l’identité collective du groupe social dont il est géographiquement issu. Dès lors, le caractère familier du patronyme apparaît comme un puissant vecteur de crédibilité politique puisque, pour la dynastie Bérenger, il a maintes fois été plus que déterminant, notamment en temps de crise. En outre, le patronyme semble pouvoir jouer un rôle décisif dans l’ascension sociale de ses porteurs, faisant de lui un véritable instrument d’ascension sociale. Pour autant, nous avons vu que si l’influence des nom et prénoms n’est pas négligeable, ils ne peuvent jouer qu’un rôle limité (bien que parfois décisif) dans la carrière de ses porteurs. Dès lors, le déterminisme onomastique nous apparaît plutôt comme un prolongement du déterminisme social. Ainsi, d’après tous ces éléments, le patronyme semble faire partie de ce qu’on pourrait qualifier de « patrimoine familial immatériel » sur lequel viennent se fixer un ensemble de valeurs (éthiques, philosophiques, professionnelles, religieuses) ainsi qu’une réputation et des traditions assurant une apparente continuité au travers des hommes et des âges. Cependant, malgré l’ampleur des enjeux onomastiques que nous venons de décrire, force est de constater que la mémoire des origines est fragile. En effet, qui se souvient aujourd’hui de la dynastie de magistrat-législateurs Bérenger et de ce qu’elle a accompli pour la France et la République ? Bien peu de monde. Pour autant, même aujourd’hui, le nom « Bérenger » résonne encore dans les amphithéâtres français de droit puisque les lois sur le sursis et la libération conditionnelle portent toujours son nom. De même, la présente étude ainsi que l’ensemble des recherches liées à ce nom entretiennent sa mémoire. Dès lors, si la mémoire des origines est fragile, il n’est pas difficile de la raviver. Ces derniers éléments illustrent le lien entre la mémoire et le présent : elle n’existe que si l’on s’en souvient, il faut donc l’entretenir, la maintenir « en vie ».
Bibliographie
Sources imprimées
Auteur anonyme, Les ancêtres de la famille Bérenger, Archive privée de la famille Giran, s. d.
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Benoit François, Recueil des actes des comtes de Provence appartenant à la maison de Barcelone. Alphonse II et Raimond-Bérenger V (1196-1245), t. I, Paris, Auguste Picard, 1925.
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Bérenger Alphonse Marie Marcellin Thomas, Des moyens propres à généraliser en France le système pénitentiaire. À tous les lieux de répression du Royaume, à tous les individus qui, à quelque titre que ce soit, sont mis sous la main de la justice, et en plaçant les libérés sous la protection organisée de la bienfaisance publique, Paris, Imprimerie royale, 1836.
Chaudru de Raynal Louis-Hector, La Cour de cassation. Notices sur le personnel (1791-1879), Paris, Imprimerie nationale, 1875-1963.
Duvaure, Notice biographique sur feu M. Bérenger, avocat, ancien député à l’Assemblée constituante, Valence, Imprimerie de Jacq. Montal, juin 1822.
Épailly Alexandre Gabriel, L’honneur de la famille, Paris, chez l’auteur, 1866.
Joly Henry, « René Bérenger », Revue des Deux Mondes, 6e période, t. 30, 1915, p. 42-74.
Lyon-Caen Charles, « Notice sur la vie et les travaux de M. René Bérenger (1830-1915) », in Séance et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, compte rendu, Paris, Félix Alcan, 1924, p. 25-54.
Perrossier Cyprien, Statistique biographique de la Drôme, d’après le dictionnaire biographique de ce département par M. J. Brun-Durand mis en regard de la biographie du Dauphiné de M. Rochas, Grenoble, Édouard Vallier et Cie, 1901.
Bibliographie
Articles
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Dictionnaires
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Chaix d’Est-Ange Gustave, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du xixe siècle, t. III : Bas-Ber, Évreux, Charles Hérissey, 1903.
Touzery Mireille, « Élus, Élection », in Lucien Bély (dir.), Dictionnaire de l’Ancien Régime. Royaume de France, xvie-xviiie siècles, 3e éd., Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », 2010, p. 478-479.
Ouvrages
Badinter Robert, La prison républicaine (1871-1914), Paris, Fayard, 1992.
Bonnin Bernard et Favier René (dir.), L’intendance de Dauphiné en 1698 : édition critique du mémoire rédigé par l’intendant Étienne-Jean Bouchu « pour l’instruction du duc de Bourgogne », Grenoble, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2005.
Petit Jacques-Guy, Ces peines obscures, histoire de la prison pénale (1789-1870), Paris, Fayard, 1990.
Stora-Lamarre Annie, L’enfer de la IIIe République. Censeurs et pornographes (1881-1914), Paris, Imago impressions, 1989.
Stora-Lamarre Annie, La république des faibles, les origines intellectuelles du droit républicain (1870-1914), Paris, Armand Colin, 2005.
Vielfaure Pascal, L’évolution du droit pénal sous la monarchie de Juillet. Entre exigences politiques et interrogations de société, Aix-en-Provence, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 2001.
Sitographie
Bouillat Jean-Louis, « Marcellin Bérenger », Arbre de Françoise Cerisier, Filae, [https://www.filae.com/v4/genealogie/mainlayout.mvc/mainlayoutresults?idPerson=616583591&addIntoMongo=True], consulté le 14 janvier 2020.
Tassin Christian, « Justine Lafont », Arbre généalogique des familles Tassin et Renaudin, Geneanet, [https://gw.geneanet.org/mogador?iz=523&n=lafont&oc=0&p=justine], consulté le 14 janvier 2020.
Tassin Christian, « Marcellin Bérenger (1678-1762) », Arbre généalogique des familles Tassin et Renaudin, Geneanet, [https://gw.geneanet.org/mogador?lang=fr&pz=christian+marie+charles+remi&nz=tassin&p=marcellin&n=berenger&oc=1], consulté le 14 janvier 2020.
Tassin Christian, « Marcellin Bérenger (1722-1774) », Arbre généalogique des familles Tassin et Renaudin, Geneanet, [https://gw.geneanet.org/mogador?lang=fr&pz=christian+marie+charles+remi&nz=tassin&p=marcellin&n=berenger], consulté le 14 janvier 2020.
Annexe
Arbre généalogique de la famille Bérenger de Valence, xviie-xxe siècle

Source : Guillaume Gonin.
Notes de bas de page
1Pour une meilleure compréhension de la généalogie, nous conseillons au lecteur de se référer au schéma donné en annexe à la fin du présent article.
2Les écrits d’Alexandre Épailly présentent le précieux avantage de joindre un témoignage personnel à ses études dans son ouvrage intitulé L’honneur de la famille. En effet, il y dévoile qu’il était l’un des proches de la dynastie Bérenger de Valence : Épailly Alexandre Gabriel, L’honneur de la famille, Paris, chez l’auteur, 1866, p. 157.
3À ne pas confondre avec la famille « de Bérenger » d’origine normande.
4Épailly Alexandre Gabriel, L’honneur de la famille, op. cit., p. 146.
5Ibid. ; Feller Laurent, « L’exercice du pouvoir par Bérenger Ier, roi d’Italie (888-915) et empereur (915-924) », Médiévales, no 58, 2010, [https://doi.org/10.4000/medievales.6009], consulté le 20 janvier 2020.
6Épailly Alexandre Gabriel, L’honneur de la famille, op. cit., p. 146.
7Fille de Raimond Bérenger V de Provence (1198-1254) et de Béatrice de Savoie (1198-1267), Béatrice Bérenger fut connue sous le nom de Béatrice de Provence (1229-1267).
8Épailly Alexandre Gabriel, L’honneur de la famille, op. cit., p. 148. Cette allégation est néanmoins douteuse. Aucune autre source nous étant parvenue ne fait mention d’une descendance masculine de Raimond Bérenger V ; peut-être s’agissait-il d’enfants illégitimes. En effet, il semble aujourd’hui admis que Raimond Bérenger V n’eût que quatre filles légitimes. Benoit François, Recueil des actes des comtes de Provence appartenant à la maison de Barcelone. Alphonse II et Raimond-Bérenger V (1196-1245), t. I., Paris, Auguste Picard, 1925, p. 35.
9Bonnin Bernard et Favier René (dir.), L’intendance de Dauphiné en 1698 : édition critique du mémoire rédigé par l’intendant Étienne-Jean Bouchu « pour l’instruction du duc de Bourgogne », Grenoble, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2005, p. 197.
10Ibid.
11Cette qualification n’est pas officielle. Le terme adéquat serait simplement « parlementaire » mais l’évolution sémantique de ce terme liée aux changements institutionnels de la Révolution lui confère une sémantique double (juge au sens de l’Ancien Régime, législateur au sens révolutionnaire) que nous avons préféré remplacer pour plus de clarté.
12Auteur anonyme, Les ancêtres de la famille Bérenger, Archive privée de la famille Giran, s. d.
13Ibid., p. 1.
14Ses nom et prénom ne sont pas précisés dans le document source. Il s’agit probablement de Justine Lafont, née le 23 juin 1646 à Valence et décédée le 10 janvier 1709 dans cette même ville. Tassin Christian, « Justine Lafont », Arbre généalogique des familles Tassin et Renaudin, Geneanet, [https://gw.geneanet.org/mogador?iz=523&n=lafont&oc=0&p=justine], consulté le 14 janvier 2020. L’auteur de l’arbre généalogique n’ayant pas cité ses sources, ces informations doivent être considérées avec prudence.
15Il serait né à Valence le 27 septembre 1678 et décédé le 13 décembre 1762, dans cette même ville. D’après Christian Tassin, il aurait été journalier puis marchand boulanger. Ce serait de sa troisième épouse, Madeleine Boudiou (1704-1774), qu’il aurait eu un enfant lui aussi prénommé Marcellin (1722-1774). Tassin Christian, « Marcellin Bérenger (1678-1762) », Arbre généalogique des familles Tassin et Renaudin, Geneanet, [https://gw.geneanet.org/mogador?lang=fr&pz=christian+marie+charles+remi&nz=tassin&p=marcellin&n=berenger&oc=1], consulté le 14 janvier 2020.
16Cela expliquerait l’adhésion des trois magistrats à la foi catholique, contrairement à leurs ancêtres.
17Situé à Bourg-lès-Valence dans la Drôme, il fut vendu par René Bérenger en 1910. Auteur anonyme, Les ancêtres de la famille Bérenger…, op. cit., p. 1.
18Cette magistrature équivaut à nos actuels substituts du procureur général. Mengès Christine, « Le statut des gens du roi à la fin de l’ancien régime (xvie-xviiie siècle) », in Jean-Marie Carbasse (dir.), Histoire du parquet, Paris, Presses universitaires de France, 2000, p 143.
19Chaix d’Est-Ange Gustave, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du xixe siècle, t. III : Bas-Ber, Évreux, Charles Hérissey, 1903-1929, p. 381-382 ; Villard Marius et Tavenas Jules, « Nouvelle étude critique sur Championnet », Bulletin de la Société d’archéologie et de statistique de la Drôme, t. XXXVI, 1902, p. 113 ; Perrossier Cyprien, Statistique biographique de la Drôme, d’après le dictionnaire biographique de ce département par M. J. Brun-Durand mis en regard de la biographie du Dauphiné de M. Rochas, Grenoble, Édouard Vallier et Cie, 1901, p. 22.
20Ce Marcellin Bérenger était le fils de Marcellin premier du nom (1678-1762), né le 27 janvier 1722 à Valence et mort le 28 décembre 1774, à Valence également. Son épouse aurait été Françoise Safferet (1721-1769). Tassin Christian, « Marcellin Bérenger (1722-1774) », Arbre généalogique des familles Tassin et Renaudin, Geneanet, [https://gw.geneanet.org/mogador?lang=fr&pz=christian+marie+charles+remi&nz=tassin&p=marcellin&n=berenger], consulté le 14 janvier 2020 ; Bouillat Jean-Louis, « Marcellin Bérenger », Arbre de Françoise Cerisier, Filae, [https://www.filae.com/v4/genealogie/mainlayout.mvc/mainlayoutresults?idPerson=616583591&addIntoMongo=True], consulté le 14 janvier 2020.
21Marcellin Bérenger (deuxième du nom) était donc le premier procureur du roi de sa famille ; le second était son fils, Marcellin-René. Son fils et son petit-fils, Alphonse et René Bérenger, ont eux aussi été procureurs au cours de leur vie mais sous des régimes politiques différents.
22Il s’agit de Marcellin Bérenger (premier du nom), celui-là même qui rentra en possession de son héritage et fut le premier Bérenger à s’installer à Valence.
23Duvaure, Notice biographique sur feu M. Bérenger, avocat, ancien député à l’Assemblée constituante, Valence, Imprimerie de Jacq. Montal, juin 1822 ; Épailly Alexandre Gabriel, L’honneur de la famille, op. cit., p. 149.
24Brun-Durand Justin, Dictionnaire biographique et biblio-iconographique de la Drôme. Contenant des Notices sur toutes les personnes de ce Département qui se sont fait remarquer par leurs actions ou leurs travaux avec l’indication de leurs ouvrages et de leurs portraits, t. I : A à G, Grenoble, Librairie dauphinoise, 1900, p. 92.
25Ce terme désigne le ressort d’une juridiction administrative de proximité (ou d’une administration fiscale) dont la compétence relève principalement du contentieux relatif à l’impôt. Les membres de cette juridiction sont exclusivement des officiers royaux mais la vénalité et l’inamovibilité des offices font que le recrutement de la justice fiscale échappe au Roi : Touzery Mireille, « Élus, Élection », in Lucien Bély (dir.), Dictionnaire de l’Ancien Régime. Royaume de France, xvie-xviiie siècles, 3e éd., Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », 2010, p. 478-479.
26Chaix d’Est-Ange Gustave, Dictionnaire des familles françaises…, t. III : Bas-Ber, op. cit., p. 381-382.
27Brun-Durand Justin, Dictionnaire biographique…, op. cit., p. 92.
28Il s’agit d’une fonction équivalente à « juge-apprenti ».
29Brun-Durand Justin, Dictionnaire biographique…, op. cit., p. 93.
30On relèvera notamment sa contribution au vote de la loi du 4 mars 1831 rendant les condamnations capitales plus difficiles. De même, il a fait partie de la commission chargée d’étudier le projet de ce qui sera la loi du 28 avril 1832, modifiant de nombreux articles des Codes pénal et d’instruction criminelle : Giraud Charles, Notice sur la vie et les travaux de M. Bérenger…, op. cit., p. 30. Cette dernière loi réforme pour la première fois les codes napoléoniens en adoucissant les peines et en prenant en compte la personnalité du délinquant : Vielfaure Pascal, L’évolution du droit pénal sous la monarchie de Juillet. Entre exigences politiques et interrogations de société, Aix-en-Provence, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 2001, p. 335-418.
31Bérenger Alphonse Marie Marcellin Thomas, Chambre des Pairs, Impression no 64, annexe à la séance du 24 avril 1847, « Rapport fait à la Chambre par M. Bérenger de la Drôme, au nom d’une commission spéciale chargée de l’examen du Projet de loi sur le régime des prisons », Rapports et Discours de M. Bérenger [archive privée de la famille Giran], s. d., p. 666-848.
32Petit Jacques-Guy, Ces peines obscures, histoire de la prison pénale (1789-1870), Paris, Fayard, 1990, p. 233.
33Bérenger Alphonse Marie Marcellin Thomas, Des moyens propres à généraliser en France le système pénitentiaire. À tous les lieux de répression du Royaume, à tous les individus qui, à quelque titre que ce soit, sont mis sous la main de la justice, et en plaçant les libérés sous la protection organisée de la bienfaisance publique, Paris, Imprimerie royale, 1836 ; Bérenger Alphonse Marie Marcellin Thomas, De la répression pénale, de ses formes et de ses effets. Rapports fait à l’Académie des sciences morales et politiques, Paris, Cosse, 1855, 2 t. Cette liste n’est pas exhaustive.
34Il est nommé conseiller le 14 mai 1831. Chaudru de Raynal Louis-Hector, La Cour de cassation. Notices sur le personnel (1791-1879), Paris, Imprimerie nationale, 1875-1963, p. 161.
35Les biographies les plus complètes sur René Bérenger sont celles de Charles Lyon-Caen et d’Henri Joly : Lyon-Caen Charles, « Notice sur la vie et les travaux de M. René Bérenger (1830-1915) », in Séance et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, compte rendu, Paris, Félix Alcan, 1924, p. 25-54 ; Joly Henry, « René Bérenger », Revue des Deux Mondes, 6e période, t. 30, 1915, p. 42-74.
36À l’instar d’Alphonse Bérenger, de Charles Lucas ou encore d’Alexis de Tocqueville.
37Chevallier Jacques, « Bonnes mœurs et morale républicaine », in Les bonnes mœurs, actes du colloque tenu à Amiens le 14 mai 1993, avec le concours du Centre universitaire de recherches administratives et politiques de Picardie (CURAPP), Paris, Presses universitaires de France, 1994, p. 185-186.
38Mengès Christine, « Le statut des gens du roi à la fin de l’ancien régime… », art. cité, p. 144.
39Il est ainsi fort probable que l’ancienneté et le caractère répandu de son patronyme dans le Dauphiné ait joué en sa faveur.
40Mengès Christine, « Le statut des gens du roi à la fin de l’Ancien régime… », art. cité, p. 144.
41Au sens de l’Ancien Régime ; ici, ce sont des procureurs de père en fils.
42Storez-Brancourt Isabelle, « Dans l’ombre de messieurs les gens du roi », in Jean-Marie Carbasse (dir.), Histoire du parquet…, op. cit., p. 195.
43Mengès Christine, « Le statut des gens du roi à la fin de l’Ancien régime… », art. cité, p. 145.
44Fils de Marcellin (deuxième du nom) et procureur du roi en l’élection de Valence.
45Les détenteurs d’office(s) se sont imposés aux suffrages populaires de la Révolution, notamment grâce à leurs activités au service des intérêts populaires. Wolikow Claudine, « Sur les origines et la formation du personnel politique révolutionnaire. L’exemple du comté, puis district de Bar-sur-Seine », in Voies nouvelles pour l’histoire de la Révolution française, actes du colloque Mathiez-Lefebvre, 30 novembre-1er décembre 1974, Commission d’histoire économique et sociale de la Révolution française, Paris, Bibliothèque nationale, 1978, p. 357.
46« Décret du 30 avril 1815 ordonnant la réunion des collèges électoraux afin de procéder aux élections des députés à la Chambre des représentans », Duvergier Jean-Baptiste, Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlemens et avis du Conseil d’État, 2e éd., t. 19, Paris, A. Guyot et Scribe, 1836, p. 416.
47On suppose que les courts délais de réflexion ont encouragé les électeurs à choisir ce patronyme familier.
48Joly Henry, « René Bérenger », art. cité, p. 46.
49Brun-Durand Justin, Dictionnaire biographique…, op. cit., p. 95.
50Stora-Lamarre Annie, L’enfer de la IIIe République. Censeurs et pornographes (1881-1914), Paris, Imago impressions, 1989, p. 57.
51Voir Stora-Lamarre Annie, La république des faibles, les origines intellectuelles du droit républicain (1870-1914), Paris, Armand Colin, 2005.
52Notamment Bérenger Alphonse, Des moyens propres à généraliser en France le système pénitentiaire…, op. cit. ; De la répression pénale…, op. cit.
53Auquel il doit en bonne partie son élection à la députation de la Drôme à l’Assemblée nationale de 1871.
54Badinter Robert, La prison républicaine (1871-1914), Paris, Fayard, 1992, p. 23-24.
55Ibid., p. 41.
56Voir Chauvin Pierre-Marie, « La sociologie des réputations. Une définition et cinq questions », Communications, vol. 93, no 2, 2013, p. 131-145.
57Il est par ailleurs intéressant de faire le parallèle avec les Lois fondamentales du Royaume de France. En effet, la transmission de la couronne était encadrée par ces mêmes règles de primogéniture et de masculinité.
58Le prénom faisant expressément écho à la mémoire des origines ancestrales, il apparaît comme un « vœu » de bonne fortune adressé à son nouveau porteur, comme le souhait de connaître la même carrière prestigieuse que son précédent porteur.
Auteur
-
Guillaume Gonin
ERMES.
Guillaume Gonin est doctorant en histoire du droit et des institutions au sein du laboratoire de recherche ERMES (UPR 1198). Il prépare une thèse portant sur l’œuvre législative et réformatrice du sénateur René Bérenger dans les domaines pénal et pénitentiaire (1875-1915). En parallèle, il a délivré des enseignements portant sur différentes disciplines du droit, à l’université ainsi qu’en entreprise. Il est également l’auteur de deux articles publiés dont le premier porte sur l’adéquation entre le droit pénal et les principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen à la « Belle Époque », et le deuxième sur les sénateurs inamovibles de la IIIe République.
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