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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Liberté sacrée et sainte raison : la religion des Sauvages américains « Le cléricalisme ? Voilà l’ennemi ! » (Gambetta, mai 1877) Sens dessus dessous : la menace du grand renversement ou l’autre grand dérangement canadien Notes de bas de page Auteur

    Frontières et altérité religieuse

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    « Comme s’il n’avait ni Patrie ni Religion »

    Religion des Indiens, cléricalisme des Français dans les Nouveaux voyages du baron de Lahontan (1703)

    Yann Lignereux

    p. 125-140

    Texte intégral Liberté sacrée et sainte raison : la religion des Sauvages américains « Le cléricalisme ? Voilà l’ennemi ! » (Gambetta, mai 1877) Sens dessus dessous : la menace du grand renversement ou l’autre grand dérangement canadien Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Peut-être de tous les récits relevant du genre viatique, la relation américaine du baron de Lahontan est l’une de celles qui a pris le plus au sérieux ce que l’écriture du déplacement pouvait faire à la narration et apporter à la réflexion sans grever pour autant celles-ci d’un poids trop pesant1. Dans la première lettre qui inaugure le récit épistolaire racontant l’expérience d’un séjour d’une dizaine d’années en Amérique du Nord entre 1683 et 1693, le jeune officier militaire français a choisi sous la forme d’une boutade ironique de placer son écriture dans une forme d’écart qui, jouant de la référence pour faire entendre d’elle quelque chose sonnant comme faux, déplace significativement les normes et les tropes obligés de sa pertinence et de son autorité afin d’étonner son lecteur, le dérouter de ses attendus et aménager à sa main les conditions de la réception textuelle. Autrement dit, en rendant comme bizarres les marqueurs ordinaires du régime de crédibilité du texte, il propose à son lecteur une expérience « d’estrangement » avec laquelle ce n’est pas simplement un auteur que l’on suit dans son déplacement réel, physique, dans l’espace américain, mais une culture, des habitudes et des formes de pensée, des mécanismes d’explication du monde et des conditions d’acceptabilité de ce qui constitue l’ordre ordinaire qui se trouve dès lors lui-même ébranlé, bousculé et inquiété dans sa prétendue évidence.

    2Il convient, en effet, avant de commencer à explorer ce Nouveau Monde français en Amérique que nous décrivent les 25 lettres des Nouveaux voyages de Lahontan (publiées pour la première fois à La Haye en 1702-1703), de monter avec lui sur le navire avec lequel il gagne, à l’âge de 17 ans, en qualité de cadet volontaire d’une compagnie de marine, la Nouvelle-France et d’écouter, avec attention, ce qu’il nous dit de l’annonce de sa destination2. C’est sous la forme donc d’une boutade, travestissant la citation canonique en la poussant précisément hors de son contexte de réception légitime et de son efficacité judiciaire, qu’il donne à ses lecteurs le pacte de lecture de sa narration : à savoir, jouer le jeu, pleinement, du déplacement et faire voir, ce qui avec lui, demeure ferme et constant quand d’autres choses dérivent, se distancient et perdent leur qualité évidente et véritable. Quand il s’agit d’évoquer à son correspondant son arrivée aux abords de la Nouvelle-France, c’est en renvoyant à saint Paul qu’il décrit l’annonce des côtes canadiennes : « Ce Cap [le cap Race à Terre-Neuve] fut découvert par un Matelot perché sur le faite du grand Hunier lequel se prit à crier terre, terre, de même que St. Paul cria à l’approche de Malthe, Υην, ορω, ϒην, ορω (Je vois la terre, je vois la terre)3. » Cette mention fait saillir dans le récit de la traversée une posture de l’auteur qui manipule de manière parodique une référence scripturale dont la pertinence référentielle, à proprement parler, est par ailleurs nulle puisqu’elle est liée au naufrage du saint au large de Malte et qu’elle est donc déplacée, inadéquate à rendre compte de l’arrivée, somme toute ordinaire, au Canada du navire sur lequel se trouve Lahontan. Son rôle, par cet à côté délibéré (le sens étymologique de parodie) et par cette poussée hors de propos (le sens étymologique de boutade), est d’avertir le lecteur de prendre ce récit épistolaire comme une provocation à saisir peut-être moins le pittoresque récréatif d’une expérience coloniale et aventureuse comme l’ont fait tant d’autres de ses devanciers, qu’à réfléchir l’étrangeté d’une norme ou l’incongruité de pratiques communes qu’un effet de distanciation doit permettre de questionner4. La référence paulinienne rate sa cible ; la citation tombe à plat et le grec sonne creux ! C’est avec une remarquable économie de moyen l’énonciation de tout un programme critique.

    3À partir de ces prémices, l’historien de la littérature peut être saisi d’une forme de réflexe disciplinaire l’appelant à reconnaître dans un auteur une figure de précurseur et d’y entendre l’expression d’une avant-garde. D’une certaine manière, c’est ce Lahontan anticipé que l’on connaît : celui annonciateur par son déisme et son scepticisme des Lumières du xviiie siècle que symboliserait par excellence le dialogue avec la figure topique du « philosophe nu », le « sauvage éclairé », le Huron Adario du troisième volume de ses œuvres5. L’historien est, peut-être, plus enclin à retarder sa compréhension, à rendre plus ancien ce qu’il voit et ce qu’il lit. C’est ce Lahontan ralenti ou retardé que je souhaiterais étudier : celui des combats politiques de la noblesse du xviie siècle, celle en armes et en panache durant la Fronde du début du règne de Louis XIV et celle, munie de plumes et de pointes, des libertins érudits du règne de Louis XIII. Il s’agira donc d’observer combien son rapport à la religion serait moins annonciateur d’un Voltaire ou d’un Holbach qu’il servirait à déjuger une gouvernance monarchique despotique en Amérique pour faire entendre la résistance d’une noblesse critique qui ne s’est pas résolue à accepter, comme inéluctable et définitive, la transformation de la « monarchie républicaine » en un État royal absolutiste pour citer le titre de l’important livre de James B. Collins6. Michelet a fait de l’œuvre de Lahontan le coup de tonnerre inaugural et magnifique des Lumières et de son auteur un « Rousseau devancé de plus de cinquante ans7 ». C’est contre cette tradition de l’histoire des idées que je voudrais me placer en retardant au contraire ce baron français ruiné et disgracié du règne louis-quatorzien en lui redonnant ses véritables contemporains qui sont moins ceux avec lesquels il a pu vivre que ceux qu’il a lus et ceux que son supérieur hiérarchique en Amérique et son aîné de 44 ans, le gouverneur général Frontenac a pu comme ressusciter dans ses conversations avec lui, faisant, pour son jeune subordonné, revenir d’entre les morts, les vaincus d’une Fronde prétendument passée de saison en reprenant ici une expression de Colbert appliquée en 1679 à l’illusoire musellement des parlementaires sous la férule absolutiste du maître de Versailles8.

    4Louis-Armand de Lom d’Arce, baron de Lahontan en Béarn, quitte donc, après dix ans d’aventures, une Amérique française dans laquelle, s’il est permis au gouverneur général de la Nouvelle-France de faire jouer Corneille et Racine, la représentation de Tartuffe ne l’est pas, brutalement censurée par l’évêque de Québec, Mgr Saint-Vallier. Dans les tout premiers jours de l’année 1694 en effet, le prélat, après avoir fait dénoncer en chaire les mauvais effets de la comédie, interdit toutes les répétitions de la pièce que souhaitait jouer, au Château Saint-Louis de Québec, le comte de Frontenac qui avait même organisé la distribution des rôles parmi ses officiers9.

    5Ce triomphe du clergé sur le gouverneur général, le baron de Lahontan n’a pas pu l’apprendre puisqu’il venait juste de quitter, le 14 décembre 1693, la Nouvelle-France pour entamer une vie d’exil et d’itinérances de cours en cours européennes jusqu’à sa mort en 171610. Ce nouveau témoignage de la puissance cléricale est bien cependant comme le soufflet symbolique contre lequel toute l’œuvre de Lahontan est écrite, car il faut se rappeler le sous-titre de la pièce de Molière : « L’imposteur ». C’est bien contre une imposture, une usurpation, que se dresse Lahontan. Celle qu’un clergé malfaisant a fomentée contre la noblesse, la détroussant, avec la complicité d’une royauté gangrénée par le mauvais esprit de « la vile bourgeoisie », de son rôle politique naturel. Aussi la religion dans le récit épistolaire de Lahontan sera-t-elle l’instrument de la mise en évidence d’un déplacement justement qu’il s’agit de faire voir, de dénoncer et de combattre : celui ourdi par les ecclésiastiques et dans lequel le rêve impérial français risque de s’abîmer dans les réalités perverses d’une colonie théocratique. Pour reprendre les quelques mots de présentation par l’éditeur hollandais de Lahontan en novembre 1702 à laquelle le titre de ma communication est emprunté, la question de la relation entre la littérature viatique et la religion dans les Nouveaux voyages force à reconnaître que Lahontan écrit « comme s’il n’avait ni patrie ni religion11 ». Mais le privatif s’arrête là, car cette indépendance que revendique l’écriture du baron français, pour apatride qu’elle puisse être et d’une obédience peut-être érastienne, n’est absolument pas sans qualité12. Une qualité nobiliaire, cela va sans dire.

    Liberté sacrée et sainte raison : la religion des Sauvages américains

    6Les propos, un peu épars et au final peu nombreux, relatifs dans les Nouveaux voyages à la religion des Amérindiens ne témoignent pas d’un intérêt particulier de l’auteur à la différence de la place et de l’approche plus systématique qu’il consacra à ce sujet dans ses Mémoires de l’Amérique septentrionale ou la suite des voyages (parties 7 et 8) et dans le premier de ses « Dialogues ou entretiens avec un Sauvage » qui constituent la première partie de la Suite du voyage d’Amérique – l’autre partie étant intitulée « Voyages de Portugal et de Danemark ». Ils permettent néanmoins de mettre en évidence une forme de simplicité, de mesure et de discrétion qui concourent à définir, à l’opposé, le caractère exorbitant des pratiques observables du côté de la religion des colons, et plus précisément, à dénoncer le rôle extraordinaire que prétendent avoir grâce à elle ceux qui l’administrent. À l’égard de la religion des Amérindiens, la position de Lahontan, s’avouant incapable de « philosopher sur l’origine, la croyance, les mœurs et les maniéres de tant de Sauvages », est une façon de tenir à distance de son récit la critique des fondements et du fonctionnement de la spiritualité indigène13. Ce silence et cette élision contrastent avec la condamnation par l’auteur des pratiques du clergé qu’il observe tant à Québec et à Montréal que dans l’Ancien Monde, plus particulièrement au Portugal, marquées par son rigorisme, sa malhonnêteté, ses déviances et le tort qu’elles peuvent apporter au roi qui le soutient et le nourrit.

    7Si la superstition des marins français avec lesquels navigue Lahontan est traitée dans la première lettre des Nouveaux voyages sur un mode humoristique ne prêtant guère de gravité à leurs pratiques rituelles et à leurs cérémonies initiatiques auxquelles les passagers doivent se plier au moment du franchissement d’une ligne – on n’y risque en effet que d’attraper froid –, l’évocation de la superstition des catholiques fait plus loin dans son œuvre l’objet d’une dénonciation davantage virulente et inquiète car elle met en jeu la vie de l’auteur qui ne doit son salut qu’à un subterfuge ridiculisant une nouvelle fois les préjugés catholiques, et parce qu’elle autorise les abus de ceux qui l’utilisent à leur avantage pour asseoir une autorité illégitime sur les pratiques et les pensées. Comme l’a montré Réal Ouellet, l’épisode de la méprise des Béarnais prenant Lahontan pour un athée ou un protestant est l’occasion pour l’auteur des Voyages du même en Portugal et en Danemarc (il s’agit, dans le troisième tome de ses œuvres, de la suite du récit épistolaire interrompu par les Mémoires et les Dialogues) de subodorer « l’exploitation que les rusés savent faire de cette bêtise et de cette ignorance », car, écrit-il, « il est bon que la populace se repaisse de ces chimères ; les gens qui les prêchent y trouvent leur compte par tout païs14 ». Dans le monde amérindien, la bêtise a aussi son empire et ses adulateurs, mais ceux-ci ne sont que de fantasques « jongleurs » dont les agitations ridicules et les poses mystérieuses tiennent davantage lieu, à en croire Lahontan, de divertissements pour les Indiens qu’elles ne seraient l’expression d’une terribilità sacrée soumettant à sa fureur le secret des cœurs et des consciences. Il n’est pas sans intérêt de rappeler que les missionnaires jésuites furent regardés par ces guérisseurs comme de dangereux concurrents auprès des malades qu’ils se chargeaient traditionnellement de soigner du fait des liens privilégiés qu’ils prétendaient entretenir en qualité de chamanes avec les esprits15. Pour Lahontan la cause est entendue : s’il n’ignore pas la superstition, l’Indien sait la tenir à distance et ne la confond pas avec ce qu’il doit à la divinité. Surtout, il a empêché qu’elle trouve des serviteurs qui en feraient une arme d’asservissement contre sa liberté et une cage pour sa raison. Lecteur d’Anacréon et de Lucien, Lahontan se fait le pourfendeur des supercheries magiques qui trompent la bienveillance naturelle des hommes pour les enchaîner au char de la crédulité et les faire servir celui qui conduit l’équipage16. Pour résumer la compréhension par Lahontan de la religion des Hurons et des Iroquois, on peut suivre ce qu’écrivent les éditeurs modernes de son œuvre :

    « Ni athées, ni polythéistes, les Sauvages de Lahontan adhèrent plutôt à un déisme naturel. Ils admettent l’existence d’un Être suprême, créateur de l’univers et présent en toute chose ; ils croient en l’immortalité de l’âme, mais rejettent l’idée de Révélation. Même en matière de religion, ils proclament la souveraineté absolue de la raison et refusent les limites imposées par les chrétiens au libre exercice de cette faculté. Ils préconisent le libre examen, exigent des preuves et ne peuvent admettre des chimères au nom de la foi17. »

    8La religion des Indiens ne vient pas alors menacer les deux principes qui règlent la vie indigène selon Lahontan et qui en font toute la vertu : la liberté et la raison. Haranguant, en 1684, le gouverneur général de La Barre, le chef iroquois la Grangula affirme avec force cette liberté essentielle préservant l’autonomie autochtone tant contre une sujétion politique qui ne relèverait que de la force que contre une conversion religieuse dont les arguments seraient moins autorisés par la raison que fondés sur une forme de renoncement à celle-ci :

    « Nous sommes nez libres, nous ne dépendons pas d’Onontio [ce nom désigne pour les Amérindiens le gouverneur général de la Nouvelle-France] non plus que de Corlar [le nom du gouverneur général de la Nouvelle York] ; il nous est permis d’aller où nous voulons, d’y conduire qui bon nous semble, d’acheter et vendre à qui il nous plaît. Si tes Alliez sont tes esclaves ou tes enfans, traite les comme des esclaves, ou comme des enfans, ôte leur liberté de ne recevoir chez eux d’autres gens que les tiens18. »

    9Aussi l’un des principaux massifs thématiques que développe Lahontan à propos des Amérindiens est-il leur incompréhension de la subordination – qu’elle concerne le domaine politique comme l’univers spirituel. Se dessinent dès lors les termes d’une comparaison avec les Français soumis à la discrétion d’un seul homme et à l’autorité déraisonnable de clercs dont la nuisance, l’intéressement ambitieux, les rivalités et l’ignorance sont les leitmotivs d’une condamnation empruntant au rire rabelaisien, au déniaisement libertin et à une certaine forme de déisme la mise à distance d’une autorité susceptible désormais d’être questionnée et réformée depuis le reflet religieux autochtone.

    « Le cléricalisme ? Voilà l’ennemi ! » (Gambetta, mai 1877)

    10C’est bien avec les traits d’abord humoristiques d’un censeur aussi ridicule qu’énervé que se dessine la figure de l’Ecclésiastique en Nouvelle-France dans la relation de Lahontan. Fidèle à la tonalité de son récit, il ne s’agit pas pour lui de dresser le tableau didactique des travers d’un magistère clérical déplacé. Il a plus avantageusement choisi de peindre l’ennemi – auquel est imputé aussi bien l’insuccès colonial que les vices gouvernementaux – de la colonie de couleurs pittoresques qui, à l’unisson de ce Nouveau Monde qui se découvre au lecteur, installent le clerc inquisiteur dont il est question dans une forme d’incongruité exotique le mettant comme à côté d’un corps dont il prétend pourtant contrôler le cœur, les muscles et les nerfs, résolument étranger à la communauté dont il a le soin.

    11La lettre VIII, profitant d’une pause dans la relation, car, du fait de l’hiver canadien, Lahontan se trouve obligé de demeurer plusieurs mois en compagnie des colons de Montréal et il ne peut, de ce fait, apporter à la curiosité de son correspondant de nouvelles informations sur le monde des sauvages, la lettre VIII, donc, offre cependant à son lecteur une forme de divertissement dont le ressort comique est propice à la délivrance d’un enseignement. Il faut écouter ici l’auteur un peu longuement, car il porte son écriture et sa verve dénonciatrice à la hauteur des ambitions de censure d’un clergé que tout disqualifie pourtant.

    « On n’y sauroit faire aucune partie de plaisir, ni joüer, ni voir les Dames que le Curé n’en soit informé, et ne le préche publiquement en Chaire. Son zéle indiscret va jusqu’à nommer les gens, et s’il refuse la Communion aux femmes des Nobles pour une simple fontange de couleur, jugez du reste. Vous ne scauriez croire à quel point s’étend l’autorité de ces Seigneurs Ecclésiastiques. J’avoüe qu’ils sont ridicules en leurs maniéres d’agir, ils excommunient tous les masques, et même ils accourent aux lieux où il s’en trouve pour les demasquer et les accabler d’injures ; ils veillent plus soigneusement à la conduite des filles et des femmes que les peres et les maris. Ils crient après les gens qui ne font pas leur devotion tous les mois, obligeant à Pâques toutes sortes de personnes de porter des billets à leurs Confesseurs. Ils deffendent et font brûler tous les livres qui ne traitent pas de dévotion. Je ne puis songer à cette tirannie, sans pester contre le zéle indiscret du Curé de cette Ville. Ce cruel entrant chez mon hôte et trouvant des livres sur ma table, se jetta à corps perdu sur le Roman d’avantures de Petrone que j’estimois plus que ma vie, parce qu’il n’étoit pas mutilé. Il en arracha presque tous les feuillets avec si peu de raison, que si mon hôte ne m’eut retenu lorsque je vis ce malheureux débris, j’eusse alors accouru chez ce turbulant Pasteur pour arracher aussi tous les poils de sa barbe. Ils ne se contentent pas d’étudier les actions des gens, ils veulent encore fouiller dans leurs pensées. Jugez, après cela Monsieur, l’agrément qu’on peut avoir ici19. »

    12« Jugez » ; peut-être est-ce bien là le mot, répété deux fois, le plus important de cette saynète qui se présente comme l’acte d’une comédie dont il faut tirer la leçon. Sans réduire la vis comica aux seules finalités d’une morale correctrice, l’enjeu est pour Lahontan de dénoncer le ridicule et l’injustice d’un homme dont l’état – un prêtre – et la charge – la cura animorum – devraient requérir la gravité la plus grande et le sens le plus aigu du juste et de l’injuste. Lahontan met les rieurs de son côté : les leçons d’Horace et de Molière ont été entendues. Le passage par l’édition révisée et augmentée en 1705 par Nicolas Gueudeville des Nouveaux voyages, sans trahir sur ce point la pensée de Lahontan à la différence d’autres thématiques qui feront que Lahontan réfutera en termes définitifs l’attribution de ces ajouts à sa plume – je pense en particulier à l’appel à la révolte contre Louis XIV –, permet de mettre en évidence le jeu narratif conduisant du tableau d’un persécuteur à celui d’une société rangée sous le despotisme scandaleux d’un ordre20. La nature despotique du clergé, aussi inquiétante que ridicule, se donne pleinement à entendre dans le passage révisé par le bénédictin défroqué21. Farouche calviniste, Hollandais d’adoption et polygraphe fécond, le normand Nicolas Gueudeville abhorre le catholicisme et l’absolutisme tout puissant de son ancienne patrie après 1685. Il prête ici sa faconde à l’amplification comique de la dénonciation de la tyrannie des sulpiciens, seigneurs temporels de Montréal et maîtres spirituels de ses habitants. Sous la plume de Lahontan, il s’agit bien de dénoncer la tyrannie exercée par le clergé sur la société coloniale de la Nouvelle-France. Une tyrannie qui contraste avec la prudente mise à distance amérindienne d’un groupe social qui aurait pu aliéner la liberté de toutes les autres composantes de la société indigène. Une tyrannie qui se signale par ailleurs par son anachronisme et qui la fait observer au-delà de l’Atlantique comme la survivance incongrue d’une malfaisance que le règne d’Henri IV avait su conjurer et qui, à défaut de la faire disparaître complètement, l’avait réorienté sur d’autres objets et fait emprunter d’autres voies. Dans la lettre IX, commentant son éloignement de trois lieues de Montréal, Lahontan se félicite de cette retraite, car il n’aura plus à subir, écrit-il, que « l’emportement zelé d’un simple prêtre » et non pas la censure sourcilleuse et terroriste de toute une compagnie d’ecclésiastiques22. Avec cet adjectif (cité deux fois dans la lettre VIII), c’est le maître mot des guerres de religion qui surgit ici, loin pourtant des horreurs d’une ancienne France ravagée par les guerres civiles de religion. Un zèle religieux, déplacé – « emportement » – et exorbitant – la frénésie destructrice du livre –, qui a provoqué non seulement des milliers de morts, mais encore ébranlé si fortement la monarchie au point qu’il a paru sur le point capable de renverser ce régime vieux de mille ans. À défaut de cette révolution du régime, il a emporté dans la tombe deux rois, assassinés en 1589 et en 1610.

    13Les termes de tyrannie, de zèle et de despotisme permettent de comprendre que cette puissance cléricale usurpée est le symptôme ou la cause – il faudrait prolonger l’analyse – d’une situation politique scandaleuse contre laquelle Lahontan se dresse afin de la dénoncer. Ce dont souffrent les Canadiens sous le gouvernement des prêtres n’est-il pas la crainte dont Montesquieu fera le principe du despotisme, quand la monarchie aurait pour elle celui de l’honneur et la république celui de la vertu ?

    Sens dessus dessous : la menace du grand renversement ou l’autre grand dérangement canadien

    14Le cléricalisme colonial est dès lors le stigmate d’une Nouvelle-France dont la nature politique altérée relève, bien davantage que la simple distance géographique, l’écart fondamental qui la sépare de l’ancienne dans une forme de double dégradé et grossi adressé à la vigilance de ses contemporains. Ce qui choque Lahontan est l’usurpation du pouvoir politique dans la colonie par les clercs qui fait moins d’elle une part du royaume ou une composante de son empire qu’une « réduction » théocratique sur le modèle de celles mises en œuvre par les Jésuites au Paraguay. Quand les fameuses Relations des Jésuites publiées chaque année à Paris entre 1632 et 1673 ont façonné pour les lecteurs européens l’image de missionnaires infatigables œuvrant pour la plus grande gloire de Dieu à l’évangélisation des pauvres sauvages d’Amérique, ne reculant devant aucune peine et exposant même leur vie au martyre pour sauver les âmes de ces malheureux, les Nouveaux voyages ne donneront guère l’occasion de croiser dans leurs pages ces ouvriers de Dieu dans leur apostolat indigène. Le lecteur les surprend, bien au contraire, dans le confort et la jouissance de biens matériels et de pouvoirs fabuleux. Si c’est en empruntant au sarcasme rabelaisien qu’est réalisé, dès les premières pages du récit, le portrait des Jésuites, le tableau général que dresse Lahontan de la ville de Québec dans la lettre III donne à voir des ordres religieux et des églises dont l’émulation est moins celle de conquérir le paradis pour les Indiens que d’être plus puissants, pour les premiers, et plus grandes, pour les secondes, que les autres. L’édition de 1703 décrit en ces termes la maison des Jésuites :

    « Ces Peres ont de beaux jardins, plusieurs allées d’arbres si touffus, qu’il semble en été qu’on soit dans une glaciere plutôt que dans un bois. On peut dire aussi que la glace n’en est pas loin, car ils ne manquent jamais d’en conserver en deux ou trois endroits, pour avoir le plaisir de boire frais23. »

    15Gueudeville accentuera la remarque moqueuse de Lahontan pour en faire une insinuation plus dévastatrice de la probité des Pères jésuites. Prolongeant la description de la fraîcheur que ces derniers savent conserver à leur résidence grâce à l’aménagement de glacières, le polémiste protestant écrit que c’est :

    « Une précaution qui ne leur manque pas ; ils en ont plutôt trois qu’une, et ils ont grand soin de les bien remplir ; car ces Reverends tous occupez à éteindre les flâmes de la concupiscence, aiment extrêmement à boire frais en Été24. »

    16C’est bien sous le double signe d’une vertu discutable et d’une compétition mondaine dans laquelle sont engagés les ordres religieux au Canada que la relation de Lahontan débute affirmant résolument la discordance d’une voix étonnant l’exemplarité à laquelle les premiers prétendaient. En énonçant à la fois l’incurie des ordres religieux dans leurs domaines prétendus de compétence – l’évangélisation des Indiens et la pacification des passions qui viendraient dresser les colons les uns contre les autres – et l’intrusion des ecclésiastiques dans ceux relevant de la sphère commerciale, politique et culturelle, Lahontan met en scène ce qui constituerait pour lui la raison des innombrables difficultés de la colonie française : à savoir une forme d’insubordination renversant l’économie des rôles et des responsabilités, brouillant l’ordre ordinaire du cours des choses et les hiérarchies sociales et politiques héritées de l’éternel hier de la tradition. Le visage que dresse le baron français est alors le constat de l’échec des principaux officiers du roi qui, inquiets en janvier 1667, de la possibilité de tels renversements s’étaient efforcés de dresser contre elle des remparts espérés infranchissables en édictant des règlements auxquels ils confiaient la charge conjuratrice des bouleversements menaçants. L’intendant de la Nouvelle-France et les deux autres plus hauts représentants de Louis XIV avaient défini avec lucidité la nature du danger qu’ils percevaient pleinement et la résistance qu’il fallait lui opposer. Dans leur « projet de règlements qui semblent être utiles en Canada », Jean Talon, Alexandre de Prouville de Tracy et Daniel de Rémy de Courcelles estimaient en effet qu’il était de « la prudence de prévenir dans l’état naissant du Canada, toutes les fâcheuses révolutions qui pourroient le rendre de monarchique aristocratique ou démocratique25 ». Ce spectre révolutionnaire, s’il est attaché à l’anacyclose polybienne dans l’analyse que font les trois principaux officiers du roi afin de promouvoir une colonisation de type militaire sur le modèle des colonies romaines de vétérans, est exprimé différemment, trois ans plus tard, par l’évêque in partibus de Pétrée, Mgr François de Laval, alors seulement vicaire apostolique en Nouvelle-France – il est fait évêque de Québec en 1674 :

    « Tout le monde scoit que les protestans en général ne sont pas si attachez à Sa Majesté que les catholiques. Québec n’est pas si loing de Boston et aultre villes angloises ; multiplier les protestans en Canada, ce seroit donner occasion pour la suitte à des révolutions26. »

    17S’il faut croire Lahontan lorsqu’il rédige ses lettres une vingtaine d’années plus tard, les uns comme les autres se sont trompés. Non pas tant sur la nature du danger – le spectre révolutionnaire –, mais sur les acteurs de ce dernier, car ni les protestants, ni les seigneurs, ni même les syndics populaires n’ont révolutionné l’État naissant du Canada. Si celui-ci est pourtant sens dessus dessous aux yeux de Lahontan, il faut en chercher la raison ailleurs. Chez ceux auxquels des Hurons avaient posé cette question, justement : « Pensez-vous venir à bout de renverser le pays ? » S’adressant en effet aux missionnaires jésuites qui s’efforçaient de leur faire adopter une vie chrétienne, les Hurons affirmaient leur surprise devant une ambition qui revenait derrière leur conversion à une transformation inouïe de leur société et de leur culture27. L’étonnement de Lahontan est comparable au leur. À ceci près que si les néophytes indiens sont encore peu nombreux, c’est bien auprès des Français du Canada un pays renversé et un État subjugué que le jeune baron découvre dans ses voyages et qu’il décrit dans sa relation. Non pas tant donc celui des Sauvages qui semblait pourtant le plus exposé à cette vulnérabilité coloniale, mais bien celui de ses compatriotes. Lahontan esquisse en effet le tableau d’un ordre politique inconcevable à ses yeux et que les Mémoires présenteront par la suite de manière plus rigoureuse. Tout est dans la main des ecclésiastiques et les gouverneurs généraux de la Nouvelle-France sont les premiers à être pris dans les mailles du filet clérical : qu’ils doivent leur nomination à cette charge à quelques clercs ou que la disgrâce qui les rappelle en France soit du fait de quelques autres – ou des mêmes quelques fois ! Outre l’exemple du gouverneur général Joseph-Antoine Le Febvre de La Barre (1682-1685), Lahontan présente plus longuement le cas du gouverneur général Frontenac. Rappelé en France en 1682 à l’instigation des Jésuites, son retour en Nouvelle-France, sept ans plus tard, est craint par ces derniers28. En évoquant sa disgrâce après dix années d’exercice de la charge de gouverneur général, Frontenac est présenté par Lahontan comme la figure exemplaire d’un ordre politique soumis à la tyrannie du parti des clercs et sous sa plume, à nouveau, ressurgit le fantôme des guerres de religion, des ecclésiastiques fanatiques, du terrorisme des consciences et des corps et de l’usurpation du pouvoir légitime du roi et de ses officiers par des ligues de religieux factieux portant pertuisanes et arquebuses. Si l’espace s’est dilaté entre les deux rives de l’Atlantique, le temps, lui au contraire, semble s’être rétracté, car la description du scandale colonial emprunte son nom à l’actualité des rivalités européennes (la ligue d’Augsbourg naît en 1686) comme aux réalités, cent ans plus tôt, de la Sainte-Union des guerres de religion.

    « M. de Frontenac est un des derniers qui a eu ce fâcheux sort : il se brouilla avec M. Duchesnau Intendant de ce Païs-là, qui se voyant protegé du Clergé, insulta de guet à pend cet illustre Général, lequel eut le malheur de succomber sous le faix d’une Ligue Ecclesiastique, par les ressorts qu’elle fit mouvoir contre tout principe d’honneur et de conscience29 ? »

    18Le renversement est tel que sous ce magistère clérical ceux qui provoquent ces révolutions de palais ne sont pas poursuivis quand ce sont leurs victimes qui sont accusées de brouiller l’ordre de la colonie.

    « Les Gouvernemens Politique, Civil, Ecclesiastique et Militaire ne sont pour ainsi dire qu’une même chose en Canada, puis que les Gouverneurs Generaux les plus rusez ont soumis leur autorité à celles des Ecclésiastiques. Ceux qui n’ont pas voulu prendre ce parti, s’en sont trouvez si mal qu’on les a rappellez honteusement. J’en pourrois citer plusieurs qui pour n’avoir pas voulu adhérer aux sentimens de l’Evêque et des Jesuites, et n’avoir pas remis leur pouvoir entre les mains de ces infaillibles personnages ont été destituez de leurs emplois, et traitez ensuite à la Cour comme des étourdis et comme des brouillons30. »

    19De là le dévoilement des réalités d’une colonie qui appartiendrait moins à l’empire du roi de France ou qu’elle constituerait une province de son royaume qu’elle n’est en réalité placée sous la férule du dominium insolite des ecclésiastiques soumettant tout à leurs intérêts tyranniques comme l’illustrent les lettres VIII et IX :

    « Les Gentilshommes de ce Païs-là ont bien des mesures à garder avec les Ecclesiastiques, pour le bien et le mal qu’ils en peuvent recevoir indirectement. L’Evêque et les Jesuites ont assez d’ascendant sur l’esprit de la plupart des Gouverneurs Généraux pour procurer des emplois aux enfans des Nobles qui sont dévoüez à leur très-humble service, ou pour leur obtenir de ces Congez, dont je vous ai parlé dans ma huitiême Lettre […]. Un simple Curé doit être ménagé, car il peut faire du bien et du mal aux Gentilshommes, dans les Seigneuries desquels ils ne sont, pour ainsi dire, que Missionnaires, n’y ayant point de Cures fixes en Canada, ce qui est un abus qu’on devroit réformer31. »

    20Le gouvernement renversé acquiert dès lors chez Lahontan la force rhétorique d’une dénonciation plus générale de l’usurpation des états du monde par laquelle la domination monstrueuse des clercs sur la société de la Nouvelle-France a pu faire souche. Et ce qui, depuis l’Amérique, est donné à voir aux lecteurs français est bien le spectacle universel d’une ambition théocratique outrageant l’ordre du Prince et la liberté de ses sujets, en Nouvelle-France comme dans l’ancienne, grâce à l’intérêt qu’ont trouvé dans cette révolution politique les ministres et les roturiers qui peuplent leurs clientèles et leurs familles, comme encore les reliquats honteux d’une aristocratie indigne vendant sa noblesse pour un bol de lentilles et l’honneur de ses filles contre des charges et des chaînes d’or. Aussi l’Amérique constitue-t-elle la pierre de touche de la vraie noblesse contre l’usurpation des titres anciens avilis par des hommes ignobles que leur action dénonce. Adressé contre le gouverneur de Plaisance, De Mombeton de Brouillan, l’un des hommes du ministre Louis Phélypeaux de Pontchartrain et responsable de sa brutale disgrâce, le réquisitoire de Lahontan est moins la dénonciation d’une injustice dont il s’estime personnellement victime que la plainte politique et sociale d’un ordre réduit sous l’absolutisme louis-quatorzien à servir l’indignité et à disparaître dans le « tout est peuple » stigmatisé dans la littérature du Refuge comme le fruit amer de la politique royale32.

    « N’est-ce pas deshonorer son Prince et son Emploi que de faire le pêcheur, le marchant, le Cabarétier et cent autres métiers de la plus basse méchanique ? N’est-ce pas une tiranie de forcer les Habitans d’acheter d’un tel ou tel Vaisseau les marchandises dont ils ont besoin, et de vendre les morües à d’autres Vaisseaux où Messieurs les Gouverneurs ont le principal interêt ? N’est-ce pas contrevenir aux Ordonnances de Louis XIV que de s’aproprier les agrêts et les apparoux des Vaisseaux qui périssent à la côte ? […] obliger les Habitants à donner leurs Valets et leurs Charpentiers pour les employer à des travaux où le service de Sa Majesté a moins de part que celui de la bourse ? Voila des abus qu’on devroit reformer, si l’on veut que le Roi soit bien servi. Cependant on ne le fait pas ; j’en ignore la raison ; qu’on la demande aux Commis de Monsieur de P. Je suis persuadé que toutes ces pirateries ne viennent point à la connaissance du Roi, car il est trop juste pour les souffrir33. »

    21Il s’agit bien d’une Nouvelle-France abandonnée au désordre politique et social : les commis commandent à la noblesse ; les nobles s’abîment dans une aristocratie affairiste ; le gouverneur général se fait le laquais de l’évêque et le prélat tranche du roi. Ce tableau des calamités de la sujétion devient l’objet du rire des Amérindiens qui, reprenant sous la plume de Lahontan l’inspiration du Contr’un de La Boétie, se moquent des Français auxquels ils retournent ironiquement l’accusation que ceux-ci pourtant leur adressent d’être des enfants. Les Amérindiens plaignent les Français et leur subordination, leur servitude à l’égard d’un seul homme qui peut tout et qui n’a, pour seule loi, qu’une volonté qu’il peut soustraire à l’examen de la raison.

    22D’une religion aliénante à l’aliénation d’un État, la boucle est achevée quand Louis XIV sacrifice sur l’autel de sa gloire jalouse les vertus d’une noblesse à laquelle il entend faire payer le prix de sa résistance à la transformation de la monarchie républicaine et aristocratique en un État royal absolutiste, de sa fronde et de ses libertés qui ne s’accommodent pas de n’être plus que de simples privilèges34.

    23Le frontispice de l’édition des œuvres de Lahontan pourrait apporter sa conclusion à cette étude. Face au formidable Léviathan qui s’est levé au milieu du siècle pour s’imposer dans le paysage politique, un homme nu se dresse.

    Figure 1. – Page de titre des Nouveaux voyages de Mr. le baron de Lahontan…, op. cit., « Et leges et sceptra terit ».

    24Introduisant le lecteur dans la découverte du monde des Sauvages américains, son indianité laisse perplexe et sous ses traits se reconnaît un visage. À défaut de pouvoir y deviner les traits de celui de Lahontan, il est possible d’imaginer celui d’une noblesse aspirant à reconquérir sa liberté.

    « J’envie le sort d’un pauvre Sauvage, qui leges & Sceptra terit, & je souhaiterais pouvoir passer le reste de ma vie dans sa Cabane, afin de n’être plus exposé à fléchir le genou devant des gens, qui sacrifient le bien public à leur interest particulier, & qui sont nais pour faire enrager les honêtes gens35. »

    25La religion des sages et raisonnables Amérindiens est un catéchisme de liberté dont l’exotisme le plus grand procède de sa confrontation avec une société canadienne assujettie aux clercs. Lesquels, pour travailler au salut de chacun, contraignent les corps, violentent la raison et contrôlent les goûts, renversent l’ordre politique et la hiérarchie des états et des charges. La religion que la relation de voyage du baron de Lahontan donne à voir est bien moins l’intimité d’une spiritualité amérindienne qu’elle n’est saisie, chez les colons français, dans l’excentricité scandaleuse de ceux qui la servent. Un scandale à la hauteur de celui d’une monarchie de droit divin abîmée dans le despotisme de ses ministres et dans les appétits déraisonnables de gloire de son roi.

    Notes de bas de page

    1Sur la distinction entre « récit » de voyage et « relation » de voyage, Ouellet R., La relation de voyage en Amérique (xvie-xviiie siècle). Au carrefour des genres, Québec, Presses de l’université Laval/Éditions du CIERL, 2010.

    2Nouveaux voyages de Mr. le baron de Lahontan, dans l’Amérique septentrionale, qui contiennent une rélation des différens Peuples qui y habitent ; la nature de leur Gouvernement ; leur Commerce ; leurs Coutumes, leur Religion, et leur maniére de faire la Guerre. L’intérêt des François et des Anglois dans le Commerce qu’ils font avec ces Nations ; l’avantage que l’Angleterre peut retirer dans ce Païs, étant en Guerre avec la France. Le tout enrichi de Cartes et de Figures, La Haye, chez les frères L’Honoré, marchands libraires, 1703 ; outre l’édition scientifique moderne de l’œuvre de Lahontan par A. Beaulieu et R. Ouellet (Lahontan, Œuvres complètes, Montréal, Les Presses de l’université de Montréal, 1990), je renvoie à l’édition par M. Gohier des Nouveaux voyages (Un baptême iroquois. Les nouveaux voyages en Amérique septentrionale (1683-1693), Neuvy-en-Champagne, Le passager clandestin, 2015). Lahontan est promu, en 1687, lieutenant d’une compagnie de marine puis il est nommé capitaine en 1691 ; sa défense de Plaisance lui apporte le titre de lieutenant du roi dans cette place en mars 1693 avant sa brouille funeste, quelques mois après cette promotion, avec le gouverneur de Terre-Neuve, Jacques-François de Mombeton de Brouillan.

    3Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., p. 3.

    4L’effet d’une telle entrée en matière en termes de distanciation et d’efficacité critique est renforcé par l’évocation, dans la même lettre liminaire, du baptême parodique des passagers franchissant pour la première fois les lignes maritimes érigées en seuils initiatiques solennels par la superstition des matelots (Ouellet Réal, « La contestation religieuse dans les voyages de Challe et de Lahontan », in Girou-Swiderski Marie-Laure et Berthiaume Pierre (dir.), Challe et/en son temps, Paris, Honoré Champion, 2002, p. 473-489, p. 475).

    5Il s’agit du chef des Wyandots des Grands Lacs, Kondiaronk (connu aussi sous le nom totémique du Rat), qui joua un rôle considérable dans la paix de Montréal de 1701 entre les Iroquois et les Français et leurs alliés amérindiens. Sur cette lecture de Lahontan, Ferland Rémi et Ouellet Réal, « Les Sauvages de Lahontan : enfants de la nature ou porte-parole des “Lumières” », in Thérien Gilles (éd.), Les figures de l’Indien, Montréal, L’Hexagone, 1995, p. 192-214, et Ouellet Réal, « Les Dialogues de Lahontan (1703-1705) : de l’affirmation libertaire à l’appel révolutionnaire », Actes du colloque international Dialogue et controverse, département de Français, université du Caire, 2004, p. 91-102.

    6Collins J. B., La monarchie républicaine. État et société dans la France moderne, Paris, Odile Jacob, 2016.

    7Michelet, Histoire de France au dix-huitième siècle, vol. 14, La Régence, Paris, Chamarot, 1863, p. 178-179 et préface (cité par Ouellet R. [éd.], Dialogues avec un Sauvage, Montréal, Lux Éditeur, 2010, p. 8-9).

    8Aubert G. et Chaline O. (dir.), Les parlements de Louis XIV (1655-1715). Opposition, coopération, autonomisation ?, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 7.

    9Têtu H., Notices biographiques. Les Evêques de Québec, Québec, Narcisse-S Hardy Éditeurs, 1889, p. 115-120. Le gouverneur général avait entendu Molière lui-même la lire publiquement chez son beau-frère, Habert de Montmort ; les mandement contre l’officier Jacques de Mareuil qui devait jouer le rôle titre et celui condamnant d’assister à la représentation sont datés du 16 janvier 1694 (Roquebrune R. de, « Le théâtre au Canada en 1694. L’affaire du Tarfuffe », Revue de l’histoire des colonies françaises, vol. 19, no 80, 1931, p. 181-194, p. 185 et p. 189-190) ; Grégoire V., « La représentation du Tartuffe n’aura pas lieu ; ou, pour une nouvelle “affaire Tartuffe” à Québec en 1694 », in Brooks W., McCall Probes Ch. et Zaiser R. (éd.), Lieux de culture dans la France du xviie siècle, Berne, Peter Lang, 2012, p. 247-264. On peut également rappeler que Frontenac possédait un hôtel rue des Tournelles à Paris, rue dans laquelle Ninon de Lenclos en possédait un également et dans lequel Molière était venu lire aussi sa pièce. Frontenac ne quittant Paris pour le siège de Candie qu’en mai 1669, il est possible de l’imaginer parmi les auditeurs du dramaturge dans le salon de la maîtresse du grand Condé.

    10Il quitte alors Plaisance pour débarquer au Portugal en janvier 1694 ; il se fixe en 1707 à la cour de Hanovre et y meurt en avril 1716 à l’âge de 49 ans.

    11Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., « Préface », f. 6 vo-7.

    12Jaffro L., « Toland : La constitution primitive de l’Église philosophique », in Cattin Y., Jaffro L. et Petit A. (éd.), Figures du théologico-politique, Paris Librairie philosophique L. Vrin, 1999, p. 149-174 ; Collins J. R., The Allegiance of Thomas Hobbes, Oxford, Oxford University Press, 2005.

    13Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., p. 180.

    14Ouellet R., « La contestation religieuse », art. cit., p. 480-481.

    15Havard G., Empire et métissages. Indiens et Français dans le Pays d’en Haut, 1660-1715, Sillery/Paris, Septentrion/Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2003, p. 712-717.

    16Gohier M., Un baptême iroquois, op. cit., p. 34.

    17Lahontan, Œuvres complètes, op. cit., t. I, p. 56 ; Robert France, « Le Bon Sauvage du baron de Lahontan », Argument. Politique, Société, Histoire, vol. 16/2, 2014, p. 141-148.

    18Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., p. 53.

    19Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., p. 60-61. L’édition de Pétrone est probablement celle publiée à Amsterdam en 1669.

    20Yardeni M., « Gueudeville et Louis XIV. Un précurseur du socialisme, critique des structures sociales louis-quatorziennes », Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. 19, no 4, 1972, p. 598-620 ; Boisvert F., « L’influence protestante chez Lahontan », Revue d’histoire et de philosophie religieuses, t. 84, no 1, 2004, p. 31-51 ; Ouellet R., « Lahontan et Exquemelin. Deux exemples de dérive textuelle (xviie-xviiie siècles) », Tangence, no 74, 2004, p. 45-57.

    21Lahontan-Gueudeville, Voyages du baron de Lahontan dans l’Amérique septentrionale…, Á Amsterdam, chez François L’Honoré, vis-à-vis de la Bourse, 1741, (1705), 3 tomes en 1 volume, t. I, p. 72-74.

    22Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., p. 68.

    23Ibid., p. 17.

    24Lahontan-Gueudeville, Voyages du baron de Lahontan, op. cit., t. I, p. 20.

    25Berthet Th., Seigneurs et colons de Nouvelle France. L’émergence d’une société distincte au xviiie siècle, Cachan, Éditions de l’ENS, 1992, p. 67.

    26« Mémoire de l’évêque sur les protestants », Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France, Québec, Imprimerie A. Coté et Cie, 1883, t. I, p. 204.

    27Grégoire V., « Pensez-vous venir à bout de renverser le pays : la pratique d’évangélisation en Nouvelle-France d’après les Relations des Jésuites », XVIIe Siècle, no 201, 1998, p. 681-707 ; Campeau Lucien (éd.), Monumenta Novae Franciae, t. III : Fondation de la mission huronne (1635-1637), Rome-Québec, Institutum Historicum Societatis Iesu-Presses de l’université Laval, 1987, p. 313 ; Delâge Denys, Le Pays renversé. Amérindiens et Européens en Amérique du nord-est (1600-1664), Québec, Boréal Express, 1985.

    28Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., p. 196-197.

    29Lahontan-Gueudeville, Voyages du baron de Lahontan, op. cit., t. III, p. 78.

    30Ibid., p. 77-78.

    31Ibid., p. 82-83.

    32L’auteur anonyme des Soupirs de la France esclave qui aspire à sa liberté, publié en 1689, décrit la tyrannie universelle que fait régner l’ordre louis-quatorzien : « Il est bon d’apprendre premièrement que dans le gouvernement présent, tout est peuple. On ne sait plus ce que c’est que qualité, distinction, mérite et naissance. L’autorité royale est montée si haut, que toutes les distinctions disparaissent, toutes les lumières sont absorbées. Car dans l’élévation où s’est porté le monarque, tous les humains ne sont que la poussière de ses pieds. Ainsi sous le nom de peuple, on a répandu l’oppression et la misère jusque sur les parties les plus nobles et les plus relevées de l’État » (Les soupirs de la France esclave qui aspire après la liberté [1689], t. II, p. 13). Antony McKenna propose contre les attributions traditionnelles à Jurieu et à Michel Le Vassor une paternité aristocratique à cette œuvre (Chevreuse/Saint-Simon ou Boulainvilliers) – « Les Soupirs de la France esclave, qui aspire après la liberté : la question de l’attribution », in Bonnet Pierre (éd.), Littérature de contestation : Pamphlets et polémiques du règne de Louis XIV aux Lumières, Paris, Éditions Le Manuscrit, 2011, p. 229-268 ; Bonnet Pierre, « De la critique à la satire : Trente années d’opposition pamphlétaire à Louis XIV », Bulletin de la société de l’histoire du protestantisme, no 157/1, 2011, p. 27-64, p. 39).

    33Lahontan-Gueudeville, Voyages du baron de Lahontan, op. cit., t. III, p. 36-37.

    34Secretan C., Les privilèges, berceau de la liberté. La Révolte des Pays-Bas : aux sources de la pensée politique moderne (1566-1619), Paris, Vrin, 1990.

    35Lahontan, Œuvres complètes, op. cit., « Dialogues », p. 797.

    Auteur

    • Yann Lignereux

      Université de Nantes.

      Yann Lignereux est professeur d’histoire moderne à l’université de Nantes ; ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, agrégé d’histoire, sa thèse portait sur les aménagements des pratiques et des imaginaires municipaux lyonnais dans le premier xviie siècle (Lyon et le Roi. De la « bonne ville » à l’absolutisme municipal, 1594-1654, Seyssel, Champ Vallon, 2003). Ses travaux actuels privilégient l’analyse de la publicité monarchique (Les rois imaginaires. Une histoire visuelle de la monarchie de Charles VIII à Louis XIV, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016) dans le cadre, notamment, d’une histoire de la construction de l’État moderne interrogée au prisme de l’histoire impériale. Cette thématique est abordée principalement dans l’étude de la constitution politique de la Nouvelle-France au xviie siècle et à travers les rapports qu’y entretiennent la religion et le politique comme il a pu en présenter une manifestation dans un article publié en 2016 dans la Revue d’histoire de l’Amérique française, « Une mission périlleuse ou le péril colonial jésuite dans la France de Louis XIV. Sainte-Marie des Iroquois (1649-1665) ».

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    1Sur la distinction entre « récit » de voyage et « relation » de voyage, Ouellet R., La relation de voyage en Amérique (xvie-xviiie siècle). Au carrefour des genres, Québec, Presses de l’université Laval/Éditions du CIERL, 2010.

    2Nouveaux voyages de Mr. le baron de Lahontan, dans l’Amérique septentrionale, qui contiennent une rélation des différens Peuples qui y habitent ; la nature de leur Gouvernement ; leur Commerce ; leurs Coutumes, leur Religion, et leur maniére de faire la Guerre. L’intérêt des François et des Anglois dans le Commerce qu’ils font avec ces Nations ; l’avantage que l’Angleterre peut retirer dans ce Païs, étant en Guerre avec la France. Le tout enrichi de Cartes et de Figures, La Haye, chez les frères L’Honoré, marchands libraires, 1703 ; outre l’édition scientifique moderne de l’œuvre de Lahontan par A. Beaulieu et R. Ouellet (Lahontan, Œuvres complètes, Montréal, Les Presses de l’université de Montréal, 1990), je renvoie à l’édition par M. Gohier des Nouveaux voyages (Un baptême iroquois. Les nouveaux voyages en Amérique septentrionale (1683-1693), Neuvy-en-Champagne, Le passager clandestin, 2015). Lahontan est promu, en 1687, lieutenant d’une compagnie de marine puis il est nommé capitaine en 1691 ; sa défense de Plaisance lui apporte le titre de lieutenant du roi dans cette place en mars 1693 avant sa brouille funeste, quelques mois après cette promotion, avec le gouverneur de Terre-Neuve, Jacques-François de Mombeton de Brouillan.

    3Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., p. 3.

    4L’effet d’une telle entrée en matière en termes de distanciation et d’efficacité critique est renforcé par l’évocation, dans la même lettre liminaire, du baptême parodique des passagers franchissant pour la première fois les lignes maritimes érigées en seuils initiatiques solennels par la superstition des matelots (Ouellet Réal, « La contestation religieuse dans les voyages de Challe et de Lahontan », in Girou-Swiderski Marie-Laure et Berthiaume Pierre (dir.), Challe et/en son temps, Paris, Honoré Champion, 2002, p. 473-489, p. 475).

    5Il s’agit du chef des Wyandots des Grands Lacs, Kondiaronk (connu aussi sous le nom totémique du Rat), qui joua un rôle considérable dans la paix de Montréal de 1701 entre les Iroquois et les Français et leurs alliés amérindiens. Sur cette lecture de Lahontan, Ferland Rémi et Ouellet Réal, « Les Sauvages de Lahontan : enfants de la nature ou porte-parole des “Lumières” », in Thérien Gilles (éd.), Les figures de l’Indien, Montréal, L’Hexagone, 1995, p. 192-214, et Ouellet Réal, « Les Dialogues de Lahontan (1703-1705) : de l’affirmation libertaire à l’appel révolutionnaire », Actes du colloque international Dialogue et controverse, département de Français, université du Caire, 2004, p. 91-102.

    6Collins J. B., La monarchie républicaine. État et société dans la France moderne, Paris, Odile Jacob, 2016.

    7Michelet, Histoire de France au dix-huitième siècle, vol. 14, La Régence, Paris, Chamarot, 1863, p. 178-179 et préface (cité par Ouellet R. [éd.], Dialogues avec un Sauvage, Montréal, Lux Éditeur, 2010, p. 8-9).

    8Aubert G. et Chaline O. (dir.), Les parlements de Louis XIV (1655-1715). Opposition, coopération, autonomisation ?, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 7.

    9Têtu H., Notices biographiques. Les Evêques de Québec, Québec, Narcisse-S Hardy Éditeurs, 1889, p. 115-120. Le gouverneur général avait entendu Molière lui-même la lire publiquement chez son beau-frère, Habert de Montmort ; les mandement contre l’officier Jacques de Mareuil qui devait jouer le rôle titre et celui condamnant d’assister à la représentation sont datés du 16 janvier 1694 (Roquebrune R. de, « Le théâtre au Canada en 1694. L’affaire du Tarfuffe », Revue de l’histoire des colonies françaises, vol. 19, no 80, 1931, p. 181-194, p. 185 et p. 189-190) ; Grégoire V., « La représentation du Tartuffe n’aura pas lieu ; ou, pour une nouvelle “affaire Tartuffe” à Québec en 1694 », in Brooks W., McCall Probes Ch. et Zaiser R. (éd.), Lieux de culture dans la France du xviie siècle, Berne, Peter Lang, 2012, p. 247-264. On peut également rappeler que Frontenac possédait un hôtel rue des Tournelles à Paris, rue dans laquelle Ninon de Lenclos en possédait un également et dans lequel Molière était venu lire aussi sa pièce. Frontenac ne quittant Paris pour le siège de Candie qu’en mai 1669, il est possible de l’imaginer parmi les auditeurs du dramaturge dans le salon de la maîtresse du grand Condé.

    10Il quitte alors Plaisance pour débarquer au Portugal en janvier 1694 ; il se fixe en 1707 à la cour de Hanovre et y meurt en avril 1716 à l’âge de 49 ans.

    11Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., « Préface », f. 6 vo-7.

    12Jaffro L., « Toland : La constitution primitive de l’Église philosophique », in Cattin Y., Jaffro L. et Petit A. (éd.), Figures du théologico-politique, Paris Librairie philosophique L. Vrin, 1999, p. 149-174 ; Collins J. R., The Allegiance of Thomas Hobbes, Oxford, Oxford University Press, 2005.

    13Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., p. 180.

    14Ouellet R., « La contestation religieuse », art. cit., p. 480-481.

    15Havard G., Empire et métissages. Indiens et Français dans le Pays d’en Haut, 1660-1715, Sillery/Paris, Septentrion/Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2003, p. 712-717.

    16Gohier M., Un baptême iroquois, op. cit., p. 34.

    17Lahontan, Œuvres complètes, op. cit., t. I, p. 56 ; Robert France, « Le Bon Sauvage du baron de Lahontan », Argument. Politique, Société, Histoire, vol. 16/2, 2014, p. 141-148.

    18Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., p. 53.

    19Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., p. 60-61. L’édition de Pétrone est probablement celle publiée à Amsterdam en 1669.

    20Yardeni M., « Gueudeville et Louis XIV. Un précurseur du socialisme, critique des structures sociales louis-quatorziennes », Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. 19, no 4, 1972, p. 598-620 ; Boisvert F., « L’influence protestante chez Lahontan », Revue d’histoire et de philosophie religieuses, t. 84, no 1, 2004, p. 31-51 ; Ouellet R., « Lahontan et Exquemelin. Deux exemples de dérive textuelle (xviie-xviiie siècles) », Tangence, no 74, 2004, p. 45-57.

    21Lahontan-Gueudeville, Voyages du baron de Lahontan dans l’Amérique septentrionale…, Á Amsterdam, chez François L’Honoré, vis-à-vis de la Bourse, 1741, (1705), 3 tomes en 1 volume, t. I, p. 72-74.

    22Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., p. 68.

    23Ibid., p. 17.

    24Lahontan-Gueudeville, Voyages du baron de Lahontan, op. cit., t. I, p. 20.

    25Berthet Th., Seigneurs et colons de Nouvelle France. L’émergence d’une société distincte au xviiie siècle, Cachan, Éditions de l’ENS, 1992, p. 67.

    26« Mémoire de l’évêque sur les protestants », Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France, Québec, Imprimerie A. Coté et Cie, 1883, t. I, p. 204.

    27Grégoire V., « Pensez-vous venir à bout de renverser le pays : la pratique d’évangélisation en Nouvelle-France d’après les Relations des Jésuites », XVIIe Siècle, no 201, 1998, p. 681-707 ; Campeau Lucien (éd.), Monumenta Novae Franciae, t. III : Fondation de la mission huronne (1635-1637), Rome-Québec, Institutum Historicum Societatis Iesu-Presses de l’université Laval, 1987, p. 313 ; Delâge Denys, Le Pays renversé. Amérindiens et Européens en Amérique du nord-est (1600-1664), Québec, Boréal Express, 1985.

    28Lahontan, Nouveaux voyages, op. cit., p. 196-197.

    29Lahontan-Gueudeville, Voyages du baron de Lahontan, op. cit., t. III, p. 78.

    30Ibid., p. 77-78.

    31Ibid., p. 82-83.

    32L’auteur anonyme des Soupirs de la France esclave qui aspire à sa liberté, publié en 1689, décrit la tyrannie universelle que fait régner l’ordre louis-quatorzien : « Il est bon d’apprendre premièrement que dans le gouvernement présent, tout est peuple. On ne sait plus ce que c’est que qualité, distinction, mérite et naissance. L’autorité royale est montée si haut, que toutes les distinctions disparaissent, toutes les lumières sont absorbées. Car dans l’élévation où s’est porté le monarque, tous les humains ne sont que la poussière de ses pieds. Ainsi sous le nom de peuple, on a répandu l’oppression et la misère jusque sur les parties les plus nobles et les plus relevées de l’État » (Les soupirs de la France esclave qui aspire après la liberté [1689], t. II, p. 13). Antony McKenna propose contre les attributions traditionnelles à Jurieu et à Michel Le Vassor une paternité aristocratique à cette œuvre (Chevreuse/Saint-Simon ou Boulainvilliers) – « Les Soupirs de la France esclave, qui aspire après la liberté : la question de l’attribution », in Bonnet Pierre (éd.), Littérature de contestation : Pamphlets et polémiques du règne de Louis XIV aux Lumières, Paris, Éditions Le Manuscrit, 2011, p. 229-268 ; Bonnet Pierre, « De la critique à la satire : Trente années d’opposition pamphlétaire à Louis XIV », Bulletin de la société de l’histoire du protestantisme, no 157/1, 2011, p. 27-64, p. 39).

    33Lahontan-Gueudeville, Voyages du baron de Lahontan, op. cit., t. III, p. 36-37.

    34Secretan C., Les privilèges, berceau de la liberté. La Révolte des Pays-Bas : aux sources de la pensée politique moderne (1566-1619), Paris, Vrin, 1990.

    35Lahontan, Œuvres complètes, op. cit., « Dialogues », p. 797.

    Frontières et altérité religieuse

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    Lignereux, Y. (2019). « Comme s’il n’avait ni Patrie ni Religion ». In A. Nijenhuis-Bescher, S. Berthier-Foglar, G. Bertrand, & F. Meyer (éds.), Frontières et altérité religieuse. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14jii
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    Nijenhuis-Bescher, Andreas, et al., éditeurs. Frontières et altérité religieuse. Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14jmn.
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