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    Plan détaillé Texte intégral Par les dictionnaires Généalogie(s) La naissance médiatique du « supporter » (1910-1914) Du « vrai » supporter. Un débat exceptionnel Conclusions Notes de bas de page Auteur

    Côté tribunes

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    Table des matières

    Le supporter au regard de la presse (1881-1914)

    Naissance d’un nouvel acteur du sport

    Philippe Tétart

    p. 21-47

    Texte intégral Par les dictionnaires Généalogie(s) 1881 : un précédent isolé Le fanatique, annonciateur du supporter Partisans de sport : un proche cousin La naissance médiatique du « supporter » (1910-1914) Des journalistes spécialisés parisiens peu diserts La presse sportive régionale à l’avant-garde ? Chez les généralistes : de discrets supporters Épilogue : cinéma et photojournalisme Du « vrai » supporter. Un débat exceptionnel Les vertus du journalisme critique Une figure omniprésente Une passion à géographie variable Qu’est-ce qu’un « vrai » supporter ? Conclusions Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Ce texte doit beaucoup au hasard1. Feuilletant la presse sportive de la Belle Époque dans le cadre d’une recherche sans aucun rapport avec la question du supporter, nous tombâmes sur une enquête, publiée par La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais en 1913, sur le « vrai supporter » ou le « supporter conscient ». Pensant – de façon assez vague, avouons-le – que le supporterisme émergeait plutôt dans l’entre-deux-guerres, nous n’imaginions pas une telle enquête avant la Grande Guerre. Pourtant, d’autres sondages dans les quotidiens parisiens nous révélaient bientôt l’usage significatif de l’expression supporter au début des années 1910, l’apparition du premier club de supporters en 1912, enfin l’existence de deux personnages, le fanatique et le partisan de sport, plus anciens que le supporter, mais qui semblaient introduire à son histoire.

    2Ces éléments invitaient à essayer de dater précisément la naissance du supporter – sur un plan médiatique – et d’en esquisser le portrait. À cette fin, nous nous sommes emparés de deux types de sources ; d’une part, afin de remonter la généalogie de l’expression : la littérature encyclopédique, du milieu du xixe siècle jusqu’aux années 1930 ; d’autre part et principalement un corpus – numérisé – empruntant à la presse quotidienne parisienne, régionale et à la presse sportive.

    3Pour exploiter ce corpus, notre méthode consistait à consulter le plus grand nombre de brèves, articles, tribunes et courriers des lecteurs comprenant mot supporter ou toute autre mention entretenant une parenté avec lui. Ce faisant, nous avons adopté le point de vue de Christian Bromberger – tout spectateur est « un tant soit peu supporter2 » – et ouvert la focale. Au-delà du supporter défini comme un amateur invétéré de sport soutenant une équipe, un club, un sport, un sportif, voire un équipementier dans le cas des sports mécaniques, il fallait pister le fanatique, le partisan, mais encore le spectateur de sport pour peu que les journalistes l’aient qualifié d’acharné, de farouche, de braillard, personnifiant ainsi un personnage à l’enthousiasme plus ou moins débridé.

    4D’emblée, soulignons les limites d’une démarche tributaire de la numérisation et, plus encore, de l’océrisation des journaux de la Belle Époque. Cette océrisation constituait notre principal Cheval de Troie pour faire parler la presse. Or, si les collections numérisées vont en nombre grandissant, offrant à l’historien une incroyable souplesse d’investigation, rares sont celles dont les secrets peuvent être percés grâce aux systèmes de reconnaissance de texte. La traque d’une expression dans une collection non océrisée s’effectue, le plus souvent, numéro par numéro, page à page. Face au gigantisme de la tâche, on se résout vite à ne mener que des carottages. Or ils ne peuvent aboutir qu’à des découvertes indicatives. Le faible taux d’océrisation de la presse ancienne a donc limité nos possibilités d’exploration. À cette première limite s’en ajoute une autre, fille de la fiabilité relative des systèmes de reconnaissance de texte. Dans quelques cas, ils sont tout bonnement inopérants. Pour le reste, il arrive qu’ils dysfonctionnent, omettant des occurrences, amalgamant des typographies voisines. Aussi peuvent-ils livrer des résultats douteux, voire inexploitables. Cette deuxième limite marque nos résultats au coin d’une incomplétude qui, par ailleurs, renvoie à l’impossibilité d’embrasser le gigantesque corpus de journaux des années 1900-1910, en plein âge d’or de la presse. Ici, le bât blesse donc en termes de représentativité. Si Gallica, par exemple, permet d’enquêter assez finement dans la presse quotidienne nationale et d’aboutir à des résultats qu’on peut considérer comme solides, représentatifs, on ne saurait dire la même chose des secteurs pléthoriques de la presse quotidienne régionale et de la presse spécialisée.

    5Ces limites posées, une immersion dans la presse de la Belle Époque permet de réunir des bribes de savoir. Quoique rares, elles permettent de tracer à grands traits l’histoire du fanatique, du partisan et, à leur suite, du supporter. Elles aident à situer le moment où l’histoire du supporterisme, stricto sensu, commence, c’est-à-dire 1911. L’expression entre alors dans le vocabulaire journalistique et, probablement, dans celui des amateurs de sport les plus avertis. Par ces biais, sans doute entre-t-elle aussi dans l’antichambre du langage courant. Mais elle ne s’y imposera que dans l’entre-deux-guerres. Enfin, les informations récoltées permettent de cerner l’identité du supporter, ses fonctions, son code de conduite, de savoir les reproches qu’on lui fait. Par petites touches, on peut ainsi le placer sur la scène sportive de l’avant-guerre, d’où il était absent jusqu’à présent.

    Par les dictionnaires

    6Remonter le cours de l’histoire d’un mot invite, en première intention, à feuilleter les ouvrages encyclopédiques pour remonter la généalogie d’une expression et pointer le moment où son entrée dans le langage courant invite les lexicographes à l’introniser. Dans le cas présent, cette reconnaissance vient en 1933, au terme d’une longue maturation, plus de vingt ans après son entrée dans le répertoire journalistique. Les dictionnaires étant des chambres d’enregistrement avalisant les mutations et les enrichissements de la langue, cette sanctuarisation, au début des années 1930, nous suggère que la banalisation du mot dans le langage et le sens commun est intervenue quelques années auparavant. Mais elle dit aussi la lenteur avec laquelle la figure du supporter fait son chemin.

    7Jusqu’à la fin du xixe siècle, partant du latin médiéval supportator (celui qui défend, qui aide) et du verbe anglais to support (d’un emprunt au français du xive siècle), le supporter est d’abord, comme on le lit dans Littré de 1886, l’acteur d’une « entraide mutuelle », parfois le défenseur d’une cause. Dans ce second cas, on le dit aussi partisan.

    8Selon Alain Rey, cette acception est avérée à partir de 18463, mais elle est surtout employée à la fin des années 1890, presque exclusivement dans des périodiques bilingues ou de langue anglaise et toujours sous un prétexte politique. On la croise ainsi dans L’Or et l’Argent (1895), le Bulletin pour la propagation des langues étrangères (1896) ou Cosmopolis (1897) lorsque la revue présente les partisans anglais et français du Premier ministre Lord Salisbury.

    9Au début du xxe siècle, la notion de supporter de sport n’apparaît encore ni dans le glossaire médiatique ni dans les dictionnaires. Témoins l’édition 1905 du Larousse en sept tomes : le supporteur et la supporteuse y sont des « personnes qui supportent ». Définition elliptique et perte de sens : le lien avec le politique ou, a minima, l’idée de partisanisme, s’est volatilisé. Les dictionnaires en un tome ayant vocation à une large diffusion populaire invitent au même constat d’inexistence. Dans les éditions 1861, 1889 et 1903 du Dictionnaire classique universel de Théodore Bénardelles, le mot supporter ne figure tout simplement pas. D’autres lectures, antérieures à 1914, confortent dans l’idée que l’acception sportive du supporter n’est pas d’un usage assez répandu pour être adoubée par les lexicographes ou que ces derniers en ignorent tout simplement l’existence.

    10Avant la Grande Guerre, alors qu’il entre dans le vocabulaire des journalistes et que, ce faisant, il doit déjà être sur quelques lèvres hors du microcosme médiatique, le supporter n’a donc pas les honneurs des dictionnaires. Au sortir de la guerre, malgré sa présence désormais notable dans la presse, il n’obtient toujours pas le blanc-seing des linguistes. En 1922, le Petit Larousse ne le nomme pas. Le Larousse universel en 2 volumes, également publié en 1922, reprend la définition de 1905. Dans son Dictionnaire historique et étymologique des anglicismes, Édouard Bonnaffé n’en fait pas plus cas4. Pourtant, il consacre plusieurs pages à définir d’autres anglicismes sportifs, y compris les moins familiers, comme coming man5.

    11Face à cette omission et quoique les étymologies diffèrent, on cherche alors à voir si l’expression a pu être associée au sens premier du verbe supporter : souffrir, tolérer, endurer. Par le biais de la compassion ou de l’émotion partagée, le supporter est, en effet, une personne qui supporte ou/et endure à la fois avec l’autre ou pour l’autre. Cette définition va aussi avec l’anglais to support, qui renvoie à l’idée d’une souffrance partagée avec une équipe, un champion. Mais cette quête est tout aussi vaine.

    12Finalement, le supporter de sport entre dans l’édition en six volumes du Larousse 1933, assorti de cette définition : amateur de sport qui soutient de son approbation l’athlète, l’équipe, le club de son choix. Sa sanctuarisation est donc tardive par rapport à l’entrée du mot dans le vocabulaire des journalistes. Toutefois, la date de 1933 s’explique. Elle renvoie à une séquence clé de l’histoire du supporterisme. Au seuil des années 1930 en effet, tandis que les clubs de supporters de football se multiplient notablement, l’expression apparaît de façon de plus en plus significative dans la presse6. Ce processus donne corps à une banalisation qui est, à l’évidence, le Sésame pour l’introduction du mot dans les dictionnaires. C’est donc vers la presse qu’il faut se tourner pour suivre sa lente conquête, en s’arrêtant d’abord sur les expressions fanatique et partisan, lesquels préludent à son histoire et le concurrencent encore au début des années 1910.

    Généalogie(s)

    13Arrêtons-nous cependant sur la plus ancienne occurrence du mot supporter qu’il nous a été donné de repérer. Elle remonte à 1881 et est a priori unique jusqu’en 1910. Quantité négligeable ? Non. Sa présence dans les colonnes du Gaulois appelle un arrêt sur image qui, précisément, introduit à l’histoire du fanatique de sports, en filigrane à celle du partisan et, plus tard, du supporter Belle Époque.

    1881 : un précédent isolé

    14Avec sa ligne mondaine, pensée pour un lectorat grand bourgeois et conservateur, Le Gaulois est un des premiers quotidiens à promouvoir le sport, surtout le turf, lequel justifie la création des premières rubriques dites sportives dans les années 1880-1890. La rédaction n’y consacre pas moins de 4 % de la surface du journal en 1881. Ce choix éditorial est fort et pionnier. Pour en prendre la mesure, notons que les autres quotidiens parisiens et régionaux ne flirtent avec ce seuil des 4 % d’informations sportive et hippique qu’au début des années 1900. Autre signe de l’esprit d’innovation du Gaulois : en 1887, sa direction lance Le Gaulois-Sport. Courrier de la vie aux champs, cycliste, sportif et hippique, premier et éphémère supplément sportif du week-end adossé à un quotidien.

    15Avant-gardiste en matière d’information sportive, Le Gaulois l’est aussi sur le plan linguistique. Le 12 février 1881, dans sa toute jeune « Chronique de sport » (elle a été lancée en novembre 1880), Richard Lumley – dont on ne sait malheureusement rien – passe en « revue les établissements d’entraînement de Chantilly ». Rapportant sa visite chez le baron Schlickler, il vante l’excellence de sa cavalerie et décline ses succès dans les Prix du Jockey Club et de Paris avant d’insister sur sa contribution à l’amélioration de la race chevaline française. Il le présente comme un acteur clé de la relance de la vie hippique depuis 1871 et, à ce titre, « un des plus anciens “supporters” du turf français ».

    16Le supporter de Richard Lumley est un aristocrate propriétaire d’écurie, couronné de succès et militant de la cause équine et hippique. Sous ce mot, qu’il a soin de ceindre de guillemets pour dire son étrangeté, au sens propre comme figuré, le chroniqueur renvoie in fine à deux images valorisées et valorisantes depuis les années 1830 : d’une part, à celle des très élitistes sociabilités hippiques ; d’autre part, à celle du champion de la cause turfiste. Le baron Schlickler ne saurait donc être confondu avec le public des petits parieurs. Ce sont eux qui introduisent l’idée de supporter au travers du soutien qu’ils apportent à tels ou tels cheval, jockey ou écurie – en se rêvant gagnants. Dès cette époque, ils se rendent en nombre croissant à l’hippodrome. Qui sont ces lecteurs avides des feuilles de pronostic, ces arpenteurs invétérés de la pelouse jouxtant la lice ? Ils sont issus de la petite bourgeoisie urbaine, du monde des employés et, déjà un peu, du monde ouvrier. Pour les distinguer des cercles huppés qui paradent dans les tribunes, un terme d’argot hippique est d’ailleurs forgé : pelousard. Le baron de Malbessan a beau juger, en 1888, que cette expression n’a pas de « malice », elle incarne le mépris des élites pour le réveil de la « démocratie du turf7 ». Bref, le baron Schlickler n’est pas un pelousard et, par extension, une incarnation avant-coureuse du supporter. Il n’en introduit pas moins, de façon indirecte, à son histoire. En effet, s’il n’est pas supporter, au sens où on commencera à l’entendre vers 1910, il est un archétype du « fervent turfiste8 » ou du fanatique de sport. Or, ce dernier prélude à la venue du supporter.

    Le fanatique, annonciateur du supporter

    17En effet, le baron Schlickler a toutes les caractéristiques d’un fanatique de sport. Dans les années 1870-1900, cette figure ressort de temps à autre dans l’univers des loisirs mondains. On l’y découvre en 1875 quand un chroniqueur de La Presse note le bon comportement des « fanatiques de sport9 » lors d’un concours de tir au pigeon à Monaco. Dix ans plus tard, on le retrouve aux courses de lévriers10. Au soir des années 1880, avant la première popularisation du vélo, le fanatique prend le visage de « l’ardent veloceman » dont le « fanatisme intense » bénéficie à la « grandeur croissante du sport11 ». Le golf réunit quant à lui des « fanatiques de drive12 ».

    18Mais, hormis ces exemples – ils ne sont pas légion – et jusqu’à la fin du siècle, le fanatique personnifie surtout un passionné d’équitation et de courses. De loin en loin, il apparaît dans les scènes de turf. Le célèbre chroniqueur hippique Robert Milton l’y croque parfois13. Dans Le Matin, en 1890, on apprend comment, deux fois la semaine, une horde de « fanatiques » rejoignant l’hippodrome arrache le « coquet » village de Maison Laffitte à sa quiétude14. Le fanatique peut encore être Anglais et joueur de polo15 ou appartenir à la « société parisienne » qui se montre à l’exercice dans les Bois de Boulogne16. Sous ces différents jours, le fanatique désigne avant tout les acteurs et les spectateurs de la vie équestre.

    19Au tournant des deux siècles, le sens de fanatique s’enrichit. Il renvoie toujours aux pratiques distinctives, les plus récentes y compris – confere le « fanatique de course automobile17 » –, mais il fait aussi référence à des pratiques entrées, à des degrés divers, dans l’âge de leur popularisation. En 1902, la rubrique des « Secrets de beauté » de la Revue des inventions illustre cette évolution. Aux « aimables et gentilles ouvrières parisiennes » et à tous les « fanatiques de sport » (cyclistes, coureurs à pied, cavaliers, pilotes, nageurs, ascensionneurs), le périodique préconise le port d’un mystérieux Talisman de Faust qui permet de garder une peau fraîche, « gracieuse », ne « ressemblant pas fatalement à une peau de crocodile18 ». Au seuil du xxe siècle, la presse campe aussi des fanatiques de gymnastique, d’escrime, d’haltères, de boxe, de lutte ou de skating. Au fil des ans, le fanatique devient donc moins un pratiquant qu’un spectateur enthousiaste. En 1906, Le Matin note ainsi le courage des « fanatiques de football19 » ayant bravé le froid pour assister à un match opposant le champion de Hollande, La Haye, au Racing Club de Paris. Vingt ans plus tard, comme en un lointain écho, L’Intransigeant rappellera à ses lecteurs le rôle des fanatiques dans l’essor du football des années 1890 – comme si l’expression avait quelque chose de coutumier à la fin du xixe siècle20. En 1908, le très docte Temps, pourtant assez avare en matière sportive, explique à ses lecteurs, en parlant du public, que « la plupart des européens sont fanatiques de sport21 ». En 1912 enfin, les admirateurs de Georges Carpentier sont assimilés à des « fanatiques de boxe22 ».

    20Ce nouveau fanatique pose question. Quel doit être son comportement ? Par quel esprit doit-il être commandé ? En éclaireur, dès 1880, Émile Giot réfléchissait au « fanatisme sportique » (sic), autrement dit au comportement du public et à sa passion, confinant parfois à « l’aveuglement23 ». Mais, cette problématique gagne en visibilité à la fin du xixe siècle et devient plus fréquente avec les années 1900. En 1895, Maurice Martin, chroniqueur sportif en vue et créateur de la course cycliste Bordeaux-Paris, assimile ainsi l’irrespect des sportsmen anglais pour le sport français à un « dangereux fanatisme sportif » porté par le rêve d’une « constante suprématie24 ». En 1897, Véloceman interviewe l’ancien parlementaire britannique Charles Dilke, lequel déplore que ses compatriotes se noient dans des paris ruineux et le fanatisme sportif25. La même année, dans un article sur les collisions entre automobilistes et cyclistes, le pilote et futur aviateur Maurice Farman met en scène un pilote fanatique n’ayant d’égards que pour sa machine et la vitesse, au mépris des piétons et des pédaleurs26. En 1897 toujours, dans le roman Une Idylle tragique Paul Bourget portraiture « trois jeunes fanatiques de sport » partageant le défaut d’orgueil27. Ces considérations et d’autres plus tardives – comme celle de La Culture physique opposant le fanatisme discipliné des gymnastes et des lutteurs à celui, jugé indocile, des athlètes – finissent par constituer un premier débat autour des dérives nées des émotions, de l’arrogance et des patriotismes sportifs.

    21Au début du xxe siècle, le spectateur-fanatique, avec ses vertus et ses vices, tend donc à prendre le pas sur le sportif-fanatique des années 1870-1880. Est-il un supporter ne disant pas encore son nom ? Aucune des sources compulsées ne rapproche ou compare les deux expressions, les deux personnages. Mais ils ont bien une communauté de sens puisqu’ils renvoient, l’un et l’autre, pratiquement et symboliquement, à l’engouement individuel et collectif croissant pour le sport. Ils suscitent d’ailleurs des interrogations convergentes, sinon identiques – notre lecteur en prendra la mesure au fil des pages. Ils entrent ainsi en résonance, en cousinage. Entre les mots, on peut en voir l’expression dans les propos de l’helléniste Henri Grégoire. En 1906, voyant venir « l’âge du sport », il juge que les « fanatiques » sont dignes de respect en soi et parce que leur fièvre, si communicative, incite le néophyte à se métamorphoser à son tour en « amateur fervent28 ». Cet amateurisme fervent, le fanatique et le supporter le partagent. Dans l’assertion d’Henri Grégoire on pourrait, sans rupture de sens, substituer le supporter au fanatique. Leur parenté est évidente. On en voit un autre signe dans le fait que l’expression fanatique s’étiole lorsque le partisan et le supporter entrent en scène, comme si trois mots étaient de trop pour définir une seule chose.

    Partisans de sport : un proche cousin

    22La généalogie du mot supporter lève donc le voile sur une autre expression : partisan de sport. Elle aussi n’est pas d’un usage ordinaire – surtout dans la presse quotidienne généraliste. Elle est cependant plus habituelle que le fanatique, surtout lorsque ses occurrences se multiplient de façon significative, au tournant des xixe et xxe siècles.

    23En 1897, La Bicyclette publie le courrier d’un lecteur faisant cause commune avec les champions de l’amateurisme, « partisans du sport pur », contre les promoteurs de la professionnalisation29. Trois ans plus tard, le mot partisan est imprimé dès le premier numéro de L’Auto : on y parle de « partisans de la roue libre30 ». Il ne quittera plus les colonnes du quotidien, comme ce jour de 1910 où la rédaction soutient les « partisans des grandes courses de vitesse » mobilisés pour relancer l’actualité de la piste, à Buffalo en particulier31. Parmi d’autres exemples, on le retrouve en 1911 dans Le Journal amusant. L’hebdomadaire rapporte alors la brouille entre les « partisans » des championnats de France de cyclisme derrière moto – qui « exultent32 » – et les amateurs de cycle pur, qui voient le derny comme dévoiement du cyclisme pur.

    24À l’origine, le partisan de sport n’est pas spectateur. Il est d’abord le champion d’une cause ou le représentant d’une chapelle sportive. À la fin de la Belle Époque cependant, l’expression devient polysémique. Le partisan est désormais campé en spectateur, en admirateur, au besoin enflammé, d’une équipe, d’un champion. Il rappelle la seconde facette des fanatiques. Par ailleurs, plutôt cyclophile à l’origine, il bascule dans l’œcuménisme. À la veille de la Grande Guerre, le partisan est un amateur éclairé des sports. Il connaît, apprécie et soutient la boxe, l’athlétisme, le cyclisme, le skating, l’aéronautique, la course à pied, le rugby, le football, etc. C’est souvent en ce sens que L’Auto parle de partisan jusqu’en 191433.

    25Le partisan peut-il être assimilé à un supporter ? Au départ, non. Néanmoins, l’enrichissement de sa palette finit par l’en rapprocher. L’un et l’autre, comme le fanatique-spectateur avant eux, participent pareillement, selon le mot de Christian Bromberger, de la « partisannerie sportive34 ». On leur assigne les mêmes qualités : ils doivent être généreux, hommes d’honneur, de mesure, de bon sens. Autre élément soulignant leur proximité : entre 1911 et 1914, ils cohabitent dans la presse, le plus souvent dans une totale unité de sens. Dans certains des titres, comme La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais ou Dunkerque-Sports, ils se valent et peuvent se succéder, en pure synonymie, dans un même article.

    26Ce jumelage n’est pas anodin. En pénétrant sur la scène sportive et médiatique à la veille de la Grande Guerre, supporters et partisans soulignent, par effet d’accumulation et de concordance de sens, l’avènement, parfois tonitruant, du grand public des spectateurs de sport et, en son sein, d’ardents amateurs. Ce tournant social et linguistique se joue dans un temps où le calendrier sportif se densifie, où les passions et les foules sportives prennent une ampleur inédite. Les deux figures, les deux expressions y trouvent ensemble leur sens et leur justification. Leur proximité est telle qu’elle donne d’ailleurs lieu à un débat sur l’alternative qu’elles offrent35. Ainsi, à l’automne 1913, devisant sur la création des premiers clubs de supporters, Gaston Lefebvre d’Hellencourt juge que la « langue française » étant « assez riche » et le mot partisan étant « disponible », il n’est point besoin « d’emprunter une locution nouvelle » à l’anglais, la question du verbe ne devant pas l’emporter sur l’objectif ultime : la confusion de l’âme du partisan avec « l’âme française36 ». Malgré ce type de prévention, le partisan va céder la place au supporter et le glossaire du sport gagner une nouvelle entrée anglaise.

    La naissance médiatique du « supporter » (1910-1914)

    27Loin du précédent de 1881 et d’après nos observations, le mot supporter réapparaît dans la presse en 1910. Il s’y installe en petit nombre, creusant peu à peu son sillon en s’y substituant à partisan.

    Des journalistes spécialisés parisiens peu diserts

    28D’après le Trésor de la langue française du CNRS et Alain Rey37, la première occurrence de l’expression supporter de sport paraît dans L’Auto, le 9 octobre 1907. Nous avons vainement lu ce numéro. Considérant le magister du quotidien d’Henri Desgrange sur l’information sportive, une radiographie s’imposait. L’étude de 1300 des 5010 numéros publiés du 16 octobre 1900 au 3 août 191438 révèle seulement deux occurrences, ce qui, en toute théorie, en donnerait huit occurrences pour l’ensemble du corpus avant-guerre. Les sondages n’offrent que des tendances, le conditionnel doit rester de mise. Admettons cependant que l’expression n’est pas familière à la rédaction de la rue du Faubourg-Montmartre, où on préfère nettement écrire partisan.

    29La première occurrence dans la presse nationale, le 5 mai 1912, est nichée dans une chronique de football de Robert Desmarets. Proche conseiller d’Henri Desgrange, membre du Cercle athlétique de Paris, dirigeant de la Ligue de football-association (fondée en dissidence de l’USFSA en 1910), il est chef de publicité de L’Auto où il écrit sur le cyclisme et le football. En ex-cycliste, en 1913, il lancera les Six Jours de Paris. Cet homme a priori très au fait des nouveautés en matière de terminologie sportive juge alors, dans une brève sur la Cup, que « les défenseurs Fulham doivent donner toute confiance aux supporters des “Cottagers” ». En 1913, un second rédacteur – malheureusement anonyme – note la mobilisation des « supporters » du Middlesborough FC lors d’un match l’opposant à Burnley, équipe phare du championnat anglais, lauréate de la Cup en 191439. L’Auto nomme donc le supporter avec parcimonie et sous le seul ciel anglais.

    30Dans les autres titres de la presse spécialisée, le mot est d’un usage légèrement plus ancien et gallocentré. Dans L’Aéro, il apparaît en octobre 1911, dans une recension du Patin d’Or, course de skating de 24 heures organisée au Palais des Sports de Paris40. Le mois suivant, il est de mise dans une chronique de football. Une défaite de Vitry – champion de France de la Fédération Cycliste et Athlétique de France – face au Red Star inspire à un rédacteur masqué sous le pseudonyme de Referee ce jugement : l’échec des Vitriots, contre le cours du jeu, est le fruit de leur arrogance, traduite par leurs « récriminations », les « grossièretés » qu’ils ont proférées sur la pelouse et leur gestion défaillante du hors-jeu. « Que la leçon profite à vos joueurs et à vos supporters » conclut-il41. Cet italique final peut suggérer le caractère inaccoutumé de l’expression, ou la signaler comme anglicisme. À notre sens, il souligne surtout l’idée, en forme de regret, que les verts et or, joueurs comme partisans, aillent du même et blâmable pas. Au demeurant, cette critique est trop isolée pour être représentative de ce qu’on lit par ailleurs dans L’Aéro. Le supporter y est en effet mentionné positivement, en référence aux « joies » et aux « émotions » procurées par le football avant tout (français, belge, anglais et allemand) et, de temps à autre, par le rugby, la boxe, la course automobile, voire le hockey. Le supporter entre ainsi dans le lexique des rédactions, mais sans qu’aucun journaliste n’éprouve le besoin de parler de son identité, de son rôle.

    31Cette acculturation linguistique ne touche pas toutes les publications. La Vie au grand air en témoigne. On y évoque les supporters à quelques reprises seulement avant 1914. L’une d’entre elles consiste en une tribune de Jean Bouin. Discutant de la « crise de l’athlétisme », le pedestrian y suggère une réorganisation des championnats afin, notamment, que les supporters puissent mieux suivre « la marche de leurs favoris42 ». Cet exemple mis à part, La Vie au grand air n’a aucune velléité de s’attarder sur le rôle de ce nouvel acteur du sport. La lecture du Sport universel illustré, autre hebdomadaire de référence, confirme jusqu’à l’excès une tendance finalement assez générale : on n’y parle pas de supporter avant 1921.

    32Conclure avec un peu d’assurance sur la conquête du mot et de la figure du supporter dans la presse sportive à diffusion nationale supposerait un complément d’enquête dans d’autres quotidiens et/ou hebdomadaires omnisports (Les Sports, Tous les sports, Sporting…), des titres turfistes en vue (L’Écho des courses, Le Paris-Sport, Le Journal hippique…), enfin quelques magazines et revues dédiés à un seul sport (ils sont alors de plus en plus nombreux). Nous avons dit d’entrée la difficulté d’une recherche fondée sur la traque d’un mot. Seule une miraculeuse campagne d’océrisation de cette presse spécialisée permettrait d’avoir une vue complète. Pour ici donc, posons trois remarques : la conquête médiatique du supporter semble débuter en 1911 ; elle est inégale selon les titres ; le football est sa principale justification.

    La presse sportive régionale à l’avant-garde ?

    33Dans la presse régionale spécialisée comme dans les titres septentrionaux, le mot supporter semble en voie de banalisation un peu plus tôt que dans la presse parisienne. Ce particularisme concorde avec ce qu’on sait du supporterisme : avant-guerre, il prend ses marques dans le Nord et le Pas-de-Calais43. Ces deux départements resteront cruciaux dans la diffusion du supporterisme. En 1939, ils accueillent plus du tiers des clubs de supporters déclarés dans l’Hexagone. On est donc fondé à croire que le mot supporter y connaît un essor plus précoce et remarquable que dans le reste du pays, à l’image de ce qu’on apprend en feuilletant Dunkerque-Sports.

    34Lancé en janvier 1909 pour couvrir et promouvoir « le développement de la vie sportive44 » à Dunkerque et dans les communes limitrophes, cet hebdomadaire imprime pour la première fois l’expression en janvier 1910, dans la recension d’un match de football opposant le Sport ouvrier calaisien (SOC) au Racing Club de Calais. En l’espèce, le SOC « se [paie] le luxe de faire frissonner les supporters45 » du Racing, finalement vainqueur. Utilisé à une seule reprise en 1910, le mot l’est à nouveau en 1911 (8 mentions) et en 1912 (4 mentions).

    35Il devient plus courant en 1913 (20 occurrences), année au terme de laquelle le journal cesse de paraître. Parlera-t-on, ici, d’une première banalisation ? Le supporter figurant dans 40 % des numéros publiés en 1913, force est de répondre par la positive. Même s’il a la couleur de l’anecdote, un autre signe conforte cette réponse : en 1913, sacrifiant à son désir de pseudonymie (très fréquent dans la presse sportive), un rédacteur se met à signer ses articles Supporter…

    36Que nous disent les plumes de Dunkerque-Sports ? Elles notent le nombre des supporters (sans le préciser toutefois), leur ferveur et parfois, le frisson, l’émotion qu’ils ressentent. Elles nous disent que des groupes de supporters (dont on ne sait s’ils sont officiellement constitués) soutiennent notoirement les clubs de football dunkerquois, calaisiens, boulonnais, lillois, malouins, havrais, etc. Ils nous instruisent aussi des rivalités entre chapelles supporteristes à l’échelle d’un département, parfois d’une ville. Dans les brèves sur le microcosme sportif dunkerquois, elles suggèrent leur influence naissante. Ainsi, en 1912, les supporters sont manifestement partie prenante d’un débat né à la suite d’un conflit d’usage du stade de Dunkerque46. Enfin, les rédacteurs de Dunkerque-Sport parlent un peu de leurs emportements. Ils signalent parfois la présence de « braillards47 », et la déplorent. En 1911, ils rapportent cette péripétie, prouvant que les frasques des supporters sont déjà connues et pendables.

    « Comme à Boulogne… et suivant les nouveaux règlements de Football qui exigent que les “supporters” de chaque club en viennent aux mains, trois marins […] ont voulu rééditer l’un de ces matchs de boxe ! Malheureusement pour eux, la police veillait et les marins – dont le round dut être interrompu – encaissèrent… un bon procès-verbal pour coups48 ! »

    37Dans d’autres titres nordistes, on retrouve assez communément les supporters. En 1912, dans Le Stade, organe du Football Club roubaisien, l’usage de guillemets souligne encore l’étrangeté de l’expression « fervents “supporters”49 » roubaisiens, mais ces derniers ne sont pas inconnus. Dans La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, en 1913 et 1914, on discute de leur statut, de leurs devoirs. Cette discussion, à notre connaissance isolée, est frappante et pionnière. Elle fera l’objet d’une analyse à l’issue de ce regard panoramique porté sur la présence du supporter dans la presse hexagonale. Une chose est sûre : le supporter a bonne presse dans les périodiques spécialisés du Nord de la France.

    38Peut-on être aussi affirmatif s’agissant des titres publiés ailleurs dans l’Hexagone ? Assurément pas. Les collections numérisées du Nord, très riches, permettent de mener une précieuse enquête. Mais, a priori, elle fausse notre perception, d’abord à cause de l’avant-gardisme nordiste en matière de supporterisme, ensuite parce que la ligne éditoriale de ces titres ne peut pas servir de viatique pour résumer celles que développent les dizaines de périodiques spécialisés publiés ailleurs en France. Toute conclusion formulée à partir du seul cas nordiste court ainsi le risque d’être réductrice. Conclure vraiment suppose d’ausculter d’autres périodiques. On a pu le faire pour certains, par exemple, pour La Côte d’Azur sportive et Laval-Sport. Le supporter y est moins précoce et ordinaire que dans le Nord. Néanmoins nous restons démunis pour faire un tableau d’ensemble. Ici encore, posons des remarques plutôt que des conclusions.

    39Première remarque : dans la presse spécialisée, tant à Paris qu’en province, la greffe du supporter prend en 1911-1912. Deuxième remarque : mentionner la figure du supporter est un exercice inégalement pratiqué par les journalistes. Certains sont diserts, comme ceux de L’Aéro et de la presse locale. D’autres sont parfaitement silencieux. Il en ressort une greffe toute en timidité, laquelle peut expliquer le mutisme des dictionnaires. En effet, la banalisation et, à terme, l’adoption d’une nouvelle expression se joue pour beaucoup dans le creuset médiatique. En l’espèce, le mot supporter s’y coule tout juste avant 1914. Troisième remarque : le mot supporter pousse au soleil plutôt exclusif du football. Dernière remarque : quelques rares anecdotes nous disent que le supporter peut se muer en aboyeur, faire le coup de poing – on l’en blâme –, mais la plupart des journalistes le nomment sans prendre la peine de peindre son visage, ses usages, sans questionner sa passion et son organisation avec ses pairs. Nous explorerons plus loin le débat publié en 1913-1914 par La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais. Il touche aux missions et aux enjeux du supporterisme. Il nous instruira sur certains de ces points. Mais, en général, la démarche de ce journal, isolée, ne remet pas en cause le détachement avec lequel les journalistes spécialisés font entrer le supporter sur la scène sportive. Après tout, héritier des fanatiques et, un peu, des partisans, peut-être ne leur apparaît-il pas aussi neuf qu’à nous.

    Chez les généralistes : de discrets supporters

    40Le supporter est-il adoubé de façon plus claire et nette dans la grande presse ? Les journalistes en sont-ils curieux ? La question est essentielle et appelle une rapide mise au point. Au tournant des années 1900-1910, l’affirmation du sport comme culture de masse naissante se joue au travers de l’augmentation du nombre de pratiquants. Elle se construit aussi par le pullulement institutionnel – les fédérations étant de plus en plus nombreuses et prises dans les raies d’une rivalité croissante autour, notamment, du débat amateurisme/professionnalisme. Elle doit enfin et plus encore à la marchandisation et la consommation croissante du spectacle sportif, d’une actualité compétitive passée en moins de vingt ans de désert à pléthore. Dans cette marchandisation, la grande presse quotidienne généraliste tient un rôle capital. Elle y est investie, voire surinvestie. Tout comme la presse spécialisée, elle parraine et crée de nombreuses épreuves, à Paris comme en province, contribuant ainsi au puissant essor de l’industrie du spectacle sportif. En toute concordance avec cette stratégie, elle achalande des rubriques spécialisées dont l’emprise n’a cessé de s’accroître depuis la fin du xixe siècle. En somme, elle est au cœur de la première sportivisation de la société. Or, à la veille de la Grande Guerre, quand la presse sportive et turfiste parisienne diffuse environ 350 000 exemplaires chaque jour, les quotidiens généralistes tirent ensemble 10 millions de journaux. Au regard de cette rupture d’échelle, pour devenir pertinente, la notion de naissance médiatique du supporter – et in fine la révélation du supporter au grand public – doit être soumise au verdict de la grande presse parisienne et régionale50.

    41Que nous dit, précisément, la presse régionale ? Elle parle à nouveau de rareté. Les rubriques sportives ont beau y avoir le vent en poupe, avec leur lot d’anglicismes, les typographes composent bien peu le mot supporter avant 1914. Arrêtons-nous sur le cas de L’Ouest-Éclair. Le supporter n’en est pas absent. À ceci deux raisons. D’une part, il naît avec le football, or les rédacteurs sportifs du quotidien, à l’instar d’Ernest Folliard, en sont des propagandistes déclarés et désignés puisqu’ils sont aussi dirigeants du Stade rennais. D’autre part, comme nombre de ses confrères, Ernest Folliard raffole de formules idiomatiques. Great event, team, ground, shoot, kick, passing-game, dribbling, goal keeper et autres heading on corner, etc., figurent dans son lexique le plus ordinaire. Ce penchant – qui doit de temps à autre laisser ses lecteurs interdits – aboutit à l’introduction du mot supporter au printemps 1911, sous un prétexte… rugbystique. Ernest Folliard loue alors une initiative de « supporters » manceaux ayant publié une notice explicative pour que les spectateurs néophytes d’un match US Le Mans vs Stade rennais assimilent les règles du rugby et sachent déchiffrer ses phases de jeu51. Le supporter est là un amateur qu’on veut éclairer, éduquer. Par la suite et jusqu’en 1914, l’usage du mot dans L’Ouest-Éclair est rare et lié de façon quasi-ombilicale au football, surtout lors des derbys entre le Stade rennais et Saint-Servan, qui dominent alors le championnat de Bretagne. Fin 1911, on apprend ainsi que les deux teams comptent de nombreux « partisans », qu’une des rencontres de 1910 a vu la réunion de « plus de 200 fanatiques de part et d’autre », qu’enfin, vu le nombre des « supporters » rennais, les dirigeants stadistes envisagent « d’affréter des trains spéciaux pour les rencontres à l’extérieur52 ». En tant que président du Stade rennais, Ernest Folliard est au cœur de l’affaire, et il devient coutumier du fait en multipliant les voyages en train de ses supporters – comme à l’occasion d’une rencontre Rennes vs Havre Athletic Club de 191453. Bien avant que le Club des supporters de Rennes soit constitué (1932), L’Ouest-Éclair nous laisse donc deviner un supporterisme breton naissant, surtout rennais. Mais sa lecture ne permet pas de dire que le supporter est une figure banalisée – au moins dans le texte – en 1914.

    42Portons le regard au Sud. À Toulouse, deux titres se partagent le marché : L’Express du Midi, une institution à fort tirage, et Le Midi socialiste, jeune titre à l’audience plus réduite. Pour l’un et l’autre, une seule occurrence semble intervenir avant 1914. En février 1913, à l’occasion d’une rencontre de rugby, un des rédacteurs de L’Express du Midi nomme les « supporters du SCUF54 ». Rien de plus, rien de moins et, à dire vrai, bien peu de chose. La véritable entrée en lice du supporter intervient au cours des années 1920 pour L’Express du Midi et dans les années 1930 pour Le Midi socialiste.

    43Dans la région lyonnaise, le même constat semble pouvoir être fait. Néanmoins, les défauts d’océrisation des collections consultées interdisent d’être catégorique. À Nice, le constat est du même ordre. Quant à La Charente, principal quotidien du département éponyme, ses rédacteurs n’écrivent pas une seule fois supporter avant 1914.

    44De cet incomplet tour d’horizon ressort une information clé : la rareté de l’expression supporter. Fera-t-on le même constat en lisant la presse parisienne ? Pour l’essentiel : oui.

    45Le journal le plus généreux avec le supporter est Le Matin. Sa générosité est à basse, voire très basse fréquence cependant : 2 mentions en 1911, 4 en 1912, aucune en 1913, 8 en 1914 – l’une d’entre elles servant à désigner des partisans du Racing Club de France ayant toujours l’espoir de voir triompher « leurs couleurs55 ». Dans L’Intransigeant, le mot supporter apparaît à quatre reprises entre 1911 et 1914. C’est pourtant un des titres les plus mobilisés en matière d’information sportive. En 1911, il couvre brièvement un match de rugby SCUF vs Le Havre, un rédacteur notant alors la déception des « supporters de Crichton » (un joueur havrais) après la défaite des Normands56. Deux ans plus tard, une dizaine de lignes est consacrée à décrire des supporters bayonnais et parisiens rivalisant d’imagination dans la composition de chants d’encouragements ayant vocation à être entonnés lors de la finale du championnat de France de rugby57. En 1914 enfin, L’Intransigeant parle brièvement de l’espoir des « supporters » du poids léger Maurice Prunier avant son combat, au Wonderland de Paris, contre Robert Loesch58.

    46Cette rareté, les autres titres ne la démentent pas. Dans Le Rappel, c’est en 1912 que Georges Bruni, joueur de rugby mué en journaliste sportif et futur dirigeant du Sporting Club universitaire de France, parle pour la première fois du supporter. Il fait alors montre de sens critique. Jugeant du profit que le sport tirerait de son mariage avec le cinéma, il écrit en passant : « ce que veut le “supporter” » est avant tout que « “son” club gagne », or c’est un « esprit de parti » qui nuit « à la véritable mentalité sportive59 ». Georges Bruni ne goûte donc pas l’affirmation d’un public populaire, saisi de turbulentes passions, lesquelles peuvent heurter l’idéal d’un sport policé et d’un public bien ordonné. Héritage d’une vision un brin élitiste et guindée chez un journaliste qui, à cette date comme après-guerre, ne dédaigne pas donner des leçons de bienséance.

    47Dans Le Radical, le supporter n’a les honneurs du marbre qu’à deux reprises, l’une sur un prétexte pugilistique, l’autre sous un prétexte rugbystique60. Dans Gil Blas une seule occurrence ressort avant 1914, dans un contexte spécifique : sous un titre cocardier – « Suprématie du poing. L’invincible Carpentier » – Louis Peltier, journaliste traitant aussi bien de politique que de mondanité, de faits divers, de littérature ou de théâtre, passe en revue les atouts du boxeur et de son adversaire, l’Anglais Jim Sullivan, à la veille de leur combat organisé à Monaco. En déclinant ceux de Sullivan, il évoque le soutien de ses « supporters61 ».

    48Dans Le Figaro, La Croix, Le Temps, Le Petit Journal, L’Humanité, La Lanterne, Le Journal des débats, etc., autrement dit dans nombre des autres grands quotidiens d’audience parisienne et/ou nationale, le supporter n’apparaît, le plus souvent, qu’au milieu des années 1920, parfois dans les années 1930 seulement. De façon emblématique, La Presse, dont la ligne éditoriale est alors une des plus sportives, ne semble pas le nommer avant 1920. Or on ne peut soupçonner les responsables successifs de sa rubrique spécialisée – Gustave de Lafreté, un des barons du journalisme sportif Belle Époque, très préoccupé de nouveautés et jamais avare de propagande, puis les frères Méry de Van Minden – de ne pas être à la page, surtout dans un contexte marqué par le souci d’écriture, de précision et d’innovation des journalistes62. En matière sportive, cette préoccupation s’illustre dans la militance anglophile d’Ernest Folliard, dans l’élégance des chroniques de Frantz Reichel, dans l’emphase d’un Henri Desgrange et, d’une façon générale, dans l’inclination littéraire des journalistes de sport, laquelle est sensible lorsque la rédaction leur offre un vrai morceau de colonne pour écrire et s’arracher ainsi à leur tâche quotidienne : recopier des annonces, des résultats, rédiger des brèves. Si le supporter ne fait pas pleinement partie du vocabulaire de tous ces avocats de la cause sportive et ces artisans de l’enrichissement de l’abécédaire sportif, alors l’expression n’est probablement ni commune ni à la mode.

    49En région comme à Paris, la presse quotidienne confirme donc la naissance médiatique du supporter en 1911-1912. Pour le reste, elle nous instruit très peu – et ses lecteurs avant nous – sur le comportement du peuple des tribunes, de ses bonheurs et de ses chahuts, de la façon dont il est perçu, discuté. De nouveau, le supporter est une silhouette traversant le paysage du sport comme une ombre.

    Épilogue : cinéma et photojournalisme

    50On éprouve encore cette timide émergence de la figure du supporter en observant la place que lui font les agences de films d’actualité et de photojournalisme.

    51Dans le premier cas, la seule occurrence du mot supporter dans une fiche descriptive la Gaumont date de 1912. Elle renvoie à la victoire de Philippe Thys dans le Tour de France, le coureur étant célébré par ses « supporters63 ». En matière de photojournalisme, le cas des agences Rol et Meurisse est tout aussi éclairant. Leurs photographes prennent des milliers de clichés. Ils immortalisent assez souvent des spectateurs. Toutefois, dans la nomenclature des fiches rédigées lors du classement des plaques photographiques, la locution supporter n’est pas courante, pour le moins, puisqu’elle n’apparaît qu’à une seule reprise (malheureusement sans date), pour décrire deux spectateurs du sud-ouest à la veille d’une finale de championnat de France de rugby64. En matière photographique, les rédactions lanceuses d’ordre privilégient alors les portraits de sportifs, et dans les codes rédactionnels régissant l’information sportive, la référence au public – dont le supporter – est encore secondaire65.

    Du « vrai » supporter. Un débat exceptionnel

    52Au regard de ce tableau, la rédaction de La Vie sportive du Nord doit être une des rares, avant-guerre, à s’interroger sur le comportement et l’éthique du supporter. L’expression apparaît ici encore dans la séquence 1911-1912, au nom du football. Fin 1912, dès son numéro 1, l’hebdomadaire, publie la critique d’un arbitrage incertain, capable d’émouvoir le « plus stoïque des supporters66 ». L’expression revient dès le numéro 3. Y sont campés des supporters « racingmen calaisiens et arrageois67 » lors d’une causerie au bistrot. Dans le numéro 4, le supporter est à nouveau présent, dans la recension d’un match Union sportive tourquenoise (UST) vs Olympique lillois (OL). Un rédacteur estomaqué y constate qu’au moment où les Tourquennois produisaient une brillante phase de jeu, un de leurs partisans les tançait !

    « J’allais applaudir avec frénésie à ce bel exploit et je m’attendais à un sérieux coup de main de la part du spectateur en question. O stupeur ! le pseudo-supporter de l’UST tempêtait et vociférait de plus belle “À droite. À droite. Ah l’imbécile, il n’entend donc pas ?” Qu’on assiste à une partie de football c’est parfait, qu’on n’y entende rien, c’est encore très bien, mais qu’on s’obstine à vouloir faire le mouton de Panurge, ça c’est grotesque68. »

    53Effet délétère des mouvements d’humeur collectifs – l’idée de panurgisme suggérant ici que ce « pseudo-supporter » n’était pas seul à invectiver les siens. Inculture sportive. Bêtise. Cette critique rappelle la flèche du rédacteur de Dunkerque-Sports contre les supporters bagarreurs. Mais elle n’a guère d’échos dans le reste du corpus étudié sinon, par exemple, dans une recension sur le football oranais où l’on parle de « supporters irascibles69 ». Le lecteur de La Vie sportive et du Pas-de-Calais est donc soumis à un régime singulier, lui qui s’habitue à lire des articles, des tribunes, des courriers de lecteurs discutant de déontologie supporteriste. Sans doute une telle littérature doit-elle à la personnalité des directeurs de l’hebdomadaire, Émile Lante et André Fage, et aux objectifs qu’ils lui assignent.

    Les vertus du journalisme critique

    54En 1912, Émile Lante a trente ans. Journaliste de gauche, régionaliste, il est appointé par L’Écho du Nord. Ses inspirations sont diverses : poète de tradition verlainienne, chantre de la modernité (Les Émotions modernes, 1904), il se veut aussi hugolien et célèbre les poètes sociaux. Il est surtout connu pour avoir repris, en 1909, déjà avec André Fage, Le Nord illustré, un bimensuel consacré « au sport, à la mode, au pittoresque70 » qui s’est solidement installé, avec plus de 6 000 abonnés en 1912. Auparavant, il avait fondé ou cofondé plusieurs périodiques, dont La Revue contemporaine illustrée (1900-1902), L’Essor septentrional. Revue mensuelle de décentralisation (1904-1906).

    55Lors du lancement de La Vie sportive, son compère, André Fage a vingt-neuf ans. Il est écrivain et poète. Ses liens avec Émile Lante semblent amicaux, à tout le moins étroits et emprunts de respect. Témoin l’essai de jeunesse qu’il lui consacre : Un poète de la vie moderne : Émile Lante (1905). Photographe à ses heures, il est aussi journaliste, attaché à L’Écho du Nord. Installé à Paris en 1914, il y devient rédacteur artistique au Petit Journal. Durant la guerre, il fonde Le Bocho-fage. Organe anticafardeux. Après-guerre, il collaborera à Paris-Soir.

    56Avec ces profils, ces jeunes et hardis journalistes sont représentatifs d’un journalisme Belle Époque qui se démocratise, se professionnalise, s’intellectualise ; qui attire des écrivains, des poètes, des auteurs de théâtre ou d’opérette par passion – pas toujours avec grand succès – devenus « écrivains de presse » par nécessité71. Ils sont portés à marier exigence intellectuelle, exigence informative et sens critique. Témoin cet extrait de l’éditorial ouvrant le premier numéro de La Vie sportive.

    « Nous pensons qu’un journal de sports ne peut pas se contenter de reproduire des communiqués ou des convocations et de publier des comptes rendus fastidieux sous prétexte d’être “neutres”. Il doit au contraire discuter, controverser, dire franchement ce qu’il pense, critiquer s’il y a lieu : en un mot, ce qui est le propre du sport, “se passionner”. Il doit être la tribune libre et impartiale où des personnalités dont la compétence et l’autorité sont indiscutables, peuvent exposer leur façon de voir et où ceux qui ont été discutés peuvent à leur tour “critiquer”. […] Bref, il doit être vivant, jeune, nerveux si l’on peut dire, être le reflet de cette vie intense qu’est la vie sportive72. »

    57Il est vrai que, pris entre le virus des communiqués, des résultats et la fièvre du compte rendu lapidaire, les journalistes ne font pas toujours place au débat. L’actualité pléthorique d’avant-guerre ne les y encourage pas forcément. Émile Lante et André Fage exagèrent cependant en suggérant que leurs confrères se complaisent dans la neutralité. De fait, un débat existe bel et bien, dans les revues surtout, et parfois dans la presse quotidienne, hebdomadaire et spécialisée, sur les enjeux et les vertus du sport. Passons sur leur critique : elle relève d’une autopromotion bien comprise. Pour le reste, ils offrent en effet un titre assez exigeant au large public sportif du Nord, département connu pour sa vitalité sportive et footballistique73. Ainsi mettent-ils en œuvre une ligne ouverte, d’emblée, à des questions peu débattues ailleurs. Témoin l’enquête lancée dès le numéro 1, sous l’intitulé : « Quel est le plus beau sport ? »

    Une figure omniprésente

    58Dès le lancement de La Vie sportive, la figure du supporter est donc présente et bientôt assortie de considérations critiques. Le journal ayant été pensé comme une tribune, la parole est donnée aux lecteurs, aux supporters, aux dirigeants sportifs. Les exemples qui précèdent en sont les premières illustrations. Elles se multiplient. Ainsi, au printemps 1913, La Vie sportive reproduit-elle, dans sa pittoresque rubrique « Idéodrome », le courrier d’un « supporter désespéré » qui livre « spirituellement ses peines74 ». Toutes concernent la façon dont les dirigeants du Club lillois traitent les supporters. Dans ce règlement de compte public aux accents humoristiques, il leur reproche d’avoir choisi la couleur du maillot sans les consulter. Bleu et blanc ? Sa préférence allait au violet veiné de bronze. Surtout, il regrette que les supporters n’aient pas été remerciés d’avoir piétiné la pelouse du Club lillois jusqu’à le damer, pour la rendre jouable et lui éviter, le temps de recevoir les équipes parisiennes du Gallia, du Red Star et du Racing, de consolider sa réputation de « plus moche ground » du Nord, plus proche du « terrain de water-polo » que du terrain de football.

    59Ce témoignage pose la question des rapports entre les clubs et les supporters. Ici, ils ne semblent pas faciles. Un débat aura d’ailleurs lieu, en 1914, autour cette interrogation : quelle est la place des supporters lillois ? Dans le club ou auprès de lui ? Comme une force de soutien ou comme une force de soutien et de proposition ? Ces questions seront encore d’actualité dans les années 1930, souvent mises à l’agenda par la colère de supporters se sentant trop peu récompensés par les clubs de leur aide et de leur soutien.

    60Une semaine après la parution de la lettre précitée, La Vie sportive ouvre de nouveau la porte aux supporters, dans plusieurs articles. Un billet leur est adressé : on leur demande d’être plus magnanimes avec les arbitres. Deux recensions parlent, successivement, du supporter « docile » qu’on croise sur les terrains de football et des supporters « acharnés » s’apprêtant à vivre la finale du championnat de rugby Bayonne vs Toulouse. On apprend encore la création d’un groupe, informel, de supporters, réunis dans le « Club des Trompettes ». Or le Club des supporters de l’Olympique lillois, le premier d’entre tous, a été fondé six mois plus tôt. C’est dire le dynamisme du supporterisme lillois75. Bref, dans l’hebdomadaire, le supporter est une figure omniprésente, véritable acteur de la scène sportive, du football au premier chef.

    Une passion à géographie variable

    61Jusqu’en 1914, cette présence ne se dément pas. Elle donne en particulier lieu à quelques prises de parole nous instruisant de la philosophie naissante du supporterisme. En premier lieu celle Gaston Moithy. Pour cet avocat, militant SFIO et maire-adjoint de Lille en charge des sports, le supporter doit être un « voisin » de bonne compagnie au stade, à « l’humeur inaltérable », qui « voit la vie en rose » lorsque son équipe gagne76. Cet idéal d’un supporter aimable, pacifique, est une antienne. On ne s’étonne pas de la trouver sous la plume d’un élu ayant probablement à cœur que les émotions sportives ne troublent pas l’ordre public et n’affectent pas l’image de Lille. Gaston Moithy propose par ailleurs la création d’un Club des supporters des Lions des Flandres, c’est-à-dire la sélection de joueurs nordistes. Partant de cette suggestion, la rédaction appelle ses lecteurs au débat. Quelle(s) forme(s) doit prendre le supporterisme nordiste ? Deux mois plus tard, ceux qui ont bien voulu livrer leur point de vue sont publiés77.

    62Parmi eux : Edmond Salembiem, membre du Parti radical, adjoint au maire de Tourcoing et président des supporters d’Allez Tourcoing. C’est un proche du fondateur du Racing tourquennois, l’ex-international Charles Van de Veget78. Étonnamment, il se garde d’écrire sur le rôle et la place des supporters de club. On aurait pu imaginer un plaidoyer en leur faveur. Il note juste que, le supporter du Nord étant par définition un partisan des Lions des Flandres, la création d’un club dédié est superflue.

    63Maurice Wuillaume, membre de l’USFSA, responsable de la commission football de l’Olympique lillois qui siégera, après-guerre, au sein du Comité de sélection de la Fédération française de football (1920-1922), botte en touche à propos des Lions des Flandres. Il préfère s’attarder sur les supporters de club. Or il estime qu’ils « sont une charge » pour les clubs, qui ne peuvent et ne doivent pas en assumer l’encadrement et la responsabilité. En tant que représentant de l’Olympique lillois, il trace là une ligne de démarcation qui rebute déjà les supporters soucieux d’être remerciés et de faire partie intégrante de la sociabilité du club. On se souvient des récriminations du lecteur-supporter lillois se sentant lésé. Elles prennent tout leur sens lorsqu’on lit un dirigeant de ce même club professant in fine que le supporter doit se cantonner à sa mission de soutien, être autonome et ne pas peser sur la vie de l’Olympique lillois.

    64Enfin, Maurice Deconninck, secrétaire des Amis de l’Olympique, élude la question des rapports entre les supporters et leur club. En revanche, il estime qu’un « habitué des grounds » ne peut que soutenir le projet d’une alliance supporteriste autour des Lions des Flandres. « L’union faisant la force », écrit-il, « les groupements de supporters lillois » doivent se coaliser pour « accompagner et encourager l’équipe représentative d’une très sportive région ». Il est le seul d’accord avec Gaston Moithy. Surtout, il nous permet de découvrir la cohabitation de trois groupes de supporters au moins, autour de l’Olympique lillois en 1914 : les Amis de l’Olympique, dont il est le messager, le Club des supporters de l’OL et le Club des Trompettes.

    65Face à ces trois réponses différentes, on est frappé par l’idée que la représentation du rôle du supporter n’est pas unanime. Au-delà de ce premier constat, la suggestion Gaston Moithy reçoit un accueil très partagé, en fonction de deux niveaux d’engagement : le club (qui prime), puis la région. Mais un troisième y préexiste : la nation. Quelques mois avant cette enquête, peu avant un match de football France vs Belgique organisé à Lille, un rédacteur anonyme – Veritas – s’adressait en effet aux lecteurs belges en les enjoignant à franchir la frontière pour la rencontre afin d’ajouter « à leur titre de “supporter de club” celui de “supporter national” », le « dernier ne déparant pas du premier, au contraire79 ».

    66Au regard de ces éléments, d’une richesse plus grande que tout ce que l’on peut trouver par ailleurs dans la presse, le premier supporterisme se dévoile un peu plus. Du moins se dévoile-t-il pour le Nord et pour le football. On ne saurait tenir ce qui s’y passe pour un modèle exportable ailleurs en France. On savait déjà, grâce à Olivier Chovaux, que le supporterisme est marqué et dynamisé par l’opposition des « territoires », c’est-à-dire des clubs littoraux et des clubs terriens80. On apprend ici qu’il peut avoir une dimension gigogne : du club à la ville, de la ville à la région puis à la nation, le supporter se voyant offrir plusieurs possibilités de vivre sa passion et d’endosser son costume de patriote.

    Qu’est-ce qu’un « vrai » supporter ?

    67Au vu des résultats de cette enquête, Émile Lante et André Fage décident de publier un long article – non signé – sur le « vrai supporter » ou le « supporter conscient81 ». Face aux conflits de représentations qui, déjà, de Lille à Tourcoing, posent la question de la relation club/supporters et de la fidélité du supporter à son club, sa ville, etc., on comprend ce choix éditorial. S’agit-il de leur propre charte du supporter ? On ne saurait trancher. S’agit-il d’une tentative de synthèse nourrie au sein des différents courriers et tribunes publiés depuis 1912 ? Le doute est permis. Plus sûrement, l’anonymat du rédacteur donne à ce texte la couleur d’une philosophie qui se voudrait universelle.

    68Qu’est-ce donc qu’un vrai supporter ? Première condition : c’est un « ancien joueur ». Il doit connaître et, in fine, avoir éprouvé le jeu. Seconde condition : il doit accompagner et soutenir son équipe partout. Il doit donc se déplacer. Le déplacement, trop peu prisé, est un « prétexte à « réjouissances » ». Le supporter doit le vivre comme une sympathique « excursion extra-familiale ». Homme de pondération, il ne doit pas « être trop exclusivement admirateur de son club ». Si son patriotisme est malgré tout sans partage, il doit savoir se maîtriser, s’imposer un devoir de retenue et, parfois, se taire. Rien ne sert de « s’épuiser » en vociférations « malveillantes ». Quant à se complaire dans le rôle de « chef de claque », cela est vain. Il doit aussi représenter son équipe avec dignité, en commençant par être fair-play avec l’adversaire. Enfin, s’il doit faire preuve de « zèle » vis-à-vis de son club, il ne doit pas s’y « immiscer », « car c’est en coopérant » avec leurs « oligarchies » dirigeantes qu’il contribuera vraiment au « développement du football », dans le Nord avant tout…

    69L’idéal ainsi défini prend le contre-pied du partisanisme sportif tapageur, voire bagarreur, dont on a vu qu’il est systématiquement critiqué par les journalistes. Si on se rapporte aux travaux d’Olivier Chovaux, cet idéal résonne avec l’exemplarité alors attendue des clubs et des sportifs nordistes82. Il confirme aussi l’importance de l’enjeu identitaire régional dans l’histoire des institutions sportives de la Belle Époque83.

    70Au final, La Vie sportive conforte la représentation ressortant de l’ensemble de notre corpus : si le supporter se laisse parfois et à tort aller à l’excès, la plupart du temps, il est un amateur éclairé, presque bonhomme, et passionnément lié à son club.

    Conclusions

    71Pour revenir, de façon élémentaire, sur l’intitulé de cet article, la presse permet de situer la naissance médiatique de la figure du supporter – sinon du supporter lui-même – en 1910-1911. En aval, sa généalogie dévoile deux autres personnages qui le cousinent plus ou moins étroitement : le fanatique, dès les années 1870, puis le partisan de sport au tournant des deux siècles. Ces éléments permettent de corriger la représentation d’un supporterisme dont l’enracinement était jusqu’à présent situé dans l’entre-deux-guerres.

    72De ce supporter, nous savons peu de chose, car il n’aiguillonne guère la curiosité des journalistes, nos principaux témoins. Ils nous ont néanmoins légué des informations à partir desquelles on peut esquisser un portrait.

    73Avant tout, aussi simple que cela puisse être, le supporter est un homme et seulement un homme. Le mot supporteuse a cours à la Belle Époque, mais son acception est avant tout militante (féminisme). Les femmes ne sont (re)présentées en supportrices ou en supporteuses qu’à partir du milieu des années 1920. En 1939 encore, un rédacteur de Paris-Soir juge nécessaire de préciser à ses lecteurs que le mot supportrice « est le néologisme féminin du mot supporter84 ». Le supporter se conjugue donc uniquement au masculin avant la Grande Guerre.

    74La presse donne corps à des supporters de cyclisme, de rugby, de boxe, de hockey, etc. Toutefois, la plupart d’entre eux nourrissent une passion pour le ballon rond. Au royaume des supporters, le football est souverain. Sans doute ce footballocentrisme explique-t-il la rareté du terme avant 1914. À la fin de la Belle Époque, même s’il captive déjà des pans entiers du corps social, le football n’est en effet ni le sport roi (le cyclisme règne encore) ni, par voie de conséquence, une veine informative dominante. En 1914, les quotidiens nationaux ne lui consacrent pas plus de lignes qu’au rugby, parfois moins. La véritable conquête médiatique du ballon rond date de l’entre-deux-guerres85, tout comme celle du supporter.

    75À l’origine, le supporter est l’homme d’un département : le Nord. Dès avant 1914, il s’y organise en amicale ou en club à Lille, Tourcoing et, sous réserve, Roubaix. Sous des formes dont on ignore la nature, il se réunit avec ses pairs de Saint-Malo à Dunkerque, en passant par Le Havre. Le supporterisme s’inscrit donc dans une histoire des périphéries. Il est héritier des régionalismes sportifs très rétifs vis-à-vis du centralisme parisien depuis la fin du xixe siècle, que ce soit dans le Nord, le Bordelais ou en Bretagne.

    76Le supporter obéit à un code de bon comportement. Il doit être fidèle à sa ville, son club. Partout, de l’entre-soi du club aux tribunes, il doit être zélé. Ce zèle, comme sa fidélité, se mesure à son tempérament de voyageur. Mission capitale : un supporter accompagne son équipe partout où elle va. C’est bien pourquoi plusieurs clubs bretons, comme le Stade rennais, se soucient déjà d’intendance ferroviaire. Chez l’adversaire, le supporter, comme un ambassadeur, doit montrer son tempérament et faire valoir son identité. Mais son patriotisme sportif doit être pacifique. Criards et querelleurs sont pointés du doigt. Le supporter n’est jamais aussi noble que lorsque – pour reprendre la formule de Paul Adam – il se laisse aller à une « griserie » mariant fair-play et enthousiasme bon enfant, c’est-à-dire les ingrédients d’une joie sereine et « tonique » que l’essayiste juge antagonique de l’excitement anglo-saxon86.

    77Par manque d’informations, il est difficile d’affiner ce portrait. Ce manque d’information mérite lui-même d’être interrogé. Nous le devons aux journalistes. En l’occurrence, s’ils parlent volontiers du public du sport, ils le font surtout en parlant de « foule sportive », de la masse des spectateurs. C’est ainsi, sans doute, que peut s’expliquer le silence de plusieurs grands noms de l’information sportive, connus comme d’ardents propagateurs de la cause et à qui on ne fera pas l’injure de croire qu’ils ignorent le supporterisme. Nous nommons ici, par exemple, Frantz Reichel (Le Figaro), Gustave de Lafreté (La Presse) ou Paul Rousseau (Le Temps). Ils ne notent pas l’émergence des supporters, puis l’organisation de leurs clubs, en discutent encore moins. Leur préférence va à des causeries sur l’éducation des « foules sportives » – une expression et une problématique qui germinent au début du xxe siècle87. Ils jugent notamment que si cette foule ne saisit ni la finesse (les règles par exemple) ni l’importance (sanitaire, politique…) du sport, alors ce dernier ne connaîtra pas la destinée à laquelle ils le vouent : devenir la nouvelle religion populaire. Pour eux, l’enjeu de la conquête du sport par le grand public l’emporte donc sur la mobilisation des chapelles de partisans invétérés, agrégés autour de tel ou tel club, de telle ou telle pratique. Dans un article de 1906, André Joubert traduit ce souci.

    « Je ne voudrais pas avoir l’air de faire une découverte, mais j’ai constaté avec un vif plaisir, en assistant hier au match de football rugby qui opposait à l’équipe invincible des Néo-Zélandais une équipe d’athlètes français, que l’éducation sportive des foules commençait à se faire et que, petit à petit, les sports conquéraient de nombreux adeptes. Et je m’en suis réjoui88. »

    78Sous ce jour, l’apparition du supporter dans le paysage sportif ne frappe pas les esprits. Les supporters d’avant 1914 sont des éclaireurs, un peu en avance sur leur temps.

    79On peut aussi postuler que la transparence de ce premier supporterisme renvoie au refus de publiciser les rares désordres du stade, réprouvés par la morale sportive. Les journalistes s’extasient devant les prises de risque des sportifs, mais s’intéressent peu à ce que Paul Adam – se référant au public turfiste friand d’accidents, de chutes – appelle la « vilaine perversité de la foule89 » ; et ils ne se soucient pas plus de commenter telle ou telle rixe entre spectateurs, telle agression d’arbitre. De tels événements tiennent encore de l’inhabituel. Est-ce pourquoi les journalistes en font peu cas ? Peut-être. Plus sûrement, ils préfèrent décrire le nombre des spectateurs et leur bonne tenue – celle-là même, d’ailleurs, qu’on attend du vrai supporter, chez lequel on ne doit point relever de violence. En dépit du goût bien connu de la presse Belle Époque pour le fait divers, le perturbateur, qu’il soit simplement déraisonnable ou saisi de fureur, importe donc moins, de nouveau, que l’addition chorale et si possible policée des anonymes et respectables amateurs de sport. Dans la sportivisation de l’espace public, la « communauté d’émotion90 » prime. Une émotion positive, bon enfant, responsable, pacifique. À l’échelle du public, ce qui prime est donc le solidarisme sportif, transpartisan, et la communauté d’identification. On retrouve ici les valeurs ayant prévalu dans la construction des sociétés et des clubs de sport ouvrier91.

    80En somme, le supporter, avec ses emportements peut parfois s’inscrire plus en moins en faux face à l’idéal d’un public sachant se tenir et faisant ainsi honneur au sport et aux sportifs. Pour reprendre l’image utilisée par Marion Fontaine à propos d’une période plus tardive, le supporterisme idéal serait alors incarné dans « une collectivité ordonnée, policée, moins expansive et moins ostensiblement enthousiaste92 ». Le spectre du fauteur de trouble, autour duquel s’organise la critique du supporterisme dans les années 1920-193093, agirait donc déjà, peu ou prou, comme un repoussoir. Un autre repoussoir pourrait être le rejet ou le désintérêt pour un phénomène touchant d’abord des bassins de populations laborieuses (Nord, bientôt Pas-Calais, puis Gard et Loire, comme on le verra dans l’article suivant). Les journalistes, très militants, ont beau appeler de leurs vœux un grand aggiornamento sportif, ils n’en sont pas moins membres d’une bourgeoisie écrivante, représentants d’une élite susceptible de s’inquiéter de l’irruption de régiments de spectateurs exprimant dans le même élan et plus ou moins bruyamment ou brutalement leur soif de divertissement et leur identité sociale94. Il y a là un paradoxe : le journaliste célèbre les foules sportives, appelle à leur règne, mais il semble un peu redouter ses possibles débordements.

    81Pour ces différentes raisons, en dehors même du fait que les supporters ne sont pas encore légion, on comprend pourquoi le récit médiatique lève si légèrement le voile sur le supporterisme de la fin de la Belle Époque. Du coup, on est fondé à croire que, pour le plus grand nombre, le supporter est un personnage inconnu, inaperçu. Il ne prendra vraiment vie et épaisseur qu’une quinzaine d’années plus tard.

    Notes de bas de page

    1Cet article est une version entièrement refondue de Tétart Philippe, « Le “supporter de sport” en France. Émergence médiatique d’un mot et d’une figure sociale (1881-1914) », Stadion, 41, 2015, p. 73-96.

    2Bromberger Christian, Le Match de football. Ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples, Turin, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1995, p. 11.

    3Rey Alain, Dictionnaire historique de la langue française, vol. 3, Paris, Larousse, 2007, p. 3699.

    4Publié chez Delagrave en 1920.

    5Coming man, littéralement « l’homme qui vient » désigne un sportif dont le talent permet d’espérer une belle carrière. Équivalent de « espoir » dans la terminologie actuelle.

    6On reviendra sur ces deux points dans l’article suivant : Mourlane Stéphane et Tétart Philippe, « Clubs de supporters. Le temps des pionniers (1912-1939) ».

    7Malbessan (baron de), Dictionnaire des courses, Paris, L. Sauvaitre, 1888, p. 77.

    8Voir l’usage de « fervent » dans Le Temps, 14 avril 1863.

    9La Presse, 15 janvier 1875.

    10Le Temps, 12 mai 1885.

    11Véloce-Sport, 28 octobre 1886 et 21 juin 1888.

    12Les Sports modernes illustrés, Paris 1905, p. 202.

    13Par exemple Le Figaro, 28 septembre 1891.

    14Le Matin, 24 octobre 1890.

    15La Revue athlétique, 25 janvier 1891.

    16Maugny Albert de, La Société parisienne, Paris, La Librairie Illustrée, 1891, p. 140.

    17La Presse, 7 août 1905.

    18Revue des inventions modernes et des produits nouveaux du commerce et de l’industrie, 1902, 2, p. 5.

    19Le Matin, 24 décembre 1906.

    20L’Intransigeant, 16 février 1927.

    21Le Temps, 16 août 1908.

    22Le Frou-Frou, 17 mars 1912.

    23La Vie moderne, 27 juin 1880.

    24Véloceman, 20 juin 1895.

    25Véloceman, 14 octobre 1897.

    26L’Auto-Vélo. Journal comique et illustré, 6 juin 1897.

    27Bourget Paul, Une Idylle tragique. Mœurs cosmopolites, Paris 1897. Initialement publié dans La Lanterne, 9 septembre 1897.

    28La Presse, 10 août 1906.

    29La Bicyclette, 1er avril 1897.

    30L’Auto-Vélo, 16 octobre 1900.

    31L’Auto, 16 mai 1912.

    32Le Journal amusant, 16 septembre 1911.

    33Voir notamment les 11 juillet 1903, 16 mai 1911, 1er mai et 21 novembre 1912.

    34Bromberger Christian, op. cit., p. 11.

    35Alain Rey fait référence à ce débat, mais sans le dater ni l’exemplifier. Rey Alain, op. cit., p. 3699.

    36La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 6 septembre 1912.

    37Cf. dictionnaire Atilf [http://atilf.atilf.fr/tlf.htm] et Rey Alain, Dictionnaire historique de la langue française, Paris 2007, vol. 3, p. 3699.

    38Soit 20 % du corpus, en équilibrant les sondages par année et par mois.

    39L’Auto, 5 mars 1913.

    40L’Aéro, 16 octobre 1911.

    41L’Aéro, 2 novembre 1911.

    42La Vie au grand air, 14 juin 1913.

    43Cf., ci-après, Mourlane Stéphane et Tétart Philippe, « Clubs de supporters. Le temps des pionniers (1912-1939) » et Chovaux Olivier, « Le Nord et ses supporters de football ».

    44Dunkerque-Sports, 17 janvier 1909.

    45Dunkerque-Sports, 16 janvier 1910.

    46Dunkerque-Sports, 6 octobre 1912.

    47Dunkerque-Sports, 30 novembre 1913.

    48Dunkerque-Sports, 5 février 1911.

    49Le Stade, 27 décembre 1912.

    50Sur ce postulat : Tétart Philippe, « Spectacle sportif, médias et représentations sociales », in Froissard Tony et Terret Thierry (dir.), L’Histoire, l’historien, le sport, Reims, Épure, 2013 ; « Lire le sport. Culture de masse & médiatisation du sport à la Belle Époque », Historiens et géographes, 437, 2016.

    51L’Ouest-Éclair, 6 mars 1911.

    52L’Ouest-Éclair, 6 décembre 1911.

    53L’Ouest-Éclair, 5 mai 1914.

    54L’Express du Midi, 3 février 1913.

    55Le Matin, 2 février 1914.

    56L’Intransigeant, 7 mars 1911.

    57L’Intransigeant, 11 avril 1913.

    58L’Intransigeant, 22 mai 1914.

    59Le Rappel, 17 juillet 1912.

    60Le Radical, 4 juillet 1911, 28 mars 1913.

    61Gil Blas, 1er mars 1912.

    62Delporte Christian, Les Journalistes en France, 1880-1950. Naissance et construction d’une profession, Paris, Le Seuil, 1999, p. 137 ; Thérenthy Marie-Ève et Vaillant Alain (éd.), Presse et plumes. Journalisme et littérature au xixe siècle, Paris, Nouveau monde, 2004, p. 367-369 à propos de la « poétique journalistique ».

    63Archive 1137GJ 00020 [http://www.gaumontpathearchives.com/].

    64Rol-28822. Accessible depuis la plateforme Gallica, cette photo est visible dans Tétart Philippe, Les Pionniers du Sport, Paris, La Martinière/BnF, 2016, p. 120.

    65Haver Gianni (dir.), Photographies de presse, Lausanne, Antipodes, 2009, p. 8 ; Chazaud Pierre, « L’art et la mise en scène du héros sportif de 1890 à 1990 », in Simonet Pierre et Veray Laurent (dir.), Montrer le sport. Photographie, cinéma, télévision, Paris, INSEP, 2000, p. 137-147.

    66La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 16 novembre 1912.

    67La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 30 novembre 1912.

    68La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 7 décembre 1912.

    69L’Écho d’Oranie, 18 avril 1914.

    70Visse Jean-Paul, La Presse du Nord et du Pas-de-Calais au temps de L’Écho du Nord (1819-1944), Lille, Presses du Septentrion, 2004, p. 167.

    71Cf. Delporte Christian, op. cit., p. 83 et Thérenthy Marie-Ève et Vaillant Alain (éd.), op. cit.

    72La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 16 novembre 1912.

    73Fontaine Marion, Le Racing Club de Lens et les « Gueules noires », essai d’histoire sociale, Paris, Les Indes savantes, 2010 ; Chovaux Olivier, 50 ans de football dans le Nord Pas-de-Calais, Arras, Presses universitaires d’Artois, 2001.

    74La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 12 avril 1913.

    75La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 19 avril 1913.

    76La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 17 janvier 1914.

    77La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 14 mars 1914.

    78Il sera également député dans l’entre-deux-guerres.

    79La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 17 janvier 1914.

    80Cf. Chovaux Olivier, op. cit., p. 341.

    81La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 14 mars 1914.

    82Cf. Chovaux Olivier, op. cit., p. 83, et Dorvillé Christian (éd.), Grandes figures sportives du Nord-Pas de Calais, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2010.

    83Nous pensons notamment à Stumpp Sébastien et Jallat Denis (dir.), Identités sportives et revendications régionales (xixe-xxe siècles), Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2013.

    84Paris-Soir, 25 janvier 1939.

    85Cf. Tétart Philippe, « Football et médias en France (1867-1939). Du pittoresque au partage social de masse », in Zoudji Bachir et Rey Didier (dir.), Le Football dans tous ses états. Regards croisés sur le ballon rond, Bruxelles, De Boeck, 2015.

    86Adam Paul, La Morale des sports, Paris, La Librairie mondiale, 1907, p. 130 et 134.

    87Voir par exemple La Croix, 31 décembre 1900, Frantz Reichel dans Le Figaro (30 décembre 1901), Le Petit Parisien (23 avril 1904), A. Colas dans L’Aurore (3 juillet 1906, 15 novembre 1907), Guy de Lafreté dans La Presse (13 juin 1908), Paul Rousseau dans Le Temps (10 juillet 1911), etc.

    88Le xixe siècle, 3 janvier 1906.

    89Adam Paul, op. cit., p. 217.

    90Rosanvallon Pierre, Le Peuple introuvable. Histoire de la représentation démocratique en France, Paris, Gallimard, 1998, p. 447.

    91Arnaud Pierre et Tartakowski Danielle (éd.), Les Origines du sport ouvrier en France, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 25 et 45.

    92Fontaine Marion, « Histoire du foot-spectacle », [La vie des idées.fr], 2010.

    93Cf. article suivant et Bodin Dominique, Hooliganisme. Vérités et mensonges, Paris, ESF, 1999, p. 16-18.

    94Sur ce point, voir Mignon Patrick, La Passion du football, Paris, Odile Jacob, 1998, p. 97-108 et 215-216 ; Charroin Pascal, « Un football ouvrier dans le chaudron ? Le cas de l’AS Saint-Étienne (1932-2006) », in Pfeil Ullrich (éd.), Football et identité en France et en Allemagne, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2010, p. 131-148.

    Auteur

    • Philippe Tétart

      Maître de conférences en histoire, enseigne à Le Mans université, est rattaché au laboratoire TEMOS CNRS et expert auprès du musée national du Sport. Il a notamment publié Les Pionniers du sport (La Martinière/Bibliothèque nationale de France, 2016), dirigé Histoire du sport en France (Vuibert, 2007) et La Presse régionale et le sport. Naissance de l’information sportive, années 1870-1914 (Presses universitaires de Rennes, 2015).

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    1Cet article est une version entièrement refondue de Tétart Philippe, « Le “supporter de sport” en France. Émergence médiatique d’un mot et d’une figure sociale (1881-1914) », Stadion, 41, 2015, p. 73-96.

    2Bromberger Christian, Le Match de football. Ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples, Turin, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1995, p. 11.

    3Rey Alain, Dictionnaire historique de la langue française, vol. 3, Paris, Larousse, 2007, p. 3699.

    4Publié chez Delagrave en 1920.

    5Coming man, littéralement « l’homme qui vient » désigne un sportif dont le talent permet d’espérer une belle carrière. Équivalent de « espoir » dans la terminologie actuelle.

    6On reviendra sur ces deux points dans l’article suivant : Mourlane Stéphane et Tétart Philippe, « Clubs de supporters. Le temps des pionniers (1912-1939) ».

    7Malbessan (baron de), Dictionnaire des courses, Paris, L. Sauvaitre, 1888, p. 77.

    8Voir l’usage de « fervent » dans Le Temps, 14 avril 1863.

    9La Presse, 15 janvier 1875.

    10Le Temps, 12 mai 1885.

    11Véloce-Sport, 28 octobre 1886 et 21 juin 1888.

    12Les Sports modernes illustrés, Paris 1905, p. 202.

    13Par exemple Le Figaro, 28 septembre 1891.

    14Le Matin, 24 octobre 1890.

    15La Revue athlétique, 25 janvier 1891.

    16Maugny Albert de, La Société parisienne, Paris, La Librairie Illustrée, 1891, p. 140.

    17La Presse, 7 août 1905.

    18Revue des inventions modernes et des produits nouveaux du commerce et de l’industrie, 1902, 2, p. 5.

    19Le Matin, 24 décembre 1906.

    20L’Intransigeant, 16 février 1927.

    21Le Temps, 16 août 1908.

    22Le Frou-Frou, 17 mars 1912.

    23La Vie moderne, 27 juin 1880.

    24Véloceman, 20 juin 1895.

    25Véloceman, 14 octobre 1897.

    26L’Auto-Vélo. Journal comique et illustré, 6 juin 1897.

    27Bourget Paul, Une Idylle tragique. Mœurs cosmopolites, Paris 1897. Initialement publié dans La Lanterne, 9 septembre 1897.

    28La Presse, 10 août 1906.

    29La Bicyclette, 1er avril 1897.

    30L’Auto-Vélo, 16 octobre 1900.

    31L’Auto, 16 mai 1912.

    32Le Journal amusant, 16 septembre 1911.

    33Voir notamment les 11 juillet 1903, 16 mai 1911, 1er mai et 21 novembre 1912.

    34Bromberger Christian, op. cit., p. 11.

    35Alain Rey fait référence à ce débat, mais sans le dater ni l’exemplifier. Rey Alain, op. cit., p. 3699.

    36La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 6 septembre 1912.

    37Cf. dictionnaire Atilf [http://atilf.atilf.fr/tlf.htm] et Rey Alain, Dictionnaire historique de la langue française, Paris 2007, vol. 3, p. 3699.

    38Soit 20 % du corpus, en équilibrant les sondages par année et par mois.

    39L’Auto, 5 mars 1913.

    40L’Aéro, 16 octobre 1911.

    41L’Aéro, 2 novembre 1911.

    42La Vie au grand air, 14 juin 1913.

    43Cf., ci-après, Mourlane Stéphane et Tétart Philippe, « Clubs de supporters. Le temps des pionniers (1912-1939) » et Chovaux Olivier, « Le Nord et ses supporters de football ».

    44Dunkerque-Sports, 17 janvier 1909.

    45Dunkerque-Sports, 16 janvier 1910.

    46Dunkerque-Sports, 6 octobre 1912.

    47Dunkerque-Sports, 30 novembre 1913.

    48Dunkerque-Sports, 5 février 1911.

    49Le Stade, 27 décembre 1912.

    50Sur ce postulat : Tétart Philippe, « Spectacle sportif, médias et représentations sociales », in Froissard Tony et Terret Thierry (dir.), L’Histoire, l’historien, le sport, Reims, Épure, 2013 ; « Lire le sport. Culture de masse & médiatisation du sport à la Belle Époque », Historiens et géographes, 437, 2016.

    51L’Ouest-Éclair, 6 mars 1911.

    52L’Ouest-Éclair, 6 décembre 1911.

    53L’Ouest-Éclair, 5 mai 1914.

    54L’Express du Midi, 3 février 1913.

    55Le Matin, 2 février 1914.

    56L’Intransigeant, 7 mars 1911.

    57L’Intransigeant, 11 avril 1913.

    58L’Intransigeant, 22 mai 1914.

    59Le Rappel, 17 juillet 1912.

    60Le Radical, 4 juillet 1911, 28 mars 1913.

    61Gil Blas, 1er mars 1912.

    62Delporte Christian, Les Journalistes en France, 1880-1950. Naissance et construction d’une profession, Paris, Le Seuil, 1999, p. 137 ; Thérenthy Marie-Ève et Vaillant Alain (éd.), Presse et plumes. Journalisme et littérature au xixe siècle, Paris, Nouveau monde, 2004, p. 367-369 à propos de la « poétique journalistique ».

    63Archive 1137GJ 00020 [http://www.gaumontpathearchives.com/].

    64Rol-28822. Accessible depuis la plateforme Gallica, cette photo est visible dans Tétart Philippe, Les Pionniers du Sport, Paris, La Martinière/BnF, 2016, p. 120.

    65Haver Gianni (dir.), Photographies de presse, Lausanne, Antipodes, 2009, p. 8 ; Chazaud Pierre, « L’art et la mise en scène du héros sportif de 1890 à 1990 », in Simonet Pierre et Veray Laurent (dir.), Montrer le sport. Photographie, cinéma, télévision, Paris, INSEP, 2000, p. 137-147.

    66La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 16 novembre 1912.

    67La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 30 novembre 1912.

    68La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 7 décembre 1912.

    69L’Écho d’Oranie, 18 avril 1914.

    70Visse Jean-Paul, La Presse du Nord et du Pas-de-Calais au temps de L’Écho du Nord (1819-1944), Lille, Presses du Septentrion, 2004, p. 167.

    71Cf. Delporte Christian, op. cit., p. 83 et Thérenthy Marie-Ève et Vaillant Alain (éd.), op. cit.

    72La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 16 novembre 1912.

    73Fontaine Marion, Le Racing Club de Lens et les « Gueules noires », essai d’histoire sociale, Paris, Les Indes savantes, 2010 ; Chovaux Olivier, 50 ans de football dans le Nord Pas-de-Calais, Arras, Presses universitaires d’Artois, 2001.

    74La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 12 avril 1913.

    75La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 19 avril 1913.

    76La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 17 janvier 1914.

    77La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 14 mars 1914.

    78Il sera également député dans l’entre-deux-guerres.

    79La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 17 janvier 1914.

    80Cf. Chovaux Olivier, op. cit., p. 341.

    81La Vie sportive du Nord et du Pas-de-Calais, 14 mars 1914.

    82Cf. Chovaux Olivier, op. cit., p. 83, et Dorvillé Christian (éd.), Grandes figures sportives du Nord-Pas de Calais, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2010.

    83Nous pensons notamment à Stumpp Sébastien et Jallat Denis (dir.), Identités sportives et revendications régionales (xixe-xxe siècles), Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2013.

    84Paris-Soir, 25 janvier 1939.

    85Cf. Tétart Philippe, « Football et médias en France (1867-1939). Du pittoresque au partage social de masse », in Zoudji Bachir et Rey Didier (dir.), Le Football dans tous ses états. Regards croisés sur le ballon rond, Bruxelles, De Boeck, 2015.

    86Adam Paul, La Morale des sports, Paris, La Librairie mondiale, 1907, p. 130 et 134.

    87Voir par exemple La Croix, 31 décembre 1900, Frantz Reichel dans Le Figaro (30 décembre 1901), Le Petit Parisien (23 avril 1904), A. Colas dans L’Aurore (3 juillet 1906, 15 novembre 1907), Guy de Lafreté dans La Presse (13 juin 1908), Paul Rousseau dans Le Temps (10 juillet 1911), etc.

    88Le xixe siècle, 3 janvier 1906.

    89Adam Paul, op. cit., p. 217.

    90Rosanvallon Pierre, Le Peuple introuvable. Histoire de la représentation démocratique en France, Paris, Gallimard, 1998, p. 447.

    91Arnaud Pierre et Tartakowski Danielle (éd.), Les Origines du sport ouvrier en France, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 25 et 45.

    92Fontaine Marion, « Histoire du foot-spectacle », [La vie des idées.fr], 2010.

    93Cf. article suivant et Bodin Dominique, Hooliganisme. Vérités et mensonges, Paris, ESF, 1999, p. 16-18.

    94Sur ce point, voir Mignon Patrick, La Passion du football, Paris, Odile Jacob, 1998, p. 97-108 et 215-216 ; Charroin Pascal, « Un football ouvrier dans le chaudron ? Le cas de l’AS Saint-Étienne (1932-2006) », in Pfeil Ullrich (éd.), Football et identité en France et en Allemagne, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2010, p. 131-148.

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    Tétart, Philippe. « Le supporter au regard de la presse (1881-1914) ». In Côté tribunes, édité par Philippe Tétart. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14bqi.
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    Tétart, P. (éd.). (2019). Côté tribunes. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14btz
    Tétart, Philippe, éd. Côté tribunes. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14btz.
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