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    Plan détaillé Texte intégral Une périodisation à quatre temps Le temps des défricheurs (1912-1925) Le temps de la cristallisation (1926-1931) 1938-1939 : reflux et vaudeville… Conclusion Notes de bas de page Auteurs

    Côté tribunes

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Clubs de supporters

    Le temps des pionniers et des premiers débats (1912-1939)

    Philippe Tétart et Stéphane Mourlane

    p. 49-91

    Texte intégral Une périodisation à quatre temps Le temps des défricheurs (1912-1925) Au-delà des clubs Supporters de football : une réputation mitigée L’inquiétant supporter de rugby Le temps de la cristallisation (1926-1931) Une cristallisation très septentrionale Football, encouragement et camaraderie Au-delà des seuls clubs Plaidoyers pour le supporter Un supporter Janus Une figure en voie de banalisation Un phénomène installé (1932-1937) Deux années clés : 1932 et 1936 Affluences ? Une lente infusion nationale La passion du club avant tout Le supporter entre vertus et vices 1938-1939 : reflux et vaudeville… Conclusion Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1L’objectif de cet article est d’éclairer l’histoire des clubs de supporters. Nos lecteurs noteront d’emblée qu’il ne sera pas nourri au sein des sources émanant de ces clubs. À ceci deux raisons.

    2La première touche à leur disponibilité : la disparition ou le non-dépôt de la plupart des archives de clubs et des amicales de supporters, constatés auprès de plusieurs Archives départementales, met l’historien en difficulté. Quand ils existent, les dépôts sont très pauvres, parfois inexploitables. Les Archives municipales ne semblent pas plus recevoir ce type de documentation. Le peu de goût des archives et de leur conservation dans les milieux sportifs, ajouté au long désintérêt des services d’archives pour les documents relatifs au sport explique cette situation1. En somme, seule la quête d’une documentation de première main permettrait d’envisager de faire une histoire sociale des supporters aboutie2.

    3La seconde raison renvoie à l’intention présidant à ces pages : on y posera un cadre, soit, pour l’essentiel, des repères temporels et spatiaux touchant à la naissance et au développement du supporterisme. Quoiqu’assortie d’un certain nombre de réflexions portant sur la représentation et les évolutions de ce phénomène, on ne peut donc pas prétendre à une analyse aboutie. Une telle entreprise – qui ferait d’ailleurs un stimulant chantier de recherche – supposerait d’exploiter les archives des clubs (de sport et de supporters) éventuellement conservées, les sources policières et/ou préfectorales touchant au maintien de l’ordre public, enfin un solide corpus de presse, généraliste et spécialisée, sur les supporters.

    4Pour mener cette étude à vocation introductive, deux sources ont été mobilisées. En premier lieu, le Journal officiel de la République française. Il permet de relever, systématiquement, les déclarations d’associations de supporters. Il livre aussi, au travers des quelques éléments de statuts publiés, des informations sur leurs sièges sociaux et leurs buts. En second lieu, nous avons compulsé la presse. Celle-ci complète parfois les informations collectées dans le Journal officiel. Elle offre surtout un important recueil de documents, de la brève à l’article de fond, permettant de suivre l’évolution des représentations du supporterisme et les grandes scansions de son déploiement. Sur un plan quantitatif, elle offre aussi la possibilité d’observer l’entrée progressive du mot « supporter » dans le glossaire journalistique.

    5Sur le plan chronologique, ces sources permettent de dater le préambule de l’organisation des supporters : il se joue entre 1912 et 1914. Elles montrent ensuite que la première véritable poussée du phénomène intervient à la fin des années 1920 et que son essor, étroitement lié aux passions footballistiques, se joue au cœur des années 1930.

    6Sur le plan géographique, elles révèlent un tropisme septentrional. Des clubs existent, certes, en terres méridionales, mais la plupart sont implantés au Nord de la Seine, le Nord et le Pas-de-Calais étant leurs terres d’élection.

    7S’agissant enfin des sociabilités et de leurs objectifs, nos sources n’introduisent pas à l’intimité de la vie associative. Elles n’en livrent pas moins quelques bribes d’informations sur la localisation des sièges sociaux des clubs, en particulier les cafés. Elles nous instruisent surtout sur les activités et les buts des supporters, généralement commandés par une philosophie agrégeant corporatisme sportif, « petit patriotisme » et principe d’entraide.

    Une périodisation à quatre temps

    8Au plus général, la distribution annuelle des fondations de clubs de supporters fait ressortir le cap de l’année 1926, après lequel, malgré de légers temps de ralentissement, le phénomène se développe de façon continue (graphique 1).

    Graph. 1. – Déclarations de clubs/amicales de supporters.

    Source : Journal officiel, presse.

    Graph 2. – Déclarations de clubs de supporters par décennies.

    Sources : Journal officiel, presse.

    Graph 3. – Occurence des expressions « les supporters »/« des supporters » dans la presse quotidienne.

    Sources (Gallica) : L’Action française, La Croix, Le Figaro, L’Homme libre, L’Humanité, L’Intransigeant, Le Journal, Le Matin, Le Petit Journal, Le Petit Parisien.

    9Si on veut établir une périodisation plus fine, quatre séquences peuvent être distinguées. La première couvre les années 1912-1925. Le supporterisme y apparaît timidement et de façon discontinue, bien sûr durant la guerre, mais aussi au début des années 1920. De 1926 à 1931, une seconde séquence voit la cristallisation progressive du phénomène, avec une multiplication plus franche du nombre de clubs entre 1929 et 1931. Les années 1932-1937 constituent une troisième séquence. L’organisation des supporters s’y affirme plus nettement. Cette période s’articule autour de deux points d’accélération : la poussée de 1932 – qu’il faut corréler à la professionnalisation du championnat de France de football –, puis, l’explosion du nombre de clubs de supporters en 1936-1937 – qui établit une concordance frappante avec le Front populaire et pourrait être l’expression de l’ouvriérisation du phénomène. En forme d’épilogue, le soir des années 1930 est le théâtre d’un recul du nombre de fondations de clubs de supporters.

    10Cette périodisation souligne l’importance des années 1930 dans l’histoire des clubs de supporters. Elle ressort plus encore lorsqu’on jette un regard plus synthétique sur la création des clubs, de l’éveil de 1912 jusqu’à la dynamique enclenchée en 1932 (graphique 2).

    11Cette périodisation est confirmée par l’étude des occurrences des expressions « les supporters » et « des supporters » dans la presse quotidienne (graphique 3)3. Entre points d’accélérations, paliers et autres temps de recul, elle concorde précisément avec la courbe des fondations des clubs (graphique 1). De nouveau, la fin des années 1920 apparaît comme le temps de la cristallisation du phénomène et le cœur des années 1930 comme celui de sa première maturité.

    Le temps des défricheurs (1912-1925)

    12Avant la Grande Guerre, le Journal officiel révèle l’existence de deux clubs de supporters fondés l’un et l’autre dans le Nord : d’une part, le Club des supporters de l’Olympique lillois, fondé en 1912 ; d’autre part, le Club des supporters de l’Union sportive de Tourcoing, né en 1914. La presse généraliste, comme sa consœur spécialisée, ne permet pas d’en repérer d’autres – du moins organisés car, en effet, par recoupements, on découvre que des groupes informels de supporters gravitent déjà autour des équipes de football du Havre, de Rennes, de Saint-Malo, de Dunkerque et de Rouen où les « membres honoraires » du Football Club composent un hymne les représentant en « vrais amateurs de sport », c’est-à-dire en supporters. De même, le rugby semble déjà réunir de larges groupes de partisans.

    13Au seuil des années 1910, la figure du supporter – expression entrée dans le glossaire sportif autour de 1905 et qui frappe encore à la porte du vocabulaire courant4 – est donc peu commune. Bien des journalistes prennent encore soin de ceindre le mot de guillemets, l’assimilant encore à une étrangeté. Il est vrai que le public passionné de sport, de football surtout, est alors composé de « cercles [d’]initiés issus du même milieu5 » que les joueurs, les uns et les autres étant souvent nommés « partisans de sport », une locution en usage depuis la fin du xixe siècle, qui l’emporte sur l’anglicisme supporter jusqu’en 1910-1911. En somme, avant 1914, les journalistes n’évoquent ni ne commentent l’organisation, formelle ou non, des premiers cercles de supporters. Comme on l’a vu dans l’article précédent, il n’y a guère que dans les organes sportifs du Nord, terre d’élection du supporter, que sa figure connaît une première exposition.

    14Après-guerre, la réorganisation du monde sportif va de pair avec une évolution majeure : le football, porté à un nouveau stade de popularisation chez les soldats6 durant le conflit, et qui s’apprête à entrer dans l’ère des « mouvements de foules7 », devient le premier porte-greffe du supporterisme organisé. Toutefois, les initiatives visant à fédérer des supporters de football restent rares. Les deux premières datent de 1920. La première intervient à Sète. Les Dauphins s’y constituent pour soutenir leurs footballeurs, qui dominent les compétitions du Sud-Est de la France depuis le début du siècle8 ; ils se dotent aussitôt d’un bulletin. Peu après, sous la dénomination « Allez l’OL », le club de supporters lillois de 1912 est refondé. Il est aussitôt associé à la vie de l’Olympique, qui vient de remporter le championnat USFSA du Nord (1911) devant le rival de l’US Tourcoing9. Il est, au-delà, intégré parmi les acteurs de la vie locale – à l’instar de la contribution de sa fanfare aux commémorations de la naissance de la République et de l’Armistice10. En 1922, l’Union sportive granvillaise suscite à son tour la création d’un club de supporters. Enfin, en 1924, des Douaisiens se réunissent autour du Sporting Club.

    15Entre 1920 et 1925, on compte donc seulement trois véritables créations de clubs de supporters de football, à Sète, Granville et Douai.

    Au-delà des clubs

    16Sans qu’on puisse en avoir une vue précise, il faut aussi envisager les supporters n’ayant pas éprouvé pas le besoin de se fédérer sous l’égide de la loi de 1901. C’est le cas de ceux de rugby. Ils semblent volontiers se réunir dans le giron des clubs à partir de 1920-1921. C’est aussi le cas pour le football. Ainsi, à Lunéville, un « organe de liaison des membres et des supporters de l’USFSA », L’Uéséliste, voit le jour dès 1918, mais le club de supporters stricto sensu naîtra seulement en 1936. De même, en 1922, la presse évoque les groupes de supporters de football de Rouen et de Boulogne-sur-Mer ; or ils se constituent en clubs en 1927 et en 1939. Même chose à Bordeaux : plusieurs cercles de supporters semblent exister dès 1923, autour de la Bastidienne notamment11, mais les premiers statuts d’un club sont déposés en 1938.

    17Plus largement encore, l’expression supporter commence à servir pour désigner tout ou partie du public du sport sans qu’on sache s’il s’agit d’un usage générique ou d’une référence non dite à des sociabilités formellement constituées. On peut prendre pour exemple les « supporters » de football de Liez (Aisne) évoqués par Le Populaire en 192412 et les partisans des rugbymen carcassonnais dont il sera question plus loin. Semant encore un peu plus le trouble, il arrive que les journalistes confondent adhérents et partisans d’un même club sous le vocable de supporter. C’est le cas dans l’Hérault : la presse spécialisée a tôt fait d’amalgamer les « sporstmen » et les « supporters » de Sète13. C’est encore le cas des « supporters de l’ASPTT Montrouge » – en fait les adhérents – qui, en 1924, se font remarquer pour avoir réussi à collecter 150 000 francs contribuant à achever la construction du Stade des PTT à Paris14.

    18En somme, la définition médiatique du supporter, extensive, renvoie à tous ceux qui contribuent à la bonne marche et à la cause d’un club. Il y a là une sorte de confusion. Elle s’explique. En effet, lorsque le phénomène prend ses marques, le principe de la proximité entre les dirigeants, les joueurs, les supporters et, plus largement, le public semble être, dans certains clubs, une valeur cardinale. Du coup, a posteriori, il est difficile de distinguer les catégories de personnages que les journalistes placent sous le mot supporter. Ici, ce sont des dirigeants, des proches du club, les familles des joueurs. Là, ce sont des suiveurs zélés – ils correspondent à la représentation du supporter que nous étudions. Enfin, surtout dans le cas de matches donnant lieu à des mouvements d’humeur mémorables, le supporter peut être un membre anonyme du public n’ayant pas forcément à voir avec de véritables supporters.

    19Dès lors qu’on envisage d’avoir une approche comptable en estimant, même grossièrement, la mobilisation supporteriste en 1920, 1922, 1924, on est donc bien en peine. Alors il faut en rester à ce que nous maîtrisons et à ce qui nous intéresse au premier chef : les véritables sociabilités de supporters, autrement dit les clubs déclarés et les quelques sociétés supportrices informelles, mais repérées ou repérables. Sous ce jour, la reprise, au début des années 1920, du processus engagé à Lille en 1912 reste assez timide et, pour l’essentiel, hormis le cas de Sète, circoncis au Nord de la Seine, dans le Nord avant tout, puis dans la Manche et le Pas-de-Calais, autrement dit là même où se constitue la première identité du football nordiste15.

    Supporters de football : une réputation mitigée

    20À la différence de l’avant-guerre cependant, le phénomène, si peu affirmé soit-il, passe moins inaperçu. Les journalistes campent plus volontiers le supporter, avec ses émotions, dans le décorum sportif. Le Ballon rond évoque ainsi le « supporter » de football de la Bastidienne (Bordeaux) « saisi de frisson », ou l’enthousiasme des « supporters » bordelais lors d’un match de rugby entre le SBUC et Bayonne16. Ce premier type d’évocation consiste le plus souvent en de sommaires notes d’ambiance, à l’image de ces lignes de Georges Bruni, responsable de la rubrique sport du Gaulois, restituant l’atmosphère des épreuves pré-olympiques de football :

    « L’immense stade bleu et jaune ceinture la pelouse verte et rase. Dans les vastes tribunes, les partisans des équipes, les “supporters”, comme on dit maintenant en français, ont arboré à la boutonnière leurs couleurs nationales, les femmes ont des écharpes rouges, vertes, orange, des drapeaux minuscules s’agitent. L’heure approche. Soudain une clameur, des bravos. Une équipe apparaît. Toute se tait et s’immobilise car voici l’hymne17. »

    21Les peintures en forme de miniature échappant à ce type, assez fruste, de mise en scène sont exceptionnelles. Plus fréquentes sont, en revanche, les articles traitant du retard français, comme celui-ci, publié dans La Presse en 1924 :

    « Depuis de longues années, les Belges ont fondé des clubs de supporters […]. Nous connaissons bien en France quelques chorales puissantes (quant à la voix) mais non organisées […]. Dans les déplacements importants de la Coupe de France, par exemple, il y a bien une douzaine de dévoués qui accompagnent les couleurs chères à leur cœur. Malheureusement leurs voix sont noyées dans les encouragements bruyants des locaux. Est-ce à dire que nous voudrions des galeries plus bruyantes ? Oh non, elles le sont déjà bien assez, mais la concurrence empêcherait peut-être la partialité. Quand un pauvre onze joue dans une ville chauvine au milieu de 5 000 à 6 000 partisans de ses adversaires, il se trouve bien dépaysé. Le découragement vient bien vite et souvent il est incapable de donner la mesure de ses moyens. C’est alors que le club des supporters est utile. Il peut l’être aussi pour obtenir des réductions sur les tarifs de chemin de fer et même sur l’entrée des terrains. Qui donc commencera cette mode en France ? Un essai serait le bienvenu18. »

    22Tout en suggérant que le supporterisme, avec ses accents « chauvins », n’a encore rien de banal, cette chute laisse penser que le rédacteur de ces lignes ignore les quelques aventures déjà engagées et, d’une façon plus générale, comme l’a souligné Paul Dietschy, le climat parfois violent sur les stades de football, en Angleterre, en Belgique, mais aussi en France19. À sa lecture perce le sentiment que le supporter demeure un personnage insolite, méconnu et très peu français. De fait, certains journalistes encadrent encore le mot supporter de guillemets tout en le rapportant à un phénomène plus anglais que français20.

    23Cette représentation trahit en partie la réalité. D’autres journalistes connaissent, en effet, assez bien les supporters et leurs humeurs pour s’en émouvoir. Sous leurs plumes, le supporter de football est assez souvent présenté comme un « amateur de beau jeu21 », dont l’« enthousiasme » reste, comme avant-guerre, bon enfant. Parfois, cependant, il cède à l’appel de la sottise. C’est ce que regrette Frantz Reichel à l’issue d’un match Amiens-Standard AC au cours duquel « les supporters des deux partis se [gratifient] des noms et des qualificatifs les plus gras de leur répertoire22 ! » Ailleurs, on suggère souvent que le supporter est trop chauvin : témoin cette note d’un rédacteur de Match-Oran soulignant que, pour une fois, « le chauvinisme ne montra pas le bout de son oreille23 ».

    24Même si, selon un rédacteur de Paris-Soir, il est moins « poire » que celui de rugby24, le supporter de football a donc une mauvaise réputation qui inspire des fictions peu amènes pour le monde du ballon rond. En 1923, l’écrivain José Germain Drouilly publie dans Paris-Soir un feuilleton sportif intitulé Les Temps héroïques… et les autres. Dans ce récit, Bob, un « écolier studieux de 16 ans », mène « une vie heureuse » jusqu’à ce qu’un médecin lui recommande, urgemment, la pratique d’un sport. Avec deux amis, l’adolescent décide de s’essayer au football. Il leur faut trouver où taper la balle, alors, « dominicalement », ils s’en vont « observer les clubs candidats ». Et voilà qu’on les y agresse ! Sur l’un choient des « coups de pied défonçant » la poitrine. L’autre se relève « du sang » sur le « visage ». Leurs parents, venus les chaperonner, crient à la voyouterie. Serait-ce une sorte de bizutage ? Point du tout, c’est une méprise : les footballeurs ont pris le trio pour des « supporters des adversaires ». Chute de l’épisode : en dépit de cette mésaventure, Bob se hasarde sur d’autres pelouses, sans trouver son bonheur. Un ami l’incite finalement à faire une ultime tentative auprès du « Club olympique interplanétaire, un club pacifiste25… » Gardons-nous de généraliser à partir de cette fiction. Reste que l’imaginaire de José Germain Drouilly doit bien être nourri de quelque vérité : manifestement des algarades sont survenues dans l’univers du ballon rond parisien, puisqu’il désigne entre autres et nommément le SCUF, le Red Star « et même le Racing ».

    25Voici en tout cas une représentation débordant largement les missions que se donnent les clubs les supporters, soit, pour le peu qu’on en sache : le soutien aux équipes (de football), associé à la propagande en faveur du football, comme à Lille et Granville, et à l’encouragement à la pratique des sports, comme à Douai.

    L’inquiétant supporter de rugby

    26Le supporter de football n’a donc pas toujours l’heur de plaire. Celui de rugby suscite de plus vives inquiétudes encore26. En 1921, sous le titre emblématique « Conseils d’un sage », le chroniqueur sportif (anonyme) du Rappel est un des premiers à parler de la violence rugbystique. Il rapporte à ses lecteurs comment, face au comportement bruyant, parfois agressif, de certains joueurs et supporters, le comité de la Côte d’Opale de la fédération mène une campagne de sensibilisation en placardant à l’entrée des stades ces commandements – une initiative que les instances footballistiques prennent également à la même époque27.

    « À chacun son rôle.
    Le joueur doit pratiquer avec science, courage et correction.
    L’arbitre doit être juge unique de la partie, inclinez-vous devant ses décisions.
    Le supporteur peut encourager son équipe, mais être courtois envers ses adversaires d’un jour.
    Le dirigeant conseillera le joueur – supporteurs de la touche, vous ne vous substituerez pas à lui
    Votre rôle est d’encourager votre équipe préférée. Ce n’est pas de critiquer les joueurs et encore moins de siffler l’équipe adverse ou l’arbitre28. »

    27Pieux conseils – peu suivis, semble-t-il. En 1922, après plusieurs attaques d’arbitres et d’équipes au sortir du terrain, certains observateurs cèdent à la désillusion : des supporters de rugby, il ne faut attendre ni « esprit sportif » ni mansuétude envers l’arbitre ou l’adversaire29. En 1923, après l’agression d’un arbitre lors d’un match Carcassonne vs Stade toulousain, André Glarner, journaliste à double casquette de L’Exclesior (il se partage entre les rubriques sport et diplomatie), publie dans Le Miroir des sports une tribune habitée par un pessimisme aux accents prophétiques.

    « L’incident [de] Carcassonne […] n’est ni un cas isolé ni spécial au rugby. Des incidents semblables se sont produits dans d’autres sports, notamment dans le football et même dans des réunions de sport féminin ! Le malheur est qu’ils tendent de plus en plus à se multiplier […] par la sorte de déformation sportive que sont l’esprit de club et le chauvinisme local. Or ces deux états d’esprit […] sont la conséquence naturelle, presque obligatoire du développement du sport et du goût sans cesse grandissant du public pour les manifestations sportives, chose dont nous avons tout lieu de nous réjouir par ailleurs. […] Et nous verrons encore, malgré tout ce qu’on pourra faire, des arbitres conspués ou même battus et des équipes victorieuses insultées et malmenées […]. Le malheur est qu’on ne peut même pas reprocher à ce public d’être sincère ! Il l’est de tout son cœur et de tout son cerveau ! […] C’est le résultat d’une véritable déformation pathologique […]. Nous avons bien peur que l’esprit local et les excès qui en sont la conséquence soient des maux impossibles à vaincre parce qu’ils résultent du développement même du mouvement sportif30. »

    28En 1924, La Nouvelle Revue du Midi s’émeut à son tour en notant la venue d’un « nouveau phénomène, le “supporter” », un homme qui endure « le vent, la pluie et des températures glaciales pour voir son équipe », et qui est capable de « subits changements d’humeur », au point de perdre parfois « son sens critique » et d’« attaquer les supporters des équipes adverses31 ». Quelques semaines plus tard, Henry de Montherlant – qui vient de publier ses Olympiques – fait à son tour part de son appréhension. Après que la plupart des 40 000 spectateurs du Stade de Colombes a conspué des rugbymen américains à l’issue d’un match perdu par les Tricolores, il écrit, non sans cynisme :

    « Grande corrida à Colombes. […] Haine du plus faible contre le plus fort, haine du peuple contre le peuple, qui sommeillait et qu’on vient de réveiller. […] Maintenant retire-toi, chère plèbe. Tu vois comme on te soigne. Panem et circenses. Tu as ton pain et tes jeux32. »

    29Au milieu des années 1920, le supporterisme a beau sortir à peine du stade embryonnaire, on s’interroge donc, comme a pu le souligner Patrick Mignon33, sur ses excès, ses dérives, sous le signe du rugby en particulier – la fédération tentant d’ailleurs d’en limiter la portée34. En effet, si des incidents émaillent les matches de football, ils y sont, semble-t-il, moins fréquents et excitent moins l’esprit critique des journalistes – même s’ils peuvent regretter que le supporterisme pervertisse l’esprit du jeu35. Un esprit critique n’ayant pas lieu d’être, par ailleurs, lorsqu’ils nomment les autres supporters, ceux qui se passionnent pour la boxe, l’aviron, le cyclisme, l’athlétisme – à l’instar du public du championnat de France d’athlétisme 192236 – et, par extension, ceux qui défendent une cause sportive – comme Jacques Mortane se déclarant supporter du sport féminin37.

    Le temps de la cristallisation (1926-1931)

    30Entre 1926 et 1931, le mouvement s’affirme, tant autour des clubs qu’au travers de la publicisation croissante de la figure du supporter dans la presse. Cette dernière révèle l’affirmation d’un débat sur les dérives du fanatisme sportif, dans le cas du football et, plus encore, du rugby.

    Une cristallisation très septentrionale

    31En 1926, des supporters s’organisent autour des clubs de football d’Amiens, de Billy-Montigny, de Lens et d’Arras. En 1927, ils sont imités par des Nancéens, des Béthunois et des Rouennais. En 1928, Haumont et Valenciennes voient à leur tour naître deux clubs. Neuf groupes constitués en trois ans, cela fait plus qu’entre 1912 et 1925. Même à petite échelle, cette dynamique établit une rupture franche avec la première moitié de la décennie. Les années 1926-1928, constituent ainsi un temps au cours duquel le supporterisme est en voie de cristallisation, même si le nombre total de clubs et d’amicales est encore peu significatif. En dehors de la multiplication des clubs, on en voit le signe dans ce que nous disent les rares brèves sur leur vie interne. Ainsi, en 1926, un rédacteur de Douai-Sportif souligne la bonne santé du Comité des supporters Allez Douai, créé deux ans plus tôt : sa « situation s’améliore de semaine en semaine », avec plus de 80 adhérents et l’espoir d’atteindre le chiffre symbolique de 100 membres lors de son assemblée générale38.

    32Cette cristallisation de 1926-1928 est renforcée par le passage d’un nouveau palier en 1929. En effet, en une seule année, sept nouveaux clubs voient le jour. Le phénomène est assez marqué pour que la presse en fasse état. C’est le cas en particulier dans Le Miroir des sports. On y note que « les fanatiques deviennent plus nombreux chaque année ». On s’y ébaudit du « superbe autocar, orné d’un fanion bleu et noir39 » dans lequel les supporters du Racing Club de Roubaix se rendent à un match contre l’Amiens Athletic Club. Enfin, on y souligne la multiplication des clubs à l’imitation du modèle belge. De fait, en 1930-1931, onze nouveaux clubs sont fondés. Au total, fin 1931, 31 clubs ont été créés depuis 1912. On ignore s’ils sont tous encore actifs à cette date. Mais s’ils le sont, alors leur nombre a doublé en trois ans.

    33Cette première véritable levée est très circonscrite sur le plan géographique. À lui seul, le département du Nord abrite en effet huit clubs, soit un tiers de ceux créés de 1926 à 193140. La Somme et le Pas-de-Calais, départements limitrophes, en voient naître quatre chacun. Près des deux tiers des groupes constitués naissent dans ces trois seuls départements. Ce tropisme géographique est encore renforcé par l’existence de deux clubs en Seine-Inférieure d’une part, dans les Ardennes de l’autre, au contact direct du socle nordiste, calaisien et samarien. Plus de 80 % des clubs de supporters sont ainsi fondés au Nord d’une ligne définie par la Seine à l’Ouest et par l’Aisne à l’Est. Le semis, épars, des autres groupes de supporters – les plus lointains sont à Alger, Sète et à Grande-Combe dans le Gard – ne contrebalance pas cette tendance lourde. Si on s’en tient aux seules associations déclarées, la fixation du phénomène reste, comme avant-guerre, une affaire avant tout septentrionale, dont on verra qu’elle est influencée par le modèle voisin, plus ancien et dynamique, de la Belgique.

    Football, encouragement et camaraderie

    34Les informations publiées au Journal officiel lors de la déclaration des associations sont assez lapidaires. Pour autant, elles livrent de précieuses indications sur ce qui gouverne l’émergence de ces nouvelles sociabilités.

    35Quels sports mobilisent les fans de sport au point qu’ils éprouvent le besoin de s’associer ? Dans les trois quarts des cas, il s’agit du football. Dans d’autres cas, les clubs s’organisent sur un prétexte a priori footballistique, mais en prétendant le dépasser. À Grande-Combes (Gard), on se fédère autour du Football Club avec l’ambition de « défendre et promouvoir le sport ». Dans le Nord, l’objectif de « Allez Haumont ! » est triple : supporter le football, l’athlétisme et, dans la tradition des sociétés de gymnastique et de tir d’avant-guerre41, préparer les jeunes au service militaire. Dans le même département, les supporters lourchois partagent le goût du ballon rond et veulent encourager le « développement physique », conformément aux discours régénérateurs qui accompagnent l’essor des pratiques sportives depuis la fin du siècle précédent. Deux groupes seulement échappent à ce quasi-monopole du ballon rond : le Club des supporters de Bruay-en-Artois, réuni autour de la boxe, et l’Union des supporters du jeu de balle au gant de Valenciennes et de ses environs.

    36Quels principaux objectifs se donnent les supporters ? Le premier consiste à soutenir le club, de deux manières : d’abord en « encourageant les joueurs », les équipes ; puis en encourageant la « prospérité » du club. Si rien n’est précisé sur les conditions permettant de satisfaire ces buts, l’attachement au club et à sa défense prime. Cet attachement ne va pas jusqu’à la confusion des genres entre compétence du club de sport et compétence du Club des supporters. Cette mise à distance renvoie au débat, noté avant-guerre42, sur les conflits d’ingérence ou de territoire entre supporters et dirigeants sportifs. Au Tréport, en 1930, on veut d’emblée garantir une saine cohabitation :

    « Cette amicale dont le but est de resserrer les liens de camaraderie entre tous les membres et amis du FCTM et de faire tout ce qui est possible pour assurer au club la plus grande prospérité et entretenir les bonnes relations qui doivent exister entre les dirigeants de ce club et les supporters43. »

    37À ce patriotisme sportif très pointu s’agrège, de façon presque aussi prégnante, l’idée de faire « propagande » pour le football, pour le sport et, ce faisant, d’agir pour le bien commun.

    38Enfin, le troisième objectif consiste à promouvoir la camaraderie et l’entraide, d’abord entre les membres du club et, parfois, avec les joueurs blessés et malades, comme à Bruay-en-Artois. Il renvoie à l’idée, souvent défendue alors, d’un football rassembleur et intégrateur44, mais aussi, comme à Lens, d’un football portant avec lui des vertus solidaires, égalitaires45.

    39Au plus général, le club de supporter est donc un espace de sociabilité placé sous le triple signe de l’encouragement au club, de la propagande en faveur du sport, enfin de la camaraderie et de l’entraide. Ces traits renvoient aux ressorts mis en évidence par Pierre Arnaud dans la création des sociétés sportives à la fin du xixe siècle46.

    40Si on pense aux critiques dont les supporters sont l’objet, il apert que l’idée de morale ou de code de bonne conduite ne domine en rien les chartes des clubs. S’agissant du jeu lui-même, seuls quatre d’entre elles insistent sur le fair-play. Il s’impose d’être toujours courtois avec l’adversaire et l’arbitre, de faire preuve de bon esprit sportif. En dehors de l’éphémère Fédération nationale des associations de supporters de clubs créée à Amiens en 1929, qui entend lutter contre les mauvais comportements et le « chauvinisme47 », seul le Supporter Club de l’Union sportive des deux Vireux (Vireux-Wallerand, Ardennes), insiste dans ses statuts sur ces dimensions. Il dit vouloir :

    « 1) accompagner l’équipe première et éventuellement d’autres équipes en finale ; 2) engager tous les membres indistinctement, rappeler au public que quelles que puissent être les décisions d’un arbitre celles-ci doivent être respectées ; 3) encourager l’équipe lors d’un match de façon sportive et loyale, sans offenser joueurs et supporters de la partie adverse48. »

    41Un cas non représentatif ? Son isolement le laisse penser. Peut-être aussi son identité. En effet, le club a son siège social dans une école de garçons, un cas unique. L’instituteur est-il de la partie, soucieux d’instituer un comportement moral que lui soufflerait par ailleurs sa conscience pédagogique et civique ? On ne saurait aller au-delà de cette supposition. Quoi qu’il en soit, les clubs qui, pour bon nombre, ont leur siège social dans des cafés, ne semblent pas encombrés par leur image. Ils ne cherchent pas à s’afficher sous les couleurs du civisme sportif ou d’un militantisme favorable à la paix des stades.

    42Les déclarations au Journal officiel nous disent enfin une seule préoccupation pratique, celle d’organiser les déplacements, ce qui renvoie à l’une des missions assignées au supporter dès les années 1910 : faire voyager sa passion sportive, ce sans quoi il n’est point un véritable partisan de sport.

    Au-delà des seuls clubs

    43Mais revenons à la dynamique de la charnière des années 1920-1930 en dépassant le seul cas des clubs. Celle-ci est particulièrement lisible dans la presse. La figure du supporter y est, en effet, toujours plus ordinaire. La grande presse quotidienne lui fait deux fois plus de place en 1931 qu’en 1926 (graphique 3 ci-avant). Du fait de cette représentation accrue, les journaux nous livrent d’autres informations sur la nature et le déploiement du phénomène.

    44Ils révèlent à nouveau l’existence de groupes de supporters non constitués, mais qui se déplacent de plus en plus communément avec les équipes de football et de rugby. C’est le cas à Rennes en 1929. L’équipe bretonne semble agréger autour d’elle « 500 supporters49 », or ils ne se réuniront en club qu’en 1932. C’est également le cas autour du FC Mulhouse. En 1929, ses supporters se déplacent jusqu’au Vésinet lors de la Coupe de France et, pour ce que nous en savons, aucun club de supporters n’est créé à Mulhouse avant 193950. Toujours en 1929, lorsque le Stade olympique de Montpellier gagne la Coupe de France, ses joueurs font « le tour des quartiers » où les attendent des « enthousiastes » qui « ne sont pas groupés en société51 ». À Toulouse enfin, concernant le rugby cette fois, le club dit des « Fusillés de la Concorde52 » accompagne les joueurs du Stade toulousain.

    45Dans certaines villes du Nord, cette organisation informelle semble prospérer. Elle renvoie aux multiples « antagonismes de clubs » à l’échelle d’une seule cité53. Si l’on en croit Le Miroir des sports, l’Union sportive tourquenoise revendique en 1929 le « titre de société sportive possédant le plus grand nombre de supporters54 ». Un seul club y est déclaré, le Club des supporters de l’UST (1914), mais, d’après l’enquête menée par l’hebdomadaire, cinq autres groupes défendent les footballeurs tourquennois : Allez l’Union, le Club des supporters des cheminots du Nord, le Club des supporters de l’Alsacienne, le Club des supporters de Flocon et le Club des supporters de La Moulière ; autant de groupements qui, selon nos recherches, n’ont pas d’existence officielle. Pour peu qu’ils aient des homologues partout dans le Nord et ailleurs en France – la probabilité est forte –, alors leur existence pose de singulières limites au réalisme de notre investigation. On conviendra qu’il s’agit d’une impasse que seul un travail très fin dans la presse locale de tout l’Hexagone permettrait de dépasser. Reste ce postulat : le phénomène dépasse alors, très probablement, le cas strictement repérable des clubs déclarés auprès des autorités.

    46Cette floraison se joue aussi, de plus en plus souvent, hors des terrains de football et de rugby. On sort ainsi du champ relativement clos défini par les seuls clubs déclarés. Témoin, en 1928, les supporters de cyclisme nommés par Le Miroir des sports lors du France-Italie de cyclo-porteurs organisé au Vel d’Hiv ou lorsque le coureur italien Pietro Linari prend le départ du Prix Wolber55. Témoin aussi les admirateurs des boxeurs Primo Carnera56 et Georges West57, les « fervents » du nageur algérien Roig58, les « supporters » des Jeux d’hiver de Lake Placid59. On pourrait multiplier les exemples.

    Plaidoyers pour le supporter

    47Autre signe d’un supporterisme qui mûrit : la publication d’un certain nombre de tribunes appelant à son développement, local et/ou national. Leurs auteurs s’y réfèrent volontiers aux modèles étrangers, celui de la Belgique avant tout, où un club comme le Charleroi Sporting Club revendique en 1929 plus de 4 700 supporters encartés dans 46 groupes différents réunis sous l’égide de l’Entente des clubs de supporters60. Trois ans plus tôt, les lecteurs du Miroir des sports apprenaient ainsi que :

    « Un club de supporters possède sa bannière, sa musique, son café ? Le sens de la réunion assure au football belge une rivalité de clocher qui lui donne une incontestable vitalité61. »

    48Cinq ans plus tard, au lendemain d’un voyage en Italie où il a suivi la Coupe Internationale de football, Emmanuel Gambardella déplore d’avoir observé des supporters tchécoslovaques « enthousiastes », des Italiens « ardents », des Allemands « bruyants » et « disciplinés », des Hollandais « par milliers » et des Français n’ayant fait « au mieux qu’une courte apparition62 ». L’ancien rédacteur du bulletin des Dauphins de Sète, à l’occasion conseiller des instances fédérales sur le passage au professionnalisme63, s’appuie sur ce constat pour appeler au réveil hexagonal.

    49Même son de cloche, peu après, en Algérie, sous la plume, malheureusement anonyme de « Jean de La Lune ». Après s’être référé à Emmanuel Gambardella, il plaide à son tour, mais bien plus énergiquement, pour un développement qui, juge-t-il, devrait être encouragé par la fédération.

    « Il faut sans retard inciter les sportifs à lancer ce mouvement et inviter le plus hardi à en prendre la tête […]. Quelle satisfaction pour l’équipe […] de ne plus se sentir isolée, étrangère, nulle part où qu’elle aille. Sa force, sa valeur s’en trouveraient décuplées pour le moins, emportant avec elles des figures familières, amies et protectrices. […] Au milieu de ses supporters, le joueur est confiant, insouciant et ne s’occupe que de son jeu. Et puis, il veut faire honneur à ses protecteurs, il s’ingénie de toutes ses forces, il met à l’épreuve toute sa science, afin de pouvoir, pour les dédommager de leurs peines, de leurs soucis et leur offrir la victoire de leur team choyé. Ce sentiment en entraînant un autre, il s’ensuit que l’affection mutuelle se renforce et la grande famille devient à chaque jour plus chère64. »

    Un supporter Janus

    50Au-delà de ces appels, la presse permet de voir s’affiner la représentation d’un supporter sans cesse plus janusien.

    51Premier profil : celui du bon supporter tel qu’il a été défini avant-guerre et au début des années 1920. Emmanuel Gambardella le place sous la bannière du solidarisme, de la « famille » et de « l’affection mutuelle ». C’est un ardent défenseur de son club, de football en particulier. Sa passion est de « bon aloi65 » et il fait preuve de « bonne humeur66 ». Selon Paris-Soir, se référant aux partisans du SCUF, les « bons » supporters se distinguent par la somme des encouragements dont ils gratifient leur équipe et par leurs assauts de « bonne humeur » plutôt que d’irritation67.

    52Second profil, dont la présence est bien plus sensible qu’au début des années 1920 : celui du supporter tapageur, voire violent, qui, si on lit le portrait qu’a pu en faire Julien Sorez, correspond sans doute plus précisément à la réalité du terrain68. On le dit souvent « irréductible69 », profondément attaché à sa petite patrie sportive. Il n’est d’ailleurs jamais aussi mobilisé que lors des derbys et se révèle sous les traits d’un chauvin invétéré. En 1927, dans une tribune aux accents moqueurs, Henry Decoin, encore journaliste sportif70, rêve d’un sport bercé par la « miousic » plutôt que par les vociférations et le « chauvinisme des supporters71 ». Surtout, ces derniers peuvent faire régner une ambiance délétère sur les terrains, de rugby en particulier. Presque jamais constitués en clubs officiellement déclarés, les supporters de rugby se signalent en effet d’autant plus à l’attention publique que leur sport est en train de vivre une rapide démocratisation. Un fait parmi d’autres : un match France-Irlande du tournoi des Cinq Nations 1927, conclu par une défaite tricolore, entraîne de vives protestations à l’encontre de l’arbitre, et même un certain « tumulte » arrachant cette réflexion à un des équipiers irlandais : « Vous avez de bons supporters72. » Affaire de point de vue. C’est notamment celui de Charles-Antoine Gonnet. Un an après la fin de sa carrière en équipe de France de rugby (où il évoluait au poste de talonneur), celui qui entame une carrière d’écrivain et de scénariste prend la parole dans L’Intransigeant pour défendre l’honneur du public du rugby et aller contre des représentations qu’il juge caricaturales. À l’occasion d’un match Bordeaux-Racing Club de France n’ayant donné lieu à aucune algarade et sous un titre tenant tant de l’adage que du vœu pieux (« Tous les sportifs sont frères… »), il dit :

    « Accueil superbe, supporters fanatiques ; beau match, enfin, où les chances durent longtemps égales. Les publics méridionaux ne nourrissent pas contre les équipes parisiennes comme on a pu l’écrire de ressentiment. […] Quelques énergumènes ne font pas le sport : nous devons louer sans réserve les spectateurs girondins d’avoir tenu par leur correction cordiale à attester que les devoirs de l’hospitalité et le respect de l’adversaire sont une des formes les plus nobles du goût tout court73. »

    53Mais Charles-Antoine Gonnet est encore, si l’on veut, juge et partie, forcément attaché à la défense de son sport. D’autres ne trouvent aucune qualité à un supporterisme qui se mue trop souvent à leurs yeux en partisannerie agressive. C’est le cas d’André Hutin dans Paris-Soir. En 1929, il traite de ce problème dans un des rares articles de fond publié avant la fin des années 1920. Dans une longue colonne, il désavoue les supporters de rugby et plaide – sans trop y croire – pour un supporterisme policé. D’abord, il soutient les récentes – et à son sens louables – initiatives visant à fédérer des supporters de football et de rugby. In fine, il confirme donc la dynamique de la fin des années 1920. Pour le reste, il dresse un bilan plutôt catastrophiste lié à la « violence endémique74 » sévissant dans le rugby et autour de lui. Il dénonce « l’atmosphère de muerte75 de certains matches de championnats aussi bien dans le Midi qu’à Paris », aux antipodes des « douces mœurs sportives » qui font « tache d’huile » dans le pays76. Est-il encore tolérable, demande-t-il, que la violence prenne ses aises dans des villes – il cite Pézenas – où tout joueur extérieur, tout arbitre doit « avoir fait son testament » avant de fouler la pelouse du stade ? Il ne le pense pas, opposant alors le mauvais supporter français – « souvent méchant hélas ! », « fauteur de troubles » et parfois trop ivre pour tenir sa « bannière » – au « sympathique » supporter belge, qui ressemble à s’y méprendre au respectable supporter évoqué plus haut.

    « Il est un pays où les supporters sont très prospères, c’est la Belgique. […] Il y règne une grande camaraderie, autant que dans les équipes qui sont sur le terrain. Les supporters sont aussi joyeux ou tristes que les joueurs lorsque l’équipe est victorieuse ou qu’elle a subi une défaite. Les supporters ne se déplacent pas à dix ou quinze, ils sont deux cents, comme ils peuvent être cinq cents ou mille. Sur le terrain, ils encouragent les joueurs avec fougue et passion. Ils réprouvent le mauvais jeu d’où qu’il vienne et la brutalité. Bien que le caractère belge ait beaucoup de points communs avec le Français, on n’a encore, de mémoire d’homme, jamais lynché un arbitre à Bruxelles, Anvers, Gand ou Liège. Il est vrai que le football est roi et que l’on ne pratique pas le rugby outre-Quiévrain. »

    54La conclusion de Hutin est sans ambages :

    « Faire des clubs de supporters pour donner un peu de gaieté et adoucir les passions, parfait, mais il serait bien difficile, croyons-nous, de réaliser en France ce qui a été fait en Belgique. Si on ne peut, que l’on s’abstienne, il est inutile d’aggraver une situation de fait. Voilà pourquoi ce qui convient bien à nos amis du Nord n’a aucune chance chez nous et c’est regrettable. »

    55Subtil distinguo de conclusion, teinté, peut-être, d’un soupçon de mépris très parisianiste. Du reste, la greffe ne prend pas à Paris. Fin 1929, un bon connaisseur de la vie sportive, le journaliste et romancier René Lehmann, qui écrit notamment pour L’Intransigeant et Match, affirme qu’il n’y a pas un seul groupe de supporters constitué dans la capitale77. La presse parle certes de supporters parisiens, mais au sens générique de spectateurs enthousiastes ou d’adhérents d’un club. De fait, hormis le club de supporters de l’équipe de France de football créé en 1933, le premier groupe déclaré de supporters parisiens voit le jour autour du Racing en 193478, avant d’être déclaré en 1936. Il est un fait, aussi, comme Cyrano et L’Intransigeant l’expliquent à leurs lecteurs, que le phénomène est d’abord nordiste et calaisien79. On retrouve donc ici l’idée, déjà soulignée par Alfred Wahl, d’un public parisien en partie ignorant de l’exaltation sportive80.

    56Dans le Nord justement, le débat se noue aussi, autour du football cette fois ; football dont il est de notoriété publique que certains supporters, à l’image des Boulonnais, ne sont pas « tendres81 ». Les arbitres, surtout, et parfois les joueurs y sont la cible d’agressions verbales, physiques. Le problème est sensible. Il est soulevé et discuté par la presse septentrionale. Ainsi, en 1926, le rédacteur en chef de Douai-Sportif dit combien la « colère », parfois « noire », des supporters douaisiens et nordistes est répréhensible et trop fréquente. Il dit aussi son « rêve » d’un « supporter silencieux » dont « le charme tranquille » permettrait à la « feuille de température » des matches d’être « normale82 ». Mais, il ne se berce pas d’illusions : pour lui, le « dogme footballistique83 » et le « film à épisode » du calendrier ne permettent pas de croire au retour à la quiétude. Las, trois ans plus tard et sous le titre « Pour être un bon supporter84 », il dénonce de nouveau l’extase béate des supporters face aux footballeur-héros, leur mauvaise foi et leur étrange code d’honneur. Sa prose est trop délectable et significative à la fois pour ne pas être citée généreusement.

    « Il ne suffit pas d’avoir du supporter que le nom… Il s’agit de suivre au doigt et à la baguette les décisions prises par le team de la commission des supporters. Pour la bonne marche de l’organisation, je crois résumer les directives dont doit s’imprégner chaque intéressé.
    Match au dehors – […] Se précipiter vers les joueurs dès leur arrivée, les débarrasser de leur valise pour éviter la fatigue. Se munir de cigares et cigarettes pour divertir les “ chérubins ”.
    Le match – Choc entre joueurs. Démontrer bruyamment sa satisfaction si l’adversaire a pris le billet de parterre. Dans la situation contraire […] protester énergiquement : le président doit immédiatement faire donner ses basses avec une extrême vigueur.
    Buts marqués – Pour : enthousiasme, embrassades, cannes et chapeaux à la voltige […], le tout suivi d’un excellent rafraîchissement à la buvette. Contre : […] Si le point est accordé, grognements prolongés, invectives lugubres, noms d’oiseaux à l’adresse du referee. Ne pas oublier de joindre le geste à la parole et pour rendre le cadre vraiment poétique tendre le poing en ajoutant l’expression légendaire “On les aura” ! Buts non accordés : chambardement aigu. […] Au besoin envahir le terrain pour faire la plus forte impression sur le chevalier du sifflet [et] si l’action se passe chez l’adversaire, pour bien “amocher” son ground.
    Victoire : joie incommensurable ; par nécessité pleurs […]. Rassemblement, cortège vers le siège, champagne […]. Nécessité d’avoir des “cadavres”. »

    57L’univers du supporterisme, en rugby, en football, n’est donc pas des plus pacifiques et la crainte apparaît d’un mimétisme susceptible de gangrener d’autres sports. En 1927, le journaliste et futur député Louis Gauthier-Chaumet s’inquiète pour le basket. À la suite d’un match France-Italie lors duquel le jeu des joueurs transalpins a été jugé brutal et la réaction « farouche » des supporters excessive, il estime que « sport proprement dit – c’est-à-dire la compétition, le championnat, la coupe, le match international » – à la différence de « l’éducation physique » – c’est-à-dire « la culture corporelle raisonnée » – nourrit des passions toxiques, chez les joueurs comme chez les spectateurs. Conclusion : « le basket-ball doit rester un jeu courtois, paisible et charmant. Il faut lui interdire de se lancer sur les traces de ses grands frères, le football et le rugby85 ».

    58Le débat sur les dérives supporteristes connaît donc des chapitres plus nourris, plus fréquents qu’au début des années 1920, jusqu’à inspirer, de nouveau, un romancier. En 1928, l’écrivain et poète belge Maurice Carême publie Le Martyre d’un supporter86. Dans ce récit, un employé et bon père de famille, à la vie tranquille et monotone, est amené par un ami à un match de football. Il y vit une révélation et est aussitôt saisi de frénésie footballistique. Dans cette passion subite il s’engouffre, se perd et dépérit, englouti par son aliénation, jusqu’à la déchéance et la mort ! Rédigeant une chronique aimable sur ce récit, l’écrivain Georges Marlow en profite pour épingler un phénomène sans « grand relief », mais un « poison » qui transmue « le plus beau match du monde » en pitoyable spectacle pour peu que les « turbulentes arrière-gardes » de supporters poussent des « hurlements » de « colère87 ». L’accueil fait au Martyre d’un supporter, bon par ailleurs, justifie donc une critique en règle des supporters. Dans La Renaissance, on en tire cette morale : « la passion insatiable » du football peut miner « l’être social » jusqu’à la mort88. Dans L’Archer, Jean-Paul Bonnami pense que le récit de Maurice Carême « est truffé de judicieuses » remarques sur « la psychologie d’un fervent du sport89 ». Dans Les Annales politiques et littéraires, Gérard Harry souligne comment, « avec un sens descriptif le plus aigu », l’auteur dépeint les « ravages qu’exercent sur une famille d’humbles bourgeois l’actuel fanatisme sportif », jusqu’à « la ruine morale et matérielle » d’un pater familias aliéné par « les voluptés du football ». Il conclut : « Et voilà – sans que l’âpre et vigoureux conteur de cette histoire vécue l’ait voulu, peut-être – un remarquable pamphlet contre la culture hypertrophique du muscle aux dépens de l’intellect90. »

    Une figure en voie de banalisation

    59Ce débat sur le bon et le mauvais supporterisme ne fait cependant pas la une. La plupart du temps, la presse imprime le mot « supporter » dans la procédure la plus élémentaire qui soit : désigner les fans de tel ou tel club dans la recension d’un match, en faisant moins souvent état de leur comportement ou de leur organisation en association que de leur nombre (généralement quelques centaines). Il n’en reste pas moins que le supporter est plus présent dans la presse, laquelle permet de percevoir l’effervescence et l’esprit d’initiative qui soufflent, dans le champ du football en particulier.

    60Témoin emblématique de cet esprit, le lancement, à Amiens, en 1929, d’une Fédération nationale des associations de supporters de clubs (FNASC) dont les buts sont de :

    « Grouper toutes les associations de supporters de France et des colonies, resserrer les liens de camaraderie entre tous les membres des associations de supporters ; intéresser par tous les moyens le public à toutes les manifestations sportives, sans aucune restriction, combattre le chauvinisme sportif au bénéfice de la bonne courtoisie qui doit présider aux relations entre les membres des différentes associations de supporters, montrer l’exemple du bon esprit sportif dans toutes les réunions, s’aider mutuellement en toutes circonstances ; enfin, actionner pour obtenir des pouvoirs publics et des compagnies de chemin de fer toutes les facilités propres à permettre aux membres de la fédération d’accompagner leur club privilégié dans ses déplacements91. »

    61Cette initiative est engagée par des amateurs de football, mais, comme le précise L’Intransigeant, elle ne se veut pas inféodée au ballon rond, l’association entendant « encourager et développer les sports quels qu’ils soient92 ». Cet œcuménisme n’est toutefois promu que par deux journaux, L’Auto et L’Intransigeant. Dans ce dernier, René Lehmann espère que cette fédération aidera à en finir avec les « supporters braillards et aveuglés de chauvinisme93 ». Évoquée en 1929 seulement, cette fédération semble avoir été éphémère. Elle n’en fait pas moins réagir. Ainsi un rédacteur des Jeunes, l’organe de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France, la plus importante de toutes les fédérations en termes d’adhérents, s’interroge sur l’à-propos de fédérer les partisans du sport catholique : « À quand le premier club de supporters de la FGSPF94 ? » De fait, on décrit çà et là la « foule des supporters95 » des équipes de football des patronages.

    62Ajoutés à la multiplication des clubs, à la présence grandissante du supporter dans la presse, au débat sur son comportement, ces projets visant à organiser le supporterisme à l’échelle nationale renforcent encore l’idée d’une cristallisation au tournant des années 1920-1930 ; cristallisation dont on peut souligner d’autres expressions médiatiques.

    63L’émergence d’un discours sur l’art de soutenir l’équipe nationale de football en est une. Désormais, les lecteurs sont plus souvent instruits par la presse des faits et gestes des supporters de l’équipe de France de football, surtout lors des matches à forte charge symbolique. C’est le cas de la rencontre France-Allemagne de la mi-mars 1931, avant laquelle douze trains spéciaux amènent des « supporters » allemands à Paris, puis Colombes, « y compris des femmes96 ».

    64Autre dimension : la multiplication des raccourcis sémantiques. Dorénavant, on parle plus communément des « supporters stadistes » (Stade français), des « sang et or » (Lens), des « rouge et noir » (Rennes). Ces usages préexistaient. Jusque-là néanmoins, ils étaient sporadiques. Cette évolution suggère-t-elle que ces raccourcis sont en voie d’être compris par tous ? On peut l’imaginer. Ce serait un autre signe de banalisation d’un supporter rapporté à ses couleurs. Banalisation dont l’infusion de l’expression dans le langage courant est un autre signe. Le supporter – du mot à la notion – s’exporte de façon plus significative, en forme de métaphore, dans le champ politique et, parfois, à la charnière du sport et de la politique, comme lorsque L’Ouest-Éclair espère que les municipalités de Lorient et de Vannes sauront être d’aussi bonnes supportrices que celle de Brest dans le soutien aux sociétés locales de cyclisme97.

    65En définitive, au début des années 1930, quand le sport, à l’exemple du football, joue un rôle croissant dans la « structuration et la représentation de l’espace social98 », le supporter contribue à la structuration et à la représentation de l’espace des sports et de la culture sportive, chargé d’une réputation de plus en plus sulfureuse.

    Un phénomène installé (1932-1937)

    66En 1932, neuf clubs ou amicales voient le jour. Ils étaient seulement cinq en 1931. Le passage de ce nouveau seuil est confirmé entre 1933 et 1935, avec 32 nouvelles fondations. En quatre ans, 41 groupes ont ainsi déposé leurs statuts, soit plus qu’entre 1912 et 1931. Loin de faiblir, cet élan s’accentue encore en 1936 et 1937 avec 37 nouveaux clubs. Le doublement du nombre d’occurrences du mot « supporter » dans les journaux, à partir de 1932-1933, accompagne et confirme à la fois un essor placé, avant tout, sous le signe du football. Plus de 75 % des fondations de clubs l’ont en effet pour justification. C’est le cas, entre autres, à Rennes, Marseille et Nîmes en 1932, à La Baule et Saint-Étienne en 1933, à Caen et Béziers en 1934, à Laval, Saumur et Paris en 1935, à Nice, Roubaix et Nantes en 1936, à Toulouse et à Guingamp en 1937. Néanmoins, des supporters se réunissent dorénavant de façon plus substantielle sous d’autres prétextes. À Molières-sur-Cèze (Gard, 1934), à Chaumont (Haute-Marne, 1935) ou à Cambrai (Nord, 1937) on se coalise autour de la pratique de « tous les sports ». À Valenciennes, en 1936, l’Association des supporters du Nord se constitue pour « encourager la jeunesse à la pratique du sport et de la culture physique99 ». Ailleurs, on marie les genres : les Club des supporters de Dinan (1933) et d’Allez Longwy (1936), comme l’Amicale du Véloce-Club vannetais (1937), souhaitent promouvoir « tous les sports et particulièrement le football100 ». Enfin, à Fouquièrez-lez-Lens (Pas-de-Calais, 1934), Conflans (Seine, 1937) et Amfreville-la-Mivoie (Seine inférieure, 1936) on supporte l’athlétisme, à Jeumont (Nord, 1936) on fonde le premier club de supporters de basket, à Ferrières-le-Grande (Nord, 1935) on supporte les cyclistes, à Hersin Coupigny (Pas-de-Calais, 1936) les boxeurs et à La Rochelle (Charentes-Inférieure, 1937) les rugbymen.

    Deux années clés : 1932 et 1936

    67Cet essor se joue donc au rythme de deux francs points d’accélération, le premier en 1932, le second en 1936. L’un et l’autre ne manquent pas d’interroger. Quelles pourraient en être les causes ?

    68Pour 1932, le postulat le plus séduisant mêle trois variables. La première marie mûrissement du phénomène, effets de concurrence et mimétisme. Bien des sociabilités informelles peuvent alors décider de s’organiser, en soi et/ou pour mieux rivaliser avec d’autres groupes de supporters, tant à l’échelle d’une ville que d’un département. La chose est sensible dans le Nord du pays. Les amicales et les clubs de supporters s’y multiplient selon un modèle concentrique partant des préfectures pour aller vers des villes de moindre importance. Dans la Somme, les supporters s’organisent à Amiens en 1926, puis, au début des années 1930, ils apparaissent dans de petites villes alentour, Amiens finissant par abriter deux clubs antagonistes (l’Amiens Athletic Club et le Michelet Club). On retrouve ce type de diffusion dans le Nord. Les clubs de supporters se constituent d’abord à Lille, Douai, Arras, Tourcoing, Valenciennes, etc., puis, entre 1932 et 1934, des cités proches et de moindre importance rejoignent le mouvement, comme Caudry (1932) et Bergues (1933). Le même modèle de diffusion semble présider au déploiement supporteriste dans la seule vraie poche sudiste, entre Hérault et Gard. Situés à quelques kilomètres l’un de l’autre, les clubs de Bédarieux et de Béziers (football) sont ainsi déclarés à quinze jours d’intervalle au printemps 1934. Il en va de même en août 1934 pour deux clubs de football meusiens distants d’une vingtaine de kilomètres : Chalons-sur-Marne et Sainte-Ménehould. N’en tirons aucune conclusion hâtive. Reste que l’unité de temps et de lieu plaide ici en faveur de l’hypothèse d’un processus de reproduction concurrentielle.

    69La deuxième variable renvoie à la médiatisation et, ce faisant, à la banalisation du phénomène. On en voit l’expression dans la valorisation du soutien à l’équipe de France de football. Ce dernier pourrait alors être un modèle descendant pour le supporterisme de proximité. En effet, dans la presse, la figure du supporter des Tricolores s’affirme. Sur le terrain, elle prend corps avec la fondation, à Paris, en 1933, du Club des supporters de l’équipe de France de football-association, qui a pour but d’« accompagner l’équipe dans ses déplacements101 ». Elle prend aussi corps, on y reviendra, avec l’entrée en scène des milliers de supporters qui accompagnent l’équipe de France de football et les clubs. Bref, joueraient là la diffusion et la normalisation à la fois du patriotisme sportif, du local au national.

    70Troisième variable : le lancement du championnat de France de football professionnel en 1932. Agit-il effectivement comme un catalyseur et un modèle ? On peut le penser. Au cours de la saison 1932-1933, sept des vingt équipes engagées dans ce championnat ont déjà un club de supporters et trois autres ont, semble-t-il, des supporters non réunis sous l’égide d’un club. Ce sont toutes des équipes de province (Lille, Sète, Alès, Mulhouse, Montpellier notamment). Quoique cinq clubs de la capitale soient en lice, aucun n’a alors de cercle de supporter officialisé. Au total et a minima, dix des quinze clubs de province sont donc déjà escortés, épaulés par des supporters organisés ou en voie de l’être dans la perspective de ce premier championnat comme à Rennes en mars 1932, à Marseille à l’automne 1932 et à Alès en janvier 1933. En couvrant abondamment le championnat et la Coupe de France, la presse, quant à elle, ne manque pas d’insister sur cet engagement auprès des clubs et sur le nombre grandissant de supporters dont on sait qu’ils se réunissent de plus en plus volontiers dans l’espace public pour fêter leurs héros102.

    71Le second point d’accélération, en 1936-1937, serait également déterminé par ces différents facteurs. Sans doute faut-il y ajouter l’influence du contexte du Front populaire. D’une part, la politique sportive et de loisirs de Léo Lagrange, extrêmement dynamique, semble avoir pesé assez nettement et rapidement sur la multiplication des sociabilités sportives et sur l’accroissement du nombre de licenciés. On en voit la preuve dans l’explosion du nombre d’adhérents de la Fédération sportive, gymnique du travail et dans l’augmentation des adhésions à la fédération de football, fille du « charme » grandissant exercé par les fédérations sur les « masses laborieuses103 ». D’autre part, l’arrivée du Front populaire, en un temps qui sacre le football comme loisir de classe, introduit un recul important du temps travaillé. Il ouvre donc, en toute théorie, à une disponibilité accrue pour les activités de loisirs et associatives, qui se font moins sur un « temps dérobé104 », dans le monde ouvrier en particulier105. On retrouverait les effets de cette double dynamique sociabilisante et sportive chez les supporters : de fait, les clubs créés en 1936-1937 représentent près de 30 % de l’ensemble de ceux fondés entre 1912 et 1939 ! On ne saurait par ailleurs négliger ni la médiatisation particulièrement prégnante du spectacle sportif à la fin des années 1930, par voie radiophonique et de presse, surtout pour le football106, ni l’augmentation notable des effectifs de la fédération de football, avec ses 188 000 licenciés à la fin des années 1930107. La présence toujours plus sensible du supporter, de ses faits et gestes, dans le paysage sportif et les récits médiatiques, peut aussi jouer un rôle d’entraînement, de mimétisme plus fort qu’au début des années 1930.

    Affluences ?

    72Le corpus médiatique, plus foisonnant nous instruit lui aussi d’un phénomène qui s’amplifie.

    73Dans les années 1910-1920, la presse parle souvent de quelques centaines de supporters, au plus 500. En 1914, lors de la finale de Coupe de France, on dénombre ainsi 200 supporters lillois faisant le déplacement jusqu’à Lille108. D’autres évaluations en comptent 1 000109. Dix ans plus tard, 500 Rémois se déplacent jusqu’à Valenciennes110. Ces affluences sont très fortes si on les rapporte à la plupart des autres estimations publiées à l’époque.

    74Avec les années 1930 se produit un changement d’échelle significatif. On ne compte plus les matches à propos desquels les journalistes estiment le nombre des supporters à 500. C’est ainsi que, d’après Paris-Soir, 500 Rennais se rendent à Colombes, en 1935, pour la finale de la Coupe Marseille-Rennes111 ; que, d’après le quotidien communiste Ce soir – qui s’en félicite –, « 500 gueules noires » descendent de Lens vers les terres du Red Star (Saint-Ouen) lors d’un match du championnat 1937112. Parfois, le flou le plus total, fondé sur une ambiguïté sémantique, entoure les décomptes. Tel est le cas lorsque, en 1932, L’Ouest-Éclair compte 9 500 supporters parmi les 10 000 spectateurs assistant à un match Red Star vs Reims113 ! Mais, d’une manière générale, le nombre de supporters – au sens de partisans de football, avant tout, ayant fait le déplacement avec leur équipe, parfois sur de longues distances – tend à augmenter. Court florilège ayant valeur emblématique. En février 1932, à l’occasion d’un 8e de finale la Coupe de France opposant Roubaix et Le Havre, on estime que plus de 1 100 Havrais rejoignent le Nord par train spécial114. Peu après, la finale de la Coupe oppose Roubaix et Cannes et le président du Racing Club roubaisien, César Truffaut, déclare que 1 100 supporters y assisteront et que, par précaution, il a affrété deux trains avec arrêts spéciaux à Lille, Douai et Arras pour transporter jusqu’à Colombes les « supporters » solidaires du Nord115. En 1933, l’envoyé spécial du Matin à Cannes peut décrire « les supporters nombreux » et parmi eux, « les cols-bleus des gars bretons qui applaudissent frénétiquement l’équipe de Rennes à son entrée » sur le stade de l’AS cannoise116. En 1935, plus de 2 000 Montpelliérains montent à Paris en train pour soutenir le Stade olympique qui défie le Red Star117. Deux ans plus tard, Boulogne élimine le Racing de la Coupe de France devant plus de 1 500 supporters parisiens118. Ce changement d’échelle semble aussi intervenir au niveau régional, à l’exemple d’un match du championnat de Normandie 1932 lors duquel 1 500 Rouennais prennent le chemin d’Elbeuf119.

    75Ces affluences notables concernent aussi les rendez-vous internationaux. Avec les années 1930, l’Europe entre dans le temps des transhumances spectatorielles. En 1932, 2 000 Français sont censés faire un voyage par train spécial jusqu’à Vienne120. En 1933, lorsque les Tricolores accueillent l’Autriche à Colombes, les Autrichiens viennent à 2 000 supporters121. En 1934, ces déplacements supporteristes sont italiens lorsque 2 000 tifosi voyagent jusqu’à Londres pour soutenir la squadra Nazionale contre l’Angleterre122. En 1935, ils sont internationaux parfois, comme lorsque le très austère Temps informe que 3 000 supporters venus de divers pays rejoignent Budapest pour les Jeux universitaires internationaux de 1935123.

    76Les supporters français ne déméritent pas. En 1933, 4 000 d’entre eux sont supposés vivre la sévère défaite de l’équipe de France de football à Londres (4-1)124 en y faisant malgré tout assaut « de sonorité indiscrète125 ». En 1933 toujours, Clément-Henri Vautel, envoyé spécial du Journal à Berlin se réjouit (tout belge qu’il soit) que, parmi les 60 000 spectateurs du match Allemagne-France, figurent 1 500 « supporters français126 ». En 1935, même si la France perd face à la Suisse, les « supporters des coqs127 » ont su se montrer présents. À Stuttgart, en 1937, à la veille d’un match France-Allemagne, l’envoyé spécial du quotidien communiste Ce Soir évalue le nombre de supporters français à 5 000128. Le supporter national prend donc une consistance plus notable qu’au tournant des années 1920-1930, donnant d’ailleurs lieu, dans L’Humanité – sur un prétexte athlétique et non footballistique – aux premières mentions de l’expression « supporters tricolores129 ».

    77Ici, rien ne relève d’un décompte officiel. Tout est affaire de jugement journalistique. Tout est affaire, aussi, d’élasticité sur la notion de supporter. Combien de supporters ici décomptés appartiennent en effet à un cercle ? On l’ignore. Ainsi, peut-on vraiment croire que 3 000 « supporters » de Choisy se coalisent fin 1936 pour soutenir le petit club amateur de la banlieue parisienne dans son choc contre le Racing Club de Lens130 ? Il est permis de douter. La notion de supporter, extensive, aux contours parfois flous, interdit tout régime de certitude131. Reste qu’à l’évidence les groupes de supporters, formels et informels, se déploient toujours plus et que la figure du spectateur de football ou de rugby se confond toujours plus avec celle du supporter. On en voudra pour preuve qu’en 1932 le Club des supporters de Rennes revendique 400 membres un mois après sa création tandis que celui de Rouen, né en 1927, en revendique rien moins que 1 200132.

    Une lente infusion nationale

    78Au fil et, surtout, au terme de cette vague, en 1937, la France du Nord reste-t-elle la terre d’élection des supporters ? En 1932 encore, plus de 80 % des clubs sont situés au Nord de la Seine. Ils sont répartis alors dans onze départements avec seulement deux exceptions méridionales : l’Hérault et l’Algérie. Puis la diffusion évolue de façon notable : 15 départements sont concernés en 1933, 20 en 1934, 26 en 1936, 31 en 1937. À cette date, le supporterisme, du moins dans sa version officialisée, a franchi la ligne de démarcation matérialisée par les cours de la Seine et de l’Aisne. On dénombre désormais un ou plusieurs clubs dans l’Eure, le Maine-et-Loire, l’Ille-et-Vilaine, la Mayenne, la Loire-Inférieure (Loire-Atlantique), la Dordogne, la Charente-Inférieure, la Haute-Garonne, la Loire, la Savoie, les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône, etc. Dans certaines régions, l’empreinte est plus notable, par exemple en Bretagne, avec une dizaine de clubs dont ceux de Lannion et Saint-Malo, par exemple de Béziers à Marseille entre lesquels on observe un point de polarité Hérault-Gard avec Alès, Montpellier, Nîmes, Aigues-Mortes…

    79La diffusion reste cependant et avant tout l’affaire d’un Septentrion ouvrier, industriel et minier : principalement dans les départements du Nord (premier creuset national), de la Somme et du Pas-de-Calais. On retrouve ce calque entre géographie supporteriste et géographie industrielle ou minière dans les régions d’Alès et de Nancy. Certes, un seul club, à Vermelles, dans le Nord, fait de son ouvriérisme un étendard – il défend et promeut « tous les sports ouvriers133 » et l’idée d’un supporterisme proprement ouvrier (au sens identitaire et militant) n’affleure dans la presse qu’à de très rares occasions134. Il n’en reste pas moins que cet ouvriérisme semble le définir in fine, ce qui expliquerait qu’on ne croise jamais de supporters de tennis, mais des « partisans » de tennis, notamment lors de la Coupe Davis135. En somme, le supporterisme s’inscrit dans un mouvement plus général d’appropriation du football par « les couches populaires136 » (carte 1).

    80L’essentiel des sociabilités reste donc septentrional. En 1937, les départements comprenant le plus grand nombre de clubs déclarés sont le Nord (27), le Pas-de-Calais (10), le Gard (7), la Somme (6), la Seine-Inférieure (5) et la Meurthe-et-Moselle (4). Mais, pour instructive qu’elle soit, cette image trahit probablement la réalité de la dissémination en cours. De fait, nombre de groupes désignés par la presse n’ont pas d’existence officielle. Comme dans les années 1920, c’est plus particulièrement le cas autour du rugby. En outre, certains cercles se constituent dans l’ombre des clubs sans passer à l’autonomie. En Bretagne, les clubs se multiplient ainsi sous forme associative et autonome dans les années 1930 à Rennes, Saint-Malo, Lannion, Vannes, etc. ; en revanche, à Brest, le club fédère ses membres autour du lancement, en 1933, du Bulletin officiel de l’Association sportive brestoise et de ses supporters. De même, à Paris, en 1937, des « supporters bretons » se révèlent au travers du lancement du Bulletin officiel de l’Union sportive des Bretons de Paris et de leurs supporters, donnant ainsi corps, sur le plan associatif et organique, à ces groupes dont on sait que, par ailleurs, ils jouent et encouragent sur des « stades communautaires137 ».

    81Ainsi, l’observation de la démographie et de la géographie du supporterisme organisé en clubs ou en amicales ne nous dévoilerait que la partie émergée du phénomène. Si on en voulait une dernière preuve, soulignons, qu’en mars 1933, le Club des supporters de l’équipe de France de football est nommé par la presse lors d’une rencontre France-Espagne au Parc des Princes, plus de quatre mois avant d’être déclaré auprès de la Préfecture de la Seine138. En somme, pas plus que pour les périodes précédentes on ne peut limiter le phénomène à sa seule dimension officialisée et, du coup, plus facilement repérable.

    Carte 1. – Implantation des clubs de supporters déclarés en 1929 et 1939.

    Sources : Journal officiel, presse.

    La passion du club avant tout

    82À la charnière des années 1920-1930, l’essentiel des objectifs des clubs de supporters était, dans l’ordre, de soutenir le club et les joueurs, de faire propagande en faveur du sport, enfin d’encourager la camaraderie et l’entraide des membres des clubs. Cette trilogie reste de mise entre 1932 et 1937. Une évolution majeure intervient cependant : l’hypertrophie du premier objectif. L’analyse quantitative des termes et/ou des notions employés dans les déclarations d’intention publiées au Journal officiel montre effectivement la primauté plus affirmée du soutien au club et aux joueurs. La moitié des déclarations se concentre sur ce seul « soutien » (ou « encouragement »). Elles insistent sur « l’appui moral », « financier » ou « matériel » que les clubs peuvent attendre des supporters, pour assurer leur « prospérité ». Ainsi, de la façon la plus emblématique et concise qui soit, les supporters du Club athlétique de Soissons et du Sporting de Nîmes entendent aider leurs clubs « par tous les moyens139 ».

    83Les deux autres visées restent donc de mise. L’encouragement et la propagande pour les sports en premier lieu. La camaraderie et l’entraide mutuelle en second lieu. À Abbeville, on veut soutenir « moralement et financièrement » le Sporting en resserrant « les liens de camaraderie » entre les membres du club140. À Reims, le supporter doit soutenir son équipe, voyager avec elle et « resserrer [ses] liens d’amitié141 » avec ses pairs. Le Club des supporters du Stade rennais souhaite favoriser la camaraderie par « les réunions récréatives des membres142 » et ainsi prolonger la connivence des supporters au-delà du stade.

    84Mais ces deux visées sont manifestement moins prégnantes qu’au tournant des années 1920-1930. L’idéal du soutien au club prime. En témoignent les quatrième et cinquième points dans l’ordre des préoccupations supporteristes.

    85Le quatrième point touche à l’organisation des « déplacements », souvent dans des conditions de confort très relatif143. Cette question, à la présence plus affirmée, renvoie à la multiplication des migrations de spectateurs et à l’image d’un supporter atteint par le virus de la « bougeotte144 ». Dans certains cas, il est le motif principal de réunion, comme à Enghien-Ermont :

    « Donner à tous ces membres le meilleur moyen d’accompagner l’équipe du Stade d’Enghien-Ermont à faire toutes les demandes pour obtenir à l’occasion des déplacements effectués par groupe de ses membres des réductions et sur le voyage et sur le séjour145. »

    86S’il existe dès les années 1910, l’enjeu du déplacement s’accroît donc. Pour preuve, le 7 août 1933, le Club des supporters de l’équipe de France de football-association déclare ce seul motif : « Accompagner l’équipe nationale dans ses déplacements146 ». Quelques mois plus tard, de fait, le club communique sur son expédition jusqu’en Angleterre, complimenté au passage par la très chauvine Action française pour son « soutien à la jeune équipe tricolore147 ».

    87Le cinquième point consiste dans la défense corporatiste des intérêts des supporters eux-mêmes. C’est le cas à Bagnols-sur-Cèze et Aigues-Mortes, dans le Gard, en 1933, où on se soucie à l’évidence de renforcer la socialité des membres du club en soi et sans doute pour peser sur la direction des clubs.

    88Et les comportements ? Et l’éthique du supporter ? Comme dans les années 1920, ce ne sont semble-t-il pas des préoccupations de premier plan. Parmi les 75 clubs créés de 1932 à 1937, 61 jugent nécessaire de détailler plus ou moins leurs objectifs pour la déclaration en préfecture, suivie par la parution au Journal officiel. Or deux de ces clubs seulement posent la question du comportement au stade. Et encore ne le font-ils qu’in fine. À La Rochelle, l’Amicale des supporters de rugby à XIII, fondée en 1937, veut ainsi « créer l’ambiance aux matches de rugby148 ». Quel type d’ambiance ? La question reste en suspens. Si on est angélique, on l’imagine bonne et courtoise. Quant au Club des supporters de football guingampais, Allez les Rouges !, né en 1937 lui aussi, il voudrait que les « tous les matches » soient disputés « dans une atmosphère de sympathie149 ».

    89Le dépôt des statuts étant une procédure synthétique, il faudrait accéder à leur version complète, au règlement intérieur des associations, lire leurs éventuels bulletins (comme ceux de Brest ou de Reims, Le Stadiste, lancé en 1933), pour préciser cette analyse. Cette dernière permet au demeurant de poser un constat : en dépit de leur image parfois dépréciée, les supporters ne placent pas la question de leur comportement en tête de leurs préoccupations. Ils semblent se satisfaire de leur mauvaise réputation, à moins qu’ils n’en aient tout simplement cure.

    Le supporter entre vertus et vices

    90La médiatisation croissante du supporter permet en effet de reprendre le fil du débat sur ses vices et ses vertus, même s’il tend à s’estomper. En effet, à mesure que cette figure se banalise, les journalistes semblent perdre leurs dernières illusions sur la capacité qu’elle pourrait avoir à être, avant tout, l’ambassadrice d’un univers souriant et fair-play.

    91Au milieu des années 1930, on ne désespère pas tout à fait du « supporter pur » – comme on parlait de « sport pur » au début du xxe siècle pour désigner un sport amateur assimilé à un bienfait public, utilitariste, eugéniste et non mercantile. Mais il est rarement évoqué, sauf entre les lignes et de façon fugace, par exemple lorsqu’on rappelle qu’un supporter qui encourage « vivement » et seulement ainsi est un « bon supporter150 ». De lui, on apprécie donc les « vivats » au départ d’une course cycliste151, lorsqu’il prend le train pour aller supporter les Tricolores à Londres152, lorsqu’un match de football de « tenue convenable » va à son terme sans heurts153. Parfois, il se révèle dans l’anecdote. Ainsi ce supporter de catch dépeint par Le Miroir des sports comme un archétype de « spectateur modèle ». C’est un homme jamais pris en flagrant délit de pousser un « cri hostile » contre le rival de son champion, un homme à qui il arrive d’être « drôle », un homme donnant corps à l’image d’une partisannerie sportive aimable, passionnée, civile ; c’est à tout cela, lit-on dans l’hebdomadaire, qu’on reconnaît le « vrai mordu154 ». Ce vrai mordu, on le croise parfois dans les tribunes des stades de football, plus inventif qu’harangueur. Ainsi, en 1934, à l’occasion d’un match contre Le Havre, les Lensois fabriquent une réplique géante de lampe de mineur pour fêter leur identité ; et ils en conçoivent une seconde en forme de cage où ils enferment un coq « agressif » dont le plumage rappelle les couleurs sang et or de leur club155. Là, le patriotisme sportif se niche dans le symbole plutôt que dans le geste, et cela est bien, plaisant même. On ne voit pas de mal à ce que le stade devienne un « espace d’expression des communautés urbaines et provinciales, représentées par les sociétés sportives156 » et supporteristes.

    92Il arrive donc que le supporter soit présenté sous des traits favorables. Ainsi en va-t-il des vedettes qui, en 1935, décident de faire la claque pour encourager les joueurs du tout nouveau Club du Casino de Paris, au point de créer un cercle de supporters157. C’est aussi le cas, heureux, des supporters « jeunes et vieux » qui soutiennent les Tricolores à Colombes158. C’est encore le cas du supporter de football dès lors qu’il se contente, même « bruyamment », de supporter ses « poulains159 ». Mieux encore : s’il se montre intègre et magnanime, alors le supporter peut être un modèle d’affabilité et de patriotisme.

    « Vive le Sport !
    Réjouissons-nous de ce qu’en notre temps inquiet, tourmenté de chauvinisme, les spectateurs du match de football France-Allemagne aient donné un bel exemple d’impartialité et de correction. Malgré la défaite de l’équipe française, la foule – plus de 45 000 assistants – sut garder une tenue parfaite, applaudissant les vainqueurs, écoutant sans broncher le Deutchland über alles que chantaient les supporters allemands et y répondant par La Marseillaise. Vive le sport, s’il opère cette catharsis des passions collectives, s’il conduit à la tolérance et au respect réciproque160. »

    93Mais, le plus souvent, lorsque les journalistes prennent le temps de parler des spectateurs engagés, des supporters, ils ne les croquent pas en personnages si débonnaires. En juillet 1936, dans les entrées d’un « Petit Lexique à l’usage des sportifs » publié par Match, on trouve ces lignes ironiques :

    « SUPPORTER (Prononcer teur) – Mot anglais désignant une catégorie de sportsmen en activité dans tous les pays. Soutiens moraux d’un club, d’une équipe ou d’un homme. Le supporter peut ne pas être un mécène. Mais il se doit d’être enthousiaste et injuste. Le supporter est généralement atteint de troubles de la vue et ne voit l’arrivée que sous les couleurs de son clan. Club de supporters : association d’amateurs à tarif réduit161. »

    94Dans cette évocation et dans bien d’autres percent donc toujours l’accent critique, parfois méprisant, et l’idée d’un supporter dont la stupidité est particulièrement révélée par son manque de constance vis-à-vis des siens… Deux exemples en témoignent.

    95Pour le premier, en 1932, à l’issue de la défaite de leur équipe en finale de la Coupe de France face à l’AS Cannes, certains supporters roubaisiens vont jusqu’à placarder sur les vitrines de cafés : « À mort Hewitt ! » Ils accusent le joueur d’avoir si mal joué que la défaite lui est imputable, à lui seul. Le Miroir des sports publie alors une leçon de morale renvoyant les Roubaisiens à une déception muée en bêtise crasse teintée de chasse au sorcier ; la désillusion et la déception ne pouvant être purgés qu’en pourfendant un bouc émissaire.

    « Voilà où mènent les passions sportives exaspérées. Plus de bon sens, plus de jugement, plus de contrôle de la pensée. […] Voyons, Messieurs les supporters, votre nom doit-il être considéré comme synonyme du mot fanatique ? Serez-vous ou bien amis trop empressés du club et des joueurs, ou bien ennemis impitoyables de ceux qui portent les couleurs qui vous sont chères ? […] Pourquoi douter, pourquoi accuser de trahison l’homme qui depuis plusieurs années est l’animateur de votre club162 ? »

    96Second exemple en 1934, toujours dans les colonnes du Miroir des sports. Deux joueurs d’une même équipe nourrissent une farouche inimitié. Pourquoi ? Parce que « les deux cafés » où se réunissent leurs partisans respectifs étant « rivaux, les deux clubs de supporters » le sont aussi « et, par voie de conséquence, les deux joueurs ». Morale sur le zinc : la « passion sportive163 » rime avec le plus étroit campanilisme, avec la bêtise.

    97Cette bêtise, L’Humanité la dénonce quant à elle au prétexte politique, jugeant que les « supporters tricolores » s’émouvant des mauvais résultats des nageurs français, seraient mieux inspirés de se souvenir que ces nageurs sont des « ouvriers », dont on ne peut nécessairement et toujours attendre des exploits164.

    98Culte du résultat. Culte de la victoire, jusqu’à la nausée. Fin 1936 chroniqueur sportif d’un jour pour La Revue de Paris, le poète Philippe Soupault touche à cette question en reprenant les antiennes des années 1920. Il dit sa sidération face à l’effervescence de la « foule sportive », au sein de laquelle « ceux qu’on appelle les supporters » constituent une « clientèle prête à se livrer à toutes les folies pour défendre les couleurs d’une équipe avec une ferveur et une passion que la foi sportive ne suffit pas à expliquer165 ». Se réfère-t-il à un événement en particulier ? Il ne le dit pas. Mais ce pourrait être ce soir de mai 1936 où les supporters de Sochaux, rendus furieux par un match tumultueux et perdu contre le Racing Club de Paris, bloquent les vestiaires parisiens et y séquestrent joueurs et arbitres en poussant des « cris réprobateurs ». Une situation dont André Reichel juge qu’elle « est néfaste à l’idée sportive et lui [fait] le plus grand tort166 ».

    99Finalement, le supporter est souvent perçu comme un être fruste et rustre, préoccupé de donner « un bon coup167 » à ceux qui le déçoivent ou ne font pas ce qu’il aurait fait, lui, s’il avait été maître du terrain et du destin. Joueurs adverses, au besoin joueur de son propre camp et, surtout, arbitres : le supporter n’est pas bégueule, il ne cherche qu’à manifester contre eux son goût immodéré du mécontentement, de la désapprobation, au besoin de la violence. Cette vision est si négativement chargée qu’elle sert de parabole hors du sérail sportif, comme dans une tribune sur le vote des femmes où l’écrivain et journaliste Pierre Malo déplore la « violence des supporters du féminisme intégral168 ».

    100De fait, même si, comme l’a souligné Julien Sorez à propos de Paris et de ses banlieues, les « brutalités » sur le terrain lui-même tendent à reculer significativement dans les années 1920-1930169, les débordements de supporters restent monnaie courante sur les stades : envahissements de pelouse, bagarres entre supporters et joueurs, agression d’arbitres, jets de projectiles… Habitude aidant, la presse les rapporte parfois, mais – et cela est extrêmement significatif –, les journalistes en tirent des conclusions moins inquiètes qu’en 1925 ou 1930. D’aucuns s’alarment certes. D’aucuns posent même, en filigrane, la question de l’avenir d’un supporterisme dont les excès iraient crescendo. En 1936, c’est sous cette perspective, souvent marquée au coin de l’idéologie, que le journaliste et écrivain Alfred Menguy dit son inquiétude dans l’hebdomadaire communiste Regards. Lors d’un match entre une sélection parisienne et Montevideo, les footballeurs s’empoignent, prennent l’arbitre à partie, le frappent des pieds et des poings. Alfred Menguy en tire cette conclusion : ce match profite avant tout à ses organisateurs – L’Intransigeant, Paris-Soir, L’Auto –, c’est-à-dire à la marchandisation des passions sportives, laquelle serait mère des désordres et des vices sportifs contemporains. Il prolonge cet avis tranché par une interrogation : finira-t-on, comme en Uruguay, par vivre une situation où la griserie des « supporters parieurs » les porte à se départager « à coups de revolver », ce qui impose la fouille des spectateurs à l’entrée des stades170 ?

    101Inquiétude donc. Mais, le plus souvent, la désillusion l’emporte. Les commentateurs ne semblent plus croire que leurs imprécations pourront raisonner joueurs et supporters. Témoin le récit d’une échauffourée dans le froid de décembre 1934. Un match de championnat oppose alors le Racing Club de Strasbourg et le Red Star. Ni l’un ni l’autre n’ont encore de club de supporters. À l’entrée des joueurs, le speaker prend malgré tout la précaution de rappeler aux 12 000 spectateurs : « Soyez sportif ! » « Oh ironie ! », note le rédacteur de L’Écho d’Alger. De fait, après qu’un penalty a été accordé au Red Star et transformé, le jeu se durcit. Oskar Rohr, l’avant-centre allemand de Strasbourg, est férocement fauché par le défenseur audonien Jacques Mairesse. Il est évacué. Les partisans de Strasbourg font alors justice eux-mêmes, « se mettant en devoir de corriger Mairesse » jusqu’à ce que « la police intervienne » et que « l’arbitre capitule devant la furie des supporters171 ». Ce type de situation se répète à l’échelle nationale, régionale, départementale comme lors de ce championnat algérien de 1934 où les supporters d’Alger et de Guelma s’affrontent violemment172.

    102Cette critique empreinte de lassitude de l’impénitente sottise du supporter, de son chauvinisme de pacotille, renvoie aussi à la mauvaise foi, au mensonge, voire aux mauvaises habitudes de vie. Témoin cette scène prise, nous dit-on, sur le vif, à Nantes, après une victoire inespérée des rugbymen locaux sur Tarbes. Un homme « opulent, sans obésité, un peu voûté […] la béatitude courant sur ses lèvres qui viennent de laisser passage à un “Pernod bien tassé” exhale ce mensonge et cet irrespect de l’adversaire : “Hein, mon vieux, on a gagné à Tarbes” » ; et le journaliste de L’Ouest-Éclair de conclure : voilà un bien « mauvais supporter173 », menteur, buveur et pas même capable d’avoir assisté au match. Bref, à la violence, au chauvinisme, à la mauvaise foi, à cette sorte de goujaterie supporteriste on préférera toujours la consternation silencieuse, par exemple celle des Marseillais accablés par la défaite de leur équipe contre l’Olympique lillois, dans la Coupe de France 1936174.

    103Tout ceci à propos du football. Et le rugby ? Il n’a pas bonne réputation avec ses « supporters toujours trop excités175 ». Témoins maintes bagarres générales ou envahissements de terrains pendant ou à l’issue des matches. En 1934, l’arbitre doit siffler la fin d’une deuxième mi-temps dix minutes avant son échéance à cause d’une rixe opposant supporters lézignannais et carcassonnais176. On s’en prend toujours aux arbitres, comme ce jour de janvier 1936, lors d’un Toulouse-Agen quinziste, mais aussi d’un Catalans vs Lyon treiziste177. En 1937, le rédacteur sportif du Populaire déplore que, pour la énième fois, des supporters aient transformé le « ground » en « forum », après que les joueurs de Villeurbanne et d’Albi s’y soient battus. Sa conclusion ? « Passons178… » – comme si l’illusion d’une réhabilitation du rugby et de ses fans était par avance dissipée.

    104Certes, il arrive que le supporter de rugby se montre sous un jour aimable, participant avec son enthousiasme et ses chants à « l’énergie, au courage et à la loyauté179 » d’un match (comme lors d’une opposition entre Perpignan et Bayonne dans la quête du Challenge Yves du Manoir). Toutefois, son image est écornée. Ce n’est plus, du reste, la seule affaire des passionnés de rugby. Le désordre s’invite ailleurs. Ainsi, en 1937, Le Figaro rapporte qu’à Reims, un match de volley-ball scolaire a dû être joué en « privé » à cause du « sabbat » dont avaient fait preuve les « supporters » des deux équipes180.

    105Dans ce cœur des années 1930, les élans critiques restent donc nombreux mais, point essentiel, ils sont, à proportion du nombre d’évocations de la figure du supporter, moins notables que dans les années 1920. On raille certes le supporter. Au demeurant, on le cloue moins au pilori. Le moralisme cède finalement la place à la lassitude, à l’ironie. Le supporter se résume d’abord à sa propre caricature, jusqu’au stéréotype d’un agité vociférant, tels ces supporters de l’hippodrome « gesticulant comme des singes » et « braillant comme des oies181 ».

    106Cette évolution va de pair avec une communauté de sens plus étroite entre le spectateur féru de sports et le supporter. En 1933, en deux colonnes délectables publiées par l’hebdomadaire Marianne, Michel Duran met ce dernier en scène. Avec sa liberté de ton et sa verve caractéristique, cet homme aux multiples vies (il fut journaliste, critique cinématographique, acteur, décorateur, dialoguiste de films…) dit que le supporter n’est plus seulement ou simplement un fanatique de football, de rugby, de cyclisme. C’est un homme qui, passionnément, vit en fonction des échéances sportives, quelles qu’elles soient, même un match de hockey, pour en jouir, pour libérer ses émotions, et surtout, cocardier qu’il est, pour se délecter des triomphes tricolores.

    « Le supporter est un individu passionné de spectacles sportifs. Il ne doit pas nécessairement pratiquer un sport. Les parties les plus développées de son individu sont plutôt les muscles fessiers et les cordes vocales. Il passe généralement ses dimanches et jours de fêtes assis sur les gradins d’un stade ou d’un vélodrome, et peut vous dire les mérites et inconvénients de la marche de ciment et de la banquette de bois. […] Le supporter est un animal essentiellement chauvin. Il a le patriotisme de club, de quartier, de clocher, de province, de pays. Spectateur de match international, il siffle vaillamment l’étranger, quand l’honneur national n’est pas en jeu […]. La vie du supporter connaît, chaque année, des périodes très agitées. Ces moments-crises sont : les matches internationaux de football, les Six-Jours, la Coupe de France, le Tour de France et la Coupe Davis. […] Le mois de juillet […] est particulièrement pénible au “supporter”. Pendant un mois, le Tour de France lui donne chaque jour sa portion d’émotion et d’enthousiasme. Il dévore les éditions du soir ou attend devant les tableaux d’affichages. S’il se trouve sur le passage des coureurs, il gueule comme un enragé au passage du peloton, leur jette de l’eau ou distribue des canettes. À peine remis de ses émotions du Tour, c’était, depuis quelques années, la Coupe Davis. Pendant trois jours, par une chaleur de plomb, il risquait l’insolation, la pépie et les crampes […] sur les gradins brûlants, par un soleil de feu. […] Il sortait de ses journées complètement vanné, courbaturé, les jambes molles, la voix brisée, des ampoules aux mains et s’arrachant la peau du nez182 […]. »

    107Pour aller plus loin encore, la figure du supporter se marie, voire se confond de plus en plus avec la représentation, moins caricaturale, du partisan de tel ou tel sport, de telle ou telle chapelle sportive, par goût, par accointance politique pourquoi pas, mais sans que son comportement soit immodéré. Ainsi en va-t-il des « supporters du sport travailliste » que Le Populaire espère voir se réunir en nombre grandissant autour des équipes de baskets parisiennes qui s’affrontent aux Arènes de Lutèce183. Au plan sémantique et symbolique, le sens du supporterisme fonctionne donc en strates et en nuances. Il s’exporte aussi de plus en plus hors du champ sportif. Dans la galerie du supporter, on peut désormais croiser les partisans d’un candidat à l’Académie française en 1934 (l’avocat et homme politique Léon Bérard)184, les défenseurs de tel candidat en lice pour le Prix Goncourt185, les avocats de telle ou telle thèse médicale186. La notion entre aussi dans le champ politique : on parle des supporters d’un candidat à la députation187 ou des « supporters nazis188 ».

    1938-1939 : reflux et vaudeville…

    108L’infusion de la notion dans le langage courant se poursuit au soir des années 1930. Elle s’exporte toujours plus au large des stades, parfois sous un jour négatif : ici des « supporters » d’art assez passionnés et obtus pour inciter leur peintre préféré à s’entêter dans une voie qui le dessert189 ; là des « supporters des dames de petite vertu190 ». Cette infusion sémantique passe surtout par la confusion grandissante entre le supporter, stricto sensu, et le spectateur féru, voire l’amateur lisant passionnément, chaque jour, la presse ou les rubriques sportives. L’idée de la communauté des supporters renvoie ainsi de façon croissante à l’ensemble des spectateurs d’un sport et, par extension, des sports. Elle renvoie aussi à une forme de patriotisme, quelquefois de nationalisme sportif : le corps social mué en supporter est ainsi soudé derrière les Tricolores. La chose est particulièrement notable lors de la Coupe du monde 1938191.

    109Sous ces différents jours, la banalisation du supporterisme s’affirme. Il y a donc un paradoxe à constater que, pour sa part, le développement des clubs de supporters marque le pas. En effet, douze nouveaux clubs voient le jour 1938, puis sept seulement en 1939, soit autant de créations en 1938-1939 qu’en 1937. Pourquoi un tel reflux après la poussée dynamique des années 1930 ? Nous ne lui avons pas trouvé d’explication satisfaisante, sauf à considérer, d’une part, la fin du climat mobilisateur du Front populaire et, d’autre part, les effets démobilisateurs du climat d’inquiétude préludant à la guerre. Mais cette hypothèse, reconnaissons-le, ne peut suffire comme explication. Du reste, statuer sur le nombre de créations de clubs en 1939 est un exercice improbable. L’année est, comme on le sait, amputée de son automne par le début des hostilités.

    110Peut-on trouver d’autres raisons à ce reflux. Rime-t-il avec des modifications touchant à la géographie et aux buts des clubs ? Non. Sur le plan de la diffusion, les clubs fleurissent toujours préférentiellement au Nord, cependant que de nouvelles zones d’ancrage (la Gironde et la Haute-Savoie) soulignent la lente conquête du reste de l’Hexagone. Quant aux visées affichées, elles ne présentent pas plus de changement et ne peuvent expliquer la baisse du nombre de créations de clubs de supporters. En 1938, au café Snoek à Noyelles-Godault, au café des Voyageurs à Saint-Jean-d’Angély, au café du Sporting Club au Havre, ou en 1939 au café central de Jeumont et au café du Football Club de Scionzier, les discussions préalables à la création de clubs aboutissent aux mêmes orientations que les années précédentes : on s’associe avant tout pour soutenir un club, des joueurs, puis nouer des liens de camaraderie et s’entraider ; on ne se soucie pas de redorer une image au travers d’une charte de bon comportement.

    111En somme, ces sociabilités ne veulent toujours pas s’encombrer d’un code moral ; et il semble que l’opinion finisse par s’en satisfaire. Le supporter veut-il être excessif, chauvin, jusqu’au ridicule ? On s’y habitue ou on s’en arrange. Il y a là quelque chose qu’on est tenté d’assimiler à un abandon, de guerre lasse, lequel nous semble particulièrement lisible dans l’accueil fait à la pièce Bossemans et Coppenole, en 1938.

    112Créé en février 1938 à Bruxelles, ce vaudeville est donné à partir de mai au Théâtre de Paris. Comédie en trois actes en forme d’allégorie sur les méfaits du fanatisme sportif, elle est l’œuvre d’un écrivain et d’un librettiste belges, Yoris d’Hanswick et Paul Van Stalle. Son intrigue leur a été inspirée, dit-on, par la rivalité des supporters de deux clubs bruxellois, le Daring de Molenbeek et l’Union saint-gilloise. Elle est très simple. Depuis l’enfance, Bossemans, marchand de papier peint, et Coppenole, droguiste, sont les meilleurs amis du monde. Le fils Bossemans est amoureux de Violette, la fille de Coppenole. Les deux hommes se réjouissent à l’idée d’un mariage magnifiant leur vieille amitié. Mais l’un et l’autre sont supporters de football. Passion traîtresse… L’un vibre pour l’Union de Saint-Éloi, l’autre pour Saint-Blanc. Leur divergence de vue rend l’alliance matrimoniale impensable, impossible. Disputes, péripéties et quiproquos se succèdent. Finalement, ne supportant pas d’anéantir leur amitié – placée sous le signe du bon « garçonnisme » par les deux auteurs192 –, les compères se réconcilient autour d’une bière, leurs enfants convolent en justes noces et ils peuvent reprendre le cours de leurs parties de cartes vespérales… Morale élémentaire mariée à un romantisme de midinette : les patriotismes sportifs, même viscéraux, ne valent pas une fâcherie entre amis et, à la fin, l’amour triomphe toujours.

    113La pièce est un succès. Léon Volterra, directeur du Théâtre de Paris y contribue en achetant des dizaines d’encarts dans la presse vantant le talent des « grandes vedettes belges du rire, Gustave Libeau et Marcel Roels193 », qui jouent les rôles-titres. Le passage en radio amplifie le succès : le 10 juin, un mois et demi après la première, le Poste parisien diffuse la pièce en direct, laquelle a bientôt un prolongement cinématographique, le réalisateur Gaston Shoucken l’adaptant pour l’écran avant la fin de l’année.

    114 Bossemans et Coppenole est donc une pièce en vue. Les critiques en parlent volontiers. Y voient-ils un prétexte pour critiquer le supporterisme ?

    115Dans L’Action française, Lucien Dubech prend la plume. Il est la principale signature de la rubrique sportive du quotidien d’extrême droite depuis les années 1920, mais il collabore aussi régulièrement à la rubrique théâtrale. Aux yeux de celui qui ne voit pas d’un mauvais œil le chauvinisme sportif, la peinture de mœurs de Bossemans et Coppenole est plaisante, mais trop « poussée à la charge pour être pénétrante194 ». Bref, le supporter ne mérite pas une telle caricature. Dans un autre article de sa main, paru dans Candide, il promeut l’idée que la pièce met joliment en scène le petit peuple bruxellois195. Paris-Soir juge, de même, que la « morsure » du supporterisme n’est pas telle en France qu’elle justifierait ce type d’affaire196. Le point de vue du Temps est assez voisin. Son chroniqueur théâtral montre à quel point sa rédaction passe à côté de son temps, du moins quant à l’affirmation du supporterisme, tant français qu’anglais. S’il reconnaît des qualités comiques à la pièce, il la voit typiquement belge, comme le témoignage d’une étroitesse d’esprit étrangère à l’âme française.

    « À Paris nous avons grand’peine à comprendre ces choses ; et à nous en émouvoir ; malgré les foules de Colombes, la passion sportive n’est pas encore pour nous un très bon ingrédient de théâtre. À Londres non plus, sans doute, où l’on a la coquetterie du fair-play197. »

    116Infiniment plus critique, l’écrivaine Magdeleine Paz, sollicitée par Le Populaire, dit avoir passé une « lourde soirée », truffée de « plaisanteries d’éléphants » et, surtout, avoir « contemplé d’un œil glacé » ces « Montaigu et Capulet du football198 ». Elle n’en fait cependant pas un prétexte pour critiquer la figure du supporter.

    117En dehors de ces réactions isolées, deux autres façons d’appréhender la pièce sont d’autant plus repérables et parlantes qu’elles sont partagées par plusieurs rédacteurs.

    118La première dit en substance que la charge, légitime, contre les excès du fanatisme sportif ne pas doit masquer l’essentiel : la bonne, voire très bonne tenue de la comédie. Témoin la chronique de Marianne : la pièce dénonce à raison les « méfaits » du fanatisme sportif, mais elle est surtout mémorable pour sa « jovialité flamande » et ses « grosses farces aux couleurs vives199 ». Témoin la critique de Ric et Rac, l’hebdomadaire humoristique : la « passion partisane200 » aboutit à des excès ridicules dont, et c’est l’essentiel, les auteurs et les comédiens ont su tirer tout le suc. On note donc ici l’exactitude de la peinture de mœurs, en faisant prévaloir sa cocasserie.

    119La dernière façon d’accueillir la pièce, la plus fréquente, consiste à ne rien dire de son sujet et à célébrer sa seule puissance comique. La revue Théâtre de Paris parle de « gaieté » et « d’entrain201 ». La Vie parisienne promet à ceux de ses lecteurs qui seraient tentés d’aller la voir du plaisir très « belge202 ». Paris-Midi loue la « vaillance » de la troupe et le caractère « irrésistible » du dernier acte, « à la Labiche203 ». Le Ménestrel parle d’une pièce « truculente, pittoresque », pétrie de « puissance clownesque204 ». Rien d’autre. Dans Excelsior, on note le danger représenté par le football dans cette bluette, mais surtout qu’on y rit205 … Dans Le Journal, le critique Georges Le Cardonnel se contente de noter « la drôlerie irrésistible » du troisième acte206. Quant à L’Intransigeant et à La Nouvelle Revue, ils se contentent de recopier une comparaison faite par les auteurs eux-mêmes dans le programme du Théâtre de Paris207 : ils voient d’heureuses résonances entre comique belge et comique marseillais. Pour l’un, Bossemans et Coppenole est digne « d’une opérette marseillaise208 ». Pour l’autre « la verve belge rivalise avec la verve marseillaise209 ».

    120En somme l’accueil fait à Bossemans et Coppenole ne sert pas, selon nos sondages, de prétexte pour souligner les dérives du supporterisme, comme si, répétons-le, il convenait désormais de s’accommoder de ses folies, petites et grandes. Nous sommes assez loin ici de la volée de bois vert contre les supporters justifiée, en 1928, par la sortie du Martyre d’un supporter, comme si la banalité du supporter et son incapacité à se corriger avaient fini par lasser les observateurs. De deux choses l’une pour ici : soit on nie le fait qu’un supporterisme à la française pourrait inspirer une telle fiction, ou du moins on préfère les vertus socialisantes de son campanilisme210 ; soit on rit de bon cœur et c’est tout…

    Conclusion

    121De cette ébauche émerge la trame d’une histoire sociale et culturelle encore largement en chantier. Elle nous dit d’abord que l’essor du supporterisme au cours de l’entre-deux-guerres traduit la « capacité mobilisatrice et démonstrative des appartenances211 » – à différentes échelles, du local au national – du sport et en particulier du football.

    122En outre, les supporters participent assurément à faire du sport un spectacle. Les supporters prennent place non seulement parmi les spectateurs, mais ils sont aussi des acteurs et transforment le stade, parfois la ville, les gares, en théâtre de leurs actions. Certes, l’époque n’est pas encore aux déluges de drapeaux et de banderoles, mais la verve et les emportements des supporters viennent épicer le récit médiatique et, régulièrement, poser la question des dérives nourries par la passion sportive car, s’ils se rassemblent dans le cadre institutionnalisé d’une association ou dans l’informalité d’une tribune ou d’un déplacement, les supporters incarnent une figure souvent inquiétante, contrevenant aux valeurs normatives du sport. On le déplore, on s’insurge même, mais, finalement, le ressort dramaturgique du supporterisme – son folklore – semble l’emporter sur la critique dont il pourrait être assez légitimement l’objet. Le supporterisme n’est pas encore vraiment « problématique212 » et, au bout du compte, au soir des années 1930, on ne craint plus la « foule des supporters » (l’expression est alors devenue plutôt canonique). C’est pourquoi il se banalise, entre dans les mœurs, sans jamais prendre des formes aussi brutales, semble-t-il, que le supporterisme le plus contemporain. Sans doute est-ce la raison pour laquelle, au fond, le phénomène supporter français de l’entre-deux-guerres, moins éruptif que ses homologues italiens, belge ou anglais, n’est pas encore vu comme un véritable problème social.

    Notes de bas de page

    1Cf. Bosman Françoise, Clastres Patrick et Dietschy Paul (dir.), Le Sport de l’archive à l’histoire, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2006.

    2Olivier Chovaux note aussi la disparition très fréquente des archives antérieures à 1950 : « Football minier et immigration. Les limites de l’intégration sportive dans les années trente », STAPS, 56, 2001, p. 11.

    3Les défauts d’océrisation ou de reconnaissance de texte dans Gallica ne permettent pas de distinguer le mot supporter – et même son pluriel : supporters – du verbe « supporter ». Pour pouvoir construire des séries sérieuses et significatives, il faut recourir à des expressions permettant d’écarter les occurrences importunes ; en l’espèce en introduisant des articles.

    4Voir par exemple L’Intransigeant, 7 mars 1911, Le Radical, 7 juillet 1911.

    5Wahl Alfred, Les Archives du football, Paris, Gallimard/Julliard, 1989, p. 80.

    6Voir Dietschy Paul, Le « grand match ». Le sport français entre paix et guerre (1914-1920), mémoire d’habilitation à diriger les recherches, Institut d’études politiques de Paris, 2012 et Éditions Chistera, 2018 ; « Du champion au poilu sportif. Représentations et expériences du sport de guerre », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2013/3, 251, p. 10-23.

    7Wahl Alfred, op. cit., p. 223.

    8Lanfranchi Pierre, « Apparition et affirmation du football en Languedoc 1900-1935 », in Arnaud Pierre et Camy Jean (dir.), La Naissance du mouvement sportif associatif en France, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1986.

    9Hurseau Paul et Verhaeghe Jacques, Olympique Lillois. Sporting Club Fivois. Lille OSC : Mémoire du football, Joué-les-Tours, Alan Sutton, 1997, p. 7.

    10Le Miroir des sports, 18 novembre 1920.

    11Le Ballon rond, 29 décembre 1923.

    12Le Populaire, 8 mars 1924.

    13Le Ballon rond, 18 octobre 1924.

    14Le Populaire, 10 janvier 1924.

    15Chovaux Olivier, « Identités et représentations du football nordiste dans le premier xxe siècle », in Gastaut Yvan et Mourlane Stéphane (dir.), Le Football dans les sociétés contemporaines. Une culture populaire, 1914-1998, Paris, Autrement, 2006, p. 25.

    16Le Ballon rond, 28 mars et 2 mai 1925.

    17Le Gaulois, 26 mai 1924.

    18La Presse, 11 septembre 1924.

    19Dietschy Paul, Histoire du football, Paris, Perrin, 2010, p. 132-143.

    20Le Gaulois, 30 avril 1923.

    21Le Ballon rond, 8 novembre 1924.

    22Le Figaro, 29 décembre 1924.

    23Match-Oran, 18 décembre 1922.

    24Paris-Soir, 3 avril 1924.

    25Paris-Soir, 14 novembre 1923.

    26Sur ce point on verra plus loin l’article « Les supporters de Toulouse et du Sud-Ouest ou le rugby fer de lance régionaliste (1914-1939) ».

    27Dietschy Paul, op. cit., p. 141-142.

    28Le Rappel, 26 janvier 1921.

    29Le Miroir des sports, 19 septembre 1922.

    30Le Miroir des sports, 19 avril 1923.

    31La Revue de Paris, 1924, citée par Holt Richard, Sport And Society in Modern France, Londres, Palgrave/Mac Millan, 1981, p. 137 ; Guttman Alen, Sport Spectators, New York, Columbia University Press, 1986, p. 109.

    32L’Intransigeant, 18 mai 1924.

    33Mignon Patrick, « Le désordre des stades, 1945-1980 », in Tétart Philippe (dir.), Histoire du sport, t. II, Paris, Vuibert, 2007, p. 262-263.

    34Sur le climat de l’époque, la violence : Relance Myke, Le Rugby interdit, Limoux, Cano, 2006, chap. ii et iii.

    35Cf. Chovaux Olivier, « L’émergence du spectacle sportif : vitalité du football minier et origine du supporterisme dans les années 1920 », in Chovaux Olivier et Coutel Charles (dir.), Éthique et spectacle sportif, Artois Presses Université, 2003, p. 39-65.

    36Le Figaro, 25 août 1922.

    37Le Petit Journal, 6 octobre 1924.

    38Douai-Sportif, 8 avril 1926.

    39Le Miroir des sports, 29 octobre 1929.

    40Leur organisation est présentée et discutée par Chovaux Olivier, « L’émergence… », op. cit., p. 57 sq.

    41Lecoq Benoît, « Les sociétés de gymnastique et de tir dans la France républicaine (1870-1914) », Revue historique, 559, 1986, p. 157-166.

    42Cf. article précédent.

    43Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 18 avril 1930, 94, p. 4391.

    44Sorez Julien, Le Football dans Paris et ses banlieues. Un sport devenu spectacle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, p. 365.

    45Fontaine Marion, Le Racing Club de Lens et les « gueules noires ». Essai d’histoire sociale, Paris, Les Indes savantes, 2008, p. 88.

    46Cf. Arnaud Pierre et Tartakowski Danièle (dir.), Les Origines du sport ouvrier en France, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 25 et 45.

    47Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 4 octobre 1929, 233, p. 11248.

    48Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 9 octobre 1929, 237, p. 11375.

    49L’Ouest-Éclair, 13 février 1929.

    50Le Miroir des sports, 15 janvier 1929.

    51Le Miroir des sports, 29 octobre 1929.

    52Match, 27 mars 1928.

    53Chovaux Olivier, « L’identité du football… », op. cit., p. 31.

    54Le Miroir des sports, 29 octobre 1929.

    55Le Miroir des sports, 31 janvier 1928, 2 octobre 1928.

    56Le Miroir des sports, 28 mai 1929.

    57Match, 19 juillet 1927.

    58Le Miroir des sports, 11 août 1931.

    59Sports de neige et de glace, 1er octobre 1931.

    60Le Miroir des sports, 29 octobre 1929.

    61Le Miroir des sports, 23 novembre 1926.

    62Football, 16 juillet 1931.

    63Andréani Roland, « Football, presse et chanson : les trois carrières d’Emmanuel Gambardella (1888-1953) », in Jeux et sports dans l’histoire, t. II, Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, 1992, p. 355-366.

    64Oran-Sports, 10 août 1931.

    65Match, 10 janvier 1928.

    66Le Miroir des sports, 20 octobre 1931.

    67Paris-Soir, 8 février 1931.

    68Sorez Julien, Le Football…, op. cit., p. 319-320 et 324.

    69Paris-Soir, 27 juin 1931.

    70Henri Decoin (qui signe ici Henry) a été champion de France de natation. Reconverti dans le journalisme sportif (L’Auto, L’Intransigeant, La Boxe et les boxeurs…) et le management de salles (boxe), il bascule dans le monde du cinéma en 1929 seulement.

    71L’Intransigeant, 19 décembre 1927.

    72Le Matin, 2 janvier 1927.

    73L’Intransigeant, 7 mars 1928.

    74Dine Philip, French rugby football. À cultural history, Oxford/New York, Berg, 2001, p. 79.

    75Les chroniqueurs se mettent à parler de rugby de muerte après le décès de l’ailier agenais Michel Pradié lors de la demi-finale de championnat de France 1929 opposant Pau et Agen (cf. Augustin Jean-Pierre, « La percée du football en terre de rugby. L’exemple du sud-ouest français et de l’agglomération bordelaise », Vingtième Siècle, revue d’histoire, 26, 1990, p. 103).

    76Paris-Soir, 2 décembre 1929.

    77L’Intransigeant, 2 octobre 1929.

    78Sorez Julien, Le football…, op. cit., p. 356.

    79Cyrano, 4 octobre 1931 ; L’Intransigeant, 22 décembre 1926.

    80Wahl Alfred, Les Archives du football. Sport et société et France, 1880-1980, Paris, Gallimard/Julliard, 1989, p. 236.

    81Le Miroir des sports, 28 octobre 1930.

    82Douai-Sportif, 18 mars 1926.

    83Ibid.

    84Douai-Sportif, 28 mars 1929.

    85Paris-Soir, 23 avril 1927.

    86Carême Maurice, Le Martyre d’un supporter, Paris, La Renaissance du livre, 1928.

    87Le Mercure de France, 1er septembre 1928, p. 486.

    88La Renaissance, 21 juillet 1928, p. 10.

    89L’Archer, juin 1936, p. 82.

    90Les Annales politiques et littéraires, 1er août 1928, p. 145.

    91Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 4 octobre 1929, 233, p. 11248.

    92L’Intransigeant, 21 septembre 1929.

    93L’Intransigeant, 2 octobre 1929.

    94Les Jeunes, 29 octobre 1929.

    95Paris-Soir, 15 mai 1929.

    96L’Intransigeant, 16 mars 1931.

    97L’Ouest-Éclair, 10 octobre 1931.

    98Gastaut Yvan et Mourlane Stéphane (dir.), op. cit., p. 11.

    99Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 7 août 1936, 184, p. 8495.

    100Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 14 juin 1933, 138, p. 6236.

    101Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 13 août 1933, 189, p. 8804.

    102Wahl Alfred, op. cit., p. 237.

    103Clastres Patrick et Dietschy Paul, Sport, société et culture en France du xixe siècle à nos jours, Paris, Hachette, 2006, p. 109.

    104Cf. Thiesse Anne-Marie, « Organisation des loisirs des travailleurs et temps dérobés », in Corbin Alain (dir.), L’Avènement des loisirs, Paris, Aubier, 1995.

    105Le recul général du temps travaillé touche un point jamais atteint ni avant ni ensuite de 4,7 % entre 1936 et 1938, contre + 0,2 entre 1931 et 1936. Cf. Marchand Olivier et Thélot Claude, Deux siècles de travail en France, Paris, Insee Études, 1991, p. 124.

    106Cf. Tétart Philippe, « Football et médias en France (1867-1939). Du pittoresque au partage social de masse », in Zoudji Bachir et Rey Didier (dir.), Le Football dans tous ses états. Regards croisés sur le ballon rond, Bruxelles, De Boeck, 2015, p. 263-278.

    107Wahl Alfred, op. cit., p. 181.

    108La Vie sport du Nord et du Pas-de-Calais, 28 février 1914.

    109Chovaux Olivier, « Origines et enracinement du football-association dans le Pas-de-Calais (fin xixe siècle-1914) : des jeux aux sports ? », Revue du Nord, 355, 2004, p. 341-365.

    110Douai-Sportif, 20 octobre 1927.

    111Paris-Soir, 4 mai 1935.

    112Ce soir, 24 mars 1937.

    113L’Ouest-Éclair, 26 septembre 1932.

    114Paris-Soir, 8 février 1932.

    115Paris-Soir, 18 avril 1932.

    116Le Matin, 6 mars 1933.

    117Le Petit Parisien, 4 février 1935.

    118Le Journal, 8 mars 1937.

    119L’Ouest-Éclair, 22 septembre 1932.

    120Paris-Soir, 19 mars 1932.

    121L’Homme libre, 9 février 1933.

    122L’Intransigeant, 9 novembre 1934.

    123Le Temps, 11 août 1935.

    124La Croix, 8 décembre 1933.

    125L’Action française, 21 novembre 1934.

    126Le Journal, 21 mars 1933.

    127Le Petit Parisien, 28 octobre 1935.

    128Ce Soir, 22 mars 1937.

    129L’Humanité, 28 septembre 1932, 16 septembre 1935.

    130Le Miroir des sports, 22 décembre 1936.

    131Le distinguo entre « spectateurs » et « supporters » est rarement fait. Un contre-exemple de cette rareté dans Lecture pour tous, juillet 1936, p. 72.

    132Le Billet du supporter : organe des supporters du SRUC, 1er avril 1932 ; Le Miroir des sports, 16 juillet 1932.

    133Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 27 avril 1934, 99, p. 4199.

    134Voir notamment Rouge-Midi, 3 avril 1936.

    135Voir par exemple L’Intransigeant, 9 mai 1933, Le Temps, 9 mai 1936 ou Le Journal, 11 mai 1936.

    136Wahl Alfred, op. cit., p. 208.

    137Sorez Julien, « Du terrain à la buvette : diffusion du football et contrôle social en région parisienne durant l’entre-deux-guerres », Le Mouvement social, 238, 2012, p. 74.

    138Le Temps, 24 avril 1933.

    139Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 4 décembre 1932, 283, p. 12576 ; 21 janvier 1935, 18, p. 712.

    140Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 6 novembre 1936, 261, p. 11599.

    141Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 24 février 1935, 47, p. 2383.

    142Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 11 avril 1932, 86, p. 3975.

    143Wahl Alfred, op. cit., p. 229 ; Wahl Alfred et Lanfranchi Pierre, Les Footballeurs professionnels des années 1930 à nos jours, Paris, Hachette, p. 91-92.

    144Le Miroir des sports, 2 février 1932.

    145Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 17 juillet 1935, 166, p. 7703.

    146Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 13 août 1933, 189, p. 8804.

    147L’Action française, 17 décembre 1933.

    148Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 6 décembre 1937, 283, p. 13319.

    149Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 13 janvier 1938, 10, p. 616.

    150L’Ouest-Éclair, 24 mars 1936.

    151Le Populaire, 11 janvier 1937.

    152Paris-Soir, 6 décembre 1933.

    153L’Intransigeant, 7 février 1937.

    154Le Miroir des sports, 22 décembre 1936.

    155Le Miroir des sports, 23 octobre 1934.

    156Dietschy Paul, « Pugni, bastoni e rivoltelle. Violence et football dans l’Italie des années vingt et trente », Mélanges de l’École française de Rome. Italie et Méditerranée, t. CVIII/1, 1996, p. 207.

    157L’Aéro, 19 avril 1935.

    158Le Petit Parisien, 1er novembre 1937.

    159Regards, 13 mai 1937.

    160Sept. L’hebdomadaire du temps présent, 22 mars 1935.

    161Match, 14 juillet 1936.

    162Le Miroir des sports, 3 mai 1932.

    163Le Miroir des sports, 8 août 1934.

    164L’Humanité, 28 septembre 1932.

    165La Revue de Paris, novembre 1936, p. 185-186.

    166Le Figaro, 25 mai 1936.

    167L’Aéro, 1er février 1935.

    168L’Homme libre, 5 mars 1935.

    169Sorez Julien, Le Football…, op. cit., p. 320.

    170Regards, 26 mars 1936.

    171L’Écho d’Alger, 3 décembre 1934.

    172Bonjour. Revue satirique, littéraire, théâtrale, 18 novembre 1934.

    173L’Ouest-Éclair, 13 décembre 1935.

    174Voir notamment Le Matin, 3 février 1936.

    175L’Archer, avril 1933, p. 460.

    176Paris-Soir, 12 novembre 1934.

    177Match, 28 janvier 1936.

    178Le Populaire, 22 avril 1937.

    179Le Petit Parisien, 9 mars 1936.

    180Le Figaro, 29 novembre 1937.

    181Ric et Rac, 24 juin 1933.

    182Marianne, 16 août 1933.

    183Le Populaire, 14 mai 1936.

    184Comœdia, 24 mai 1934.

    185Audace. Revue de Paris, janvier 1934, p. 41.

    186Le Médecin de France, 1er janvier 1936.

    187Marianne, 1er mai 1935.

    188Journal des débats, 29 novembre 1935.

    189Paris-Municipal, 18 décembre 1938.

    190La Vie parisienne, 15 avril 1939.

    191Vigarello Georges, « Les premières Coupes du monde ou l’installation du sport moderne », Vingtième siècle. Revue d’histoire, 26, 1990, p. 5-10.

    192Programme du Théâtre de Paris (accessible en ligne du Gallica).

    193Encart publicitaire publié notamment dans Ce Soir 28 avril 1938 et Le Petit Parisien, 29 avril 1938.

    194L’Action française, 13 mai 1938.

    195Candide, 5 mai 1938.

    196Paris-Soir, 29 avril 1938.

    197Le Temps, 30 avril 1938.

    198Le Populaire, 9 mai 1938.

    199Marianne, 11 mai 1938.

    200Ric et Rac, 22 juin 1938.

    201Théâtre de Paris, 29 avril 1938.

    202La Vie parisienne, 21 mai 1938.

    203Paris-Midi, 29 avril 1938.

    204Le Ménestrel, 13 mai 1938.

    205Excelsior, 29 avril 1938.

    206Le Journal, 29 avril 1938.

    207Programme du Théâtre de Paris, op. cit.

    208L’Intransigeant, 30 avril 1938.

    209La Nouvelle Revue, mai 1938, p. 157.

    210Ce que suggère Chovaux Olivier pour le Nord, « Identités et représentations… », op. cit., p. 38.

    211Bromberger Christian, Football, la bagatelle la plus sérieuse du monde, Paris, Bayard, 1998, p. 57.

    212Cf. Hourcade Nicolas, « Les supporters », in Zoudji Bachir et Rey Didier (dir.), op. cit., p. 314.

    Auteurs

    • Philippe Tétart

      Maître de conférences en histoire, enseigne à Le Mans université, est rattaché au laboratoire TEMOS CNRS et expert auprès du musée national du Sport. Il a notamment publié Les Pionniers du sport (La Martinière/Bibliothèque nationale de France, 2016), dirigé Histoire du sport en France (Vuibert, 2007) et La Presse régionale et le sport. Naissance de l’information sportive, années 1870-1914 (Presses universitaires de Rennes, 2015).

    • Stéphane Mourlane

      Maître de conférences en histoire contemporaine, enseigne à Aix-Marseille Université et est rattaché à l’UMR TELEMMe. Il a codirigé avec Yvan Gastaut, Le Football dans nos sociétés. Une culture populaire 1914-1998 (Autrement, 2006) et il est l’auteur avec Paul Dietschy et Yvan Gastaut de Histoire politique de la Coupe du monde de football (Vuibert, 2006). En 2017, il a été commissaire de l’exposition « Histoires de sport » à l’occasion de Marseille capitale européenne du sport.

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    1Cf. Bosman Françoise, Clastres Patrick et Dietschy Paul (dir.), Le Sport de l’archive à l’histoire, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2006.

    2Olivier Chovaux note aussi la disparition très fréquente des archives antérieures à 1950 : « Football minier et immigration. Les limites de l’intégration sportive dans les années trente », STAPS, 56, 2001, p. 11.

    3Les défauts d’océrisation ou de reconnaissance de texte dans Gallica ne permettent pas de distinguer le mot supporter – et même son pluriel : supporters – du verbe « supporter ». Pour pouvoir construire des séries sérieuses et significatives, il faut recourir à des expressions permettant d’écarter les occurrences importunes ; en l’espèce en introduisant des articles.

    4Voir par exemple L’Intransigeant, 7 mars 1911, Le Radical, 7 juillet 1911.

    5Wahl Alfred, Les Archives du football, Paris, Gallimard/Julliard, 1989, p. 80.

    6Voir Dietschy Paul, Le « grand match ». Le sport français entre paix et guerre (1914-1920), mémoire d’habilitation à diriger les recherches, Institut d’études politiques de Paris, 2012 et Éditions Chistera, 2018 ; « Du champion au poilu sportif. Représentations et expériences du sport de guerre », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2013/3, 251, p. 10-23.

    7Wahl Alfred, op. cit., p. 223.

    8Lanfranchi Pierre, « Apparition et affirmation du football en Languedoc 1900-1935 », in Arnaud Pierre et Camy Jean (dir.), La Naissance du mouvement sportif associatif en France, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1986.

    9Hurseau Paul et Verhaeghe Jacques, Olympique Lillois. Sporting Club Fivois. Lille OSC : Mémoire du football, Joué-les-Tours, Alan Sutton, 1997, p. 7.

    10Le Miroir des sports, 18 novembre 1920.

    11Le Ballon rond, 29 décembre 1923.

    12Le Populaire, 8 mars 1924.

    13Le Ballon rond, 18 octobre 1924.

    14Le Populaire, 10 janvier 1924.

    15Chovaux Olivier, « Identités et représentations du football nordiste dans le premier xxe siècle », in Gastaut Yvan et Mourlane Stéphane (dir.), Le Football dans les sociétés contemporaines. Une culture populaire, 1914-1998, Paris, Autrement, 2006, p. 25.

    16Le Ballon rond, 28 mars et 2 mai 1925.

    17Le Gaulois, 26 mai 1924.

    18La Presse, 11 septembre 1924.

    19Dietschy Paul, Histoire du football, Paris, Perrin, 2010, p. 132-143.

    20Le Gaulois, 30 avril 1923.

    21Le Ballon rond, 8 novembre 1924.

    22Le Figaro, 29 décembre 1924.

    23Match-Oran, 18 décembre 1922.

    24Paris-Soir, 3 avril 1924.

    25Paris-Soir, 14 novembre 1923.

    26Sur ce point on verra plus loin l’article « Les supporters de Toulouse et du Sud-Ouest ou le rugby fer de lance régionaliste (1914-1939) ».

    27Dietschy Paul, op. cit., p. 141-142.

    28Le Rappel, 26 janvier 1921.

    29Le Miroir des sports, 19 septembre 1922.

    30Le Miroir des sports, 19 avril 1923.

    31La Revue de Paris, 1924, citée par Holt Richard, Sport And Society in Modern France, Londres, Palgrave/Mac Millan, 1981, p. 137 ; Guttman Alen, Sport Spectators, New York, Columbia University Press, 1986, p. 109.

    32L’Intransigeant, 18 mai 1924.

    33Mignon Patrick, « Le désordre des stades, 1945-1980 », in Tétart Philippe (dir.), Histoire du sport, t. II, Paris, Vuibert, 2007, p. 262-263.

    34Sur le climat de l’époque, la violence : Relance Myke, Le Rugby interdit, Limoux, Cano, 2006, chap. ii et iii.

    35Cf. Chovaux Olivier, « L’émergence du spectacle sportif : vitalité du football minier et origine du supporterisme dans les années 1920 », in Chovaux Olivier et Coutel Charles (dir.), Éthique et spectacle sportif, Artois Presses Université, 2003, p. 39-65.

    36Le Figaro, 25 août 1922.

    37Le Petit Journal, 6 octobre 1924.

    38Douai-Sportif, 8 avril 1926.

    39Le Miroir des sports, 29 octobre 1929.

    40Leur organisation est présentée et discutée par Chovaux Olivier, « L’émergence… », op. cit., p. 57 sq.

    41Lecoq Benoît, « Les sociétés de gymnastique et de tir dans la France républicaine (1870-1914) », Revue historique, 559, 1986, p. 157-166.

    42Cf. article précédent.

    43Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 18 avril 1930, 94, p. 4391.

    44Sorez Julien, Le Football dans Paris et ses banlieues. Un sport devenu spectacle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, p. 365.

    45Fontaine Marion, Le Racing Club de Lens et les « gueules noires ». Essai d’histoire sociale, Paris, Les Indes savantes, 2008, p. 88.

    46Cf. Arnaud Pierre et Tartakowski Danièle (dir.), Les Origines du sport ouvrier en France, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 25 et 45.

    47Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 4 octobre 1929, 233, p. 11248.

    48Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 9 octobre 1929, 237, p. 11375.

    49L’Ouest-Éclair, 13 février 1929.

    50Le Miroir des sports, 15 janvier 1929.

    51Le Miroir des sports, 29 octobre 1929.

    52Match, 27 mars 1928.

    53Chovaux Olivier, « L’identité du football… », op. cit., p. 31.

    54Le Miroir des sports, 29 octobre 1929.

    55Le Miroir des sports, 31 janvier 1928, 2 octobre 1928.

    56Le Miroir des sports, 28 mai 1929.

    57Match, 19 juillet 1927.

    58Le Miroir des sports, 11 août 1931.

    59Sports de neige et de glace, 1er octobre 1931.

    60Le Miroir des sports, 29 octobre 1929.

    61Le Miroir des sports, 23 novembre 1926.

    62Football, 16 juillet 1931.

    63Andréani Roland, « Football, presse et chanson : les trois carrières d’Emmanuel Gambardella (1888-1953) », in Jeux et sports dans l’histoire, t. II, Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, 1992, p. 355-366.

    64Oran-Sports, 10 août 1931.

    65Match, 10 janvier 1928.

    66Le Miroir des sports, 20 octobre 1931.

    67Paris-Soir, 8 février 1931.

    68Sorez Julien, Le Football…, op. cit., p. 319-320 et 324.

    69Paris-Soir, 27 juin 1931.

    70Henri Decoin (qui signe ici Henry) a été champion de France de natation. Reconverti dans le journalisme sportif (L’Auto, L’Intransigeant, La Boxe et les boxeurs…) et le management de salles (boxe), il bascule dans le monde du cinéma en 1929 seulement.

    71L’Intransigeant, 19 décembre 1927.

    72Le Matin, 2 janvier 1927.

    73L’Intransigeant, 7 mars 1928.

    74Dine Philip, French rugby football. À cultural history, Oxford/New York, Berg, 2001, p. 79.

    75Les chroniqueurs se mettent à parler de rugby de muerte après le décès de l’ailier agenais Michel Pradié lors de la demi-finale de championnat de France 1929 opposant Pau et Agen (cf. Augustin Jean-Pierre, « La percée du football en terre de rugby. L’exemple du sud-ouest français et de l’agglomération bordelaise », Vingtième Siècle, revue d’histoire, 26, 1990, p. 103).

    76Paris-Soir, 2 décembre 1929.

    77L’Intransigeant, 2 octobre 1929.

    78Sorez Julien, Le football…, op. cit., p. 356.

    79Cyrano, 4 octobre 1931 ; L’Intransigeant, 22 décembre 1926.

    80Wahl Alfred, Les Archives du football. Sport et société et France, 1880-1980, Paris, Gallimard/Julliard, 1989, p. 236.

    81Le Miroir des sports, 28 octobre 1930.

    82Douai-Sportif, 18 mars 1926.

    83Ibid.

    84Douai-Sportif, 28 mars 1929.

    85Paris-Soir, 23 avril 1927.

    86Carême Maurice, Le Martyre d’un supporter, Paris, La Renaissance du livre, 1928.

    87Le Mercure de France, 1er septembre 1928, p. 486.

    88La Renaissance, 21 juillet 1928, p. 10.

    89L’Archer, juin 1936, p. 82.

    90Les Annales politiques et littéraires, 1er août 1928, p. 145.

    91Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 4 octobre 1929, 233, p. 11248.

    92L’Intransigeant, 21 septembre 1929.

    93L’Intransigeant, 2 octobre 1929.

    94Les Jeunes, 29 octobre 1929.

    95Paris-Soir, 15 mai 1929.

    96L’Intransigeant, 16 mars 1931.

    97L’Ouest-Éclair, 10 octobre 1931.

    98Gastaut Yvan et Mourlane Stéphane (dir.), op. cit., p. 11.

    99Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 7 août 1936, 184, p. 8495.

    100Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 14 juin 1933, 138, p. 6236.

    101Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 13 août 1933, 189, p. 8804.

    102Wahl Alfred, op. cit., p. 237.

    103Clastres Patrick et Dietschy Paul, Sport, société et culture en France du xixe siècle à nos jours, Paris, Hachette, 2006, p. 109.

    104Cf. Thiesse Anne-Marie, « Organisation des loisirs des travailleurs et temps dérobés », in Corbin Alain (dir.), L’Avènement des loisirs, Paris, Aubier, 1995.

    105Le recul général du temps travaillé touche un point jamais atteint ni avant ni ensuite de 4,7 % entre 1936 et 1938, contre + 0,2 entre 1931 et 1936. Cf. Marchand Olivier et Thélot Claude, Deux siècles de travail en France, Paris, Insee Études, 1991, p. 124.

    106Cf. Tétart Philippe, « Football et médias en France (1867-1939). Du pittoresque au partage social de masse », in Zoudji Bachir et Rey Didier (dir.), Le Football dans tous ses états. Regards croisés sur le ballon rond, Bruxelles, De Boeck, 2015, p. 263-278.

    107Wahl Alfred, op. cit., p. 181.

    108La Vie sport du Nord et du Pas-de-Calais, 28 février 1914.

    109Chovaux Olivier, « Origines et enracinement du football-association dans le Pas-de-Calais (fin xixe siècle-1914) : des jeux aux sports ? », Revue du Nord, 355, 2004, p. 341-365.

    110Douai-Sportif, 20 octobre 1927.

    111Paris-Soir, 4 mai 1935.

    112Ce soir, 24 mars 1937.

    113L’Ouest-Éclair, 26 septembre 1932.

    114Paris-Soir, 8 février 1932.

    115Paris-Soir, 18 avril 1932.

    116Le Matin, 6 mars 1933.

    117Le Petit Parisien, 4 février 1935.

    118Le Journal, 8 mars 1937.

    119L’Ouest-Éclair, 22 septembre 1932.

    120Paris-Soir, 19 mars 1932.

    121L’Homme libre, 9 février 1933.

    122L’Intransigeant, 9 novembre 1934.

    123Le Temps, 11 août 1935.

    124La Croix, 8 décembre 1933.

    125L’Action française, 21 novembre 1934.

    126Le Journal, 21 mars 1933.

    127Le Petit Parisien, 28 octobre 1935.

    128Ce Soir, 22 mars 1937.

    129L’Humanité, 28 septembre 1932, 16 septembre 1935.

    130Le Miroir des sports, 22 décembre 1936.

    131Le distinguo entre « spectateurs » et « supporters » est rarement fait. Un contre-exemple de cette rareté dans Lecture pour tous, juillet 1936, p. 72.

    132Le Billet du supporter : organe des supporters du SRUC, 1er avril 1932 ; Le Miroir des sports, 16 juillet 1932.

    133Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 27 avril 1934, 99, p. 4199.

    134Voir notamment Rouge-Midi, 3 avril 1936.

    135Voir par exemple L’Intransigeant, 9 mai 1933, Le Temps, 9 mai 1936 ou Le Journal, 11 mai 1936.

    136Wahl Alfred, op. cit., p. 208.

    137Sorez Julien, « Du terrain à la buvette : diffusion du football et contrôle social en région parisienne durant l’entre-deux-guerres », Le Mouvement social, 238, 2012, p. 74.

    138Le Temps, 24 avril 1933.

    139Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 4 décembre 1932, 283, p. 12576 ; 21 janvier 1935, 18, p. 712.

    140Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 6 novembre 1936, 261, p. 11599.

    141Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 24 février 1935, 47, p. 2383.

    142Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 11 avril 1932, 86, p. 3975.

    143Wahl Alfred, op. cit., p. 229 ; Wahl Alfred et Lanfranchi Pierre, Les Footballeurs professionnels des années 1930 à nos jours, Paris, Hachette, p. 91-92.

    144Le Miroir des sports, 2 février 1932.

    145Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 17 juillet 1935, 166, p. 7703.

    146Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 13 août 1933, 189, p. 8804.

    147L’Action française, 17 décembre 1933.

    148Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 6 décembre 1937, 283, p. 13319.

    149Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 13 janvier 1938, 10, p. 616.

    150L’Ouest-Éclair, 24 mars 1936.

    151Le Populaire, 11 janvier 1937.

    152Paris-Soir, 6 décembre 1933.

    153L’Intransigeant, 7 février 1937.

    154Le Miroir des sports, 22 décembre 1936.

    155Le Miroir des sports, 23 octobre 1934.

    156Dietschy Paul, « Pugni, bastoni e rivoltelle. Violence et football dans l’Italie des années vingt et trente », Mélanges de l’École française de Rome. Italie et Méditerranée, t. CVIII/1, 1996, p. 207.

    157L’Aéro, 19 avril 1935.

    158Le Petit Parisien, 1er novembre 1937.

    159Regards, 13 mai 1937.

    160Sept. L’hebdomadaire du temps présent, 22 mars 1935.

    161Match, 14 juillet 1936.

    162Le Miroir des sports, 3 mai 1932.

    163Le Miroir des sports, 8 août 1934.

    164L’Humanité, 28 septembre 1932.

    165La Revue de Paris, novembre 1936, p. 185-186.

    166Le Figaro, 25 mai 1936.

    167L’Aéro, 1er février 1935.

    168L’Homme libre, 5 mars 1935.

    169Sorez Julien, Le Football…, op. cit., p. 320.

    170Regards, 26 mars 1936.

    171L’Écho d’Alger, 3 décembre 1934.

    172Bonjour. Revue satirique, littéraire, théâtrale, 18 novembre 1934.

    173L’Ouest-Éclair, 13 décembre 1935.

    174Voir notamment Le Matin, 3 février 1936.

    175L’Archer, avril 1933, p. 460.

    176Paris-Soir, 12 novembre 1934.

    177Match, 28 janvier 1936.

    178Le Populaire, 22 avril 1937.

    179Le Petit Parisien, 9 mars 1936.

    180Le Figaro, 29 novembre 1937.

    181Ric et Rac, 24 juin 1933.

    182Marianne, 16 août 1933.

    183Le Populaire, 14 mai 1936.

    184Comœdia, 24 mai 1934.

    185Audace. Revue de Paris, janvier 1934, p. 41.

    186Le Médecin de France, 1er janvier 1936.

    187Marianne, 1er mai 1935.

    188Journal des débats, 29 novembre 1935.

    189Paris-Municipal, 18 décembre 1938.

    190La Vie parisienne, 15 avril 1939.

    191Vigarello Georges, « Les premières Coupes du monde ou l’installation du sport moderne », Vingtième siècle. Revue d’histoire, 26, 1990, p. 5-10.

    192Programme du Théâtre de Paris (accessible en ligne du Gallica).

    193Encart publicitaire publié notamment dans Ce Soir 28 avril 1938 et Le Petit Parisien, 29 avril 1938.

    194L’Action française, 13 mai 1938.

    195Candide, 5 mai 1938.

    196Paris-Soir, 29 avril 1938.

    197Le Temps, 30 avril 1938.

    198Le Populaire, 9 mai 1938.

    199Marianne, 11 mai 1938.

    200Ric et Rac, 22 juin 1938.

    201Théâtre de Paris, 29 avril 1938.

    202La Vie parisienne, 21 mai 1938.

    203Paris-Midi, 29 avril 1938.

    204Le Ménestrel, 13 mai 1938.

    205Excelsior, 29 avril 1938.

    206Le Journal, 29 avril 1938.

    207Programme du Théâtre de Paris, op. cit.

    208L’Intransigeant, 30 avril 1938.

    209La Nouvelle Revue, mai 1938, p. 157.

    210Ce que suggère Chovaux Olivier pour le Nord, « Identités et représentations… », op. cit., p. 38.

    211Bromberger Christian, Football, la bagatelle la plus sérieuse du monde, Paris, Bayard, 1998, p. 57.

    212Cf. Hourcade Nicolas, « Les supporters », in Zoudji Bachir et Rey Didier (dir.), op. cit., p. 314.

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    Tétart, P., & Mourlane, S. (2019). Clubs de supporters. In P. Tétart (éd.), Côté tribunes. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14br0
    Tétart, Philippe, et Stéphane Mourlane. « Clubs de supporters ». In Côté tribunes, édité par Philippe Tétart. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14br0.
    Tétart, Philippe, et Stéphane Mourlane. « Clubs de supporters ». Côté tribunes, édité par Philippe Tétart, Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14br0.

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    Tétart, P. (éd.). (2019). Côté tribunes. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14btz
    Tétart, Philippe, éd. Côté tribunes. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14btz.
    Tétart, Philippe, éditeur. Côté tribunes. Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14btz.
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