Retour sur l’invention de la « tradition pionnière » chez les pieds-noirs
p. 363-382
Texte intégral
1Publié pour la première fois il y a près de trente ans, L’invention de la tradition1 a connu un incontestable succès en sciences sociales. À rebours des récits historiques qui ancrent des pratiques, des groupes d’individus ou des institutions dans un temps immémorial, et faisant écho à ce que Max Weber appelle joliment « l’autorité de l’éternel hier » – « celle des coutumes sanctifiées par leur validité immémoriale et par l’habitude enracinée en l’homme de les respecter2 », Hobsbawm et Ranger inscrivent l’analyse des traditions au présent : ils montrent que bon nombre de ces récits ont été inventés récemment, dans des situations historiques spécifiques et par des acteurs identifiables. Dès lors, il s’agit de comprendre comment « l’invention d’une tradition » est susceptible de faire sens pour comprendre des processus sociaux, plutôt que d’interroger le statut de la tradition, par définition non comparable à ce que Paul Veyne appelle un « récit véridique3 » – c’est-à-dire un récit soumis à un régime de probation qui relève des règles propres au métier d’historien4. En effet, Hobsbawm et Ranger soulignent que ces traditions peuvent primo contribuer à la légitimation de l’autorité en contribuant à son institutionnalisation et/ou à sa naturalisation ; secundo renforcer la socialisation de croyances collectives au sein d’une société ; et tertio participer à construire l’identité d’un groupe d’individus – et cela particulièrement quand il s’agit de groupes ayant récemment émergé au sein de l’espace social.
2On voudrait s’appuyer sur cette troisième acception de l’invention de la tradition pour aborder dans quelle mesure elle contribue à l’inscription des pieds-noirs dans la vie politique française, à partir de la vague des « rapatriements » engendrés par l’accession de l’Algérie à l’indépendance (1962). La notion même de « pieds-noirs », utilisée à partir de la fin de la guerre d’Algérie pour désigner ceux qui étaient appelés les Français d’Algérie, doit être précisée pour comprendre pourquoi il s’agit d’un groupe d’individu récent, dont l’existence est directement liée à l’indépendance algérienne. Quelques balises historiques permettent de le faire. Dès la conquête de l’Algérie (1830), sont distingués par décret les « Européens », français de nationalité via le droit du sang introduit par Napoléon, ou étrangers, et les « indigènes », juifs ou musulmans, dont le lien à l’État français est faible puisqu’ils dépendent de leur statut personnel (selon une organisation héritée de l’Empire ottoman, le système du Millet5). Le nécessaire contrôle des populations par un État colonial qui s’implante progressivement, et dont le pouvoir est structurellement faible6, suppose une certaine harmonisation des statuts des résidants. Conseillé notamment par les saint-simoniens, et informé à la suite de plusieurs voyages en Algérie, Napoléon III entreprend une réorganisation via le sénatus-consulte de 1865, en faisant des indigènes (juifs et musulmans) des Français de nationalité, mais des Français qui continuent d’être régis par leur statut personnel. Or, dès 1870 et le décret Crémieux, les juifs sont collectivement naturalisés et deviennent des Français citoyens. Par la suite, la loi de 1889 sur le double droit du sol favorise l’accession à la citoyenneté des Européens, si bien que, fin xixe-début xxe siècle, coexistent sur la terre coloniale deux catégories de populations : les Français citoyens, soit les anciens Français de nationalités, plus les juifs et les Européens qui ont accédé à la pleine citoyenneté, et les Français non citoyens, c’est-à-dire les Français de confession musulmane. Ainsi, les Français d’Algérie constituent une population bigarrée dont l’existence repose en premier lieu sur les ajustements du droit colonial7 et sur l’impossible – et pourtant indispensable – dissolution de la question indigène8 dans la colonie de peuplement.
3Or, lorsque l’Algérie accède à l’indépendance, les Français d’Algérie vont massivement quitter l’ancienne colonie au terme de huit années de guerre tragique : la violence aveugle des derniers mois de l’Algérie française rend incertaine la possibilité que ces derniers puissent rester au sein du nouvel État algérien. Dès lors, l’arrivée de ceux que l’on nomme alors les pieds-noirs dans l’ancienne métropole atteste d’une véritable rupture biographique : sont, en effet, désignés comme des pieds-noirs les anciens Français citoyens de l’Algérie coloniale, rapatriés en 1961 et 1962. Le statut dans l’ancienne colonie est un critère indispensable, puisque certains harkis ont bien été rapatriés, mais sans figurer parmi les anciens Français citoyens ; de même, le rapatriement fait sens pour distinguer les pieds-noirs des Français d’Algérie, très minoritaires, qui ont choisi de rester : les pieds-verts9. Ainsi le rapatriement permet de distinguer les pieds-noirs des Français d’Algérie ; et au-delà d’une certaine continuité d’une population au sens démographique, l’acte de naissance des pieds-noirs est bien politique puisque la loi de décembre 1961 modifie le sens du rapatriement, à des fins de gestion des séquelles de la guerre d’Algérie10 : tandis que le rapatriement signifiait le retour dans son pays d’origine, il devient, par le truchement de ladite loi, l’occasion de préparer l’arrivée de populations en provenance de territoires où la France a exercé des fonctions de souveraineté11. Les pieds-noirs ont donc aujourd’hui soixante ans d’existence, et leur nécessaire implantation dans l’ancienne métropole fait suite à l’une des plus graves crises du modèle républicain de citoyenneté.
4De la sorte, il s’agit d’aborder comment l’installation, en 1961 et 1962, de ce groupe d’individus récent en métropole, suscite progressivement un processus de mobilisation dont l’un des ressorts est l’invention de la tradition pionnière. Une tradition dont il convient, d’une part, de préciser les conditions d’élaboration, et d’autre part de définir comment elle s’inscrit dans un espace de mobilisation politique autour d’enjeux mémoriels.
Les conditions d’invention d’une « tradition pionnière »
5L’installation des pieds-noirs constitue indiscutablement un moment difficile pour une population qui a vécu les dernières années de guerre de manière anxiogène12, qui a quitté à la hâte la terre algérienne pour rejoindre une métropole que la plupart ne connaissent pas13. L’inévitable sentiment de déracinement est renforcé au sein des pieds-noirs par l’accueil mitigé reçu à leur arrivée. De nombreux Français de métropole sont lassés de huit années de guerre d’Algérie auxquelles, compte tenu de l’accès à l’indépendance, il est difficile de donner un sens ; une partie de la classe politique s’est constituée dans l’opposition à ce conflit, et les militants communistes, hostiles à ce qu’ils dénoncent comme une guerre coloniale, vont construire une mémoire collective du Jeudi de Charonne14 ; enfin des stéréotypes selon lesquels les Français d’Algérie, dont l’immense majorité était loin d’être aisée15, auraient prospéré en faisant « suer le burnous », circulent alors en France. Il s’agit donc, dans des conditions politiquement difficiles, mais heureusement économiquement favorables, de permettre l’installation des pieds-noirs : tandis que l’économie des Trente Glorieuses est en capacité d’absorber la main-d’œuvre, ce très important mouvement migratoire ne se traduit pas par du chômage de masse, mais par une crise temporaire du logement, progressivement résorbée à la suite de plusieurs programmes de construction immobilière. Ainsi, les Français d’Algérie qui étaient fonctionnaires ont été reclassés dans la fonction publique, certains agriculteurs ont pu bénéficier de prêts à taux zéro, et les dossiers de demande d’indemnisation, destinés à compenser les biens abandonnés en Algérie, sont déposés et traités à l’échelle des départements. Plusieurs lois d’indemnisation seront adoptées (1970, 1978, 1982 et 1987), même si les mesures prises, qui visent au « recouvrement des situations individuelles », n’ont jamais été considérées comme complètement satisfaisantes16.
6Le relatif succès de la réinsertion économique des rapatriés17 s’accompagne du fait qu’au côté des revendications matérielles, qui ne disparaissent pas et coexistent avec des demandes d’amnistie d’anciens « activistes » et de militaires refusant l’indépendance algérienne18, émergent progressivement des revendications mémorielles. En atteste la création, en 1973, du Cercle algérianiste, l’une des plus importantes associations nationales, dont le projet est de « sauver de l’oubli une culture en péril »… Un tel projet change la nature du problème, puisqu’il s’agit, dès lors, de définir une culture pied-noir, voire une mémoire ou une identité pied-noir ; une « identité » qui constitue une ressource en termes de mobilisation politique19, parce qu’elle renforce l’existence d’un groupe collectif susceptible d’agir en tant que tel, et ainsi d’influencer le déroulement de la vie politique française : en 1978, le président du Recours, Jacques Roseau20, a appelé les pieds-noirs à faire tomber dans les urnes les candidats de la majorité parlementaire soutenant le gouvernement de Raymond Barre. Or, la défaite de cette majorité parlementaire sera interprétée par Jacques Roseau lui-même comme un effet du respect, par les pieds-noirs, de la consigne de vote du Recours. Que le résultat de ces élections municipales corresponde plus à un « raz-de-marée » historique de la gauche qu’à l’effet d’un improbable « vote pied-noir » ne fait aucun doute : bon nombre de candidats de la majorité parlementaire ont été battus dans des villes où les rapatriés ne sont pas implantés. Mais l’effet de réel existe, et la croyance dans l’existence d’un comportement électoral spécifique aux rapatriés fait l’objet, depuis, de multiples opérations de courtage des voix, notamment dans certaines communes du sud de la France où leur implantation démographique est forte, et leur représentation militante bien organisée et active21.
7Surtout, c’est au sein d’un certain nombre d’associations mémorielles, comme le Cercle algérianiste, et à partir de l’action de militants associatifs pieds-noirs que, progressivement, sera produit un récit historique qu’il est possible d’appeler la tradition pionnière22. Un récit qui possède deux principales caractéristiques. La première est de circuler sur différents supports physiques (brochures, bandes dessinées à vocation pédagogique, ouvrages qui s’inscrivent dans les écritures de l’exil ou de la « nostalgérie », mais également sur la « toile » puisque les associations mémorielles disposent logiquement de sites Internet destinés à rallier les pieds-noirs et au-delà les « rapatriés » – en incluant les harkis). Certains moments de convivialité et de rencontre comme les congrès nationaux du Cercle algérianiste, ou encore la fameuse manifestation annuelle dite Oranîmes, bien analysée par Michelle Baussant23, constituent également des moments privilégiés de circulation de ce récit. L’observation d’un rassemblement collectif organisé à Cagnes-sur-Mer en juin 2000, avec la dénomination de « pieds-noirs 2000 », en atteste. Regroupement d’associations, d’écrivains, de libraires, de chanteurs, de commerçants, et in fine de militants, il est possible d’y trouver tous ces objets qui évoquent le pays perdu : livres, disques, drapeaux, photographies, recettes de cuisine, bouteilles d’anisette… Ici la sociabilité, vécue dans le registre de l’autochtonie, rejoint le politique via le rapport à la mémoire des origines et aux histoires familiales : regarder de vieilles photographies ou partager d’anciennes cartes postales, c’est aussi parfois l’occasion d’évoquer la rupture vécue par des « provinciaux sans province24 » ; retrouver des drapeaux ou des objets qui évoquent la guerre, c’est aussi revenir sur une histoire tragique dans le registre victimaire, en identifiant le choc biographique des rapatriements à une trahison (gaullisme, porteurs de valises) ; entourer d’applaudissements, autour d’un verre, un chanteur qui entonne plusieurs fois le refrain « je suis pas raciste, je suis pas fasciste », c’est aussi l’occasion de réaffirmer un attachement à une Algérie heureuse, où les chrétiens auraient vécu en parfaite harmonie avec les juifs et les musulmans – une « Algérie de Papa » qui s’épanouit dans les multiples facettes de la « nostalgérie » ; consommer des produits du terroir qui rendent compte d’une histoire enfouie, c’est aussi un moment où il est possible de mentionner qu’il s’agit d’un pays que les Français d’Algérie se sont efforcés de construire.
8En effet – et c’est la seconde caractéristique de la tradition pionnière, il s’agit principalement d’un récit à travers lequel les pieds-noirs constitueraient une population ancienne, ayant l’âge de la conquête de l’Algérie. De ce point de vue, l’invention de la tradition pionnière permet bien d’inscrire le groupe dans une histoire longue, au cours de laquelle la transmission de la culture – au sens anthropologique de la tradition25, se réalise au sein du groupe. Comme l’ont très pertinemment souligné Hobsbawm et Ranger26, la tradition certifie l’existence d’un groupe ou d’une « communauté » par son inscription dans la durée, ce qui explique que ce soit bien souvent les groupes d’individus récents qui inventent des traditions, à l’image des communautés imaginées bien analysées par Benedict Anderson27 : sitôt créées, soulignait-il, les nations ont besoin, comme la plupart des autres collectivités d’individus récentes, d’une longue histoire qui contribue à naturaliser leur existence au présent. Dans ces conditions, la tradition inventée consiste à inscrire les pieds-noirs dans une histoire héroïque de pionniers bâtisseurs investissant une terre décrite, en 1830, comme un désert. La tradition pionnière s’articule en effet autour de deux éléments centraux : le désert et le colon. Les actuels militants associatifs pieds-noirs ont bien construit a posteriori, c’est-à-dire au cours du temps vécu après l’indépendance algérienne, un récit héroïque selon lequel les Français d’Algérie découvrent un désert, c’est-à-dire une terre vierge et des marécages ; puis, en dépit de la dureté des conditions de vie et des invasions de sauterelles, cette population de « pionniers » fertilise la terre militairement conquise pour en faire un pays prospère – selon l’expression par l’épée puis par la charrue. Au regard de ce récit héroïque, l’Algérie est donc un nouveau pays construit de toutes pièces sur un ancien désert, par une population de pionniers bâtisseurs issue d’un véritable melting-pot européen, et identifiée à l’œuvre des colons.
9On ne saurait mieux rendre compte de cette tradition inventée qu’en proposant une formulation très explicite de ce récit héroïque à travers lequel l’Algérie constitue une invention française, associée à un « nous » saisi comme sujet collectif, et inscrit dans une histoire longue :
« On m’a dit que je suis né dans une colonie. C’est pas vrai. Moi je suis né dans un département français. L’Algérie n’a jamais été une colonie. Au départ, c’est un territoire militaire, sur lequel sont venus des colons – c’est un titre de gloire chez nous –, pas une colonie. Qu’est-ce que c’est qu’une colonie ? C’est quand on remplace le gouvernement légal d’un pays par un autre, tenu par un étranger. Là, c’est différent, il n’y avait rien : un Dey, des villes, un comptoir espagnol. L’Algérie, ça n’existait pas. L’Algérie – et le mot est créé par la France –, c’est une pure création, de toutes pièces, par la France, avec la pacification et la création d’un nouveau pays. Les seuls qui pourraient nous en vouloir, ce sont les Turcs, et eux ils ne disent rien, alors… Dans la constitution de 58, que je sache, il est bien écrit qu’il faut garantir l’intégrité du territoire. Être légaliste, c’est-à-dire obéir à la constitution, c’était garder l’Algérie française, pas l’abandonner. Et c’est ce qu’on demande aujourd’hui pour tous les territoires – sauf pour l’Algérie28. »
10On le voit : la tradition pionnière va jusqu’à faire disparaître la notion de colonie dès lors que la terre appartient à ceux qui la cultivent, et qu’avant la présence française l’Algérie se résume – selon cette tradition inventée – à une terre composée de marécages. Or, faire disparaître la notion de colonie, c’est du même coup écarter du récit tout ce qui, de près ou de loin, se rapporte à la domination coloniale (déni de citoyenneté, spoliation foncière, Code de l’indigénat…) ; et ne pouvoir concevoir l’indépendance algérienne que dans le registre de l’événement par lequel les pieds-noirs sont « chassés » de leur terre, et, par-là, dépossédés de leur invention. Reste à comprendre comment la tradition pionnière peut être associée à une mémoire collective et s’inscrire dans un espace de mobilisations politiques.
Tradition pionnière, mémoire collective et mobilisations politiques
11Le repérage de l’invention d’une tradition peut faire l’objet d’analyses diverses. En premier lieu, il est possible de soumettre la tradition pionnière à la réalité des « faits » historiques et de l’histoire coloniale, en remarquant que les Français d’Algérie sont tout sauf une population de « colons » (au sens de propriétaires terriens qui cultivent la terre et la mettent « en valeur »), puisque 80 % d’entre eux, on l’a dit, sont concentrés dans les grandes villes côtières comme Alger, Oran, Constantine et Mostaganem. Mais, d’une part, une telle démarche consiste à accentuer la coupure entre l’histoire, au sens de discipline académique, et la mémoire, au sens de production mentale individuelle et collective, alors que les passerelles existent entre l’une et l’autre29 ; et, d’autre part, cela consiste à transposer les règles de probation en vigueur en histoire sur des productions collectives dont les logiques d’élaboration ne relèvent pas de la démarche scientifique. Pour le dire autrement, un récit mémoriel ne saurait être abordé comme une thèse de science sociale ! En deuxième lieu, il est également possible de pointer, en scrutant les traditions inventées, des processus de tris et d’oublis. Comme l’a montré Christophe Jaffrelot30, les traditions inventées rendent toujours compte d’un processus d’amnésie libératrice : est éliminé du récit tout ce qui ne correspond pas à l’économie pulsionnelle du groupe. La tradition pionnière n’échappe pas à ce processus, puisqu’à l’image d’autres récits sur l’Algérie coloniale, tels que la « thèse des deux temps de la colonisation31 » et l’histoire coloniale de la IIIe République32, les notions de colonie, d’indigénat et de domination coloniale sont largement écartées.
12En troisième lieu – et c’est ce qu’il convient de préciser ici –, la tradition inventée rend compte d’un processus mémoriel. Or, Maurice Halbwachs33 a bien montré que le processus mémoriel est un processus rationnel de localisation des souvenirs ; rationnel en ce sens qu’il se distingue clairement des formes d’élaboration mentale telles que le rêve (qui utilise le langage symbolique) ou l’imagination (forme de connaissance indirecte par laquelle un objet absent peut être représenté) ; rationnel, également, parce qu’il se construit en faisant appel à la réalité. En effet, le processus mémoriel consiste à localiser des souvenirs en s’appuyant sur d’autres souvenirs connus. Or, ces derniers dépendent de ce que Halbwachs nomme les cadres sociaux de la mémoire, lesquels sont notamment fonction des espaces de socialisation (famille, école, église…). Dans ces conditions, au-delà du mensonge officiel et d’une véritable entreprise de négation au sommet de l’État, la répression sanglante de la manifestation du 17 octobre 1961 a pu être largement occultée de plusieurs mémoires pourtant éloignées34, telles que la mémoire communiste (en raison d’une socialisation militante qui valorise la mémoire de Charonne), mais également celle des autorités algériennes (écartant un appel à la mobilisation d’anciens responsables du FLN qui étaient entre-temps devenus des opposants aux dirigeants du nouvel État). De même, des individus dont les espaces de socialisation varient peuvent avoir vécu les mêmes événements, mais construire une mémoire en fonction de souvenirs différents. Ce qui explique qu’au sein de certaines associations mémorielles pieds-noirs, la fusillade de la rue d’Isly à Alger (26 mars 1962), déclenchée quelques jours après le cessez-le-feu des accords d’Évian (19 mars) puisse appartenir aux souvenirs à partir desquels est construite la mémoire du conflit, tandis qu’au sein de la récente Association nationale des pieds-noirs progressistes et de leurs amis (ANPNPA, créée en 2008), les événements associés au registre « victimaire » ne font pas partie des souvenirs valorisés, alors que les relations entre les anciens Français d’Algérie et Français musulmans sont constitués en souvenirs centraux et plus largement investis dans le processus mémoriel.
13Ainsi, la tradition pionnière inventée ne fait pas obstacle à l’éclosion de multiples positions dans l’espace des réceptions de l’histoire coloniale et de la guerre d’Algérie. Au regard de cette diversité des processus mémoriels, il faut rappeler que Clarisse Buono35 a pu distinguer six catégories de pieds-noirs :
le nostalgique politique faisant de l’OAS une organisation de libération nationale et qui aurait souhaité laisser l’Algérie dans l’état où les premiers occupants français l’avaient trouvée ;
le nostalgique historien, qui conteste l’histoire officielle et « s’alimente » de textes sur l’histoire algérienne écrits par des pieds-noirs ;
le nostalgique exotisant, qui recherche prioritairement des lieux de sociabilité du pays perdu ;
le non-nostalgique politisé, identifié aux pieds-noirs, qui soutient les valeurs républicaines et conteste le décalage entre l’universalisme proclamé en métropole et le modèle colonial fondé sur le déni de citoyenneté aux musulmans ;
l’indifférent au phénomène communautaire, qui refuse de se considérer comme pied-noir ;
enfin le passeur, qui entend favoriser le rapprochement entre les deux rives, notamment à partir de voyages ou de manifestations culturelles.
14L’inventaire de ces différences permet de souligner que les actuels pieds-noirs constituent, comme du reste les anciens Français d’Algérie, un groupe composite. Dans ces conditions il n’existe pas de mémoire pied-noir, mais des processus mémoriels multiples ; pas plus qu’il n’existe un vote pied-noir, mais des comportements électoraux qui s’expliquent, ici comme ailleurs, par divers clivages sociaux et autres variables sociodémographiques36 ; de même qu’il n’existe pas d’identité pied-noir, mais des choix identitaires réalisés, dans des contextes variables, par des acteurs identifiables, et dont les positions dans l’espace des mémoires algériennes sont parfois très dispersées.
15En revanche, l’invention et la promotion, au sein de différentes structures militantes, de la tradition pionnière, s’inscrivent dans un travail d’homogénéisation d’un groupe hétéroclite à partir d’une mémoire collective. Un travail qui vise à présenter un million d’individus non homogènes (en considérant le chiffre des rapatriés qui ne correspond plus aujourd’hui au « poids démographique » des pieds-noirs) en collectif organisé et réuni par une identité articulée autour d’une mémoire collective associée à la tradition pionnière. Ce travail d’homogénéisation du groupe est bien le produit d’un travail militant ; d’une mobilisation politique autour des enjeux mémoriels « algériens », qui fait de la tradition pionnière une ressource susceptible de valider, chez certains élus, l’idée de travailler au courtage des voies des pieds-noirs. En témoigne, parmi bien d’autres exemples, la réponse que Georges Frêche, ancien maire de Montpellier, adresse à Jean-Marc Ayraud, ancien Premier ministre surpris que ce dernier ait pu entonner, au cours d’une séance du conseil régional Languedoc-Roussillon, le Chant des Africains :
« Tu as raison de réagir comme cela. À ta place, j’aurais fait pareil. Mais moi, tu comprends, je ne suis pas à Nantes, où il n’y a pas l’ombre d’un rapatrié. Ici, à Montpellier, ce sont eux qui font les élections37. »
16Dans un autre contexte, mais également au sein d’une municipalité qui compte une forte implantation des pieds-noirs et une forte mobilisation des associations, le conseil municipal de Perpignan a décidé le 23 mai 2006 de fonder un Centre de documentation sur la présence française en Algérie, avec, comme partenaire, le Cercle algérianiste38. À l’échelle nationale, l’adoption, le 23 février 2005, d’une loi qui dispose que « les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de l’œuvre française outre-mer » (article 4, délégalisé à la suite d’une forte contestation) a également interrogé. Si la mobilisation des collectifs de pieds-noirs et rapatriés ne suffit pas à expliquer le vote de ce texte polémique, qui s’explique aussi par certaines mutations au sein de la majorité parlementaire39, nul doute que sans cet investissement dans les enjeux mémoriels les pieds-noirs ne seraient pas susceptibles d’influencer, dans les mêmes proportions, la vie politique française.
Conclusion
17L’invention de la tradition pionnière s’inscrit donc dans le cadre de mobilisations politiques qui ont contribué à l’invention des pieds-noirs et à l’inscription de ce groupe d’individus dans l’espace des luttes politiques. Une invention des pieds-noirs via la production d’une mémoire collective qui est loin d’être partagée par l’ensemble des pieds-noirs, mais qui contribue à générer une nouvelle « configuration » au sens de Norbert Elias40 ; laquelle peut être saisie en termes de rencontre postcoloniale41, c’est-à-dire de rencontre entre des militants qui travaillent à homogénéiser des groupes hétéroclites, et des élus qui, dans leur travail de courtage des voix, s’appliquent à capter leurs suffrages. Autrement dit, la mobilisation politique qui contribue à l’invention des pieds-noirs génère de nouvelles interdépendances entre élus et électeurs : ainsi, à la suite des consignes de votes données aux pieds-noirs par Jacques Roseau lors des élections municipales de 1977, le président Giscard d’Estaing s’est bien rendu à Carpentras pour rencontrer les représentants d’associations de pieds-noirs et évoquer la mise en chantier d’une loi d’indemnisation qui sera adoptée en 1978. La tradition pionnière ne vaut donc que par les usages qui en sont faits, à la fois par les militants qui l’inventent et par les élus qui contribuent à en faire une réalité. Reste que de la poursuite de la mobilisation et de la promotion de la tradition pionnière dépend la survie des pieds-noirs, dont l’existence dans la société française repose sur ce travail de production d’une mémoire collective ; ce qui explique que l’adoption de plusieurs lois d’indemnisation, de lois d’amnistie, et de lois mémorielles ne mette pas fin à mobilisation politique.
Bibliographie
Anderson Benedict, L’imaginaire national. Réflexions sur les origines et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996.
Baussant Michelle, Pieds-noirs. Mémoires d’exil, Paris, Stock, 2002.
Buono Clarisse, Pieds-noirs de père en fils, Paris, Balland, 2004.
Bertand Romain, Mémoires d’empire. La controverse autour du fait colonial, Bellecombes-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2006.
Blanchard Emmanuel, La police parisienne et les Algériens (1944-1962), Paris, Nouveau Monde, 2011.
Bloch Marc, Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, Paris, Armand Colin, 2004.
Cooper Frederick, Le colonialisme en question. Théorie, connaissance, histoire, Paris, Payot, 1990.
Cuche Denys, La notion de culture dans les sciences sociales, Paris, La Découverte, 2010.
Comtat Emmanuelle, Les pieds-noirs et la politique 40 ans après le retour, Paris, Presses de Sciences Po, 2009.
Mari Éric de et Savarese Éric (dir.), La fabrique coloniale du citoyen, Paris, Karthala, 2019.
Dewerpe Alain, Charonne, 8 février 1962. Anthropologie historique d’un massacre d’État, Paris, Gallimard, 2006.
Einaudi Jean-Luc, Octobre 1961. Un massacre à Paris, Paris, Fayard/Pluriel, 2011.
Elias Norbert, Qu’est-ce que la sociologie, La Tour-d’Aigues, Éditions de l’Aube, 1991.
Étienne Bruno, Les problèmes juridiques des minorités au Maghreb, Paris, CNRS, 1968.
Ferro Marc, Comment on raconte l’histoire aux enfants, Paris, Payot, 1986.
Halbwachs Marc, Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, Albin Michel, 1994.
Hobsbawm Eric et Ranger Terrence O. (dir), The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983.
House Jim et Mac Master Neil, Paris 1961. Algerians, State Terror and Memory, Oxford, Oxford University Press, 2006.
Hunt Jennifer, « The Impact of the 1962 Repatriates from Algeria and the French Labour Market », Industrial & Labor Relations Review, vol. 45, no 3, 1992, p. 556-572.
Jaffrelot Christophe, « Le syncrétisme stratégique et la construction de l’identité nationale indoue », Revue française de science politique, no 4, 1992, p. 594-617.
Jordi Jean-Jacques, De l’exode à l’exil. Rapatriés et pieds-noirs en France, Paris, L’Harmattan, 1993.
Péju Marcel et Péju Paulette, Le 17 octobre des Algériens, suivi de Manceron Gilles, La triple occultation d’un massacre, Paris, La Découverte, 2011.
Savarese Éric, « L’histoire officielle comme discours de légitimation. Le cas de l’histoire coloniale », Politix, no 43, 1998, p. 93-112.
Savarese Éric, L’invention des pieds-noirs, Paris, Séguier, 2002.
Savarese Éric, « Des récits à l’histoire. Penser la relation coloniale », in Éric Savarese (dir.), L’Algérie dépassionnée. Au-delà du tumulte des mémoires, Paris, Syllepses, 2008, p. 55-66.
Savarese Éric, La rencontre postcoloniale, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2014.
Scioldo-Zürcher Yann, Devenir métropolitains. Politique d’intégration et parcours de rapatriés d’Algérie en métropole (1954-2005), Paris, Éditions de l’EHESS, 2010.
Tilly Charles, La France conteste de 1600 à nos jours, Paris, Fayard, 1986.
Tilly Charles et Tarrow Sydney, Politique(s) du conflit. De la grève à la révolution, Paris, Presses de Sciences Po, 2008.
Veraccini Lorenzo, Settler Colonialism. A Theoretical Overview, New York, Palgrave MacMillan, 2010.
Veyne Paul, Comment on écrit l’histoire, Paris, Éditions du Seuil, 1978.
Walzer Mickael, Traité sur la tolérance, Paris, Gallimard, 1997.
Weber Max, Le savant et le politique, Paris, Plon, 1959.
Notes de bas de page
1Hobsbawm Eric et Ranger Terrence O. (dir), The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983.
2Weber Max, Le savant et le politique, Paris, Plon, 1959, p. 102.
3Veyne Paul, Comment on écrit l’histoire, Paris, Éditions du Seuil, 1978 (voir chapitre i : « Rien qu’un récit véridique », p. 13-27).
4Bloch Marc, Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, Paris, Armand Colin, 2004. Ce livre a été publié pour la première fois, à titre posthume, en 1949.
5Organisation ottomane au sein de laquelle, à l’exception de cas très isolés qui ne sont tolérés que dans la capitale, tout individu doit appartenir à l’une des communautés confessionnelles reconnues au centre (principalement les juifs, musulmans et chrétiens orthodoxes), et les comportements des individus sont régulés par les autorités communautaires. Les bureaucraties impériales n’interviennent qu’en cas de conflit entre deux communautés, auxquelles il est imposé de tolérer l’existence des autres. Sur ce point, voir Walzer Mickael, Traité sur la tolérance, Paris, Gallimard, 1998.
6Cooper Frederick, Le colonialisme en question. Théorie, connaissance, histoire, Paris, Payot, 2010.
7Mari Éric de et Savarese Éric (dir.), La fabrique coloniale du citoyen. Algérie, Nouvelle-Calédonie, Paris, Karthala, 2019.
8Verracini Lorenzo, Settler Colonialism. A Theoretical Overview, New York, Palgrave Macmillan, 2010.
9Savarese Éric, L’invention des pieds-noirs, Paris, Séguier, 2002.
10Scioldo-Zürcher Yann, Devenir métropolitain. Politique d’intégration et parcours de rapatriés d’Algérie en métropole (1954-2005), Paris, Éditions de l’EHESS, 2010.
11Le terme de « rapatrié » doit donc être considéré en fonction de ses adaptations à des contextes. D’abord en ce sens qu’ici ce sont ses usages, plutôt que sa définition juridique, qui font sens. Ensuite parce qu’il a pu être à la fois réfuté et repris au sein d’associations de pieds-noirs, susceptibles à la fois de contester l’ambiguïté du terme et d’en faire un emblème de ralliement.
12Voir Scioldo-Zürcher Yann, Devenir métropolitain, op. cit. Voir également le remarquable témoignage de Nicolas Mireille, De ma terrasse d’Ibn Khaldoun. Lettres d’Algérie, 1961-1964, Paris, L’Harmattan, 2018, que nous avons eu le plaisir de préfacer à sa demande.
13Jordi Jean-Jacques, De l’exode à l’exil. Rapatriés et pieds-noirs en France, Paris, L’Harmattan, 1993.
14Dewerpe Alain, Charonne, 8 février 1962. Anthropologie historique d’un massacre d’État, Paris, Gallimard, 2006.
15Le niveau de vie moyen de cette population est très supérieur à celui des Français musulmans, mais sensiblement inférieur à celui des Français de métropole (d’environ 20 %). Il s’agit essentiellement d’une population urbaine, regroupée à 80 % dans les principales villes côtières, et principalement composée d’employés ayant le statut de fonctionnaires, d’ouvriers du bâtiment, de journaliers, de commerçants. Les colons très riches représentent moins de 5 % des Français d’Algérie. Sur ce point, voir Étienne Bruno, Les problèmes juridiques des minorités au Maghreb, Paris, CNRS, 1968 ; et Savarese Éric, L’invention des pieds-noirs, op. cit.
16Voir Scioldo-Zürcher Yann, Devenir métropolitain, op. cit.
17Hunt Jennifer, « The Impact of the 1962 Repatriates from Algeria and the French Labour Market », Industrial & Labor Relations Review, vol. 45, no 3, 1992, p. 556-572.
18Deux lois d’amnistie (1968 et 1981) ont ainsi été adoptées, en plus des lois d’indemnisation et de différentes lois mémorielles, dont la plus polémique est celle du 23 février 2005.
19Sur ce point, voir Tilly Charles, La France conteste de 1600 à nos jours, Paris, Fayard, 1986 ; et Tilly Charles et Tarrow Sydney, Politique(s) du conflit. De la grève à la révolution, Paris, Presses de Sciences Po, 2008.
20Association fondée par Jacques Roseau, ancien proche de l’OAS dont il s’est désolidarisé, pour soutenir les demandes d’indemnisation des rapatriés. En guise de représailles, il sera assassiné à Montpellier en 1993.
21Savarese Éric, La rencontre postcoloniale, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2014.
22Savarese Éric, L’invention des pieds-noirs, op. cit.
23Baussant Michelle, Pieds-noirs. Mémoires d’exil, Paris, Stock, 2002.
24Selon une expression relativement répandue et revendiquée dans certaines associations mémorielles.
25Cuche Denys, La notion de culture dans les sciences sociales, Paris, La Découverte, 2010.
26Hobsbawm Eric et Ranger Terrence O. (dir), The Invention of Tradition, op. cit.
27Anderson Benedict, L’imaginaire national. Réflexions sur les origines et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996.
28Cité dans Savarese Éric, L’invention des pieds-noirs, op. cit., p. 168-169.
29D’abord parce qu’enseigner l’histoire, au sens de discipline dont les règles académiques sont explicitées, consiste à contribuer à faire mémoire, comme en atteste le rôle de l’histoire enseignée, y compris dans les régimes politiques démocratiques (Ferro Marc, Comment on raconte l’histoire aux enfants, Paris, Payot, 1986) ; ensuite en ce sens que la mémoire est susceptible de précéder l’histoire, comme cela a pu être souligné, parmi d’autres cas, en investiguant ce que Nathan Wachtel nomme la vision des vaincus à propos des Indiens du Pérou avant la conquête espagnole. Sur ce point Wachtel Nathan, La vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la conquête espagnole. 1530-1570, Paris, Gallimard, 1971.
30Jaffrelot Christophe, « Le syncrétisme stratégique et la construction de l’identité nationale indoue », Revue française de science politique, no 4, 1992, p. 594-617.
31Bertrand Romain, Mémoires d’empire. La controverse autour du « fait colonial », Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2006.
32Voir Savarese Éric, « L’histoire officielle comme discours de légitimation. Le cas de l’histoire coloniale », Politix, no 43, 1998, p. 93-112 ; et plus récemment, Savarese Éric, « Des récits à l’histoire. Penser la relation coloniale », in Éric Savarese (dir.), L’Algérie dépassionnée. Au-delà du tumulte des mémoires, Paris, Syllepses, 2008, p. 55-66.
33Halbwachs Maurice, Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, Albin Michel, 1994.
34Voir Blanchard Emmanuel, La police parisienne et les Algériens (1944-1962), Paris, Nouveau Monde, 2011 ; Einaudi Jean-Luc, Octobre 1961. Un massacre à Paris, Paris, Fayard/Pluriel, 2011 ; Péju Marcel et Péju Paulette, Les 17 octobre des Algériens, Paris, La Découverte, 2011 ; House Jim et Mac Master Neil, Paris 1961. Algerians, State Terror and Memory, Oxford, Oxford University Press, 2006.
35Buono Clarisse, Pieds-noirs de père en fils, Paris, Balland, 2004.
36Comtat Emmanuelle, Les pieds-noirs et la politique quarante ans après le retour, Paris, Presses de Sciences Po, 2009.
37Le Monde, 1er décembre 2005.
38Savarese Éric, L’Algérie dépassionnée, op. cit.
39Bertrand Romain, Mémoires d’empire, op. cit. Les quatorze élus qui ont adopté ce texte en séance à l’Assemblée nationale sont tous de nouveaux entrants dans la vie politique, jeunes, sans accès aux ressources centrales de leur parti, et devant réaliser une implantation sur des terres où les rapatriés sont actifs. De leur côté, les anciens « barons » gaullistes n’avaient jamais bravé le « tabou » anti-OAS, alors que la loi de 2005 permet d’indemniser financièrement des gens ayant participé aux actions postérieures au 19 mars, soit possiblement d’anciens activistes de cette organisation criminelle.
40Elias Norbert, Qu’est-ce que la sociologie, La Tour-d’Aigues, Éditions de l’Aube, 1991.
41Savarese Éric, La rencontre postcoloniale, op. cit.
Auteur
-
Éric Savarese
Université de Montpellier.
Éric Savarese est professeur de science politique à l’université de Montpellier, chercheur au CEPEL (UMR 5112). Ses travaux portent sur la citoyenneté, saisie à la fois dans la situation coloniale et dans le cadre de la « rencontre postcoloniale ». Il a notamment publié sur ces questions L’ordre colonial et sa légitimation en France métropolitaine. Oublier l’Autre, Paris, L’Harmattan, 1998 ; Histoire coloniale et immigration. Une invention de l’étranger, Paris, Séguier, 2000 ; L’invention des pieds-noirs, Paris, Séguier, 2002 ; Algérie, la guerre des mémoires, Paris, Non-Lieu, 2007 ; La rencontre postcoloniale, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2014 ; (direction scientifique) L’Algérie dépassionnée. Au-delà du tumulte des mémoires, Paris, Syllepses, 2008 ; (direction scientifique avec Éric de Mari) La fabrique coloniale du citoyen. Algérie, Nouvelle-Calédonie, Paris, Karthala, 2019.
Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Devenir sujet de recherche
L’expérience des malades du cancer en essai clinique
Benjamin Derbez
2021
Comment rester soi-même dans les affres et délices du vivre-ensemble ?
Manuel psychosocial d’autodéfense intellectuelle
François Le Poultier
2023
Comment voguer avec discernement sur des mers encombrées d’imposteurs ?
Manuel psychosocial d’autodéfense intellectuelle - Tome 2
François Le Poultier
2022
Nuit Debout
Des citoyens en quête de réinvention démocratique
Christine Guionnet et Michel Wieviorka (dir.)
2021
L’attention médicamentée
La Ritaline à l’école
Luciana Vieira Caliman, Yves Citton et Maria Renata Prado Martin (dir.)
2023
