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    Plan détaillé Texte intégral Un bref rappel historique Recoudre intellectuellement deux parties de fonds séparées par l’Histoire Les fonds de Moscou : un regard depuis l’étranger sur la pratique archivistique française ? Un gisement exceptionnel : le Fichier central Un exemple de valorisation : la numérisation des éphémères Notes de bas de page Auteur

    Les « fonds de Moscou »

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Les archives de la direction de la Sûreté

    L’après Moscou

    Émilie Charrier

    p. 59-72

    Texte intégral Un bref rappel historique Recoudre intellectuellement deux parties de fonds séparées par l’Histoire Les fonds de Moscou : un regard depuis l’étranger sur la pratique archivistique française ? Un gisement exceptionnel : le Fichier central Un exemple de valorisation : la numérisation des éphémères Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Beaucoup a été dit et écrit sur le fonds de la direction de la Sûreté du ministère de l’Intérieur depuis sa restitution par la Russie à la France entre 1994 et 2001. Il y eut le temps du retour des archives1 et de la découverte de leur contenu2, il y eut le temps de l’ouverture des dossiers au public et des problématiques posées par leurs difficultés d’accès3. C’est dans la continuité des travaux des historiens Sophie Cœuré et Frédéric Monier, appelés comme experts auprès des Archives nationales au moment de la restitution des fonds, ainsi que des contributions des directeurs successifs du Centre des archives contemporaines (CAC) de Fontainebleau4 que s’inscrit cet article. Le temps est à présent venu d’opérer les vérifications scientifiques permettant de situer les archives restituées dans l’ensemble documentaire produit par la direction de la Sûreté entre 1870 et 1940, aujourd’hui intégralement conservé sur le site de Pierrefitte-sur-Seine des Archives nationales.

    2De manière réductrice et erronée, « le fonds de Moscou » désigne, aux Archives nationales, les archives de la direction de la Sûreté rapatriées de Russie. Outre le fait que d’autres fonds restitués, publics ou privés, sont par ailleurs conservés aux Archives nationales, l’appellation – employée communément au singulier – témoigne d’une cristallisation autour de ce fonds devenu emblématique d’un fait historique étudié par Sophie Cœuré dans son ouvrage La mémoire spoliée5. La difficulté qu’ont par ailleurs les chercheurs, et avant eux les archivistes, à associer « le fonds de Moscou » aux archives de la direction de la Sûreté parallèlement conservées dans la sous-série F/7 Police générale des Archives nationales résulte d’un intérêt, depuis longtemps et aujourd’hui encore, davantage marqué pour l’histoire mouvementée de ces archives que pour leur contexte de création en France dans la première moitié du xxe siècle.

    3Ce volume est ainsi l’occasion pour les Archives nationales de présenter les travaux de traitement et de valorisation récemment menés sur les archives de la direction de la Sûreté, qu’elles aient été restituées par la Russie ou collectées par la voie ordinaire.

    Un bref rappel historique

    4« Fonds no 1 » des trésors de guerre conservés de 1945 à 1994 aux Archives spéciales centrales d’État à Moscou, les dossiers de la direction de Sûreté représentent plus de 2,5 kilomètres linéaires d’archives produites entre 1880 et 1940. À Moscou, ces quelque 10 000 cartons étaient divisés en 42 sous-fonds, soit autant d’inventaires :

    • les inventaires 1 à 25 décrivaient les 600 000 dossiers nominatifs du Fichier central aujourd’hui conservés dans les versements 19940432 à 19940492 ;

    • les inventaires 26 et 28 à 39 décrivaient les dossiers provenant des différents bureaux de la direction de la Sûreté aujourd’hui conservés dans les versements 19940493 à 19940504 ;

    • les inventaires 41, 41a et 42 décrivaient les dossiers des services centraux des cartes d’identité d’étrangers et des passeports aujourd’hui conservés dans les versements 19940505 à 19940507 ;

    • l’inventaire 27 décrivait des dossiers intéressant spécialement les Russes (surveillance du Parti communiste, réfugiés russes et arméniens, etc.), pour cette raison restitués tardivement en 2001, et aujourd’hui conservés dans le versement 20010216 ;

    • l’inventaire 40 décrivait les 2,5 millions de fiches d’accès au Fichier central qui furent restituées en deux étapes (les lettres A et B en 1994 puis le reste de l’alphabet en 2001) et sont aujourd’hui conservées dans le versement 19940508.

    5Malheureusement, la méthodologie adoptée et les différentes phases de traitement opérées par les agents des Archives spéciales centrales d’État ne nous sont pas connues. Les inventaires, datés et signés, nous renseignent sur les auteurs (« la brigade des collaborateurs scientifiques du département III ») et sur le fait que les premiers travaux entamés sont conclus en 1951, les derniers en 1979.

    6Les collections de dossiers nominatifs, qu’ils soient organisés par ordre alphabétique tels les 600 000 dossiers et 2,5 millions de fiches du Fichier central, ou par ordre numérique, tels les 50 000 dossiers du service des cartes d’identité d’étrangers et de passeports, ont été traitées dans le respect de leur structure initiale et par conséquent l’ont conservée. Les inventaires no 1 à 25 décrivent par exemple chacun une lettre de l’alphabet latin, la fusion des lettres V et W étant le reflet d’une pratique policière de classement alphabétique.

    7En revanche, à la lecture des inventaires russes 26 à 39, aucune ligne directrice n’apparaît quant au mode opératoire ayant guidé le traitement des archives des autres entités constituant la direction de la Sûreté. Aucune logique de producteur ou de thématique ne ressort de la lecture de ces inventaires. La structure interne de ces parties de fonds étant intimement liée à l’organisation et au fonctionnement administratif de la direction de la Sûreté, il n’est pas étonnant que celle-ci ait totalement échappé aux archivistes soviétiques. Un classement alphabétique ou numérique est intelligible de par le monde entier, une organisation documentaire calquée sur des pratiques administratives ne peut être appréhendée sans une connaissance précise de l’administration concernée. N’ayant probablement aucune autre connaissance de l’administration dont ils traitaient les archives que les dossiers qu’ils avaient dans les mains, les archivistes soviétiques ont apparemment décrit les dossiers selon l’ordre dans lequel ceux-ci leur parvenaient, en respectant toutefois la structure organique des dossiers, un point important sur lequel nous reviendrons. Enfin, l’existence de 14 inventaires peut laisser imaginer qu’il y eut à Moscou 14 chaînes de traitement parallèles ou successives. Mais cela ne reste qu’une hypothèse.

    8À leur retour, les archives du ministère de l’Intérieur rapatriées furent déposées au Centre des archives contemporaines (CAC) à Fontainebleau. Gérard Naud, directeur du CAC, fit le choix, avec son équipe, d’un principe fort en matière de traitement : cet ensemble gardera à jamais la trace de son histoire mouvementée. Contrairement au parti pris adopté à l’époque par le Service historique de l’armée de Terre au SHAT, les Archives nationales décidèrent de n’entreprendre aucune opération matérielle d’envergure sur le fonds : il n’y eut ni élimination, ni reclassement. Seuls les inventaires rédigés par les agents soviétiques, et remis en même temps que les archives, furent traduits en français à la demande pressante de la direction de la surveillance du territoire (DST) du ministère de l’Intérieur qui revendiquait alors la paternité et la garde du fonds.

    9Dans les mois qui suivirent le retour du fonds, un travail important fut mené par les agents du CAC afin de permettre une ouverture rapide du fonds au public : récolement, établissement d’une concordance des inventaires russes avec les cotations françaises, microfilmage des inventaires russes listant les dossiers du Fichier central. De son côté, Gérard Naud entama de difficiles négociations avec le ministère de l’Intérieur pour l’obtention d’une dérogation générale permettant l’ouverture anticipée du fonds à la communication6. Le ministère de l’Intérieur maintint en définitive son souhait que « chaque demande de consultation fasse l’objet d’un examen préalable par ses services7 ». Le fonds ne devint par conséquent librement communicable dans son intégralité qu’en 2000, à l’échéance du délai de communicabilité de 60 ans auquel il était soumis aux termes de la loi du 3 janvier 1979 alors en vigueur.

    10En 2005, la présence d’amiante dans les locaux qui abritaient les cartons contraignit les Archives nationales à fermer le fonds à la communication afin de procéder au déplacement et au reconditionnement des dossiers après traitement. Un service de recherches à distance fut néanmoins maintenu. En 2006, le fonds fut de nouveau accessible.

    11L’ouverture du site des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine en 2013 a offert de nouvelles perspectives. Pour la première fois depuis que les troupes d’occupation allemandes avaient fait main basse sur ces documents, la partie manquante des archives de la police française retrouvait sa place à proximité des dossiers qui lui étaient inextricablement liés et qui étaient, eux, restés en France. En effet, toutes les archives conservées par la direction de la Sûreté dans ses locaux de la rue des Saussaies et de la rue Cambacérès n’avaient pas été saisies en 1940. Dès 1952, 1 000 cartons, constituant ce que les fonctionnaires de l’époque pensaient être les archives de l’entre-deux-guerres, entraient aux Archives nationales où ils furent cotés dans la sous-série F/7 Police générale dédiée aux ministères et directions successives de la police8. Nul ne se doutait alors que ces 100 mètres linéaires de dossiers ne représentaient qu’un résidu. Jusqu’à l’heureuse surprise9 de la restitution, le fonds F/7 était exploité par les archivistes et les historiens comme un tout.

    12À la fin de l’année 2012, les archives de la sous-série F/7 jusqu’alors conservées sur le site parisien des Archives nationales furent déménagées à Pierrefitte-sur-Seine, et quelques mois plus tard, ce fut au tour des archives de la direction de la Sûreté restituées par la Russie de quitter Fontainebleau pour Pierrefitte-sur-Seine. Ce rapprochement géographique laissait enfin entrevoir la possibilité d’une appréhension commune des deux parties du fonds. Les principes édictés par Gérard Naud demeuraient toutefois respectés. Il n’y aurait aucune opération matérielle sur le fonds : ni recotation, ni fusion des deux parties de fonds. Chacune devait garder la trace de sa propre histoire. Si rapprochement il devait y avoir, il ne pourrait être que d’ordre intellectuel par la rédaction d’instruments de recherche communs aux deux fonds. Un premier projet visant à redonner de la cohérence à cet ensemble fut alors inscrit au programme scientifique, culturel et éducatif (PSCE) 2013-2016 des Archives nationales10.

    13Dans le cadre de ce PSCE, le département de la Justice et de l’Intérieur des Archives nationales, dorénavant en charge des archives de la direction de la Sûreté, a publié plusieurs instruments de recherche portant entièrement ou en partie sur les archives restituées. La priorité était d’offrir, sur le modèle de ce qu’avaient commencé à initier les agents du CAC11, un outil à la fois général et détaillé permettant de se repérer dans les différents versements constituant le fonds de la direction de la Sûreté restitué par la Russie. Cet outil, qui a pris la forme d’un inventaire sommaire thématique12, restitue la structure logique du fonds quelque peu bouleversée par les différents déménagements qu’il a subis. En parallèle, les microfilms des 110 registres russes listant les 600 000 dossiers nominatifs du Fichier central13 ont été numérisés et mis en ligne afin de permettre à un large public de vérifier à distance l’existence de dossiers de police générale (surveillance politique), de police administrative (passeports et cartes d’identité d’étrangers) ou de police judiciaire susceptibles de l’intéresser. S’agissant de registres manuscrits, il n’a pu être procédé à une océrisation. La recherche nécessite donc encore de lire des pages entières de noms propres classés dans un ordre alphabétique limité aux trois premières lettres. Enfin, en 2016, a été publié un instrument de recherche méthodique sur le Parti communiste dans l’entre-deux-guerres dans lequel, pour la première fois, sont présentés, concomitamment selon un plan de classement unique, des dossiers issus de la partie « russe » (archives restituées par la Russie) et de la partie « française » (sous-série F/7 Police générale) des archives de la direction de la Sûreté.

    14Forts de ces expériences et de ces travaux, nous pouvons aujourd’hui reprendre et confirmer les hypothèses formulées par Sophie Cœuré et Frédéric Monier dans le premier « Inventaire sommaire du fonds coté 1 » qu’ils ont pu établir à partir des inventaires russes en juin 1994 au moment du rapatriement du fonds. Dans ce document adressé à Gérard Naud en juin 1994, Sophie Cœuré et Frédéric Monier qualifient les dossiers généraux (c’est-à-dire autres que nominatifs) présents dans les archives restituées « d’addendum à la sous-série F/7 des Archives nationales ». Ils précisent qu’« il existe des recoupements tant chronologiques que thématiques entre F/7 et le fonds no 114 ».

    Recoudre intellectuellement deux parties de fonds séparées par l’Histoire

    15Grâce à un partenariat avec la Maison des sciences de l’Homme de Dijon, dans le cadre du projet Paprika@2F financé entre 2013 et 2016 par l’Agence nationale de la recherche, la complémentarité chronologique et thématique des deux parties de fonds a pu être concrètement démontrée à partir d’un travail mené sur les archives de la direction de la Sûreté consacrées à la surveillance et la répression du Parti communiste. Pour ce faire, une méthodologie archivistique originale a été mise en œuvre afin d’expérimenter et d’entériner un modus operandi pour le traitement concomitant des dossiers issus des parties « russe » et « française » du fonds.

    16La première étape de l’opération a consisté à recenser tous les dossiers ayant trait au sujet donné, le Parti communiste, dans les archives restituées par la Russie conservées dans les versements 19940493 à 19940503 et 20010216. Les quelque 38 000 dossiers composant ces versements se succédant, le plus souvent, sans aucun ordre logique et n’étant que brièvement décrits dans les inventaires russes traduits, cet exercice se révéla fastidieux et nécessita de nombreuses vérifications quant au contenu exact des dossiers. Au final, le corpus identifié représentait un volume de 2 795 dossiers répartis dans 10 des 12 versements cités. Ces dossiers étaient à rapprocher des 122 cartons de la partie « française » du fonds également consacrés au Parti communiste (F/7/13090 à 13190 et 14792 à 14814). La sous-série F/7 étant le fruit d’un reclassement thématique des dossiers de la part des archivistes français, la thématique communiste était aisément identifiable.

    17La deuxième étape consista à reprendre une à une les analyses des dossiers sélectionnés selon les normes actuelles de description archivistique. Les descriptions détaillées des inventaires russes avaient, dans un premier temps, laissé espérer qu’une traduction des inventaires en français suffirait. Malheureusement, les inventaires en français ont rapidement montré leurs limites. Seule la (re)lecture des originaux russes permettrait aujourd’hui de juger si les inventaires pêchent par un travail de description trop approximatif réalisé par les archivistes russes ou bien d’une traduction trop littérale assurée sans souci de pertinence archivistique ou historique.

    18Parmi bien d’autres, deux difficultés majeures gênent la recherche historique. D’une part, les descriptions proposées ne font que survoler le contenu des dossiers. Bien souvent, l’intitulé donné à un dossier ne s’appuie que sur les premières pièces qui le constituent au lieu d’en faire la synthèse. D’autre part, l’utilisation d’un vocabulaire d’obédience soviétique parasite la recherche en français. Des termes tels que « bourgeois », « socialiste » ou « anticommuniste » sont en effet à entendre dans le sens que pouvait leur donner un agent soviétique. Aussi de nouvelles descriptions s’imposaient-elles. Aujourd’hui, les notices descriptives apportent des précisions sur l’objet des dossiers, sur les acteurs en présence ainsi que sur les différentes typologies documentaires composant les dossiers. Par exemple, les brochures, journaux, affiches ou tracts présents dans les dossiers ont fait systématiquement l’objet d’un signalement. Héritage des inventaires russes, le nombre de feuillets composant chaque dossier a en revanche été conservé. Il est intéressant en effet de donner une idée du volume de chaque unité documentaire, un dossier pouvant se réduire à deux pièces comme en contenir plus de 800.

    19Enfin, ces opérations de recensement puis de reprise des analyses débouchèrent sur l’élaboration d’un plan de classement redonnant une cohérence intellectuelle à l’ensemble. L’articulation s’appuie en premier lieu sur les différents services auteurs des dossiers à savoir trois bureaux de la Sûreté : le contrôle général des services de police administrative, le contrôle général des services de recherches judiciaires et le bureau de la presse et de la librairie. À l’intérieur de ces trois parties, les notices descriptives sont ventilées suivant un ordre thématique puis chronologique. Le rapprochement des dossiers des parties « française » et « russe » du fonds au sein du plan de classement s’est vu complexifié par la confrontation de deux pratiques professionnelles antinomiques. L’archivistique russe décrit en effet les dossiers à l’unité intellectuelle, c’est-à-dire au dossier, alors que l’archivistique française a généralement pour habitude de proposer des descriptions à l’unité de conservation, c’est-à-dire au carton. Une fois dressé le constat qu’il n’était pas aisé de décrire conjointement des unités de description qui ne sont pas de granularité homogène, il nous a paru indispensable d’affiner les descriptions de la partie « française » du fonds de manière à permettre son assimilation à la partie « russe ».

    20Le résultat rétablit ainsi la structure originelle du fonds, c’est-à-dire l’ordre dans lequel les dossiers étaient, a priori, organisés dans les locaux de la Sûreté avant leur saisie en 1940.

    Les fonds de Moscou : un regard depuis l’étranger sur la pratique archivistique française ?

    21Le traitement des archives restituées par la Russie nous oblige à remettre en question nos propres pratiques ou du moins celles de nos prédécesseurs.

    22Il est ainsi apparu évident que les dossiers de la sous-série F/7 avaient davantage été remaniés voire reclassés que ceux restés à Moscou. Cela n’a rien de surprenant si l’on veut bien considérer que la base de l’archivistique française repose sur une rupture, par le reclassement, avec le processus administratif qui a conduit à l’élaboration du dossier. Ce geste plus ou moins interventionniste marque la prise en main des dossiers par les archivistes et le passage des documents au statut de source historique. Prenons pour exemple les dossiers constitués par la direction de la Sûreté, et plus précisément par le contrôle général des services de recherches judiciaires, suite à l’interdiction du Parti communiste en septembre 1939. Ces dossiers étaient, selon toute vraisemblance, organisés à l’origine suivant un ordre numérique. Ils ont été entièrement reclassés par les archivistes des Archives nationales suivant un ordre alphabétique qui convenait sans doute mieux à la recherche. Le numéro de dossier a alors disparu de l’analyse. Cet élément est pourtant essentiel dans la compréhension du contexte de production du dossier puisqu’il signe son appartenance à un ensemble plus vaste : un fichier. Ces numéros de dossier, retrouvés à l’occasion des reprises de descriptions, ont apporté la preuve formelle que des pièces ou fragments appartenant à un dossier unique, portant le même numéro, avaient été séparés au moment de la saisie du fonds par les troupes d’occupation allemande. Il faut immédiatement préciser que cette scission n’est pas le fruit d’un tri de la part des policiers allemands. Les dossiers concernés sont ceux de l’année 1940. On peut facilement imaginer qu’un travail d’alimentation des dossiers était alors en cours au sein du fichier : les pièces récemment réceptionnées n’avaient sans doute pas encore intégré les dossiers du fichier auxquels elles étaient destinées. Une hypothèse peut alors être avancée : les Allemands se sont emparés de l’ensemble du fichier mais pas du travail en cours, probablement encore disposés sur les bureaux des agents.

    23Un autre élément présent sur les documents nous amène au même constat. Les policiers archivistes (ce grade désignait les policiers attachés à l’alimentation des fichiers de police et aux recherches dans ces fichiers) avaient pris l’habitude de mettre, au crayon en haut des pièces, des mentions manuscrites renvoyant au dossier dans lequel celles-ci devaient être ultérieurement classées. La présence de ces mentions manuscrites dans les deux parties du fonds nous conforte dans l’idée que celles-ci ne sont pas le fait, a posteriori, des archivistes des Archives nationales mais bien des fonctionnaires de police. Par exemple, on peut lire sur certaines pièces « Comistes Hte Savoie » ou « Comistes Isère 1937 » comme autant de traces combinant une organisation thématique, géographique et chronologique. Ces informations sont précieuses, elles nous aident à comprendre la manière dont était pensée l’organisation des dossiers avant leur saisie et jettent par là même les bases d’une reconstitution possible du fonds. Pourtant, en étudiant ces mentions, on mesure les reclassements effectués dans les dossiers de la sous-série F/7. Ainsi, des pièces ne portant pas toujours les mêmes références de classement ont pu être regroupées au sein d’un dossier par conséquent reconstitué. Cette pratique ne se retrouve que de façon marginale dans les dossiers restés en Russie durant 50 ans et résulte alors plutôt d’erreurs isolées que d’un reclassement délibéré. Les Russes ont respecté la structure organique des dossiers et n’ont procédé à aucun reclassement ni rapprochement. De fait, la pratique archivistique russe ne connaît pas de rupture entre administration et services d’archives, les dossiers y sont conservés tels que l’administration les a ordonnés.

    24De même que les archives restituées offrent un nouveau regard sur les pratiques françaises passées, elles donnent à voir, depuis l’étranger, les pratiques archivistiques soviétiques. Il reste encore beaucoup à apprendre des inventaires russes. Les fonds de la direction de la Sûreté ayant été traités 1951 et 1979, nous n’avons que peu de chances de rencontrer les artisans de ce chantier faramineux. Toutefois, un voyage d’étude à Moscou réunissant chercheurs et archivistes français pourrait sans doute nous renseigner sur les pratiques de traitement mises en œuvre sur le fonds. Dans la continuité des travaux de Sophie Cœuré, d’autres champs d’études sont à explorer : tous les fonds conservés aux Archives spéciales centrales d’État ont-ils subi le même sort ? Les pratiques de traitement et de description mises en œuvre répondent-elles aux pratiques archivistiques traditionnelles en Russie ou sont-elles propres à ce centre d’archives secret qui ne fut jamais intégré au réseau des archives soviétiques15 ? Une étude comparative mériterait également d’être menée à l’international sur les fonds des anciens pays satellites du bloc de l’Est ou sur les archives allemandes toujours en Russie.

    25Il reste également beaucoup d’informations consignées dans les inventaires russes à exploiter. Si les dossiers ont manqué à l’historiographie française, ils ont également manqué aux archivistes dans leur compréhension du fonctionnement de la direction de la Sûreté. L’organisation de la direction de la Sûreté est connue par ses organigrammes publiés régulièrement dans le Bulletin officiel du ministère de l’Intérieur (BOMI) et dans divers bottins administratifs. En revanche, la notion de « fonctions » exercée par chacun des services et la caractérisation de la production documentaire qui en découle doivent être approfondies. La sous-série F/7 a été conçue, et est encore perçue, comme un ensemble cohérent. Il est trop rarement fait mention des différents services ou bureaux auteurs des dossiers produits sous la IIIe République. Les Russes ont a contrario systématiquement consigné les indications de provenance (par bureau) qu’ils relevaient dans les dossiers. Toutefois, en l’absence de précisions sur le rôle de chacun des bureaux, ces informations demeurent hermétiques d’autant que, durant cette période, la direction de la Sûreté a connu des réformes structurelles importantes et une croissance exponentielle, son organigramme passant de 4 bureaux en 1873 à 5 directions, 2 sous-directions et 22 bureaux en 1934. Dès lors le 2e bureau de 1913 n’a rien en commun avec celui de 1937, c’est pourquoi des notices descriptives qui offriraient une représentation dans le temps des fonctions administratives, de leur continuité et de leur rupture sont à élaborer.

    Un gisement exceptionnel : le Fichier central

    26Il faut à cet égard souligner la pertinence et la justesse des mots de Gérard Naud, au moment même des premiers retours en 1994, lorsqu’il évoquait les archives restituées et plus particulièrement le Fichier central en ces termes :

    « Ce qui étonne aujourd’hui l’archiviste français est de se retrouver devant des lots de dossiers qui normalement ne lui seraient jamais parvenus. […] Par rapport au résultat habituel des traitements menés sur les archives contemporaines, le fonds de la Sûreté apparaît pléthorique, les trois quarts de son volume total étant composés de dossiers individuels qui, normalement, n’auraient pas été acceptés dans les magasins des Archives, où n’y auraient été conservés qu’en attente de l’âge de destruction. Il s’agit donc d’un véritable fossile archivistique qui n’a pas subi le long processus dont résulte habituellement un fonds disponible pour la recherche historique16. »

    27La préservation de tous les dossiers au Fichier central compense aujourd’hui la destruction des dossiers miroirs ouverts au niveau local. La direction de la Sûreté jouait en effet un rôle important dans la centralisation d’informations et d’actions instruites au niveau des préfectures et des commissariats de police. Or, les politiques d’archivage ont longtemps préconisé en France un échantillonnage des dossiers d’enregistrement de police administrative et notamment des demandes de titres de séjour des étrangers. De ce fait, le Fichier central de l’entre-deux-guerres, qui a échappé à ces destructions, est unique et le restera sans doute.

    28Il est en effet difficile pour un service d’archives de collecter un fichier de police dans son intégralité. Outre la réticence des services de police à se dessaisir des parties obsolètes de leur travail pour les rendre accessibles aux citoyens, les services d’archives se heurtent à une question de volume des fichiers de police en regard du peu de moyens et d’espaces qui leur sont généralement alloués. La spoliation nazie a mis une fin brutale à l’existence du Fichier central de la direction de la Sûreté. Alors qu’en temps de gestion courante, un fichier ne cesse jamais d’être exploité : il n’y a pas de terme à son utilité administrative, ce qui explique que tout transfert vers un service d’archives semble rarement opportun. Afin de mieux mesurer cette difficulté, convoquons les fichiers de la période postérieure. Parmi les fichiers de police (re)créés par la direction de la Sûreté après la spoliation nazie, un seul a eu une durée de vie limitée dans le temps. Il s’agit d’un fichier de police judiciaire ouvert en 1940 et abandonné en 1966 à la suite d’une réforme administrative importante de la direction de la Sûreté. Au début des années 1980, cet ensemble a été transféré aux Archives nationales après une opération de tri et d’élimination menée en commun par le service producteur et la mission des Archives nationales auprès du ministère de l’Intérieur. Sur les plus de 210 000 dossiers répertoriés dans les livres d’enregistrement du service (conservés dans le versement 20030388), environ 30 000 ont été versés aux Archives nationales à l’issue de cette sélection, représentant un volume déjà conséquent de 175 mètres linéaires. La situation des autres fichiers de police est inégale. Seuls les services des Renseignements généraux ont versé régulièrement leurs dossiers aux Archives nationales, en raison d’un système d’archivage interne à ce service consistant à sortir du fichier courant les dossiers des personnes décédées. Le fichier de police criminelle et le fichier de police administrative (qui comprend les dossiers d’étrangers) de la deuxième moitié du xxe siècle sont, quant à eux, encore très largement conservés au ministère de l’Intérieur malgré des efforts récents de celui-ci en matière de collecte et de versements de fichiers17.

    29Aussi le Fichier central restitué par la Russie est-il un exemple paradoxal d’un fait de guerre qui n’a pas détruit mais sauvegardé un ensemble documentaire dans son intégralité : vingt ans et des milliers de recherches plus tard, la richesse de ce « fossile » ne se dément pas, tant sont rares les parcours de personnes étrangères arrivées en France qui n’y soient pas, pour la période 1925-1940, documentés.

    Un exemple de valorisation : la numérisation des éphémères

    30La richesse du fonds ne résulte pas, malgré les apparences, de la seule concentration de données nominatives pour la Troisième République. D’autres exploitations sont possibles, en témoignent la mise au jour et le traitement des éphémères de propagande du Parti communiste français. Ces documents, affiches, tracts, papillons, brochures ou journaux ont été collectés par les services de police lors des opérations de surveillance ou de répression entre 1921 et 1940. Cette production, souvent locale, fait rarement l’objet d’une politique de conservation par ses auteurs. Ainsi, paradoxalement, l’action policière prolonge l’existence de papillons volatiles diffusés dans la rue ou de journaux interdits dès leur première parution. Le fonds de la direction de la Sûreté n’est d’ailleurs pas le seul exemple de conservation par l’appareil répressif d’éphémères militants. On retrouve ce même phénomène dans la constitution des scellés judiciaires18.

    31Le travail engagé depuis 2013 sur les archives restituées par la Russie a donné l’occasion de valoriser les imprimés et illustrés présents dans les dossiers de la direction de la Sûreté. Parallèlement au traitement intellectuel du fonds, une opération de recensement de ce type de documents de propagande en vue de leur numérisation fut envisagée. Au cours du travail de description des dossiers consacrés au Parti communiste, 3 350 documents de propagande communiste ont été repérés. Tous n’ont pas fait l’objet d’une numérisation. Parmi eux, une sélection a été effectuée en fonction de l’existant dans les collections, papier ou numériques, d’autres institutions patrimoniales. Les journaux n’ont par exemple pas été pris en compte ; le dépôt légal des périodiques à la Bibliothèque nationale de France faisant de Gallica, à plus ou moins long terme, le réceptacle privilégié des journaux communistes nationaux et régionaux. Les brochures ont également été écartées de l’opération de numérisation ; la plupart de celles présentes dans le fonds faisant écho à la collection dématérialisée de la Bibliothèque marxiste de Paris disponible sur le portail PANDOR19 de la Maison des sciences de l’homme de l’université de Bourgogne. L’opération de numérisation menée par les Archives nationales a porté exclusivement sur les documents qui semblaient n’être conservés que dans ses fonds. Au total, 2 208 documents ont ainsi été numérisés.

    ⁂

    32Le sort particulier que l’Histoire a réservé aux archives spoliées et, parmi elles, aux archives de la direction de la Sûreté interroge sur les vies successives d’un fonds d’archives. Arlette Farge décrit, dans son ouvrage Le goût de l’archive20, l’émotion de l’historien qui redécouvre des mondes enfouis. L’archiviste éprouve aussi parfois cette griserie d’être le premier à redonner sens à des documents oubliés ou devenus inintelligibles en raison de transferts successifs.

    33Concernant le fonds de la direction de la Sûreté, il faut se départir des éternelles questions sur le sort réservé à ces archives par les nazis puis par les Soviétiques pour pouvoir se réapproprier le fonds. Les projets en cours aux Archives nationales visent à cet objectif en se concentrant sur l’essence même des dossiers, sur ce qu’ils révèlent de la police française et par là même de la société française de l’entre-deux-guerres. En guise de conclusion, nous rappellerons ces quelques mots d’un Gérard Naud visionnaire qui n’imaginait certainement pas – nous sommes en 1971 – la restitution des fonds de Moscou : « [Notre successeur archiviste] sera dans les conditions où nous nous trouvons nous-mêmes pour traiter les fonds de la période 1800-1940, obligés que nous sommes de passer notre temps à raccommoder la faïence ou plus noblement à faire de la reconstitution archéologique21. » Quarante-cinq ans plus tard, ses paroles nous guident toujours.

    Notes de bas de page

    1Sophie Cœuré, Frédéric Monier et Gérard Naud, « Le retour de Russie des archives françaises. Le cas du fonds de la Sûreté », Vingtième siècle, revue d’histoire, no 45, janvier-mars 1995, p. 133-139.

    2Dominique Devaux, « Les archives de la direction de la Sûreté rapatriées de Russie », La Gazette des archives, no 176, 1997, p. 79-85.

    3Sophie Cœuré et Frédéric Monier, « De l’ombre à la lumière. Les archives françaises de retour de Moscou (1940-2002) », dans Sébastien Laurent (dir.), Archives « secrètes », secrets d’archives ? Historiens et archivistes face aux archives sensibles, Paris, CNRS Éditions, 2003, p. 133-148.

    4Sylvie Le Clech-Charton, « Sortir de la guerre froide : le fonds de Moscou aux Archives nationales », dans Patricia Gillet (dir.), Sortir de la guerre, édition électronique du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS), Paris, 2013, p. 97-109 ; Anne Leblay-Kinoshita, « Le “fonds de Moscou” : voyage et constitution d’un fonds d’archives au travers de l’Europe et des siècles », dans Franck Jedrzeweski et Diogo Sardinha (dir.), La philosophie et l’archive. Un dialogue international, Paris, L’Harmattan, 2017, p. 209-234.

    5Sophie Cœuré, La mémoire spoliée. Les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique, de 1940 à nos jours, Paris, Payot, 2006, réédité dans la Petite bibliothèque Payot, 2013.

    6La loi du 3 janvier 1979 qui à l’époque régissait l’accès des chercheurs aux archives prévoyait, pour les archives produites par des services de police, un délai de communicabilité fixé à 60 ans à compter de la clôture des dossiers.

    7AN, 20130230/12, Note de Gérard Naud, conservateur général chargé du Centre des archives contemporaines (CAC) au directeur des Archives de France, 7 septembre 1994.

    8AN F/7/12948 à 13965, Police générale (1910-1936), versement de la direction des Renseignements généraux en 1945.

    9Contrairement au ministère de la Défense, le ministère de l’Intérieur ne revendiqua pas après-guerre ses dossiers saisis pensant que ceux-ci avaient été détruits pendant le conflit.

    10Le programme scientifique, culturel et éducatif des Archives nationales est disponible en ligne sur le site internet des Archives nationales (dans le PSCE 2013-2016, voir Axe 1, programme 3 : Surveiller et poursuivre, et axe 4, programme 2 : Histoire du monde communiste).

    11CAC, Archives rapatriées de Russie, ministère de l’Intérieur, direction de la Sûreté nationale, table méthodique des répertoires des versements 19940493 à 19940504, Fontainebleau, 2001, 17 p.

    12AN, Archives de la direction de la Sûreté restituées par la Russie, répertoire méthodique des versements 19940493 à 19940504 et 20010216, Archives nationales, première édition électronique, 2014, 94 p.

    13Archives nationales, Archives de la direction de la Sûreté restituées par la Russie, fichier central de la Sûreté, répertoire alphabétique des dossiers conservés dans les versements 19940432 à 19940492, première édition électronique, 2014, 84 p.

    14AN, 20130230/12, Sophie Cœuré et Frédéric Monier, « Panorama général du fonds français coté 1 (ministère de l’Intérieur, police générale) conservé depuis 1945 à Moscou et en cours de rapatriement », juin 1994, 15 p.

    15Sophie Cœuré, « Les archives comme “arme de la classe ouvrière”. Utiliser et comprendre les fonds du Komintern (base Incomka) et les fonds rapatriés de Moscou à la lumière de l’histoire des archives en URSS », dans Archives et communisme(s) : l’avant-guerre (1919-1943). Nouveaux outils, nouvelles archives, publications en ligne des Archives nationales, 2016, [http://books.openedition.org/pan/606], consulté le 15 novembre 2017.

    16Sophie Cœuré, Frédéric Monier et Gérard Naud, « Le retour de Russie des archives françaises. Le cas du fonds de la Sûreté », Vingtième siècle, revue d’histoire, no 45, janvier-mars 1995, p. 133-139.

    17En 2015 et 2016, le ministère de l’Intérieur a versé 20 mètres linéaires de dossiers issus du fichier de police administrative postérieur à 1949 et 80 mètres linéaires de dossiers du fichier de la direction de la surveillance du territoire (DST) portant sur la période 1945-1946.

    18Violaine Challéat-Fonck et Émilie Charrier, « Circulation des exemplaires originaux de tracts, affiches et papillons de propagande communiste dans les fonds de l’Intérieur (direction de la Sûreté) et de la Justice (Sections spéciales et Direction des affaires criminelles et des grâces) entre 1920 et 1944 », communication au colloque Un parti global. Le Parti communiste français dans une perspective transnationale (1917-1991), Maison des sciences de l’homme de Dijon, 25-27 mai 2016 (actes à paraître).

    19[https://pandor.u-bourgogne.fr/], consulté le 15 novembre 2017.

    20Arlette Farge, Le goût de l’archive, Paris, Le Seuil, coll. « La librairie du xxe siècle », 1989, réédité dans la collection « Points Histoire » en 1997.

    21Gérard Naud, La Gazette des Archives, no 75, 4e trimestre 1971, p. 186-187.

    Auteur

    • Émilie Charrier

      Archives nationales.

      Émilie Charrier, chargée d’études documentaires principale, travaille au sein du département de la Justice et de l’Intérieur de la direction des fonds aux Archives nationales. Elle est notamment responsable des archives de la direction de la Sûreté nationale (xixe et xxe siècles) et a élaboré le répertoire méthodique portant sur Les Archives de la direction de la Sûreté nationale restituées par la Russie publié en 2014. Elle a contribué pour les Archives nationales entre 2013 et 2016 au projet Paprik@2F portant sur la description et la numérisation d’archives relatives à la surveillance du Parti communiste entre 1917 et 1947, conduit en partenariat avec la Maison des sciences de l’homme de l’université de Bourgogne dans le cadre d’un financement ANR Corpus. Elle a publié en avril 2016 le répertoire méthodique Surveillance du Parti communiste français par la direction de la Sûreté nationale du ministère de l’Intérieur sous la IIIe République, comprenant plusieurs centaines de documents numérisés et proposant pour la première fois une description conjointe de la part française et de la part « russe » de ces archives.

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    1Sophie Cœuré, Frédéric Monier et Gérard Naud, « Le retour de Russie des archives françaises. Le cas du fonds de la Sûreté », Vingtième siècle, revue d’histoire, no 45, janvier-mars 1995, p. 133-139.

    2Dominique Devaux, « Les archives de la direction de la Sûreté rapatriées de Russie », La Gazette des archives, no 176, 1997, p. 79-85.

    3Sophie Cœuré et Frédéric Monier, « De l’ombre à la lumière. Les archives françaises de retour de Moscou (1940-2002) », dans Sébastien Laurent (dir.), Archives « secrètes », secrets d’archives ? Historiens et archivistes face aux archives sensibles, Paris, CNRS Éditions, 2003, p. 133-148.

    4Sylvie Le Clech-Charton, « Sortir de la guerre froide : le fonds de Moscou aux Archives nationales », dans Patricia Gillet (dir.), Sortir de la guerre, édition électronique du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS), Paris, 2013, p. 97-109 ; Anne Leblay-Kinoshita, « Le “fonds de Moscou” : voyage et constitution d’un fonds d’archives au travers de l’Europe et des siècles », dans Franck Jedrzeweski et Diogo Sardinha (dir.), La philosophie et l’archive. Un dialogue international, Paris, L’Harmattan, 2017, p. 209-234.

    5Sophie Cœuré, La mémoire spoliée. Les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique, de 1940 à nos jours, Paris, Payot, 2006, réédité dans la Petite bibliothèque Payot, 2013.

    6La loi du 3 janvier 1979 qui à l’époque régissait l’accès des chercheurs aux archives prévoyait, pour les archives produites par des services de police, un délai de communicabilité fixé à 60 ans à compter de la clôture des dossiers.

    7AN, 20130230/12, Note de Gérard Naud, conservateur général chargé du Centre des archives contemporaines (CAC) au directeur des Archives de France, 7 septembre 1994.

    8AN F/7/12948 à 13965, Police générale (1910-1936), versement de la direction des Renseignements généraux en 1945.

    9Contrairement au ministère de la Défense, le ministère de l’Intérieur ne revendiqua pas après-guerre ses dossiers saisis pensant que ceux-ci avaient été détruits pendant le conflit.

    10Le programme scientifique, culturel et éducatif des Archives nationales est disponible en ligne sur le site internet des Archives nationales (dans le PSCE 2013-2016, voir Axe 1, programme 3 : Surveiller et poursuivre, et axe 4, programme 2 : Histoire du monde communiste).

    11CAC, Archives rapatriées de Russie, ministère de l’Intérieur, direction de la Sûreté nationale, table méthodique des répertoires des versements 19940493 à 19940504, Fontainebleau, 2001, 17 p.

    12AN, Archives de la direction de la Sûreté restituées par la Russie, répertoire méthodique des versements 19940493 à 19940504 et 20010216, Archives nationales, première édition électronique, 2014, 94 p.

    13Archives nationales, Archives de la direction de la Sûreté restituées par la Russie, fichier central de la Sûreté, répertoire alphabétique des dossiers conservés dans les versements 19940432 à 19940492, première édition électronique, 2014, 84 p.

    14AN, 20130230/12, Sophie Cœuré et Frédéric Monier, « Panorama général du fonds français coté 1 (ministère de l’Intérieur, police générale) conservé depuis 1945 à Moscou et en cours de rapatriement », juin 1994, 15 p.

    15Sophie Cœuré, « Les archives comme “arme de la classe ouvrière”. Utiliser et comprendre les fonds du Komintern (base Incomka) et les fonds rapatriés de Moscou à la lumière de l’histoire des archives en URSS », dans Archives et communisme(s) : l’avant-guerre (1919-1943). Nouveaux outils, nouvelles archives, publications en ligne des Archives nationales, 2016, [http://books.openedition.org/pan/606], consulté le 15 novembre 2017.

    16Sophie Cœuré, Frédéric Monier et Gérard Naud, « Le retour de Russie des archives françaises. Le cas du fonds de la Sûreté », Vingtième siècle, revue d’histoire, no 45, janvier-mars 1995, p. 133-139.

    17En 2015 et 2016, le ministère de l’Intérieur a versé 20 mètres linéaires de dossiers issus du fichier de police administrative postérieur à 1949 et 80 mètres linéaires de dossiers du fichier de la direction de la surveillance du territoire (DST) portant sur la période 1945-1946.

    18Violaine Challéat-Fonck et Émilie Charrier, « Circulation des exemplaires originaux de tracts, affiches et papillons de propagande communiste dans les fonds de l’Intérieur (direction de la Sûreté) et de la Justice (Sections spéciales et Direction des affaires criminelles et des grâces) entre 1920 et 1944 », communication au colloque Un parti global. Le Parti communiste français dans une perspective transnationale (1917-1991), Maison des sciences de l’homme de Dijon, 25-27 mai 2016 (actes à paraître).

    19[https://pandor.u-bourgogne.fr/], consulté le 15 novembre 2017.

    20Arlette Farge, Le goût de l’archive, Paris, Le Seuil, coll. « La librairie du xxe siècle », 1989, réédité dans la collection « Points Histoire » en 1997.

    21Gérard Naud, La Gazette des Archives, no 75, 4e trimestre 1971, p. 186-187.

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    Charrier, Émilie. (2019). Les archives de la direction de la Sûreté. In B. Fonck, S. Cœuré, & H. Servant (éds.), Les « fonds de Moscou ». Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14dl9
    Charrier, Émilie. « Les archives de la direction de la Sûreté ». In Les « fonds de Moscou », édité par Bertrand Fonck, Sophie Cœuré, et Hélène Servant. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14dl9.
    Charrier, Émilie. « Les archives de la direction de la Sûreté ». Les « fonds de Moscou », édité par Bertrand Fonck et al., Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14dl9.

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    Fonck, B., Cœuré, S., & Servant, H. (éds.). (2019). Les « fonds de Moscou ». Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14dmq
    Fonck, Bertrand, Sophie Cœuré, et Hélène Servant, éd. Les « fonds de Moscou ». Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14dmq.
    Fonck, Bertrand, et al., éditeurs. Les « fonds de Moscou ». Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14dmq.
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