Avec les supporters du Stade Rennais Université Club (1919-1938)
p. 235-281
Texte intégral
1Le 3 avril 1932, les amateurs de football rennais découvrent le premier numéro d’un organe qui leur est destiné : Le Billet du supporter. Il est publié par le Club des supporters du Stade Rennais Université Club (SRUC ou Stade rennais), dont les statuts ont été déposés trois semaines auparavant auprès de la préfecture d’Ille-et-Vilaine. À l’aune des buts déclarés par le club, ce bulletin doit favoriser « les liens de camaraderie entre tous les membres et amis du SRUC », aider à sa « prospérité et « organiser des réunions récréatives pour ses membres » en « repoussant toutes les questions religieuses ou politiques1 ». Il vise également à combler une « lacune » aux yeux des supporters : leur trop faible visibilité et leur trop faible influence sur le club. Ses rédacteurs espèrent enfin qu’il annihilera le dédain qu’on a pour leur supposée docilité « d’amateurs de sport “béats” servilement acquis au club2 ».
2Camaraderie, liberté de jugement, soutien indéfectible au club et désir de peser sur sa destinée : voici des antiennes partagées par nombre d’amicales de supporters des années 1920-1930.
3Le cas rennais est insolite cependant : Le Billet du supporter permet, en effet, d’approcher l’intimité du milieu supporteriste. Or cela s’avère le plus souvent interdit, car la majorité des clubs de supporters n’a pas laissé d’archives derrière elle. Lorsqu’elles existent, elles sont réduites à une simple liasse de documents administratifs (fondation, statuts). Le Club des supporters du Stade Rennais Université Club n’en a d’ailleurs pas laissé3. Quant aux bulletins publiés par les cercles de supporters, outre qu’ils sont rares, certains n’ont pas été adressés au dépôt légal. Le Billet du supporter a donc une valeur archivistique forte et singulière. Il permet, vraiment, de s’immerger dans le monde des supporters. Avec vingt et un numéros publiés entre 1932 et 1935, il donne des clés pour comprendre ce qui mobilise les supporters, ce qui les réunit, les meut.
Un contexte : la professionnalisation du football rennais
4Pour aborder cet univers supporteriste, on ne peut faire l’économie ni du contexte dans lequel il se constitue ni de l’héritage qu’il porte. L’un et l’autre renvoient en effet à une histoire placée sous le signe de la combativité et de l’identité bretonne ; un signe dont on peut penser qu’il a fait grandir, chez certains Rennais, le désir de devenir des supporters plutôt que de simples spectateurs.
Naissance d’un club
5En mars 1901, quatre étudiants créent le Stade4. Ils sont athlètes. Le football est pour eux un passe-temps hivernal. D’emblée, ils participent à la saison patronnée par le Comité breton de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) – dont ils sont cofondateurs. Ils jouent alors sur un terrain vague, au Val Brûlon, le fermier voisin manifestant sa désapprobation en leur jetant des mottes de terre. Ils ont leurs habitudes au café du Télégraphe, d’où ils partent, « petit pain en poche5 », pour contenir la faim le temps des entraînements.
6Leurs qualités balle au pied ne leur permettent pas, alors, de concurrencer l’autre club de la ville, le Football Club armoricain ou rennais (FCR)6. La rivalité s’installe néanmoins. Le FCR gagne le championnat de Bretagne en 1902 et 1903. Le Stade échoue en demi-finale en 1903, puis conquiert le titre en 1904.
7Dans une Bretagne ne comptant encore qu’une poignée de clubs, les Rennais se soucient bientôt de l’Union sportive servannaise (USS), club de Saint-Malo et Saint-Servan réunis7. Sa montée en puissance est liée à une particularité : jusqu’en 1905, à une exception près, son équipe est composée d’Anglais. En 1904, pour rivaliser avec eux, le FCR et le SRUC font cause commune et fusionnent. Toutefois, outre qu’ils subissent la concurrence de nouvelles équipes rennaises (Cadets de Bretagne, Tour d’Auvergne, US rennaise), ils ne résistent pas à l’armada anglo-malouine. L’USS gagne le championnat de l’Ouest en 1905, 1906 et 1907. En 1907, pour relancer le SRUC, ses dirigeants recrutent Arthur Griffith, joueur-entraîneur gallois frotté au football anglais et suisse. Avec lui, le club est sacré champion de l’Ouest en 1908 et 1909, contre l’USS. Ces titres lui ouvrent la porte du championnat de France USFSA, lequel oppose les champions régionaux.
8Ces premiers hauts faits préludent cependant à cinq années de disette. Jusqu’en 1914, l’USS monopolise le titre breton. Les Rennais n’en ont pas moins posé les bases d’une aventure jouissant déjà d’une solide popularité à l’échelle de la région, en particulier à cause de l’écho que lui donne L’Ouest-Éclair.
Trois bonnes fées médiatiques
9Dès 1901-1902, L’Ouest-Éclair, bonne fée médiatique, se penche, en effet, sur le berceau du Stade rennais et lui offre une large promotion, puisqu’il tire alors à 100 000 exemplaires et touche 400 000 à 500 000 lecteurs8.
10Un de ses premiers rubricards sportifs n’est autre qu’un des cofondateurs du SRUC : Philippe Ghis. Sportif de très bon niveau, il est champion de Bretagne de demi-fond en 1903 et « inter droit » du onze stadiste. En 1905, il devient trésorier général du club et siège dans sa commission football. Dans ses billets pour L’Ouest-Éclair, le jeune commis au Trésor ne manque évidemment pas de soutenir son club de cœur.
11À Philippe Ghis succède Joseph Gemain. Futur dirigeant de la FFA, c’est un homme clé du sport breton, rebaptisé par un de ses contemporains, à cause de sa mobilisation pour la démocratisation du sport, le « Napoléon des obscurs et des sans-grade9 ». Issu d’une famille de pharmaciens lavallois, il a été, comme Philippe Ghis, footballeur et sprinter. C’est aussi un acteur de la vie institutionnelle et médiatique. En 1898, à 16 ans, il fonde le Stade vannetais avec son frère. En 1900, il lance La Revue sportive bretonne. Tout en dirigeant les services de la voirie de Vannes, cet ingénieur des Ponts-et-Chaussées trouve ensuite le temps de cofonder le Stade lavallois (1902) et le comité breton de l’USFSA (1903). À partir de 1905, devenu assureur à Rennes, il s’autoproclame « propagateur10 » du sport et commence à signer sous le pseudonyme « E. Phil » dans L’Ouest-Éclair. Il y déploie un propagandisme mettant souvent le SRUC à l’honneur, même s’il ferraille parfois avec ses dirigeants. Comme président de l’USFSA bretonne (1907), il désapprouve notamment leur fibre régionaliste, voire autonomiste. Quoi qu’il en soit, ses recensions bénéficient au Stade, jusqu’à ce qu’une nouvelle plume lui succède.
12En 1911, le nom d’Ernest Folliard apparaît dans L’Ouest-Éclair. L’homme est un riche négociant, piqué de sport et formé au travail de rubricard auprès des Nouvelles Rennaises. Son lien avec le SRUC est ombilical. Membre de sa direction en 1904, il en devient président en 1909. Il est épaulé par son fils Ernest. Joueur de l’équipe seconde, ce dernier est aussi trésorier du club et fait ses armes de rédacteur à L’Ouest-Éclair (il en sera le premier journaliste de sport permanent). Le président-rubricard se comporte, bien sûr, en stadiste invétéré. Il fait propagande pour l’athlétisme et le football, remplissant là une mission lui revenant également en tant que membre du comité breton de l’USFSA (1911). Le quotidien est sa tribune, sa rubrique une sorte de bulletin de liaison où il promeut ses actions, comme l’organisation d’un voyage en Normandie pour un Stade rennais vs Le Havre11. En outre, point clé, au printemps 1912, Ernest Folliard inaugure un projet qu’il commandite, puis administre : le Parc des sports du Moulin-du-Comte, au bord de la Vilaine. Dévolu aux sports et aux loisirs, ce parc est du même type que ceux, récemment inaugurés, de Vichy, Saint-Étienne, Lyon, Marseille. Il comprend des pelouses, des terrains de sport, des buvettes, des tribunes. Le SRUC s’y installe. Enfin, après-guerre, Ernest Folliard devient délégué pour la Bretagne du Comité français interfédéral (1918), président de la Ligue de l’Ouest de football-association (LOFA, 1920-1928) et vice-président de la Fédération française de football-association (FFFA).
13De Philippe Ghis à Ernest Folliard, le Stade rennais bénéfice donc d’un fort soutien de L’Ouest-Éclair révélant les intérêts concordants des milieux sportifs, entrepreneuriaux et journalistiques. Cette situation est usuelle à la Belle Époque. Elle favorise la promotion et la popularisation du football. Elle explique sans doute qu’une partie des Rennais et des habitants d’Ille-et-Vilaine se fédèrent autour des « Rouge et Noir », justifiant alors les premières évocations du supporterisme.
Le renégat finit par devenir professionnel
14Les premiers faits d’armes d’audience nationale du SRUC interviennent en pleine guerre. En 1916, il remporte la Coupe des alliés de l’USFSA, puis, en1917, il atteint les quarts de finale de la première Coupe Charles Simon (Coupe de France).
15Au sortir de la guerre le club fait sécession d’avec l’USFSA pour s’engager sous l’égide de la LOFA (1918), puis de la FFFA (1919). Avec l’USS, il est alors un des clubs phares de Bretagne. Ses deux titres régionaux (1919, 1920) et quelques coups d’éclat obtenus sous la direction d’un entraîneur anglais, Georges Scoones, forgent sa réputation. En 1922, grâce au renfort de joueurs expérimentés – notamment l’international François Hugues, venu du Red Star, et les frères Pierre et Maurice Gastiger, arrachés à Levallois –, le SRUC joue la finale de la Coupe de France après avoir écarté Dinan, Nantes, Bordeaux, Saint-Ouen, Le Havre, Lille et l’Olympique de Paris. En finale, il s’incline face au Red Star. En 1923, il gagne le championnat de Bretagne, mais déçoit ses partisans en échouant en quart de finale de la Coupe de France. Son destin bascule alors, à l’instigation d’un jeune homme entreprenant : Isidore Odorico.
16Issu d’une famille d’artisans mosaïstes réputés (son père et son oncle ont notamment travaillé sur les chantiers de l’Opéra Garnier et de Notre Dame de la Garde), Isidore Odorico est diplômé des Beaux-Arts et, donc, mosaïste. En 1912, à 19 ans, il succède à son père, mort soudainement. À partir des années 1920, il développe l’entreprise avec succès, bénéficiant de la vogue art-déco.
17Heureux entrepreneur, Isidore Odorico est aussi sportif et féru de football. Il a joué au SRUC de 1912 à 1914. Il rechausse ses crampons de 1918 à 1925. Durant cette période, il devient membre de la Commission sportive régionale de la LOFA et vice-président du SRUC.
18Isidore Odorico veut que le Stade s’impose dans le Gotha footballistique. Comment ? Par le passage au professionnalisme, ce qui permettra, estime-t-il, d’en finir avec l’hypocrisie d’un système où « l’amateurisme professionnel12 » est endémique. À l’été 1923, il lance une opération tenant de l’épreuve de force. Coalisé avec des dirigeants de clubs et de ligues régionales, il fait cette annonce : le Stade rennais ne participera plus au championnat régional et au championnat de France. Il fait donc sécession avec la LOFA et la FFFA, au grand dam d’Ernest Folliard. Comme en a témoigné Adolphe Touffait, joueur du Stade, l’émotion suscitée par cette décision est grande13 et l’audacieux Odorico subit les foudres de la fédération et d’une partie de la presse nationale. Ainsi, le très écouté Maurice Pefferkorn, quoique flagorneur (il fait la réputation du SRUC plus grande qu’elle n’est), voue aux gémonies le « grand fléau du professionnalisme déguisé » et rejoint le camp, très jacobin, d’une fédération encore amateure.
« La Bretagne a eu son incident sensationnel. Le Stade Rennais, son plus grand club, son champion presque perpétuel, sous prétexte de protester contre on ne sait quoi, a prétendu ne point s’engager dans le championnat de Division d’Honneur […]. C’est la négation de toute discipline et de toute hiérarchie sportives. Le pouvoir dirigeant, d’abord désavoué par la Fédération, a fini par imposer sa volonté et à faire bon marché de ce geste d’indépendance dangereuse et qui était d’un panache un peu trop facile14. »
19Le Stade met sa menace à exécution, s’autorisant seulement à rejouer la Coupe de France à partir de 1924 et à libérer deux équipiers appelés chez les Tricolores (Jean Batmale, Charles Berthelot).
20Pour le reste, le club s’organise en marge de la fédération, autour de matches amicaux. Il s’agit d’assumer la rébellion en continuant à s’aguerrir, en se frottant « au plus fort15 ». De 1924 à 1929, le SRUC joue ainsi une trentaine de matches – sur une centaine au total – contre des équipes anglaises, suisses et tchèques. Cette période est aussi marquée par un conflit entre Isidore Odorico et Ernest Folliard, opposé au professionnalisme16.
21À la fin des années 1920, la stratégie d’Isidore Odorico n’a toujours pas porté ses fruits. Malgré des recrutements internationaux – signe de la valse de l’amateurisme marron – et quoiqu’ayant réintégré le championnat breton, le Stade « n’est plus qu’une bonne équipe régionale17 ». La situation est critique, d’autant que, en 1929, la LOFA réforme son championnat, avec un volume de rencontres accru. Le Stade refuse cette évolution. Il entre à nouveau en sécession et Isidore Odorico continue à militer pour le professionnalisme avec le journaliste montpelliérain Emmanuel Gambardella et le dirigeant sétois Georges Bayrou18. Il siège d’ailleurs dans un comité d’étude diligenté par une FFFA tiraillée entre son refus du professionnalisme et la nécessité de réglementer la venue de brigades toujours plus fournies de « joueurs gyrovagues19 » français et étrangers, rétribués et achetés par les clubs.
22En 1930, la situation s’envenime encore. Pour se renforcer, le Stade rennais engage un entraîneur tchèque, Trojanek, et cinq étrangers : quatre Tchèques (Mrazec, Zinner, Borecky et Klenovec) et un Allemand (Kayser)20. Ils sont lancés sur le terrain sans avoir été affiliés à la fédération et sans exeat de leurs fédérations respectives. La sanction de la LOFA et de la FFFA tombe : pour les avoir indûment recrutés et alignés, Isidore Odorico est condamné à six mois de suspension, le club est interdit de match trois mois et doit acquitter 10 000 francs d’amende pour préjudice à la LOFA.
23La sortie de crise vient de Sochaux. En 1929, Jean-Pierre Peugeot y a constitué une équipe professionnelle et quitté la FFFA pour organiser la Coupe de Sochaux, un mini championnat néo-professionnel. Face à cette menaçante concurrence, la fédération finit par s’emparer du dossier. En juin 1932, son comité national vote la création d’un championnat de France professionnel. Dans un premier temps, le Stade rennais, prudent, ne crie pas victoire. Cette situation le place face à des enjeux financiers périlleux. Ses dirigeants passent le « pas » grâce aux supporters « qui mettent à sa disposition leur fonds de réserve21 ». Si d’autres clubs profitent du soutien de « membres influents » offrant « des fonds de garantie22 », Rennes bénéficie donc ici du secours de supporters qui, pour ne pas être encore organisés, n’en sont pas moins assez déterminés pour permettre au club de franchir le cap du professionnalisme.
Hauts et bas : les aléas sportifs et financiers du SRUC
24Le 11 septembre 1932 : le Stade rennais conclut son premier match professionnel à Metz sur une courte victoire, 2-1. Ce succès inaugural présage d’un destin sportif en demi-teinte. À la fin de la saison, le club est 6e d’un groupe B dominé par les Antibois. Un an plus tard, au terme du premier championnat unifié, il est à nouveau 6e. En 1935, il recule de quatre rangs dans une épreuve dominée de haut par le champion, Sochaux, et son dauphin, Strasbourg. L’année est toutefois marquée par un exploit, l’accession en finale de la Coupe de France ; exploit virant à la déception puisque, privé de ses buteurs vedettes (Kayser, Wolweiller) et malgré le renfort de deux Argentins (Volante, Bernasconi), l’Olympique de Marseille domine le Stade (3-0).
25Cette finale perdue ouvre sur une période noire. Même si la foule accompagne les sorties du Stade à domicile (on dénombre souvent 14 000 à 16 000 spectateurs à Rennes23), elle regrette, dit-on, des résultats allant decrescendo. En 1935-1936, au terme d’une saison sans éclat, le Stade est à nouveau 10e. Au printemps 1937, il est 15e et relégué en deuxième division où il obtient des résultats honorables : 3e en 1937-1938, 2e en 1938-1939. Toutefois, il est paralysé par un tel déficit que l’abandon du statut professionnel est envisagé. Comme en 1932, le salut vient d’une souscription des supporters. Ajoutée à une aide municipale et au fruit de loteries organisées par des commerçants rennais, elle sauve le club24. Pour la seconde fois, le supporterisme joue donc un rôle clé, illustré par la publication dans L’Ouest-Éclair d’un appel signé par un Comité du Stade rennais réunissant le club lui-même et le club de supporters. À l’évidence, on cherche alors à remobiliser les stadistes.
« Le Stade rennais, deux fois finaliste de la Coupe de France, six fois au tableau d’honneur des clubs ayant fourni des joueurs à l’équipe nationale, le Stade rennais est-il digne d’intérêt ? A-t-il droit à la reconnaissance du public ? Son œuvre doit-elle être poursuivie ? Spontanément, des sportifs de tout l’Ouest sont venus nous dire : “Nous voulons être supporters du Stade rennais. Nous ne voulons pas que notre grand club régional disparaisse”. […] L’exemple mérite d’être suivi par tous les sportifs de l’Ouest. Des clubs de l’Ouest en un beau geste de solidarité sportive ont voulu s’inscrire parmi les supporters du Stade rennais. La Saint-Pierre de Nantes, En-Avant Guingamp […], preuve particulièrement émouvante de la popularité que le Stade a su s’attirer […]. Non contents de se sacrifier pour lui dans le cadre de leurs propres sociétés [ils] n’ont pas hésité à venir en aide au club qui est un “leader” régional du sport le plus beau et le plus populaire qui soit au monde : le football. […] Le Stade a trop fait pour la propagande du football et pour le prestige de l’Ouest et a encore trop à faire pour qu’on ait le droit de l’abandonner dans des heures difficiles25. »
Les supporters avant la création du club
26Le destin du Stade a donc très tôt retenu l’attention des amateurs de football rennais. Si la naissance du club de supporters, en 1932, est liée à l’avènement du professionnalisme, elle constitue donc aussi le point d’aboutissement de cette mobilisation partisane ancienne.
Une mobilisation précoce
27Dès la Belle Époque, la presse laisse effectivement deviner un public rennais concerné et faisant corps, par le geste, les couleurs, la voix, avec ses équipes favorites. Le Stade bénéficie alors de la solidarité bretonne, ce que prouve un des chants du Stade Vannetais26.
Hourrah !
Viv’ les ballades
[…] Mais avant de nous quitter
Il nous faut tous répéter en chœur
Viv’ les Vann’tais et les Rennais
Viv’ les Bretons et les Mayennais
Le comité de Bretagne
Et aussi le champagne
N’oubliez pas notre visite
Et puis, après ; nous serons quittes
Pour revenir à Rennes27…
28À la fin des années 1900, lorsque le Stade et l’US servannaise rivalisent dans le championnat de l’Ouest, les spectateurs se pressent au stade du Mabilais. En 1908, les « sportsmen rennais » répondant à « l’appel des dirigeants du SRUC » sont si nombreux que Joseph Gemain croit devoir parler d’une « foule » décidée à « braver rafales et autres intempéries28 ». Propagandisme mis à part, le rubricard souligne donc a priori une affluence notable. En déplacement, les stadistes constituent aussi une colonie non négligeable pour l’époque. La presse indique d’ailleurs que le Stade propose à ses membres « actifs » et « honoraires » de partir en déplacement29. En 1908, parmi les 4 000 personnes assistant, à Saint-Servan, à la finale du championnat de Bretagne, on compte « une centaine de Rennais30 ». Bref, le supporter rennais voyage déjà, résolument, avec son équipe.
29Le public rennais n’est pas réputé pour sa mauvaise conduite. On a cependant souligné la confusion d’intérêt de la presse locale et du club. Les informations à partir desquelles nous travaillons tendent donc à être partielles, voire partiales. Lorsque les dépêches le permettent, les rubricards disent que les incivilités dans les stades sont étrangères à l’esprit breton, rennais – comme des bagarres, en février 1908, en Belgique31. Les supporters ne brillent cependant pas toujours par leur bonne tenue. En 1912, au lendemain d’un match Saint-Servan vs Saint-Brieuc, Joseph Gemain se régale de la courtoisie des clubs, incarnée par la correction des joueurs sur la pelouse, et se réjouit du « punch » partagé après le match, au cours duquel footballeurs et dirigeants « trinquèrent cordialement ». Cette connivence l’invite d’autant plus à déplorer les « clameurs de la galerie » des supporters.
« Si au moins les supporters des deux clubs pouvaient s’en inspirer ! Est-il possible que nous vivions plus longtemps dans une atmosphère de mare stagnante ; pour l’honneur et l’avenir du sport, il faut que les mauvais bergers soient écartés de nos manifestations athlétiques. Celles-ci ne doivent pas avoir pour écho une plainte au parquet32. »
30À la veille de la Grande Guerre, un noyau de compagnons de route stadistes est donc avéré.
À cent dans la guerre
31Dès l’automne 1914, une partie de la presse lance des appels à la relance de la vie compétitive33. L’Humanité titre « On jouera au football34 ». Le Matin affirme que les premiers clubs relancés « veulent plus que jamais continuer l’œuvre commencée35 ». Dans les faits, la vie sportive marque un temps d’arrêt en 1914, puis renaît tout doucement au printemps 1915, par le football souvent, scolaire, militaire et, dans une moindre mesure, civil. C’est le cas au SRUC, dont les matches sont alors suivis par 300 à 500 personnes.
32En 1916, malgré la saignée que connaissent tous les clubs, la reprise se confirme. En Ille-et-Vilaine, les acteurs publics l’appellent de leurs vœux et l’accompagnent. En février, prophétisant le succès d’une rencontre Stade rennais vs Étoile sportive lorientaise, la mairie de Rennes accélère la cadence de desserte des tramways de la ligne Port-Cahours et les rallonge de « buffalos » (wagons) pour drainer le flux de spectateurs36. L’Ouest-Éclair estime que la rencontre réunit 2 500 spectateurs, dont les « supporters » du SRUC « depuis le début de la saison37 ». En mai, le quotidien offre ses services : fidèle à son propagandisme et soucieux que les Bretons reconquièrent les stades, sa rédaction organise la venue à Rennes des adhérents des clubs de la région pour une rencontre entre le Stade rennais et Le Havre Athletic Club38. Quant aux supporters, ils se manifestent régulièrement. En mars 1916, lorsque le Stade rejoint Mérignac pour la Coupe des Alliés (contre La Vie au grand air du Médoc), ils sont une « centaine » à escorter les joueurs jusqu’à la gare pour les « assurer de toute leur sympathie39 ».
33Fin 1916, les teams peinent toujours à se stabiliser tant les équipiers, mobilisés ou disparus, manquent à l’appel. Toutefois, la vie sportive n’est plus à l’arrêt. L’Ouest-Éclair appelle à la patience, à l’optimisme, persuadé que les équipes rennaises seront bientôt en ordre de marche, ce qui sera de nature à rassurer « les supporters des Diables Rouge40 ». En 1917-1918, le calendrier footballistique se densifie en effet et les spectateurs reprennent de plus en plus le chemin du stade.
Un supporter flou…
34Les années 1920 constituent un temps de « vulgarisation41 » du football en Bretagne. La région n’en était pas une terre d’élection à la Belle Époque. Elle le devient. Cette évolution se traduit par l’explosion du nombre d’associations sportives justifiées, pour tout ou partie, par la pratique du football : 500 sont créées entre 1901 et 1925, la plupart après-guerre42. Elles participent à des championnats démultipliés, à de nombreux derbys attirant les partisanneries sportives. La rivalité entre football laïque et football catholique renforce encore la diffusion du jeu et la mobilisation des publics. Certes, les équipes de la fédération des patronages (FGSPF) sont en passe d’entrer dans l’orbite de FFFA43, mais la concurrence laïcs/catholiques garde un fort pouvoir d’attraction et les championnats des « patros », très actifs44, bénéficient d’une large couverture médiatique.
35Dans ce contexte favorable, la figure du supporter devient plus courante. Les rubricards recourent aux expressions « supporters rennais », « supporters du Stade rennais ». Les pigistes couvrant les épreuves départementales l’emploient aussi dans le cadre du water-polo (1921), du rugby (1922), de l’athlétisme (1923), de la natation (1926), bientôt du basket (1931). Présence accrue du supporter donc, mais aucun portrait. La presse ne dit pas qui ils sont. Sont-ils organisés ? On l’ignore. Se distinguent-ils du grand public par tel ou tel signe : comportement, vêtement, insignes ? On ne le sait pas. En fait, le flou sémantique est fort : le supporter s’apparente génériquement à un spectateur. Plutôt qu’un personnage, c’est une figure, une silhouette assez insaisissable. Seules ses émotions sont parfois mises en scène, sommairement, comme en 1921, à l’issue d’un match du championnat LOFA opposant le SRUC au CS Jean Bouin d’Angers. Jouée sur un terrain détrempé, cette partie au score fleuve (6-3 pour Rennes) attire 800 spectateurs dont les « supporters srucistes […] passés par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel45 ». On n’a guère plus de détails sur les autres supporters bretons. De ceux de l’US servannaise on dit qu’ils « frémissent », peuvent s’agiter « frénétiquement », des Lorientais qu’ils retiennent leur « respiration », des Cheminots rennais qu’ils « trépignent et exultent »46.
36De façon symptomatique, lors de la campagne de Coupe de France de 1922, au terme de laquelle le Stade rennais est défait en finale, le supporter n’est pas plus présent que d’ordinaire. Lors de la demi-finale, L’Ouest-Éclair recourt d’ailleurs à la vieille expression « partisans » (ils ont « eu chaud » plus d’une fois lors d’un match longtemps indécis contre l’Olympique de Paris47). À l’occasion de la finale face au Red Star, jouée dans un stade Pershing comble48, la rédaction rennaise commande un reportage au journaliste et dirigeant fédéral Robert Guérin. Avec la distance que lui impose son double statut, il trousse une recension toute en neutralité. Il note comme le public a été « haletant49 ». Le climat du match (perdu par le Stade) ne l’invite pas pour autant à brosser le portrait des supporters ayant rejoint Paris. Ne se sont-ils pas fait remarquer ? Sont-ils venus en nombre ? Une revue de presse nationale permet de répondre partiellement à ces questions.
37Au lendemain du match, L’Auto se montre parisianiste et condescendant. Son reporter loue les bleu marine et blanc, et leurs quatre titres de champion de Paris et de France glanés depuis 1920. Il souligne le fair-play du public parisien, qui a applaudi les stadistes. Il note enfin la présence des « admirateurs » rennais. Du reste, il préfère parler du « gai soleil », des « gracieuses parisiennes » et du bel aéropage des personnalités conviées à la « fête nationale50 » du sport. Le Miroir des sports note le mordant des Rennais sans dire un mot de leurs supporters. Dans Le Figaro, Paul Champ privilégie les péripéties : il se gausse d’un gardien rennais ayant réussi l’exploit de se mettre « tout seul knock-out51 » en emboutissant ses poteaux de but ; il décrit les tramways combles, au retour vers Paris. Le Populaire néglige l’événement et transforme les Rennais en « Normands52 » ! L’Humanité évoque un match « magnifique » ne pouvant échapper au Red Star. Toujours rien sur les Rennais. Quant à la palette de l’envoyé spécial du Petit Parisien, dépourvue de rouge et de noir, elle comprend force bleu, blanc et vert.
« Sous le soleil, les tribunes dont l’habituelle blancheur était masquée par la masse profonde des spectateurs, semblaient d’énormes fourmilières qui, bruyantes et vibrantes à l’excès, suivaient avec passion les phases du match sur le gazon vert du stade53. »
38Les recensions des autres quotidiens, à Paris et en région ne déparent guère, à l’image de celle du Matin qui rapporte l’altercation de deux joueurs et leur expulsion, mais sans préciser la réaction du public.
39Seuls deux journaux se font plus précis : d’une part, Paris-Soir, qui dénombre 500 Rennais à Colombes54, d’autre part, L’Excelsior, qui s’attarde sur l’attitude des supporters bretons en cédant au tropisme habituel de la supériorité naturelle des Parisiens55.
« Les Rennais, qui formaient dans les tribunes une cohorte bruyante, parfois même violente et injuste, ne se résoudront que difficilement à l’acceptation de leur défaite. Ils invoqueront l’argument spécieux […]. Pourtant, le temps aura cicatrisé leur blessure encore fraîche et ils reconnaîtront, en bons sportifs qu’ils sont, la supériorité du jeu fourni par le Red Star56. »
40Il y a donc une escouade de supporters rennais au stade Pershing, dynamique semble-t-il. Reste que cette information est très fragmentaire. Elle est à l’image de celles qu’on relève dans la presse au fil de la décennie suivante. Elles ne sont pas plus éclairantes.
41De notre immersion médiatique nous ressortons donc plutôt démunis. Que sait-on ? Que des supporters accompagnent le SRUC depuis les années 1900, qu’ils seraient une centaine dans les années 1900 et sont a priori plus nombreux au cours des années 1920-1930, bruyants et énergiques, comme tant d’autres.
Naissance d’un club de supporters
42En dépit de ce manque d’informations, on peut penser que la naissance du club de supporters, en 1932, tient à la cristallisation de trois éléments : d’une part, ce supporterisme de longue date, apparemment dynamique ; d’autre part, un désir de liberté critique des supporters vis-à-vis du club et des instances du football ; enfin et bien sûr, la perspective du passage au professionnalisme, qui agit comme un catalyseur. De fait, le Club des supporters est fondé le 23 janvier 1932, six mois avant que la FFFA finisse par valider le championnat professionnel et huit mois avant le début de sa première saison.
Un club
43Les archives du club n’ont pas été déposées ou conservées. Le Billet du supporter permet en partie de compenser cette lacune. Fin 1932, on y trouve les 28 articles de ses statuts57.
44L’article 1, pierre angulaire de l’association, affirme, dans cet ordre, que le Club des supporters entend soutenir le Stade rennais, « resserrer les liens de camaraderie » entre ses partisans, tout faire « pour la prospérité » du club, organiser des activités récréatives (bals, banquets, fêtes), « servir de trait d’union » entre le club, les supporters et « la grande masse des sportifs, le tout à l’exclusion de questions intérieures » au club. Cette dernière règle sera vite transgressée, les supporters ne se lassant pas de distiller leurs avis sur l’entraînement, la composition de l’équipe et les chantiers que le Stade doit, selon eux, ouvrir.
45L’adhésion au Club des supporters se fait par cooptation. Les nouveaux adhérents, membres actifs (10 francs à l’année) et honoraires (20 francs), doivent être parrainés. Quant au comité directeur de 13 membres (dont « 4 dames »), il est élu en Assemblée générale et renouvelé sur le modèle sénatorial : 4 élections à la troisième année d’existence, 4 la suivante et 5 la dernière.
46Par ailleurs, les statuts détaillent longuement le fonctionnement interne, les charges, les délégations de pouvoir, la gestion des démissions. Ils précisent que des « exclusions » pourront être prononcées pour « conduite incompatible » – sans dire ce que cela recouvre précisément. Ils instituent aussi une obligation du supporter : l’achat et le port obligatoire d’un « sigle » aux couleurs du SRUC. Ils précisent enfin que « toutes discussions politiques, religieuses, tous jeux ou paris sont prohibés » et qu’un organe officiel sera publié.
Un organe et des missions
47Le 3 avril 1932, deux mois après sa création, le Club lance cet organe. Sa rédaction s’installe au café de l’Europe, ce qui n’est pas anodin. La caisse enregistreuse de l’établissement avale en effet, dans le même cliquetis, le prix des consommations des clients et celui des tickets permettant de suivre le SRUC à Rennes comme en déplacement. L’établissement est un centre névralgique du sport rennais. Il est réputé pour afficher tous les résultats.
48Le café de l’Europe est aussi le siège de plusieurs clubs. Le Véloce Club rennais et l’Union vélocipédique de France y ont pris leurs quartiers au tournant des xixe et xxe siècles. Entre-deux-guerres, on y retire toujours les dossards de courses cyclistes, comme lors du Critérium Premier Essor organisé en 1924 par l’Aéro-Club rennais, Peugeot et L’Ouest-Éclair (dont la rédaction est proche du café). En 1903, le SRUC s’y est lui aussi établi, bientôt imité par la Société des régates rennaises. L’USFSA y a également ses habitudes depuis les années 1900. Elle y délivre les engagements pour les compétitions de natation, d’athlétisme, de water-polo. À la fin des années 1930, le café de l’Europe reste un creuset associatif. Témoin, en 1936, l’installation du Canöe Club de Rennes en ses murs.
49Le Billet du supporter voit donc le jour face à un zinc devant lequel ont été tenus mille paris et conversations d’avant et d’après matches. Son premier numéro est très artisanal. Sous son titre tracé à la main, on lit cet adage : « Au coin de la critique et de la bonne humeur ». Dans les faits, il révélera surtout la propension de ses rédacteurs à donner des leçons. Tiré sur une rotative Gestetner, il comprend quatre feuilles agrafées, avec deux colonnes de texte frappé en Adler, police dont sont alors équipées bon nombre de machines à écrire. Sa facture n’est pas très élaborée. La nécessité a force de loi, ce qui justifie sa gratuité. Dès l’automne 1932, la donne change néanmoins : avec quatre pages de plus, une titraille revisitée et une impression professionnelle (mise en page, police, tirage), Le Billet a désormais tout d’un véritable périodique. Fin de l’artisanat initial.
50Le numéro 1 s’ouvre sur un éditorial endossé collectivement sous la signature « Le Billet » – un anonymat revendiqué et rarement trahi. Qu’y apprend-on ? Que la création du club comble une « lacune » et retraduit la vitalité du supporterisme rennais et breton. Que les supporters ne sont pas des amateurs de sport « béats […] servilement acquis au club ». Que, s’ils ne doivent pas avoir voix sur certaines questions (les finances par exemple), ils peuvent à bon droit être une force de revendication au nom des défenseurs du club, « toutes les fois qu’il sera nécessaire ». Fort de ce principe, Le Billet propose de coopérer avec le Stade rennais, de développer les relations entre supporters afin « d’assurer une liaison agissante et efficace, faite d’entente mutuelle et de confiance réciproque ».
51Dans ce premier éditorial, rien ne porte sur une charte des devoirs des supporters. En dehors de l’affichage de la solidarité vis-à-vis du Stade rennais, il souligne surtout le désir d’établir un lobby, en insistant sur l’indépendance des supporters, « libres de toute opinion » et libres de livrer leurs critiques pour peu qu’elles ne soient point offensantes et visent à la « prospérité du vieux club rennais et au développement et à l’amélioration du sport ».
52Cette insistance sur le libre arbitre des supporters est forte. Elle se traduit par le refus très net de l’intrusion dans le clan des supporters des « coteries » siégeant au sein du club58. Elle se traduit aussi par une ribambelle de conseils. Dès le numéro 1, on demande, par exemple, que les joueurs du Stade rennais entrent « en bon ordre » sur la pelouse uniquement après l’entrée de l’équipe visiteuse, qu’un joueur soit remplacé au premier signe de défaillance, « immédiatement »… De telles injonctions sont si fréquentes qu’elles invitent à poser cette hypothèse : avant 1932, les supporters du SRUC pourraient s’être sentis lésés, trop peu associés à la vie du club et à sa promotion, et du coup s’être coalisés pour peser sur le club. Cette hypothèse doit néanmoins être pondérée par cet autre postulat : la montée en puissance du débat sur le professionnalisme depuis 1929, porté entre autres par Isidore Odorico, a pu les inciter à se réunir et à faire de la tribune du Billet un organe favorable au championnat professionnel, ce qui revient à prendre le sillage de son président. De fait, dès le numéro 1, la rubrique « Le Coin du professionnalisme » est une tribune appelant énergiquement au professionnalisme.
53L’une ou l’autre de ces hypothèses doit-elle l’emporter ? On saurait trancher. Restent donc, comme nous le suggérions d’entrée, trois moteurs justifiant le club de supporters et son organe : la passion fidèle et solidaire pour le football et le Stade, la revendication d’un droit d’inventaire, et l’attachement au projet de championnat professionnel. À ces principes élémentaires s’ajouteront, au fil des numéros, une fibre régionaliste très nette et, par effet de vase communicant, un anticentralisme (fédéral, parisien) tout aussi prononcé. Enfin, Le Billet, comme le Club des supporters, veut représenter toutes les sections sportives du SRUC (basket, hockey, athlétisme, rugby) et, plus largement, être la tribune de l’ensemble des sportifs rennais, voire bretons.
Portrait des supporters rennais
54 Le Billet du supporter permet par ailleurs d’approcher la sociabilité des supporters.
Les bourgeois dirigent, les « gâs » occupent la « butte »
55Un des points sur lesquels nous sommes le moins bien renseignés est la composition et la gouvernance des clubs de supporters. Qui les fonde ? Qui les dirige ? Quels milieux mobilisent-ils ? Le Billet du supporter permet de répondre en partie à ces questions, pour le cas rennais. Le supporterisme y est, en effet, géré par un cercle appartenant à la bourgeoisie locale, que l’on peut assez bien se représenter, pendant les matches, placée à l’abri des tribunes. Ce cercle s’appuie sur les « gâs de la butte ». Au stade, ceux-ci occupent un terre-plein jouxtant le terrain.
56Élite dans les tribunes. Pelousards debouts face au terrain : cette « division sociale59 » du stade correspond à ce que l’on rencontre ailleurs en France.
« Le stade a deux côtés bien distincts : les Populaires et les Tribunes. Aux Populaires, vont ceux qu’un budget modeste ou moyen réunit sur les gradins avec d’autres spectateurs qui s’y rendent par goût ou par sympathie. […] En face des Populaires, les tribunes élèvent pour les privilégiés, leur masse épaisse et sombre60. »
57Des habitués des « Populaires » on ne sait rien. On ne peut pas les qualifier, d’autant moins que Le Billet n’aborde jamais la question du recrutement social du club. Ils sont toujours désignés de façon générique, chorale, anonyme. Ceci étant, si on admet qu’ils appartiennent à des catégories moins aisées que les dirigeants du club, alors la situation rappelle celle des associations sportives, dans lesquelles les ressortissants des classes moyennes et ouvrières sont souvent conduits par des notables61. Le Billet tend à confirmer cette hypothèse, d’abord à cause de son ton et de sa facture. Bien écrit, bien agencé, il ressemble plus à la myriade des revues culturelles locales destinées aux élites qu’à une simple feuille sportive. D’autres indices, comme le domaine d’activité des dirigeants du club, confortent cette hypothèse.
58S’agissant des présidents, on ignore tout de Baudet, le premier d’entre eux. On connaît en revanche Joseph Le Doncker, son successeur en 1933. Ancien combattant et capitaine de réserve, ce quinquagénaire est expert-comptable. Il dirige l’agence locale des établissements Jamet-Buffereau, lesquels proposent des services de comptabilité, d’assurances et dispensent des enseignements en comptabilité, sténographie et dactylographie. Avec ses succursales à Paris, Lille, Nancy, Rennes, Marseille, Bordeaux62, l’entreprise est assez florissante pour acheter des encarts dans les annuaires professionnels nationaux et dans la presse quotidienne parisienne (L’Intransigeant, Le Matin, Le Journal, La Presse). Joseph Le Doncker est en outre conseiller et liquidateur judiciaire auprès des tribunaux de Rennes. Comme conseiller fiscal du « Syndicat des débitants de boissons, hôteliers, restaurateurs et logeurs en garnis de Rennes » et membre du « Comité républicain du Commerce, de l’Industrie et de l’Agriculture d’Ille-et-Vilaine », cet homme entretient aussi des liens étroits avec le tissu économique rennais. En somme, Joseph Le Doncker appartient à la bourgeoisie, voire à la grande bourgeoisie rennaise, tout comme le président du Stade rennais, Isidore Odorico.
59Sur le plan sportif, Joseph Le Doncker semble proche du patronage de Saint-Étienne. Cette proximité renvoie aux relations entre la Fédération des patronages et Jamet-Buffereau, lequel se targue d’être l’école de référence de la « Fédé63 ». Joseph Le Doncker est aussi lié avec le milieu cycliste puisque, en 1931, il devient vice-président du Véloce-Club de Rennes64.
60S’agissant des membres du comité de direction, le dénommé Couillard, premier rédacteur en chef du Billet et vice-président démissionnaire en 1933, est inspecteur de l’enregistrement au Trésor. Par ailleurs, parmi les membres du comité de 1933 : Triveiro est entrepreneur en bâtiments et travaux publics, Delalande est notaire et Colombel avocat et conseiller juridique du Club des supporters et du Stade rennais. En 1934, le trésorier du club, Jean Le Corvaisier, est fondé de pouvoir au Crédit lyonnais. Quoique très lacunaires, ces données révèlent une couleur socioprofessionnelle bourgeoise. On en retrouve l’expression dans d’autres informations livrées par Le Billet : en particulier que le club compte en ses rangs des lycéens, des étudiants et étudiantes, beaucoup « d’anciens étudiants65 », des médecins, des pharmaciens, des avocats, un notaire, des commerçants ; autant de profils renvoyant aux élites sociales.
61Deuxième indice permettant de parler d’une bourgeoisie dirigeante : les moyens et le temps libre dont disposent certains d’entre eux. En 1934, un des innombrables potins émaillant Le Billet rapporte qu’un supporter « communément appelé Bastien, Cousin, Pigeonneau, Barbe-d’Or ou Blanche Colombe » vient de rentrer d’un voyage entre Marseille et Menton, « suivant en cela ses habitudes touristiques66 ». Ce type de destination n’est ni à la portée de toutes les bourses ni à portée de temps – la révolution des congés payés et des vacances pour le plus grand nombre (1936) n’ayant pas encore eu lieu.
62Dans le même ordre d’idée, les déplacements en groupes sont inaccessibles à la plupart des bourses. Au printemps 1932 se profile un voyage en Tchécoslovaquie. Le SRUC doit y affronter le Slavia de Prague. Que propose le club ? Que les adhérents déboursent 1 000 francs pour s’offrir de « superbes vacances67 ». Si on la rapporte au revenu annuel d’une famille ouvrière (10 000 à 13 000 francs l’an dans un couple où seul l’homme travaille68), une telle dépense est interdite au commun des mortels ; d’autant que ce salaire recouvre de grandes disparités, celui des manœuvres en province pouvant être de 7 000 francs seulement. Considérons encore que la statistique publique donne cette moyenne pour les salaires masculins en 1933 : 10 171 francs69, les salariés de l’Ille-et-Vilaine étant un peu mieux lotis (10 296 francs). Bref, débourser 1 000 francs pour quelques jours de « vacances » suppose d’avoir de plus solides revenus. Nul doute : ce voyage, qui a effectivement lieu, est réservé à l’élite des supporters.
63De façon symptomatique, Le Billet ne se mobilise ni ne donne aucune information sur les déplacements d’un jour ou deux, peu éloignés, susceptibles de concerner des supporters moins aisés. En revanche, preuve qu’il réunit des membres prêts à payer cher leur passion, il révèle que le club organise de prohibitives pérégrinations méridionales. En mars 1933, l’une d’entre elles réunit quinze privilégiés. Tous frais compris, spiritueux exceptés, avec un hébergement dans de « bons hôtels moyens70 » et un périple en seconde classe, il leur en coûte 1 835 francs réglables à l’Agence Bourgeois (sic), située au rez-de-chaussée de l’immeuble abritant L’Ouest-Éclair, donc tout près du café de l’Europe. Leur circuit dure dix jours, avec ces étapes : le samedi, train de Rennes à Paris, puis Nîmes pour visiter les arènes et la Maison Carrée ; le dimanche, un autocar les dépose à Alès pour assister au match et les ramène à leur pension nîmoise ; le lundi, les excursions au Pont du Gard, à Avignon et Arles précèdent une courte jonction ferroviaire vers Marseille où l’on flâne en autocar le lendemain ; le mercredi est consacré à une escapade balnéaire : Bandol, Cassis, Hyères… ; le jeudi, on va de Marseille à Nice par la côte, avec des étapes touristiques à nouveau ; le vendredi et le samedi, diverses visites en pays niçois sont au programme ; le dimanche enfin, occupé par la découverte de Cannes et des îles Lérins, se clôt sur le match. Le lundi, les quinze élus remontent dans le train direction Paris. On imagine volontiers ce que, parmi la sociabilité stadiste la moins fortunée, ce voyage a pu aiguiser de fantasmes, de convoitise et de frustration. L’affiche est belle, digne de l’imaginaire du PLM. Toutefois, seuls quelques nantis peuvent s’y glisser. Or Le Billet n’y voit que normalité.
« La vie est belle et courte. Profitons-en. Il vaut mieux jouir un peu de ses économies plutôt que d’acheter des mines au Pérou ou des valeurs sans consistance. Un beau voyage rend heureux toute sa vie par le souvenir71. »
64D’autres voyages ont lieu vers Montpellier, Bordeaux, Marseille et Nice en 1933-1934, selon les mêmes principes, pour des prix difficilement accessibles pour le plus grand nombre, comme cette échappée de cinq jours vers Nice et Marseille, pour la coquette somme de 955 francs en seconde classe et 755 francs en troisième classe.
65Troisième indice invitant à parler de la bourgeoisie dirigeante du club : la tonalité culturelle du Billet et des rendez-vous de la sociabilité supporteriste hors du stade. Son bal, par exemple, n’a rien d’une guinguette. Donné à l’Hôtel de Ville, il se déroule dans une ambiance qu’on imagine volontiers feutrée, avec un public choisi, en présence des élus. Ici prend corps un usage bien plus caractéristique de l’entre-soi des élites que des pratiques festives populaires.
66Les invitations littéraires ou théâtrales du Billet tracent, elles aussi, les contours d’un monde de notables, de lettrés. Début 1935, le Cercle d’Art Rennais s’associe ainsi au club de supporters et au SRUC pour monter un gala « Art et Sport » au Royal. En fait de gala, il s’agit d’une pièce, Sur mon beau navire, digne d’une « belle comédie parisienne72 ». Elle narre des amours juvéniles vécus sur un paquebot voguant vers l’Amérique latine. À leur arrivée, les protagonistes sont pris dans une scène justifiant la venue sur les planches de joueurs du Stade et de supporters. Ils débarquent en effet au cœur d’une liesse sportive liée au retour, triomphal, d’une équipe de football victorieuse.
67Un paquebot, un voyage transatlantique, des rentiers voyageurs, un triomphe : de tels ressorts n’entrent pas a priori en résonance avec la culture populaire du sport, que ce soit au travers des refrains rugbystiques d’un Maurice Chevalier, des couplets catcheurs d’une Fréhel ou des élans tennistiques d’un Saint-Granier. Ils font bien plus songer à un ballet plus ou moins sportif, comme Jeux, mis en scène par les Ballets Russes en 1912 sur une musique de Claude Debussy73. À bien y penser aussi, les voyages vers les côtes azuréennes des supporters aisés rappellent le Train Bleu des mêmes Ballets Russes74. Bref, la création de Sur mon beau navire, dont les bénéfices vont au préventorium Rey, ne renvoie nullement à une culture qui serait ou se voudrait populaire.
68On s’étonne, par ailleurs, de ne pas trouver dans Le Billet de récits ou de souvenirs sportifs livrés en feuilleton. Cet usage est pourtant très répandu dans la presse. Une exception cependant : la publication, en 1934, d’un essai de Charles Coutelier, alors rédacteur en chef de Paris-Soir : « Pantagruel chez les joueurs de balle ». Ce texte, distingué par le Prix littéraire du football75, a des accents bouffonesques mais, au fond, il est assez aride. Du moins est-il pétri de références littéraires. Il n’est donc pas d’un abord facile pour le grand nombre, et cela renvoie de nouveau à une logique de connivence culturelle élitaire.
69Au final, on se représente une bourgeoisie supporteriste dirigeante regardant aimablement les « gâs de la butte ». On peut voir là l’expression d’une forme de paternalisme : l’élite organise, donne le la et appelle à la mobilisation, sans se confondre avec le peuple des supporters ni, manifestement, chercher à le faire. De manière symptomatique, les rédacteurs du Billet tendent d’ailleurs à valoriser les silhouettes de supporters et de joueurs incarnant une partisannerie éduquée, diplômée, réfléchie. Cette tendance s’exprime dans l’éloge récurrent d’Adolphe Touffait, jeune homme au double cursus : footballistique (qui l’amène jusqu’en équipe de France) et juridique (il devient avocat). Certes, les billettistes en appellent sans relâche aux Rennais, comme si soutenir le SRUC relevait d’une forme de salut public et local. Nonobstant, jamais ils n’œuvrent ouvertement ou nommément en faveur de la popularisation du supporterisme, ne serait-ce qu’en publiant des listes de supporters avec leurs patronymes et leurs métiers.
Supporters, supportrices : jamais assez…
70Autre question souvent sans réponse sur les clubs de supporters : combien fédèrent-ils d’adhérents ? Début 1932, celui de Rennes en réunit une centaine. Huit mois plus tard, à la veille de la première saison professionnelle, on ignore combien d’émules l’ont rejoint. En septembre, lors de la deuxième journée de championnat, Le Billet affirme qu’une « foule » de 3 000 spectateurs – « tour à tour grognons, patients ou fébriles, enthousiastes ou persifleurs76 » – a soutenu le SRUC, soit une belle affluence, surtout face à la redoutable concurrence, le même jour, du Circuit cycliste de l’Ouest. Cette évaluation est a priori fidèle à la réalité, puisque le Stade rennais livre volontiers ses données aux supporters, dont le nombre d’entrées au stade et celui des invitations. On ignore néanmoins combien de supporters encartés figurent parmi ces 3 000 spectateurs.
71Fin 1932, le club espère bientôt réunir 500 membres. Par la suite néanmoins, Le Billet se garde d’en livrer le nombre exact et son évolution. Est-ce pour masquer son insatisfaction ? Pour ménager l’idée d’une audience floue, rétrocédant aux supporters une influence qu’ils n’ont pas vraiment ? On peut le penser. Les rédacteurs du Billet ne cessent, en effet, de lancer cette prophétie en forme d’invocation : le club aura 1 000 adhérents si « chacun fait son devoir77 », c’est-à-dire recruter dans son entourage. Or cet objectif n’est jamais atteint. En juin 1933, les supporters sont toujours 500. Jusqu’à la fin de l’année, Le Billet ne cesse d’en appeler au sens des responsabilités des Rennais, tout en manœuvrant pour les séduire. Au printemps, les adhérents arpentent ainsi la ville pour vendre des « billets-surprise » à la population et exciter leur curiosité. Les ventes sont décevantes. La « campagne » échoue. Le Billet publie aussi des scènes de supporterisme ayant pour but à peu près certain d’arrondir l’image du supporter, de la normaliser. C’est le cas lorsqu’une de ses plumes s’extasie, presque émue, devant la horde des partisans en culottes courtes, les « mômes » du stade78. De même, c’est le cas lorsqu’une autre plume peint des tribunes policées et passionnées, peut-être pour vaincre la perplexité, voire la réticence des Rennais à venir au stade, en leur montrant un public respectable, au sens propre comme au sens figuré.
« Venez au stade de bonne heure. Vous y apercevrez au milieu de la première tribune un fidèle, grand, portant lorgnon […], une jeune fille passionnée de football, qui ne rate jamais un match. Elle fait de la procédure à la Cour. Plus en bas, mais plus rarement, un armurier bien connu, engoncé dans son pardessus. […] Avec lui son ami docteur à Rennes, qui mâchonne sa cravate au point de ne plus en avoir ou peu s’en faut à la fin de la partie. Plus loin encore, un monsieur de la cinquantaine qui retourne la tête quand les buts sont menacés79. »
72« Unissons-nous pour être forts », lit-on encore dans Le Billet en décembre 1933. Ici et là, l’organe met aussi en valeur le supporterisme féminin, comme s’il pouvait être un biais pour la croissance du club.
73En 1934, une centaine de nouveaux adhérents est revendiquée. Avec ces 500 à 600 adhérents, un seuil de développement semble être atteint, au grand dam des dirigeants. Fin 1934, Jos Guihéry, une des figures du football brestois, ironise d’ailleurs sur leur prétention, car avec 500 adhérents, dit-il, ils font pâle figure face aux 2 000 supporters rouennais encartés. De fait, si on accrédite les estimations de Jos Guihéry, avec 0,5 % des Rennais réunis en son sein, le club est loin de son homologue normand (1,6 %). Qu’importe. Derrière Joseph Le Doncker, les rédacteurs du Billet restent mobilisés et, fin 1934, ils rêvent encore.
« Quand on est supporter, on doit avoir à cœur de recruter souvent, de nombreux adhérents, plus nombreux nous serons, plus nos joueurs nous gâterons et les clubs ennemis pâliront de jalousie80. »
74Début 1935, dans les derniers numéros du Billet, les appels se poursuivent, signe d’une quête aussi vaine qu’inlassable. La greffe supporteriste prend donc à Rennes, mais sans combler les espoirs des fondateurs du club. Leur frustration, palpable, est celle de passionnés – de gestionnaires aussi, car cette situation pèse sur la trésorerie, les obligeant à faire du Billet du supporter un mensuel payant.
Le football, cœur d’une religion omnisports
75La passion des supporters est d’abord footballistique. Nonobstant, l’adoration des « brillantes phalanges de footballeurs81 » n’interdit pas la défense de tous les sports, surtout ceux qu’on pratique au Stade rennais. Sa racine mère, athlétique, a en effet donné plusieurs drageons : football, rugby et hockey avant 1914, basket après-guerre. Le Billet est l’héritier de cette culture omnisports. Ses rédacteurs parlent donc ordinairement d’athlétisme, de basket, à chaque fois pour vanter l’excellence stadiste.
76Ainsi, un long compte rendu de 1933 détaille l’emprise de la section athlétique au plan régional : victoires dans les challenges Delarue, Hill et Linthier-Chaulin-Servinière (tous à Rennes), des Cinq Provinces de L’Ouest-Éclair (Le Mans), de la Ville de Redon, du Relai L’Ouest-Éclair (Bretagne), du Challenge armoricain du Nouvelliste de Bretagne. Pour faire bonne mesure, on décompte les succès du Stade rennais aux championnats de Bretagne.
77Autre illustration : la très galante promotion des basketteuses-athlètesses. Fin 1933, Le Billet encense les « gentilles Bruyères », imbattables au panier et sur la cendrée. « Infatigables », sitôt la saison terminée et « avec brio », elles brillent aux championnats de Bretagne d’athlétisme et lors des championnats de France (première équipe de province) tout en régnant sur les concours de Loudéac, de Dinan, et en ne dédaignant pas de participer à des concours de gymnastique. Au-delà de cette bonne fortune sportive, leur polyvalence et leur grâce admirables leur valent aussi de concevoir des « ballets sportifs » constituant le clou du bal annuel des supporters.
78On pourrait multiplier les illustrations en parlant de hockey (le SRUC s’y montre, bien sûr, « digne de l’équipe de football82 ») ou des championnats de France des Sourds et Muets (en 1933, le stadiste René Lepannetier s’y illustre). S’ils n’en font pas une règle, les Billetistes s’appliquent également, de temps à autre, à louer les vertus des clubs locaux, les assurant de leur soutien, comme le Véloce-Club rennais… dont Joseph Le Doncker est vice-président. Une affaire de famille en somme. Reste que le supporter du Stade rennais est, d’abord, un adorateur du football.
Le « Vieux Stade » envers et contre tous : péripéties et faits divers
79 Le Billet se repaît d’anecdotes sur le quotidien des footballeurs stadistes, professionnels en tête. Il est truffé de potins et de faits divers livrés dans différentes rubriques : « Considérations », « On dit que… », « Nos Deuils », « Tableau d’honneur », etc. Maints échos y incarnent le désir de donner corps à l’entraide et à la fierté stadistes. Un supporter ouvre une pharmacie ? On lui prodigue des vœux de réussite. Un autre reçoit la médaille de l’éducation physique ? On s’en réjouit. Un couple d’étudiants-supporters dépose ses bans de mariage ? On lui souhaite une belle noce. Le « sympathique83 » président passe son été à Saint-Cast ? On en dit quelques mots aimables, en notant sa participation à des concours de natation et de canotage. Un membre de l’équipe professionnelle, Bonneville, est piqué de voile ? On le campe à Port-Blanc, dans les Côtes-du-Nord, naviguant face à la côte de granit rose.
80L’équipe première retient l’essentiel de cette attention très fait-diversière, sous des prétextes laissant parfois pantois. En décembre 1932, de retour de Bordeaux, ses joueurs ramènent une bourriche d’huîtres de Marennes qu’ils abandonnent sur le radiateur de leur compartiment. On badine sur leur mémoire défaillante et on loue leur présence d’esprit : ils ont eu le réflexe de ne pas déguster les bivalves avariés. Plus communément, un carnet matrimonial annonce fiançailles, mariages (les épouses sont toujours de « charmantes » supportrices) et naissances. Au titre des voyages, on relate aussi les périples des équipiers étrangers, comme ceux des Tchèques appelés sous les drapeaux.
81Ce catalogue anecdotique est enrichi par une myriade d’annonces et de résultats : matches de jeunes, de vétérans, de supporters ; informations sur les blessures des joueurs ou leur état de forme ; calendrier des matches de Coupe et de championnats ; menus travaux effectués au stade. S’y ajoutent des informations sur le football breton portant entre autres sur les résultats et la vie des équipes, sur les actions des supporters (comme ces 75 Morlaisiens cautionnant leur club à hauteur de 1 000 francs chacun pour tenter l’aventure professionnelle).
82Un dernier domaine, aux allures de recueil critique, complète cet ensemble : sur un ton partagé entre mépris et goguenardise, on y sermonne les réfractaires et les grincheux, comme ce Rennais pointilleux demandant que le Stade cesse de se dire « universitaire » puisqu’il est devenu professionnel ou comme ce professeur de lycée exigeant de ses élèves qu’ils disent « balle au pied » plutôt que « football ».
Loyal et râleur
83Ce type de bavardage occupe donc une place importante dans Le Billet, révélant une dévotion et un orgueil faisant miel de tout ce qui a trait au club. Néanmoins, le cœur du fanatisme stadiste, le nerf de la guerre, bat d’abord au rythme du football des « pros », auxquels on promet sans relâche la plus belle destinée. Ce tropisme justifie une avalanche de réflexions, d’espoirs et de conjectures sur les résultats passés et à venir. Il justifie aussi de définir le comportement du bon supporter, du moins de dire son tempérament : il ne peut être qu’entier et digne du « projet extravagant84 » consistant à imaginer le Stade au sommet du football français. Extravagance de la passion sportive. Extravagance d’un rêve de sacre. Extravagance liée, aussi, on le verra, à un esprit rebelle et régionaliste renforcé par une fibre très anti-centraliste. Pour toutes ces raisons, le supporter rennais ne peut être que « râleur ». S’il aime les joueurs, il leur rappellera toujours, comme aux dirigeants, leurs devoirs. En échange de son fidèle compagnonnage, il s’arroge un droit inaliénable d’inventaire et de critique.
« Mais oui, on nous appelle parfois les “râleurs”. C’est parce que, après nous avoir créés et lancés dans la bataille sportive, certains voudraient notre perte que nous nous sommes défendus. Parce que nous n’avons pas voulu exécuter les corvées demandées par quelques-uns, c’est-à-dire la suppression du rugby, de basket, d’athlétisme, de hockey, etc. Parce que nous avons dit qu’il fallait de l’ordre dans la maison du Stade. Que la comptabilité devrait être mieux soignée. […] Qu’il y a des joueurs qui manquaient de sérieux, ou de poids, ou de technique. Que les conditions de voyage devraient être améliorées. Que le fisc est trop gourmand […]. Que le pourcentage de la Ligue ne se justifie pas […]. Que le Midi était toujours favorisé. Qu’il fallait une fédération autonome de clubs pros. Que l’arbitrage est nettement insuffisant. Que les commerçants rennais n’avaient pas pour le Stade les égards que méritait celui-ci en raison des avantages pécuniaires qu’ils en retirent. […] Mais oui, parce que nous voudrions que notre Stade, que nous aimons toujours plus beau […]. Que les vrais stadistes sachent bien qui nous sommes et que nous voulons précisément séparer le bon grain de l’ivraie. Allons, serrez-vous, vrais stadistes, autour de votre fanion or-rouge et noir, et portez votre insigne85. »
84Ces lignes révèlent la plupart des sujets contrariant les supporters : gestion interne du club, tentation de vouer le SRUC au seul football, taxes excessives sur le spectacle sportif, avantages supposément donnés aux Méridionaux par la « 3FA », arbitrage défaillant, manque de considération des Rennais pour leur club. Nous reviendrons sur l’ensemble de ces points.
85Les supporters affichent donc une liberté de ton très ferme. En 1935, l’éditorialiste du Billet continue à bousculer le milieu pour l’arracher à son « apathie », pour convaincre les réticents de rejoindre « la grande Phalange » des partisans du Stade, dont les rivaux « reconnaissent » eux-mêmes les « efforts86 ».
86Ce droit à la mauvaise humeur, très rhétorique, se traduit-il en débordements au stade ? Si la chose advient, Le Billet se garde de le dire. Un tabou ? Force est de le croire. En octobre 1932, on y déplore l’impulsivité de certains supporters de la « butte », ayant envahi le terrain lors d’un match amical de piètre qualité. On les enjoint à la retenue, à « montrer l’exemple87 ». On leur trouve néanmoins des circonstances atténuantes : d’une part, avec des palissades le long du terrain, ils n’auraient pas pu accéder à la pelouse – or elles n’existent pas… ; d’autre part, ils soutenaient leur équipe sous une « pluie d’enfer » et leur assaut sur le ground visait surtout à chercher l’abri des tribunes, sur le côté opposé du terrain. Bref, Le Billet professe que le supporter rennais, s’il doit encore faire l’apprentissage de la « défaite », a le droit d’être débordé par ses émotions. Aussi ne peut-on lui reprocher tout à fait d’être « rouspéteur ». L’indulgence est de mise pour le Club des supporters. Les priorités et le rejet du laxisme sont ailleurs. Ainsi en va-t-il de la rigidité sur certains devoirs quasi-contractuels, à commencer par le port de l’insigne de supporter, dont les rédacteurs du Billet affirment sans ciller qu’il est capital, parce qu’il crée une « atmosphère de sympathie réelle » profitable au club et aux joueurs88.
87S’ils sont parfois semoncés, les supporters le sont donc moins en raison de leur comportement qu’à cause de leur degré de mobilisation ou de leur infidélité. Début 1933, un coiffeur, ex-membre du comité de direction du Club des supporters, et deux de ses amis exigent le remboursement de leur billet après avoir suivi un match qu’ils ont jugé calamiteux. Le Billet dénonce leur inconséquence. Ces trois-là, juge-t-il, feraient mieux de reprendre leur bâton de pèlerin pour convaincre d’autres Rennais de soutenir les Stadistes, en toutes circonstances. Ils méritent d’être « mis à l’index89 ».
88Fin 1933, Le Billet estime toujours que les supporters ne se démènent pas assez pour vendre des billets-surprises aux Rennais. Il juge qu’ils sont trop peu nombreux à faire les déplacements vers le Midi et, pire, les sauts de puce jusqu’à Saint-Malo, vieux rival, car c’est en escortant son équipe fétiche et en « souffrant90 » pour elle qu’un « bon supporter sportif91 » se révèle et s’illustre. Les « Commandements du supporter » édictés fin 1933 retraduisent cette philosophie, en étant cependant assez mensongers sur la question de l’impartialité et du respect de l’arbitre, ce qu’on verra plus loin.
Ton club tu aimeras dévotement
Et ne diras du mal aucunement
Dirigeants, tu aideras utilement
Et encourageras très fortement.
Les joueurs tu soutiendras moralement
Et aussi quelquefois financièrement
Les commerçants rennais sermonneras doucement
Et amèneras à donner généreusement.
Pour faire vivre ton club longuement
Seras toujours au match le plus souvent
Et beaucoup d’amis amèneras régulièrement.
Beau jeu applaudiras impartialement
Et arbitres à la page respecteras également
Déplacements de ton club tu feras fréquemment
Et toujours couleurs arboreras fièrement.
Le Billet du supporter tu liras mensuellement
Et collection complète feras fidèlement
Supportrices et supporters recruteras gaiement
Et tout en cœur vivrons amoureusement92.
89Malgré ces commandements vantant l’impartialité et le fair-play rennais, les usages des supporters ne sont pas toujours bien reçus et perçus par les clubs bretons – du moins si l’on en croit le Brestois Jos Guihéry. En 1934, alors qu’il tente d’unir les supporters finistériens du Stade armoricain, le fondateur de l’US brestoise (en 1905), publie une lettre dans Le Billet. Il y dit que les règles du supporterisme sont élémentaires et peu nombreuses : encourager et épauler l’équipe et le club. Il dénonce les pratiques rennaises, surtout le désir de « supplanter » le SRUC dans certaines décisions, de peser sur sa vie interne en usant de mauvaise foi, voire de « subterfuges ». Son courrier bascule ensuite dans la vindicte : à force de sectarisme et d’orgueil, explique-t-il, le club des supporters rennais plafonne à 500 membres93. La réponse ne tarde pas – ou, devrait-on dire : la rédaction du Billet publie le Brestois pour mieux contredire ses allégations. Joseph Le Doncker prend la plume. Après avoir feint un angélisme en forme de raillerie – mais qui a bien pu « tuyauter » Jos Guihéry ? –, il réfute tout en bloc, jurant que son club est un modèle94.
90En clair, le supporter stadiste n’a que cinq obligations : être à jour de sa cotisation, porter son insigne, recruter de nouveaux adeptes, accompagner l’équipe dans ses déplacements, être fidèle au club. La question de sa bonne conduite est une affaire secondaire, négligée, voire négligeable. L’essentiel tient dans sa liberté de jugement et dans sa loyauté, râleuse au besoin, vis-à-vis du club et de ses compagnons de route.
91Pour le reste, les débats internes sur le comportement des supporters les plus agités ou jugés infidèles nous échappent. L’article des statuts prévoyant des « exclusions » pour « conduite incompatible » n’est jamais envisagé dans Le Billet, sinon dans le cas de la mise au ban du coiffeur et de ses acolytes. Un parti pris ? On peut le penser. En effet, comme dans maintes amicales du même type, une règle cardinale consiste à « resserrer les liens de camaraderie » entre affidés et pas à faire étalage de dissensions internes ou d’exclusions.
Cotillons, voyages, folklore et refrains
92Si on admet que Le Billet des supporters note la plupart des rendez-vous ayant vocation à fortifier et vivifier la sociabilité supporteriste, hormis les matches à domicile et à l’extérieur, alors ils ne sont pas légion. Deux temps forts seulement ponctuent l’année : d’une part, l’Assemblée générale et, d’autre part, le « bal-cotillon […] annuel » donné à l’Hôtel de Ville. Ce dernier est le seul raout du club. Le premier se déroule en février 1933. Le Billet lui fait force publicité. On incite les membres à renouveler leur carte – elle vaut invitation à la soirée – et à convaincre leurs proches qu’en prenant la leur, ils vivront une expérience mémorable, marquée par la « cordialité », la « joie », « l’entrain » et la gastronomie – le buffet promettant d’être « délicat et copieux95 ».
93À l’évidence, les usages de la bourgeoisie dirigeante dominent l’ordre des réjouissances. À Rennes, pas de bal populaire, pas de kermesse pour fêter la fin de saison ; et on peut légitiment douter que les « gâs de la butte » fréquentent en nombre le « bal-cotillon ». Ont-ils leurs propres usages festifs et de loisirs communs ? On l’ignore. Un pan entier de leur vie de supporter nous échappe donc. Sont-ils partie prenante dans les matches « de gala » qui, en 1933, opposent l’équipe des supporters à des onze composés de membres de la LOFA, de lycéens, de journalistes ? Là encore, on ne peut pas répondre. Participent-ils au concours de photographie de 1934 ? Sachant que la pratique de la photo s’est démocratisée depuis la Grande Guerre, leur participation est plausible. Rien ne permet cependant de l’accréditer.
94Ici ressort donc l’impression d’élitisme déjà révélée par le coût des voyages vers le Midi. Seuls quelques happy few peuvent s’offrir ces temps privilégiés d’entre-soi touristique et partisan. Lorsque les destinations sont lointaines, seuls des groupuscules avalent les kilomètres. En septembre 1932, pour le premier match pro du SRUC, un petit groupe débarque à la gare de Metz-Ville, à peine élargi par le renfort de quelques compatriotes rennais et bretons expatriés en Moselle. De fait, la position excentrée de Rennes dans le championnat ne favorise pas les déplacements. Cela engendre de l’insatisfaction, une vive animosité contre le Midi et contre une compétition n’équilibrant pas les forces entre points cardinaux. De fait, en 1932-1933, lors de la première saison professionnelle, seuls trois clubs parisiens engagés dans les deux poules du championnat – le Racing Club, le Club français et le CA Paris – sont à portée économique tolérable pour le supporter ordinaire. Quant au reste, dans la poule B, celle du Stade, Antibes, Cannes, Sochaux, Montpellier, Fives, Metz et Alès sont situés en moyenne à 664 kilomètres de Rennes à vol d’oiseau. En 1933-1934, dans l’unique poule à 14 clubs : deux sont situés à 350 kilomètres (Paris), trois à 450 kilomètres et plus (Fives, Lilles et Roubaix), tous les autres sont au-delà des 600 kilomètres avec, pour points extrêmes, Nice, Antibes et Cannes. Vers ce Sud aussi séduisant qu’éloigné, les périples réunissent au mieux une quinzaine d’individus aux solides revenus.
95Dans le cadre du championnat, seules les plus proches destinations drainent des supporters, le plus souvent en petit nombre. Fin 1932, dix d’entre eux seulement rejoignent Paris pour regretter, amers, la défaite des leurs face au Red Star. En 1933, pour 150 francs, l’agence Bourgeois propose un départ très matinal pour un « voyage merveilleux96 » dans des wagons réservés, avec déjeuner au compartiment restaurant, navette Montparnasse-Colombes en autocar, match contre le Racing Club, et retour de nuit. Quoique plus accessible que les escapades azuréennes, ce raid ne mobilise, semble-t-il, qu’une quinzaine de personnes, là encore épaulées à leur arrivée dans la capitale par des Rennais et des Bretons de Paris.
96Jusqu’en 1935, les matchs de championnat à l’extérieur semblent donc mobiliser, au mieux, quelques dizaines de supporters et supportrices. Lorsqu’ils entonnent leurs refrains, ils se bercent donc d’illusions sur leur propre aptitude à être les commis voyageurs du Stade rennais.
De Rennes à Montpellier,
On doit l’accompagner,
Et tout couverts de gloire,
En rapporter la victoire97.
97Avec son système d’élimination partant des régions, la Coupe de France permet de plus franches migrations. Lors de l’édition 1933, les quatre premiers tours du SRUC se jouent à Brest, Rennes et Bruges (Gironde), puis de nouveau à Rennes, avant un huitième de finale contre Antibes (à Alès). Ce dernier complique évidemment la donne pour les éventuels voyageurs. Il met du reste fin à l’aventure. En 1934, le tirage est moins favorable. Seul le 32e de finale, contre le Stade morlaisien, est à portée de temps et d’argent, les tours suivants étant joués à Lyon, Bordeaux, Paris et Strasbourg. L’année 1935 est plus généreuse, avec deux étapes à Rennes et, surtout, la finale à Paris. À cette date toutefois, Le Billet a disparu, nous laissant orphelin d’informations, et la presse nationale ne donne pas une estimation du nombre de supporters bretons présents à Colombes. L’Ouest-Éclair souligne juste qu’un large flot de partisans a engorgé la gare de Rennes au matin du match et qu’on a surtout écouté la retransmission du match à la TSF, à l’unisson des « supporters […] de Colombes98 ». En somme, à la différence des clubs du Nord et, dans une moindre mesure, du Sud aisé (plus azuréen que languedocien), le SRUC n’est pas accompagné par des légions de suiveurs. Le supporterisme rennais prend surtout corps in situ, au stade et au café de l’Europe où on lit la presse, où on écoute la radio.
98À domicile comme à l’extérieur, les supporters déploient leur folklore vestimentaire, comportemental et vocal. Lors de la finale de la Coupe de France 1935, L’Ouest-Éclair décrit sommairement leur accoutrement : un béret aux couleurs du club, une « cravate rouge et noire » et un « flot de rubans à la boutonnière99 ». Ce n’est qu’une partie de la tenue stadiste. Au départ, le seul signe distinctif est l’insigne à porter au revers. Les 3 000 exemplaires de ce colifichet frappés en 1932 sont d’ailleurs sur le point d’être épuisés fin 1934. Par la suite, une véritable garde-robe voit le jour : parures noires et rouges, déjà revêtues dans les années 1920, chapeaux spéciaux vendus par la maison Gueuvet, cravates bicolores, casquettes et écharpes distinctives. En 1933, l’arrivée espérée de deux Écossais (Philip Mac Cloy et James Mac Crea, le second n’étant finalement pas adoubé par la fédération) justifie l’association du tartan – le tissu des kilts – et d’étoffes mariant rouge, noir et doré. Au-delà des costumes, merchandising avant l’heure, le club et d’ingénieux commerçants vendent du cirage, des gâteaux, des rasoirs et même du parfum aux couleurs stadistes.
99Au stade et sur ces abords, les supporters stadistes se font repérer à leur tapage. Crécelles, trompes de voitures et pistons s’y fondent dans le tohu-bohu. De ce grand remue-ménage sonore jaillissent les vivats et les applaudissements. Ces manifestations identitaires engagent aussi la chorale (organisée) ou le chœur (plus informel) des supporters : ils entonnent des chants traditionnels (La Paimpolaise), des chants militaires (Les Gars de la marine) et des hymnes conçus par le club. Au début de la saison 1934-1935, les rédacteurs du Billet conçoivent ainsi cinq couplets glorifiant le Stade et un refrain vantant un stadiste bonhomme.
Voilà les supporters du Stade,
Bons amis, joyeux garçons,
Boute-en-train, gais compagnons,
Nous sommes tous des camarades,
Avec plaisir toujours nous nous retrouvons.
Nous échangeons quelques boutades,
Qui restent toujours dans le meilleur ton !
C’est nous les supporters du Stade,
Bons amis, joyeux garçons,
Boute-en-train, gais compagnons100.
Au café de l’Europe : le supporter « sur le vif »
100Ces « boute-en-train » et « gais compagnons » fréquentent assidûment le café de l’Europe. Le Billet leur consacre plusieurs articles dans une rubrique, « Sur le vif », dont l’intitulé révèle explicitement la volonté de camper les supporters dans leur quotidien, de donner corps à leurs excitations, leurs espoirs, leurs inquiétudes parfois, à leurs déceptions vécues de manière viscérale.
« Café de l’Europe, 17 heures… De la demi-obscurité d’un soir pluvieux et triste, le ciré boutonné, le chapeau sur les yeux, émergeant de petits groupes, les fervents du football. […] La salle est presque comble… Les places se font rares… L’arrivant n’en a cure. Il connaît les ressources de l’établissement et confiant en son étoile autant qu’en l’ingéniosité des accortes propriétaires, il remet à plus tard le soin de se caser. Obliquant vers le fond de la salle, il arrive en trois pas au tableau d’affichage où son regard l’a déjà devancé. Hélas, seuls sont connus quelques résultats acquis par les clubs de la Ligue… L’héroïque Saint-Magloire a battu la TA, la puritaine ASV a eu raison de Laval… Qu’importe ! […] Ah qu’importent les rencontres de district ou d’honneur ! Fi des compétitions régionales ! Ce que cette foule cherche […] ce sont [les résultats] du championnat professionnel, cette lutte farouche, sans merci. […] Le résultat se fait attendre. De toutes parts on s’interroge […]. Déjà les pessimistes interprètent le retard de transmission comme un signe de défaite ; les plus optimistes n’osent clamer leur foi en la victoire ; tant d’impondérables, hélas, peuvent survenir dans une compétition aussi serrée. Et soudain la terrible nouvelle… Le vieux Stade est vaincu… Le score : 6 buts à 2 ! C’est l’effondrement… L’air las, désespéré, sans un mot, le sportif vide son verre, paie, se lève et s’en va101… »
101Camper le supporter au café de l’Europe, c’est aussi dire son calme, voire son flegme. S’il est singulier, c’est mieux encore, à l’image du « professeur Picelli », figure centrale de la sociabilité partisane, dont le stadisme invétéré n’a d’égal que son art de la manille, qu’il transmet volontiers. Grâce aux jeux de cartes, on passe du temps ensemble, on resserre les liens de camaraderie. Les cartes sont salvatrices aussi : le temps d’une partie, on s’abstrait de l’angoissante attente des résultats.
« Qui ne connaît désormais le sympathique Picelli qu’on nomme aussi “Le Professeur”. Il est natif de Puget-Théniers102, mais a un peu de sang marseillais dans les veines. Pour bien le connaître, il faut l’avoir observé au café de l’Europe, à la “coinchée” et, surtout, l’avoir discrètement écouté. »
102Le sympathique et implacable Picelli bat toujours ses adversaires. On ne lui en tient pas rigueur, car sa science des cartes n’a rien à envier à sa science du football. Alors on s’attarde au café de l’Europe, chez soi en somme, on écoute Picelli, et on se charge de cette nécessité première : être un bon supporter.
« Il est minuit. Picelli, que chacun aime et admire, fait toujours son cours de manille. On écoute religieusement ses conseils. Minuit et demi et on se quitte en se promettant le lendemain de se conduire en disciples fidèles et obéissants103. »
Entre supporterisme et activisme
103Si la lecture du Billet entrouvre la porte sur le quotidien des supporters, elle est plus éclairante sur leurs objectifs et leur stratégie.
Éduquer le spectateur
104Une des principales missions du Billet consiste à éduquer les supporters et les Rennais, jugés trop ignorants des arcanes sportifs. Trois réflexions et principes à la fois justifient cette mission. D’abord, le vrai, le bon supporter doit apprécier le football en spécialiste. Ensuite, la masse des spectateurs, comprenant trop peu « d’initiés aux finesses » du jeu, « constitue une majorité profane104 » qu’il faut sensibiliser et instruire. C’est la condition pour qu’elle apprécie pleinement les prouesses du Stade et se convertisse au supporterisme, cessant alors de consommer le football. Troisième point : cette éducation est d’autant plus urgente que, si on regarde l’exemple de la boxe, l’inconsistance du spectateur peut devenir inconstance ; elle doit donc permettre de le fidéliser et d’éviter une crise de fréquentation du stade défavorable, voire fatale, au Stade rennais.
105Aussi Le Billet a-t-il à certains égards des allures de manuel. On y éclaire les lecteurs sur ce qu’est le goal-average, ses avantages, ses inconvénients. On leur explique l’art du dribbling, de la passe et du jeu de tête, du démarquage, de la touche, les modalités de chronométrage d’un match. On y détaille le statut et les missions de l’arbitre, jusqu’à décliner ses 29 barèmes de rémunération. Exercice plus incertain : l’ancien international Louis Finot parle de « l’intervention de l’esprit » dans le jeu, c’est-à-dire un sens inné étant plutôt l’affaire de joueurs « d’intelligence moyenne », mais doués de « qualités mentales très supérieures105 », etc.
106 Le Billet protège aussi ses lecteurs des fausses rumeurs : non, un blessé en cours de match n’est pas remplaçable par un membre de l’équipe adverse ; oui, les équipes professionnelles peuvent compter des amateurs en leurs rangs ; non, en Coupe de France une équipe n’est pas limitée à trois joueurs étrangers, mais quatre, etc.
107Cette éducation du spectateur justifie encore de parler de la responsabilité juridique des dirigeants de club, des assurances et du football, du droit sur les accidents du travail…
108 Le Billet publie enfin une série d’essais sur les cultures footballistiques, jugeant que le supporter doit être au fait des rapports entre types de jeu et « races ». On lui présente en particulier le football britannique, modèle ultime : avec l’Anglais, « maître de la tactique » ; l’Écossais, sobre, athlétique, solide et « premier joueur du monde » ; le Gallois, « rude », « têtu » et « vivace », ambassadeur des « mineurs de Cardiff » dont la « belle mécanique » vaut celle des rugbymen ; l’Irlandais enfin, « productif et ordonné », avant tout « agréable ». D’autres footballs sont portraiturés, comme celui des Hongrois, « facile », fluide, coopératif et « élégant106 ».
Soutenir et aiguillonner les joueurs
109 Le Billet s’évertue également à épauler et critiquer les joueurs. Ils sont d’abord présentés comme des amis, la famille. Sur eux tombe souvent une pluie d’éloges. Tous les signes de dévotion sont bienvenus, à l’image d’un poème dédié par une supportrice à Julot, « bon cœur », « mauvais caractère » et « très bon Mousquetaire107 ».
110Principe cardinal : toujours soutenir les joueurs. Édouard Monoré est souffrant ? On lui maintient la confiance, il reviendra. Olivier Brard, blessé, est indisponible deux mois ? On lui remet le fruit d’une collecte. L’entraide est une valeur majeure. Les supporters font corps avec les joueurs. En 1934, le journaliste sportif parisien Mario Brun donne un article au Billet où il met en exergue cette fraternité. Après avoir tressé les louanges de « l’infortuné » Wolweiller, « cruellement blessé sur le ground de Nîmes », il raconte sa prise charge par les supporters, lors du match suivant, à Rennes, grâce à une quête géante. « Ça c’est de la confraternité, de la bonne camaraderie ou je ne m’y connais guère108 », conclut-il.
111En retour, les rédacteurs du Billet estiment que les joueurs doivent voir les supporters « comme des amis », et ils espèrent « qu’il en sera toujours ainsi109 ».
112Bref, célébration, encouragements et solidarité cheminent d’un même pas. Il faut y ajouter la confiance, lorsque l’épreuve du terrain l’appelle.
« Nous nous faisons un devoir de féliciter les joueurs du SRUC pour le beau redressement qu’ils ont opéré et pour les belles émotions qu’ils nous ont causées. L’ardeur, la combativité, l’amour de leurs couleurs ont déjà trouvé leur récompense. L’ovation qu’ils ont reçue du public à chaque rencontre prouve combien ils sont aimés et combien on sait apprécier leur courage. Qu’ils soient assurés que chaque fois qu’ils défendront les chances avec le cran dont ils ont fait preuve, ils seront encouragés, même si le jeu leur est contraire. […] On trouvera peut-être que nous encensons exagérément notre équipe mais nous exprimons […] ce que nous pensons, et nous sommes convaincus que nous continuerons longtemps à lui adresser des louanges110. »
113Revers de ce contrat de confiance réciproque : les supporters refusent la démotivation, le manque de préparation des joueurs, parfois les habitudes de vie qui les éloignent de leurs obligations footballistiques (aller au café, danser…). Sans doute trouve-t-on là l’expression du respect, à la lettre, des obligations de joueurs désormais professionnels111. Au début du championnat 1932-1933, un rédacteur dresse ainsi un premier bilan dans « Nos joueurs », une rubrique constituée de dix-neuf arrêts sur image pour autant d’équipiers. Il y distille félicitations et critiques, conseils et prédictions.
« Poujol est un joueur qui contrôle bien sa balle et shoote, mais il manque de vitesse et semble aussi manquer de cran. […] Kaiser revient en grande forme […] Vaillant est un ailier droit fin dribbleur de première valeur et pourrait faire un international titulaire. […] Boucek est un demi-centre parfait, mais qui devrait un peu oublier la moto au profit du ballon. […] Mrazek est le plus grand arrière que nous ayons eu au Stade Rennais, sa sûreté et son sang-froid font beaucoup pour le moral de l’équipe. […] Leprince est toujours le rapide ailier bien connu. […] Simeon Beliard s’entraîne à maigrir pour retrouver sa belle forme112. »
114Ce type d’exercice devient statutaire : le joueur signe un pacte avec le club et ses supporters. S’il ne le respecte pas, l’équipe perdra et les recettes diminueront, causant la perte du Stade rennais. Il doit donc toujours être « en forme », faire le « métier113 » et… suivre les conseils du Billet.
Aimer ses couleurs
Écouter les conseils de vos anciens
Estimer vos adversaires
Ne jamais se décourager
Admettre la défaite
Avoir le triomphe modeste
Jouer loyalement
Écouter le capitaine de l’Équipe et obéir114.
115Les rédacteurs ne se lassent donc pas d’aiguillonner, voire d’admonester les footballeurs. Ils leur distillent des conseils techniques, psychologiques aussi, avançant à maintes reprises qu’un bon « moral » est la condition du « feu sacré », de « la volonté de vaincre » et, en conséquence, de « performances méritantes115 ». Ils s’immiscent jusque dans leur vie privée, appelant leurs épouses à proscrire les ébats amoureux la veille des matches.
116Fin 1933, Le Billet change cependant de stratégie. Un match perdu contre Rouen sert de déclencheur. La rédaction fait un mea culpa et change de pied : trop parler des joueurs, entre réprimande et flatterie, les gêne et pèse sur leurs performances. Il convient donc de ne point « trop les féliciter », car alors ils se croient « indispensables ». Sont-ils des modèles de « modestie » ? Non, ils doivent savoir que « personne n’est indispensable ! ». Néanmoins, le leur dire trop souvent les déconcentre. Dès lors, on se soucie moins de leurs qualités, de leurs travers, de leurs errances. Le Billet insiste désormais sur l’appât du gain. Il leur fait miroiter les « cagnottes d’encouragement116 » réunies par les supporters et données en cas de victoire ; et il leur renouvelle souvent, ce soutien de principe : « Tout va parfaitement. Les joueurs sont unis plus que jamais, tous ont à cœur de s’imposer. Faisons-leur confiance, car la confiance est la reine des batailles117. »
« Rayon entraîneur »
117 Le Billet discute également la méthode et la stratégie de l’entraîneur. Il distille ses jugements en forme d’exhortations complaisantes dans une rubrique ad hoc : « Rayon entraîneur ». On y rejette souvent la composition des équipes, la distribution des postes selon les aptitudes des joueurs. On y exige des repositionnements de match en match. On y invite le coach à faire retravailler la touche, déficiente. On lui enjoint d’inciter les joueurs à plus d’audace : il faut « partir à fond dès le début, marquer avant l’adversaire », ce qui « donne du moral » et constitue le « secret de la victoire118 ! » Cet avis renvoie au goût des habitués du café de l’Europe pour le kick and run, proche du « rush des rugbymen », qu’on peut heureusement associer à un football « scientifique119 ». La préparation est un autre dossier brûlant. Le Billet l’estime trop peu exigeante. Il livre ses bons conseils : un joueur doit avoir « un cœur sain, des poumons sains », de « bonnes jambes », être « souple » ; cela s’acquiert par « la marche, la course, la gymnastique, le basket, le saut, l’escrime, le tennis » ; en somme, il n’est pas possible de jouer en « amateur […] une heure par-ci par-là » pour mettre l’équipe professionnelle en ordre de bataille120.
118Cette propension à conseiller est si prégnante que les rédacteurs vont jusqu’à livrer leurs vues sur l’art de motiver, de « donner le moral » à l’équipe de France121. Mais cette tendance décline fin 1933, avant un tournant plus net encore en 1934. Dorénavant, Le Billet évite la critique. Il collabore avec le Stade, avec pour point d’orgue des contributions écrites de son entraîneur, Kalman Szekany. La rédaction ne renie pas tout à fait, malgré cela, ses habitudes et ses certitudes : « Nous sommes autorisés à penser que nous avons raison122. »
Face au SRUC : de la défiance à l’apaisement
119Les dirigeants du Stade subissent eux aussi, très régulièrement, les foudres du Billet, d’abord parce qu’ils semblent avoir tenté de noyauter le Club des supporters.
« Maintenant que notre indépendance est solennellement reconnue nous sommes satisfaits. Qu’il sache bien [le club] que nous ne voulons faire aucune critique malveillante et nous ne nous ferons pas l’écho perpétuel des mécontents. Nous publierons chaque fois qu’on nous le demandera toutes les difficultés rencontrées par les dirigeants. Nous sommes d’abord au service du Stade123 ! »
120Passionné et d’une loyauté à toute épreuve, le supporter s’arroge alors une liberté de parole censée servir de guide au club.
« Notre Billet est l’écho fidèle des remous de la foule et doit être pour les dirigeants, le thermomètre qui leur donne la température du public ou le baromètre qui annonce l’orage ou le beau ciel bleu124. »
121À la vérité, la palette des reproches, des regrets et des bons conseils comprend des couleurs peignant un ciel plus menaçant que clément. Les dirigeants du Stade ploient sous une avalanche d’avertissements et de demandes assortis de menaces de rétorsion et de mises en garde : si on n’entend pas les supporters, alors ils se démobiliseront et le SRUC périclitera.
122Les demandes sont d’abord pratiques. En voici quelques exemples. Les gradins, trop peu nombreux, devraient être cimentés et non en bois. Lorsque le public s’installe au stade, il devrait pouvoir disposer d’un programme gratuit lui indiquant la composition de l’équipe, désignant le capitaine du jour, et donnant enfin des informations sur la vie interne du club. Les matches doivent commencer à l’heure, ce pour quoi il faut multiplier les postes de contrôleur de billets. L’affiche du dimanche n’est pas assez engageante : il faut des matches d’ouverture avec les jeunes pousses du Stade, pour offrir plus de spectacle et les faire connaître aux supporters. Enfin, si les tribunes sont délaissées parfois, elles le seraient moins si ces différents aménagements et mesures étaient engagés, permettant d’asseoir l’heureux sentiment d’appartenance à la famille stadiste, rennaise.
123Promouvoir le club, c’est aussi travailler à la démocratisation de l’accès au stade. Le Billet demande la baisse des tarifs d’abonnement, celui des « honoraires » comme celui des pelousards. Le remède ? D’une part, réduire drastiquement le nombre d’invitations, d’autre part, lutter contre les resquilleurs – « il faut guillotiner les resquilleurs125 » –, ce qui présenterait en outre l’avantage d’empêcher le regrettable amalgame fait par l’opinion entre les véritables supporters et les hurluberlus escaladeurs de clôtures ou de tribunes.
124La qualité du jeu entre aussi en ligne de compte : un joueur dont on prend soin est un bon équipier. Le club doit donc, d’une part, améliorer son environnement avec, des vestiaires neufs et une meilleure gestion des déplacements. D’autre part, les dirigeants du Stade doivent arrêter d’osciller, vis-à-vis des joueurs, entre indulgence et paternalisme. Un bon joueur est un joueur conscient. Il doit être mis face à ses responsabilités et faire preuve de maturité.
125Le dernier chapitre critique touche aux objectifs sportifs et à l’implication du club dans le débat fédéral.
126Sur la question des objectifs, voyons un seul exemple : en 1932, Le Billet critique vertement le choix de négliger la Coupe de France ; puis il se félicite d’avoir triomphé des réticences du Stade sur ce point dans la perspective de 1933.
127S’agissant de l’implication du Stade rennais dans les négociations et les débats fédéraux, Le Billet lui reproche de ne pas être toujours représenté dans les réunions traitant de dossiers épineux. On le tance pour avoir négligé la commission de travail de l’amicale des clubs de D1 et de la FFA traitant des taxes et recettes sur les spectacles sportifs et de leur répartition entre les clubs professionnels. Le reproche est d’autant plus vif que le statu quo sur cette question fait la part belle aux « clubs parasitaires126 » du Midi – une thématique sur laquelle nous reviendrons.
128En somme, les relations entre le Stade rennais et ses supporters ne sont pas des plus cordiales, jusqu’en 1934 du moins, car ensuite le climat s’apaise également, a priori à cause des résultats honorables du club et de relations peu à peu pacifiées.
129Sur le plan des résultats sportifs, le SRUC fait bonne figure dans le championnat 1932-1933. Sa sixième place lui permet de jouer le championnat unifié de 1933-1934, épreuve plus relevée. Il y termine de nouveau sixième, laissant espérer de meilleurs lendemains. En Coupe de France, il ne démérite pas. En 1933, il bute en huitième de finale contre Antibes sur un score sévère (3-6). L’année suivante, en quart de finale, il s’illustre face à l’Olympique de Marseille, lui opposant une farouche résistance (2-2 au Parc des Princes) avant de s’incliner (4-0, au Stade de la Meinau de Strasbourg).
130Sur le plan politique, le rapprochement avec le Stade se traduit par l’association des supporters aux moments clés de la vie du club. En témoignent par exemple, en octobre 1933, dans les salons de l’Hôtel de Ville de Rennes, les discours croisés et solidaires de Joseph Le Doncker et Isidore Odorico lors du pot d’adieu à Branchu, secrétaire général démissionnaire du club127.
Seul l’arbitrage professionnel
131Se sentant libres de critiquer les Leurs, les supporters se sentent plus autorisés encore à sermonner les Autres. Ils sacrifient en particulier à une sorte de sport national de l’entre-deux-guerres : le clouage d’arbitre au pilori. À la source de tous les maux du football et du rugby, boucs émissaires désignés, les hommes en noir ne sont pas, en effet, en odeur de sainteté.
132Certes, Le Billet en brosse parfois un portrait aimable, ou gentiment moqueur. Tel est le cas lorsqu’un arbitre officiant à Rennes suggère, en 1934, de jeter une passerelle sur la Vilaine pour que les « récalcitrants128 » – il faut entendre : « arbitres non efficaces » – puissent fuir, sains et saufs, la vindicte populaire. Par ailleurs, on reconnaît la difficulté d’arbitrer en subissant la véhémence de joueurs se sentant floués et l’excitation ou la mauvaise foi de supporters débordés par leur chauvinisme et leurs émotions.
133Pour autant, la conscience de ces difficultés ne redore pas la réputation des arbitres. S’ils doivent être mieux rétribués, protégés, ils doivent aussi être triés sur le volet. Seuls les « bons » méritent d’officier ; cela revient à « vider » les « incapables » et les « incompétents129 », soit le plus grand nombre. La compassion cède donc facilement le pas à la raillerie et à l’ostracisme. À la plupart des arbitres on reproche de ne pas maîtriser les règles, de les trahir même, d’être partiaux, de céder à la précipitation dans leurs décisions. On regrette qu’ils ne sachent pas sentir le pouls du public et rendre leurs jugements en conséquence. En d’autres termes, les colères des joueurs et des supporters naîtraient, avant tout, de leur manque d’intuition. Et encore : on estime qu’ils ne passent pas assez « inaperçus » (sic), qu’ils devraient être plus polis et ne pas conduire les matches en gendarmes qu’ils ne sont pas. Pour toutes ces raisons, il n’y a pas, en général, « d’arbitrage de bon sens » et ils sont en toutes situations « débordés130 ». Bref, les arbitres ont peu de circonstances atténuantes aux yeux de supporters professant, en dernier ressort, que la sortie de « crise » ne peut venir que de leur professionnalisation.
« Désormais, nous parlerons le moins possible des arbitres, car plus nous allons et plus nous constatons que l’arbitrage français est désorganisé, et pour tout dire lamentable. Les arbitres de touche en particulier sont cause de désastres. […] cette crise ne peut être résolue que par l’arbitrage professionnel131. »
Haro sur les « comitards » et les « combinards »
134L’insatisfaction vis-à-vis des instances footballistiques est plus forte encore. Selon les supporters rennais, l’incompétence est plus criante chez les « comitards » et les « combinards » que chez les arbitres, lesquels ont au moins le courage de se frotter au terrain ! Voyons d’abord les « comitards ». Ce sont les dirigeants de clubs parfois, surtout ceux des ligues et de la fédération, champions des « palabres sans fin132 », inutiles et infécondes.
135La LOFA est une première cible. Le Billet la juge inefficace et ne cesse d’exiger d’elle des réformes : strict encadrement de l’arbitrage, institution de primes en championnat régional (à la différence de but), salaire pour les joueurs des équipes secondes lors des déplacements, etc. Ces dispositions doivent stimuler le football breton et favoriser l’éclosion de nouvelles équipes au plan national. Or, aux yeux des rédacteurs du Billet, cachée derrière son pseudo « désintéressement133 » et son impartialité feinte, la LOFA est coupable d’immobilisme et ferme les yeux sur des primes exorbitantes versées à certains joueurs amateurs, ce qui fausse les championnats. Ces mêmes rédacteurs l’exhortent à en terminer avec l’amateurisme marron et à œuvrer en faveur de l’affermissement et de l’extension du football professionnel.
136Les remontrances faites à la FFFA touchent surtout à la répartition des revenus du championnat professionnel. Premier hiatus : les clubs méridionaux, majoritaires, manquent de public et produisent de faibles recettes ; aussi peinent-ils à acquitter l’indemnité forfaitaire des clubs visiteurs (7 000 à 15 000 francs) et le remboursement de leurs indemnités kilométriques ; du coup les visiteurs couvrent seuls leurs frais (déplacement, hébergement, masseur). Le SRUC, lui, remplit son stade et couvre tous les frais. Des décomptes précis sont publiés à l’appui. En octobre 1932, une journée de championnat à domicile génère, tous frais confondus (salaire des arbitres et contrôleurs, publicité, taxe à la LOFA de 5 %, indemnité forfaitaire aux visiteurs, etc.), 7 000 à 10 000 francs de bénéfice servant à pallier l’insolvabilité des clubs méridionaux. Du coup, à la moindre baisse de fréquentation du stade, le « vieux club134 » risque le fiasco. Le Billet exige donc que la fédération trouve une solution pour que Montpellier, Alès ou Antibes cessent de vivre sous la perfusion du Nord.
137Seconde critique : cette situation ne serait pas aussi alarmante si la fédération baissait le pourcentage de la taxe dévolue aux ligues et cessait d’en rétrocéder une partie à des clubs n’étant amateurs que de nom. Le Billet réclame alors avec force deux mesures : la baisse de cette taxe et, de nouveau, l’éradication de l’amateurisme marron, afin de distinguer, une fois pour toutes, football professionnel et football amateur.
« Va-t-on continuer indéfiniment à se ruiner et à payer 5 % aux Ligues. Pour donner à qui ? À des clubs insolvables. À des clubs fantômes. À des clubs d’amateurs marron. À des clubs plus riches que nous. 5 % ? Non. 1 % ? Oui. À quand la fédération professionnelle autonome qui ne subira plus “la loi du nombre” des petits clubs qui étouffent la voix des clubs pros ? »
138En définitive, aux yeux des rédacteurs du Billet, les comitards et les combinards sont coresponsables de l’inégalité Nord/Sud, d’un amateurisme « empoisonnant tout le sport français ». L’argent est, disent-ils, la « meilleure et la pire des choses ». Elle cesserait d’être « pire » si la « probité » commandait par les professionnels de l’adage « tout travail mérite salaire135 ».
139Cette position renvoie au vieux contentieux avec l’US Servannaise, devenue l’US Servan – Saint-Malo (USSM). Les passes d’armes entre Le Billet et les responsables de l’USSM sont incessantes. Les Rennais opposent ainsi le flegme des supportrices rennaises à la passion débordante de leurs homologues malouines. Ils accusent Le Diable noir (l’organe de l’USSM) de répandre le mensonge d’un jeu rennais brutal lorsqu’il est, certes, « rude », mais « courtois » et « correct136 ». Ils reprochent aux Malouins de n’être points solidaires avec les blessés et célèbrent à l’inverse les amateurs de Dinard offrant leurs primes de matches à un équipier éclopé. L’essentiel des critiques se cristallise cependant autour de l’amateurisme déguisé. Les Malouins, lit-on dans Le Billet, se présentent en champions de « l’amateurisme intégral » ; or ils ne cessent de faire des entorses à cette « tapageuse vertu137 ». La tension est si vive que le Stade cesse de jouer à Saint-Malo fin 1933, en brandissant cet avertissement : « Vous voulez nous éclabousser. Patientez encore quelque temps et nous finirons par voir. »
140Il est impossible ici de mesurer la part de la vérité et celle de la mauvaise foi née de la rivalité historique avec Saint-Malo. On ne peut pas plus juger de la réalité de l’amateurisme déguisé malouin. Retenons que les critiques du Billet à l’encontre de la LOFA, de la fédération et de Saint-Malo révèlent la principale crainte des stadistes : voir leur club souffrir ou péricliter à cause de la gestion de l’argent du sport ; une crainte justifiant leur anti-centralisme et leur autonomisme.
L’autonomiste m’a dit…
141L’anti-centralisme du Billet est tout particulièrement nourri par sa paranoïa – le mot est choisi – vis-à-vis de la presse parisienne. En effet, ses rédacteurs sont persuadés qu’elle méprise et maltraite le SRUC. Cette conviction donne lieu à une myriade de doléances, dès le premier match professionnel du Stade. Le 11 septembre 1932, au stade Saint-Symphorien de Metz, les Rennais gagnent 2-1. Le lendemain, les supporters se ruent sur la presse. A-t-elle dûment célébré cette victoire, mère de tous les espoirs ? Non. Le Billet apprécie le « bel éloge » du Miroir des sports, tout en déplorant, amer, que L’Auto, Match et Sporting soient peu « loquaces138 ». La presse nationale sera-t-elle jamais capable de reconnaître les mérites rennais ? s’interroge Le Billet.
142Ces regrets sont injustes. Les recensions de la presse nationale ne sont pas si systématiquement méprisantes – quoique cela puisse arriver. Du coup, cette levée de boucliers ne fait qu’introduire une longue série de jérémiades. Jamais la presse nationale ne trouve grâce aux yeux du Billet. Il se targue même de concocter de meilleures recensions que L’Auto. Critique-t-on le jeu en « profondeur » des Rennais, comme L’Intransigeant et Match ? Aussitôt, Le Billet répond : « les Rennais jouent profondeur… et marquent139 ». Bref, les journalistes parisiens sont accusés de médiocrité. Pour faire bonne mesure, puisqu’ils ne paient pas leur ticket d’entrée au stade, on les réduit à de vils resquilleurs !
143Autre prétexte à cette mésentente : la suspicion de partialité. La presse est censée toujours prendre le parti des Méridionaux, des Nordistes et des Parisiens. En décembre 1933, Le Billet en voit la preuve dans deux titrailles de L’Auto : la « Splendide victoire des Cannois », pleine page et, plus discrètement, « Rennes joue et gagne140 ». Le couperet tombe : L’Auto colporte « l’unité de vue » dépréciative sur le Stade ; or, pour ceux du Billet, la vérité est toute autre puisque, en battant Marseille, les Bretons ont « bien mérité du club » et « de la Bretagne entière141 ». Autre illustration : en septembre 1933, l’AS Cannes est suspectée d’avoir acheté une victoire à Fives. Le Billet estime que la presse réagit trop mollement et conclut qu’il est temps de faire front : « Bretagne réveille-toi142 ! »
144Ces reproches révèlent un vigoureux réflexe anti-médiatique et anti-méridionaliste. Conjugué à la défiance vis-à-vis des comitards et des combinards, ils finissent par justifier un chantage autonomiste. En 1933, une rubrique spéciale est créée, intitulée « L’Autonomiste », « L’Autonomiste m’a dit » ou « Le Coin de l’autonomiste ». Elle est constituée de monologues ou d’interviews fictifs de cet autonomiste. Que dit-il ? Qu’à force de négliger, voire d’ostraciser les Bretons, les instances fédérales, la presse et les clubs du Sud font le lit de la désunion et de la déliquescence du football professionnel. La tradition sécessionniste du Stade rennais joue ici à plein régime et aboutit à cette menace : si cette situation durait, les Bretons créeraient leur propre championnat et formeraient une sélection régionale capable de battre l’équipe de France.
« La fédération est dirigée par certains pontifes effectifs. Eux ou leurs clubs sont riches, et ils sont avides d’honneur. Vous commencerez à comprendre que le football va de Lille à Sète en passant par Paris. Vous entreprenez enfin une organisation serrée de l’Ouest ; l’ASB143 se défend admirablement ; Morlaix et Douarnenez progressent ; l’USSM qui ne comprend pas encore qu’elle a tout à gagner avec vous et tout à perdre sans vous, réfléchit ; Caen va devenir professionnel. Oui, tout cela me fait plaisir. Quand vous saurez vous grouper, vous unir, vous défendre et, s’il le faut, attaquer, alors vous comprendrez. Votre président œuvre sans relâche à cette belle œuvre d’union bretonne et normande. Il a du mérite et du cran, suivez-le, poussez-le, allez-y et je vous l’ai promis, quand vous secouerez à la manière d’un prunier la tutelle de ces Parisiens infatués, je vous donnerais 1 000 francs ! Courage et persévérance. La réussite est au bout. Ainsi soit-il144. »
145Qu’y a-t-il de beau ? Battre Paris. Qu’y a-t-il de plus beau encore ? Battre un club du Sud. Quand, pour ne rien gâter, un journaliste parisien – une fois n’est pas coutume – présente le Stade comme le « tombeur des clubs azuréens145 », Le Billet ne boude pas son plaisir.
« Et oui, Messieurs les Marseillais, pour n’être pas des mangeurs de bouillabaisse ou comédiens, les gars de chez nous étaient là, remontés à bloc, jouant avec cœur, avec force, avec l’énergie du désespoir, pourrait-on dire. Oui, ils ont vaincu, car l’Ouest avait encore une revanche à prendre. Lors du match du Racing, les Bretons de Paris étaient déjà là. Plus nombreux encore ils seront pour le match de Coupe de France contre Marseille, le 4 mars, au Parc des Princes146. »
146 Le Billet brandit alors l’hypothèse d’un repli temporaire sur l’Ouest ou, purement et simplement, d’un schisme, faisant ainsi revivre l’esprit rebelle du début des années 1920, lorsque le Stade rennais s’était de lui-même mis en marge.
J’ai retrouvé mon vieil ami l’autonomiste […].
— Que pensez-vous de la fédération ?
— Un ministère, m’a-t-il répondu.
— Et pourquoi donc ?
— Beaucoup de monde, beaucoup de copains, beaucoup de paperasse, peu de réalisations pratiques et économiques. […] Je suis désabusé un peu plus chaque jour. Je constate, et voilà tout. […] Que voulez-vous, je ne peux pas admettre que des clubs comme Sète, qui sont incapables de vivre de leurs propres moyens soient les patrons de la maison. Il leur faut à tout prix jouer la Coupe ou le championnat pour avoir la vedette et gagner de l’argent. Ça, ça s’appelle en breton un club sangsue. Pourquoi ne touchez-vous pas à Rennes la même somme que vous donnez à Sète lorsque Sète vient à Rennes ? […] Je n’admets pas que les clubs du Midi fassent un seul déplacement à Rennes alors que vous, vous allez à Marseille, Antibes, Cannes, Nice, Nîmes, Montpellier, Sète, 2 000 kilomètres à intervalles rapprochés […]. Que vous le vouliez ou non vous en viendrez tôt ou tard à ma solution. Le coude à coude breton du Nord et l’Ouest contre le Midi. Pensez-y sans cesse. Là est la vérité147. »
Économie, politique et identité locale : les enjeux du SRUC
147Il est difficile d’évaluer la part de la conviction intime dans cette dialectique de la menace. En revanche, on peut être assez affirmatif sur l’un de ses principaux ressorts : le souhait, net, de faire valoir la Bretagne et Rennes au travers du Stade rennais. Les supporters, en croisade, souhaitent que tout converge pour que leur club devienne le plus grand possible, idéalement le club. Cet esprit missionnaire est animé par un sentiment d’urgence. Ils entendent que tout concourt, très vite, à ce triomphe fantasmé, à commencer par la mobilisation du plus grand nombre de Rennais possible. Le Billet juge en effet que le Stade ne grandira et ne s’imposera qu’épaulé par leur solidarité entière. Il les appelle donc à rejoindre le stade et, mieux encore, le Club des supporters. Il sollicite également les commerçants, qu’il estime redevables. Si Le Billet fait rapidement le plein d’annonceurs (13 dès 1932, près de 30 en 1935), ses rédacteurs considèrent que les entreprises et les commerces restent malgré tout trop frileux. On leur reproche de faire de juteux bénéfices les jours de match, sans en rendre la contrepartie aux footballeurs et sans voir l’intérêt de soutenir une équipe professionnelle performante. Début 1933, lorsqu’une partie du comité directeur du club, ne se sentant plus capable de gérer le professionnalisme, démissionne, Le Billet met en accusation le tissu économique local, qui n’a pas assez soutenu le Stade sur le plan financier.
148Autre grande condition pour atteindre la terre promise : le nécessaire soutien de la mairie, au nom du « devoir des municipalités148 ». Antibes est promu en modèle. En 1933, sa « municipalité à la page » dote son club de 25 000 francs. Le SRUC, pour sa part, perçoit 2 000 francs seulement. Le Billet en appelle alors à l’histoire : la mairie doit mettre en œuvre le « droit révolutionnaire des pauvres », autrement dit faciliter l’accès du plus grand nombre au stade. L’organe ne cesse dès lors d’aiguillonner la municipalité en exigeant l’augmentation de sa subvention et la baisse de la redevance sur les spectacles et les fêtes (25 %), comme à Lille (5 %) et, mieux encore, à Montpellier où on l’a supprimée.
149On doute que les élus approuvent ces demandes, même si certains ont conscience que le Stade est une « poule aux œufs d’or149 ». Ils ont beau ouvrir l’Hôtel de ville pour le bal annuel, on dit qu’ils n’ont pas idée de l’importance du football. C’est pourquoi on propose de les accompagner au stade, afin qu’ils s’imprègnent au plus près de l’engouement pour le football et de son enjeu social, politique.
150Sans doute le harcèlement des dirigeants du club de supporters et leur entregent contribuent-ils au réveil municipal. Au printemps 1934, la baisse de la redevance sur les spectacles et de fêtes décomprime la trésorerie du Stade. Quant à la subvention, elle passe subitement à 30 000 francs. Le Billet, jamais satisfait, parle d’une « ristourne150 », arguant que le déficit du club, de 40 000 francs, a été en partie comblé par 5 000 francs collectés par les supporters151. En revanche, lorsque le maire, Jean Lemaistre, couvre d’éloges un club « vaillant », dont la « belle société » est « fière152 », Le Billet et le président Isidore Odorico se réjouissent, d’autant que, point d’orgue de cette mobilisation municipale toute neuve, le Parc des sports, créé par Ernest Folliard, vient d’être racheté par la ville.
151Cette dernière affaire mérite un arrêt sur image. À l’automne 1932, passage au professionnalisme aidant, les dirigeants de la Société immobilière du Parc des sports (SIPS) décident de louer leurs installations au SRUC. Le club refuse de payer des installations qu’il a toujours occupées gracieusement. Il fait une offre d’achat que la SIPS refuse. Les supporters raillent aussitôt les « sportifs désintéressés » de la SPIS, au premier rang desquels Ernest Folliard, toujours administrateur, à qui on souhaite de recevoir un « ruban noir et rouge153 » pour les étrennes, afin qu’il se souvienne avoir été supporter un jour. Un procès s’ensuit. Rendu au printemps 1933, le jugement stipule, d’une part, que le SRUC, devenu entrepreneur de spectacle public, doit signer un bail commercial, non civil ; d’autre part, que la SIPS doit renouveler le bail de 1913 prorogé en 1922 et 1932. Le SRUC fait appel et Le Billet fait feu de tout bois pour que ce jugement soit cassé. En novembre 1933, la SPIS, déboutée (Le Billet y voit le signe de la « marche triomphale du Stade154 »), finit par céder le Parc des Sports à la mairie. Chez les supporters, ce tournant est riche d’espoirs : ils voient déjà se dresser de nouvelles tribunes, des douches rénovées pour les joueurs et maints autres aménagements en faisant un « équipement digne des grandes villes » et de Rennes, « capitale de la Bretagne155 ».
Penser le football professionnel
152Au fond, le supporter rennais ne vibre que pour une chose : le renforcement de son club et, si possible, son apothéose dans le championnat. Ce rêve justifie un dernier chapitre revendicatif : la réforme de la politique de la FFFA, afin de pérenniser le championnat professionnel et de favoriser l’émergence de nouvelles générations de joueurs.
153Dès 1932, Le Billet demande sans relâche l’édiction de règles et l’engagement de réformes visant à améliorer le fonctionnement du championnat et à garantir sa qualité : principe intangible de l’amateurisme des dirigeants (pour éviter les conflits d’intérêts) et interdiction des directoires professionnels, meilleure redistribution des taxes, assignation de l’argent issu du championnat professionnel à son seul profit, lutte contre l’amateurisme marron, injonction aux clubs du Sud d’équilibrer leurs budgets, professionnalisation de l’arbitrage, maintien d’un championnat à deux poules…
154Si Le Billet finit par tirer un bilan positif de la première saison, il prolonge malgré tout sa litanie de récriminations. Au printemps 1933, il juge notamment que le passage à une seule poule en Division 1, avec 14 clubs, va rendre la deuxième division « fort intéressante », mais que cette innovation a été trop vite engagée, que les relégués n’ont pas eu le temps de se stabiliser en Division 1 et d’être payés en retour de leurs efforts sportifs et financiers. Le Billet s’attaque aussi à la naturalisation des joueurs étrangers : cette procédure, longue, coûteuse et incertaine, lui semble être un expédient ; on ferait mieux de prendre à bras-le-corps la question de la formation des jeunes Français.
155La saison 1933-1934 offre aussi son lot de remontrances et de bons conseils. Sur la question des joueurs étrangers, elle a quelque chose de schizophrénique. Le Billet estime, en effet, que le championnat leur donne « la vitesse et le courage qui leur manquaient156 ». Autrement dit, ce ne sont pas les meilleurs… Dans le même temps, il critique la rémunération de ces mercenaires « de tous poils et de toutes mœurs, de toutes langues et de tous styles, qui viennent en France toucher des salaires princiers157 ». Étranges considérations pour un organe louant la phalange tchèque et allemande du Stade rennais… Quoi qu’il en soit, on y appelle au fair-play financier pour limiter l’immigration sportive.
156Lors de la saison 1934-1935, cet esprit revendicateur reste en éveil, autour de deux thèmes : l’argent du football et la formation des jeunes.
157En premier lieu, Le Billet redoute que le jeu soit parasité par la fainéantise de joueurs se comportant comme des divas : ceux qui « séduits par une vie large, abandonnent tout ! », c’est-à-dire toute velléité de donner un bon « spectacle » dans le « théâtre » du football, et ceux qui « ont un poil dans la main et trouvent dans le sport » et l’argent un moyen de continuer à « cultiver leur sérénité158 ». Il revient aux clubs et à la fédération de gérer ce délicat problème, sans quoi l’intérêt du championnat décroîtra, mettant en jeu sa pérennité.
158S’agissant d’argent, il faut aussi réfléchir à fidéliser le public. Le Billet suggère de s’inspirer du Pari-Mutuel pour créer une sorte de loto sportif avant l’heure. Il s’agit là d’un retournement notable : le club abandonne ses préventions contre les jeux d’argent, gravées pourtant dans ses statuts.
159Seconde source d’inquiétude, elle aussi associée à la question de l’avenir du championnat : la mobilisation et la formation de la jeunesse. Le Billet prétend y contribuer à son échelle en encourageant les « jeunes », même « tout… petits », la « belle jeunesse159 » du Stade. On attend le même effort de la fédération. Penser le football professionnel, c’est penser son futur et lutter contre le péril de la dégénérescence. Autrefois, expliquent les rédacteurs du Billet, le jeu l’emportait sur les enjeux financiers. Ce temps est révolu. Désormais, les parents peuvent à bon droit être réticents face à ce football d’argent. Les dérives salariales et la versatilité du milieu sont donc problématiques. À terme, pères et mères pourraient être plus regardants, se méfier du football pour les enfants, ce qui aurait pour conséquence de dépeupler les équipes juniors, le vivier du football, voire, pire, de détourner la jeunesse du ballon rond. La FFFA doit donc engager une ambitieuse politique de régulation et de formation afin de voir en France des réussites comme celle du Bayern de Munich et de ses 530 juniors. Alors les bons conseils pleuvent : les jeunes doivent jouer sur de grands terrains, avec un ballon normal et non un ballon « plus facile à manier, pour se frotter à la réalité du football ; leurs matches doivent durer une heure seulement, pour ne pas les épuiser ; le certificat médical doit être obligatoire ; il faut former des entraîneurs alliant maîtrise technique et, sans être des croque-mitaines, sévérité. À ces conditions, le flambeau sera repris et le futur du football hexagonal assuré ».
Conclusion
160Cette immersion chez les supporters bretons ne nous ouvre malheureusement pas la porte jusqu’à la finale de Coupe de France de mai 1935, le sommet de l’histoire du Stade rennais dans l’entre-deux-guerres. Elle s’arrête, brusquement, en janvier 1935 avec la fin de parution du Billet. Fut-il publié au-delà, de façon moins officielle et sans dépôt légal ? Nous l’ignorons. Les supporters, en revanche, continuent de graviter autour du Stade rennais jusqu’en 1938, date à laquelle ils le sauvent de la faillite, grâce à une souscription, après sa relégation en deuxième division.
161Aurions-nous pu ou dû poursuivre notre quête en recourant à la presse régionale pour compléter ce portrait des années 1932-1935 ? Cela ne nous a pas paru opportun, tant la rupture est grande entre la finesse des informations recueillies dans Le Billet et la pauvreté des informations qu’on peut récolter dans la presse généraliste et spécialisée pour les années 1935-1939.
162Les éléments et les réflexions réunis ici nous montrent d’abord le mûrissement du supporterisme rennais depuis la Belle Époque jusqu’à la création du club de supporters en 1932. Ce mûrissement se nourrit à la fois d’un petit patriotisme sportif en forme de poupées gigognes (Rennes d’abord, puis la Bretagne et enfin l’Ouest), d’un esprit foncièrement rebelle (voire schismatique), enfin d’une permanente tentation autonomiste dont on mesure mal si elle est culturellement ancrée chez les supporters ou si elle est justifiée par la dénonciation, plus ou moins fallacieuse, de l’inégalité Nord-Sud d’une part, de l’isolement breton de l’autre. Il y a donc une étroite concordance entre l’esprit militant et rebelle du club, incarné par l’insoumission du président du Stade rennais à la fin des années 1920, Isidore Odorico, et celui des supporters du club dans les années 1930.
163Les sources ne permettent pas de croquer assez finement les 500 à 600 supporters encartés ; moins encore les centaines, voire les milliers de supporters d’un jour les côtoyant au stade. Il apparaît toutefois, de façon assez nette, que la sociabilité supporteriste est organisée, dirigée – dominée peut-être – par une fraction de la bourgeoisie rennaise. Celle-ci porte un regard très paternaliste sur le reste de l’univers des supporters, celui des « gâs de la butte », qu’on devine appartenir au monde des ouvriers, du petit salariat, des classes moyennes urbaines.
164Notre portrait du supporter rennais est une esquisse. Celle-ci permet néanmoins de se représenter deux catégories de partisans : celle de la bourgeoise gouvernante et voyageuse – les commis voyageurs ou les ambassadeurs du Stade rennais – et celle du grand public. Pour ce que Le Billet nous en dit en filigrane, ces deux univers semblent plus cohabiter que fusionner. En revanche, on les imagine foncièrement solidaires dans leur quête : favoriser l’accomplissement du Stade rennais. Cette quête les invite à une révolte permanente contre tout ce qui pourrait entraver la marche de leur équipe fétiche, ambassadrice de la belle et fière identité rennaise et bretonne, et contre tout ce qui pourrait fragiliser le grand théâtre du football professionnel, qui les passionne tant.
Notes de bas de page
1Journal officiel de la République Française. Lois et décrets, 11 avril 1932, p. 3975.
2Le Billet du « supporter », 1, 3 avril 1932.
3Les archives départementales d’Ille-et-Vilaine n’ont conservé aucun document s’y rapportant, pas même ses statuts.
4Nous suivons ici, pour partie, Loire Claude, L’Encyclopédie du Stade rennais, Rennes, Éditions Apogée, 2015 ; Loire Claude et Charbonneau Virginie, Le Stade rennais. Cent ans en rouge et noir, Rennes, Éditions Apogée, 2001.
5Le Billet du supporter. Organe des supporters du SRUC, 7 mai 1933.
6Si l’on en croit Gemain Joseph, Les Gloires sportives de l’Ouest : contribution à l’histoire du sport breton, Rennes, Imprimerie commerciale, industrielle et administrative, 1936, p. 53.
7Située aux portes sud de Saint-Malo, Saint-Servan a intégré la commune malouine en 1967.
8Nous suivons ici Tétart Philippe, « L’Ouest-Éclair et l’information sportive (1899-1914). Entre football et autonomisme », in Tétart Philippe (dir.), La Presse régionale et le sport. Naissance de l’information sportive (années 1870-1914), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, p. 285-310. Voir aussi L’Ouest-Sportif, 21 février 1920 ; « Les Folliard, seuls contre tous » (site du Stade rennais) ; Denis Michel, Harismendy Patrick et Lagrée Michel (dir.), L’Ouest-Éclair. Naissance et essor d’un grand quotidien régional, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2000 ; Leray David, Le Stade rennais et l’évolution du football en Bretagne : de sa naissance au professionnalisme (vers 1900-1932/33), maîtrise, université Rennes 2, 1999 ; Croix Pierre-Yves, Du plomb et des jeux. Le traitement du sport dans L’Ouest-Éclair (1914-1930), mémoire de maîtrise, université Rennes 2, 1996 ; Lagrée Michel, « Brittany, between Irland, Scotland and France », in Jarvie Grant (éd.), Sport in the making of celtic cultures, Leicester University Press, 1999 ; Slimani Hassen, La Professionnalisation du football français : un modèle de dénégation, thèse, université de Nantes, 2000.
9Préface à Gemain Joseph, op. cit., p. 8
10La Revue sportive bretonne, no 1, 10 septembre 1900.
11L’Ouest-Éclair, 5 mai 1914.
12Pour replacer ces lignes dans un débat de dix ans : Lanfranchi Pierre et Wahl Alfred, Les Footballeurs professionnels des années 1930 à nos jours, Paris, Hachette, 1995, p. 43-53.
13Témoignage repris dans Le Rouge et le noir, La Guerche-de-Bretagne, Stade rennais FC, 1978.
14Pefferkorn Maurice, Le Miroir des sports, 27 septembre 1923.
15Ollivier Jean-Paul, Histoire du football breton, Paris, Éditions Jean Picollec, 1980, p. 23.
16Coadic Laurent, « Implantation et diffusion du football en Bretagne (1880-1925). De l’histoire à l’anthropologie », Sport et Histoire. Revue internationale des Sports et des Jeux, 1, 1992, p. 39.
17Loire Claude et Charbonneau Virginie, op. cit., p. 25.
18Cf. Lanfranchi Pierre et Wahl Alfred, op. cit., p. 46 sq.
19Dietschy Paul, Histoire du football, Paris, Perrin, 2010, p. 155.
20Cf. le témoignage d’Adolphe Touffait, chargé de la transaction par Isidore Odorico : Le Rouge et le…, op. cit.
21Loire Claude et Charbonneau Virginie, op. cit., p. 29.
22Wahl Alfred, Les Archives du football. Sport et société en France (1880-1980), Paris, Gallimard/Julliard, 1989, p. 255.
23Ollivier Jean-Paul, op. cit., p. 37.
24Loire Claude, Le Stade rennais, fleuron du football breton 1901-1991, Rennes, Éditions Apogée, 1994, p. 184.
25L’Ouest-Éclair, 7 décembre 1938.
26Laval joue alors dans le championnat de Bretagne.
27Cité par Gachet Stéphane, Naissance des sports dans le Morbihan, Beignon, Éditions Les Oiseaux de papier, 2014, p. 101-102.
28L’Ouest-Éclair, 6 février 1908.
29L’Ouest-Éclair, 5 février 1908.
30L’Ouest-Éclair, 11 février 1908.
31L’Ouest-Éclair, 13 février 1908.
32L’Ouest-Éclair, 20 février 1912.
33Sur le cas du SRUC, nous complétons : Diestchy Paul et Tétart Philippe, « L’Ouest-Éclair, la guerre, le sport » in Robène Luc (dir.), Le Sport et la guerre, xixe et xxe siècles, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012, p. 135-148, et Tétart Philippe, « Entre solidarité et défi : le sport, la guerre, la grande presse », Guerres mondiales et conflits contemporains, 251, 2013, p. 77-94.
34L’Humanité, 23 septembre 1914.
35Le Matin, 20 novembre 1914.
36L’Ouest-Éclair, 20 février 1916.
37L’Ouest-Éclair, 6 février 1916.
38L’Ouest-Éclair, 5 mai 1916.
39L’Ouest-Éclair, 15 mars 1916.
40L’Ouest-Éclair, 19 septembre 1916.
41Lagrée Michel, « La diffusion du football en Bretagne », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, t. XXI, 1994, p. 209 et 216.
42Coadic Laurent, op. cit., p. 44.
43Cf. Groeninger Fabien, Sport, religion et nation. La FGSPF d’une guerre mondiale à l’autre, Paris, L’Harmattan, p. 190-191, 2004.
44Cf. Coadic Laurent, op. cit., p. 40-41 et Wahl Alfred, « Les patronages et le football, 1895-1918 », in Tranvouez Yvon et Cholvy Gérard (dir.), Sport, culture et religion. Les Patronages catholiques, 1898-1998, Brest, Centre de recherche sur la culture bretonne, 1999, p. 193-196.
45L’Ouest-Éclair, 18 décembre 1922.
46Successivement : L’Ouest-Éclair, 8 mars 1923, 15 octobre 1923, 18 décembre 1923, 10 décembre 1924.
47L’Ouest-Éclair, 3 avril 1922.
48Les estimations parlent de 15, 20, 25 000 spectateurs.
49L’Ouest-Éclair, 8 mai 1922.
50L’Auto, 8 mai 1922.
51Le Figaro, 8 mai 1922.
52Le Populaire et L’Humanité, 8 mai 1922.
53Le Petit Parisien, 8 mai 1922.
54Paris-Soir, 4 mai 1935.
55Cf., ci-avant, l’article de Julien Sorez sur les supporters parisiens.
56L’Excelsior, 8 mai 1922.
57Le Billet du supporter, 20 novembre 1932, p. 8, et 25 décembre 1932, p. 13-15.
58Le Billet du supporter, 7 mai 1933, p. 1.
59Wahl Alfred, op. cit., p. 225.
60Le Billet du supporter, 2 avril 1933.
61Cf. Wahl Alfred, op. cit., p. 217-221.
62L’École technique privée de commerce et gestion Jamet-Buffereau de Bordeaux est encore en activité en 2018.
63Les Jeunes. Organe officiel de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France, 23 octobre 1938.
64Ces éléments ont été collectés, entre autres, dans L’Ouest-Éclair (20 février 1930, 11 décembre 1932, 8 janvier 1933, 19 février 1933, 26 août 1933, 31 janvier 1937, 11 février 1937) ; encarts publicitaires et arrêtés du Recueil des arrêts de la cour d’appel de Rennes et des jugements rendus par les tribunaux de première instance, civils et de commerce, les justices de paix et les conseils de prud’hommes, Rennes, Imprimerie H. Riou-Reuzé, 1937, fascicule 1 ; encarts dans L’Annual : annuaire universel de l’industrie automobile (édition 1928) ; Archives commerciales de la France : journal hebdomadaire (années 1911 et 1914).
65Le Billet du supporter, 25 décembre 1932, p. 6.
66Le Billet du supporter, 14 avril 1934, p. 8.
67Le Billet du supporter, 3 avril 1932, p. 4.
68Nous suivons Marchand Olivier et Thélot Claude, Le Travail en France (1800-2000), Paris, Nathan, 1997, p. 158.
69Bulletin de la Statistique générale de la France, octobre 1934, p. 279.
70Le Billet du supporter, 25 décembre 1932, p. 6.
71Le Billet du supporter, 29 janvier 1933, p. 5.
72Le Billet du supporter, janvier 1935, p. 2-4.
73Ce « poème dansé » chorégraphié par Vaslav Nijinski est créé en mai 1913 au Théâtre des Champs-Élysées. Ses reprises par les Ballets Suédois dans les années 1920 forgent sa réputation. Il raconte les relations platoniques et tennistiques, de trois jeunes oisifs… Voir Tétart Philippe, « Les Chants du sport, 1888-1928 », in Diana Jean-François (dir.), Spectacles Sportifs, dispositifs d’écriture, Presses universitaires de Lorraine (Question de communication, série Actes 19), 2013, p. 63-80.
74Le Train bleu est un ballet de Bronislava Nijinska, sur un livret de Jean Cocteau et une musique de Darius Milhaud, des costumes de Coco Chanel, un rideau de scène d’après un tableau de Pablo Picasso (Deux femmes courant sur la plage). Créé en juin 1924 au Théâtre des Champs-Élysées, il prend pour décor le Calais-Méditerranée-Express, de la Compagnie des Wagons-Lits, qui circule du Nord jusqu’à Menton. On le nomme le « train bleu ». Dans ce train, se jouent les débuts d’une idylle estivale entre les trois Frères Beau Gosse (dont un golfeur) et les trois sœurs Perlouse (dont une championne de tennis).
75Il est décerné par le journal de la FFFA, Football. Le lauréat est choisi par un groupe d’écrivains, de journalistes et de dirigeants sportifs dont Maurice Pefferkorn, Pierre Bost, Emmanuel Gambardella, Jules Rimet, Gabriel Hanot. Voir Paris-Soir, 4 décembre 1934.
76Le Billet du supporter, 2 octobre 1932, p. 1.
77Le Billet du supporter, 25 décembre 1932, p. 3.
78Le Billet du supporter, 17 septembre 1933, p. 8.
79Le Billet du supporter, 7 mai 1933, p. 6.
80Le Billet du supporter, octobre 1934, p. 6.
81Le Billet du supporter, 25 février 1934, p. 5.
82Ibid., p. 8.
83Le Billet du supporter, 23 octobre 1932, p. 5.
84Le Billet du supporter, juin 1934, p. 2.
85Le Billet du supporter, 5 mars 1933, p. 6-8.
86Le Billet du supporter, janvier 1935, p. 1.
87Le Billet du supporter, 23 octobre 1932, p. 4.
88Le Billet du supporter, 17 septembre 1933, p. 3.
89Le Billet du supporter, 29 janvier 1933, p. 5.
90Le Billet du supporter, novembre 1934, p. 3.
91Le Billet du supporter, 17 septembre 1933, p. 3.
92Le Billet du supporter, 19 novembre 1933, p. 5.
93Le Billet du supporter, novembre 1934, p. 7-8.
94Le Billet du supporter, décembre 1934, p. 1-2.
95Le Billet du supporter, 29 janvier 1933, p. 1-2.
96Le Billet du supporter, 19 novembre 1933, p. 5.
97Le Billet du supporter, octobre 1934, p. 6.
98L’Ouest-Éclair, 5 mai 1935.
99L’Ouest-Éclair, 6 mai 1935.
100Le Billet du supporter, octobre 1934, p. 6.
101Le Billet du supporter, 23 octobre 1932, p. 3
102Commune de l’arrière-pays niçois.
103Le Billet du supporter, 24 février 1934, p. 1.
104Le Billet du supporter, novembre 1934, p. 1-2.
105Le Billet du supporter, novembre 1933, p. 11-12.
106Le Billet du supporter, 23 octobre et 25 décembre 1932, 29 janvier 1933.
107Le Billet du supporter, octobre 1934, p. 4.
108Le Billet du supporter, décembre 1934, p. 6-8.
109Le Billet du supporter, 23 septembre 1932, p. 6.
110Le Billet du supporter, 22 octobre 1932.
111Cf. Lanfranchi Pierre et Wahl Alfred, op. cit., p. 85-100.
112Le Billet du supporter, 2 octobre 1932, p. 4.
113Le Billet du supporter, 10 décembre 1933, p. 6.
114Le Billet du supporter, 23 octobre 1932, p. 4.
115Le Billet du supporter, 25 décembre 1932, p. 2.
116L’Ouest-Éclair, 2 février 1935.
117Le Billet du supporter, juin 1934, p. 1.
118Le Billet du supporter, 23 octobre 1932, p. 7.
119Le Billet du supporter, 17 septembre 1933, p. 4.
120Le Billet du supporter, 5 mars 1933.
121Le Billet du supporter, juin 1934, p. 5.
122Le Billet du supporter, janvier 1935, p. 10.
123Le Billet du supporter, 29 janvier 1933.
124Le Billet du supporter, 7 mai 1933.
125Le Billet du supporter, 2 octobre 1932.
126Le Billet du supporter, 20 novembre 1932, p. 8.
127Cf. L’Ouest-Éclair, 5 octobre 1933.
128Le Billet du supporter, 24 février 1934, p. 8.
129Le Billet du supporter, 10 décembre 1933, p. 5.
130Le Billet du supporter, juin 1934, p. 4.
131Le Billet du supporter, janvier 1935, p. 12.
132Le Billet du supporter, 17 septembre 1933.
133Le Billet du supporter, 23 octobre 1932, p. 5.
134Ibid., p. 2.
135Le Billet du supporter, juin 1934, p. 11-12.
136Le Billet du supporter, 19 novembre 1933.
137Ibid.
138Le Billet du supporter, 2 octobre 1932.
139Le Billet du supporter, 29 janvier 1933.
140Le Billet du supporter, 10 décembre 1933, p. 3.
141Le Billet du supporter, 14 avril 1934, p. 4 et 6.
142Le Billet du supporter, 17 septembre 1933.
143Il s’agit de Saint-Brieuc.
144Le Billet du supporter, 10 décembre 1933, p. 3.
145Le Billet du supporter, 24 février 1934, p. 9 – en référence à un article de Jean Eskenazi dans L’Auto.
146Le Billet du supporter, 24 février 1934, p. 3.
147Le Billet du supporter, 14 avril 1934, p. 9.
148Le Billet du supporter, 25 décembre 1932.
149Le Billet du supporter, 5 mars 1933.
150Le Billet du supporter, juin 1934, p. 4.
151Le Billet publie, régulièrement, des éléments captivants relatifs à la trésorerie de la Division 1. Ainsi la moyenne des revenus tirés par match au terme des trois premiers mois de la saison 1932-1933 est de 20 600 francs, loin derrière le Red Star et l’Olympique de Marseille (respectivement 37 700 et 47 900 francs) et loin devant Alès (10 700 francs) ou l’Excelsior de Roubaix (11 000 francs). Le Billet des supporters, 25 décembre 1932.
152Le Billet du supporter, 14 avril 1934, p. 1.
153Le Billet du supporter, 25 décembre 1932, p. 10.
154Le Billet du supporter, novembre 1933, p. 8.
155Le Billet du supporter, octobre 1934, p. 4.
156Le Billet du supporter, octobre 1934, p. 9.
157Le Billet du supporter, 24 février 1934, p. 7.
158Ibid., p. 8.
159Le Billet du supporter, 10 décembre 1933, p. 6.
Auteur
-
Philippe Tétart
Maître de conférences en histoire, enseigne à Le Mans université, est rattaché au laboratoire TEMOS CNRS et expert auprès du musée national du Sport. Il a notamment publié Les Pionniers du sport (La Martinière/Bibliothèque nationale de France, 2016), dirigé Histoire du sport en France (Vuibert, 2007) et La Presse régionale et le sport. Naissance de l’information sportive, années 1870-1914 (Presses universitaires de Rennes, 2015).
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