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    Plan détaillé Texte intégral Le problème rhénan Malheurs germaniques et gloires vaticanes Des pratiques concordataires à deux vitesses Épilogue Notes de bas de page

    Pacelli à Berlin

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre IV. Sous Pie XI : du quasi-triomphe au repli bavarois (1922-1925)

    p. 101-132

    Texte intégral Le problème rhénan Un conflit semi-armé La France dans la Ruhr : l’enjeu sécuritaire et sidérurgique Le séparatisme bavaro-rhénan et sa dimension catholique Malheurs germaniques et gloires vaticanes Le Vatican dans la mêlée De la mission Testa à Quando nel principio Pour la grâce des condamnés Succès romains Des pratiques concordataires à deux vitesses Obstruction prussienne et impasse sur la question scolaire La conclusion du concordat bavarois Épilogue La renonciation au concordat d’Empire Une victoire de l’intégrisme ? Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Benoît XV s’éteignit le 22 janvier 1922, et le cardinal Ratti assuma sa succession le 6 février suivant. Le conclave s’était ouvert sur la confrontation entre Merry del Val et Gasparri. L’ancien secrétaire d’État de Pie X était encore le chef de file de l’intégrisme, tandis que le second se posait naturellement comme l’héritier du pape dont il avait été le bras droit, et le continuateur de sa politique d’accommodements. Le hic, c’est que chacun avait occupé le plus haut siège de l’administration vaticane après celui du pontife, et avait suscité les inimitiés propres à la fonction. Il était donc peu probable que l’un ou l’autre parvienne à rassembler assez de voix sur son nom. L’histoire démontrait d’ailleurs que rarement les secrétaires d’État finissaient ceints de la tiare, le seul cas connu remontant au milieu du xviie siècle, lorsque Jules Rospigliosi devint Clément IX – l’élection de Pacelli en 1939 fera de ce point de vue exception. Les cardinaux La Fontaine et Maffi, respectivement patriarche de Venise et archevêque de Pise, faisaient de meilleurs candidats, mais ils étaient encore trop marqués par l’appartenance à l’un ou l’autre des deux camps pour emporter les voix nécessaires à l’élection, si bien qu’au dernier tour de scrutin, celles-ci se reportèrent sur un homme de compromis1.

    2Cardinal depuis moins d’un an, le papabile Ratti n’en alignait pas moins toutes les expériences nécessaires. Ce Lombard de 64 ans était avant tout un érudit, qui, au plus fort de la crise moderniste, avait dirigé la bibliothèque Ambrosienne de Milan (1907-1911) avant d’assumer la vice-préfecture puis la préfecture de la bibliothèque Vaticane (1911-1918). C’est ce qui faisait écrire au père Gemelli à l’issue du conclave que « c’est la culture qui monte sur le trône de Pierre, c’est la science qui apparaît revêtue des habits pontificaux2 ». Ratti avait ensuite exercé dans la diplomatie, comme visiteur apostolique en Pologne et en Lituanie en 1918, avant d’être nommé l’année suivante nonce à Varsovie. Après que l’affaire silésienne l’eut obligé à quitter la Pologne, il fut promu cardinal et archevêque de Milan le 13 juin 1921, ce qui, comme Della Chiesa avant lui, corrigeait le trop-plein d’administratif de son parcours pour lui donner une couleur plus pastorale. Pour ce qui est des partis ecclésiastiques, il se situait au milieu : il pouvait se prévaloir d’avoir commencé sa carrière curiale sous Pie X et d’en avoir gravi rapidement les échelons sous Benoît XV. Élu à la chaire de saint Pierre autant avec les voix de Merry del Val que celles de Gasparri, il se devait de gouverner avec l’un et l’autre. De fait, il ne rompit nullement avec le camp intégriste. Il prit le nom de Pie, et maintint Merry del Val à la tête du Saint-Office, De Lai à la Consistoriale, et van Rossum, déjà moins marqué du sceau sartien, à la Propagande. En revanche, l’orientation décisive de sa politique fut donnée par la confirmation à la Secrétairerie d’État de Gasparri, qui y demeura sept années, soit plus que les deux ou trois années nécessaires pour remplir la sorte de contrat moral qu’avait fait contracter au nouveau pape le report des voix du secrétaire d’État sortant sur sa personne : au moins, sa diplomatie serait léonine3.

    3De fait, le pontificat rattien en répéta bien les formules, à commencer par l’encyclique-programme de Noël 1922, Ubi arcano Dei. Il y dressait, comme son prédécesseur, les maux de la société moderne et en indiquait le remède : la restauration de la société chrétienne. « La paix du Christ dans le règne du Christ » était la devise de Pie XI. Point de paix, donc, sans le Christ et son Église, ce qui était aussi une manière d’annoncer de nouvelles interventions papales sur la scène internationale. Pape des missions, des concordats, de l’Action catholique, de la réconciliation avec l’Italie, ou de la réforme des séminaires : les qualificatifs ne manquent pas qui désignent chez Pie XI le désir d’affirmer la présence de l’Église romaine à tous les échelons de la société et jusqu’aux confins de son empire universel. Ce qui n’empêcha pas pour autant le secrétaire d’État reconduit d’affronter les foudres de ceux qui avaient espéré le voir déchoir avec le changement de pontificat : face aux intrigues de Merry et de ses amis, Gasparri éprouva quelques difficultés à se réimposer depuis la Secrétairerie d’État, et il fallut toute la conviction du nouveau pontife pour maintenir à la fois l’équilibre curial et l’autorité de son bras droit4.

    4Dans les affaires allemandes, les lignes de force demeurèrent celles du pontificat de Benoît XV : le soutien au Reich et à son unité dans l’optique de conclure un Reichskonkordat. L’année 1923, avec le conflit de la Ruhr, fournit à la papauté l’occasion de conforter sa présence sur la scène européenne et ses prétentions à incarner une Puissance morale, tout en œuvrant en faveur de l’Allemagne occupée. Ces grandes heures de la diplomatie vaticane firent dans le même temps toucher du doigt la réalisation du vieux rêve reichs-concordataire. Néanmoins, sur cette dernière question, les inflexions amorcées précédemment par le nonce trouvèrent elles aussi confirmation, car l’arrivée de Ratti, comme moyen terme entre la ligne intégriste de Merry del Val et la veine rampollienne incarnée par Gasparri, troubla quelque peu le jeu de la diplomatie pontificale. Elle donna plus de poids à Pacelli et l’aida à faire triompher le projet bavarois face à celui d’un traité valable pour l’ensemble du Reich, préféré par le secrétaire d’État. Le concordat bavarois fut signé le 29 mars 1924 et adopté par le Landtag en janvier 1925. Très favorable à l’Église, il ne déboucha cependant pas sur un concordat d’Empire, et signifia donc un rabais des ambitions originelles. Jusqu’à quel point ne fut-il pas aussi la victoire d’un intégrisme catholique ?

    Le problème rhénan

    Un conflit semi-armé

    5Le 11 janvier 1923, en représailles pour le non-versement des sommes réclamées au titre des réparations de guerre, les troupes franco-belges entraient dans la Ruhr, sous prétexte de protéger leurs ingénieurs venus prendre des gages productifs dans le premier bassin minier d’Europe. Cette intervention poussait plus loin encore l’occupation militaire des territoires rhénans, car depuis la signature de l’armistice, la rive gauche du Rhin ainsi qu’une bande d’environ trente kilomètres sur la rive droite étaient occupées par les forces alliées. Au sud, entre Kehl et Mayence, avec en sus une zone enclavée autour de Bonn, la zone française était la plus vaste – les trois quarts de la superficie totale occupée. Les Britanniques s’étaient installés au nord, à Cologne, et les Belges au nord-est, entre Aix-la-Chapelle et la frontière néerlandaise. Les Américains étaient au centre, dans la région de Coblence. L’ensemble de ce territoire correspondait essentiellement à la Province rhénane, une province du Land de Prusse. La zone française touchait également une partie du Land de Hesse – à l’est de Mayence – ainsi que le Palatinat bavarois – entre Trèves et Spire.

    6L’article 428 du traité de Versailles avait fixé la durée de cette occupation entre cinq et quinze années selon les zones. L’Arrangement rhénan, signé au même moment, avait institué une Haute Commission Interalliée des Territoires Rhénans (HCITR), destinée à assurer une liaison administrative et technique avec les autorités allemandes, et qui pouvait le cas échéant se substituer complètement aux pouvoirs locaux. L’article 430 prévoyait une extension ou une prolongation dans le temps de l’occupation en cas de non-respect par l’Allemagne des autres clauses du traité : ce fut la justification de nouvelles occupations entre 1920 et 19235.

    7La première eut lieu au printemps 1920. Alors que des insurrections communistes avaient enflammé la Ruhr en réaction au putsch de Kapp, troupes régulières et corps francs avaient pénétré la zone démilitarisée pour y ramener l’ordre, en dépit des dispositions du traité de Versailles : en guise de sanction, les soldats français avaient occupé Francfort et Darmstadt. Un an plus tard, en raison à la fois du non-paiement par l’Allemagne de l’acompte de 20 milliards et du blocage des discussions pour fixer un chiffre définitif, l’occupation fut étendue au nord de la région, jusqu’à Düsseldorf, Duisbourg et Ruhrort. Devant la menace de nouvelles sanctions, le chancelier Wirth obtint du Reichstag qu’il acceptât, le 11 mai 1921, le montant de 132 milliards de marks-or fixé par la Commission des Réparations, abaissé au mois d’octobre par une série d’accords qui devaient privilégier des versements en nature. Mais dès le mois de décembre, l’Allemagne demandait un premier moratoire, encouragée par des Britanniques peu enclins à accepter ces paiements industrialo-miniers qui ne profitaient qu’aux Français6. On en discuta à la conférence de Gênes, au printemps 1922, où, pour la première fois, les Allemands furent invités à prendre part aux discussions. C’est alors qu’en marge de la conférence, les délégations russe et allemande signèrent dans la localité voisine de Rapallo, le 10 avril, un traité de reconnaissance mutuelle et de coopération. L’accord fit l’effet d’une bombe dans les chancelleries européennes, parce qu’au-delà de l’entrée de l’URSS sur la scène internationale, il signifiait que l’Allemagne avait les moyens de reconstituer une alliance contre les vainqueurs de 1918. Cette perspective donna corps aux velléités françaises de prendre de nouvelles garanties sécuritaires sur le Rhin7.

    8La conférence du mois d’août se solda sur le même constat d’échec que les réunions précédentes, augmenté d’une tension maximale entre les anciens Alliés. Si la Grande-Bretagne acceptait de réduire la dette allemande, il n’était pas question pour Poincaré d’accorder un quelconque moratoire sans obtenir en échange des gages productifs. Il pensait pour cela à la Ruhr, le centre de la production industrielle et minière du bassin westphalo-rhénan, et avait là le soutien des Belges et des Italiens. Le 26 décembre 1922, puis encore le 9 janvier 1923, la Commission des Réparations constata les défauts de paiement de la part de l’Allemagne et son refus de coopérer. Le 11, l’intervention militaire commença, officiellement pour encadrer les ingénieurs français, belges et italiens qui composaient la Mission interalliée de contrôle des usines et des mines (MICUM). Le 19 janvier, le gouvernement de Cuno décidait la résistance passive, c’est-à-dire à la fois l’arrêt des réparations ou des livraisons en nature et la grève générale, le tout financé par le Trésor et encouragé par une campagne contre les occupants. Ces derniers répliquèrent par le contrôle de toute l’administration rhénane, l’instauration d’une frontière douanière pour isoler les territoires rhénans du reste de l’Allemagne, et l’expulsion ou l’emprisonnement des fonctionnaires prussiens récalcitrants.

    9Les conséquences furent dramatiques. Le Ruhrkampf provoqua l’effondrement du mark, qui entraîna une recrudescence du chômage, de la misère, mais aussi de la haine à l’égard de l’État weimarien. Après les crimes politiques de 1922, celui-ci dut affronter une nouvelle vague insurrectionnelle, mêlant des forces communistes en Saxe et en Thuringe aux manœuvres séparatistes en Bavière, dans le Palatinat et dans les Pays rhénans, tandis qu’Hitler se faisait connaître par son putsch manqué. Une fois encore, le pays était au bord de l’effondrement.

    La France dans la Ruhr : l’enjeu sécuritaire et sidérurgique

    10Du côté de la France, l’opération se révéla un fiasco financier, car pour contrer la résistance passive, le pays devait transférer dans la Ruhr non seulement ses soldats et ses ingénieurs, mais également ses ouvriers et ses administrateurs. Mais là ne résidait pas l’enjeu principal de l’occupation. Les sanctions rhénanes ne devaient pas seulement forcer le gouvernement allemand à payer les réparations, elles devaient servir un projet de plus grande ampleur, qui trouvait son sens dans la séparation, à terme, des territoires du Rhin.

    11En effet, la première des préoccupations de la France depuis la fin de la guerre était sa sécurité. À Versailles, on la lui avait garantie par le désarmement de l’Allemagne, aux effectifs militaires réduits à 100 000 hommes, ainsi que par la démilitarisation définitive de la frontière rhénane et le contrôle militaire interallié au même endroit. La garantie militaire britannique et nord-américaine aurait dû représenter la clé de voûte de cet arsenal défensif, mais elle fut réduite à néant après le refus du Sénat américain de ratifier le traité de paix. Les occupations rhénanes devaient alors compenser cette défection, premièrement en permettant à l’armée française de contrôler le bassin industriel qui avait fabriqué le matériel de guerre, deuxièmement en favorisant la séparation de la Rhénanie, soit pour l’annexer et porter la frontière nationale à la barrière naturelle du Rhin, soit pour en faire un glacis protecteur face au Reich.

    12L’idée, derrière cette politique rhénane, c’était donc de se prémunir d’une éventuelle attaque brusquée de l’Allemagne. Paris avait cependant aussi en tête un véritable projet sidérurgique : restaurer les échanges coke-fer entre la Ruhr et la Lorraine aux conditions imposées par la France8. En effet, le coke, indispensable à la fabrication de l’acier par la sidérurgie lorraine recouvrée, était rare en France, alors qu’il était abondant dans la Ruhr. Le risque était donc grand pour la métallurgie française de se retrouver à moyen terme dans la dépendance des industriels allemands. L’occupation militaire devait donc permettre aux industriels français de doubler l’approvisionnement en coke, tout en prenant d’importantes participations dans les mines allemandes pour assurer l’avenir. Et de ce point de vue encore, on ne désespérait pas de détacher à terme les territoires rhénans du reste de l’Allemagne.

    Le séparatisme bavaro-rhénan et sa dimension catholique

    13Les chances d’une séparation rhénane n’étaient d’ailleurs pas si minces. La question de l’unité allemande n’avait jamais cessé de hanter les régimes qui avaient succédé au Saint-Empire : la Confédération germanique n’avait pas survécu au dualisme austro-prussien, et c’est au prix d’une douloureuse coupure avec l’Autriche que Bismarck avait construit le second Reich. En 1918, dans l’écroulement du régime impérial et la mise sur pied de la République, le problème unitaire resurgit logiquement9. Deux principes avaient jusque-là sous-tendu les constructions politiques germaniques : la Grande Allemagne, qui englobait l’Empire austro-hongrois et reposait sur une structure fédérale nécessairement extensive pour permettre la coexistence de ses deux plus grosses entités, la Prusse d’un côté, l’Autriche et ses cinquante millions de sujets allemands, hongrois, polonais, croates ou italiens, de l’autre ; ou bien la solution petite allemande, centralisée autour de la seule Prusse, comme s’y était résolu le chancelier de Fer. Désormais, le hiatus était possible. Les républicains ne pouvaient renoncer au centralisme, au nom des valeurs universelles revendiquées par la social-démocratie et pour empêcher le retour au pouvoir des princes. En revanche, rien n’excluait d’y intégrer désormais l’Autriche maintenant qu’elle était amputée de la Hongrie et de ses sujets non-allemands. L’étroitesse de ses nouvelles frontières faisait de toute façon planer le doute sur la viabilité de l’État danubien, qui, dès la fin de la guerre, demanda son rattachement à la nouvelle République allemande. Le traité de Versailles en stipula l’interdiction, ce qui obligea à retourner pour un temps à la solution petite-allemande.

    14La cohésion du régime weimarien était cependant loin d’être assurée. Rien n’obligeait les anciens États du Reich à adhérer au nouveau cadre républicain, dès lors qu’on y faisait la même expérience qu’à Berlin de la vacance de la légitimité politique. Par ailleurs, le nouveau régime poussait le centralisme plus loin que ne l’avait osé Bismarck. La République, au nom de l’universalisme révolutionnaire dont elle était issue, gommait les particularismes locaux pour ce qu’ils signifiaient d’inégalités, et tendait vers l’unitarisme. Les Länder peinaient à en accepter la législation normative, en premier lieu dans les domaines culturel et financier, jusqu’alors terrains privilégiés de l’autonomie régionale. C’est donc assez naturellement que le parti de la réaction se tourna vers les dynasties déchues, porteuses des identités particulières désormais fondues dans l’unitarisme républicain.

    15Le sentiment monarchique était d’autant plus fort en Bavière que la dynastie des Wittelsbach y avait régné pendant plus de huit siècles. Mais si les Bavarois espéraient de leur retour sur le trône le rétablissement des privilèges traditionnels de l’ancien royaume, certains acceptaient même l’idée d’accueillir un Habsbourg. Et c’était là toute l’ambiguïté du séparatisme bavarois, qui put quelquefois bénéficier de la complaisance, sinon de quelques membres du pouvoir central, tout au moins de la mouvance nationaliste et pangermaniste, car il était un moyen de réaliser l’Anschluss interdit par Versailles. On pouvait bercer la France d’illusions en proclamant avec son soutien la séparation du Reich, puis réunir la Bavière et l’Autriche sous la couronne de l’une ou l’autre des dynasties catholiques, en attendant le retour ultérieur dans un Reich décentralisé. C’eut été, à terme, la réalisation du rêve grand-allemand, et peut-être la renaissance d’un Saint-Empire bâti sur les ruines de la Prusse et sur le pouvoir des catholiques du Sud10.

    16La dimension catholique du séparatisme bavarois tenait aussi à l’antiprussianisme sur lequel il prenait appui, qui prolongeait en fait la rivalité entre les terres acquises à la Réforme et celles demeurées fidèles à Rome. En 1919, cet antiprussianisme se mêla au sentiment antirévolutionnaire, nourri en Bavière par les excès de la révolution des Conseils. Après avoir été l’un des foyers du mouvement spartakiste, la région devint effectivement le refuge de forces contre-révolutionnaires et antirépublicaines, le fief de la droite et de l’extrême droite, abritant jusqu’aux mouvements völkisch et pangermanistes, les anciens des corps francs, le parti national-socialiste et toutes les forces qui cherchaient à remplacer la démocratie par un système autoritaire11. Sans atteindre ces extrêmes, la fondation en décembre 1918 d’un Parti populaire bavarois, et sa séparation en 1920 d’avec le Zentrum dont il critiquait la collaboration avec la social-démocratie, était pourtant bien de la même veine : « L’union de la révolution asiatique et du bolchevisme dans le Nord de l’Allemagne, tel est toujours le danger ; son canal naturel, c’est le centralisme prussien, et le remède, le contrepoison, est dans le fédéralisme » affirmait le chef du parti au représentant français à Munich12. Ce « Los von Berlin » allait plus loin que le seul fédéralisme, le parti ne faisant guère mystère de ses desseins monarchistes et séparatistes. Son antirépublicanisme en découlait naturellement, et c’est sur ce terrain que des contacts furent pris avec la mouvance pangermaniste.

    17Le séparatisme rhénan se développait lui aussi en milieu catholique, dans l’hostilité à la Prusse et dans l’inquiétude devant une République issue de la révolution socialiste. Les Provinces rhénanes avaient été incorporées au royaume de Prusse en 1815, mais elles en étaient restées séparées à la fois géographiquement, par le Hanovre et la Hesse, et culturellement, puisque la Rhénanie avait donné à l’État des Hohenzollern une orientation occidentale et citadine, alors qu’à l’est de l’Elbe ses horizons étaient demeurés orientaux et agraires. Au début du xixe siècle, c’est encore sur les rives du Rhin qu’était née la grande industrie, autour d’une bourgeoisie libérale et entreprenante, tandis que la Prusse de l’Est, avec ses grandes propriétés rurales, fonctionnait toujours très largement dans le cadre d’une féodalité tardive. Les différences s’étaient estompées avec le temps, et les terres rhénanes avaient profité de l’hégémonie prussienne dans le Kaiserreich. Cependant, l’appartenance confessionnelle avait beau perdre de son caractère structurant, la Prusse n’en demeurait pas moins protestante, et la Rhénanie catholique. Et c’est justement en Rhénanie que se jouait le destin du catholicisme allemand, car non seulement la région avait donné naissance à la première mouture d’un parti catholique au moment de la révolution de 1848, mais elle constituait également une force de catholicité pour le très grand nombre d’associations qu’elle abritait depuis l’époque du Kulturkampf, à commencer par la plus célèbre d’entre elles, le puissant Volksverein13.

    18Depuis la fin de la guerre, l’idée séparatiste s’y appuyait principalement sur la séparation du Land de Prusse et la création d’un Land rhénan autonome au sein du Reich14. Les populations en avaient d’abord escompté un meilleur sort à Versailles. Le maire de Cologne, le démocrate-chrétien Konrad Adenauer, s’était prononcé le 1er février 1919 pour cet État tampon qui devait opposer au militarisme prussien un esprit pacifique et dresser un rempart contre le bolchevisme. Le mouvement avait trouvé des sympathies chez le nouvel archevêque, le cardinal Schulte, ainsi que dans la fraction locale du Zentrum, autour de la Kölnische Volkszeitung ; mais aussi hors de Rhénanie, chez les députés centristes Trimborn ou Joos par exemple, car il s’inscrivait dans la tradition fédéraliste du parti. Ce fut d’ailleurs Mgr Kaas, député centriste pour la région de Trèves et membre influent du parti, qui fit inscrire dans l’article 18 de la Constitution de Weimar le droit pour les provinces du Land d’en réclamer la sortie tout en demeurant dans le Reich. Son application fut cependant reportée à l’année 1921, avant d’être enterrée au vu des circonstances biaisées de l’occupation militaire15. C’était du même coup renvoyer les partisans d’une solution fédéraliste au coup de force et au séparatisme total. Une première tentative avait eu lieu dès juin 1919, lorsque Hans Dorten, prenant de court les revendications fédéralistes d’Adenauer, avait proclamé à Wiesbaden une République rhénane, avec le soutien des troupes du général Mangin ; comme cette collusion n’avait rien donné à Versailles, il avait été rapidement désavoué par l’opinion.

    19Dans les années 1920-1922, l’activisme franchement séparatiste ne séduisait plus qu’une minorité, mais il inquiétait les responsables politiques et religieux, car il s’éloignait de ses racines catholiques et modérées pour se mêler aux cercles anarchistes et communistes. Et en 1923, rien n’excluait non plus leur jonction avec l’extrême droite antirépublicaine, dès lors que le conflit de la Ruhr ravivait de toute part les émotions extrêmes, ou avec le mouvement bavarois16. Surtout, les Français avaient désormais les moyens d’accélérer cette séparation, dessein qui était connu de toutes les chancelleries européennes. La Curie s’était par exemple procuré un rapport de la commission parlementaire du budget, daté du 25 mai 1922, qui, annonçait clairement ce que la France voulait entreprendre en Rhénanie :

    « Le premier acte de cette politique, c’est l’organisation financière de la Rhénanie : une barrière douanière élevée à l’Est vers l’Allemagne, et abaissée à l’Ouest vers la France, afin d’éviter l’étouffement économique résultant d’une double muraille fiscale raréfiant les échanges et compromettant la vie industrielle des pays rhénans ; un budget séparé de celui du Reich ; la substitution d’une monnaie saine au mark avarié. Le second acte, c’est le remplacement des fonctionnaires prussiens par des fonctionnaires rhénans. Le troisième, c’est l’extension des pouvoirs de la Haute Commission et la convocation d’une Assemblée élue. Projets ambitieux sans doute, mais qui, exécutés avec sagesse et discernement à mesure que l’Allemagne se dérobera à ses engagements, seraient pleinement justifiés. Politique de longue haleine où une diplomatie avisée doit rattacher l’un à l’autre les chaînons successifs d’une action réfléchie qui détachera peu à peu de l’Allemagne une Rhénanie libre sous la garde militaire de la France et de la Belgique17. »

    20La France occupait effectivement une place prépondérante sur le Rhin. Non seulement sa zone d’occupation était la plus vaste, mais elle dominait aussi au sein de la HCITR. La commission, qui comptait quatre membres délégués par la France, la Belgique, la Grande-Bretagne et les États-Unis, prenait les décisions concernant l’entretien, les besoins et la sécurité des forces militaires, ce qui lui permettait, prétextant quelque trouble à l’ordre public, de se substituer aux forces de police, de justice, ou aux instances économiques allemandes de la région, et de donner des ordres aux fonctionnaires en place. Après le départ des Américains, les Anglais se retrouvèrent isolés face aux desseins annexionnistes français et belges, et face à la forte personnalité du haut-commissaire français, Paul Tirard, qui présidait aussi la commission18. Ce dernier travaillait à la constitution d’une entité rhénane : en 1923, il prit de nouvelles mesures, en rétablissant en particulier un cordon douanier entre les territoires occupés et le reste de l’Allemagne. Il comptait aussi créer une administration autonome des chemins de fer et instaurer une nouvelle monnaie, mais la ferme opposition de Londres mit un terme à ces intentions.

    Malheurs germaniques et gloires vaticanes

    21Avec l’occupation de la Ruhr et la nouvelle flambée insurrectionnelle, l’Allemagne connut en 1923 son annus horribilis. Or, celle-ci fit le bonheur de la papauté rattienne, qui s’accordait avec la France et s’abouchait avec la Russie soviétique, mais secourait également l’Allemagne dans le conflit des réparations, et se posait à travers lui comme arbitre universel. Le Britannique Sir Odo Russell, envoyé extraordinaire du gouvernement de Sa Majesté auprès du Saint-Siège, pouvait alors commencer son compte rendu annuel au ministre, le 30 décembre 1923, de la manière suivante : « Le prestige et l’autorité du Saint-Siège à travers le monde n’ont jamais atteint un niveau aussi élevé qu’à ce jour, à la fin de l’année 1923, sous le pontificat de Pie XI19. »

    Le Vatican dans la mêlée

    22Le Vatican était d’autant plus concerné par l’épisode conflictuel de la Ruhr, que ce qui faisait l’unité des territoires rhénans, ce n’était pas seulement l’histoire, la géographie, ou l’actualité diplomatique, c’était aussi la confession religieuse de la première région catholique d’Allemagne, cette ancienne Pfaffengasse ou « Allée des prêtres », berceau des œuvres et du Zentrum. Et la religion ne fut pas en reste dans cette nouvelle échauffourée où s’entredéchiraient surtout des catholiques. Chaque épiscopat criait à l’injustice, chaque camp s’opposait à l’autre sur le terrain de l’humanité et du bon droit, et adjurait la papauté de se prononcer. « Voilà Rome dans le même embarras que pendant la guerre », pouvait alors écrire Mgr Baudrillart20.

    23La papauté fut assaillie de tous côtés, d’abord et surtout par les Allemands qui réclamaient son secours. Selon eux, le traité de Versailles n’autorisait que des sanctions économiques ou territoriales, mais en aucun cas, et pour un seul manquement, la double peine qui leur était imposée. « On ne saurait exiger d’une même poule qu’elle serve de volaille, de potage, et qu’en même temps elle ponde », écrivait au Saint-Père le député centriste et conseiller des papes Victor Naumann, pour mieux souligner le caractère inique d’une opération qui réduisait encore les possibilités pour l’Allemagne d’assurer ses paiements21. La Secrétairerie d’État recevait presque quotidiennement, directement ou via la nonciature, de la part d’hommes politiques, du clergé et plus encore de la noblesse catholique, de multiples lettres et rapports alarmants. En guise de plaidoyer, on annonçait la volonté ferme de l’Allemagne de résister jusqu’à ses ultimes forces, on prévoyait un nouvel embrasement au cœur de l’Europe, on prédisait la faillite prochaine de l’Allemagne, l’écroulement du Reich, la révolution mondiale. Le nonce Pacelli était lui-même très inquiet, tout en s’interrogeant sur la valeur de ces témoignages : était-ce là une manœuvre pour obtenir les faveurs de la papauté, ou au contraire la guerre menaçait-elle d’éclater une nouvelle fois, et le pays risquait-il vraiment de tomber dans les griffes des bolcheviques22 ?

    24Le secrétaire d’État Gasparri était plutôt sceptique devant ces prévisions excessives23, mais il craignait les visées annexionnistes de Paris. Il connaissait bien les velléités de Mgr Rémond, l’aumônier militaire français envoyé sur le Rhin. Les Allemands lui rapportaient la propagande française sur le terrain culturel – censure des journaux allemands, diffusion d’une nouvelle presse française ou bilingue, représentations gratuites de théâtre ou de cinéma, enseignement linguistique, cours de cuisine, etc. – et l’expulsion des fonctionnaires rhénans et de leurs familles24. Plus inquiétant était le soutien apporté par les autorités franco-belges aux mouvements séparatistes ou bolcheviques, le danger devenant chaque jour plus grand de voir ces groupes prendre le pouvoir en Rhénanie. Or, la perspective d’un détachement des régions rhénanes, en enlevant le cœur du catholicisme allemand et six millions et demi de voix catholiques, remettait en cause le projet de reconquête chrétienne de l’Allemagne, et tout particulièrement la signature d’un concordat du Reich.

    25L’épiscopat se joignait aux protestations. Le cardinal Schulte se faisait auprès du nonce « l’interprète des sentiments de vif mécontentement très largement diffusés en Allemagne à l’égard du Saint-Siège », dont on attendait qu’il dénonce, sinon l’occupation en tant que telle, au moins « la brutalité de l’invasion, les actes de cruauté qu’en temps de paix doivent supporter tant d’hommes honnêtes et braves, et dans de nombreux cas aussi leurs femmes et leurs fils25 ». L’archevêque de Cologne s’engagea pleinement dans l’offensive antifrançaise. Il lança le 28 janvier un appel à la résistance passive, pratiquement hissée au rang de devoir catholique, et il invita les populations des campagnes environnantes à soutenir les familles des grévistes. Les évêques de Paderborn et de Münster se joignirent à lui le 3 mars pour dénoncer « le tort inacceptable » que l’intervention française portait « à la société chrétienne et au nom catholique », tandis que l’évêque de Trèves, Mgr Bornewasser, fustigeait l’emploi d’un évêque aumônier militaire en Rhénanie pour servir les buts annexionnistes français. La curie de Cologne fit ensuite paraître le premier numéro des Échos de l’Allemagne catholique, un bulletin envoyé aux évêques du monde, qui dressait en allemand, en français et en anglais la liste des brutalités françaises26.

    26Le chargé d’affaires près le Saint-Siège, Henri Cambon, pria naturellement le Saint-Père de calmer ces ardeurs et de faire cesser ces appels à la résistance. Il insista sur la responsabilité de l’Allemagne en matière de réparations, et sur la mission qui était celle des évêques :

    « Le rôle des dignitaires ecclésiastiques auprès du peuple allemand serait de l’exhorter à se conduire enfin en honnête homme qui ne renie pas sa signature et qui s’efforce de réparer, dans la mesure même incomplète où cela lui est possible, les maux effroyables dont il est responsable. Si cette claire vision de la réalité est troublée chez certains membres de l’Église d’Allemagne par les passions locales dont ils sont les témoins, seul le Saint-Siège peut éclairer leur jugement et ramener leur action dans une voie plus droite vers un but de pacification27. »

    27« La prohibition de toute protestation, même pacifique, contre l’occupation française, prendrait évidemment le sens d’une approbation », opposa néanmoins le secrétaire d’État au jeune diplomate, en prenant la défense de Schulte dont le but était de « dissuader les diocésains d’une résistance violente pour adopter au contraire une résistance calme, forte, et digne » ; ce pour quoi il laissa L’Osservatore Romano reproduire l’appel du prélat rhénan28.

    28L’affaire était d’autant plus délicate qu’elle donnait l’exemple bruyant de la division au sein de l’Église. En Suisse, en Suède, aux États-Unis ou en Argentine, des prélats unissaient leurs voix à celles des évêques rhénans, tandis qu’en Belgique, l’archevêque de Malines publiait une enquête qui réfutait point par point les accusations du cardinal Schulte, et que l’archevêque de Paris s’apprêtait à publier une réponse collective de l’épiscopat français. On était encore très loin de la réconciliation de l’épiscopat européen prôné par la papauté depuis la fin de la guerre, et surtout, le risque était grand de voir la religion catholique instrumentalisée au service des intérêts patriotiques, ce que l’on sait que Pie XI avait en horreur depuis qu’il en avait expérimenté les conséquences en Pologne29.

    29La confusion du sentiment religieux avec la cause nationale fut d’ailleurs évidente dans l’affaire de la « Honte Noire », une campagne essentiellement orchestrée par le gouvernement de Berlin contre le comportement des troupes d’occupation, accusées d’actes de cruauté. Elle devint particulièrement haineuse et raciste dès lors qu’elle se concentra sur les soldats en provenance des colonies : les saines populations blanches et catholiques de Rhénanie étaient soumises à la barbarie de soldats noirs, primitifs, des mahométans et des païens polygames, assoiffés de sexe et de sang30. Il s’agissait de dresser l’opinion catholique contre Paris, mais aussi d’inquiéter les États engagés dans la colonisation, car la présence de soldats marocains et sénégalais en Allemagne renversait l’ordre colonial, comme elle renversait d’ailleurs l’argument de guerre : qui est le barbare ? Où est la civilisation ? Plus efficace devait être en effet l’argument mythico-symbolique, celui de la race blanche dégénérée par la race noire. Les relations sexuelles entre les soldats coloniaux et les femmes allemandes se conjuguaient aux rumeurs de rapts, de viols systématiques, de traite des blanches, et étaient transformées dans le tableau racial des femmes blanches livrées aux passions bestiales des noirs, dont la descendance devait porter l’hérédité maladive des Africains. Leur sang avilissait celui des Allemands, le contaminait, et finalement, l’anéantissait. On poursuivait un objectif précis : en contraignant le gouvernement français à renvoyer les troupes coloniales, on s’assurait que celles-ci ne seraient pas remplacées par les troupes de la métropole, payées plus cher, à un moment où la France n’échappait pas à la crise monétaire frappant la majeure partie de l’Europe31.

    30Or, cette campagne fut particulièrement bien relayée par le monde catholique. Le clergé, la presse, les œuvres catholiques et jusque la nonciature en retransmirent très largement les supports à Rome, victimes en quelque sorte du fantasme de la rive droite, dans le sens où ce fut dans l’Allemagne libre que se forgea le mythe de la cruauté noire plus que dans la Rhénanie occupée ; en particulier à Munich, berceau du principal organe de diffusion de la propagande raciale, la Ligue contre la Honte noire. La Curie en fut un temps convaincue32. Depuis 1920, le secrétaire d’État faisait part des doléances allemandes à ses interlocuteurs de l’ambassade de France, et il demandait aux nonces à Paris et à Bruxelles de faire de même. Mgr Pacelli pouvait donc assurer les Bavarois, comme le lui indiquait Gasparri, que le Saint-Père s’activait pour éloigner d’eux « les maux causés par la présence de troupes de couleur dans le Palatinat et les autres régions allemandes occupées33 ».

    31En 1923, aux États-Unis comme dans la plupart des États européens, la campagne avait fini par décroître, mais en Italie comme à la Curie, l’indignation était encore à son comble. Dès les premières semaines de l’occupation, le nonce Cerretti fut chargé d’attirer l’attention du président français sur les excès innombrables commis par les hommes de couleur contre la civilisation34. À Bruxelles, le nonce Nicotra fut chargé de la même mission auprès du ministre des Affaires Étrangères, le catholique Henri Jaspar. Irrité, ce dernier repoussa les accusations comme calomnieuses35. Gasparri maintint néanmoins sa position : « Je suis malheureusement persuadé, moi, que les dénonciations du cardinal Schulte sont en substance conformes à la vérité ; […] sans nul doute, les passions, excitées par la résistance rencontrée, ont dû pousser les occupants à transgresser les principes de modération, de justice et de charité36. » Une lettre plus explicite fut écrite quelques jours plus tard à l’intention du cardinal Dubois, archevêque de Paris, et de l’aumônier Mgr Rémond, pour le renvoi des troupes composées « de mahométans et de païens, dont le sens de la moralité ne [pouvait] être excessivement développé37 ». Cette lettre était accompagnée d’un mémoire dressé par les bureaux de la Secrétairerie d’État à partir d’un rapport de l’évêque de Spire. L’envoi de ces deux documents fut suspendu, peut-être parce qu’en Belgique, à la demande du cardinal Mercier, archevêque de Malines, une enquête était en cours38, mais aussi parce qu’à Rome on avait décidé d’envoyer sur le Rhin un observateur impartial en la personne de Mgr Testa. Toutefois, leur contenu démontre que les clichés racistes, malgré l’emploi du conditionnel, avaient bien été déversés jusqu’à Rome :

    « Des requêtes pressantes et incessantes sont parvenues au Saint-Siège de plusieurs endroits d’Allemagne, de la part d’évêques et de membres d’organisations catholiques mais aussi de la part de protestants, afin qu’il accepte d’intervenir auprès du Gouvernement français pour que les troupes de couleur, éloignées l’année dernière en certains endroits du Rhin, n’y soient pas renvoyées ce printemps. À l’appui de cette démarche, il fut observé que la présence de troupes noires dans les territoires susmentionnés avait déjà eu sur les populations du Rhin les conséquences les plus graves, tant du point de vue moral que religieux. On affirme ainsi que les troupes de couleur, non freinées par leur religion et excitées par d’autres influences, seraient pratiquement incapables de vaincre leurs instincts sexuels, et se seraient livrées plusieurs fois aux excès les plus déplorables.
    Parmi les documents présentés au Saint-Siège afin de solliciter son intervention, il est fait mention de nombreux cas de viol, de sadisme, de pédérastie, etc., circonstanciés de la manière la plus détaillée […]. La présence de troupes manquant à ce point de retenue aurait considérablement encouragé la prostitution parmi les jeunes femmes, étant donné la grande misère dans laquelle sont tombées les populations rhénanes ; par conséquent, la syphilis, dont les troupes de couleur seraient affectées dans des proportions notablement élevées, se serait étendue.
    Du point de vue religieux, enfin, on a fait relever au Saint-Siège que la présence prolongée, parmi les populations catholiques, d’hommes qui professent les religions païennes, ne peut pas ne pas avoir sur les âmes et les habitudes des premières des effets pernicieux39. »

    32Depuis sa montée sur le trône de Pierre, Pie XI n’avait guère caché sa désapprobation pour la politique agressive de la France. Le 7 avril 1922, à la veille de l’ouverture de la conférence de Gênes, il avait fait publier une lettre adressée à l’archevêque du même lieu pour rappeler que « la meilleure garantie de tranquillité n’est pas une forêt de baïonnettes, mais la confiance et l’amitié mutuelles40 ». Le 23 décembre, dans son encyclique liminaire Ubi arcano Dei, il avait rejeté « une paix artificielle établie sur le papier », et s’était indigné d’« un nationalisme déréglé, [qui] oublie aussi que les peuples sont frères dans la grande famille de l’humanité, et que d’autres nations ont le droit de vivre et de prospérer41 ». Le gouvernement français protesta, après quoi la version officielle adoucit le ton du document42. Face au nouveau fait d’armes de 1923, il commença par afficher la neutralité dans une lettre adressée au cardinal vicaire de Rome43, tandis qu’en coulisses, Gasparri avançait ses pions, mais sans succès, pour gagner les chancelleries européennes au fameux plan de secours qu’il s’évertuait à faire admettre depuis 192144. Pie XI était certes désireux d’éviter les complications qu’avait connues son prédécesseur, cependant, il ne pouvait laisser croire qu’il se désintéressait du sort de ses brebis. C’était en quelque sorte une nouvelle Silésie qui se présentait à lui. L’Allemagne lui réclamait une encyclique, la France voulait qu’il se taise : à la mi-mars, il décida d’envoyer Mgr Testa.

    33Le choix de nommer un visiteur apostolique en pays rhénan ne s’était pas porté sur le nonce qui, à cette date, résidait encore à Munich et donc à proximité du théâtre des opérations45. Sans doute les soupçons de germanophilie que l’opinion française nourrissait à son endroit depuis son rôle dans les tentatives de médiations papales pendant la guerre ont-ils pesé. Pacelli prêtait aussi une oreille bien attentive aux doléances du milieu nobiliaire bavarois ou westphalo-rhénan, qui trouvait dans ce conflit l’occasion de faire valoir ses idées antirépublicaines et séparatistes. Il en relayait régulièrement à Rome les lettres et les mémoires. Or, le secrétaire d’État était particulièrement agacé par les lamentations répétées et outrancières de ces personnages, et le fit savoir sèchement au nonce après que ce dernier ait fait parvenir à Rome l’une de ces missives :

    « Je n’ai pas manqué de présenter au saint-Père l’exposé que Votre Excellence révérendissime m’avez remis […]. Le souverain pontife est resté douloureusement surpris par la lecture de ce document, et a observé qu’on n’aurait jamais dû réceptionner et encore moins transmettre un exposé de cette forme. Vous aurez soin de le faire opportunément savoir, par une déclaration analogue, à l’auteur de l’écrit46. »

    34Pacelli était surtout suspect de sympathies pour la cause autonomiste bavaroise depuis qu’il militait pour la signature d’un concordat bavarois distinct de celui du Reich. Le secrétaire d’État attendait au contraire du visiteur apostolique qu’il dressât du séparatisme un tableau détaché de ces contingences concordataires47.

    35Gustavo Testa, de son côté, était un gage de discrétion. Il n’était pratiquement connu que des bureaux de la Secrétairerie d’État, où il était entré en 1920, et de ceux de la nonciature de Vienne, où il servait comme auditeur. Originaire d’une famille fortunée de la région de Bergame, il avait été élevé en 1921 au rang de chapelain de Sa Sainteté, ce qui lui avait donné le titre de monsignor. Homme prudent, de bonne famille, inconnu des chancelleries européennes, et parlant parfaitement l’allemand et le français : ces qualités le désignèrent pour le poste d’envoyé pontifical dans la Rhénanie occupée, qu’il parcourut par intermittence entre mars 1923 et septembre 1924.

    De la mission Testa à Quando nel principio

    36La mission fut plutôt bien préparée depuis Rome48. Les bureaux de la Secrétairerie d’État informèrent rapidement les chancelleries européennes de l’envoi de Mgr Testa sur le Rhin, sans pour autant abonder en précisions. Le cardinal Gasparri fut particulièrement habile pour distiller des informations nuancées aux autorités concernées. Auprès du gouvernement de Berlin, il diminua le plus possible la portée de la mission pontificale, afin qu’elle ne soit pas détournée en soutien avéré de la papauté à la résistance passive, et se contenta du strict minimum : une mission religieuse dans la Ruhr, avec un possible détour par le Palatinat. Et il évita toute allusion à la Sarre voisine, pour éviter une polémique sur le statut ecclésiastique de la région, que l’Allemagne refusait de voir modifié en quoi que ce soit49. Pacelli fut d’ailleurs parmi les derniers informés : Testa lui télégraphia seulement quelques indications la veille de son départ50 ; après quoi, la nonciature demeura en retrait. On fut plus prolixe avec les maîtres temporaires de la Ruhr : l’envoyé pontifical devait faire œuvre de pacification, rétablir la vérité sur la conduite des troupes d’occupation, et veiller à ce que le clergé rhénan s’abstienne de toute manifestation politique. On leur fit surtout miroiter l’érection d’une administration apostolique en Sarre, que Testa pourrait préparer au cours de sa mission. Paris lui procura alors toutes les facilités nécessaires au bon déroulement de son séjour51. La dénomination incertaine de son statut – Mgr Testa fut présenté indifféremment comme envoyé spécial, représentant pontifical, délégué ou visiteur apostolique – n’avait d’égal que les contours flous de sa mission. Sa priorité face à l’entrechoc des nationalismes, c’était d’assurer la présence de l’institution en Rhénanie et de démontrer aux uns et aux autres que le pontife ne s’en désintéressait pas. Mais il devait aussi préparer une éventuelle intervention papale dans le conflit des réparations, ne serait-ce que pour fournir une information objective sur les formes de l’occupation et pour faire la lumière sur les prétendus actes de cruauté des soldats ou sur les velléités annexionnistes françaises.

    37Le 23 mars 1923, Testa se rendit d’abord à Paris où il se présenta au nonce Cerretti et au président du Conseil, avant de reprendre le train le lendemain en direction de Cologne. Il visita Coblence et Düsseldorf, puis se fixa à Essen, au cœur de la Ruhr, pour y demeurer environ un mois. Il termina son premier séjour par Berlin où il rencontra les autorités du pays, avant de repartir faire son rapport à Rome, sans avoir rencontré le nonce en Allemagne. En Rhénanie il se fit prudent, car chaque camp essayait de tirer la couverture à soi et rivalisait de faveurs à son égard pour lui offrir qui une voiture, qui un logement, qui un dîner. Le cardinal Schulte, inquiet de voir ses informations court-circuitées à Rome par le représentant papal, se demandait si « la tâche confiée à Mgr Testa n’était pas trop grande pour une seule personne52 », et relaya la proposition de son gouvernement de lui fournir un secrétaire – proposition aussitôt déclinée. Il élut résidence au centre hospitalier Sainte-Elisabeth d’Essen, tenu par des sœurs, et loua une voiture aux armes et aux frais du Saint-Siège53. L’envoi et la réception de son courrier par une voie sûre posa plus de difficultés. Tantôt il se servait de la valise diplomatique du délégué britannique de la HCITR, Julian Piggott, tantôt il utilisait les services de la nonciature, lors de ses passages à Munich, à Berlin ou à Vienne. Ces procédés ne suffisaient pas à le rassurer, d’autant plus que de Rome, il ne recevait la correspondance qu’au compte-gouttes. « L’absence de réponse à nombre de mes rapports, télégrammes ou lettres écrites à Mgr Pizzardo, me font suspecter qu’ils aient pu être interceptés54 », se laissait-il aller à écrire avec un certain désarroi. Ses interlocuteurs étaient frappés par son extrême précaution55. Il avait en effet la crainte quasi obsessionnelle de se voir accusé de partialité, jusqu’à demander l’autorisation de ne pas vêtir systématiquement la soutane, associée aux chapelains militaires français56. Il mena son enquête dans le même esprit, en s’informant autant auprès des autorités occupantes, civiles ou militaires, que des fidèles, des ecclésiastiques, des industriels et des administrateurs rhénans. En revanche, il laissa de côté la presse en laquelle il n’avait aucune confiance : « Les journaux allemands et français donnent libre cours à la fantaisie à mon sujet ; et ces informations inventées de fond en comble renforcent mon opinion que la vérité ne peut se trouver dans les journaux57. »

    38Chose peu courante, Testa parvint à donner satisfaction aux deux camps. Il fit dire quelques messes qui bénéficièrent aux évêques rhénans et calmèrent pour un temps leurs ardeurs ; il obtint ainsi qu’ils suspendent les problématiques Échos de l’Allemagne catholique et qu’ils s’abstiennent de rendre visite au Saint-Père58. En échange de quoi, il arracha aux autorités militaires un allégement de peine pour quelques prisonniers de marque : le neveu du cardinal Schulte, le maire d’Essen et celui de Bottrop59. Son application paya : à Paris et à Berlin, certains demeurèrent circonspects à son égard, mais sur la scène rhénane il avait au moins convaincu Tirard, le haut-commissaire français, Degoutte, le commandant de l’armée d’occupation, et Rémond, l’aumônier militaire, qu’il travaillait pour eux. « Il nous est très favorable », clamaient-ils à Paris ; et l’aumônier général de conclure, en avril, son rapport au ministre :

    « Je crois que l’attitude prise par nous à l’égard de Mgr Testa donne les meilleurs résultats […]. Jusqu’à présent, les résultats du voyage paraissent en tout point conformes à ce que nous pouvons souhaiter de mieux. Tout ce que cherche présentement à obtenir Mgr Testa, ce sont des adoucissements de peines pour des prisonniers afin de pouvoir présenter à Rome quelques succès d’ordre politique. Il n’est pas difficile de le contenter60. »

    39Pourtant, le compte rendu oral que Testa fit à Rome à ses supérieurs n’épargna ni les uns ni les autres – les archives en comportent la trace écrite sous la forme de deux rapports partiellement rédigés des 3 et 11 mai61. Il partagea avec le cardinal Gasparri ses analyses sévères et sans détour, en démontant presque intégralement la propagande allemande à l’égard du comportement des troupes d’occupation : pratiquement aucun des actes de vandalisme et de cruauté n’était avéré, ni pour les troupes de la métropole, ni pour celles des colonies. Il admettait cependant que la vie était paralysée. S’il n’y avait ni famine, ni misère, il comprenait l’exaspération des habitants devant les réquisitions de logement, et leur détresse face à l’expulsion massive ou à l’emprisonnement des résistants, sans compter plusieurs incidents sanglants. Mais il ne voyait là rien d’autre que les conséquences obligées d’une occupation militaire. Il entrevoyait néanmoins une possible escalade de violence en raison des mesures plus drastiques encore que le gouvernement français n’hésiterait pas à prendre. Des Rhénans, il dressait un portrait élogieux, admirant leur résistance digne et fière :

    « La résistance allemande a quelque chose de merveilleux : les fonctionnaires se laissent incarcérer plutôt que de dévoiler quoi que ce soit de leur charge ; les cuisines installées par les Français pour les pauvres sont quasiment désertes ; les prêtres refusent les oboles offertes par les Français. Tous ont la ferme conviction que la résistance passive sera le salut de leur patrie : beaucoup de prêtres pensent aux luttes terribles et victorieuses contre le Kulturkampf, puisqu’ils considèrent les Français comme hostiles à la religion62. »

    40D’ailleurs, l’attitude des Français avait selon lui fini par noyer le séparatisme, car la haine de l’occupant avait soudé les liens jusque-là distendus dans le nouveau cadre républicain. Mais tandis que le séparatisme n’attirait plus vraiment les populations rhénanes, les autorités occupantes favorisaient du mieux qu’elles pouvaient les minorités qui le portaient encore, si bien que le danger demeurait, avec tout ce qu’il signifiait pour l’avenir du catholicisme en Allemagne : « Les pays du Rhin sont le fermentum de toute l’Allemagne protestante, une force irrésistible de pénétration auprès des populations qui depuis des siècles n’entendent plus la voix de Rome ; une Allemagne sans la Rhénanie serait la plus grande victoire du protestantisme63. »

    41Au regard du droit canonique, une visite apostolique est dépourvue de tout caractère diplomatique, ce qui n’empêcha nullement Testa de dépasser cette frontière. On ne connaît pas ses instructions, mais il est certain que son séjour d’une semaine à Berlin, où il rencontra le président, le chancelier, le ministre des Affaires étrangères et quelques autres de ses collègues, ainsi que plusieurs personnalités du Zentrum, n’était pas que de pure courtoisie, et nul ne s’y trompa. Le refus du nonce de l’accompagner à Berlin était pour le ministre de France à Munich, fort révélateur :

    « Bien que Mgr Pacelli m’ait plusieurs fois répété que la mission de Testa, dont d’ailleurs il ignorait tout, lui paraissait n’avoir qu’un caractère religieux, il est clair qu’il ne prendrait pas un tel soin d’y paraître étranger si elle n’avait pas aussi un caractère politique, qui risque de mécontenter aussi bien les Allemands que les Français. Mgr Pacelli n’a aucun goût pour porter la responsabilité d’un tel résultat64. »

    42De leurs côtés, les diplomates italiens et britanniques avaient bien compris que le délégué pontifical était là aussi pour préparer une tentative de médiation pontificale65. De fait, à son arrivée à Rome, ce qui intéressa en priorité son supérieur ce fut bien la situation politique et les marges de manœuvre offertes à la papauté dans le conflit rhénan. Testa n’était guère optimiste sur l’issue du conflit :

    « Du côté allemand, on est certain de la victoire : la France, tôt ou tard, abandonnera l’entreprise parce qu’elle n’y trouve pas le succès qu’elle escomptait. Du côté français, on ne doute pas d’une capitulation prochaine. Mes prévisions ne sont pas très sereines ; je suis persuadé que la France ne renoncera pas à entreprendre une politique plus sévère, par exemple en suspendant les vivres à qui ne travaille pas, en introduisant une nouvelle monnaie, en fermant les frontières, etc. Alors ce sera la guerre66 ! »

    43Quant à une possible intervention du Saint-Père, il constatait qu’en Allemagne, tous les regards étaient bien tournés vers Rome, et qu’une parole du pape y serait une efficace apologie du catholicisme, jusqu’à même susciter l’admiration des socialistes et des protestants. Mais pour dire quoi ? Du point de vue du droit, « le Saint-Siège ne peut pas condamner le traité de Versailles, signé en toute légitimité », comme il « ne peut pas condamner l’occupation de la Ruhr, parce que si elle est considérée par les juristes allemands comme une violation du droit, les juristes français la considèrent comme pleinement conforme au Traité ». Cependant, ajoutait-il, « le Saint-Siège, au nom de la charité chrétienne ou du droit naturel, doit condamner l’occupation de la Ruhr pour les homicides, les cruautés, les mauvais traitements, les expulsions, l’immoralité, etc. ». Il proposait donc un appel assez générique à la modération et à la paix, accompagné d’une prière pour la libération des prisonniers. La doctrine serait sauve, on pourrait soulager quelques souffrances, et peut-être même favoriserait-on un premier rapprochement des Puissances ennemies :

    « Le Saint-Siège pourrait faire un appel, ou une démarche auprès du gouvernement français, afin que tous les fonctionnaires (et ils sont beaucoup) puissent être remis en liberté. Naturellement, le gouvernement français s’opposera à les mettre en liberté, mais je crois qu’il choisira d’expulser ces fonctionnaires du territoire allemand plutôt que de les maintenir en prison. Ainsi, la liberté réclamée par le Saint-Siège trouverait une solution dans l’expulsion, qui correspond pratiquement à la liberté […]. La France, à mon humble avis, ne sera pas contraire à cette mesure, parce que devant le monde, elle tient à sa réputation de nation civilisée, et elle sera même heureuse de se sortir d’un tel embarras de droit international. L’Allemagne, pour autant qu’elle puisse trouver dans ces prisonniers politiques l’arme la plus forte de sa propagande contre les Français, reconnaîtrait avec plaisir l’intérêt que le Saint-Siège nourrit pour les Allemands, et peut-être il y aurait là un lointain, mais nécessaire, principe de pacification. Cette démarche pourrait être accompagnée d’une recommandation à la modération, à la paix ; et si à la voix puissante du Saint-Siège s’unissait celle de l’Angleterre et d’autres Puissances, je ne serais pas loin d’espérer un bon succès67. »

    44Après que Cerretti et Mercier ont tenté en vain d’obtenir des Puissances occupantes la libération des prisonniers de la résistance passive68, on suivit les conseils de Testa, qui, de retour dans la Ruhr, fut chargé de préparer le terrain en vue de la médiation papale. « Les Français et les Allemands ne pourraient-ils pas s’entendre ? N’y aurait-il pas un terrain pacifique de conciliation, de transaction ? Le Pape ne demanderait pas mieux que d’y aider par ses conseils et de se prêter à un échange de points de vue », fit-il savoir à Tirard69.

    45Le 28 juin, dans Quando nel principio, la lettre publique adressée au cardinal Gasparri, Pie XI appela les Belges et les Français à trouver une solution au conflit des réparations par d’autres moyens que la force armée, en les invitant à commencer par un nouvel examen du montant des réparations. La première version publiée parla même d’occupations territoriales « odieuses », avant que, sous la pression de l’ambassadeur Jonnart, le terme ne se transforme en un « pénibles » moins offensant. Mais en filigrane, les conclusions du document pontifical étaient très proches des dernières propositions que le gouvernement allemand avait adressées aux Puissances occupantes, ainsi que du projet élaboré un peu plus tôt par le secrétaire d’État américain Charles Hughes70. Gasparri avait également pris soin de sonder le représentant britannique à Rome avant la parution du texte, et, de fait, au Foreign Office on était prêt à soutenir officiellement les propositions vaticanes. Un attentat commis quelques jours plus tard à Duisbourg empêcha le gouvernement de Sa Majesté de s’associer pleinement à la démarche pontificale, mais celle-ci put au moins favoriser la bonne réception du discours de Curzon, le 11 août, qui dénonça plus fermement la politique française71.

    46On s’était donc éloigné de l’appel très général, moral et religieux, qu’avait recommandé Testa, pour se rapprocher d’une condamnation voilée de l’opération franco-belge, et suggérer une solution politique favorable à la cause allemande. Cela n’empêcha pas qu’on vit dans Quando nel principio le résultat de la mission menée par l’envoyé spécial en Pays rhénan. Puisque le texte leur était favorable, les Allemands adoptèrent une discrétion tactique, mais du côté des Français, chez qui la lettre fit l’effet d’une douche froide et ranima l’accusation d’une papauté germanophile, ce fut à Testa, proie facile, que l’on fit porter la responsabilité. Comme au même moment le bruit courut qu’il avait tenu des propos sévères à l’égard de la politique française, Poincaré se servit de l’affaire pour lui retirer toute autorisation de visiter les prisons rhénanes, et Testa fit ses valises pour Vienne.

    Pour la grâce des condamnés

    47Le 12 août, le chancelier Cuno démissionna, et Stresemann forma un nouveau gouvernement. Acculé par l’inflation galopante, mais aussi par l’explosion de mouvements putschistes et séparatistes à Cologne, à Spire et à Munich, il annonça le 26 septembre la fin de la résistance passive. Pour l’Allemagne la défaite n’était qu’apparente, car deux mois plus tard, la commission d’experts internationaux, que Pie XI et Gasparri avait appelée de leurs vœux, fut constituée. Entre-temps, l’énergie et la conviction de Mgr Rémond étaient venues à bout de la mauvaise humeur de Poincaré à l’égard du délégué pontifical, qui, à la mi-septembre, fit retour à Essen. Ce dernier s’activa alors pour distribuer aux populations les 500 000 lires de subsides que le pape lui avait remis, puis renouvelés, afin de soulager la misère grandissante. L’appel au secours du cardinal Schulte, le 27 novembre, fut plus qu’exagéré : on ne mourait pas de froid ni de faim. Mais l’hiver approchait, et sans salaire, sans charbon non plus, sans trains pour transporter les vivres, sans compter le désordre ambiant, on n’était pas à l’abri d’une vague de misère et de nouvelles émeutes, si bien que le représentant papal ne cachait pas son appréhension. Il était d’autant plus sévère avec les Français que ces derniers en rajoutaient à l’humiliation en refusant de libérer les prisonniers72. Mgr Testa usa alors de ses talents de diplomate pour mener à bien ce qui devint sa nouvelle mission : la grâce des condamnés.

    48En vain, Gasparri avait voulu favoriser une amnistie générale pour les prisonniers et les expulsés de la résistance passive73. Auprès des autorités occupantes, Testa finit par obtenir de larges mesures de clémence, individuelles mais plus discrètes et efficientes. Pour cette œuvre charitable, force est de constater qu’il fut particulièrement rusé, car le contraste est frappant entre son compte rendu au cardinal Gasparri et le discours qu’il tint aux Français de Rhénanie. Devant ces derniers, il dénigra allègrement la conduite des populations rhénanes, leur hypocrisie, leur mauvaise foi, et il réduisit la résistance passive à l’agitation de partis nationalistes, très loin du portrait héroïque qu’il en faisait au secrétaire d’État. Tirard, convaincu de la bienveillance de Testa pour la France et ses projets en Rhénanie, pouvait alors pleinement soutenir ses demandes de libération :

    « Mgr Testa m’a paru animé de sentiments favorables à notre égard. Il n’a cessé, m’a-t-il dit, d’avertir les Allemands de l’échec certain de leur politique de résistance passive ; il n’a rencontré, à cet égard, qu’entêtement et mauvaise foi. Assailli d’incessantes réclamations contre nos troupes, il a constaté que les cas signalés ne dépassaient pas les conséquences inévitables de la présence de troupes d’occupation au milieu d’une population nombreuse. Le Saint-Siège est tenu informé par lui de la marche des événements dans la Ruhr. Sa mission implique de sa part des démarches auprès de nous en faveur du retrait des mesures de rigueur et des condamnations politiques prononcées pendant la résistance passive ; il serait heureux de pouvoir justifier que nous avons tenu compte de ses interventions.
    Mgr Testa m’a entretenu, d’autre part, de la situation politique en Allemagne et en Rhénanie. Il estime que la constitution d’un État rhénan autonome dans le cadre du Reich est indispensable et répond d’ailleurs au vœu de la grande majorité de la population, mais le mouvement séparatiste, selon lui, s’il a eu le mérite de brusquer la situation, est unanimement déconsidéré et ne pourra se maintenir74. »

    49Testa força le trait avec Rémond, à qui il loua « la volonté et l’intelligence stupéfiantes » de Poincaré, « l’audace incroyable » de sa politique ; « Je ne vois que Napoléon qui avait une pareille lucidité et une aussi grande force de caractère », aurait-il soutenu75. En fait, Testa ne croyait pas au succès durable du mouvement séparatiste, qui avait abouti en octobre à une éphémère République rhénane, mais devant Rémond comme devant Tirard, il se montra favorable à la voie moyenne d’une autonomie de la région, dans le cadre du Reich :

    « On comprend très bien que l’intérêt de la Rhénanie soit de conquérir par des moyens honnêtes une autonomie légale, aussi complète que possible, mais toujours dans le cadre du Reich. Impossible, par exemple, de concevoir l’existence d’une monnaie saine et stable, d’une nécessité si primordiale et si urgente, sans cette autonomie politique assez facile à réaliser constitutionnellement. On comprend également que la France trouve son intérêt et surtout sa sécurité dans la constitution d’une Rhénanie autonome qui pourrait faire un heureux contrepoids aux dangereuses influences prussiennes de Berlin76. »

    50Or, à ses supérieurs, Testa présentait cette question sous une lumière tout à fait différente. Dans ses rapports à Rome, ni le séparatisme radical, ni les formules intermédiaires d’une autonomie administrative ou d’un Land rhénan détaché de la seule Prusse n’avaient quelque chance de réussite, depuis que l’agression française avait renforcé le sentiment national des Rhénans, et parce que l’Angleterre ne le permettrait jamais. Il maintenait qu’aucune forme de détachement, qui « retirerait au catholicisme d’Allemagne une de ses parties les plus nobles, une force d’équilibre et de pénétration », n’était souhaitable. Il dressait d’ailleurs un portrait peu amène des séparatistes, des bandes de jeunes esseulés, lâches et sans travail, qui profitaient de l’absence des forces de police et du laisser-faire des autorités occupantes77.

    51Après un bref séjour en Italie pour les fêtes de Noël, Testa reçut d’ailleurs l’ordre de se rendre dans le Palatinat, où le mouvement séparatiste, soutenu de manière flagrante par le général de Metz qui y commandait l’armée d’occupation, prenait une tournure particulièrement violente : une junte avait pris le pouvoir et menaçait de s’en prendre aux curés. Lorsqu’il parvint à Spire, au milieu du mois de février 1924, l’insurrection avait déjà été noyée dans le sang, mais il mena une enquête minutieuse sur les événements, qui ne laissait planer aucun doute sur les agissements français :

    « Après la fin désastreuse de la résistance passive, qui avait complètement dévalué la monnaie, et causé le chômage, la misère, la faim, le désordre, les Français pensèrent le moment arrivé pour séparer la Rhénanie de Berlin, déclaré coupable de tant de malheurs ; et, en octobre dernier, ledit mouvement séparatiste entra en scène, aidé et protégé en sous-main par les Franco-Belges, qui avaient préparé le terrain pendant la résistance passive en expulsant presque tous les fonctionnaires, en supprimant la valeureuse police nationale, en la remplaçant par des forces locales très réduites en armes et en hommes, et en armant un certain nombre de personnes disparates, malhonnêtes, qui devaient ainsi constituer les troupes du nouveau gouvernement. Le mouvement éclata à Aix-la-Chapelle, dans la zone belge, et n’y vécut pas quinze jours, tant la répulsion de la population allemande était forte, puis progressivement, il prit pied en zone française, à Coblence et à Mayence, sous différentes formes mais pour une durée brève. Au contraire, dans le Palatinat, qui, pour des raisons politiques et ethnographiques, est déjà à part, le mouvement séparatiste s’est imposé avec violence : appuyé avec la partialité la plus scandaleuse par le général de Metz […], il finit par être reconnu comme gouvernement de fait78. »

    52Pour parvenir à ses fins, le visiteur apostolique n’hésita pas finalement à attirer la compassion sur sa propre personne, non sans efficacité d’ailleurs, comme il ressort de cette note de Louis Canet :

    « Il ne sert à rien de se demander s’il est francophile ou germanophile : la vérité est qu’il fait carrière, et cherche à se faire valoir auprès de son gouvernement en s’attribuant le mérite d’avoir obtenu un résultat, quel qu’il soit, qui rehausse aux yeux du Saint-Siège le sentiment de sa propre puissance. Selon Mgr Rémond, Mgr Testa s’engage à nous servir à Sarrebruck et sur le Rhin si nous lui donnons les moyens de se prévaloir auprès du Pape de quelques grâces ou commutations de peines qu’il aurait obtenues de nous. Je ne sais si la chose est possible. Mais si elle l’était, les intérêts en jeu sont tels, et l’action du Vatican peut être si efficace, qu’il est certainement à souhaiter que nous ne refusions pas les occasions qui peuvent se présenter d’utiliser cette force79. »

    53L’argument sarrois fut des plus efficace. À Paris, on espérait que le Saint-Siège finirait par ériger une administration apostolique indépendante dans la région, dont on escomptait qu’elle libère les catholiques de l’emprise ecclésiastique allemande avant le référendum prévu en 1935. En réalité, de ce changement statutaire, il ne fut jamais question, pour la raison que le Vatican tenait là un argument de poids dans les négociations concordataires allemandes. Pourtant, avec subtilité, Testa entretenait l’espoir : il assurait qu’il se rendrait bien en Sarre et qu’il y servirait les Français, s’ils voulaient bien faire preuve de clémence à l’égard des prisonniers de la Ruhr80. Or, en Sarre, il ne se rendit point, ou seulement dix ans plus tard, au moment du plébiscite, dont les Français n’espéraient plus rien.

    Succès romains

    54Testa obtint finalement et progressivement la plupart des grâces demandées. Il participa notamment à la négociation qui conduisit à la libération de l’industriel Krupp, dès septembre 1923, en échange de la remise en route de ses usines81. Au printemps 1924, presque tous les condamnés avaient été graciés. À sa demande, Rémond lui assura que seul le Saint-Siège recevrait les dividendes de ces mesures de clémence, plutôt que les neutres ou les organisations de la Croix-Rouge qui œuvraient dans le même sens82. Après la signature du plan Dawes, le 24 juillet 1924, qui abaissa considérablement le montant des réparations, les troupes évacuèrent la Ruhr. En septembre, Testa termina sa mission et rentra à Rome.

    55Ainsi, du conflit de la Ruhr, il semble bien que la diplomatie vaticane se tira honorablement. Certes, les tentatives répétées de médiation avortèrent, et Quando nel principio n’eut guère de conséquences pratiques. Il n’en demeure pas moins que les démarches vaticanes furent accueillies par plus de louanges que de diatribes, et qu’elles contribuèrent, sinon dans l’immédiat, au moins à plus lointaine échéance, à rehausser l’image du pontife romain aux yeux des protestants allemands comme de la gauche française, et à conforter ainsi son statut, revendiqué de longue date, de Puissance morale. Mgr Testa ne fut pas pour rien dans cette réussite. La mission que cette figure discrète de la diplomatie vaticane accomplit en Rhénanie était de celle où il n’y avait à prendre que des coups, mais elle fut pourtant plus heureuse que celle que Mgr Ratti avait menée en Silésie trois ans plus tôt, jusqu’à mériter, à quelques accrocs prêts, l’épithète d’exemplaire. En effet, Gustavo Testa, non content d’offrir à ses supérieurs une information franche, lucide et impartiale, aida aussi à préparer l’intervention pontificale de juin et favorisa sa bonne réception. Il œuvra encore pour délivrer les résistants rhénans de l’exil ou de la prison, sans créer à Rome plus de tracas qu’elle n’en avait déjà, et avec une efficacité discrète mais bien réelle. Cet heureux résultat, il le dut à ses qualités personnelles, mêlant bonhomie, parfaite maîtrise du double langage et art de la contrepartie. L’ascension qu’il connut à la Curie n’en fut pas plus rapide. Il revint en Allemagne en 1927 pour un conflit qui avait surgi entre le nonce à Munich, l’évêque de Wurtzbourg et le gouvernement bavarois au sujet d’un professeur d’université83. Il collabora à la nonciature de Rome jusqu’en 1934, fit un bref séjour en Sarre en prévision du plébiscite, fut nommé délégué apostolique en Palestine et en Égypte pour près de vingt ans, puis devint nonce à Berne en 1953. Ce n’est que sous le pontificat de son ami bergamasque Roncalli qu’il fut élevé au cardinalat, en 1959, à l’âge de 73 ans84.

    Des pratiques concordataires à deux vitesses

    56À l’arrivée de Pie XI, en février 1922, les discussions concordataires étaient doublement lancées : la négociation était maintenue en Bavière, à condition qu’elle ne traîne pas et qu’elle n’entrave pas la conclusion du concordat d’Empire, qui demeurait la priorité. En cette année 1923, la diplomatie du Saint-Siège, confortée sur la scène internationale comme auprès de la seule Allemagne, ne fut jamais aussi proche de décrocher ce Reichskonkordat. Il est donc étonnant qu’elle se soit rabattue sur le seul concordat bavarois, dont la signature, comme il n’allait pas tarder à apparaître, condamnait en fait un concordat ultérieur pour toute l’Allemagne – tout au moins dans les conditions qui étaient celles de la République.

    Obstruction prussienne et impasse sur la question scolaire

    57Les archives romaines font ressortir une constante dans le dossier concordataire : la diplomatie vaticane était manifestement confuse et incertaine, au point qu’il est malaisé d’en retracer le cheminement ou d’en trouver la logique en dehors de quelques articulations. Il est en revanche certain que cette indécision pesa dans le processus qui conduisit à l’abandon du Reichskonkordat. Elle résultait pour une large part de la situation interne au pays. L’instabilité gouvernementale et les menaces pesant sur la survie du Reich diminuaient considérablement les marges de manœuvre de la coalition au pouvoir, en l’empêchant de s’engager pleinement sur un dossier comme celui du concordat ; sans compter que cette coalition fut plusieurs fois minoritaire au Parlement – de novembre 1922 à août 1923, puis de novembre 1923 à mai 1924. Le problème fédéraliste ajoutait une complexité supplémentaire, car au-delà même de l’agitation autonomiste ou séparatiste, les ambiguïtés ou les imprécisions de la Constitution de Weimar, avec laquelle il fallait s’accorder, nourrissaient le conflit entre le pouvoir central et celui des Länder.

    58Mais la diplomatie vaticane fut tout autant embrouillée par la dispersion des négociations, puisqu’en plus du gouvernement de Munich et du gouvernement central, elle traita aussi avec le gouvernement de Prusse, pour la raison qu’on ne pouvait espérer conclure un concordat du Reich sans l’approbation du premier Land d’Allemagne. L’initiative en revient à Eugenio Pacelli, qui, dans un courrier du 12 janvier 1922, exposa au secrétaire d’État la marche qu’il proposait de suivre au sujet du concordat allemand. Il ressortait de ces discussions de part et d’autre que les difficultés principales venaient de la Prusse, hostile à tout accord national dont la Bavière serait exemptée, et strictement opposée à toute interférence romaine dans le règlement de la question scolaire. C’était donc en direction de la Prusse que les efforts devaient d’abord porter85.

    59La première chose qu’il fallait obtenir du gouvernement prussien, c’était qu’il conforme sa législation à l’article 137 de la Constitution, garantissant la liberté de l’Église dans son fonctionnement. Pacelli voulait en finir avec les ingérences des autorités civiles lors de la provision des principaux offices ecclésiastiques, c’est-à-dire les canonicats et les sièges épiscopaux, de manière à en laisser l’exclusivité au pontife. C’était là un absolu auquel le Code de droit canonique avait récemment donné confirmation, et qui avait vocation à être strictement appliqué dans toute la catholicité. De fait, dans tous les traités signés entre les deux guerres, les diplomates romains firent abroger les privilèges étatiques dans le choix des évêques et de leurs chanoines, et établirent en la matière la pleine liberté de l’Église. Toutefois, conscients de l’intérêt des pouvoirs civils pour des postes le plus souvent rétribués par l’État et conférant à leurs titulaires une influence sur la population, ils lui accordèrent un nihil obstat, c’est-à-dire le droit d’être consultés sur le candidat choisi par Rome avant sa nomination effective, afin de pouvoir soulever d’éventuelles objections, d’ordre politique essentiellement ; un droit formulé en termes suffisamment vagues pour qu’il ne puisse cependant s’apparenter à un droit de veto.

    60Le décès de l’évêque de Trèves, Mgr Korum, en décembre 1921, offrit au Saint-Siège l’occasion d’avancer ses pions. Pour la nomination du nouvel Ordinaire, le gouvernement de Prusse réclama un droit de regard tel qu’il était prévu par la bulle De salute animarum de 1821, dont on ne savait pas très bien si elle était caduque ou pas. Rome refusa et prolongea la vacance du siège. Le gouvernement prussien finit par céder : par une note officielle du 6 janvier 1922, non seulement il signifia renoncer à toute intromission dans l’attribution du siège trévirois, mais il se dit prêt à entamer des discussions avec le Saint-Siège sur le mode de nomination aux sièges épiscopaux. Le gouvernement prussien annonçait dans le même temps vouloir se mettre d’accord avec le gouvernement du Reich quant à une possible introduction de la question scolaire dans les négociations concordataires86. Or, c’était là un point essentiel et une victoire pour le nonce.

    61La Constitution, et peut-être plus encore la défaite, avaient alors profondément creusé l’écart entre les conceptions allemande et romaine des tâches assignées à l’école. Aux yeux des républicains, le redressement de la patrie passait par la mise en place d’une structure scolaire unique, selon une logique semblable à celle des républicains français après 1871 : l’école avait vocation à rassembler tous les enfants autour de l’appartenance à la nation allemande, à former les futurs citoyens de la République, à reconstruire, en somme, l’unité qui avait sombré dans la défaite et la révolution87. Pour ce faire, les constituants avaient placé toutes les écoles sous le contrôle de l’État, et fait de l’école élémentaire le passage obligé et gratuit pour tous les enfants sans distinction. Cet enseignement populaire (Volkschule) s’étendait sur quatre années. Il était prolongé d’un enseignement moyen (trois ans), puis supérieur (six ans), différenciés selon la vocation mais avec toute une série de passerelles. Dans leur majorité, les pédagogues allemands de l’après-guerre ne concevaient l’unité que sous une forme laïque. Ils n’étaient pas parvenus à imposer l’école laïque pour tous, mais ils avaient au moins obtenu la reconnaissance de son existence, et relayé l’école confessionnelle au rang de l’exception, l’école pluriconfessionnelle étant érigée an rang de norme, dans l’espoir de ne plus voir la schize religieuse transposée dans la Bildung des jeunes Allemands.

    62Les modalités de ces dispositions constitutionnelles devaient être fixées par une loi issue du Reichstag. En attendant, la législation locale demeurerait la règle. L’ambition du nonce était donc de faire entendre la voix de l’Église dans le règlement à venir, au mieux via le concordat du Reich, sinon par la seule action des catholiques. Parmi ces derniers, engagés dans le combat scolaire, on distinguait deux courants majeurs, qui s’affrontaient au sein de la Katholische Schulorganisation Deutschlands (l’Organisation des écoles catholiques d’Allemagne, KSD). Fondée et dirigée par le nouveau président du Zentrum, Wilhelm Marx, cette organisation était à la fois un centre de promotion de l’éducation catholique et un organe de réflexion pour les projets scolaires du parti. La première tendance, soutenue par les évêques, peut être qualifiée d’intégriste : c’est celle qui avait les faveurs du nonce. Ses tenants ne niaient pas le rôle national et civique dévolu à l’école, mais celui-ci, dans leur esprit, découlait naturellement de la crainte de Dieu et du désir de se soumettre à ses commandements, ce que quelques heures hebdomadaires d’instruction religieuse ne suffisaient pas à inculquer. Ils rejetaient fermement les établissements pluriconfessionnels, d’abord parce que l’Église ne pouvait plus y surveiller les cours de religion, réduits le plus souvent à une sorte de superficialisme religieux, mais aussi parce qu’ils ne concevaient d’éducation qu’intégralement chrétienne : l’âme, les sens, l’intelligence devaient être éveillés à la lumière de la Bible, une exigence qui dépassait le seul cadre du cours de religion88. C’est ainsi, réclamait Pacelli, « l’ensemble de l’enseignement qui peut et doit se préoccuper des doctrines et préceptes des confessions respectives89 ». Il fallait donc non seulement accroître les droits de l’Église sur les cours de religion, mais encore faire de l’école publique confessionnelle la norme, contrairement au principe pluriconfessionnel édicté par la Constitution.

    63D’autres, plus conciliants parce que plus pragmatiques, savaient bien qu’ils ne pouvaient plus imposer l’école confessionnelle. Il fallait se rendre à l’évidence : le Zentrum n’avait pas la majorité, libéraux et socialistes étaient unis contre ce type d’école, tandis qu’on ne pouvait compter que sur une partie des voix protestantes. La seule solution, c’était d’admettre sur un pied d’égalité toutes les écoles : simultanées, confessionnelles, et laïques. Cette seconde tendance avait le soutien de la majorité des membres du parti et tout particulièrement de son président. Elle n’en demeurait pas moins toujours contraire à l’esprit de la Constitution, puisqu’elle contrevenait à son axiome premier : l’unité. Ainsi, quoi qu’il en soit de la tendance, les prétentions de l’Église étaient pratiquement irréconciliables avec celles de l’État weimarien. On comprend donc en fin de compte le peu d’empressement des parties catholiques quelles qu’elles furent pour une loi scolaire, alors que le statu quo leur était somme toute favorable.

    64L’objectif de Pacelli, du moins tel qu’il l’expliqua à Rome, était de parvenir avec la Prusse à une sorte de préaccord sur ces deux questions des nominations et de l’école, afin de s’en servir ensuite comme point d’appui dans les discussions avec le gouvernement central. S’y ajoutait une troisième question : celle de l’administration des finances de l’Église – subventions de l’État, régime de propriété, impôt ecclésiastique, etc. Elle était déjà l’objet depuis 1920 de discussions entre les évêques du Land et le ministère des Cultes. Mais comme en échange de sa participation financière, l’État prussien réclamait un droit de regard dans les nominations aux principales fonctions religieuses, on touchait là aux matières concordataires et donc aux compétences de la nonciature, qui reprit le dossier90.

    65En réponse à la note du ministre prussien des Cultes de janvier 1922, Pacelli lui remit le mois suivant un mémoire concernant plus particulièrement ces trois questions. Mais la réponse qu’il en reçut fut négative : d’une part, Boelitz s’opposait à l’inclusion de toute discussion relative à l’école, contrairement à ce que sa note avait laissé entendre ; d’autre part, le ministère réclamait pour les nominations ecclésiastiques soit un droit de veto réel pour l’État, soit l’élection des évêques par les chapitres cathédraux. Or, c’était là un autre point sur lequel Rome n’était pas prête à céder. L’axiome centralisateur sur lequel avait été conçu le Code de droit canonique réduisait effectivement ce privilège chapitral à un simple droit de proposition, ce qu’on avait l’ambition de consacrer en Allemagne plus qu’ailleurs91. Comme Pacelli en faisait son second cheval de bataille après l’école, il devenait difficile de s’entendre avec le ministre prussien. Dans leurs notes respectives du 30 juin et du 27 septembre 1922, Pacelli autant que Boelitz campèrent sur leurs positions92.

    66Il est difficile de cerner avec précision ce qu’il advint alors, mais il semble bien que la discussion se dédoubla. D’un côté, Bertram reprit la conduite des discussions avec le ministre sur la question des finances et des biens de l’Église, qui devait faire l’objet d’une loi prussienne. Il avait tout de même besoin de l’aval de Rome, qui tardait à le lui donner ; si bien qu’il se plaignit plusieurs fois des lenteurs de l’administration romaine comme de l’intransigeance du nonce qui conduisaient à n’aboutir à rien93. Il s’en fallut de peu d’ailleurs pour que l’accord auquel il parvint dès octobre 1922 n’échouât. En effet, Pacelli considérait que le prince-évêque de Breslau avait trop cédé en accordant aux laïcs une influence excessive dans les conseils de paroisse et surtout en autorisant les femmes à y voter94. Il suggéra au secrétaire d’État de reprendre une nouvelle fois en main le dossier, mais Gasparri le préféra en l’état, dès lors que le projet de Bertram représentait, pour lui comme pour les pères de la Congrégation des AES qui l’avaient étudié, « une amélioration considérable par rapport à la législation actuelle95 ». À la mi-février 1924, Gasparri acquiesça à la dernière mouture du projet de loi96, adoptée au Landtag le 24 juin suivant. Depuis l’accord de l’automne 1922, il s’était tout de même écoulé vingt mois.

    67Quant aux discussions entamées de l’autre côté par Pacelli pour préparer le futur concordat, elles n’aboutirent pas. Au contraire, le gouvernement prussien, décidé à une résolution extra-concordataire de la question scolaire, commença à réviser le système éducatif sans attendre une hypothétique loi scolaire du Reich et surtout sans accord aucun avec l’Église. Comme le Land manquait d’enseignants, le gouvernement émit à la fin du printemps 1922 un premier décret visant à accélérer la formation des futurs maîtres d’école. Celle-ci n’aurait plus lieu que dans des établissements biconfessionnels, ce qui remettait naturellement en question l’avenir de l’ensemble du réseau scolaire confessionnel. L’instruction religieuse des futurs enseignants était par ailleurs réduite à deux heures hebdomadaires, ce dont le nonce s’offusqua en vain97.

    68Tant qu’on attendait des gages du côté de la Prusse, il était malaisé de porter en avant les négociations avec le gouvernement central. De fait, le nonce chercha de ce côté à ralentir le pas. C’est du moins ce qui ressort des discussions de la fin du printemps 1922. En date du 27 avril, le gouvernement du Reich fit parvenir à la Curie un projet de Reichskonkordat, puis, dans le courant du mois de juin, il envoya à Rome son principal rédacteur, le professeur Richard Delbrück98, qui put s’entretenir avec le pro-secrétaire pour les Affaires ecclésiastiques extraordinaires, Mgr Borgongini-Duca. L’historien et archéologue de Bonn connaissait assez bien le milieu curial pour avoir dirigé plusieurs années l’annexe romaine de l’Institut archéologique allemand, et la mission était pour lui une sorte de ballon d’essai pour la direction de l’ambassade. Cela fit naturellement grincer les dents de son occupant régulier, von Bergen, qui s’empressa de raconter à son gouvernement tout le mal qu’il pensait de ces conversations romaines. Le nonce Pacelli en eut vent et s’en fit l’interprète dans un rapport adressé au pro-secrétaire :

    « Après le voyage du Prof. Delbrück à Rome, le susmentionné M. von Bergen a envoyé au gouvernement du Reich un long rapport sur le sujet, dans lequel, après avoir exprimé son mécontentement personnel au sujet de la mission assumée par le dit Professeur, il ajouta que selon lui, dans le projet présenté au Saint-Siège, de trop larges concessions ont été faites ; ce qui, du point de vue tactique, est une erreur de la part du gouvernement, et ne conduira pas non plus à un accord stable et durable. Il a donc proposé toute une série de modifications au dit projet, pour en réduire et diminuer les concessions99. »

    69Le nonce trouva-t-il dans les révélations de l’ambassadeur matière à appuyer ce qu’il n’osait penser tout haut ? Car lui-même ne prenait guère au sérieux le projet remis par le gouvernement central, dont il s’étonnait des largesses sur la valeur du mariage religieux ou les indemnités à verser aux Églises. Surtout, la question scolaire était introduite, malgré l’opposition de la Prusse, et les négociateurs berlinois se montraient plus conciliants que leurs homologues munichois quant à la provision des sièges épiscopaux, ne demandant pas plus que le seul droit de regard qu’on était prêt à leur concéder. Ainsi conçu, le projet ne pouvait que rencontrer l’opposition du Conseil des ministres, comme celle du gouvernement prussien dont on ne pouvait sérieusement se passer de l’accord100. Bref, le gouvernement du Reich cherchait à gagner du temps, promettant ce qu’on lui demandait en échange de la bienveillance dans la question rhénane. Sans avorter, les discussions stagnèrent, après quoi Gasparri fit savoir au nonce, le 30 mai 1923, qu’il n’était pas nécessaire de poursuivre dans l’immédiat sur la voie du Reichskonkordat. Il pouvait donc accélérer la conclusion du concordat bavarois101.

    La conclusion du concordat bavarois

    70Tandis qu’à Berlin on procédait à reculons, à Munich on avançait un peu plus. L’ouverture des discussions pour un concordat du Reich avait certainement pressé les négociateurs munichois. Au printemps 1922, on s’était mis d’accord sur deux points essentiels : la question scolaire, pour laquelle le gouvernement bavarois était relativement peu exigeant, dès lors que cela lui permettait d’affirmer ses droits en la matière face au gouvernement central, et la question financière, pour laquelle on était parvenu à un compromis raisonnable. Mais le gouvernement bavarois émit rapidement une nouvelle série de requêtes : la première, relative à la région sarroise, dont on demandait au Saint-Siège de garantir qu’il n’en modifierait pas les frontières ecclésiastiques ; la seconde, concernant les conditions d’accès à la prêtrise, que l’on voulait ouverte aux seuls citoyens allemands munis du baccalauréat, et après un minimum de trois années d’enseignement supérieur ecclésiastique – ce qui excluait les diplômés autrichiens du Collège jésuite d’Innsbruck, vieux pilier de la Contre-Réforme ; la troisième visait à maintenir l’élection des évêques par les chanoines, à la demande de ces derniers ; la quatrième concernait les nominations aux bénéfices ecclésiastiques et aux cures paroissiales, pour lesquelles le gouvernement demandait un droit de présentation ; la cinquième élargissait le deuxième point aux supérieurs des ordres religieux102.

    71Les cardinaux de la Congrégation des AES, réunis en session les 28 mai et 6 août 1922, étudièrent ces requêtes. Ils ne firent pas de difficulté sur la première, précisant que le Saint-Siège ne procéderait à aucun changement des frontières ecclésiastiques tant que les frontières politiques demeureraient inchangées, ce qui étendait la garantie jusqu’au référendum de 1935. Ils acceptèrent l’exigence de la citoyenneté allemande pour les curés, leurs évêques, et les supérieurs de congrégation, mais refusèrent de s’engager plus loin au sujet de la formation des prêtres : « Qu’est-ce que cela leur importe qu’ils aient ou non le certificat de maturità [baccalauréat] ? C’est notre affaire à nous », s’alarma ainsi le cardinal De Lai, tandis que le cardinal Bisleti, préfet de la Congrégation des Séminaires et des Universités, s’opposait farouchement à toute mention d’une durée minimale des études, qui ne devait relever que du Saint-Siège, tout en réclamant un droit de regard de l’évêque à l’université non seulement sur les chaires de théologie, mais aussi sur quelques chaires en histoire et en philosophie. Enfin, il n’était pas question d’admettre que le gouvernement s’introduise dans la provision aux sièges épiscopaux autrement que par un seul droit au nihil obstat : le reste était l’affaire du Saint-Siège, qui était bien décidé à mettre un terme à l’élection des Ordinaires par les chapitres103. Il s’ensuivit l’échange de plusieurs contre-projets durant le second semestre 1922. Mais le gouvernement de Munich, uni derrière le ministre Matt, ne cédait point.

    72Sur la question chapitrale, il n’est pas impossible que le Saint-Siège ait exercé quelque action en direction des chanoines afin qu’ils abandonnent la revendication d’élire leurs évêques. Pour le reste, c’est surtout le sursaut fédéraliste de l’automne 1923 et la crise consécutive à la tentative de putsch d’Hitler et de Ludendorff qui finit par faire plier le gouvernement. Ce dernier avait ajouté une ultime requête : la garantie qu’en matière de nominations épiscopales, le Saint-Siège n’accorderait pas au Reich ce qu’il refusait à la Bavière, c’est-à-dire l’élection capitulaire. La réponse romaine fut ferme : le concordat passerait en l’état ou pas du tout. Comme on fit mine d’abandonner la négociation pour revenir au projet du Reich, Munich céda une nouvelle fois104.

    73Le 10 mars 1924, le conseil des ministres du gouvernement de Bavière valida le dernier projet. Le gouvernement du Reich devait encore en vérifier la constitutionnalité, ce qu’il fit, sans émettre d’objection. La convention fut signée le 29 mars105. Il restait encore à l’adopter à l’Assemblée du Land : après la conclusion d’une convention similaire au mois de novembre entre le gouvernement et les Églises protestantes de Bavière, les deux textes furent soumis aux députés, qui, non sans difficultés, les approuvèrent, le 15 janvier 1925. Le 24, le concordat fut ratifié.

    Épilogue

    La renonciation au concordat d’Empire

    74À Munich, Pacelli était parvenu à emporter un accord très favorable à l’Église. Celui-ci confortait les dispositions constitutionnelles, et asseyait sur des principes fort généreux la participation financière de l’État au fonctionnement du culte. Dans deux autres domaines, il constituait une franche victoire pour la diplomatie vaticane. D’une part, le Saint-Siège nommait librement aux sièges épiscopaux, sans intervention ni des chapitres – qui ne pouvaient que soumettre à Rome une liste de noms, sans valeur obligeante –, ni des autorités civiles en dehors du seul nihil obstat. D’autre part, les dispositions en matière d’enseignement allaient bien au-delà de ce qui était inscrit dans la Constitution en confortant nettement le statu quo bavarois : l’instruction religieuse était obligatoire dans les écoles primaires et secondaires ; au moyen de la missio canonica, sorte de certificat octroyé par l’Église, d’un droit de veto, et de sa présence aux concours de recrutement, l’autorité ecclésiastique acquérait sur l’enseignement religieux un réel contrôle, qui s’étendait dans les écoles confessionnelles sur l’ensemble de la vie morale et religieuse de l’établissement. Par ailleurs, il n’était pas permis aux communes de s’opposer au maintien ou à la fondation d’écoles publiques catholiques si un nombre suffisant de parents en faisaient la demande. Et l’État garantissait une formation confessionnelle pour les futurs maîtres d’école. Enfin, dans l’enseignement supérieur, l’autorité épiscopale disposait d’un droit de veto non seulement pour les nominations aux chaires des facultés de théologie, mais également pour une chaire de philosophie et une chaire d’histoire – les Konkordatslehrstühle106. Le concordat bavarois avait donc tout d’un accord modèle, qui, comme le revendiquait son principal négociateur, était appelé à servir d’exemple à d’autres négociations, en Allemagne comme ailleurs. Et c’est bien se qui se disait dans les chancelleries107.

    75De son côté, le gouvernement bavarois obtenait une satisfaction relative dans la question du territoire sarrois. Certes, le concordat voyait temporairement son application suspendue en Sarre, jusqu’au référendum, comme le confirma le secrétaire d’État à l’ambassadeur bavarois un peu plus tard108. Toutefois, l’article 12 reconnaissait bien le statu quo des frontières ecclésiastiques, et offrait donc à l’Allemagne, au-delà de la seule Bavière, la garantie que rien ne serait changé au statut ecclésiastique de la Sarre avant 1935. C’est d’ailleurs cet argument qui avait emporté les hésitations finales du gouvernement bavarois.

    76Quant à la juridiction de l’aumônier Rémond dans la région, le concordat n’en traita pas directement, parce que les Pères avaient statué sur la question dès août 1923. Le gouvernement français avait saisi l’occasion de manifestations pro-allemandes de la part du clergé sarrois lors d’un Congrès catholique à Sarrebruck pour présenter des requêtes au Saint-Siège : que la juridiction de Rémond englobât les écoles des sœurs françaises en Sarre, que le clergé sarrois cessât d’appeler ses ouailles à déserter ces écoles, et qu’une administration ecclésiastique autonome fût établie en Sarre. Réunis en session, les Pères repoussèrent pour l’essentiel les requêtes françaises : la juridiction de Rémond s’étendait bien aux écoles et à leurs élèves français, mais en aucun cas à leurs élèves allemands ; les autorités ecclésiastiques de Sarre étaient fondées à dissuader les parents d’envoyer leurs enfants dans ces écoles si l’enseignement et la vie de l’établissement ne leur paraissaient pas satisfaire aux exigences de l’Église ; et il n’était pas question de sortir de la neutralité papale en modifiant le statut ecclésiastique de la région sarroise109.

    77Si les droits de la Bavière étaient réaffirmés face aux prétentions françaises en Sarre, il en allait de même de ses droits face au gouvernement central : « un acte de souveraineté », disait le chanoine et député Georg Wohlmuth pour emporter le vote du Landtag110. De fait, face au centralisme de Berlin, Munich avait imposé la force de son particularisme.

    78Mais Pacelli n’avait eu de cesse de clamer à Rome que le concordat bavarois était un préalable, un argument supplémentaire pour le concordat du Reich à venir. Or, au moment de sa signature, et plus encore au moment de son adoption au Landtag en janvier 1925, il ne faisait guère de doute que le concordat du Reich était mort. L’ambassadeur autrichien von Pastor l’expliqua à son ministre : en négociant son propre concordat, le gouvernement bavarois avait aussi réaffirmé les droits des Länder sur les questions cultuelles, voire, dans une certaine mesure, scolaires ; comment concevoir alors que les autres Länder, au premier rang desquels la Prusse, renoncent à ces prérogatives dans un concordat national111 ?

    79En outre, le diplomate soulignait combien pesait un autre règlement, celui qui avait été passé dans le Wurtemberg, où les rapports entre l’Église et l’État furent réglés par la seule voie législative et non pas concordataire. Des discussions pour un concordat local avaient bien été entamées dans les années 1919-1922 sans déboucher sur rien. Officiellement, le gouvernement avança que les catholiques étaient en minorité – 31 % environ, soit à peu près la même proportion que dans l’ensemble du Reich –, et que des négociations de ce type avaient donné lieu par le passé à de graves querelles. La hiérarchie ecclésiastique du Wurtemberg y fut aussi pour quelque chose. Peu encline à la discussion d’un concordat négocié par le Siège romain, elle avait davantage les moyens de peser dans la discussion d’une loi locale via le Zentrum, puissant dans la région, et où elle avait des représentants112.

    80Néanmoins, la nonciature ne demeura pas complètement absente : pour faire passer la voix de Rome, Pacelli s’en remit à Mgr Keppler, l’évêque influent de Rottenburg, ainsi qu’au prêtre et député centriste Ludwig Baur. Ils obtinrent notamment la compétence exclusive de l’Église en matière de nominations épiscopales et canoniales, si bien que le nonce estima que la loi adoptée le 9 février 1924 n’était pas si mauvaise. De plus, Baur prononça au Landtag un discours qui laissait comprendre que les dispositions qui se trouveraient en contradiction avec un futur concordat du Reich pourraient ne pas demeurer en vigueur. Cela ne suffit pas à satisfaire les autorités romaines, agacées que la question ait été réglée de manière unilatérale et sans consultation du Saint-Siège ; peut-être avait-on aussi compris que ces accords locaux en annonçaient d’autres, et remettaient en question le projet reichs-concordataire113.

    81Les discussions menées avec le gouvernement de Prusse avaient d’ailleurs pris elles aussi l’allure de négociations concordataires particulières, quand bien même il ne s’agissait dans l’esprit du Saint-Siège que d’une sorte de préaccord. De fait, en 1926, il fut décidé d’un commun accord de suspendre les négociations pour le Reichskonkordat et de ne conclure qu’une convention prussienne, effectivement signée en 1929.

    Une victoire de l’intégrisme ?

    82Comprendre la préférence très nette de Pacelli pour la négociation munichoise et ses faveurs insuffisamment discrètes pour l’autonomisme bavarois nous ramène finalement à l’intégrisme dans lequel il avait baigné avant son arrivée à Munich en 1917. Et celui-ci prend sens dans la confrontation du projet pacellien avec celui du secrétaire d’État. En effet, dans toute cette affaire, il est apparu que ce que voulait Gasparri, c’était consolider et renforcer le catholicisme en Allemagne, refaire le Reich chrétien. Le consalviste qu’il était avait alors besoin que l’Allemagne demeure un tout pour que l’Église puisse en être le ciment, et ce fut la raison pour laquelle ses projets concordataires étaient unitaires. Il fut le premier à s’inquiéter de la tournure que prenaient les négociations bavaroises, qui risquaient d’appuyer les revendications autonomistes et parfois séparatistes de la Bavière. Or, comment emporter la signature d’un concordat du Reich sans les voix des catholiques bavarois ? La même raison le poussa à désavouer les mouvements séparatistes rhénans, qui menaçaient directement les intérêts catholiques prussiens. Par ailleurs, il fut moins intransigeant que le nonce sur la question scolaire, qu’il était prêt à abandonner contre un Reichskonkordat. Le projet gasparrien était d’ailleurs consalviste à double titre : il avait d’abord été celui du secrétaire d’État de Pie VII ; mais surtout, le concordat du Reich s’appuyait sur le bastion catholique rhénan, le fief à la fois du catholicisme politique et du catholicisme social en Allemagne et en Europe, plus ouvert sur la modernité du fait même de la proximité avec ses premiers tenants, les protestants.

    83En revanche, la note intégriste du projet pacellien est évidente. La préférence est donnée au catholicisme bavarois, plus traditionnel et majoritairement intégriste. C’est le catholicisme de Faulhaber, du Bayerische Volkspartei et de l’aristocratie locale, corporatiste et fédéraliste. Le nonce lui-même défendit les biens des maisons régnantes et la milice locale des Einwohnerwehren. Il n’était pas pleinement hostile au séparatisme bavarois, dans lequel il voyait une garantie contre les menées bolchevistes en provenance de Berlin, notamment après Rapallo. Il ne donnait pas la priorité à un Reichskonkordat dans la pure veine consalvienne, mais sa politique consistait au contraire à renforcer les bastions de la catholicité, ces sociétés chrétiennes en miniature, sans les trop grandes compromissions avec les pouvoirs modernes que supposait, à plus grande échelle, un concordat du Reich.

    84Il n’est pas improbable non plus que des motifs plus personnels aient joué dans ces considérations. En effet, Mgr Pacelli n’avait jamais fait mystère de sa répugnance à une mutation à Berlin, en retardant autant qu’il le pouvait son transfert dans la capitale114. Aurait-il vu dans le dénouement munichois l’opportunité de regagner la péninsule italienne sans passer par la case berlinoise ? La tradition voulait généralement que la conclusion d’une nonciature de première classe, d’autant plus si elle était auréolée d’une négociation victorieuse, fût accompagnée d’une promotion curiale.

    Notes de bas de page

    1Margiotta Broglio F., « Pio XI », Enciclopedia dei Papi, vol. 3, Rome, Treccani, 2000, p. 617-632.

    2Ibid.

    3Bouthillon F., La naissance…, op. cit., p. 31-35 ; Chiron Y., op. cit., p. 116-128.

    4Levant M., « Gasparri, Merry del Val et le gouvernement de Pie XI », in Jankowiak F. et Pettinaroli L. (dir.), Les cardinaux entre Cour et Curie. Une élite romaine, 1775-2015, Rome, CEFR, 2017, p. 307-320.

    5Favez J.-C., Le Reich devant l’occupation franco-belge de la Ruhr en 1923, Paris, Droz, 1969 ; Bariéty J., Les relations…, op. cit. ; Jeannesson S., op. cit.

    6Chap. iii.

    7Weill-Raynal É., op. cit. ; Bournazel R., Rapallo, naissance d’un mythe. La politique de la peur dans la France du Bloc national, Paris, A. Colin, 1974 ; Baechler C., Gustave Stresemann (1878-1929). De l’impérialisme à la sécurité collective, Strasbourg, PUS, 1996 ; Beaupré N., « Occuper l’Allemagne après 1918 », Revue historique des armées, 2009, 254, p. 9-19.

    8Soutou G.-H., « Le coke dans les relations internationales en Europe de 1914 au plan Dawes (1924) », Relations internationales, 1985, 43, p. 249-267.

    9Rovan J., Histoire de l’Allemagne…, op. cit. ; Dreyfus F.-G., L’Unité allemande, Paris, PUF, 1996 ; Schrader F. E., op. cit.

    10Rovan J., La Bavière, op. cit. ; Düwell K., art. cité ; Korinmann M., op. cit.

    11Dupeux L., Aspects du fondamentalisme national en Allemagne de 1890 à 1945, Strasbourg, PUS, 2001 ; Winkler H. A., Histoire de l’Allemagne. Le long chemin vers l’Occident, Paris, Fayard, 2005, p. 349-363 ; Bogdan H., Histoire de la Bavière, Paris, Perrin, 2009.

    12Propos de Georg Heim rapportés par Émile Dard à Poincaré, 04-10-1920 : MFAE, Z-Allemagne, vol. 339, f. 1-4.

    13Julliard É., L’Europe rhénane. Géographie d’un grand espace, Paris, A. Colin, 1968 ; Ayçoberry P., Cologne entre Napoléon et Bismarck : la croissance d’une ville rhénane, Paris. Aubier, 1981 ; Rowe M., From Reich to State: the Rhineland in the revolutionary age, 1780-1830, Cambridge, Cambridge UP, 2003.

    14Problèmes de la Rhénanie 1919-1930, op. cit.

    15Düwell K., art. cité.

    16Bois J.-P., « L’opinion catholique rhénane devant le séparatisme en 1923 », RHMC, no 21, 1974, p. 221-251.

    17AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 47, f. 54-73.

    18Bariéty J., « La Haute Commission Interalliée des Territoires Rhénans », in Problèmes de la Rhénanie, op. cit, p. 15-28.

    19Russell à Curzon, Rome, 30-12-1923 : FCO, Italy, vol. 9935, f. 224-226.

    20Note du 15 avril 1923. Baudrillart, 1922-1925, p. 493.

    21Mémoire transmis par Pacelli, Munich, 07-01-1923 : AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 44, f. 50-60.

    22AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 37 et 45, et pos. 504, fasc. 13.

    23Gasparri à Pacelli, 31-01-1923 : ibid., pos. 525, fasc. 44, f. 11.

    24Mémoire du ministre prussien des Cultes, 04-1923 : ibid., fasc. 37, f. 81-89.

    25Lettre de Schulte à Pacelli, 05-03-1923, traduite dans son rapport à Gasparri, 09-03 : ibid., f. 48-52.

    26Voyez Mayeur J.-M., « La politique religieuse… », art. cité, et Bois J.-P., art. cité, ainsi que Stehlin S. A., op. cit., p. 214-215.

    27Cambon à Gasparri, Rome, 03-02-1923 : AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 45, f. 10-11.

    28Gasparri à Cambon, 06-02-1923 : ibid., f. 18.

    29Morozzo della Rocca R., art. cité.

    30Fattorini E., Germania…, op. cit., p. 268-285 ; Koller C., Die Diskussion um die Verwendung von Kolonialtruppen in Europa zwischen Rassismus, Kolonial – und Militarpolitik (1914-1930), Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2001 ; Wigger I., Die „Schwarze Schmach am Rhein“. Rassistische Diskriminierung zwischen Geschlecht, Klasse, Nation und Rasse, Münster, Westfälisches Dampfboot, 2007 ; Roos J., « Women’s Rights, Nationalist Anxiety, and the “Moral” Agenda in the Early Weimar Republic : Revisiting the “Black Horror” Campaign against France’s African Occupation Troops », Central European History, no 42, 2009, p. 473-508.

    31Le Naour J.-Y., La Honte noire. L’Allemagne et les troupes coloniales françaises, 1919-1945, Paris, Hachette, 2003 ; Gomis C., « Les troupes coloniales françaises et l’occupation de la Rhénanie (1919-1930) », Cahiers sens public, no 10, 2009/2, p. 69-79.

    32Cornwell J., op. cit., p. 122-123.

    33Gasparri à Pacelli, 11-06-1920 : ASV, Monaco, b. 396, fasc. 6, f. 8.

    34Gasparri à Cerretti, 23-01-1923 : AES, Germania IV, pos. 481, fasc. 2, f. 15.

    35Tél. de Gasparri à Nicotra, 01-02-1923, et réponse de Nicotra, 06-02 : ibid., pos. 525, fasc. 45, f. 19-22.

    36Tél. de Gasparri à Nicotra, 14-02-1923 : ibid., f. 23.

    37Minute d’une lettre de Gasparri au cardinal Dubois : AES, Germania IV, pos. 481, fasc. 2, f. 5.

    38Échange de courrier entre Gasparri et Nicotra, février-mars 1923, et lettre de Mercier à Gasparri, 26-03-1923 : ibid., pos. 525, fasc. 45, f. 26-44.

    39« Promemoria sulle truppe nere in Germania » : ibid., pos. 481, fasc. 2, f. 20-23.

    40Lettre de Pie XI à Mgr Signori Con vivo piacere [http://w2.vatican.va/content/pius-xi/fr/letters.index.html], consulté le 18 octobre 2018.

    41Pie XI, Ubi arcano Dei consilio, cit.

    42Chiron Y., op. cit., p. 277-280.

    43Lettre du 31-01-1923, minute : AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 45, f. 7-9.

    44AES, Germania IV, pos, 525, fasc. 43-45. Voyez Chenaux P., De la Chrétienté à l’Europe. Les catholiques et l’idée européenne au xxe siècle, Paris, CLD, 2007, p. 22-23.

    45Chenaux P., Pie XII, op. cit., p. 152-153.

    46Gasparri à Pacelli, 09-01-1924 : ASV, Monaco, b. 414, fasc. 1, f. 138.

    47Fattorini E, Germania…, op. cit., p. 98-102.

    48Levant M., « Enquêter en territoire occupé. La mission de Monseigneur Testa en pays rhénan (1923-1924) », in Pettinaroli L. (dir.), op. cit., p. 117-136.

    49Tél. de Gasparri à Pacelli, 05-04-1923 : AES, Germania IV, pos, 530, fasc. 56, f. 69.

    50Tél. de Testa à Pacelli, 18-03-1923 : ASV, Monaco, b. 412, fasc. 2, f. 2 ; Pacelli à Gasparri, Munich, 28-03-1923 : AES, Germania IV, pos. 530, fasc. 56, f. 68.

    51Gasparri à Cerretti, 12-03-1923 : AES, Germania IV, pos. 530, fasc. 56, f. 60.

    52Tél. de Schulte du 11-04-1923 : ibid., pos. 525, fasc. 37, f. 92.

    53Testa à Gasparri, Cologne, 28-03-1923 : ibid., pos. 530, fasc. 56, f. 74-79.

    54Testa à Gasparri, Vienne, 15-03-1923 : ibid., fasc. 57, f. 22-23.

    55Philipp Brugger, secrétaire du Reich pour les territoires occupés, au chancelier Cuno, 04-04-1923 : Akten der Reichskanzlei. Das Kabinett Cuno, doc. 114, Boppard am Rhein, 1968, p. 361.

    56Testa à Pizzardo, Essen, 12-04-1923 : AES, Germania IV, pos, 530, fasc. 56, f. 70-73.

    57Testa à Gasparri, Rome, 11-05-1923 : ibid., pos. 525, fasc. 50, f. 5-10.

    58Correspondance entre Jonnart, Gasparri et Testa, en avril-août 1923 : ibid., fasc. 47.

    59Testa à Gasparri, Essen, 05-04-1923 : AES, Germania IV, pos. 530, fasc. 56, fol. 80-87 ; Testa à Pizzardo, Essen, 12-04-1923, cit.

    6011-04-1923 : MFAE, Canet, vol. 56, f. 171-178.

    61Respectivement : AES, Germania IV, pos. 530, fasc. 56, f. 93-96 ; ibid., pos. 525, fasc. 50, f. 5-10.

    62Testa à Gasparri, Essen, 05-04-1923, cit.

    63Testa à Gasparri, 03-05-1923, cit : voyez n. 61.

    64Dard à Poincaré, Munich, 16-04-1923 : MFAE, Canet, vol. 56, f. 187.

    65Tél. de l’ambassadeur italien à Berlin à Mussolini, 21-04-1923 : MIAE, Gabinetto, série V, vol. 28 ; tél. de Russell à Curzon, Rome, 11-03-1923 : FCO, Germany, vol. 8721, f. 58.

    6611-05-1923, cit : voyez n. 61.

    6703-05-1923, cit.

    68AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 45.

    69Note de Tirard : MFAE, Canet, vol. 56, f. 211-214.

    70Lettre datée du 24 juin 1923, publiée dans L’Osservatore Romano le 28 juin : Mayeur J.-M., « La politique religieuse… », art. cité.

    71Tél. de Russell à Curzon, Rome, 15-06-1923 : FCO, Germany, vol. 8640, f. 44, et vol. 8641.

    72Testa à Gasparri, Essen, 13-10-1923 : AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 40, f. 3-4.

    73AES, Germania IV, pos. 532, fasc. 60, et pos. 525, fasc. 42.

    74Tél. de Tirard à Poincaré, Coblence, 09-11-1923 : MFAE, Z-RGR, vol. 103, f. 218-219.

    75« Entretiens avec Mgr Testa du 10 au 25 octobre 1923 » : ibid., f. 208-217.

    76« Entretiens avec Mgr Testa du 7 au 10 novembre 1923 » : ibid., f. 221-229.

    77Testa à Gasparri, Essen, 27-10-1923 : AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 41, f. 57-58.

    78Testa à Gasparri, Spire, 27-02-1924 : ibid., pos. 530, fasc. 57, f. 64-71.

    7916-11-1923 : MFAE, Canet, vol. 56, f. 236.

    80Voyez n. 76 ainsi que Baudrillart, 1925-1928, p. 74-75.

    81AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 41.

    82Voyez n. 77.

    83Chap. vi.

    84Filipazzi A. G., Rappresentanze e rappresentanti pontifici dalla seconda metà del xx secolo, Cité du Vatican, LEV, 2006, p. 333.

    85Pacelli à Gasparri, Berlin, 12-01-1922 : ASV, Berlino, b. 90, f. 330-331.

    86Note de Boelitz, 06-01-1922, ajoutée au rapport de Pacelli, 09-01-1922 : ibid., f. 309-319.

    87Cauvin M., Le renouveau pédagogique en Allemagne de 1890 à 1933, Paris, A. Colin, 1970 ; Gandouly J., Pédagogie et enseignement en Allemagne de 1800 à 1945, Strasbourg, PUS, 1997.

    88Reytier M.-E., « Les catholiques allemands et la question scolaire », art. cité.

    89Pacelli à Gasparri, Berlin, 08-06-1921 : AES, Baviera III, pos. 72, fasc. 1, f. 143-151.

    90Dambacher J., « Eugenio Pacelli und Adolf Kardinal Bertram vor dem Hintergrund der Verhandlungen zum Preußenkonkordat », RQS, no 104/1-2, 2009, p. 141-165.

    91Le Bras G. et Gaudemet J. (dir.), Le droit et les institutions de l’Église catholique latine de la fin du xviiie siècle à 1978, Paris, Cujas, 1984, p. 231-234 ; Gatz E., « Zum Ringen um das Bischofswahlrecht in Deutschland vom Ende der Monarchie (1918) bis zum Abschluss des Preußischen Konkordates (1929) », RQS, no 100/1-2, 2005, p. 97-141.

    92Pacelli à Gasparri, Munich, 26-05-1922 et 24-02-1923 : AES, Germania IV, pos. 507, fasc. 16, f. 53-61 et fasc. 17, f. 20-43.

    93Hinkel S., op. cit., p. 214-217.

    94Pacelli à Gasparri, Munich, 30-04-1923 : AES, Germania IV, pos. 540, fasc. 67, f. 44-49.

    95Tél. de Gasparri à Pacelli, 02-02-1924 : ibid., f. 65.

    96Tél. de Gasparri à Pacelli, 21-02-1924 : ibid., f. 72.

    97Pacelli à Gasparri, Munich, 18-04 et 20-07-1922 : AES, Germania IV, pos. 507, fasc. 16, f. 75-82.

    98Samerski S., « Prof. Richard Delbrueck und die Anfänge der Reichskonkordats-verhandlungen aus den Jahren 1920 bis 1923 », ZKG, no 104/3, 1993, p. 328-357.

    99Pacelli à Borgongini-Duca, Munich, 07-08-1922 : ASV, Berlino, b. 90, f. 396.

    100Pacelli à Gasparri, Munich, 03-12-1921 et 20-05-1922 : AES, Germania III, pos. 1728, fasc. 906, f. 28-29 ; ASV, Berlino, b. 90, f. 385-388.

    101AES, Germania IV, pos. 507, fasc. 17, f. 74.

    102Pacelli à Gasparri, Munich, 15-05-1922 : AES Baviera III, pos. 72, vol. II, f. 95-110.

    103Sessions des 28 mai et 6 août 1922 : AES, Sessioni, 1922, Baviera, no 1250 et no 1256.

    104AES Baviera III, pos. 72, vol. 3.

    105AES Baviera III, pos. 72, vol. 4.

    106Fattorini E., Germania…, op. cit., p. 223-229 ; Chenaux P., Pie XII, op. cit., p. 141-142.

    107Pastor à son ministre, Rome, 08-11-1923 et 19-01-1925 : OSA, NPA, 164, fasc. 3, f. 37-38 et 51-52.

    108Gasparri à von Ritter, 10-12-1925 : ASV, Monaco, b. 414, fasc. 2, f. 117.

    109AES, Sessioni, Francia, 1923, no 1265.

    110Cité par Stehlin S. A., op. cit., p. 409-410.

    111Pastor à son ministre, Rome, 20-11-1925 : OSA, NPA, 164, fasc. 3, f. 58-59.

    112Evans E. L., op. cit., p. 312-313.

    113Pastor au MAE, Rome, 09-03-1923 : OSA, NPA. 164, fasc. 3, f. 33.34 ; Pacelli à Gasparri, Munich, 15-02-1924 et 20-05-1924 : AES, Germania IV, pos. 508, fasc. 18, f. 3-4. Voyez aussi Hamers A., « Die Beziehungen zwischen Staat und katholischer Kirche in Württemberg von 1919 bis 1932 nach Lage der Akten in den Vatikanischen Archiven », RQS, no 102/1-2, 2007, p. 76-140.

    114Tornielli A., op. cit., p. 156-158, 172-173.

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    1Margiotta Broglio F., « Pio XI », Enciclopedia dei Papi, vol. 3, Rome, Treccani, 2000, p. 617-632.

    2Ibid.

    3Bouthillon F., La naissance…, op. cit., p. 31-35 ; Chiron Y., op. cit., p. 116-128.

    4Levant M., « Gasparri, Merry del Val et le gouvernement de Pie XI », in Jankowiak F. et Pettinaroli L. (dir.), Les cardinaux entre Cour et Curie. Une élite romaine, 1775-2015, Rome, CEFR, 2017, p. 307-320.

    5Favez J.-C., Le Reich devant l’occupation franco-belge de la Ruhr en 1923, Paris, Droz, 1969 ; Bariéty J., Les relations…, op. cit. ; Jeannesson S., op. cit.

    6Chap. iii.

    7Weill-Raynal É., op. cit. ; Bournazel R., Rapallo, naissance d’un mythe. La politique de la peur dans la France du Bloc national, Paris, A. Colin, 1974 ; Baechler C., Gustave Stresemann (1878-1929). De l’impérialisme à la sécurité collective, Strasbourg, PUS, 1996 ; Beaupré N., « Occuper l’Allemagne après 1918 », Revue historique des armées, 2009, 254, p. 9-19.

    8Soutou G.-H., « Le coke dans les relations internationales en Europe de 1914 au plan Dawes (1924) », Relations internationales, 1985, 43, p. 249-267.

    9Rovan J., Histoire de l’Allemagne…, op. cit. ; Dreyfus F.-G., L’Unité allemande, Paris, PUF, 1996 ; Schrader F. E., op. cit.

    10Rovan J., La Bavière, op. cit. ; Düwell K., art. cité ; Korinmann M., op. cit.

    11Dupeux L., Aspects du fondamentalisme national en Allemagne de 1890 à 1945, Strasbourg, PUS, 2001 ; Winkler H. A., Histoire de l’Allemagne. Le long chemin vers l’Occident, Paris, Fayard, 2005, p. 349-363 ; Bogdan H., Histoire de la Bavière, Paris, Perrin, 2009.

    12Propos de Georg Heim rapportés par Émile Dard à Poincaré, 04-10-1920 : MFAE, Z-Allemagne, vol. 339, f. 1-4.

    13Julliard É., L’Europe rhénane. Géographie d’un grand espace, Paris, A. Colin, 1968 ; Ayçoberry P., Cologne entre Napoléon et Bismarck : la croissance d’une ville rhénane, Paris. Aubier, 1981 ; Rowe M., From Reich to State: the Rhineland in the revolutionary age, 1780-1830, Cambridge, Cambridge UP, 2003.

    14Problèmes de la Rhénanie 1919-1930, op. cit.

    15Düwell K., art. cité.

    16Bois J.-P., « L’opinion catholique rhénane devant le séparatisme en 1923 », RHMC, no 21, 1974, p. 221-251.

    17AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 47, f. 54-73.

    18Bariéty J., « La Haute Commission Interalliée des Territoires Rhénans », in Problèmes de la Rhénanie, op. cit, p. 15-28.

    19Russell à Curzon, Rome, 30-12-1923 : FCO, Italy, vol. 9935, f. 224-226.

    20Note du 15 avril 1923. Baudrillart, 1922-1925, p. 493.

    21Mémoire transmis par Pacelli, Munich, 07-01-1923 : AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 44, f. 50-60.

    22AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 37 et 45, et pos. 504, fasc. 13.

    23Gasparri à Pacelli, 31-01-1923 : ibid., pos. 525, fasc. 44, f. 11.

    24Mémoire du ministre prussien des Cultes, 04-1923 : ibid., fasc. 37, f. 81-89.

    25Lettre de Schulte à Pacelli, 05-03-1923, traduite dans son rapport à Gasparri, 09-03 : ibid., f. 48-52.

    26Voyez Mayeur J.-M., « La politique religieuse… », art. cité, et Bois J.-P., art. cité, ainsi que Stehlin S. A., op. cit., p. 214-215.

    27Cambon à Gasparri, Rome, 03-02-1923 : AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 45, f. 10-11.

    28Gasparri à Cambon, 06-02-1923 : ibid., f. 18.

    29Morozzo della Rocca R., art. cité.

    30Fattorini E., Germania…, op. cit., p. 268-285 ; Koller C., Die Diskussion um die Verwendung von Kolonialtruppen in Europa zwischen Rassismus, Kolonial – und Militarpolitik (1914-1930), Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2001 ; Wigger I., Die „Schwarze Schmach am Rhein“. Rassistische Diskriminierung zwischen Geschlecht, Klasse, Nation und Rasse, Münster, Westfälisches Dampfboot, 2007 ; Roos J., « Women’s Rights, Nationalist Anxiety, and the “Moral” Agenda in the Early Weimar Republic : Revisiting the “Black Horror” Campaign against France’s African Occupation Troops », Central European History, no 42, 2009, p. 473-508.

    31Le Naour J.-Y., La Honte noire. L’Allemagne et les troupes coloniales françaises, 1919-1945, Paris, Hachette, 2003 ; Gomis C., « Les troupes coloniales françaises et l’occupation de la Rhénanie (1919-1930) », Cahiers sens public, no 10, 2009/2, p. 69-79.

    32Cornwell J., op. cit., p. 122-123.

    33Gasparri à Pacelli, 11-06-1920 : ASV, Monaco, b. 396, fasc. 6, f. 8.

    34Gasparri à Cerretti, 23-01-1923 : AES, Germania IV, pos. 481, fasc. 2, f. 15.

    35Tél. de Gasparri à Nicotra, 01-02-1923, et réponse de Nicotra, 06-02 : ibid., pos. 525, fasc. 45, f. 19-22.

    36Tél. de Gasparri à Nicotra, 14-02-1923 : ibid., f. 23.

    37Minute d’une lettre de Gasparri au cardinal Dubois : AES, Germania IV, pos. 481, fasc. 2, f. 5.

    38Échange de courrier entre Gasparri et Nicotra, février-mars 1923, et lettre de Mercier à Gasparri, 26-03-1923 : ibid., pos. 525, fasc. 45, f. 26-44.

    39« Promemoria sulle truppe nere in Germania » : ibid., pos. 481, fasc. 2, f. 20-23.

    40Lettre de Pie XI à Mgr Signori Con vivo piacere [http://w2.vatican.va/content/pius-xi/fr/letters.index.html], consulté le 18 octobre 2018.

    41Pie XI, Ubi arcano Dei consilio, cit.

    42Chiron Y., op. cit., p. 277-280.

    43Lettre du 31-01-1923, minute : AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 45, f. 7-9.

    44AES, Germania IV, pos, 525, fasc. 43-45. Voyez Chenaux P., De la Chrétienté à l’Europe. Les catholiques et l’idée européenne au xxe siècle, Paris, CLD, 2007, p. 22-23.

    45Chenaux P., Pie XII, op. cit., p. 152-153.

    46Gasparri à Pacelli, 09-01-1924 : ASV, Monaco, b. 414, fasc. 1, f. 138.

    47Fattorini E, Germania…, op. cit., p. 98-102.

    48Levant M., « Enquêter en territoire occupé. La mission de Monseigneur Testa en pays rhénan (1923-1924) », in Pettinaroli L. (dir.), op. cit., p. 117-136.

    49Tél. de Gasparri à Pacelli, 05-04-1923 : AES, Germania IV, pos, 530, fasc. 56, f. 69.

    50Tél. de Testa à Pacelli, 18-03-1923 : ASV, Monaco, b. 412, fasc. 2, f. 2 ; Pacelli à Gasparri, Munich, 28-03-1923 : AES, Germania IV, pos. 530, fasc. 56, f. 68.

    51Gasparri à Cerretti, 12-03-1923 : AES, Germania IV, pos. 530, fasc. 56, f. 60.

    52Tél. de Schulte du 11-04-1923 : ibid., pos. 525, fasc. 37, f. 92.

    53Testa à Gasparri, Cologne, 28-03-1923 : ibid., pos. 530, fasc. 56, f. 74-79.

    54Testa à Gasparri, Vienne, 15-03-1923 : ibid., fasc. 57, f. 22-23.

    55Philipp Brugger, secrétaire du Reich pour les territoires occupés, au chancelier Cuno, 04-04-1923 : Akten der Reichskanzlei. Das Kabinett Cuno, doc. 114, Boppard am Rhein, 1968, p. 361.

    56Testa à Pizzardo, Essen, 12-04-1923 : AES, Germania IV, pos, 530, fasc. 56, f. 70-73.

    57Testa à Gasparri, Rome, 11-05-1923 : ibid., pos. 525, fasc. 50, f. 5-10.

    58Correspondance entre Jonnart, Gasparri et Testa, en avril-août 1923 : ibid., fasc. 47.

    59Testa à Gasparri, Essen, 05-04-1923 : AES, Germania IV, pos. 530, fasc. 56, fol. 80-87 ; Testa à Pizzardo, Essen, 12-04-1923, cit.

    6011-04-1923 : MFAE, Canet, vol. 56, f. 171-178.

    61Respectivement : AES, Germania IV, pos. 530, fasc. 56, f. 93-96 ; ibid., pos. 525, fasc. 50, f. 5-10.

    62Testa à Gasparri, Essen, 05-04-1923, cit.

    63Testa à Gasparri, 03-05-1923, cit : voyez n. 61.

    64Dard à Poincaré, Munich, 16-04-1923 : MFAE, Canet, vol. 56, f. 187.

    65Tél. de l’ambassadeur italien à Berlin à Mussolini, 21-04-1923 : MIAE, Gabinetto, série V, vol. 28 ; tél. de Russell à Curzon, Rome, 11-03-1923 : FCO, Germany, vol. 8721, f. 58.

    6611-05-1923, cit : voyez n. 61.

    6703-05-1923, cit.

    68AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 45.

    69Note de Tirard : MFAE, Canet, vol. 56, f. 211-214.

    70Lettre datée du 24 juin 1923, publiée dans L’Osservatore Romano le 28 juin : Mayeur J.-M., « La politique religieuse… », art. cité.

    71Tél. de Russell à Curzon, Rome, 15-06-1923 : FCO, Germany, vol. 8640, f. 44, et vol. 8641.

    72Testa à Gasparri, Essen, 13-10-1923 : AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 40, f. 3-4.

    73AES, Germania IV, pos. 532, fasc. 60, et pos. 525, fasc. 42.

    74Tél. de Tirard à Poincaré, Coblence, 09-11-1923 : MFAE, Z-RGR, vol. 103, f. 218-219.

    75« Entretiens avec Mgr Testa du 10 au 25 octobre 1923 » : ibid., f. 208-217.

    76« Entretiens avec Mgr Testa du 7 au 10 novembre 1923 » : ibid., f. 221-229.

    77Testa à Gasparri, Essen, 27-10-1923 : AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 41, f. 57-58.

    78Testa à Gasparri, Spire, 27-02-1924 : ibid., pos. 530, fasc. 57, f. 64-71.

    7916-11-1923 : MFAE, Canet, vol. 56, f. 236.

    80Voyez n. 76 ainsi que Baudrillart, 1925-1928, p. 74-75.

    81AES, Germania IV, pos. 525, fasc. 41.

    82Voyez n. 77.

    83Chap. vi.

    84Filipazzi A. G., Rappresentanze e rappresentanti pontifici dalla seconda metà del xx secolo, Cité du Vatican, LEV, 2006, p. 333.

    85Pacelli à Gasparri, Berlin, 12-01-1922 : ASV, Berlino, b. 90, f. 330-331.

    86Note de Boelitz, 06-01-1922, ajoutée au rapport de Pacelli, 09-01-1922 : ibid., f. 309-319.

    87Cauvin M., Le renouveau pédagogique en Allemagne de 1890 à 1933, Paris, A. Colin, 1970 ; Gandouly J., Pédagogie et enseignement en Allemagne de 1800 à 1945, Strasbourg, PUS, 1997.

    88Reytier M.-E., « Les catholiques allemands et la question scolaire », art. cité.

    89Pacelli à Gasparri, Berlin, 08-06-1921 : AES, Baviera III, pos. 72, fasc. 1, f. 143-151.

    90Dambacher J., « Eugenio Pacelli und Adolf Kardinal Bertram vor dem Hintergrund der Verhandlungen zum Preußenkonkordat », RQS, no 104/1-2, 2009, p. 141-165.

    91Le Bras G. et Gaudemet J. (dir.), Le droit et les institutions de l’Église catholique latine de la fin du xviiie siècle à 1978, Paris, Cujas, 1984, p. 231-234 ; Gatz E., « Zum Ringen um das Bischofswahlrecht in Deutschland vom Ende der Monarchie (1918) bis zum Abschluss des Preußischen Konkordates (1929) », RQS, no 100/1-2, 2005, p. 97-141.

    92Pacelli à Gasparri, Munich, 26-05-1922 et 24-02-1923 : AES, Germania IV, pos. 507, fasc. 16, f. 53-61 et fasc. 17, f. 20-43.

    93Hinkel S., op. cit., p. 214-217.

    94Pacelli à Gasparri, Munich, 30-04-1923 : AES, Germania IV, pos. 540, fasc. 67, f. 44-49.

    95Tél. de Gasparri à Pacelli, 02-02-1924 : ibid., f. 65.

    96Tél. de Gasparri à Pacelli, 21-02-1924 : ibid., f. 72.

    97Pacelli à Gasparri, Munich, 18-04 et 20-07-1922 : AES, Germania IV, pos. 507, fasc. 16, f. 75-82.

    98Samerski S., « Prof. Richard Delbrueck und die Anfänge der Reichskonkordats-verhandlungen aus den Jahren 1920 bis 1923 », ZKG, no 104/3, 1993, p. 328-357.

    99Pacelli à Borgongini-Duca, Munich, 07-08-1922 : ASV, Berlino, b. 90, f. 396.

    100Pacelli à Gasparri, Munich, 03-12-1921 et 20-05-1922 : AES, Germania III, pos. 1728, fasc. 906, f. 28-29 ; ASV, Berlino, b. 90, f. 385-388.

    101AES, Germania IV, pos. 507, fasc. 17, f. 74.

    102Pacelli à Gasparri, Munich, 15-05-1922 : AES Baviera III, pos. 72, vol. II, f. 95-110.

    103Sessions des 28 mai et 6 août 1922 : AES, Sessioni, 1922, Baviera, no 1250 et no 1256.

    104AES Baviera III, pos. 72, vol. 3.

    105AES Baviera III, pos. 72, vol. 4.

    106Fattorini E., Germania…, op. cit., p. 223-229 ; Chenaux P., Pie XII, op. cit., p. 141-142.

    107Pastor à son ministre, Rome, 08-11-1923 et 19-01-1925 : OSA, NPA, 164, fasc. 3, f. 37-38 et 51-52.

    108Gasparri à von Ritter, 10-12-1925 : ASV, Monaco, b. 414, fasc. 2, f. 117.

    109AES, Sessioni, Francia, 1923, no 1265.

    110Cité par Stehlin S. A., op. cit., p. 409-410.

    111Pastor à son ministre, Rome, 20-11-1925 : OSA, NPA, 164, fasc. 3, f. 58-59.

    112Evans E. L., op. cit., p. 312-313.

    113Pastor au MAE, Rome, 09-03-1923 : OSA, NPA. 164, fasc. 3, f. 33.34 ; Pacelli à Gasparri, Munich, 15-02-1924 et 20-05-1924 : AES, Germania IV, pos. 508, fasc. 18, f. 3-4. Voyez aussi Hamers A., « Die Beziehungen zwischen Staat und katholischer Kirche in Württemberg von 1919 bis 1932 nach Lage der Akten in den Vatikanischen Archiven », RQS, no 102/1-2, 2007, p. 76-140.

    114Tornielli A., op. cit., p. 156-158, 172-173.

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    Levant, M. (2019). Chapitre IV. Sous Pie XI : du quasi-triomphe au repli bavarois (1922-1925). In Pacelli à Berlin. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14jje
    Levant, Marie. « Chapitre IV. Sous Pie XI : du quasi-triomphe au repli bavarois (1922-1925) ». In Pacelli à Berlin. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14jje.
    Levant, Marie. « Chapitre IV. Sous Pie XI : du quasi-triomphe au repli bavarois (1922-1925) ». Pacelli à Berlin, Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14jje.

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