Les archives de la Sûreté et l’histoire de France des années 1930
À propos de travaux récents et de l’ANR Paprik@2F
p. 73-82
Texte intégral
1Comme l’a souligné Émilie Charrier dans sa contribution, l’inventaire des archives dites de Moscou est maintenant précis et surtout le travail opéré permet de « recoudre » les fonds F7 et ceux de la Sûreté générale ; il faut saluer le travail effectué par le personnel des Archives nationales depuis les déménagements importants entre Fontainebleau et Pierrefitte – le souci sans faille de fournir un inventaire très précis à tous les publics doit aussi être rappelé. Ces riches matériaux que Sophie Cœuré avait mentionnés avec finesse dans son ouvrage la Mémoire spoliée1 sont d’origines variées, provenant à la fois d’archives publiques, celles de la surveillance, mais aussi de fonds privés, d’associations, d’organisations, voire d’archives personnelles. La masse considérable d’archives revenues offre alors des sources incontournables pour renouveler ou préciser l’histoire politique de la France des années 1930 : « citons les 15 000 dossiers et les quatre fichiers de la Sûreté nationale du ministère de l’Intérieur […], des ministères des Colonies, des PTT, du Ravitaillement, de l’Agriculture, de l’Information, du Commerce, de la Santé…, les commissariats spéciaux aux frontières et les préfectures (à l’exception de la préfecture de Police de Paris, qui usa de son statut dérogatoire pour les verser dans son propre service d’archives) ou encore le Comité pour l’emploi des réfugiés espagnols dans l’agriculture et le Comité d’aide aux enfants espagnols réfugiés en France2 ».
2D’autre part, la CGT a pu récupérer ses archives saisies par l’Occupant dans les mêmes conditions3, mais il y a peu de documents sur les grèves du printemps 1936. Est-ce lié au caractère spontané du mouvement ou à la logique de fonctionnement fédéral ? Comme l’écrit l’historien Morgan Poggioli : « Il n’est donc pas interdit de penser que des rapports aient pu être rédigés par les fédérations, mais toutes leurs archives ne sont pas encore disponibles4. »
3Ces archives des années 1930 ont été saisies par les troupes d’occupation allemandes et/ou remises par l’administration de Vichy à partir de l’été 1940 pour être traitées en Allemagne pour mieux lutter contre les antinazis et antifascistes. En mai 1945, elles sont saisies par les Soviétiques et ne reviendront en France qu’après l’effondrement de l’URSS au cours de plusieurs voyages5.
4Dans le cadre d’un projet de recherches financé par l’Agence nationale de la recherche intitulé Paprik@2F (Portail Archives Politiques Recherches Indexation du Komintern et des Fonds français)6, mené à l’université de Bourgogne sous ma direction, en partenariat avec les Archives nationales et tout particulièrement le département de la Justice et de l’Intérieur, dirigé par Marion Veyssière, une équipe d’archivistes, d’historiens et d’informaticiens a réalisé un travail minutieux qui permet maintenant d’avoir accès non seulement aux inventaires précis, mais aussi aux archives numérisées, en particulier celles du Komintern concernant la France.
5Face au maquis archivistique et à l’éparpillement des fonds (Moscou, Paris, Bobigny, Dijon, etc.)7, le portail donne à la communauté scientifique l’ensemble des inventaires en respectant les cotes initiales des fonds. Au-delà des fonds d’archives, le portail offre aussi une documentation numérisée (la presse de l’Internationale communiste) et met aussi en ligne les autres ressources existantes en lien avec sa thématique (BNF et Gallica, Ciné-Archives, SNCF, etc.). Il constitue un appui scientifique à différentes recherches et publications, visant ainsi à promouvoir une histoire globale du PCF. Le Portail Paprik@2F offre un accès unique aux archives de la galaxie communiste et la possibilité de réaliser des requêtes pour les fonds pris dans leur ensemble.
6La mise en ligne du portail en mai 2016 assure à la communauté scientifique la pérennité de l’accès aux données. Plus de 500 000 documents issus de ces fonds sont désormais en ligne, en accès libre et gratuit, et sans inscription. C’est une démarche d’open access qui était nécessaire parce qu’elle reposait sur des fonds publics destinés à l’amélioration des conditions de recherche des historiens français et étrangers.
7Le dépouillement archivistique et les premiers outils de consultation ont donné lieu à la mise en place de deux cycles de séminaires de recherche intitulés « Archives et histoire du communisme », organisés en 2013-2014 et 2014-20158. Un colloque international intitulé « Un parti global. Le Parti communiste français dans une perspective transnationale (1917-1991)9 » en mai 2016 a clôturé ces trois années de travail. Il s’est proposé de renouveler la réflexion sur la singularité du phénomène communiste en France et de réévaluer sa place et son rôle dans l’histoire du mouvement communiste international au xxe siècle. Ainsi, les historiens bénéficient aujourd’hui de fonds importants. Comment sont-ils utilisés ?
Les travaux pionniers
8Aude Chamouard et Gilles Morin ont ouvert la voie en travaillant sur les ligues d’extrême-droite au cours des années 193010. Ils proposent une analyse précise de l’enquête diligentée au cours de l’été 1935 par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Albert Sarraut, un an après les événements du 6 février 1934, au moment où se forge l’alliance du Front populaire. Le ministre Albert Sarraut demandait effectivement de surveiller les mouvements qui menaçaient l’ordre, mettant ainsi sur le même plan les ligues d’extrême droite et les groupements antifascistes. Il s’agit d’un véritable état des lieux, soulignant les lignes de force et de faiblesse de ces organisations, un an avant leur dissolution. L’Action française et les Croix-de-Feu sont les deux ligues d’envergure nationale, implantées sur tout le territoire métropolitain et colonial, qui ne sont pas groupusculaires, comme la Solidarité française, les Jeunesses patriotes et le Francisme. L’Action française, qui est sur le déclin depuis sa condamnation en 1926, compte plus de 42 000 membres sur les 75 départements répertoriés par l’enquête ministérielle (qui ne prend pas en compte la Seine) ; il faut alors penser qu’elle se situe à environ 60 000 ou 70 000 membres, alors que les Croix-de-Feu sont en plein essor avec 85 730 membres – ce qui équivaut pour l’ensemble des organisations apparentées à la ligue du lieutenant-colonel de La Rocque à 228 000 membres comme l’a souligné Albert Kechichian11. Les trois autres formations compteraient respectivement 12 000 membres (Jeunesses patriotes), 11 149 membres (Solidarité française) et 7 800 (Francistes de Bucard) ; estimations auxquelles il est nécessaire d’ajouter les adhérents de la région parisienne, mais ces trois ligues arrivent loin derrière.
9L’Action française est la première ligue dissoute dès février 1936, après l’attentat contre Léon Blum. Toutefois, l’organe de presse est maintenu et les associations non dissoutes comme les « Dames royalistes et d’Action française » ou « l’Union corporative automobile » servent de refuge. Puis les monarchistes maurrassiens mettent en place des cercles locaux. Quant aux ligues dissoutes après la victoire du Front populaire, en juin 1936, on assiste rapidement à leur retour sur la scène politique sous forme de partis.
10Le lieutenant-colonel de La Rocque, qui fonde le PSF (Parti social français) à partir de la Ligue des Croix-de-Feu, obtient très vite de bons résultats. Mettant en avant dans son programme « le social et le national », il capte tout un électorat qui est choqué par les grèves et les occupations d’usine. Très vite, il revendique plusieurs centaines de milliers d’adhérents et, en 1938, il aurait 1,2 million de membres. Parti de masse, il incarne alors une alternative au Front populaire.
11Au-delà de ces travaux sur les ligues d’extrême-droite, les archives restituées sont aussi celles de la Ligue des droits de l’homme étudiée par Emmanuel Naquet12. La LDH, mais aussi la LICA (Ligue internationale contre l’antisémitisme), les comités de chômeurs, et le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA), donnent un « second souffle » aux mobilisations antifascistes du début des années 193013. Victor Basch, à la tête de la LDH, impulse le rassemblement populaire, jetant toutes les forces de la ligue dans l’antifascisme, son siège national rue Jean-Dolent devenant un lieu de rencontre, de débats, mais aussi d’organisation14. Ces archives de l’État, mais aussi de l’Armée, ont permis à l’historien Georges Vidal de consacrer sa thèse aux rapports entre le PCF et l’armée sous le Front populaire15.
12Enfin, dans cet inventaire des premiers travaux issus du dépouillement des fonds revenus de Moscou, il ne faut pas oublier les travaux sur Léon Blum. Effectivement, les archives de Léon Blum ont également été saisies par les Allemands en 1940. Depuis leur retour16, deux biographies importantes ont été publiées ; en premier lieu celle de Serge Berstein17, puis récemment celle de Frédéric Monier18. Ces deux biographies ont pu préciser les hésitations de Léon Blum en 1936, face à la guerre d’Espagne alors qu’il avait été élu sur un programme clamant la « Paix ». D’autre part, ces archives permettent de mieux saisir sa manière de gouverner. Léon Blum ne prend aucun autre portefeuille ministériel que celui du président du Conseil : c’est une rupture19. Léon Blum reste fidèle à ses écrits durant la Première Guerre mondiale. Ainsi, il « fait de la réforme du pouvoir exécutif sa priorité, alors même que le Front populaire a construit sa victoire sur le rejet de toute révision de la Constitution, de toute “réforme de l’État” qui pourrait remettre en question la prépondérance du Parlement20 ». Dans cette optique, le chef du gouvernement nomme comme secrétaire général à la présidence du Conseil, Jules Moch. Ce dernier, « plus politique qu’administratif », est un adepte de la modernisation de l’État21. Il constitue une équipe renforcée à Matignon qui compte dorénavant vingt-cinq chargés de mission contre quinze auparavant. Notons la présence dans cette équipe de différentes personnalités socialistes : Étienne Antonelli, membre du bureau d’études de la CGT, ancien député SFIO et rapporteur des projets d’élaboration des lois de 1928 et 1930 sur les assurances sociales à l’Assemblée ; Charles-André Julien, agrégé d’histoire qui a enseigné en Algérie et qui est revenu en métropole en 1932 (il adhère en 1936 à la SFIO et est choisi par Léon Blum pour lui proposer des solutions aux problèmes liés à la présence française en Afrique du nord)22 ; Robert Marjolin, repéré par Léon Blum qui lui confie à 22 ans la responsabilité de la page économique du Populaire, après un séjour aux États-Unis où il a publié à son retour Les Expériences Roosevelt ; ou encore la figure de la gauche de la SFIO, Marceau Pivert, adepte d’un Front populaire de combat, qui devient responsable du contrôle de l’information auprès de Léon Blum.
13Cette « équipe de choc » permet à Léon Blum de constituer à Matignon un « pôle de la conception et de la réalisation d’une nouvelle organisation du travail gouvernemental23 ». Le président du Conseil se plaît à dire, selon le témoignage de Charles-André Julien, qui dirigeait le secrétariat général du Haut comité méditerranéen et de l’Afrique du Nord24, qu’il peut être informé sur tous les sujets du monde méditerranéen et musulman « en moins de dix minutes25 ». Ce souci d’efficacité est primordial pour non seulement être informé, mais aussi pour coordonner l’exercice du pouvoir et donc pour diriger. Léon Blum, par respect du Parlement, se refuse à recourir au « décret-loi », instrument fort prisé par ses prédécesseurs et en Allemagne par Brüning.
14En revanche, il utilise « trois moyens de rupture : l’arme du calendrier ; une procédure d’urgence pour l’examen de certains projets de lois ; le recours généralisé aux lois-cadres ». Le rythme accéléré des réformes permet de répondre au mieux aux objectifs, au respect du mandat populaire, mais aussi de lutter contre les effets de la crise. Si ce calendrier à « cadence rapide » caractérise l’été 1936, par la suite, Léon Blum utilise la loi-cadre ; il n’enlève pas au Parlement ses prérogatives, mais peut effectivement accélérer le rythme des réformes sans avoir recours aux décrets-lois utilisés par ses adversaires…
15D’autre part, le chef de gouvernement n’a pas pris de portefeuille ministériel ; cela lui donne une marge de manœuvre plus grande, celle d’un véritable chef d’orchestre qui donne le tempo des réformes et surtout qui assume ses choix. « La vieille démocratie parlementaire et ultra-représentative cédait le pas à une démocratie exécutive doublée d’un État social en voie d’émergence », comme le fait judicieusement remarquer Nicolas Roussellier. Ainsi, le gouvernement Blum a accéléré le rythme et le travail des députés : en quelques semaines, ils discutent et votent plus de textes de loi que dans toute la législature précédente : c’est en quelque sorte une « révolution par la loi » en marche.
16Ces travaux pionniers, dont la liste n’est pas ici exhaustive, loin s’en faut, ont ouvert la voie pour de nouvelles recherches.
De nouvelles recherches : à propos de thèses en cours
17Au-delà du programme de l’ANR Paprik@2F dont on a déjà largement parlé, j’aimerais évoquer les travaux de trois étudiants en thèses sous ma direction, qui bénéficient de l’apport de ces fonds. Le premier d’entre eux, Dimitri Manessis, qui effectue son doctorat sur Les cadres régionaux du PCF au cours des années 1930, a pu à la fois comparer les enquêtes de 1935, citée plus haut, et celle 1939 au moment de l’interdiction du PCF à la suite du pacte germano-soviétique. Ces archives sont aussi confrontées à celles du Komintern qui a suscité de nombreuses enquêtes, la fameuse « civilisation du rapport » caractéristique de l’univers militant communiste selon les mots justes de Nicolas Werth.
18Un tel matériau lui permet de compléter l’étude de Bernard Pudal sur les cadres thoréziens et sur la direction parisienne du PCF26. Avec ce jeu d’échelle, il a pu constituer une base de données pour envisager une « prosopographie » des cadres régionaux du PCF sur une période allant du Front populaire à l’interdiction du parti en septembre 1939. Ces cadres, qui sont-ils ? Ce sont des militants se situant entre ce qu’il est convenu d’appeler la « base » et les « centres de direction » (les permanents de l’organisation). Ces militants accèdent en province à un certain nombre de responsabilités au sein du PCF. Ce moment correspond au changement de ligne de 1934-1935, véritable tournant dans le mouvement communiste international, un moment clé de l’histoire du PCF. C’est le « moment Front populaire » antifasciste, moment où le PCF intègre véritablement la nation, reprenant entre autres la symbolique républicaine en arborant le drapeau tricolore et en chantant La Marseillaise, aux côtés du drapeau rouge et de L’Internationale. Le PCF passe d’un parti minoritaire, sectaire, à un véritable parti de masse, forgeant une culture spécifique27. La thèse de Dimitri Manessis étudie les ruptures et/ou les continuités entre deux générations de cadres communistes : une première génération, fondatrice du parti, qui traverse notamment la phase de bolchevisation et la période sectaire du « classe contre classe » ; et une seconde, accédant aux responsabilités pendant et/ou après le Front populaire.
19La seconde thèse en cours est celle d’Éloïse Dreure, qui travaille sur Moscou-Paris-Alger, Naissance et affirmation du Parti communiste algérien, 1920-1945. En partant des travaux sur le colonialisme et l’anticolonialisme, des travaux sur le phénomène communiste, elle se propose, à partir des archives rapatriées, de faire l’histoire du Parti communiste algérien qui naît au milieu des années 1930. Ses recherches englobent une période plus large allant des années 1920 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, afin de mesurer les processus d’autonomisation, mais aussi de contrôle et d’organisation. Ainsi, les rapports avec Moscou et Paris dans des périodes comme la bolchévisation, le Front populaire ou la Seconde Guerre mondiale seront mieux identifiées, sans oublier la question de la sociologie de l’organisation. Le rapport du PCA avec les nationalistes et la place des communistes dans le mouvement de libération nationale seront revisités.
20Enfin, la thèse Corentin Lahu, intitulée Lutter contre la répression et organiser la solidarité ouvrière : du Secours rouge international au Secours populaire de France et des colonies (1923-1945), permet de saisir une organisation dite « satellite » qui gravite autour du PCF. Le Secours rouge international est fondé en 1922 au IVe congrès de l’Internationale communiste et sa section française voit le jour en 1923. Cette « organisation de masse » se donne pour objectif d’organiser – sur le plan matériel, moral, juridique et politique – la solidarité avec les combattants révolutionnaires victimes de la « répression bourgeoise », la défense de l’URSS ainsi que le soutien aux minorités nationales et aux luttes contre l’oppression coloniale. À partir de 1934, de manière concomitante au tournant politique du Front populaire face à la menace fasciste, la section française du SRI connaît une importante mutation qui se traduit par un changement de dénomination. Il devient alors le Secours populaire de France et des colonies, ancêtre et préfiguration du Secours populaire français de l’après 1945. Les travaux de Corentin Lahu retracent alors l’histoire de la section française du SRI de 1923 jusqu’à 1945. Prolongeant ou complétant la thèse d’Axelle Brodiez28, cette thèse permet d’avoir une connaissance élargie des logiques de solidarité et d’entraide dans le mouvement communiste en France durant tout le xxe siècle. Enfin, cette recherche envisage les rapports centre/périphérie29 et les jeux d’échelles, en s’interrogeant sur les degrés d’autonomie existant vis-à-vis de ces organismes de tutelle, sans oublier les acteurs, les militants.
21Ces trois thèses bénéficient du renouvellement archivistique généré par l’ouverture progressive des archives des organisations communistes depuis les années 199030 et celles de la surveillance de l’État. Plusieurs fonds d’archives de l’Internationale communiste sont en partie disponibles au Centre Georges Chevrier UMR CNRS 7366 et à la Maison des sciences de l’homme de Dijon, en particulier les fonds 517-1 (qui concerne le PCF) et ceux des organisations ou filiales du Komintern, comme les fonds 539-3 relatifs au SRI.
22Afin d’appréhender au mieux les activités et la réalité du monde communiste au niveau local, ces travaux bénéficient des dépôts récents des archives des fédérations du PCF, conservées dans les Archives départementales31. En outre, un dépouillement de la presse communiste et des archives de surveillance et de répression (archives du ministère de l’Intérieur aux Archives nationales, archives de la préfecture de Police de Paris) complète le corpus.
⁂
23L’apport de ces fonds permet véritablement de renouveler, préciser ou réorienter les recherches sur l’histoire politique de l’entre-deux-guerres. Les années trente sont alors mieux perçues et une histoire sociale du politique peut être appréhendée. Il s’agit dès lors de repérer les césures précises, mais aussi d’appréhender les acteurs et actrices de cette histoire dans les mobilisations, les affrontements qui scandent cette période. Loin d’être un seul moment de joie avec le Front populaire, c’est aussi une période de « haines », de « violences politiques ». Période intense de mobilisation et de politisation, le Front populaire est un moment spécifique de l’entrée en politique avec des adhésions massives aux différentes formes d’organisations (partis politiques, syndicats, ligues ou associations). Le militantisme et l’intérêt à la chose politique permettent de mieux saisir les logiques de l’action des groupes comme celles d’itinéraires singuliers. Ces archives permettent alors de saisir au mieux les femmes et les hommes, rappelant avec force cette recommandation de Marc Bloch : « Le bon historien, lui, ressemble à l’ogre de la légende. Là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier32. »
Notes de bas de page
1Sophie Cœuré, La mémoire spoliée. Les archives des Français, butin de guerre nazi et soviétique 1940 à nos jours, Paris, Payot, 2007, réédition 2013.
2Sophie Cœuré, « Les archives de “Moscou” : histoire de l’État à la fin des années trente et naissance d’une source pour l’histoire du Front populaire », dans Gilles Morin et Gilles Richard (dir.), Les deux France du front populaire, Paris, L’Harmattan, 2008, p. 76.
3Voir la contribution de Joël Hedde et Morgan Poggioli dans ce volume.
4Morgan Poggioli, « Les sources pour faire l’histoire du syndicalisme. Le cas de la CGT : le fonds rapatrié de Moscou pour l’entre-deux-guerres », Histoire@Politique, no 12, septembre-octobre 2010, en ligne sur [https://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=12&rub=sources&item=15] (erreur en 2025), consulté le 15 novembre 2017.
5Voir la communication de Monique de Nomazy.
6Voir le « Carnet de Paprik@2F » blog [https://anrpaprika.hypotheses.org/] et les archives en ligne sur [https://pandor.u-bourgogne.fr/pages/paprika2f.html] (erreur en 2025), consulté le 15 novembre 2017.
7Voir le colloque pionnier coordonné par Serge Wolikow (dir.), Une histoire en révolution ? Du bon usage des archives de Moscou et d’ailleurs, Dijon, EUD, 1996.
8Séminaire mis en ligne, voir [http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC.html#dernier_numéro], consulté le 15 novembre 2017.
9Romain Ducoulombier et Jean Vigreux (dir.), Le PCF un parti global (1919-1989). Approches transnationales er comparées, Dijon, EUD, 2019.
10Aude Chamouard et Gilles Morin, « Les ligues d’extrême-droite en France au miroir des autorités préfectorales : implantation et représentations (été 1935) », dans Olivier Dard et Nathalie Sevilla (dir.), Le Phénomène ligueur sous la IIIe République, Metz, CRULH, université Paul Verlaine, 2009, p. 232-250.
11Albert Kechichian, Les Croix-de-Feu à l’âge des fascismes. Travail Famille Patrie, Seyssel, Champ Vallon, 2006.
12Emmanuel Naquet, Pour l’Humanité. La Ligue des droits de l’homme de l’affaire Dreyfus à la défaite de 1940, Rennes, PUR, 2014.
13Frédéric Monier, Le Front populaire, Paris, La Découverte, 2002.
14Jean Vigreux, Histoire du Front populaire. L’échappée belle, Paris, Tallandier, 2016.
15Georges Vidal, La grande illusion ? Le parti communiste français et la Défense nationale à l’époque du Front populaire, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2006.
16Elles sont consultables aux archives de Sciences Po Paris. Au total, il y a 34 cartons (570 AP 1 à 570 AP 34).
17Serge Berstein, Léon Blum, Paris, Fayard, 2006.
18Frédéric Monier, Léon Blum, la morale et le pouvoir, Paris, A. Colin, 2016.
19Nicolas Roussellier, La Force de gouverner, Paris, Gallimard, 2015, p. 420-422.
20Ibid., p. 439.
21Ibid., p. 440.
22Il est aidé dans cette tâche par Pierre Viénot.
23Ibid., p. 441.
24Voir les archives de Charles-André Julien, Centre d’histoire de Sciences Po, JU 10-15 Haut comité méditerranéen et de l’Afrique du Nord.
25Charles-André Julien, « Léon Blum et les pays d’outre-mer », dans Léon Blum, chef de gouvernement, 1936-1937, Paris, A. Colin, 1967 (Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques, no 155), p. 377.
26Bernard Pudal, Prendre Parti. Pour une sociologie historique du PCF, Paris, PFNSP, 1989.
27Jean Vigreux et Serge Wolikow (dir.), Cultures communistes au xxe siècle. Entre guerre et modernité, Paris, La Dispute, 2003.
28Axelle Brodiez, Le Secours populaire français, 1945-2000 : du communisme à l’humanitaire, Paris, Presses de Sciences Po, 2006.
29Mikhail Narinsky et Jürgen Rojahn (dir.), Centre and Periphery. The history of the Comintern in the Light of New Documents, Amsterdam, IISH, 1996.
30Voir Jean Vigreux, « Archives et écriture(s) du PCF, 1990-2010 », [http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/publications/historiographie/J_Vigreux.html], consulté le 15 novembre 2017.
31Voir Frédérick Genevée, La fin du secret. Histoire des archives du Parti communiste français, Paris, Éditions de l’Atelier, 2012.
32Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, Paris, Armand Colin, 1949, p. 18.
Auteur
-
Jean Vigreux
Maison des sciences de l’homme de Dijon.
Jean Vigreux, directeur de la Maison des sciences de l’homme de Dijon, est professeur des universités en histoire contemporaine à l’université de Bourgogne Franche-Comté. Ses recherches sur les communismes se placent au carrefour de l’histoire sociale, politique, culturelle et du jeu d’échelles sans négliger la question des archives et leur accès (il a dirigé l’ANR Paprik@2F). Il a notamment publié Waldeck Rochet. Une biographie (Paris, La Dispute, 2000), La faucille après le marteau. Le communisme aux champs dans l’entre-deux-guerres (Besançon, PUFC, 2012) et Histoire du Front populaire. L’échappée belle (Paris, Tallandier, 2016, édition poche Texto 2018).
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