« Li paresse vedere il Messia… »
Prophétie et messianisme dans le Voyage en Perse d’Ambrogio Contarini (1474-1477)
p. 23-30
Texte intégral
1Au terme de la longue ambassade qui, de 1474 à 1477, l’avait amené de Venise à la Perse pour convaincre le souverain Uzun Hasan de maintenir l’alliance qui l’unissait à la Sérénissime dans la lutte contre les Ottomans, Ambrogio Contarini fut conduit devant le Sénat afin de lui exposer les résultats de sa mission1. Conscient qu’en vertu des lois qui régissaient la diplomatie vénitienne sa relation serait par la suite conservée au secret2, Contarini prit la décision d’en rédiger une nouvelle version qui pouvait être publiée et par conséquent offerte à l’intérêt d’éventuels lecteurs3. Si elle peut surprendre, au regard notamment de la stricte réserve que la Seigneurie exigeait de ses ambassadeurs4, cette initiative reposait sur la volonté du patricien de faire partager à tous son expérience, mais aussi et surtout de transmettre les leçons tirées d’un long voyage dont les multiples aléas, au gré des différents peuples rencontrés et des périls affrontés, avaient radicalement bouleversé le cours et le sens.
2Au fur et à mesure de son avancée vers la Perse, et plus encore lors de son retour, l’ambassadeur fut en effet confronté à autant d’altérités ethniques, sociales et surtout religieuses que la géographie particulièrement chaotique de son itinérance le laissait présager5. Et du spectacle de ces dissemblances, Contarini tira bien vite une conclusion qui vint se juxtaposer puis finalement s’imposer à la mission diplomatique qui lui avait été confiée. De fait, dès le prologue de son récit, il affirme avoir agi et écrit pour satisfaire non pas une, mais deux exigences : servir sa Seigneurie mais également « le Bien universel de la Chrétienté6 ». Et s’il insiste sur le caractère universel de ce bien dont il se veut le défenseur, c’est précisément parce que son voyage lui a démontré que cette universalité n’existait pas, que cette universalité n’existait plus. Déjà menacé par les musulmans en général et par les Turcs ottomans en particulier, le monde chrétien était lui-même traversé par de multiples failles et divisions qui contribuaient à le fragiliser face aux ennemis de la foi7. Autant d’altérités irréductibles et d’altérité relatives – pour ainsi dire – que l’ambassadeur vénitien fut amené à observer tout au long de son périple et qui retiendront ici mon attention afin de montrer comment celles-ci purent progressivement le conduire à se considérer non plus comme un simple porte-parole, mais comme un prophète, chargé de rétablir l’unité de la chrétienté dans la lutte contre l’infidèle8. Un prophète, mais également un messie, tant son expérience, sous sa plume, tend peu à peu à se confondre avec des épisodes de la vie de Christ par lesquels, désormais alter-Christus, il pouvait se prétendre Messia, figure katéchontique effectivement en mesure de rétablir, en écho aux oracles qui circulaient alors en Occident, le « Bien universel de la Chrétienté ».
Les « altérités irréductibles » : Ambrogio Contarini face aux « Hommes maudits9 »
3En faisant le choix, au sein de son viazo, de passer presque systématiquement sous silence le sens de sa mission diplomatique au profit d’une description minutieuse des peuples et des sociétés qu’il rencontre, Ambrogio Contarini adopte donc en apparence la figure de l’observateur, voire du simple curieux prompt à ne relever que les étrangetés pittoresques de l’ailleurs10. Or il ne s’agit ici, justement, que d’apparences, car son regard se double toujours d’un ensemble de considérations où s’entrecroisent lecture ethnographique et interprétation providentielle. Ainsi de ces peuples qui présentent, tant en matière de foi que de comportements, des « altérités irréductibles » aux yeux de l’ambassadeur.
4Parmi eux, je retiendrai en premier lieu l’exemple des Tatars, auxquels Contarini consacre de très longs passages, à la mesure somme toute des tourments qu’ils lui firent endurer, du chantage au vol, en passant par les insultes et les violences11. Or, ce sont précisément ces épreuves qui, à bien des égards, conduisent Contarini à envisager la nature providentielle de son expérience, lui qui semble alors tout particulièrement protégé par Dieu. En ce sens, on ne peut qu’être troublé par le récit qu’il donne de son séjour à Astrakhan, du 1er mai au 10 août 147612. À peine arrivé dans la ville, où il accompagnait l’ambassadeur de Moscovie qui l’avait pris sous sa protection, Contarini est arrêté par les Tatars en raison de sa religion et de son appartenance au monde « franc ». Retenu prisonnier et condamné à devenir esclave, le Vénitien récapitule alors son expérience au contact de cette société pour l’essentiel nomade, dont les pratiques, tant spirituelles que sociales, lui semblent à ce point étranges qu’il en vient à comparer ces Tatars, « aux visages tels des planches de bois13 », à des « chiens » et, en les qualifiant alors d’« hommes maudits », les rejette ainsi dans une regio dissimilitudinis faite de bestialité et de violence, comme étrangère au monde des hommes14. Comment, dès lors que l’on constate la grande précarité de l’ambassadeur, affamé, dépouillé, malade et emprisonné, ne pas penser à ce passage de l’Évangile de saint Mathieu (25, 41-43) où le Christ s’exclame :
« 41 Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges.
42 Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ;
43 j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.” »
5Et comment ne pas être frappé par le fait qu’au final, Contarini parvienne à s’échapper le 10 août, jour de la saint Laurent, protecteur des pauvres et des démunis, dont l’office vénitien faisait le libérateur des justes et des purs15 ? Ainsi libéré de la regio dissimilitudinis qui avait failli le retrancher par la servitude de la communauté des fidèles, c’est seulement alors que Contarini envisage sa dimension prophétique, instrument de la providence pour annihiler ces dissemblances que le contact de l’autre lui a révélées et qui sont autant d’offenses à Dieu.
Figure 1. – L’image des Tatars au Moyen Âge. Miniature illustrant la Chronica Maiora de Matthieu Paris (vers 1200-1259).

Parker Library, MS16II, fol. 167 ro (avec l’aimable autorisation Master and Fellows of Corpus Christi College, Cambridge [Royaume-Uni], cote MS16II).
6Car ce qui est vrai pour les Tatars l’est aussi bien entendu pour cette autre altérité irréductible que constitue le monde ottoman, ennemi de sa Seigneurie comme de la chrétienté tout entière, et dont il a pu mesurer, à Caffa ou à la Tina, la dramatique avancée. À bien des égards, on pourrait s’étonner du peu de place que Contarini accorde aux Turcs dans son récit. Or, cette quasi-absence s’explique assez aisément, à partir de l’instant où l’on constate que toute confrontation potentielle avec l’ennemi est à chaque fois miraculeusement évitée, comme si la Providence faisait en sorte de préserver le diplomate de l’affrontement, de la capture voire de la mort. Ainsi, et alors que Contarini et ses compagnons traversent la mer Noire en direction de Pazar, une tempête se lève qui conduit Contarini à faire dévier le cap sur Batoumi. Une fois cette décision prise, la tempête s’apaise et, une fois arrivés à destination, tous apprennent leur chance, puisqu’entre-temps Pazar était tombée aux mains des Turcs16. Plus tard, c’est à la faveur – pour ainsi dire – d’une fièvre soudaine que Contarini se doit de marquer une halte à Fasso, où lui parvient la nouvelle de la prise de Caffa, sa destination initiale, par les Ottomans17. Autant de signes qui le confortent dans l’idée qu’il jouit de la bienveillance divine, comme s’il était tout spécialement protégé pour mener à bien non plus une simple mission diplomatique, mais une véritable missio chrétienne.
7Et l’ambassadeur-prophète de prendre alors conscience, en écho aux divers Vaticinia ou Oracula qui circulaient alors à Venise et qu’il avait pu consulter, que la réduction de ces altérités religieuses menaçantes ne pouvait advenir sans une totale union des chrétiens pour les combattre18. Or, et ce n’est pas là la moindre des leçons qu’il put tirer de son itinérance, le monde chrétien apparaissait lui-même comme un monde divisé, traversé qu’il était par ces altérités qui, quoique relatives, n’en étaient pas moins profondément préjudiciables à l’accomplissement de la mission dont il se sentait investi.
Les « altérités relatives » : le messie des oracles chiliastiques
8Appartenant aux premiers voyageurs de l’Europe latine à avoir rendu compte de leur séjour en Europe centrale, Contarini se montre particulièrement frappé par la diversité des cultes chrétiens qu’il est alors conduit à observer. Église autocéphale de Géorgie, Mingréliens de rite grec, mais frappés de multiples hérésies, Arméniens fidèles au pape, mais aux pratiques douteuses, Moscovites orthodoxes, l’ambassadeur vénitien fait le relevé scrupuleux de ces altérités chrétiennes qu’il observe sinon avec condescendance du moins avec méfiance, les tenant comme autant d’anomalies et de facteurs de faiblesse et n’hésitant pas, là encore, à les rapprocher de ces peuples maudits par Dieu19. Ainsi, non loin de Gori, le voici par exemple qui refuse de visiter un monastère conservant une icône miraculeuse, lui qui se montre pourtant si avide, à chacune de ses étapes, de s’arrêter dans tous les sanctuaires. De la même manière, en Moscovie, s’amuse-t-il de la situation religieuse du duché, en l’insérant subrepticement dans une description bien peu élogieuse de la société moscovite :
« Les hommes comme les femmes sont assez bien faits, mais tous demeurent assez brutaux. Ils ont un pape nommé par leur Seigneur et ne font que peu de cas du nôtre, estimant par ailleurs que nous autres sommes tous damnés. Ils se font tous gloire d’être de grands buveurs et méprisent ceux qui ne le sont pas. Ils n’ont certes pas de vin, mais consomment une boisson élaborée avec du miel et des feuilles de houblon : ce n’est pas une mauvaise boisson, notamment lorsqu’elle a vieilli. Le souverain n’accorde toutefois pas à tout un chacun la permission de fabriquer cette boisson, faute de quoi tous seraient ivres en permanence et s’entretueraient comme des brutes. Du matin jusqu’à midi, ils ont pour habitude de rester dans les bazars puis ils se rendent dans les tavernes pour manger et pour boire. Dans tous les cas, passée l’heure de midi, il est impossible d’obtenir quelque service que ce soit de leur part20. »
9Enfin, en Iméréthie, sans doute n’est-ce pas anodin si, violemment pris à partie par le roi Bagrat VI, Contarini se proclame alors sujet du pape, comme pour lui signifier clairement son appartenance à un catholicisme romain qui seul pouvait se revendiquer d’un christianisme authentique, en mesure de vaincre l’infidèle et de restaurer sous son égide l’unité perdue du monde chrétien21.
10Et ce n’est donc pas un hasard non plus si c’est précisément au retour de cette délicate entrevue que l’ambassadeur consigne :
« Le 14 je quittai ledit Roi et je me rendis au village où se trouvaient mes compagnons. […] Aussi m’accueillirent-ils comme s’ils avaient vu le Messie, laissant libre cours à leur joie22. »
11Dès lors tout semble s’éclairer pour le Vénitien, tant il est vrai que cet épisode, qui intervient quelques jours seulement avant son entrée en Perse, semble réorienter le sens de la mission diplomatique. L’angoisse qui le saisissait face aux dangers des autres religions s’estompe, au profit d’un nouvel espoir, celui de pouvoir non seulement mener à bien sa mission, mais de contribuer par la même occasion à la réunification de la chrétienté divisée. Certes, cette détermination ne le préservait en rien des désillusions, à l’image de son séjour à la cour d’Uzun Hasan qui lui apparaît d’emblée comme un précipité de toutes les altérités qu’il avait pu jusqu’alors observer, ou encore de sa fréquentation des autres ambassadeurs catholiques présents sur place et qui, dans leurs manœuvres et leurs divergences, lui semblent à leur tour bien étrangers23. Pour autant, et au risque parfois explicitement assumé d’outrepasser les ordres qu’il avait reçus de sa Seigneurie, Contarini n’hésite plus désormais à engager de longues conversations avec ces étrangers qui lui faisaient auparavant horreur, comme s’il se faisait un devoir d’aplanir leurs dissensions pour les amener, peu à peu, à embrasser ses propres vues24. D’où, à mon sens, cette figure ambivalente d’ambassadeur/prophète dans laquelle il se coule de plus en plus ouvertement, cherchant à convertir ses interlocuteurs à sa cause, qui n’était jamais à ses yeux que celle de la chrétienté tout entière. Mais s’il échoue finalement en Perse, c’est pour mieux poursuivre par la suite son nouvel objectif, en acceptant d’effectuer un long détour par la Moscovie où il souhaite convaincre le duc Ivan III de s’unir aux catholiques dans la lutte contre l’infidèle, parvenant contre toute attente à lui faire entamer de nouveaux pourparlers qui, au final, n’aboutiront cependant pas25.
Les « altérités niées » : en guise de conclusion…
12Pour toutes ces raisons, c’est peu de dire que le Viazo d’Ambrogio Contarini s’écarte par bien des aspects des autres récits de voyageurs contemporains et notamment des autres relations d’ambassadeurs vénitiens envoyés à la même époque en Perse, comme celles de Caterino Zeno26 ou de Josafat Barbaro27. Une différence qui tient, peut-être, au simple fait que Contarini n’était pas, pour ainsi dire, un « diplomate professionnel », mais un marchand, vraisemblablement choisi pour son pragmatisme et les garanties de fidélité qu’il pouvait offrir28. Une différence qui tient aussi, sans doute, à la profonde piété d’un homme qui applique ainsi à toutes ses aventures et mésaventures une relecture mystique, comme l’attestent les prénoms dont il affuble certains personnages et qui, selon toute probabilité, relèvent de son invention29. Mais une différence qui tient surtout, et pour cause, à la manière dont il relate son périple. Car contrairement à ses homologues qui consignent les événements plus qu’ils ne les interprètent et qui soulignent les altérités religieuses comme autant de singularités au mieux pittoresques au pire ridicules30, Contarini cherche à en saisir les causes et les éventuels dangers. En ce sens et qu’elles lui apparaissent irréductibles ou relatives, ces altérités n’ont d’autre destin à ses yeux que de disparaître. Alors que les premières seront vaincues, les secondes s’effaceront au profit d’une union de la chrétienté dont il se voulait l’instrument. En parlant et en écrivant en chrétien plutôt qu’en ambassadeur, influencé par les oracles auxquels il avait eu accès en tant que proche des cercles joachimites vénitiens, c’est à un récit de voyage bien particulier qu’aspirait en effet le patricien. Non pas à une description émerveillée ou embarrassée par les altérités religieuses qui s’offraient à son regard, mais à un véritable plaidoyer pour une chrétienté réunifiée qui, débarrassée de ses divergences, pourrait enfin vaincre toutes les formes d’infidélités. Et c’est sans doute pourquoi, en définitive, ce à quoi aspirait Contarini n’était jamais qu’un discours des altérités niées.
Notes de bas de page
1Pour le contexte et le détail, nous nous permettons de renvoyer à Vuillemin P., Une itinérance prophétique. Le voyage en Perse d’Ambrogio Contarini (1474-1477), Paris, Classiques Garnier, 2016.
2Pour une vue d’ensemble des pratiques diplomatiques médiévales, on devra se reporter aux ouvrages anciens de Maulde-La-Clavière R. de, La diplomatie au temps de Machiavel, Paris, E. Leroux, 1892-1893, 3 vol. ; Nys E., Les origines de la diplomatie et le droit d’ambassade jusqu’à Grotius, Bruxelles, 1884 ; Queller D. E., The Office of Ambassador in the Middle Age, Princeton, Princeton University Press, 1967. Plus récent mais, par définition, moins synthétique, Les relations diplomatiques au Moyen Âge. Formes et enjeux, actes du 41e congrès de la SHMESP (Lyon, 2010), Paris, Publications de la Sorbonne, 2011. Sur la diplomatie vénitienne au Moyen Âge, quelques éléments utiles dans Baschet A., La diplomatie vénitienne. Les princes de l’Europe au xvie siècle, Paris, 1862 ; Queller D. E., Early Venetian Legislation on Ambassadors, Genève, Droz, 1966 ; id., « The Development of Ambassadorial Relazioni », in Hale J. R. (dir.), Renaissance Venice, Londres, Faber and Faber, 1973, p. 174-196.
3Viazo de misier Ambrosio Contarini ambasador de la illustrissima Signoria de Venesia al signor Uxuncassam re de Persia, Venetiis, per Hannibalem Fosium parmensem, anno incarnationis domini MCCCCLXXXVII. die. XVI. ianuarii.
4En 1468 puis en 1480, deux délibérations du Conseil des Dix exigèrent des ambassadeurs vénitiens qu’ils prêtent serment de ne jamais rien révéler de leurs missions, Introducta est consuetudo per aliquos oratores nostros non bona neque conveniens rebus nostris quod ostendunt et legunt litteras quæ eis scribuntur (1468) ; Ambasciatores non conferant cum aliquo forinseco de rebus ad statum pertinentibus (12 juillet 1480).
5Sur l’itinéraire de Contarini, outre Vuillemin P., Une itinérance prophétique…, op. cit., on verra la carte insérée dans I Viaggi in Persia degli ambasciatori veneti Barbaro e Contarini, éd. critique par L. Lockhart, R. Morozzo Della Rocca et M. F. Tiepolo, Il Nuovo Ramusio, VII, Rome, Istituto Poligrafico dello Stato, 1973, p. 177-234 pour le récit d’Ambrogio Contarini et p. 417 pour la carte elle-même.
6Vuillemin P., Une itinérance prophétique, op. cit., p. 125 : « Moi, Ambrogio Contarini, fils du défunt Benedetto, j’ai été élu par notre Illustrissime Seigneurie en son Sénat afin de devenir ambassadeur auprès de l’Illustre Seigneur Uzun Hasan, Roi de Perse. Même si une telle légation me paraissait pour le moins difficile et dangereuse en raison de la longueur du voyage, j’avais néanmoins le souci de satisfaire le désir de ma très chère et Illustre Seigneurie ainsi que le Bien universel de toute la Chrétienté. » C’est nous qui soulignons.
7Sur cette question on verra, entre autres, Setton K. M., The Papacy and the Levant (1204-1571), vol. II : The Fifteenth Century, Philadelphie, American Philosophical Society, 1978 ; Poumarède G., Pour en finir avec la Croisade. Mythes et réalités de la lutte contre les Turcs aux xvie et xviie siècles, Paris, PUF, 2004 ; Weber B., Lutter contre les Turcs : les formes nouvelles de la croisade pontificale au xve siècle, Rome, École française de Rome, 2013.
8Au sens étroitement biblique, le prophète étant « l’interprète de Dieu », c’est-à-dire « celui qui transmet et explique Sa volonté ». Sur cette signification originelle, Neher A., L’essence du prophétisme, Paris, PUF, 1955 (nouvelle édition sous le titre Prophètes et prophéties, Paris, Payot, 1995) ; on verra également les contributions de Gibert P., « Le prophétisme biblique » et de Vauchez A., « Le prophétisme chrétien, de l’Antiquité tardive à la fin du Moyen Âge », in Vauchez A. (dir.), Prophètes et prophétisme, Paris, Seuil, 2012, respectivement p. 23-60 et 63-125.
9Sur cette image des « hommes maudits », on verra Olivieri A., « Les “homini maledicti” : xve et xvie siècle », in Burkardt A., Bertrand G. et Krumenacker Y. (dir.), Commerce, voyage et expérience religieuse, xvie-xviiie siècles, Rennes, PUR, 2007, p. 385-393.
10Pour une mise en perspective, Dal Borgo M., « Popoli, etnie, religioni nelle relazioni degli ambasciatori veneziani », Diversity and Connectivity in the Mediterranean World. In Memory of Keiichi Takeuchi, Tokyo, Hitotsubashi University, 2006, p. 23-36.
11Vuillemin P., Une itinérance prophétique, op. cit., notamment p. 133 et 173-174.
12Ibid., p. 173-174.
13Ibid., p. 172.
14Ibid., p. 134, 173. Sur la notion de regio dissimilitudinis, on verra Gilson E., « Regio dissimilitudinis de Platon à saint Bernard de Clairvaux », Mediaeval Studies, 9, 1947, p. 108-130.
15La fête de St Laurent apparaît dans tous les calendriers liturgiques vénitiens du Moyen Âge, Tramontin S., « Il “Kalendarium” veneziano », in Tramontin S., Niero A., Musolino G. et Candiani C. (dir.), Culto dei Santi a Venezia, Venise, Studium Cattolico Veneziano, 1965, p. 275-327. À la première leçon du premier nocturne, on lisait en effet un passage du Liber ecclesiastici (51, 1-7) suivi d’une prière à saint Laurent : Confitebor tibi, Domine, Rex, et collaudabo te Deum Salvatorem meum. Confitebor nomini tuo : quoniam adiutor et protector factus es mihi, et liberasti corpus meum a perditione, a laqueo linguæ iniquæ et a labiis operantium mendacium, et in conspectu astantium factus est mihi adiutor. Et liberasti me secundum multitudinem miseri-cordiæ nominis tui a rugientibus, præparatis ad escam, de manibus quærentium animam meam, et de portis tribulationum, quæ circumdederunt me : a pressura flammæ, quæ circumdedit me, et in medio ignis non sum æstuata : de altitudine ventris inferi, et a lingua coinquinata, et a verbo mendacii, a rege iniquo, et a lingua iniusta. R./Levita Laurentius bonum opus operatus est, qui per signum crucis cæcos illuminavit, Et thesauros Ecclesiæ dedit pauperibus. V./Dispersit, dedit pauperibus : iustitia eius manet in sæculum sæculi.
16Vuillemin P., Une itinérance prophétique, op. cit., p. 136-137.
17Ibid., p. 162.
18Sur le climat prophétique qui régnait alors à Venise, ibid., p. 100-101.
19Ainsi écrit-il, à propos de la Géorgie : « Mon désir était si grand de quitter cette maudite région. » Ibid., p. 142. C’est nous qui soulignons.
20Ibid., p. 186.
21Sur la nature de cet échange et sur cette étrange affirmation, ibid., p. 140-141.
22Ibid., p. 141.
23Ibid., p. 155-156. Pour un portrait de l’un de ces ambassadeurs, en l’occurrence Lodovico da Bologna, représentant le duché de Bourgogne, Bryer A., « Ludovico da Bologna and the Georgian and Anatolian embassy of 1460-1461 », The Empire of Trebizond and the Pontos, Londres, Variorum reprints, 1980, p. 177-198 ; Bargellesi Severi A., « Nuovi documenti su frate Lodovico da Bologna », Archivum Franciscanum historicum, LXIX, 1976, p. 3-22 ; Richard J., « Louis de Bologne, patriarche d’Antioche et la politique bourguignonne envers les États de la Méditerranée orientale », Publications du centre européen d’études burgondo-médianes, Bruxelles, 1980, p. 63-69 ; Evangelisti P., « Politica e credibilità personale. Un diplomatico francescano tra Tabriz e la Borgogna (1450 circa-1479) », Quaderni storici, XI, 2005, p. 3-40 ; id., « Ludovico da Bologna », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 66, Rome, Treccani, 2007, p. 403-406.
24Pour quelques exemples, Vuillemin P., Une itinérance prophétique, op. cit., p. 156-159. Précisons ici que la Seigneurie de Venise lui avait formellement interdit de s’entretenir en aparté avec les autres ambassadeurs, comme l’atteste l’un des deux ordres de mission secrets transmis à l’orateur, ASVe, Senato. Secreti, reg. 26, c. 68 ro-69 vo.
25Sur la présence et l’action de Contarini à Moscou, Vuillemin P., Une itinérance prophétique, op. cit., p. 180-190. Pour une vue d’ensemble des relations qui unissaient alors la Moscovie au reste de la chrétienté, voir Pierling P., La Russie et le Saint-Siège, Études diplomatiques, Paris, Plon, 1896, vol. 1, p. 107-185 ; Martin J., Medieval Russia, 980-1584, Cambridge, Cambridge University Press, 2007, p. 348-358.
26Zeno C., Dei commentarii del Viaggio in Persia di M. Caterino Zeno il K. & delle guerre fatte nell’Imperio Persiano dal tempo di Vssuncassano in quà, Venise, 1558.
27I Viaggi in Persia degli ambasciatori veneti Barbaro e Contarini, op. cit., p. 67-173.
28Sur les origines, la formation et le parcours de Contarini, Vuillemin P., Une itinérance prophétique, op. cit., p. 47-50.
29Sur ce point, Vuillemin P., Une itinérance prophétique, op. cit., notamment p. 97-98.
30Ainsi du récit de voyage de Josafat Barbaro qui s’achève notamment par l’affirmation suivante : « a laude del Signor Nostro Giesu Christe vero Dio, et vero huomo: al quale noi christiani, et specialmente nati nella Illustrissima città nostra di Venetia, siamo molto piu obligati di quello, che sono queste genti barbare, aliene dal suo culto, et piene di mali costumi ».
Auteur
-
Pascal Vuillemin
Université Savoie Mont Blanc.
Pascal Vuillemin, agrégé et docteur en histoire, ancien membre de l’École française de Rome, est actuellement maître de conférences à l’université Savoie Mont Blanc. Spécialiste de l’histoire de l’Église italienne aux xive et xve siècles, ses travaux portent plus spécifiquement sur les institutions ecclésiastiques ainsi que sur les idées et les pratiques religieuses dans les derniers siècles du Moyen Âge. Il est notamment l’auteur de Droit et réforme ecclésiastique à Venise à la fin du Moyen Âge (Rome, École française de Rome, 2015), d’Une itinérance prophétique. Le voyage en Perse d’Ambrogio Contarini (Paris, Classiques Garnier, 2016) et de « Parochiæ venetiarum ». Les paroisses de Venise au Moyen Âge (Paris, Classiques Garnier, 2017).
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