Mobilités et « voyages » du roi de France à l’époque de la monarchie administrative (xviie-xviiie siècle)
p. 469-491
Résumés
Définie par le développement bureaucratique de l’appareil d’État, la monarchie administrative qui se structure entre le règne de Louis XIV et le règne de Louis XVI se caractérise aussi par la mise en place d’un nouveau régime de mobilité du roi de France. Ce dernier est indéniablement de moins en moins mobile du fait d’un faisceau de choix : principe d’une résidence principale qui plus est pérenne de règne en règne, concentration des mobilités entre résidences suburbaines autour d’un Paris déserté par le roi depuis le règne personnel de Louis XIV, abandon progressif des déplacements dans les provinces et sur les champs de bataille. Par ailleurs, pourtant proches de certaines formes de la mobilité souveraine au Moyen Âge (cristallisation d’un espace capital par le développement de la région-résidence parisienne ; multiplicité des micro-mobilités liées à la chasse et aux divertissements ; voyages extraordinaires liées aux rituels d’État et aux cérémonies dynastiques), ces pratiques s’inscrivent dans l’histoire longue de la monarchie. L’itinérance demeure constitutive de son identité en même temps qu’elle se restreint, sans se réinventer encore sous la forme d’une nouvelle communication politique par le déplacement.
The administrative monarchy that builds up between the reigns of Louis XIV and Louis XVI is characterised not only by the bureaucratic development of the state machine, but also by a new style of mobility on the part of the king himself. A variety of factors lead the French king to become increasingly static—the decision to establish a main residence outside Paris (Versailles) and to maintain it from one reign to another, and the will to travel among their suburban residences more than throughout their kingdom and battlefields. That being said, the monarchy preserves certain elements of mobility that can be traced back to the Middle Ages—hunting trips, various state rituals and court amusements and dynastic ceremony, most of which takes place in the Paris basin. Although travel continues to play part in the monarchy, journeys are on the whole reduced and so they do not represent a new form of political communication.
Texte intégral
Introduction
1Aux xviie et xviiie siècles, le roi de France n’est indéniablement pas un Prince itinérant dont l’exercice du pouvoir serait lié à son affirmation physique sur son territoire et face à ses sujets. Ces deux siècles consacrent au contraire la mise en place d’un État qui lui permet de se faire représenter sur son territoire au moyen d’un maillage de juridictions articulant officiers propriétaires de leurs charges et commissaires révocables au service de structures à la fois plus pérennes et plus développées1. Que l’historiographie des vingt dernières années ait fortement nuancé la réalité de l’emprise du Prince sur son royaume et qu’elle ait mis en lumière la nécessité pour le roi de France de négocier avec les corps traditionnels et les élites locales2 ne s’est pas pour autant accompagné de la révision de l’image de Bourbons sédentaires. De ce point de vue, le roi de France ne semble pouvoir être extrait de l’immobilité longtemps associée à l’Ancien Régime ni participer à l’épanouissement de l’histoire des mobilités, au contraire des élites aristocratiques désormais associées aux circulations3. Il est vrai que l’interprétation de l’immobilité du roi de France – Louis XIII étant généralement considéré comme le « dernier roi de la monarchie itinérante4 » – est conditionnée par un double postulat. D’un côté, la combinaison du développement d’une capitale, de la sédentarisation de la cour et de la capacité du Prince à gouverner de manière médiatisée, par la diffusion systématisée de son image et par l’institutionnalisation de ses envoyés, est considérée comme l’un des marqueurs de l’émergence d’un État moderne, par opposition avec une itinérance considérée comme le révélateur de l’atrophie de l’État. De l’autre, la distorsion de l’espace capital entre Paris et Versailles est perçue comme une faute compromettant sur le long terme la construction d’une « capitalité » cohérente, faute aggravée par la trahison d’une tradition de visibilité du souverain. Le roi aurait donc péché à la fois vis-à-vis du passé et du futur.
2Si l’analyse des déplacements du Prince, qui ressortit à une longue tradition médiévistique5 récemment revisitée6, n’est appliquée que depuis peu à l’époque moderne7, les enquêtes récentes sur le Moyen Âge et la première modernité offrent cependant la possibilité d’une mise en perspective sur le temps long de la mobilité du roi de France, modifiant ainsi les conditions d’interprétation de cette dernière aux xviie et xviiie siècles. Une telle approche permet d’abord de réintégrer le « monument Versailles » à une histoire plus large de l’itinérance, des mobilités et des pratiques de résidence du roi de France, en réduisant son caractère singulier. Elle permet ensuite de construire une problématique originale qui s’appuie sur un traitement global des déplacements princiers. Dans le contexte de la construction d’un cérémonial royal structurant en permanence la mise en scène de la personne royale et de la dynastie8, tout déplacement participe de la mise en œuvre de ce système de représentation et toute micro-mobilité, fût-elle considérée par le souverain lui-même comme une villégiature, prend potentiellement une signification politique. La capacité du Prince à se déplacer pour accomplir des rituels d’État – si les entrées royales tendent à disparaître, le sacre a toujours lieu à Reims –, et ses devoirs militaires – si ce n’est conduire la guerre – demeure inhérente à l’exercice de la fonction souveraine, bien que la rencontre avec les sujets soit désormais médiatisée par le milieu curial. De même, la multi-résidence participe de la mise en scène de l’incommensurabilité du Prince vis-à-vis de ses sujets, raison pour laquelle la participation à l’organisation de l’ensemble des types de déplacements rentre dans les attributions d’une seule et même instance comme les Menus Plaisirs du Roi9.
3Nous analyserons ici la manière dont la sédentarisation du roi de France et de sa cour à l’époque de la monarchie dite administrative, entre les années 1660 et 1780, résulte de la mise en place sur la longue durée d’un réseau de résidences et de mobilités dans l’espace francilien, puis l’évolution des déplacements extraordinaires hors de cette « région-résidence », et, enfin, les enjeux logistiques de ces différents déplacements – notamment à travers le rôle de l’administration des Menus Plaisirs.
Au-delà de Versailles, une « région-résidence » francilienne de longue durée
4L’intérêt des historiens modernistes pour l’itinérance curiale participe d’une dynamique de la recherche européenne qui, depuis une trentaine d’années, fait de la cour un objet scientifique en même temps qu’elle la désolidarise de Versailles, même si c’est par là qu’avait commencé sa promotion heuristique avec La Société de cour de Norbert Elias10. Au-delà d’une réflexion sur certains temps forts de cette itinérance11 ou sur l’adaptation de la vie de cour à de multiples contraintes architecturales et spatiales12, la plateforme de recherche « Cour de France » associe médiévistes et modernistes pour établir un panorama de l’itinérance du Prince et de sa suite du Moyen Âge au xixe siècle en publiant en ligne les itinéraires reconstitués par son équipe pour les derniers siècles du Moyen Âge et pour la Renaissance et en encourageant la recherche sur les périodes qui n’ont pas encore été couvertes, notamment les siècles qui sont ici au cœur de notre propos13. Ce projet, piloté par les deux spécialistes de ces questions que sont Boris Bove pour les xive et xve siècles et Caroline zum Kolk pour le xvie siècle14, repose sur une vaste entreprise de dépouillement des sources en vue de répertorier les lieux de séjour du Prince et de son entourage curial et d’en quantifier les déplacements. Il invite ainsi à réfléchir à la définition de la cour (les membres de la famille royale pouvant se disperser entre plusieurs résidences), à son identification au gouvernement (c’est en son sein que le roi tient son conseil, organe central du pouvoir qui continue à se déplacer avec lui, tandis que les principales institutions judiciaires et financières se sédentarisent à Paris dès le Moyen Âge), et à l’articulation des territoires (domaine royal et États du royaume, ville et campagne). S’impose alors la nécessité d’ajuster les perspectives d’interprétation à la typologie et aux lacunes des sources. Les comptes de l’Hôtel indiquant précisément l’itinérance du roi de France à l’époque médiévale ne subsistent que pour des périodes intermittentes tandis que les actes royaux, également très sollicités, permettent moins de situer la cour que le gouvernement, par l’intermédiaire du Prince ou de celui à qui il délègue sa signature15. Le traitement sur la longue durée de ce type de sources donne avant tout les moyens de localiser le Prince, le déploiement de la famille royale et de la cour dans un espace multiforme exigeant des recherches complémentaires, et de dégager des régularités par-delà les aléas du quotidien et les déplacements très spécifiques. L’itinéraire royal sert ici de toile de fond à l’exercice du pouvoir : il s’avère qu’au tournant du Moyen Âge et de l’époque moderne, la présence du Prince itinérant se concentre d’ores et déjà sur une région-résidence francilienne.
5Aux derniers siècles du Moyen Âge, s’il arrive au roi de France de se déplacer au loin pour faire la guerre ou visiter son royaume, sa mobilité n’est pas moins celle d’un souverain enraciné dans un espace dont Paris est le centre16. C’est tout un réseau de micro-mobilités entre ses différentes résidences parisiennes et suburbaines qui tisse un espace capital dont la principale ville est à la fois cœur institutionnel du royaume et moteur logistique de la vie de cour. Cet espace demeure en outre le cadre principal des déplacements royaux de la Renaissance par-delà le tropisme ligérien de la première moitié du xvie siècle et les déplacements imposés par les guerres de Religion à partir des années 156017. François Ier, roi mobile par excellence et promoteur du val de Loire, séjourne en moyenne dans 80 lieux différents par an, mais la plupart sont situés en Île-de-France. De même, les années 1540 à 1560 sont marquées par le renforcement du pôle francilien et de la ville de Paris, non seulement pour profiter de la proximité avec les institutions permanentes du gouvernement, mais sans doute aussi pour accroître la maîtrise économique, logistique et cérémonielle d’un espace curial désormais consacré à une représentation codifiée de la personne royale18.
6La mobilité du roi de France s’avérant moins forte en fréquence comme en ampleur géographique qu’on ne pourrait le supposer entre le xive et le xvie siècle, la rupture qu’incarneraient les pratiques des Bourbons à partir du règne de Louis XIII, et, a fortiori, du règne de Louis XIV est à nuancer. Si l’on ne dispose pas encore comme pour les siècles précédents de bases de données sur l’itinérance des souverains des xviie et xviiie siècles, le règne de Louis XIV peut être exploré grâce à la chronographie établie par Christophe Levantal19 tandis que l’« itinéraire » de Louis XVI a été récemment mis au jour par un travail exhaustif de master20. Si l’objectif affiché par Christophe Levantal était d’établir une « biographie chronologique […] d’après la Gazette de Théophraste Renaudot », il n’en a pas moins combiné au périodique officiel créé à l’instigation de Richelieu pour rendre compte des nouvelles de la cour et de la scène européenne, plusieurs autres types de sources, notamment un autre périodique créé en 1672, le Mercure galant, et le Journal du marquis de Dangeau qui enregistrait la vie du souverain et de sa cour à un rythme presque quotidien. Si la mobilité n’est pas le seul critère de sélection de l’information et n’a pas fait l’objet d’un traitement statistique, l’auteur s’est néanmoins particulièrement attaché à mettre en évidence les changements de résidence et les mobilités de toutes échelles21, y compris les excursions d’un jour qui perpétuent au xviie siècle le comportement des ducs de Bourgogne qui pouvaient passer la journée à Paris et la nuit dans une de leurs résidences de la périphérie22. Karima Mazingarbe a utilisé des sources similaires (Mercure de France et Gazette de France) auxquelles elle a ajouté les Actes royaux et le Recueil général des anciennes lois françaises d’Isambert et Decruisy ainsi qu’un certain nombre de journaux et de mémoires. S’il n’existe pas pour le règne de Louis XVI d’équivalent au Journal de Dangeau, K. Mazingarbe a pu utiliser le Journal de Louis XVI. L’exploitation intensive de ce journal de chasse afin de reconstituer son itinéraire atteste la forte articulation de l’itinérance royale à la pratique de cet exercice noble et guerrier par excellence. Nous nous permettons de signaler qu’il serait en revanche possible d’exploiter pour le règne de Louis XV les mémoires du duc Charles-Albert de Luynes23, plus proches d’un enregistrement journalier que les écrits de Félix d’Hézecques, du marquis de Bombelles ou de Mme de Tourzel utilisés à titre complémentaire par K. Mazingarbe. Dans cette perspective d’établissement de l’ensemble des itinéraires des Bourbons, il conviendrait également d’exploiter au mieux les archives comptables et administratives de la Maison du roi, notamment les comptes journaliers tenus dans le cadre des offices de la Bouche, par exemple sous la forme d’écroues24. La possibilité de mobiliser pour l’époque moderne les différents périodiques assurant la médiatisation de la vie de cour pourrait enfin être étendue à des publications plus spécifiques comme les Calendriers des spectacles de la Cour25.
7Si les itinéraires des rois de France entre le xive et le xvie siècle révèlent une mobilité plus limitée que dans l’imaginaire associé à l’exercice médiéval de la souveraineté, les éléments que les études des modernistes mettent à notre disposition révèlent en revanche les limites de l’application du concept de « sédentarisation » aux souverains de la monarchie dite administrative. Se maintient en effet jusqu’à la fin de l’Ancien Régime un système de micro-mobilités entre les résidences royales de l’espace francilien. Si le choix de Versailles en 1682 constitue une rupture, c’est avec la durable prééminence de Paris parmi les principaux lieux de résidence (encore que Louis XIII ait déjà oscillé entre Paris et Saint-Germain26), mais non avec la tendance à privilégier un nombre restreint de résidences au cours de chaque règne, ce que les souverains médiévaux avaient déjà tendance à faire27, pas plus qu’avec la logique pendulaire. Les travaux de Laurent Lemarchand ont en effet montré que si le retour de Louis XV à Paris à l’instigation du Régent suscita en 1715 plus de commentaires que son retour à Versailles en 1722, le silence des sources, notamment administratives, souligne en creux le caractère banal de ce qui n’était alors pas considéré comme des déménagements, mais comme de banals « voyages », au double sens moderne de déplacement et de séjour, inhérents au fonctionnement multi-résidentiel de la monarchie28. Si la circulation du Prince entre différentes résidences demeure de l’ordre de l’ordinaire, le geste de Louis XV en 1722 n’en est pas moins décisif. C’est ce choix qui confère à celui de Louis XIV sa portée dynastique et fait de Versailles une demeure de référence dans l’imaginaire monarchique, c’est-à-dire un nouveau « Louvre29 ». C’est en 1722 que se forge l’idée d’une « installation définitive » de la cour à Versailles en 1682 et d’une « sédentarisation » qui résulte en fait d’un processus de très longue durée et reste associée dans la pratique à de multiples micro-mobilités.
8Des données disponibles pour l’époque moderne, c’est bien cette double tendance qui ressort durablement. Devenu le principal lieu de séjour de Louis XIV, Versailles le reste pour ses deux successeurs. L’étude de K. Mazingarbe tend même à prouver que Louis XVI fréquentait le château de manière encore plus assidue que son grand-père : au cours de son règne, Louis XVI y a en effet passé les trois quarts de ses nuits, soit 315 nuits en moyenne par an alors que Louis XV n’y a par exemple passé que 220 nuits en 177030. Ce constat est a priori cohérent avec le plus grand respect que Louis XVI montrait à l’égard du cérémonial institué par son aïeul, ce dont témoignent aussi par exemple les exigences qu’il montra lors de l’institution de la Maison de ses enfants31. Si la prééminence nette d’une des demeures dans le système résidentiel favorise à la fois l’accès au roi et la régulation de la vie de cour, et constitue pour cette raison la norme nouvelle de la représentation de la personne royale32, il n’en reste pas moins que la mobilité demeure une caractéristique fondamentale de l’existence souveraine.
9Après l’abandon de Saint-Germain, assidûment fréquenté par Louis XIV dans la première partie de son règne, au profit de Versailles, c’est Chambord, encore fréquenté dans les années 1680 (tableaux 1 et 2) qui est définitivement délaissé, consacrant ainsi la réduction de l’espace résidentiel à l’espace francilien jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Louis XIV, Louis XV et Louis XVI utiliseront désormais tous Fontainebleau comme seconde résidence officielle où la cour se rend pour un long séjour automnal marqué à la fois par de grandes chasses et de fastueuses représentations dramatiques et lyriques ; sous Louis XV, Compiègne joue en outre le rôle de troisième résidence (tableau 3). S’ajoutent à ces « voyages » ou longs séjours, les lieux des « petits voyages » qui varient d’un souverain l’autre, mais s’inscrivent tous dans un cercle géographiquement restreint. De l’installation de la cour à Versailles à la fin de son règne, Louis XIV fréquente Marly de plus en plus souvent et pour des séjours de plus en plus longs (tableau 1). Si le goût de Louis XV pour Choisy ou Saint-Hubert qu’il fit aménager est connu, il faut mentionner également les séjours de quatre à huit jours régulièrement effectués par Louis XVI dans différentes résidences où il aimait chasser, raison pour laquelle il fit l’acquisition de Rambouillet33.
10Si la singularité versaillaise est réduite une fois mise en perspective sur la longue durée, il est en revanche possible de préciser les caractéristiques de la mobilité royale à l’ère de la monarchie administrative. Celles-ci articulent le choix d’une résidence dynastique suburbaine, et non plus parisienne, des satellites franciliens où les souverains effectuent courts et longs séjours qui n’impliquent pas la suspension de la participation du souverain à l’activité gouvernementale et au cérémonial de cour, et, enfin, des déplacements « extraordinaires » de plus en plus réduits à partir de la fin du xviie siècle. Ces derniers ne tiennent pas aux nécessités de la gestion des provinces, mais aux incarnations les plus spectaculaires de l’État dynastique – la célébration du sacre, du mariage et des funérailles du souverain à l’intérieur du royaume et la conduite de la guerre sur ses frontières. L’assimilation métaphorique de l’espace curial à l’ensemble de la société s’appuie ainsi sur un héritage topographique pour restreindre les déplacements du monarque et accroître le poids symbolique de ses déplacements extraordinaires et de ses micro-mobilités ordinaires.
Tableau 1. – Déplacements de Louis XIV hors de Versailles en 1685, 1698 et 1712.
| 1685 | |
| 22 mars | Le roi va dans la plaine de Colombes faire la revue du régiment des Gardes suisses. |
| 24 mars | Le roi se rend sur la Montagne de Meudon pour faire la revue du régiment des Gardes françaises. |
| 31 mai | Ascension. Vêpres, revue de son régiment dans le parc-au-cerfs. Va à Saint-Cloud avec le dauphin et la dauphine visiter Monsieur et Madame sur la mort de l’électeur Palatin, frère de Madame. |
| 3 septembre-28 septembre : Chambord | Départ de Versailles pour Chambord, avec le dauphin, la dauphine, Monsieur et Madame. 1re étape à Gallardon ; 2e étape plus longue à Chartres. Arrivée à Chambord le 15 septembre où « le roi prend les divertissements de la saison ». Le 20 septembre, le roi reçoit la nouvelle de l’arrivée de la flotte française le 12 août en rade de Tunis (négociation d’un traité avec le Bey). Nomination du maréchal d’Humières à la charge de grand-maître de l’artillerie. |
| 28 septembre-14 novembre : Fontainebleau | Étapes à Cléry, Orléans (où le roi est complimenté par les magistrats de la ville) et Pithiviers. D’après la Gazette : « Les peuples de la campagne vinrent en grand nombre sur la route & témoignèrent leur joye de voir le Roy par leurs acclamations & par divers présents des plus beaux fruits de la saison. » Plusieurs audiences d’ambassadeurs. Signature de la révocation de l’édit de Nantes. Nomination du nouveau chancelier Boucherat après la mort de Le Tellier. |
| 1698 | |
| 6-11 janvier | Marly. |
| 8 février jusqu’au dimanche suivant | Marly. |
| 19-22 février | Meudon. |
| 1698 | |
| 4 mars jusqu’au dimanche suivant | Marly. |
| 3 avril jusqu’au dimanche suivant | Marly. |
| 23 avril (quelques jours) | Marly. |
| 5 juin (quelques jours) | Marly. Le 6 juin, accompagné du dauphin et des ducs de Bourgogne, d’Anjou et de Berry, le roi se rend dans la plaine d’Achères près de Poissy, pour faire la revue des gardes du corps, des mousquetaires et des grenadiers à cheval à laquelle le roi et la reine d’Angleterre ainsi que le prince de Galles assistent également. |
| 25 juin-5 juillet | Marly. |
| 16 juillet (quelques jours) | Marly. Nomination du gouverneur de la Bastille. |
| 5 août-12 août | Marly. |
| Autour du 23 août | Marly. |
| 27 août | Baptême à Saint-Cloud de la duchesse de Chartres. Nomination à la charge d’aumônier du roi de l’abbé de Pomponne. |
| 28 août-24 septembre | Séjour à Compiègne, avec étape à Chantilly à l’aller et au retour. Visite du camp de Coudun près de Compiègne : plusieurs visites pour voir l’arrivée des troupes et la préparation de la bataille. Par exemple le 6 septembre : « Suivi des princes, des généraux et de toute la cour, le Roi monte à cheval à deux heures de l’après-midi et va visiter le terrain où l’armée doit se mettre en bataille… », ou le 19 septembre : le roi part à midi, suivi de toute la Cour, pour assister à la représentation d’une bataille et se rend sur une hauteur d’où l’on pouvait apercevoir les deux armées, commandées encore l’une par le duc de Bourgogne et l’autre par le sieur Rosen. Il s’avance au milieu des armes pour voir leur disposition. |
| 2 octobre-13 novembre | Fontainebleau. 11 octobre : signature du traité de La Haye sur la succession d’Espagne. Audience de la femme de l’ambassadeur des États-Généraux des Provinces-Unies par la duchesse de Bourgogne et à laquelle se rend le roi. Fiançailles de Mademoiselle. Nominations, pensions, audiences. |
| 19 novembre (quelques jours) | Marly. |
| 3 décembre (quelques jours) | Meudon. |
| 17 décembre (quelques jours) | Marly. |
| 1712 | |
| 27 février | Retour de Marly. |
| 28 mars | Le roi se rend à Marly faire la revue des quatre compagnies des gardes du corps et des grenadiers à cheval. Continue le lendemain. |
| 9 avril | Revue des mousquetaires à Marly. |
| 14 juillet 15 septembre : Fontainebleau | Le roi part pour Fontainebleau (Te Deum pour la victoire de Denain ; audiences diverses ; réception du nouveau prévôt des marchands de Paris). |
| 22 septembre-8 octobre | Rambouillet (promotion d’officiers de marine). |
| 2 novembre Retour le 22 novembre ? | Marly (arrêt des hostilités entre la France et l’Espagne). |

D’après Christophe Levantal, Louis XIV. Chronographie d’un règne, Paris, Infolio, 2009, vol. 2, p. 470-483, 633-648 et 815-825
Tableau 2. – Les déplacements de Louis XIV hors du Bassin parisien de la fin de la Fronde à la fin de son règne.
| Dates | Principaux lieux de passage | Motifs | Référence |
| 30 mai-4 septembre 1654 | Meaux, Fismes, Reims, Rethel, Sedan, Stenay, Ham, Péronne, Arras, Creil. | Voyage du sacre, puis campagne militaire. | vol. 1, p. 123-126 |
| 18 mai-7 septembre 1655 | Chantilly, Compiègne, Soissons, Maubeuge, Le Quesnoy, Noyon. | Chasse, puis campagne militaire. | vol. 1, p. 134-139 |
| 7 mai-13 novembre 1657 | Compiègne, Amiens, Abbeville, Saint-Quentin, Ribemont, Rethel, Sedan, Charleville, Verdun, Thionville, Metz, Nancy, Châlon. | Chasse, puis guerre. | vol. 1, p. 158-163 |
| 25 avril-12 août 1658 | Amiens, Abbeville, Montreuil, Boulogne, Calais, Mardyck, Dunkerque, Compiègne. | Guerre. | vol. 1, p. 168-170 |
| 26 octobre 1658-28 janvier 1659 | La famille royale gagne Lyon (novembre 1658-janvier 1659) par Sens et la Bourgogne. | Lit de justice à Dijon. Rencontre avec les États du Languedoc, puis avec le duc de Savoie, Charles-Emmanuel III. | vol. 1, p. 172-176 |
| 21 juin 1659-26 août 1660 | Chantilly, Fontainebleau, Pithiviers, Chambord, Poitiers, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Aix, Marseille, Avignon, Toulouse, Saint-Jean-de-Luz, île de la conférence sur la Bidassoa, retour par Bordeaux, Poitiers, Richelieu et Vincennes. | Chasse. Signature du traité des Pyrénées. Pélerinage à la Sainte-Baume. Soumission de Marseille. Mariage de Louis XIV. Entrée du couple royal dans Paris. | vol. 1, p. 179-193 |
| 29 août-19 septembre 1661 | Nantes. | Après des séjours à Fontainebleau et à Vaux, États de la province. | vol. 1, p. 205 |
| 30 novembre-6 décembre 1662 | Abbeville, Calais, Dunkerque. | Inspection des fortifications. Rencontre avec l’envoyé du roi d’Angleterre. | vol. 1, p. 219-220 |
| 20 août-5 septembre 1663 | Châlons, Sainte-Menehould, Verdun, Metz | Rencontre avec les envoyés du duc de Lorraine | vol. 1, p. 226-227 |
| 19 juillet-7 septembre 1667 | Amiens, Arras, Douai, Orchies, Alost, Lille, Marcq, Gand, Bapaume, Senlis. | Campagne militaire (guerre de Dévolution). | vol. 1, p. 267-268 |
| 2-24 février 1668 | Brie-Comte-Robert, Molesme, Dijon, Dole, Troyes. | Campagne militaire (guerre de Dévolution). | vol. 1, p. 273-274 |
| 24 septembre-21 octobre 1668 | Chambord. | Divertissement. | vol. 1, p. 280 |
| 16 septembre-19 octobre 1669 | Chambord. | Divertissement. | vol. 1, p. 291 |
| 28 avril-7 juin 1670 | Ham, Saint-Quentin, Cateau-Cambrésis, Arras, Douai, Tournai, Lille, Dunkerque, Gravelines, Calais, Boulogne, Abbeville. | Rencontre avec les corps de ville, visite des fortifications, rencontre avec les commissaires du roi d’Espagne pour fixer les limites des places et provinces conquises. | vol. 1, p. 296-301 |
| 6-25 octobre 1669 | Chambord. | Divertissement. | vol. 1, p. 304-305 |
| 23 avril-13 juillet 1671 | Amiens, Abbeville, Montreuil, Boulogne, Gravelines, Dunkerque, Lille, Tournai, Charleroi, Saint-Quentin. | Visite des fortifications (notamment Dunkerque). | vol. 1, p. 311-315. |
| 27 avril-1er août 1672 | Laon, Philippeville, Charleroi, Liège, Maastricht, Rheinberg, Jssel, Doesburg, Biljoen, Zeist, Utrecht, Nederasselt, Boxtel… | Guerre de Hollande. Campagne militaire. | vol. 1, p. 323-330 |
| 1er mai-13 octobre 1673 | Péronne, Bapaume, Arras, Lens, Lille, Courtrai, Landegem, Gavere, Vorst, Vossem, Maastricht, Warrem, Rocroi, Thionville, Metz, Nancy, Lunéville. | Guerre de Hollande. Campagne militaire, rencontre avec différents envoyés diplomatiques. | vol. 1, p. 339-345 |
| 19 avril-26 juin 1674 | Franche-Comté. | Guerre de Hollande. Campagne militaire. | vol. 1, p. 350-354 |
| 11 mai-21 juillet 1675 | Ham, Le Cateau-Cambrésis, Latinne, Vreren, Viset, Neufchâteau, Koninksemm, Essen, Straten, Charleroi, Rocroi. | Guerre de Hollande. Campagne militaire. | vol. 1, p. 361-366 |
| 16 avril-8 juillet 1676 | Péronne, Bapaume, Douai, Condé, Sebourg, Denain, Nonain, Constantin, Audenarde, Quiévrain. | Guerre de Hollande. Campagne militaire. | vol. 1, p. 371-374 |
| 28 février-31 mai 1677 | Saint-Quentin, Le Cateau-Cambrésis, Valenciennes, Cambrai, Bouchain, Douai, Thérouane, Calais, Dunkerque, Saint-Omer, Lille, Quiévrain… | Guerre de Hollande. Campagne militaire. | vol. 1, p. 378-381 |
| 7 février-7 avril 1678 | Provins, Bar-le-Duc, Metz, Verdun, Stenay, Gand, Ypres, Lille, Lens. | Guerre de Hollande. Campagne militaire. | vol. 1, p. 386-389 |
| 12 mai-3 juin 1678 | Flandres. | Guerre de Hollande. Campagne militaire. | vol. 1, p. 390-391 |
| 16 février-18 mars 1679 | Châlons, Vitry-le-François, Reims. | La cour va en convoi accueillir la nouvelle dauphine. | vol. 1, p. 408-409 |
| 13 juillet-30 août 1680 | Abbeville, Montreuil, Wimille, Calais, Saint-Omer, Berck, Ypres, Lille, Tournai, Valenciennes, Bouchain, Cambrai, Maubeuge, Philippeville, Rocroi, Charleville, Sedan… | Inspection des fortifications, revue des troupes. | vol. 1, p. 415-419 |
| 30 septembre-16 novembre 1680 | Strasbourg. | Soumission de la ville de Strasbourg, rencontre avec les émissaires de princes allemands. | |
| 21 septembre-15 octobre 1682 | Chambord. | Divertissement. | vol. 2, p. 441 |
| 26 mai-20 juillet 1683 | Besançon, Strasbourg, Sarrelouis, Verdun… | Revue de troupes, inspection de fortifications. | vol. 2, p. 446-449 |
| 22 avril-9 juin 1684 | Péronne, Cambrai, Valenciennes, Condé. | Inspection des camps militaires. | vol. 2, p. 461-463 |
| 3-30 septembre 1685 | Chambord. | Divertissement. | vol. 2, p. 479-480 |
| 10 mai-7 juin 1687 | Verdun, Étain, Longwy, Luxembourg. | Guerre de la Ligue d’Augsbourg. Inspection des fortifications construites par Vauban. | vol. 2, p. 498-501 |
| 17 mars-15 avril 1691 | Saint-Quentin, Mons, Binche, Jemmapes, Le Quesnoy. | Guerre de la Ligue d’Augsbourg. Inspection des installations militaires (guerre de la Ligue d’Augsbourg). | vol. 2, p. 542-545 |
| 10 mai-18 juillet 1692 | Saint-Quentin, Valenciennes, Mons, Namur, Charlemont, Rocroi… | Guerre de la Ligue d’Augsbourg. Campagne militaire. | vol. 2, p. 556-560 |
| 18 mai 1693-26 juin 1693 | Péronne, Cambrai, Thieusies, Namur, Marianbourg, Rocroi, Charleville… | Guerre de la Ligue d’Augsbourg. Campagne militaire. | vol. 2, p. 573-575 |

D’après Christophe Levantal, Louis XIV, op. cit., vol. 1 et 2
Tableau 3. – Les « voyages » de Fontainebleau et de Compiègne d’après les états de la dépense des Menus Plaisirs.
| Type de « voyages » | Montant des dépenses des Menus Plaisirs en livres tournois (lt). Les sommes versées aux Fermiers des voitures de la cour ne sont pas incluses. | |
| AN O1 2943 | ||
| 1753 | Concerts à Compiègne | 33 289 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 475 647 lt | |
| 1754 | Voyage de Compiègne | 49 416 lt |
| Spectacles à Fontainebleau | 587 714 lt | |
| 1755 | Voyage de Compiègne | 49 073 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 119 940 lt | |
| 1756 | Voyage des princes à Meudon | 12 786 lt |
| Voyage de Compiègne | 50 578 lt | |
| Voyage de Fontainebleau | 148 765 lt | |
| 1757 | Voyage de Compiègne | 48 193 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 62 300 lt | |
| 1758 | Pas de « voyages » : guerre de Sept Ans | |
| 1759 | Pas de « voyages » : guerre de Sept Ans | |
| 1760 | Pas de « voyages » : guerre de Sept Ans | |
| 1761 | Pas de « voyages » : guerre de Sept Ans | |
| AN O1 2935 | ||
| 1762 | Voyage de Fontainebleau | 17 7921 lt |
| 1763 | Voyage de Compiègne | 42 792 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 51 1532 lt | |
| Dans les dépenses imprévues : « Petits voyages à Marly et à Saint-Hubert » | ||
| 1764 | Voyage de Compiègne | 50 946 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 23 867 lt | |
| 1765 | Voyage de Compiègne | 38 052 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 513 310 lt | |
| 1766 | Voyage de Compiègne | 37 126 lt |
| Pas de voyage de Fontainebleau : pompe funèbre du dauphin | ||
| AN O1 2936 | ||
| 1767 | Voyage de Compiègne | 50 355 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 39 338 lt | |
| 1768 | Voyage de Compiègne | 32 971 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 108 867 lt | |
| 1769 | Voyage de Compiègne | 35 297 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 336 086 lt | |
| 1770 | Voyage de Fontainebleau | 395 932 lt |
| Voyage de Compiègne | 42 483 lt | |
| AN O1 2937 | ||
| 1771 | Voyage de Compiègne | 40 692 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 211 509 lt | |
| 1772 | Voyage de Compiègne | 41 771 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 183 809 lt | |
| 1773 | Voyage de Compiègne | 46 582 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 138 258 lt | |
| 1774 | Voyage de Compiègne | 39 817 lt |
| Voyage de Fontainebleau | 42 473 lt | |
| AN O1 2938 | ||
| 1775 | Voyage de Fontainebleau | 123 493 lt |
| 1776 | Voyage de Fontainebleau | 219 171 lt |
| 1777 | Voyage de Fontainebleau | 308 043 lt |
| 1778 | Pas de voyage : guerre d’indépendance américaine | |
| 1779 | Pas de voyage : guerre d’indépendance américaine | |
| AN O1 3133bis | ||
| 1781 | Pas de voyage : guerre d’indépendance américaine | |
| 1782 | Pas de voyage : guerre d’indépendance américaine | |
| 1783 | Voyage de Fontainebleau | 468 204 lt |
| 1784 | Pas de voyage | |
| 1785 | Voyage du roi à Fontainebleau | 462 269 lt |
| 1786 | Voyage du roi à Fontainebleau N.B. : Le « Voyage du Roi à Cherbourg » est mentionné, comme les « petits voyages » les années antérieures, dans l’État des « dépenses imprévues ». | 368 681 lt |
| 1787 | Pas de voyage | |

AN, O1 2 934-2 938 et O1 3 133bis
Du roi de guerre mobile au roi de paix immobile
11De 1654 – date du sacre de Louis XIV – à 1789 – date à laquelle l’installation de Louis XVI aux Tuileries marque l’avènement d’un tout autre ordre politique –, les déplacements extraordinaires du roi de France se restreignent de plus en plus tant dans leur ampleur géographique, leur fréquence que leurs usages politiques34.
12En 1659-1660, le cardinal Mazarin fit certes effectuer au jeune Louis XIV un long voyage à travers les provinces méridionales du royaume (tableau 2), dont l’objectif politique d’apaisement et d’affirmation de l’autorité royale était proche de celui des tournées royales des guerres de Religion. Étape importante dans l’éducation politique de Louis XIV, à l’instar de son souci ultérieur de la représentation de la personne royale et du contrôle de l’État sur les municipalités et les États provinciaux35, ce périple jalonné d’entrées eut lieu à la faveur des préparatifs politiques et matériels de son union avec l’infante d’Espagne Marie-Thérèse. Dès après la Fronde (1648-1653), les cérémonies dynastiques et les impératifs de la guerre sont donc les principaux facteurs des déplacements hors du Bassin parisien (tableau 2). De fait, la chose militaire commande l’essentiel des déplacements extraordinaires de Louis XIV jusqu’à la fin des années 1690, date à laquelle ils s’interrompent complètement (tableau 2). La fréquence de ce type de déplacements, la régularité des inspections de camps et de fortifications confirment la manière dont il fit de la guerre, et tout particulièrement la guerre de siège, l’un des moyens par excellence de la mise en scène de son pouvoir et de sa souveraineté36. Si Louis XIV célèbre dans ses Mémoires pour l’instruction du Dauphin « l’accès libre et facile des sujets au prince » comme un « caractère singulier » de la monarchie française37, s’il recommande à son petit-fils devenu roi d’Espagne de visiter ses États38, ces ambitions ne donnèrent pas lieu sous son règne à une exploration du royaume pour elle-même mais se réalisèrent dans l’exécution de son rôle de « roi de théâtre39 », d’une part à travers la conduite de la guerre et, d’autre part, dans la mise en œuvre d’un cérémonial consacrant la visibilité du souverain et l’accessibilité de ses résidences par opposition justement à la figure d’un souverain invisible qui s’était imposée à la cour d’Espagne.
13De même, Louis XV se déplace à l’occasion de son sacre en 172240, puis lors des premières campagnes militaires de son règne, notamment lors de la guerre de Succession d’Autriche (1741-1748)41. Hors des périodes de conflits, d’autres déplacements furent directement liés à la chose militaire, Louis XV s’étant par exemple rendu au Havre en 1749 dans le cadre d’un voyage qui déclinait sur le nouveau front maritime les visites d’inspection des travaux de fortification des frontières terrestres sous le règne de Louis XIV42. Quant à Louis XVI, ses deux seuls déplacements extraordinaires furent Reims pour son sacre en 1775 et Cherbourg en 1786. Ce voyage amena Louis XVI à traverser la province de Normandie et à visiter plusieurs villes importantes telles que Caen, Le Havre et Rouen43. Enchanté de ce périple et de l’accueil qu’il reçut de la part de ses sujets, Louis XVI se serait ensuite déclaré désireux « d’en faire de semblables dans différentes provinces44 ». Le voyage de Cherbourg aurait pu annoncer un renouvellement des formes de monstration de la personne royale par la pérégrination, renouvellement imposé par la prise de conscience de l’affaiblissement des formes de communication symbolique traditionnelles et de l’insuffisance du gouvernement à distance médiatisé par des représentants dynastiques – les frères de Louis XVI par exemple45 – ou technocratiques – officiers et intendants. Ce voyage avait cependant été d’abord commandé par la méfiance envers les ambitions anglaises et le souci de conserver une marine puissante malgré la victoire de 178346. Il s’inscrivait avant tout dans la lignée des pratiques d’incarnation du roi de guerre et Louis XVI n’effectua plus aucun déplacement d’envergure avant la Révolution.
14À la contraction de l’espace résidentiel sur l’Île-de-France, s’ajoute à l’époque moderne la contraction de l’espace-temps des déplacements extraordinaires, en lien direct avec les modalités de la construction de l’État-Nation français dans le contexte européen. D’une part, la nécessité de parcourir le royaume est étroitement liée à la nécessité d’assurer la soumission des grands et des différents corps à l’autorité monarchique. Les pérégrinations de Catherine de Médicis dans la deuxième moitié du xvie siècle ou de Louis XIV au cours et à l’issue de la Fronde contribuent à faire des révoltés de véritables rebelles et même des étrangers à une communauté assimilant nation et monarchie : les voyages royaux contribuent à faire de ces conflits des guerres civiles47. Si l’ordre royal ne s’est durablement imposé qu’au prix de compromis avec les élites et les normes locales et traditionnelles, la présence physique du Prince n’en était en revanche plus considérée comme le ferment nécessaire à l’ère de la monarchie administrative. D’autre part, la comparaison des déplacements de Louis XIV avec ceux de Louis XV et de Louis XVI rend manifeste la reconfiguration des règles du jeu international au xviiie siècle. Jusqu’en 1693, Louis XIV se déplace quasiment chaque année dans les zones frontalières du Nord et de l’Est du royaume, notamment en raison des campagnes de la guerre de Dévolution (1667-1668), de la guerre de Hollande (1672-1678), puis de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) et plus globalement d’un double contexte de « paix armée » (François Bluche) et de construction d’un « pré carré » (tableau 2). Louis XV et Louis XVI ne se déplacent eux que ponctuellement et se tournent vers les villes portuaires du Nord-Ouest. Même si Louis XIV a moins mené une guerre de conquête qu’une guerre de consolidation du territoire, le xviiie siècle consacre une politique de l’équilibre entre puissances tout en dilatant l’espace des combats à l’échelle européenne et mondiale et en les éloignant des frontières du royaume de France. Dans ce contexte nouveau, il devient impossible au souverain de se déplacer avec ses troupes et d’en profiter pour renouer le lien personnel l’unissant à ses hommes, même s’il continue de multiplier les revues militaires dans son environnement immédiat48. À l’époque moderne, le roi de France considère qu’il ne franchirait les frontières de son royaume qu’au risque d’être traité d’une manière indigne de son rang. Seul le voyage incognito offrait une solution aux membres des familles régnantes pour réconcilier les exigences du rang, des États et de la curiosité des Lumières, mais les Bourbons n’y recoururent pas. C’est comme si la grandeur qu’ils avaient paralysait leurs déplacements : Louis XV peinant à trouver des époux dignes des Filles de France ne pouvait pas davantage s’aventurer dans « une pérégrination à travers les multiples principautés du Saint-Empire [qui] eût soulevé des questions fort complexes49 ».
15Fort d’un État pacifié à l’intérieur et aux frontières extérieures consolidées, le roi de France soutient cet édifice par une communication symbolique fondée sur la mise en scène de l’essence sacrée de son pouvoir, dont le déploiement spatial, pour être restreint, n’en était pas moins nécessaire. C’est dans cette perspective que doit s’interpréter le seul écart récurrent à la norme francilienne qui voit le roi circuler entre Versailles, Paris, Saint-Denis et son réseau de résidences : le sacre rémois. Si Henri IV n’avait pu se faire sacrer à Reims en 1594, aucun de ses successeurs ne dérogea à la règle, pas même Louis XVI que ses conseillers pressèrent pourtant de se conformer à la logique de polarisation politique parisienne en se faisant sacrer dans la capitale50. Loin de vouloir renouveler l’expression, et donc les fondements, du pacte social l’unissant à ses sujets, loin de vouloir cultiver une logique inédite de « popularité51 » en réduisant le train des dépenses liées au cérémonial royal et en favorisant sa capitale, Louis XVI choisit d’organiser son sacre conformément à la tradition, choisissant même de rallier Reims par Compiègne et Fismes comme Louis XV52.
16La comparaison des itinéraires empruntés par Louis XIV, Louis XV et Louis XVI manifeste d’ailleurs la tendance à choisir les mêmes résidences et les mêmes villes pour étapes, ce qui participe d’une codification des déplacements extraordinaires, mais aussi ordinaires. L’usage politique de ces derniers est ainsi institutionnalisé par un triple processus de respect des traditions, de choix au sein de ses héritages et de normalisation administrative. Ressort ainsi non seulement des usages mais aussi de la pratique administrative et comptable de la Maison du roi, une classification, voire une hiérarchisation des résidences – Versailles, Fontainebleau, Compiègne venant par exemple en tête dans les archives des Menus Plaisirs53 – qui répond à la différenciation structurante entre les lieux de résidence principale, les lieux des séjours longs ou « voyages » ainsi que les lieux de destination des « petits voyages54 ». Les résidences autres que Versailles ne peuvent pour autant être subsumées sous la catégorie des lieux de villégiature. Cette assertion relève de l’évidence dans le cas de Fontainebleau – lieu d’un séjour long permettant d’assurer entretemps l’entretien de Versailles55 –, où les arts royaux de la chasse et de l’organisation des divertissements, c’est-à-dire du gouvernement par le divertissement, étaient portés à leur plus haut niveau56 tandis que le roi continuait aussi, comme lors des déplacements extraordinaires, à tenir conseil et à recevoir envoyés et ambassadeurs57. Mais c’est aussi vrai des lieux des « petits voyages » qui n’étaient pas tous de simples lieux de retraite. Bien que Louis XIV et Louis XV choisissent ceux qui les accompagneraient à Marly ou à Choisy et que Louis XVI aille chasser sans sa cour à Rambouillet58, bien que ces lieux tendent à échapper aux règles normales, voire à la gestion par l’administration curiale, ces résidences sont aussi des lieux où le roi gouverne, même si c’est avant tout par le divertissement, la distribution de la faveur et la modulation de l’étiquette59. Pour la plupart suspendus pendant les guerres, en raison de leur coût (tableau 3), ces « voyages » manifestent la double nature de la monarchie absolue, où le gouvernement par la guerre est indissociable du gouvernement par le divertissement, de même que les figures du roi de paix et du roi de guerre se répondent dans les salons jumeaux de part et d’autre de la galerie des glaces à Versailles.
Grands et petits voyages : une structure logistique commune à l’ordinaire et à l’extraordinaire
17En dépit de la diminution de la fréquence et de l’ampleur des déplacements extraordinaires du xviie au xviiie siècle, les incessantes micro-mobilités du roi, la persistance ou la mémoire des déplacements liés à la défense de la souveraineté comme aux exigences cérémonielles impliquent non seulement le maintien jusqu’à la fin de l’Ancien Régime d’officiers spécifiquement dédiés aux « voyages », mais également une importante mobilisation de l’ensemble de la Maison du roi60 lors de ces derniers. La singularité du souverain est caractérisée par sa double capacité à se déplacer et à ne pas rompre l’ordonnancement de son quotidien : c’est ainsi que toutes ses demeures sont son « Louvre » et sa tente de commandant militaire est symboliquement et matériellement traitée comme un appartement61.
18Une publication comme L’État de la France, dont les différentes éditions du milieu du xviie siècle au milieu du xviiie siècle récapitulent l’ensemble des officiers au service du roi – à commencer par ceux de sa Maison –, réserve toujours une catégorie à part aux « Officiers nécessaires pour les Voyages62 ». Il s’agit des officiers assurant la logistique des déplacements, à la fois du point de vue des itinéraires, du transport des personnes et des biens : « le Capitaine des Guides du Roi, et de ses Camps et Armées », le « Wagmestre de l’Équipage du Roi, qui a autorité sur les Capitaines des chariots, et Conducteurs desdits chariots de Sa Majesté, quand Elle va en campagne, avec soin de les faire charger, de les mettre en marche, de les faire loger, et généralement de leur distribuer tous les ordres nécessaires, et leur partager tout le travail, en sorte qu’il ne manque aucune chose à la dite conduite », ainsi que ses aides. À ceux-ci s’ajoutent notamment des officiers spécialisés au sein de la Chambre du roi, tels que les huit porte-meubles de la Chambre, originellement chargés du transport du lit du roi, et le capitaine des mulets du roi, charge apparue lorsque la cour était itinérante et dont le titre ne fut pas modifié malgré l’introduction de charrettes à roues63. Fréquemment sollicitée pour le service de Louis XIV, du Dauphin et de ses fils lors des campagnes des Flandres et du Rhin, la charge de capitaine des mulets continua d’être exercée au xviiie siècle : vers 1740, son détenteur, Martin, avait en charge vingt-cinq mulets64. Au-delà, l’ensemble du convoi royal pouvait prendre des proportions considérables : le convoi escortant Louis XIV lors du voyage de 1660 aurait ainsi compté plus de « cent carrosses, cent dix fourgons, deux cents mulets et cent vingt charrettes sans compter les marmitons65 ».
19À la différence des « petits voyages », les déplacements extraordinaires et les « grands » voyages ne concernaient pas le seul Prince, mais une part importante de la famille royale et de la cour. Louis XIV se déplace notamment avec la reine lors de ses campagnes militaires du début de son règne « personnel » ; Louis XV refuse que le Dauphin l’accompagne en 1744, mais l’emmène avec lui pour faire son éducation militaire en 174566. Les ambassadeurs étrangers peuvent également suivre le roi dans ses campagnes militaires – à l’instar du marquis de Saint-Maurice, ambassadeur du duc de Savoie, dans les Flandres sous Louis XIV – ou dans ses voyages dans ses résidences autres que Versailles, ainsi du comte d’Aranda, ambassadeur du roi d’Espagne, à Marly et à Compiègne sous le règne de Louis XVI67. Que le roi se déplace avec sa famille et sa cour même lorsqu’il est en campagne militaire est lié aux nécessités de la continuité de l’exercice du pouvoir royal qui impliquent de maintenir autant que possible les formes et les règles du cérémonial. Au-delà du premier valet de chambre qui devait rester en toute circonstance auprès du corps du roi sur lequel il devait veiller68 –, c’est environ cinq cents détenteurs de charges qui suivaient le roi69. Quant au grand maréchal des logis, dont les fonctions avaient été réduites par l’installation de la cour à Versailles en 1682 et la politique d’attribution de logements pérennes, il continuait à attribuer lors des déplacements extraordinaires des logements à ceux que le roi avait emmenés à son service70. La Bouche partant elle aussi en campagne pour nourrir le souverain et assurer des distributions, elle disposait pour ce faire de ses propres charrois71 ; la Chapelle suivait également, comme certains des musiciens du roi72, pour régler les cérémonies religieuses et les divertissements qui devaient scander la vie du roi et de son entourage en toute circonstance. Outre ces services, est également mobilisée l’administration de « l’Argenterie, Menus, Plaisirs et Affaires de la Chambre », l’une des plus anciennes caisses payeuses de la Maison du roi, mais aussi un organe spécialisé dans la production matérielle du décor de la mise en scène du corps du roi. Les Menus Plaisirs interviennent dans tous les temps « extraordinaires » de la vie de cour, qu’ils scandent la journée, l’année ou le règne, du lever aux funérailles en passant par les spectacles de Fontainebleau. Si les Menus Plaisirs ne fournissaient plus la plupart des vêtements, des objets et des meubles personnels du souverain, ils continuaient à en fournir pour des circonstances définies et demeuraient chargés de l’agencement et de l’entretien de la chambre royale, dans ses résidences comme dans ses haltes temporaires. Aux transformations ponctuelles d’un espace d’habitation, par des dais, des barrières, des balustres et des estrades pour la mise en œuvre des exigences de l’étiquette et de la régulation de l’accès au roi, répondaient en outre les aménagements pour les cérémonies, les fêtes et les spectacles. Des pièces d’une résidence principale dont les usages demeurent très plastiques aux relativement fréquents changements de résidence, c’était une recherche incessante d’adaptation de lieux différents aux exigences de continuité sur le plan politique et symbolique. Au-delà de ces éléments de décor âprement disputés contre le garde-meuble jusqu’à la fin de l’Ancien Régime73, les Menus Plaisirs se distinguaient par la fourniture d’objets portatifs et autres meubles « brisés ». Si ces derniers se développent au xviiie siècle pour augmenter le confort des voyageurs, ils restent associés aux usages d’une élite sociale74 et servent en particulier dans le cas du souverain et de la famille royale à garantir la continuité du cérémonial et de la vie de cour en déployant partout où se trouvent le roi nécessaires, tables de jeu ou instruments de musique. Les Menus Plaisirs obtiennent en 1723 la reconnaissance de leurs compétences en matière de meubles et d’objets de toilette destinés à l’usage personnel du souverain lorsqu’il est en « campagne », mais aussi lors des grands deuils impliquant le réaménagement de ses appartements :
« Que conformement a l’usage Etably par le feu Roy, les premiers Gentilshommes de sa Chambre continueront d’ordonner tous les Meubles de campagne et de deuil, qui seront a faire pour sa Personne et Regleront les dépenses75. »
20Les voyages de la cour constituent ainsi des temps forts de la vie de cour lors desquels, comme lors des rituels d’État et des cérémonies dynastiques pouvant d’ailleurs impliquer des déplacements, les Menus Plaisirs faisaient « cesser […] les fonctions de plusieurs autres charges76 », notamment celles de la garde-robe et du garde-meuble auxquels ils avaient depuis longtemps dévolu les fonctions qu’ils exerçaient au Moyen Âge. En 1744, lors du « voyage du roi en Flandres et en Allemagne », c’est-à-dire lors d’une des premières campagnes de la guerre de Succession d’Autriche, les Menus Plaisirs fournirent à Louis XV lit, linge de lit, table de toilette et table de jeu, luminaires (bras, plaques, bobèches, cierges) mais aussi des tentes de coutil doublées d’indienne et équipées de marquises ; ils réalisèrent même des « contrevents faits a l’apartement du Roy pour planchés faits sous ses tentes et pour un pont de communication du Jardin au château » ainsi qu’un parquet dans « la tente turc77 ». Ils assurèrent aussi « la construction de quatre Baraques destinées pour la chapelle, la chambre, la Garderobe et la petite Écurie du Roy au camp de flamerlingue78 ». En 1786, ils fournirent notamment des robes de chambre en « pekin blanc peint nué varié or et argent et tissu de soie vert rayé cerise et argent broché et glacé », ainsi que des enveloppes d’habits79. Comme à Versailles, les Menus Plaisirs sont le « bras armé » des valets de chambre censés depuis le xviie siècle transporter deux chambres pour le roi lors de ses déplacements80. De même, ils travaillent étroitement dans leurs magasins avec les valets de chambre tapissiers qui coordonnent dans la seconde moitié du xviiie siècle la production et l’entretien des coffres et des malles du roi, ainsi que des tentes et des maisons de bois que le souverain utilise pour accueillir sa famille et sa cour dans ses déplacements militaires et festifs81. Devenus spécialistes de la transformation de l’espace en fonction des temps forts du cérémonial, les administrateurs et les artisans des Menus Plaisirs contrôlent les dépenses liées au transport des effets du roi et de sa domesticité, ainsi que ceux des princes et des princesses privés de Maison propre, c’est-à-dire le contrôle et la rémunération des officiers spécialisés appartenant à la Chambre. La logistique de l’« extraordinaire » liée à l’exaltation de la majesté rend à nouveau manifeste le caractère irréductible du lien entre itinérance, divertissement, art de la guerre et cérémonial dans le système de représentation de la personne royale. Créant ou faisant créer objets portatif et décors éphémères, les Menus Plaisirs traduisent matériellement par leurs missions l’importance de cette dimension de la représentation royale – à l’opposé des idées de sédentarité, de stabilité et de pérennité associées au Versailles de 168282.
21Pour terminer ce survol de la pratique de la mobilité par le roi de France, il convient de souligner qu’en dépit de la restriction des déplacements du point de vue de l’ampleur géographique, les dépenses des Menus Plaisirs pour le transport des personnes et des biens se maintiennent à un niveau élevé (20 % en moyenne) sur la longue durée de la « sédentarisation » de la cour à Versailles : si elles ne s’amplifient guère, elles augmentent en termes absolus (graph. 1). Ce constat statistique tient à plusieurs phénomènes. C’est tout d’abord la conséquence d’une micro-mobilité francilienne qui compense l’immobilité grandissante du souverain à l’échelle du royaume : en témoigne le fait que les dépenses pour le transport représentent la part la plus importante des dépenses consenties pour l’usage direct du roi et de la famille royale. C’est aussi le reflet des mobilités administratives, domestiques, artistiques et artisanales que secrète la politique résidentielle du roi de France autour de lui. Si les mouvements pendulaires des courtisans entre Paris et Versailles sont fréquemment évoqués, les déplacements de ceux qui animent la machinerie de la cour ne doivent pas être oubliés non plus. Le choix de Versailles et la stabilisation de la cour dans l’espace francilien ont permis à la Maison du roi de se passer de « marchands suivant la cour83 », mais les « fermiers des voitures de la cour » demeurent plus que jamais nécessaires pour transporter les effets du roi et de la famille royale, mais aussi acheminer depuis Paris les membres de la Comédie-Française, la Comédie-Italienne et l’Académie royale de Musique dont les représentations scandent la vie de cour84. En jouant sur des entrepreneurs variés dans le secteur du cheval, plus ou moins intégrés à la Maison du roi et, en son sein, à l’administration des Menus, celle-ci parvient à fournir en permanence à la cour les décors nécessaires au cérémonial royal. Le poids de ce secteur d’activité dans les dépenses des Menus Plaisirs traduit ainsi la synergie entre résidences royales et foyer économique parisien. C’est ce système d’approvisionnement qui donne sa cohérence à un réseau de résidences qui sont, pour l’essentiel, fournies par les mêmes artisans issus de la capitale. Centre de production commun à la consommation et à l’ostentation qui se déploient dans les différentes résidences, Paris nourrit des échanges dans tout l’espace francilien : à l’occasion du sacre de Louis XVI à Reims, les éléments du décor destiné au cœur de la cérémonie ne sont pas fabriqués sur place, mais à Paris, à partir d’éléments conservés dans la capitale ainsi que dans les magasins attachés à chacune des résidences du souverain85. Transports par voie de terre et par voie d’eau, domestiques des Menus, officiers de la Maison et entrepreneurs se croisent entre Versailles, Saint-Hubert, Choisy, Paris et Reims : la logistique de cette antique cérémonie condense toute la logique des mobilités du roi de France à l’époque moderne.
Graphique 1. – Répartition de la dépense des Menus Plaisirs, ordonnée par les premiers gentilshommes de la Chambre, puis par le Bureau général des dépenses de la Maison du roi, en fonction des fonctionnalités matérielles pour lesquelles elles étaient consenties.

Conclusion
22Renforcée sous le règne du « roi de guerre » qui poursuivit en les théâtralisant les « galleries et pourmenoirs de Paris en Guyenne ou en Dauphiné » effectués par Louis XIII lors de ses campagnes86, la monarchie administrative est marquée par le déclin des déplacements militaires du souverain en même temps qu’elle a fait de Versailles la norme résidentielle. Absents de Paris, absents des provinces pacifiées, absents des champs de bataille de plus en plus éloignés de leurs États, Louis XV et Louis XVI n’en continuent pas moins de se rendre à Reims pour se faire sacrer et, surtout, de pérégriner au gré de la chasse et des divertissements. C’est en rois qu’ils agissent ainsi, à l’instar des souverains du Moyen Âge et de la première modernité87, ces pratiques étant d’ailleurs de longue date prises en charge par la Maison du roi. Leur dimension symbolique ne suffit pourtant pas à en faire des mobilités de compensation : par contraste et dans le contexte d’une nouvelle culture politique, elles exacerbent au contraire le sentiment d’un roi de France immobile, voire invisible. C’est pourquoi les Bourbons ne se contentèrent pas sous la Restauration de ressusciter l’ancien cérémonial, mais cherchèrent aussi à envoyer les membres de la famille royale en déplacement dans le royaume pour incarner à nouveau physiquement la monarchie sur le territoire88.
Notes de bas de page
1Descimon Robert et Guéry Alain, « Un État des temps modernes ? », in Burguière André et Revel Jacques (dir.), Histoire de la France, t. IV : La longue durée de l’État, Paris, Seuil, rééd. 2000, p. 209-608 ; Descimon Robert et Jouhaud Christian, La France du premier xviie siècle, Paris, Belin, 1996 ; Cosandey Fanny et Descimon Robert, L’absolutisme en France. Histoire et historiographie, Paris, Seuil, 2002.
2Pour une synthèse, voir Meyzie Vincent, « Histoire de l’État », in Bély Lucien et Le Roux Nicolas (dir.), Faire de l’histoire moderne. Un bilan historiographique, à paraître aux Presses de l’université Paris Sorbonne en 2019.
3Roche Daniel, Humeurs vagabondes. De la circulation des hommes et de l’utilité des voyages, Paris, Fayard, 2003.
4L’expression est de Madeleine Foisil dans Jean Héroard, Journal, Paris, Fayard, 1989, 1, p. 320.
5Dauphant Léonard, Le royaume des quatre rivières, Seyssel, Champ Vallon, 2012, p. 273.
6Lalou Élisabeth, Itinéraire de Philippe IV le Bel, Paris, de Boccard, 2007. Voir également sa contribution au présent volume.
7Voir infra.
8Giesey Ralph, Cérémonial et puissance souveraine. France xive-xviie siècles, Paris, Éditions de l’EHESS, coll. « Cahiers des Annales », no 41, 1987 ; Leferme-Falguières Frédérique, Les courtisans. Une société de spectacle sous l’Ancien Régime, Paris, Presses universitaires de France, 2007.
9Lemaigre-Gaffier Pauline, Administrer les Menus Plaisirs du Roi. L’État, la cour et les spectacles dans la France des Lumières, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2016, notamment le chapitre 2.
10Elias Norbert, La société de Cour, trad., Paris, Flammarion, 1985.
11Boutier Jean, Dewerpe Alain et Nordman Daniel, Un tour de France royal. Le voyage de Charles IX (1564-1566), Paris, Aubier, 1984. Voir également dans ce volume la contribution de Jérémie Foa et Matthieu Gellard.
12Châtenet Monique, La cour de France au xvie siècle. Vie sociale et architecture, Paris, Picard, 2002.
13Voir la présentation du projet [http://cour-de-france.fr/rubrique423.html] et les bases de données mises en ligne [http://cour-de-france.fr/rubrique434.html].
14Caroline zum Kolk a ainsi établi les itinéraires de François Ier, Henri II et François II, celui de Catherine de Médicis comme reine régente, ainsi que les lieux de séjour d’Henri III.
15Bove Boris, « Les rois médiévaux sont-ils parisiens ? Essai de synthèse des itinéraires royaux médiévaux de Philippe Auguste à Louis XI (1180-1483) », et Kolk Caroline zum, « La sédentarisation de la cour à Paris d’après les itinéraires des derniers Valois (1515-1589) », in Bove Boris, Gaude-Ferragu Muriel et Michon Cédric (dir.), Paris, ville de cour (xiiie-xviiie siècles), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, p. 25-49 et 51-67.
16Bove Boris, « Les rois médiévaux sont-ils parisiens ? », art. cité.
17Kolk Caroline zum, « Itinéraire des derniers Valois et sédentarisation de la cour à Paris au xvie siècle », art. cité.
18Cette hypothèse intéressante a été formulée par Caroline zum Kolk à partir d’un faisceau de données convergentes, incluant la correspondance de Catherine de Médicis et la promulgation d’ordonnances relatives à l’étiquette dès le règne de Charles IX – et non seulement à partir du règne d’Henri III. Voir également la contribution de Jérémie Foa et Matthieu Gellard dans le présent volume.
19Levantal Christophe, Louis XIV. Chronographie d’un règne, 2 vol., Paris, Infolio, 2009.
20Mazingarbe Karima, L’itinéraire de Louis XVI (mai 1774-juin 1791), 2 vol., mémoire de master 2 sous la direction de Mireille Touzery, université Paris-Est-Créteil, 2015. Le deuxième volume se présente sous la forme d’un tableau exposant au jour le jour les lieux où Louis XVI a passé la nuit, ses faits marquants et les sources utilisées.
21Dans sa Chronographie, Christophe Levantal annonçait une nouvelle étude précisément consacrée à cette dimension (Le cours du Soleil. Les voyages et déplacements de Louis XIV de 1638 à 1715. Étude topochronologique), mais celle-ci ne semble pas avoir été publiée. Signalons en revanche Levantal Christophe, La route royale. Le voyage de Philippe V et de ses frères de Sceaux à la frontière d’Espagne : décembre 1700-janvier 1701, d’après la relation du Mercure galant, Paris, Communication et Tradition, 1996.
22Berland Florence, La cour de Bourgogne à Paris (1363-1422), thèse de doctorat sous la direction de Bertrand Schnerb, université Lille 3, 2011.
23Dussieux Louis et Soulié Eudore (éd.), Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758), 17 vol., Paris, Firmin Didot, 1860-1865.
24Vinha Mathieu da, « Vie de cour et itinérance sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV », communication donnée dans le cadre d’un atelier du programme de recherche « Musique dans les résidences royales » au Centre de musique baroque de Versailles le 20 mars 2015. Je remercie vivement Mathieu da Vinha de m’avoir communiqué le texte de son intervention, dont seuls ont été publiés les éléments relatifs au grand maréchal des logis dans Vinha Mathieu da, Au service du roi, Paris, Tallandier, 2015. Les écroues rédigées par les contrôleurs clercs d’office consistaient en des arrêtés quotidiens des dépenses de la Bouche et rendent compte à la fois des déplacements du Prince et de la logistique que ceux-ci impliquaient, le roi tendant à partir du règne de Louis XIV à nourrir et meubler ceux qu’il logeait dans ses maisons. Les écroues conservées pour la période moderne ne le sont malheureusement que de manière incomplète, par exemple dans la série K des Archives nationales (désormais abrégées AN). Sur la comptabilité de l’hôtel du roi au xviie siècle, voir aussi Lecarpentier-Bertrand Bénédicte, La consommation matérielle de la cour de France, 1594-1670. Étude économique et culturelle des maisons royales, thèse sous la direction de Jean-François Dubost, université Paris-Est Créteil, soutenue en 2016.
25Ceux-ci peuvent notamment être consultés à la Bibliothèque nationale de France et à la bibliothèque-musée de la Comédie-Française.
26Coutin Sophie, « Calendriers et séjours », in Louis XIV à Saint-Germain (1638-1682) : de la naissance à la gloire, Saint-Germain-en-Laye, 1988, p. 54-55. Louis XIII aurait déjà projeté de constituer « un réseau de résidences de pouvoir dans l’Ouest parisien » (Maral Alexandre, Le roi, la cour et Versailles [1682-1789], Paris, Perrin, 2013, p. 18-19).
27Bove Boris, « Les rois médiévaux sont-ils parisiens ? », art. cité.
28Lemarchand Laurent, Paris ou Versailles ? La monarchie absolue entre deux capitales (1715-1723), Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, 2014. Voir également sa contribution au présent volume.
29Vinha Mathieu da, « Vie de cour et itinérance », communication citée.
30Mazingarbe Karima, L’itinéraire de Louis XVI, op. cit., en particulier t. 1, p. 31.
31Becquet Hélène, « La cour de France sous Louis XVI, un système en décadence ? L’exemple de la maison des enfants de France », Dix-Huitième Siècle, no 38, 2006, p. 407-428.
32C’est ainsi que le cardinal de Fleury aurait incité le jeune Louis XV à séjourner plus assidûment, et donc passer la nuit, à Versailles : « Entre 1728 et 1733, ces virées furent incessantes et Narbonne, commissaire de police de Versailles, a calculé alors que, certaines années, le Roi n’y avait guère dormi plus de cent nuits. Le cardinal de Fleury y mit discrètement bon ordre, et, à partir de 1734, ces découchers furent en moyenne deux fois moins nombreux » (Antoine Michel, Louis XV, Paris, Fayard, 1989, p. 444).
33Mazingarbe Karima, L’itinéraire de Louis XVI, op. cit., en particulier t. 1, p. 15-32 (p. 27-29 sur Rambouillet) et p. 60-61.
34Voir le tableau 2 pour les déplacements de Louis XIV hors du Bassin parisien relevés à partir du travail de Levantal Christophe, Chronographie d’un règne, op. cit. Ceux de Louis XVI ont été analysés par Mazingarbe Karima, L’itinéraire de Louis XVI, op. cit., en particulier t. 1, p. 46-52.
35Decalf Guillaume, « Devenir roi : le voyage de Louis XIV dans le sud de la France, 1659-1660 », in Vinha Mathieu da, Maral Alexandre et Milovanovic Nicolas (dir.), Louis XIV : l’image et le mythe, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 21-31.
36Cornette Joël, Le roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot, 1993, chapitre 9 : l’auteur souligne la manière dont l’itinérance militaire est sous Louis XIV spectacle monarchique et préparation à d’autres représentations.
37Louis XIV, Mémoire pour l’instruction du Dauphin (année 1662), cité par Vinha Mathieu da, « Vie de cour et itinérance », communication citée.
38Decalf Guillaume, « Devenir roi », art. cité, p. 30. S’il participa comme son père aux campagnes militaires de Louis XIV, le duc de Bourgogne fut censé s’instruire des réalités du royaume par l’intermédiaire des mémoires des intendants.
39Expression de Primi Visconti, utilisée par Cornette Joël, Le roi de guerre, op. cit., p. 255.
40Antoine Michel, Louis XV, op. cit., p. 123-125 ; Moine Marie-Christine, Les Fêtes de cour et les Menus Plaisirs du Roi sous le règne de Louis XV, thèse de 3e cycle sous la direction de Jean Meyer, université Paris 4-Sorbonne, 1985.
41Antoine Michel, Louis XV, op. cit., p. 353 et suivantes.
42Gaudillot Jeanne-Marie, Le Voyage de Louis XVI en Normandie, Caen, Caron & Cie, 1967, p. xv, cité par Mazingarbe Karima, L’itinéraire de Louis XVI, op. cit., t. 1, p. 49.
43Mazingarbe Karima, L’itinéraire de Louis XVI, op. cit., t. 1, p. 51-52.
44Lescure Mathurin de, Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la cour et la ville de 1777 à 1792, Paris, Plon, 1866, t. II, p. 52, cité par Mazingarbe Karima, L’itinéraire de Louis XVI, op. cit., t. 1, p. 52.
45Ibid.
46Mazingarbe Karima, L’itinéraire de Louis XVI, op. cit., t. 1, p. 49-50.
47Sur ces notions et ce processus de long terme, voir parmi les travaux récents, Plasman-Labrune Irène, Favoriser, exclure et contrôler. État, Églises et étrangers dans la France du premier âge moderne, thèse de doctorat sous la direction de Jean-François Dubost, université Paris-Est-Créteil, 2015.
48Voir la figure 1 pour Louis XIV et, dans une moindre mesure, Mazingarbe Karima, L’itinéraire de Louis XVI, op. cit., t. 2, pour la fin du xviiie siècle.
49Antoine Michel, Louis XV, op. cit., p. 667.
50Ce qui ne préjuge pas de la réception de la cérémonie par les sujets, voir Barbey Jean, « Sacre », in Bély Lucien (dir.), Dictionnaire de l’Ancien Régime, Paris, Presses universitaires de France, 2002, p. 1107-1109 ; Le Goff Jacques, « Reims, ville du sacre », in Nora Pierre (dir.), Les Lieux de mémoire, t. II : La Nation, Paris, Gallimard, rééd. 1997, p. 649-733 ; Weber Hermann, « Le sacre de Louis XVI et la crise d’Ancien Régime », in Le sacre des rois. Actes du colloque international d’histoire sur les sacres et les couronnements royaux, Paris, Les Belles Lettres, 1985, p. 255-272 ; Grell Chantal, « The Sacre of Louis XVI : The End of a Myth », in Schaich Michaël (dir.), Monarchy and Religion. The Transformation of Royal Culture in Eighteenth-Century Europe, Oxford, Oxford University Press, 2007, p. 344-366.
51Lilti Antoine, Figures publiques. L’invention de la célébrité (1750-1850), Paris, Fayard, 2014, chap. 6.
52Mazingarbe Karima, L’itinéraire de Louis XVI, op. cit., t. 1, p. 48.
53Lemaigre-Gaffier Pauline, Du cœur de la Maison du roi à l’esprit des institutions. L’administration des Menus Plaisirs au xviiie siècle, thèse de doctorat sous la direction de Dominique Margairaz, université Paris 1-Panthéon Sorbonne, 2011, vol. 2, chap. 8.
54Si les lieux de séjour long peuvent aussi être des lieux de séjour court (voir Mazingarbe Karima, L’itinéraire de Louis XVI, op. cit., vol. 1, p. 59-60), l’inverse n’est pas vrai.
55Vinha Mathieu da, Le Versailles de Louis XIV. Le fonctionnement d’une résidence royale, Paris, Perrin, 2009, p. 177.
56Lemaigre-Gaffier Pauline, « Les Menus Plaisirs, gestionnaires de la vie théâtrale des Lumières : entre cour et ville au xviiie siècle », European Performance and Drama Studies, no 1, 2013, p. 49-75.
57Voir la figure 1 pour Louis XIV ou Antoine Michel, Louis XV, op. cit., p. 367.
58Mazingarbe Karima, L’itinéraire de Louis XVI, op. cit., t. 1, p. 29.
59Sur l’éthique monarchique du divertissement, voir Viala Alain, La France galante. Essai historique sur une catégorie culturelle de ses origines jusqu’à la Révolution, Paris, Presses universitaires de France, 2008, chap. 3 ; sur les usages de l’étiquette, voir par exemple Hours Bernard, Louis XV et sa cour : le roi, l’étiquette et le courtisan. Essai historique, Paris, Presses universitaires de France, 2002, et la bibliographie exhaustive qui a été mise en ligne par le Centre de recherche du château de Versailles.
60Héritière de l’Hôtel médiéval, la Maison du roi regroupe l’ensemble des officiers au service domestique du roi de France et dont l’organisation en différentes entités telles que la Chambre, la Bouche ou la Chapelle ne doit pas masquer la complexité.
61Vinha Mathieu da, « Vie de cour et itinérance », communication citée : s’il était difficile de respecter à la lettre la même étiquette (Madame Palatine évoque ainsi dans sa correspondance des repas où la liste des convives est élargie par rapport à ce qui se pratiquait à Versailles), tout était entrepris en ce sens, comme le montre par exemple le témoignage du marquis de Saint-Maurice, ambassadeur du duc de Savoie qui suivit certaines des campagnes de Louis XIV, mais put aussi assister à des manœuvres effectuées dans le cadre du fort Saint-Sébastien où l’accès à la tente du roi donnait lieu aux mêmes conflits de préséance que dans ses appartements.
62L’État de la France, Paris, David Père, 1749, p. 258 et suivantes.
63Newton William Richtey, La petite cour. Domestiques et serviteurs à Versailles au xviiie siècle, Paris, Fayard, 2003, p. 77.
64Ibid., p. 78.
65Dulong Claude, Le mariage du Roi-Soleil, Paris, Albin Michel, 1986, cité par Vinha Mathieu da, « Vie de cour et itinérance », communication citée.
66Antoine Michel, Louis XV, op. cit., chapitre 8.
67Vinha Mathieu da, « Vie de cour et itinérance », communication citée ; Lemaigre-Gaffier Pauline, « L’ambassadeur de Famille diplomate et courtisan à la cour des Bourbons. L’exemple du comte d’Aranda, ambassadeur d’Espagne en France (1773-1787) », article à paraître en 2019 dans le Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles.
68Alexandre Bontemps possédait ainsi une « tente de coutil pour la guerre » (Vinha Mathieu da, « Vie de cour et itinérance », communication citée).
69Ibid.
70Ibid.
71Ibid.
72L’État de la France, Paris, David, 1736, p. 98, mentionne ainsi un « Fourrier » spécifiquement chargé de « marquer les logis pour la Chapelle-Musique ».
73Ces attributions avaient pourtant été dûment spécifiées dans un règlement de 1745 : « Reglement entre les Premiers Gentilshommes de la Chambre du Roy ; les Capitaines et Gouverneurs des Maisons Royales et le Directeur General des Bâtimens, Jardins, Arts et Manufactures de Sa Majesté », AN, O1 820, no 8, article I. Voir Lemaigre-Gaffier Pauline, Administrer les Menus Plaisirs du Roi, op. cit., chap. 2.
74Bernasconi Gianenrico, Objets portatifs au Siècle des Lumières, Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, 2015, p. 212-225.
75AN, O1 3277, article 1 du « Reglement du Roy sur la nature des Meubles ordonnés par les Premiers Gentilshommes de la Chambre… ».
76AN, O1 1042, no 138, « Mémoire pour les Premiers Gentilshommes au sujet du deuil ».
77États de la dépense des Menus Plaisirs pour l’année 1744, AN, O1 2865, fo 147 ro-fo 161 vo. La description de ces aménagements est proche de celle donnée par le marquis de Saint-Maurice à propos des « tentes du roi […] les plus superbes et les plus spacieuses que l’on puisse voir […] » (mentionné par Vinha Mathieu da, « Vie de cour et itinérance », communication citée).
78Ibid.
79AN, O1 3076B.
80L’État de la France, Paris, David, 1736, p. 307.
81Lemaigre-Gaffier Pauline, Du cœur de la Maison du roi, op. cit., t. 1, chap. 2.
82Ead., Administrer les Menus Plaisirs du Roi, op. cit., chap. 2.
83Au xviiie siècle, les marchands qui portent ce titre ne suivent en effet plus la cour dans ses déplacements et sont d’ailleurs loin de se consacrer à son service, voir Gherram Jasmine, Marchands suivant la cour et fournisseurs à la cour de France. Approche institutionnelle et sociale, xviie-xviiie siècles, mémoire de master 2 sous la direction de Dominique Margairaz, université Paris 1-Panthéon Sorbonne, 2007.
84Pour une synthèse, Lemaigre-Gaffier Pauline, « Voitures de la Cour », in Vinha Mathieu da et Masson Raphaël (dir.), Versailles. Histoire et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, 2015, p. 691-692.
85Les « voituriers des Menus » cumulèrent à eux seuls pas moins de 327 journées de transport entre octobre 1774 et juillet 1775 (Lemaigre-Gaffier Pauline, « La mise en scène du corps du roi : les Menus Plaisirs et l’organisation du sacre de Louis XVI », in Lanoë Catherine, Vinha Mathieu da et Laurioux Bruno [dir.], Cultures de cour, cultures du corps en Europe, xive-xviiie siècles, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2011, p. 153-170).
86Citation du Prince de Guez de Balzac dans Cornette Joël, Le roi de guerre, op. cit., p. 250.
87Karima Mazingarbe fait ainsi remarquer que Louis XVI ne chasse pas plus que Louis XV (ead., L’itinéraire de Louis XVI, op. cit., t. 1, p. 65).
88Becquet Hélène, Marie-Thérèse de France. L’orpheline du Temple, Paris, Perrin, 2012, p. 224-226.
Auteur
-
Pauline Lemaigre-Gaffier
Maître de conférences en histoire moderne à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, EA 2449 – DYPAC (Dynamiques patrimoniales et culturelles)
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