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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Une tradition anglaise exportée aux Amériques De Julia Howe à Frank Hering : les pionnier·e·s américain·e·s Le « Mother’s Day » d’Anna Jarvis (1864-1948) Notes de bas de page

    Histoire de la fête des Mères

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre II. Mothering Sunday et Mother’s Day : une invention anglo-américaine

    p. 35-50

    Texte intégral Une tradition anglaise exportée aux Amériques De Julia Howe à Frank Hering : les pionnier·e·s américain·e·s Le « Mother’s Day » d’Anna Jarvis (1864-1948) Notes de bas de page

    Texte intégral

    1C’est un monde nouveau qui naît sur les deux rives de l’Atlantique nord entre le xvie et le xviiie siècle. Et ce monde anglo-saxon, invente, dès le xvie siècle, une version moderne de révérence aux mères sous la forme anglaise du Christian Mothering Sunday, puis sous la forme américaine du Mother’s Day.

    2Mises d’abord en place par les communautés religieuses puis laissées à l’initiative individuelle de femmes, pour ne pas dire de féministes, ces observances mêlent à la fois un substrat religieux altruiste et une intention sociale et bourgeoise de classe moyenne. Les sociabilités du xixe siècle doivent beaucoup à ces femmes militantes de la middle-class américaine, dévouées aux causes sanitaires, sensibles aux discriminations envers les Noirs et très ouvertes aux préoccupations pacifistes. Elles sont de véritables dames patronesses dans les paroisses.

    3Limité au cadre paroissial et religieux au début, le mouvement s’étend à l’échelle nationale du Royaume-Uni et fédérale des États-Unis d’Amérique. Cette aire anglo-saxonne est donc l’un des premiers berceaux de la célébration d’une Journée des mères.

    Une tradition anglaise exportée aux Amériques

    4Les Anglais pratiquent, depuis la fin du xve siècle, la coutume du Christian Mothering Sunday. Ce phénomène coïncide avec trois mutations majeures qui courent du xvie au xviiie siècle.

    5La première mutation concerne les réformes religieuses. Celles-ci donnent aux Églises un poids considérable sur la vie et le salut de chaque paroissien, toutes obédiences confondues. C’est ce qui préoccupe les protestants : des plus radicaux, ces puritains qui amorcent le peuplement WASP (White Anglo-Saxon Protestant) des États-Unis lorsqu’ils gagnent la côte est de l’Amérique à partir de 1620, aux plus modérés, issus de l’Église presbytérienne d’Écosse dont certains ont également migré en Amérique depuis la fin du xviie siècle. Mais c’est tout autant la préoccupation des anglicans, c’est-à-dire de l’Église officielle et monarchique, la Church of England établie par Henry VIII et Élisabeth Ire. Et les catholiques ne sont pas en reste avec un fort mouvement de renouveau, The Revival, au xviie siècle. Ces différentes confessions, portées par les communautés qui ont dû émigrer, sont très présentes outre-Atlantique, surtout dans les villes et les ports.

    6La seconde mutation des Temps modernes anglo-saxons recouvre une urbanisation de plus en plus forte, liée à une économie-monde commerçante et artisanale, qui fait la prospérité britannique et le décollage américain.

    7En troisième lieu, il s’agit de l’exode rural. Au Royaume-Uni, il envoie de plus en plus de main-d’œuvre dans de nouvelles cités et il dépeuple les campagnes anglaises, écossaises, galloises ou irlandaises au profit des ports, des cités minières, des villes manufacturières et surtout de Londres. Cet exode rural nourrit aussi les terres américaines devenues indépendantes sous le nom d’États-Unis d’Amérique dont les communautés paroissiales sont le kaléidoscope de leurs multiples origines européennes… mâtinées d’Afro-Américains noirs issus de la traite et du commerce triangulaire. La domination WASP y a largement installé la culture anglo-saxonne dont fait partie le Christian Mothering Sunday.

    8Cette tradition anglaise du Mothering Sunday s’appuie sur les obligations liturgiques du temps pascal. En cette période de quarante-six jours qui précède la fête de Pâques, les fidèles célèbrent le Carême, c’est-à-dire un temps de pénitence, de jeûne et d’abstinence tant alimentaire que sexuelle. Il faut se préparer à commémorer la Passion du Christ, sa mort et sa résurrection le jour de Pâques. Alors les fidèles doivent réserver un dimanche du temps du Carême au service religieux de leur paroisse de naissance. Ils doivent donc s’y rendre lorsqu’ils ne résident plus dans cette paroisse d’origine. Ce retour à l’église « mère » a lieu chaque année, lors du quatrième dimanche de Carême. Pour des populations de plus en plus contraintes à la mobilité, d’une ville à l’autre ou d’une campagne à la ville, la démarche est importante. C’est aussi, pour les autorités religieuses, un bon moyen de contrôle de leurs ouailles, et en particulier des filles parties à la ville.

    9Avec ce retour à l’église « mère », la famille souche peut réunir tous ses enfants et avoir sous ses yeux tous les jeunes qui travaillent hors de la maison natale. En effet, à cette époque, les enfants de plus de dix ans quittent le foyer parental pour être domestiques ou apprentis, parfois très loin. Mais leur maître avait le devoir religieux de leur octroyer un jour de congé pour rendre visite à leurs parents. Plusieurs historiens1 pensent que ce retour annuel dans l’église « mère » a engendré une tradition : une journée globalement dédiée à la Mère, la mère-église étant in fine l’homothétie de la mère biologique. Certains ajoutent même que les adolescents et jeunes adultes choisissaient des fleurs sauvages ou des violettes pour l’église ou comme cadeau à leur mère.

    10L’offrande d’un gâteau à la mère ou à la famille complète le rituel : le plus souvent, c’est une très riche concoction chargée de fruits appelé gâteau Simnel ou Simnel Cake. « Je t’apporterai un Simnel,/Gainst thou go’st a Mothering », écrit le poète anglais Robert Herrick (1591-1674) au milieu du xviie siècle. Et, au fil du temps, ce sont les filles qui sont chargées de cuisiner ce gâteau2. Le gâteau est aujourd’hui fait de 11 boules de glaçage de massepain sur le dessus représentant les 11 disciples, Judas exclu ! Des violettes de sucre peuvent surmonter la pâtisserie. Le nom Simnel vient probablement du mot latin simila qui signifie une fine farine de blé utilisée pour cuire un gâteau. Une légende raconte qu’un homme appelé Simon et sa femme Nell ont demandé aux villageois si le gâteau pour le Mothering Sunday devait être cuit ou bouilli. Après de longs palabres, et sans réponse claire, ils ont fini par faire les deux, donc le gâteau a été nommé de leurs deux noms : SIM-NELL. En période de Carême, une période de jeûne, cette brioche très sucrée est bienvenue pour toutes les familles, d’où le nom Refreshment Sunday attribué à cette journée de suspension du jeûne de Carême. Très vite, c’est l’expression Mothering Sunday qui lui est préférée et les clercs n’hésitent pas à l’imposer.

    11De fait, ce Mothering Sunday ne peut se comprendre qu’à la lumière des cultures religieuses centrées sur la lecture et la connaissance de la Bible. Car il nous renvoie triplement à la parole biblique. De facto, les chrétiens, qu’ils soient catholiques, anglicans ou protestants, célèbrent la joie de l’allaitement spirituel lors du quatrième dimanche de Carême. C’est le dimanche du Laetare Jerusalem (dimanche de joie et de renaissance) devenu le Laetare Sunday. L’introït de la messe, chanté ou psalmodié, fait référence au lait qui fait (re)naître : « Réjouis-toi, Jérusalem ! Et rassemblez-vous, vous tous qui l’aimez. Soyez dans le bonheur. Réjouissez-vous avec allégresse, vous qui avez été dans la tristesse : vous pouvez bondir de joie et vous rassasier du lait de consolation qui est pour vous », chant ou psaume issu du livre d’Isaïe3 (66-10,11).

    12Et l’une des lectures de la Bible, recommandée pour ce jour, se réfère d’une autre manière à cette maternité sprituelle. Il s’agit de la maternité ecclésiale qu’évoque la loi juive : « Jérusalem qui est au-dessus est libre. Qui est la mère de nous tous » (Galates 4-26). Dans le passage complet (Galates 4 ; 21-31), les deux enfants nés d’Abraham, appelés les deux fils uniques, Ismaël et Isaac, nés de deux mères différentes, Hagar et Sarah, sont considérés comme symbolisant deux promesses de Dieu. L’une est la Loi (ou Torah), qui est restrictive et terrestre, l’autre est la Bonne Nouvelle (ou Évangile), qui est spirituelle et libératrice. Les Galates sont donc invités à se considérer comme des enfants de l’Évangile et à révérer cette Mère Église, image de la Jérusalem céleste.

    13Ce même quatrième dimanche de Carême célébré par les catholiques de rite romain ou par les anglicans, implique la lecture d’un Évangile particulier : celui du miracle des pains. La parabole évoque comment Jésus nourrit cinq mille personnes avec seulement cinq petits pains d’orge et deux petits poissons : « Les hommes s’assirent, au nombre d’environ cinq mille. Jésus prit alors les pains, et, après avoir rendu grâces, il les distribua à ceux qui étaient assis ; Ainsi aussi les poissons, autant qu’ils voulaient » (Évangile selon Jean, VI, verset 10-12). De cette tradition biblique est née l’appellation « dimanche des cinq pains » et la pratique d’une offrande de pains ou de brioches en découle. Voilà une belle convergence de pratiques en plein Carême. Et une autre face du gâteau Simnel.

    14Ainsi, ce dimanche de la maternité naît d’un mélange entre le passage biblique de l’introït sur le lait de consolation, l’épître aux Galates sur la maternité supérieure, le miracle évangélique des cinq pains et la visite à « l’église mère ». Bien qu’au cours du xixe siècle la tradition du Mothering Day se soit affadie, et ait même quasiment disparu d’Irlande, du Royaume-Uni et des États-Unis, les débuts du xxe siècle et le mouvement créé par l’Américaine Anna Jarvis aux États-Unis en ravivent la mémoire. Le Mother’s Day contemporain naît officiellement en 1914 aux États-Unis, et cette Journée des mères se substitue au Mothering Sunday en gagnant la Belgique et la France puis l’Europe à la fin de la Première Guerre mondiale. Il suffit ensuite que les soldats américains et canadiens de la Seconde Guerre le célèbrent sur le sol anglais pour que les Britanniques se familiarisent avec la pratique du Mother’s Day au point que leur gouvernement officialise la Journée de fête des Mères en 1950.

    De Julia Howe à Frank Hering : les pionnier·e·s américain·e·s

    15Aux États-Unis, les années qui suivent la guerre de Sécession sont propices à la reconstruction de la démocratie et à l’affirmation de la puissance industrielle dans un pays neuf qui atteint à peine son premier siècle d’indépendance. Outre la question de l’abolition de l’esclavage, de l’émancipation des Noirs et de leur accès aux droits citoyens, les Américains prennent conscience de la place des minorités et en particulier des femmes dans la société. La Frontière, cette limite intérieure de la colonisation blanche d’est en ouest, a quasiment disparu en même temps que les dernières résistances indiennes et l’ouverture aux vagues migratoires européennes du second xixe siècle. Une ère de prospérité s’annonce et une nouvelle démocratie aussi.

    16Les premiers mouvements féministes réclamaient autant l’abolition de l’esclavage que le droit de vote des femmes. C’est dans la continuité de l’état d’esprit de ces protestants dissidents qui ont rallié l’Amérique depuis le xviie siècle (comme les quakers). Au mitan du xixe siècle, le mouvement abolitionniste ou antiesclavagiste et le mouvement du droit des femmes sont étroitement imbriqués : la Convention de Seneca Falls, en 1848, réunit leurs représentants. Le texte final qui en sort – la « déclaration de sentiments » –, calqué sur le modèle de la Déclaration d’Indépendance des États-Unis, est traditionnellement considéré comme l’acte fondateur du féminisme américain. Dans les années 1870, beaucoup se mobilisent pour la réconciliation nationale et développent, au cours du dernier tiers du xixe siècle, les ligues morales de tempérance, les associations caritatives, les ateliers et cours d’éducation, les journaux, les actions en faveur de la condition sociale des femmes et en particulier des plus pauvres. C’est dans ce contexte que certaines activistes posent la question de rendre hommage aux mères et aux femmes.

    17Parmi les précurseur e·s contemporain e·s d’Anna Jarvis qui réussit à faire adopter le Mother’s Day par le Congrès américain en 1913, il faut compter avec l’action de Julia Ward Howe, de Juliet Calhoun Blakeley, de Mary Towles Sasseen et de Frank Hering4.

    ***

    18Écrivaine féministe et pacifiste, Julia Ward Howe (1819-1910) publie, en 1870 à Boston, la « Proclamation de la Journée des mères », invitant les mamans du monde entier à s’unir afin d’obtenir la paix. Alors que sa génération vient de sortir de la longue guerre civile américaine et que l’Europe connaît la douloureuse guerre franco-prussienne, elle commence une longue croisade pour créer une Journée des mères pour la Paix.

    19Julia traduit sa Proclamation en plusieurs langues et la distribue largement. Voici en quels termes cette féministe promeut les mérites des Mères et la volonté d’en faire des actrices majeures de la Paix, y compris en s’opposant aux Hommes, dont elle montre la trop grande propension à la violence au détriment de l’Humanité et l’inévitable faiblesse à résoudre la question du désarmement.

    20Volonté de prendre en main le destin de tous :

    « Nous ne laisserons pas les grandes questions être décidées par les organismes incompétents, nos maris ne nous viendront pas, puant les carnages, chercher des caresses et des applaudissements. Nos fils ne doivent pas nous être retirés pour désapprendre tout ce que nous avons pu leur enseigner sur la charité, la miséricorde et la patience. Nous, femmes d’un pays, serons trop tendres envers celles d’un autre pays pour autoriser que nos fils soient entraînés à blesser les leurs. »

    21Affirmation du pacifisme viscéral des femmes et de l’irresponsabilité des hommes :

    « L’épée du meurtre n’est pas la balance de la justice. Le sang n’efface pas le déshonneur, pas plus que la violence n’indique la propriété. Comme les hommes ont souvent délaissé la charrue et l’enclume pour l’appel à la guerre, que les femmes quittent maintenant tout ce qui peut être quitté du foyer pour une grande et sérieuse journée de conseil. Qu’elles se réunissent d’abord, en tant que femmes, pour pleurer et commémorer les morts. Qu’elles tiennent conseil solennellement les unes avec les autres sur les moyens par lesquels la grande famille humaine pourrait vivre en paix, chacun portant en son temps l’empreinte sacrée, non de César, mais de Dieu. »

    22Internationalisme pour concevoir une paix universelle et esquisse d’une future Société de Nations, cinquante ans avant sa survenue :

    « Au nom de la féminité et de l’humanité, je demande instamment qu’un congrès général de femmes sans limite de nationalité puisse être convenu et tenu […] pour promouvoir l’alliance des différentes nationalités, le règlement à l’amiable des questions internationales, l’intérêt commun supérieur de la paix. »

    23Dans ce poème, Julia Ward, qui dresse le procès de l’incompétence des hommes, semble faire écho à la Lysistrata du dramaturge grec Aristophane, appelant les femmes des cités grecques en guerre contre Sparte à se refuser aux hommes jusqu’à ce qu’ils arrêtent le combat. Certes, l’activiste n’évoque pas cette grève du sexe, mais elle cherche à mobiliser toutes les femmes, par-delà les frontières, et elle met en exergue la plus grande capacité humaniste des femmes parce qu’elles sont mères… et donc comptables du sang des hommes : « Pourquoi les mères de l’humanité n’interfèrent-elles pas dans ces matières pour empêcher le gaspillage de cette vie humaine dont elles sont les seules à supporter et connaître le coût5 ? »

    24C’est pour cela que Julia Ward Howe se rend à Londres en 1872 où elle défend l’idée d’un congrès international des femmes pour la Paix. Parallèlement, à Boston, elle lance une célébration de la Journée de la Paix des mères, le deuxième dimanche de juin. Et elle tient cette même réunion pendant une quinzaine d’années. Au début du xxe siècle, elle appuie les nouvelles initiatives, dont celle d’Anna Jarvis. Avec elle, elle soutient vigoureusement la cause d’une célébration officielle, d’une vraie fête des Mères avec journée vaquée.

    25Julia Ward Howe a un parcours singulier. Cette bostonienne d’adoption est née à New York le 27 mai 1819, la troisième des six enfants de Julia Rush Cutler et Samuel Ward, un riche banquier très protecteur et très religieux. Malgré la mort de sa mère lorsqu’elle a 5 ans, la jeune Julia est encouragée à faire des études avec ses frères : elle étudie le français, l’italien, l’allemand, le latin et le grec en plus de la littérature, des sciences et des mathématiques. À 16 ans, elle fait un tour d’Amérique du Nord et commence une carrière d’écrivain à l’âge de 20 ans par une critique littéraire (dans la New York Review). La mort de son père en 1839 et la disparition successive d’un frère et d’une belle-sœur la poussent à chercher le réconfort dans la religion.

    26À l’occasion d’une visite à l’Institut des aveugles de Nouvelle-Angleterre, Julia rencontre Samuel Gridley Howe (1801-1876), de dix-huit ans son aîné. Ce médecin abolitionniste et réformiste6 est le tuteur d’une jeune pensionnaire, Laura Bridgman, aveugle et sourde-muette. Julia est très impressionnée par Samuel Howe qui milite aussi pour l’abolition de l’esclavage. Elle l’épouse en avril 1843 malgré la différence d’âge (18 ans) et le couple s’installe à Rome. Six enfants plus tard – le premier naît en 1844 et le dernier meurt encore bébé – et un emménagement à Boston, de 1846 à 1864, dans une grande maison nommée « Greenpeace », le couple connaît des hauts et des bas. Le mari est peu enclin à tolérer une femme émancipée qui réussit malgré lui en littérature et en poésie et qui lui apporte son concours en 1853 quand il édite un journal antiesclavagiste, le Daily Commonwealth.

    27Après Passion Flowers imprégné de son malheur domestique, Julia publie une autre collection de poèmes intitulée Words for the Hour en 1857. Sa pièce The World’s Own est jouée à New York et à Boston. Et le récit de son voyage à Cuba est publié dans le New York Tribune en 1860. Néanmoins elle se refuse à divorcer. Et Samuel finit par accepter les transgressions conjugales.

    28En 1861, lors d’un voyage à Washington, aux premiers temps de la guerre de Sécession entre le Nord (l’Union antiesclavagiste) et le Sud (les Confédérés esclavagistes), les Howe assistent à une revue de l’armée de l’Union qui a été soudainement dispersée par une attaque confédérée. Sur le chemin du retour, les Howe et leurs amis entonnent des chansons patriotiques. L’un des compagnons de voyage, James Freeman Clarke7, suggère à Julia qu’elle écrive des nouvelles et de meilleures paroles pour l’air de « John Brown’s Body » qui tient lieu d’hymne. Dans la chambre d’hôtel, le soir même, Julia Ward Howe écrit la célèbre chanson de la guerre civile, « The Battle Hymn of the Republic8 » à laquelle son nom est définitivement attaché. « L’hymne de la bataille de la République », publié par The Atlantic en février 1862, est devenu une source d’inspiration pour les soldats de l’Union qui luttent contre l’esclavage et ont maintenant un véritable hymne national à la liberté.

    29Parallèlement, Julia Ward Howe s’engage pour la cause féministe et suffragiste et fait de nombreuses conférences sur la côte est des États-Unis et à Londres. En 1868, elle fonde le New England Woman’s Club avec Caroline Severance9, premier club de ce type. Elle assiste aux réunions de la New England Woman Suffrage Association et la préside de 1868 à 1877, puis de 1893 à sa mort en 1910. En 1869, Julia et son amie Lucy Stone10 créent l’American Woman Suffrage Association11. Julia Ward Howe prend aussi la présidence de l’association suffragiste du Massachusetts, de 1870 à 1878 et de 1891 à 1893, tout en collaborant au Woman’s Journal fondé par Lucy Stone. Son militantisme et son féminisme s’ancrent dans le large mouvement en faveur de la pleine citoyenneté des femmes américaines de la fin du xixe siècle et du début du xxe siècle… récompensé en 1920 par l’obtention du 19e amendement à la Constitution fédérale donnant droit de vote aux femmes.

    30Julia Ward Howe est une expression exemplaire du féminisme américain. Bien que sa version de la fête des Mères n’ait jamais vraiment réussi, elle a pris la tête de la branche américaine de l’Association internationale des femmes pour la Paix, et a réussi à faire du 2 juin 1872 une Journée des mères et une Journée des femmes consacrée à la paix12.

    31Qu’en est-il de Juliet Calhoun Blakeley (1818-1920) qui a laissé son nom au premier exemple connu de fête en l’honneur des Mères, l’Albion’s Original Mother of Mother’s Day, le 11 mai 1877. Albion au Michigan est la ville du siège national du Comité de la prohibition de l’alcool dans les années 1870. Dans une douzaine d’États, dont le Michigan, surnommés « dry states », la prohibition de l’alcool est devenue une cause sociale majeure13. Des pasteurs et des femmes, qui voient les liens entre alcoolisme et violences conjugales, fondent un mouvement de tempérance pour que l’alcool soit rendu illégal. Ils organisent maintes manifestations à l’entrée des bars et saloons de leur région. Une association comme la Women’s Christian Temperance Union, créée en 1873 en Illinois, secourt les familles défavorisées du prolétariat industriel touchées par les problèmes sanitaires liés à l’alcool. La même association milite aussi pour l’émancipation et le droit de vote des femmes.

    32Albion est la ville de Juliet Blakeley, dont la famille, les Calhoun, joue un rôle essentiel dans cette ligue féministe de tempérance. Avec l’arrivée en 1832 de la famille Blakekey, c’est aussi l’Église méthodiste locale qui soutient cette action charitable. La belle-mère de Juliet est d’ailleurs réputée avoir fondé cette église. Le propre mari de Juliet, le charpentier Alphonzo Blakeley, a construit la plupart des bâtiments importants de la ville comme le Wesleyan Seminary (dans lequel le couple a été hébergé quelque temps) qui devint plus tard Albion College14.

    33Le vendredi 11 mai 1877, des opposants à cette ligue pour la tempérance, principalement des cafetiers (les « saloonistes ») décident une action d’éclat. Ils capturent trois garçons, tous fils de dirigeants, et les enivrent de force toute la nuit dans un saloon local. Vers midi, le samedi, ces jeunes avinés déambulent dans les rues, s’en prennent aux badauds et provoquent la foule. L’un de ces garçons est Charles Daugherty, fils du pasteur de l’Église méthodiste. Aussi, le dimanche 13 mai, lorsque commence le service religieux, le révérend Myron Daugherty est tellement accablé de chagrin qu’aussitôt monté en chaire, il est incapable de prendre la parole et s’enfuit. À ce moment-là, Juliet Calhoun Blakeley, entrée dans sa 59e année la veille, se dirige vers la chaire et invite toutes les mères à soutenir la croisade de tempérance en se rendant dans les rues et les cafés. En représailles, ce soir-là, plusieurs saloonistes en colère vont chez Juliet et saccagent son entrée en bois, mais elle les connaît, les dénonce et obtient réparation.

    34C’est parce que cette action de leur mère les a profondément impressionnés que les fils de Juliet, Charles et Moïse, obtiennent de l’Église méthodiste que le deuxième dimanche de mai soit réservé à honorer leur propre mère, et, partout hors d’Albion, toutes les mères. Les deux fils, vendeurs ambulants, n’ont pas de difficulté à mobiliser leurs amis et leurs associés. Charles Blakeley (1852-1935) assure la promotion de cette journée depuis Winnipeg jusqu’au Mexique.

    35Cette célébration anniversaire a lieu chaque année à Albion, l’Église méthodiste continuant à l’organiser malgré l’officialisation de la fête des Mères en 1914. Elle publie des cartes postales en l’honneur de Juliet Calhoun Blakeley au risque de susciter la réprobation d’Anna Jarvis. Juliet Calhoun Blakeley est donc l’une des initiatrices d’un jour des Mères. En 1907, elle ouvre sa maison aux malades et fonde avec sa belle-fille le premier hôpital d’Albion. Son mari décède à 92 ans en 1899 et Juliet meurt à 102 ans le 29 novembre 1920, quelques semaines avant la promulgation du 19e amendement à la Constitution qui accorde le droit de vote aux femmes (18 août 1920) et quelques jours après l’élection du républicain Warren Harding à la Présidence.

    36Le cas de Mary Towles Sasseen (1860-1906) est différent. Mary a été une excellente enseignante à Henderson dans le Kentucky et sa notoriété a vite dépassé son école et sa ville. Issue d’une famille éminente qui remonte à la guerre d’Indépendance américaine (1775-1783), elle est la petite-fille d’un juge très respecté du Kentucky.

    37C’est à partir de 1887 qu’elle organise dans les écoles locales une journée dédiée aux Mères, journée qu’elle nomme Mother’s Day et qu’elle essaie de faire légaliser pour l’État du Kentucky. Chaque 20 avril, date qui correspond à l’anniversaire de la naissance de sa propre mère, Mary Sasseen et ses écoliers invitent les mères à participer à une journée de chansons, de récitations et d’autres manifestations enfantines. En 1893, elle publie une brochure en forme d’instructions et programmes, la Mother’s Day Celebration, afin d’encourager toutes les écoles à adopter cette journée annuelle. Le livret contient non seulement des poèmes de Mary Sasseen mais aussi l’histoire édifiante de quelques mères de notables et surtout des récits sur l’influence des mères sur les grands hommes du passé. Elle écrit : « Nous constatons que tous les hommes et toutes les femmes, que le monde a appelés grands, dont les paroles ont été vénérées pour leur sagesse et leur bonté, ont tous gardé le souvenir de leur mère, et celui d’une enfance heureuse et innocente. »

    38À l’aide de cette publication, Mary Sasseen mène campagne pour obtenir que la fête soit reconnue à l’échelle nationale. Elle voyage beaucoup, fait des conférences et sollicite le concours des associations éducatives. En 1893, elle obtient un premier succès puisque l’État du Kentucky reconnaît la fête des Mères et, en 1894, toutes les écoles publiques de Springfield, en Ohio, font de même. En 1899, Mary Sasseen brigue le poste de surintendant, sorte de directeur de l’instruction publique du Kentucky. Le 6 mai 1899, le Saturday Morning Gleaner, influent journal du Kentucky, soutient sa candidature :

    « Miss Mary Towles Sasseen, de Henderson, Kentucky, qui est candidate à la nomination démocrate pour le surintendant de l’Instruction publique, défend une idée originale pour l’État cette année. Mlle Sasseen a mené une enquête publique : dans les systèmes scolaires de New York, de l’Ohio, de l’Indiana et du Colorado, tous les directeurs en matière d’éducation sont des femmes. Et elle est l’auteur de la fête des Mères. Au cours des cinq dernières années, elle a, sans aide, obtenu que cette journée soit adoptée dans un grand nombre d’États, et des villes comme Boston, Brooklyn et Little Rock ont ​aligné de 10 000 à 14 000 élèves, pour chanter des chansons maternelles et réciter des poèmes en l’Honneur de la mère… »

    39En vain !

    40Le 28 septembre 1904, Mary Towles Sasseen épouse le juge William Marshall Wilson de Pensacola, et s’installe en Floride, mais meurt en couches le 18 avril 1906. Son héritage est à la fois contesté et méconnu. L’État du Kentucky a fait de Mary Sasseen la fondatrice de la fête des Mères, en raison des polémiques entretenues par Anna Jarvis15 dès les années 1920.

    41Le dernier précurseur d’une journée dédiée aux Mères est Francis Earl Hering (1874-1943), passé à la postérité comme le Père de la fête des Mères. Sportif accompli, footballeur, basketteur, base-balleur, capitaine d’équipe et entraîneur de football américain, Frank Hering devient le premier directeur du département d’athlétisme de l’université Notre-Dame d’Indianapolis, « le père du football Notre-Dame ». Entre 1896 et 1899, il a réussi à faire du sport universitaire une activité intra-muros et une compétition interuniversitaire. C’est un de ses collègues qui distribuait des cartes postales d’un penny à ses étudiants qui lui fait découvrir le jour des Mères. Ce jour-là, il avait demandé à ses étudiants d’écrire à leurs mères.

    42Frank Hering s’enthousiasme aussitôt pour cette idée. Le 7 février 1904, il adresse aux membres de l’Ordre fraternel des Aigles (Fraternal Order for Eagles16) à Indianapolis un plaidoyer intitulée soit généralisé. Et aussi pour qu’une journée nationale et fédérale soit créée. Lorsque Frank Hering préside l’Ordre fraternel des Aigles, de 1909 à 1911, il popularise le principe de cette fête des Mères. Ses efforts complètent ceux d’Anna Jarvis en faveur d’une journée fériée. Humaniste et philanthrope, esprit ouvert et altruiste, il décide d’aménager, avec son épouse Claribel Ormsby, en 1925, tout un immeuble pour la communauté afro-américaine de South Bend à Indianapolis17, avec salles de jeux, de sport, de musique, et bibliothèques.

    Le « Mother’s Day » d’Anna Jarvis (1864-1948)

    43Mais c’est surtout Anna Jarvis18 (1864-1948) [cf. figure 2 du cahier couleur] qui est considérée comme responsable de la version internationale de la fête des Mères telle qu’on la connaît aujourd’hui.

    44Durant la guerre civile américaine, la mère d’Anna Jarvis, Ann Mary Reeves (1832-1905), épouse de Granville Jarvis, fonde des ateliers de travail, des ouvroirs, appelés Mothers’Day Work Clubs19 en Virginie de l’Ouest, à destination des veuves, mères, épouses ou filles de soldats. Ces brigades caritatives doivent assurer des soins infirmiers contre les épidémies comme la tuberculose ou la phtisie et enseigner aux femmes les soins aux enfants afin de lutter contre les maladies contagieuses du type rougeole ou tuberculose. Les femmes s’y rendent volontiers. Ann Mary Reeves, mère à onze reprises20, a déjà envisagé, en 1876, de rendre hommage à toutes ces mamans en créant un jour de fête21. En cela elle ne fait que conjuguer piété évangélique, dévotion sociale aux plus défavorisés, féminisme militant, pacifisme absolu et filiation sentimentale. Cet altruisme débordant ne cherche pas à célébrer le patriotisme familial ou la fécondité maternelle. Il s’agit bien de rendre hommage, au plan humain et individuel, à celle à qui chacun doit ses jours, reconnaissance du lien du sang et célébration d’une piété filiale à la fois laïque et imprégnée de culture biblique.

    45Ann et Anna, ces deux militantes pacifistes de la guerre de Sécession, soignent également des soldats blessés des deux camps, Unionistes aussi bien que Confédérés. Aussi soutiennent-elles, depuis longtemps, l’idée d’organiser une journée pour la paix. Et elles ont rencontré Julie Ward Howe à ce sujet. En 1868, elles organisent une « journée de l’amitié des Mères » pour réunir des familles divisées par le conflit.

    46Ann Mary Reeves déclare que cette journée doit être une fête :

    « Pour ressusciter l’amour filial dormant et la reconnaissance que nous devons à celles qui nous ont donné naissance. Pour être un soutien moral à celles qui pleurent les absents. Pour créer un lien de fraternité à travers le port d’un badge floral. Pour faire de nous de meilleurs enfants en nous rapprochant du cœur de nos bonnes mères. […] La fête des Mères est pour nous rappeler notre devoir avant qu’il ne soit trop tard. Par des mots, des dons, des actes d’affection, et de toutes les façons possibles, il s’agit de donner à chacune du plaisir, et de rendre son cœur heureux tous les jours, et de garder constamment en mémoire cette fête des mères. »

    47À la mort d’Ann Mary Reeves le 9 mai 1905, sa fille Anna Jarvis reprend le flambeau. Elle s’engage sur la tombe de sa mère : « par la grâce de Dieu, vous aurez cette fête des Mères » rapporte son frère Claude, médecin. Institutrice à l’époque, Anna entre en campagne le 12 mai 1907 et en fait le combat de sa vie. Elle reçoit très vite beaucoup de soutiens dont celui d’un marchand philanthrope fortuné de Philadelphie, John Wanamaker. Six ans lui seront nécessaires pour qu’un jour dédié à la mère soit instauré.

    48Le 10 mai 1908, l’église méthodiste épiscopale Andrews de Grafton et l’auditorium Wanamaker de Philadelphie accueillent les premières cérémonies officielles organisées par Anna en l’honneur de sa propre mère mais aussi de toutes les mères. Anna a choisi la date symbolique du deuxième dimanche de mai, jour de la mort de sa mère. Ne pouvant pas être présente dans les deux lieux, elle envoie un télégramme à Grafton et cinq-cents œillets blancs, les fleurs préférées de sa mère. Associer cet événement à des fleurs était une première et l’œillet blanc devient tout de suite l’emblème de cette Journée des mères. Le même jour, Anna Jarvis rassemble 15 000 personnes à Philadelphie. L’idée prend racine.

    49Le contexte s’y prête. En ce début de xxe siècle, souvent nommé « l’ère des progrès », des femmes militantes et féministes se font entendre et réclament des réformes politiques et sociales. Comme d’autres femmes de l’époque, Anna ne dénigre pas le rôle de mère, épouse et femme au foyer, mais elle élargit le rôle des mères à l’espace public. Les femmes ne doivent pas être absentes des progrès en cours et la maternité est de plus en plus pensée comme impliquant une responsabilité morale et sociale en dehors du foyer. En réclamant une réforme des droits civils et de l’aide sociale pour les mères, ces femmes considèrent que leurs revendications sont essentiellement de nature maternelle. Parce que ces femmes travaillent à soulager les maux sociaux, qu’elles sont de plus en plus nombreuses à s’instruire et à exercer des métiers d’hommes, nombre d’entre elles militent pour les droits des minorités, contre les inégalités et pour le droit de voter. Beaucoup de mères sont ainsi devenues des réformistes militantes.

    50Avec ténacité, Anna Jarvis et ses ami e·s écrivent chaque année aux ministres, aux gens d’affaires, aux politiciens et au Président des États-Unis. Ils et elles écrivent aussi aux gouverneurs de chaque État américain pour demander un jour dédié aux mères. En 1908, la proposition est présentée par un sénateur devant le Congrès des États-Unis mais elle est rejetée. Or, en 1909, quarante-cinq États décident de la suivre (y compris Porto Rico, Hawaii, le Canada et Mexico). En 1911, cette proposition d’Anna est entendue et célébrée dans tous les États-Unis. Alors, en 1912, Anna Jarvis crée l’Association internationale pour la Journée de la mère. Et c’est le 28e président des États-Unis, Woodrow Wilson qui fait de la fête des Mères une célébration nationale le 9 mai 1914 : le Mother’s Day est désormais une fête nationale américaine fixée au deuxième dimanche de mai.

    51Le démocrate Thomas Woodrow Wilson (1856-1924) a été élu22 en novembre 1912. Ce juriste libéral a été très marqué par la guerre de Sécession, d’où son fort engagement pacifiste. Or le climat de tensions nationalistes en Europe, depuis le début du xxe siècle, ne manque pas de provoquer, ici et là aux États-Unis, des frictions entre différentes communautés issues de l’immigration, qu’elles soient d’origines allemandes, slaves, italiennes ou polonaises. Dès lors, le candidat puis le nouvel élu soutient l’initiative d’Anna Jarvis parce que le Mother’s Day est un projet pacifiste, unitaire, consensuel et national. Une bonne manière de réunir tout le pays autour de cette commémoration votée en 1913 et mise en œuvre en 1914. L’élu y voit aussi, implicitement un hommage aux femmes et également au familialisme23.

    52En mai 1914, le président des États-Unis déclare que les mères sont « la plus grande source de force et d’inspiration du pays ». Il ordonne que le drapeau des États-Unis soit hissé sur tous les bâtiments publics pour honorer les mères. Néanmoins, pour les féministes, l’intention de la fête a été détournée : au lieu de célébrer le militantisme des femmes et leur volonté d’acquérir de nouveaux droits, c’est plutôt le rôle des femmes dans le foyer familial qui est mis en avant. L’apostrophe a été déplacée de telle sorte que ce qui aurait dû être le Mothers’Day, « la Journée des mères », comme journée d’action sociale et politique de toutes les mères, est devenu le Mother’s Day, littéralement « le Jour de la Mère », comme journée d’une célébration chacun pour sa propre mère24. La création de ce qui se nomme désormais la fête des Mères en tant que fête nationale restaure plus le statut de la mère comme une pierre angulaire de la famille et de la nation qu’elle ne fait avancer la cause de l’émancipation des femmes25.

    53Chaque second dimanche de mai, Anna Jarvis porte un œillet blanc à la boutonnière. Au cours des deux décennies qui suivent, elle se querelle avec les héritiers spirituels ou les descendants biologiques de Mary Towles Sasseen et de Juliet Calhoun Blakeley pour revendiquer la primauté, la « paternité » et l’exclusivité de la fête des Mères. Elle regrette la tournure commerciale de la journée qu’elle a « inventée » et n’hésite pas à intenter des procès à diverses autorités, à des militantes féministes comme Eleanor Roosevelt, ou à des institutions comme les services postaux ou une compagnie de chemins de fer. Elle veut imposer sa vision : cette fête, elle l’a voulue personnelle, individuelle, sentimentale et privée. Or, de son point de vue, cette fête est devenue publique, ostentatoire, mercantile et politique. Elle s’est démenée pour obtenir l’institution d’un jour férié, mais c’était pour permettre une fête strictement familiale et personnelle, culture protestante oblige. Anna Jarvis décède à 84 ans, en 1948, sans avoir eu d’enfant. Beaucoup d’Américains ne l’ont pas oubliée puisque, jusqu’à sa disparition, elle reçoit un abondant courrier de remerciements pour avoir été la « Mère de la fête des Mères ».

    54C’est donc pendant l’ère progressiste américaine, entre 1910 et 1920 plus précisément, que la fête des Mères est devenue cette célébration laïque nationale et fédérale. L’American Sunday School26 l’intègre dans son enseignement dès les années 1920. Cette association rassemble les écoles du dimanche qui, à l’initiative de notables locaux ou de paroissiens militants, ont choisi d’éduquer les fidèles de la Bible, des catholiques aux méthodistes et aux presbytériens. En ce temps où il y a très peu d’écoles publiques, ces écoles apprennent à lire, à écrire, à devenir bon citoyen, bon chrétien et à vivre en bonne santé (lutte contre les épidémies et maladies). Dès lors que les jeunes de ces familles de la Bible ont été sensibilisés à cette célébration des Mères, il n’a fallu que très peu de temps pour que la fête reçoive toute l’attention médiatique qui lui a permis de devenir un rite d’observance et une tradition familiale. Parallèlement, les Églises, protestantes ou catholiques, s’emparent de la rhétorique de la mère au foyer afin de contrer la montée en puissance du discours féministe des débuts du xxe siècle, discours féministe qui a en partie accompagné la création du Mother’s Day et qui a débouché sur l’acquisition du droit de voter27, le 18 août 1920.

    55C’est finalement la conjoncture et les mutations sociales des États-Unis depuis le début des années 1900 qui ont permis à la fête des Mères de prendre sa place parmi les plus populaires de l’année. Avec la hausse de l’immigration, le mouvement d’urbanisation, la Première Guerre mondiale et la confrontation des classes socio-économiques, la fête des Mères a servi de prétexte pour unifier les Américains autour du symbole de la mère. Très vite aussi, dans la décennie qui précède ou tout de suite après la Première Guerre mondiale, les autres pays anglo-saxons adoptent cette nouvelle fête. Au cœur des traditions autour de la fête des Mères, il y a les thèmes de l’honneur des mères, de la compassion, de la paix, de la réconciliation et de la protection maternelle.

    ***

    56Parallèlement, de la fin du xviiie siècle jusqu’aux débuts du xxe siècle, la France révolutionnée de 1789 connaît des interrogations similaires et une même dilection à exalter le rôle des mères dans la société. Gagnée, elle aussi, par la transition démographique, les mutations industrielles et l’urbanisation, la France doit faire face à la déchristianisation des mœurs sur fond de difficultés de vie. Tout cela génère la montée en puissance d’un comportement malthusien dans toutes les couches de la société. Aussi la place des femmes dans la société et le rôle des mères dans les familles sont-ils l’objet de nouvelles préoccupations.

    Notes de bas de page

    1Voir « Mother’s Day, Laetere Day, Sunday », Encyclopedia Britannica ; Nakano Glenn Evelyn, Chang Grace et Forcey Linda Rennie (dir.), Mothering : ideology, experience and agency, New York/Londres, Routledge, 1994 ; Mandret-Degeilh Antoine, Gouverner par le rite. Socio-histoire des rites d’institution municipaux autour de la parenté en France, au miroir de la situation en Allemagne (1789-1989), thèse de doctorat en sciences politiques, IEP Paris, sous la direction d’Yves Déloye, 2015, section 2, p. 209-307.

    2Broomfield Andrea, Food and Cooking in Victorian England : A History, Greenwood Publishing Group, Wesport, 2007 ; p. 155 sq.

    3Les transcriptions successives du latin vers les langues communes expliquent des glissements de sens. Ce passage du livre d’Isaïe vient du latin : « Laetare Jerusalem : et conventum facite omnes qui diligitis eam : gaudete cum laetitia, qui in tristitia fuistis : ut exsultetis, et satiemini ab uberibus consolationis vestrae. » Il figure en anglais dans la Bible anglicane : « Rejoice, O Jerusalem : and come together all you that love her : rejoice with joy, you that have been in sorrow : that you may exult and be filled from the breasts of your consolation. » En français, la formule peut être encore plus expressive : « Jubilez avec Jérusalem, exultez à son sujet, vous tous qui l’aimez. Avec elle, soyez enthousiastes, oui, enthousiasmés, vous tous qui aviez pris le deuil pour elle. Que vous suciez le lait et soyez rassasiés de son sein réconfortant ! » Il n’est pas interdit de penser que les copistes et les traducteurs successifs aient opéré un glissement depuis Laetere (réjouis-toi) vers Latare (allaiter) voire Lactare (« Laetere Sunday », New Catholic encyclopedia, vol. 8, Washington D. C., Thomson and Gale editor, 2e édition, 2003).

    4Pour Julia Ward Howe : Clifford Deborah Pickman, Mine Eyes Have Seen the Glory : A Biography of Julia Ward Howe, Boston, Little, Brown et Co., 1978 ; Raum Elizabeth, Julia Ward Howe, Chicago, Heinemann Library, 2004 ; Goodwin Joan, « Julia Ward Howe », in Dictionnaire de biographie unitaire et universaliste, 28 mai 2002, [http://www.uua.org/uuhs/duub/articles/juliawardhowe.html], consulté le 31 janvier 2015. Pour Juliet Calhoun Blakeley : Passic Frank, « Juliet Calhoun Blakeley », Historical Albion Michigan, Morning Star, 3 mai 1993. Pour Mary Towles Sasseen et Frank Hering : O’reilly Andrea, « Mather’s Day », in Encyclopedia of Moherhood (Encyclopédie de la Maternité), vol. 1, Sage Publications, 2010, p. 856-858.

    5Préambule de la Proclamation de la Journée des mères.

    6Samuel Gridley Howe (10 novembre 1801-9 janvier 1876), est un médecin américain abolitionniste. Combattant révolutionnaire en Grèce en 1824, présent en juillet 1830 à Paris, soutien des révolutionnaires polonais, il fonde l’Institut Perkins en 1832 et perfectionne la rééducation des aveugles. Il s’occupe aussi de l’éducation des handicapés mentaux, les « idiots ». En 1863, il est nommé par Lincoln à la Commission d’enquête sur les « libres » pour statuer sur la condition des esclaves libérés dans le Sud. Howe voyage beaucoup et se rend au Canada où il interviewe des libérés/réfugiés, tous anciens esclaves du Sud. Voir Trent James W. Jr., The Manliest Man : Samuel G. Howe and the Contours of Nineteenth-Century American Reform, University of Massachusetts Press, 2012.

    7James Freeman Clarke (1810-1888) est un théologien adepte d’expériences communautaires (agriculture à Brook Farm), défenseur des droits de l’homme et favorable à l’éducation universitaire des femmes.

    8« He is trampling out the vintage where the grapes of wrath are stored ; / He hath loosed the fateful lightning of His terrible swift sword ; / His truth is marching on. / Glory ! Glory ! Hallelujah ! Glory ! Glory ! Hallelujah ! / Glory ! Glory ! Hallelujah ! His truth is marching on. » / « Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur ; / Il écrase la vendange où sont rangés les raisins de la colère ; / Il a délié la fâcheuse foudre de sa terrible épée rapide. / Sa vérité est en marche. / Gloire ! Gloire ! Alléluia ! Gloire ! Gloire ! Alléluia !/Gloire ! Gloire ! Alléluia ! Sa vérité est en marche. »

    9Caroline M. Seymour Severance (1820-1914) est abolitionniste, suffragiste et fondatrice des Clubs de femmes, lieux de rencontre des femmes pour discuter des questions sociales, de la littérature et de l’art, dans le but d’améliorer la société. Elle est la « Mère des Club ». En 1855 elle quitte la Nouvelle Angleterre pour Los Angeles en Californie où elle poursuit son action militante avec son mari.

    10Lucy Stone (1818-1893) est une enseignante abolitionniste et suffragiste qui soutient le mouvement pour la tempérance. En 1839 elle est la première femme du Massachusetts à obtenir un grade universitaire et la première américaine à ne pas prendre le patronyme de son mari, le négociant Henry B. Blackwell avec lequel elle fonde le Woman’s Journal en 1870. À l’été 1852, elle adopte le bloomer, la culotte bouffante dont la féministe Amelia Bloomer s’était faite l’avocate depuis 1850. Le vêtement permettait aux femmes de mieux se déplacer et de travailler plus librement. Voir Kerr Andrea Moore, Lucy Stone : Speaking Out for Equality, New Jersey, Rutgers University Press, 1992.

    11L’American Woman Suffrage Association créée par Lucy Stone ne revendique que le droit de vote des femmes à la différence de la National Woman Suffrage Association, née aussi en 1869, plus radicale puisqu’elle revendique l’application intégrale de la déclaration de Seneca Falls sur les droits des femmes. Rivales au début, elles se regroupent en 1890 dans la National American Woman Suffrage Association qui obtient le droit de vote en 1920.

    12« Fête des mères » (sic), The New York Times, le 3 juin 1874, p. 8 : « “Mother’s Day”, which was inaugurated in this city on the 2nd of June, 1872, by Mrs. Julia Ward Howards […], was celebrated last night at Plimpton Hall by a mother’s peace meeting… » / « qui a été inauguré [sic] dans cette ville le 2 juin 1872, par Mme Julia Ward Howards […] et qui a été célébrée hier soir à Plimpton Hall par la réunion de paix d’une mère… »

    13En 1919, le 18e amendement à la Constitution, prohibe l’alcool. Mais le Volstead Act, s’il interdit la fabrication, la vente et le transport de toutes boissons contenant plus de 0,5 % d’alcool, n’interdit pas la consommation d’alcool. Dès lors, un trafic aux frontières (avec le Canada, Cuba) se développe, des bars clandestins s’installent, des alcools frelatés se diffusent, et la pègre du nord-est des États-Unis (la Mafia, Al Capone) s’en mêle. Franklin Roosevelt se range à l’avis des anti-prohibitionnistes en avril 1933 et abroge le Volstead Act en faisant ratifier le 21e amendement à la Constitution, qui abroge le 18e, le 5 décembre 1933.

    14Gildart Robert, Albion College, 1835-1960, A History/Albion College, 1835-1960, Une histoire, Chicago, Donnelley Lakeside Press, 1961.

    15Selon les fidèles de Mary Towles Sasseen, le texte de Julia Howe intitulé « Proclamation du jour de la mère » n’est pas une proclamation maternelle au sens de fête des Mères, mais plutôt un mouvement contre la guerre. Et Anna Jarvis n’est pas davantage qualifiée car elle annonce seulement en 1907 son plan pour la célébration fédérale de la fête des Mères. Donc ce serait bien cette institutrice du Kentucky qui serait la créatrice de la fête des Mères. « Anna Jarvis ne voulait pas admettre que d’autres avaient fait des travaux avant elle », rétorque Netta Mullin, la présidente actuelle de la Société historique et généalogique de Henderson.

    16L’Ordre fraternel des Aigles est une association caritative créée à l’origine en 1898 par des directeurs de théâtre de Seattle et élargie ensuite aux artistes, aux gens du spectacle et aux sportifs. C’est une association d’entraide sanitaire et sociale qui promeut la fête des Mères et des principes d’aide mutuelle et de sécurité sociale.

    17Archives de l’université Notre-Dame d’Indianapolis.

    18Voir Sheets L. Wayne, Mother’s Day — The Legacy of Anna Jarvis, Parsons, West Virginia, McClain Printing Company, 2013 ; Antolini Katherine Lane, Memorializing Motherhood Anna Jarvis and the Struggle for Control of Mother’s Day, thèse de doctorat en 2009, Morgantown, West Virginia University Press, 2014.

    19« Clubs de travaux du jour des mères ».

    20Anna Jarvis est la neuvième de la fratrie. De onze enfants, seuls deux garçons et deux filles deviendront adultes.

    21Ann Mary Reeves termine une classe de catéchisme sur les mères de la Bible en déclarant, en présence de sa fille Anna âgée de 12 ans : « J’espère que quelqu’un, quelque part, un jour, créera une journée en l’honneur des mères pour commémorer le service incomparable que chacune d’elles rend à l’humanité dans chaque domaine de la vie. Elles y ont droit. »

    22Porte Rémy, « Le président Wilson, un pacifiste en guerre », La Nouvelle d’Histoire, no 90, Paris, Sarl Histoire et Mémoire, mai-juin 2017, p. 46-48. C’est l’élu pacifiste Wilson qui orchestre ensuite l’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917, tout de suite après sa réélection.

    23Selon l’historienne américaine Molly Ladd-Taylor, les États-Unis ne sont pas concernés par la crainte de la dépopulation mais, pour la période 1890-1930, des mouvements de femmes très hétérogènes se basent sur la rhétorique de la maternité pour promouvoir la femme au foyer et appellent à des mesures de protection maternelle et d’aides aux familles. Voir Ladd-Taylor Molly, Mother, Work, Women, Child Welfare and the State, 1890-1930, University of Illinois Press, 1993 ; Ladd-Taylor Molly, Umansky Lauri et alii., “Bad” Mothers : The Politics of Blame in Twentieth century America, New York, New York University Press, 1997.

    24Wolfe Howard H., Behold Thy Mother : Mother’s Day and the Mothers Day Church, Kingsport, TN : Kingsport Press, 1962.

    25Jones Kathleen W., « Mother’s Day : The Creation, Promotion and Meaning of a New Holiday in the Progressive Era », Texas Studies in Literature and Language, vol. 22, no 2, Austin, University of Texas Press, 1er juillet 1980, p. 175-196.

    26Fondé en 1824 à Philadelphie dans l’Illinois, c’est un mouvement chrétien d’écoles du dimanche appelé American Sunday School Union (l’Union des écoles dominicales). L’Union essaime dans tout l’Est américain. Cf. Kurian George Thomas et Lamport Mark A. (dir.), « Sunday School Movement », et « The Sunday School », Encyclopedia of Christian Education, vol. 3, Maryland, Rowman et Littlefield Publishers, 2015, p. 1229-1232 ; Seymour Jack L., From Sunday School to Church School : Continuities in Protestant Church Education, 1860-1929, Washington D. C., University Press of America, 1982.

    27Jones Kathleen W., « Mother’s Day : The Creation, Promotion and Meaning of a New Holiday in the Progressive Era », Texas Studies in Literature and Language, vol. 22, no 2, University of Texas Press, été 1980, p. 175-196.

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    1Voir « Mother’s Day, Laetere Day, Sunday », Encyclopedia Britannica ; Nakano Glenn Evelyn, Chang Grace et Forcey Linda Rennie (dir.), Mothering : ideology, experience and agency, New York/Londres, Routledge, 1994 ; Mandret-Degeilh Antoine, Gouverner par le rite. Socio-histoire des rites d’institution municipaux autour de la parenté en France, au miroir de la situation en Allemagne (1789-1989), thèse de doctorat en sciences politiques, IEP Paris, sous la direction d’Yves Déloye, 2015, section 2, p. 209-307.

    2Broomfield Andrea, Food and Cooking in Victorian England : A History, Greenwood Publishing Group, Wesport, 2007 ; p. 155 sq.

    3Les transcriptions successives du latin vers les langues communes expliquent des glissements de sens. Ce passage du livre d’Isaïe vient du latin : « Laetare Jerusalem : et conventum facite omnes qui diligitis eam : gaudete cum laetitia, qui in tristitia fuistis : ut exsultetis, et satiemini ab uberibus consolationis vestrae. » Il figure en anglais dans la Bible anglicane : « Rejoice, O Jerusalem : and come together all you that love her : rejoice with joy, you that have been in sorrow : that you may exult and be filled from the breasts of your consolation. » En français, la formule peut être encore plus expressive : « Jubilez avec Jérusalem, exultez à son sujet, vous tous qui l’aimez. Avec elle, soyez enthousiastes, oui, enthousiasmés, vous tous qui aviez pris le deuil pour elle. Que vous suciez le lait et soyez rassasiés de son sein réconfortant ! » Il n’est pas interdit de penser que les copistes et les traducteurs successifs aient opéré un glissement depuis Laetere (réjouis-toi) vers Latare (allaiter) voire Lactare (« Laetere Sunday », New Catholic encyclopedia, vol. 8, Washington D. C., Thomson and Gale editor, 2e édition, 2003).

    4Pour Julia Ward Howe : Clifford Deborah Pickman, Mine Eyes Have Seen the Glory : A Biography of Julia Ward Howe, Boston, Little, Brown et Co., 1978 ; Raum Elizabeth, Julia Ward Howe, Chicago, Heinemann Library, 2004 ; Goodwin Joan, « Julia Ward Howe », in Dictionnaire de biographie unitaire et universaliste, 28 mai 2002, [http://www.uua.org/uuhs/duub/articles/juliawardhowe.html], consulté le 31 janvier 2015. Pour Juliet Calhoun Blakeley : Passic Frank, « Juliet Calhoun Blakeley », Historical Albion Michigan, Morning Star, 3 mai 1993. Pour Mary Towles Sasseen et Frank Hering : O’reilly Andrea, « Mather’s Day », in Encyclopedia of Moherhood (Encyclopédie de la Maternité), vol. 1, Sage Publications, 2010, p. 856-858.

    5Préambule de la Proclamation de la Journée des mères.

    6Samuel Gridley Howe (10 novembre 1801-9 janvier 1876), est un médecin américain abolitionniste. Combattant révolutionnaire en Grèce en 1824, présent en juillet 1830 à Paris, soutien des révolutionnaires polonais, il fonde l’Institut Perkins en 1832 et perfectionne la rééducation des aveugles. Il s’occupe aussi de l’éducation des handicapés mentaux, les « idiots ». En 1863, il est nommé par Lincoln à la Commission d’enquête sur les « libres » pour statuer sur la condition des esclaves libérés dans le Sud. Howe voyage beaucoup et se rend au Canada où il interviewe des libérés/réfugiés, tous anciens esclaves du Sud. Voir Trent James W. Jr., The Manliest Man : Samuel G. Howe and the Contours of Nineteenth-Century American Reform, University of Massachusetts Press, 2012.

    7James Freeman Clarke (1810-1888) est un théologien adepte d’expériences communautaires (agriculture à Brook Farm), défenseur des droits de l’homme et favorable à l’éducation universitaire des femmes.

    8« He is trampling out the vintage where the grapes of wrath are stored ; / He hath loosed the fateful lightning of His terrible swift sword ; / His truth is marching on. / Glory ! Glory ! Hallelujah ! Glory ! Glory ! Hallelujah ! / Glory ! Glory ! Hallelujah ! His truth is marching on. » / « Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur ; / Il écrase la vendange où sont rangés les raisins de la colère ; / Il a délié la fâcheuse foudre de sa terrible épée rapide. / Sa vérité est en marche. / Gloire ! Gloire ! Alléluia ! Gloire ! Gloire ! Alléluia !/Gloire ! Gloire ! Alléluia ! Sa vérité est en marche. »

    9Caroline M. Seymour Severance (1820-1914) est abolitionniste, suffragiste et fondatrice des Clubs de femmes, lieux de rencontre des femmes pour discuter des questions sociales, de la littérature et de l’art, dans le but d’améliorer la société. Elle est la « Mère des Club ». En 1855 elle quitte la Nouvelle Angleterre pour Los Angeles en Californie où elle poursuit son action militante avec son mari.

    10Lucy Stone (1818-1893) est une enseignante abolitionniste et suffragiste qui soutient le mouvement pour la tempérance. En 1839 elle est la première femme du Massachusetts à obtenir un grade universitaire et la première américaine à ne pas prendre le patronyme de son mari, le négociant Henry B. Blackwell avec lequel elle fonde le Woman’s Journal en 1870. À l’été 1852, elle adopte le bloomer, la culotte bouffante dont la féministe Amelia Bloomer s’était faite l’avocate depuis 1850. Le vêtement permettait aux femmes de mieux se déplacer et de travailler plus librement. Voir Kerr Andrea Moore, Lucy Stone : Speaking Out for Equality, New Jersey, Rutgers University Press, 1992.

    11L’American Woman Suffrage Association créée par Lucy Stone ne revendique que le droit de vote des femmes à la différence de la National Woman Suffrage Association, née aussi en 1869, plus radicale puisqu’elle revendique l’application intégrale de la déclaration de Seneca Falls sur les droits des femmes. Rivales au début, elles se regroupent en 1890 dans la National American Woman Suffrage Association qui obtient le droit de vote en 1920.

    12« Fête des mères » (sic), The New York Times, le 3 juin 1874, p. 8 : « “Mother’s Day”, which was inaugurated in this city on the 2nd of June, 1872, by Mrs. Julia Ward Howards […], was celebrated last night at Plimpton Hall by a mother’s peace meeting… » / « qui a été inauguré [sic] dans cette ville le 2 juin 1872, par Mme Julia Ward Howards […] et qui a été célébrée hier soir à Plimpton Hall par la réunion de paix d’une mère… »

    13En 1919, le 18e amendement à la Constitution, prohibe l’alcool. Mais le Volstead Act, s’il interdit la fabrication, la vente et le transport de toutes boissons contenant plus de 0,5 % d’alcool, n’interdit pas la consommation d’alcool. Dès lors, un trafic aux frontières (avec le Canada, Cuba) se développe, des bars clandestins s’installent, des alcools frelatés se diffusent, et la pègre du nord-est des États-Unis (la Mafia, Al Capone) s’en mêle. Franklin Roosevelt se range à l’avis des anti-prohibitionnistes en avril 1933 et abroge le Volstead Act en faisant ratifier le 21e amendement à la Constitution, qui abroge le 18e, le 5 décembre 1933.

    14Gildart Robert, Albion College, 1835-1960, A History/Albion College, 1835-1960, Une histoire, Chicago, Donnelley Lakeside Press, 1961.

    15Selon les fidèles de Mary Towles Sasseen, le texte de Julia Howe intitulé « Proclamation du jour de la mère » n’est pas une proclamation maternelle au sens de fête des Mères, mais plutôt un mouvement contre la guerre. Et Anna Jarvis n’est pas davantage qualifiée car elle annonce seulement en 1907 son plan pour la célébration fédérale de la fête des Mères. Donc ce serait bien cette institutrice du Kentucky qui serait la créatrice de la fête des Mères. « Anna Jarvis ne voulait pas admettre que d’autres avaient fait des travaux avant elle », rétorque Netta Mullin, la présidente actuelle de la Société historique et généalogique de Henderson.

    16L’Ordre fraternel des Aigles est une association caritative créée à l’origine en 1898 par des directeurs de théâtre de Seattle et élargie ensuite aux artistes, aux gens du spectacle et aux sportifs. C’est une association d’entraide sanitaire et sociale qui promeut la fête des Mères et des principes d’aide mutuelle et de sécurité sociale.

    17Archives de l’université Notre-Dame d’Indianapolis.

    18Voir Sheets L. Wayne, Mother’s Day — The Legacy of Anna Jarvis, Parsons, West Virginia, McClain Printing Company, 2013 ; Antolini Katherine Lane, Memorializing Motherhood Anna Jarvis and the Struggle for Control of Mother’s Day, thèse de doctorat en 2009, Morgantown, West Virginia University Press, 2014.

    19« Clubs de travaux du jour des mères ».

    20Anna Jarvis est la neuvième de la fratrie. De onze enfants, seuls deux garçons et deux filles deviendront adultes.

    21Ann Mary Reeves termine une classe de catéchisme sur les mères de la Bible en déclarant, en présence de sa fille Anna âgée de 12 ans : « J’espère que quelqu’un, quelque part, un jour, créera une journée en l’honneur des mères pour commémorer le service incomparable que chacune d’elles rend à l’humanité dans chaque domaine de la vie. Elles y ont droit. »

    22Porte Rémy, « Le président Wilson, un pacifiste en guerre », La Nouvelle d’Histoire, no 90, Paris, Sarl Histoire et Mémoire, mai-juin 2017, p. 46-48. C’est l’élu pacifiste Wilson qui orchestre ensuite l’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917, tout de suite après sa réélection.

    23Selon l’historienne américaine Molly Ladd-Taylor, les États-Unis ne sont pas concernés par la crainte de la dépopulation mais, pour la période 1890-1930, des mouvements de femmes très hétérogènes se basent sur la rhétorique de la maternité pour promouvoir la femme au foyer et appellent à des mesures de protection maternelle et d’aides aux familles. Voir Ladd-Taylor Molly, Mother, Work, Women, Child Welfare and the State, 1890-1930, University of Illinois Press, 1993 ; Ladd-Taylor Molly, Umansky Lauri et alii., “Bad” Mothers : The Politics of Blame in Twentieth century America, New York, New York University Press, 1997.

    24Wolfe Howard H., Behold Thy Mother : Mother’s Day and the Mothers Day Church, Kingsport, TN : Kingsport Press, 1962.

    25Jones Kathleen W., « Mother’s Day : The Creation, Promotion and Meaning of a New Holiday in the Progressive Era », Texas Studies in Literature and Language, vol. 22, no 2, Austin, University of Texas Press, 1er juillet 1980, p. 175-196.

    26Fondé en 1824 à Philadelphie dans l’Illinois, c’est un mouvement chrétien d’écoles du dimanche appelé American Sunday School Union (l’Union des écoles dominicales). L’Union essaime dans tout l’Est américain. Cf. Kurian George Thomas et Lamport Mark A. (dir.), « Sunday School Movement », et « The Sunday School », Encyclopedia of Christian Education, vol. 3, Maryland, Rowman et Littlefield Publishers, 2015, p. 1229-1232 ; Seymour Jack L., From Sunday School to Church School : Continuities in Protestant Church Education, 1860-1929, Washington D. C., University Press of America, 1982.

    27Jones Kathleen W., « Mother’s Day : The Creation, Promotion and Meaning of a New Holiday in the Progressive Era », Texas Studies in Literature and Language, vol. 22, no 2, University of Texas Press, été 1980, p. 175-196.

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