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    Plan détaillé Texte intégral Depuis la lorgnette des hospices, l’épaisseur du xixe siècle Au sein des hospices, expériences de vieillesses Notes de bas de page

    Hospices

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Conclusion

    p. 299-310

    Texte intégral Depuis la lorgnette des hospices, l’épaisseur du xixe siècle Au sein des hospices, expériences de vieillesses Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Entre 1830 et 1914 à Bruxelles, les hospices ne sont pas les seuls endroits où la vieillesse est accueillie. Néanmoins, destinés intrinsèquement à la vieillesse, pensés, conçus, construits, aménagés pour son accueil spécifique, ils entraînent une « communauté d’expériences1 » propre au grand âge. Cette « communauté d’expériences » nous invite à l’envisager, à la questionner pour mieux appréhender comment était comprise et définie la vieillesse au xixe siècle ; c’est-à-dire ce qui était attendu, perçu et vécu comme son expérience. L’étude menée depuis les établissements de prise en charge implique par ailleurs de prendre en compte le rôle de ces espaces dans la compréhension de cette vieillesse : comment l’espace des hospices la définit et comment la vieillesse définit, à son tour, cet espace dans lequel elle se trouve ? Dans une optique que l’histoire prend peu le temps de saisir et que seule l’approche « au ras du sol2 » permet, les personnages, les matières et dans les interstices, les sensations, composent cette exploration spatialisée des expériences de vieillesses. Au-delà des versions critiques des hospices mouroirs à destination d’indigents nécessiteux qui président encore souvent les recherches en la matière, l’analyse approfondie des archives bruxelloises éclaire sous un jour nouveau les espaces, les populations et les expériences qui y prennent place. L’articulation thématique choisie pour ce récit a permis de renforcer l’analyse. Une fois la chronologie éclatée, l’histoire se recompose autour de thèmes qui restituent différentes facettes, non exhaustives, du phénomène étudié. Indépendamment d’une chronologie linéaire, l’histoire racontée se nuance et se complexifie. Depuis leur lorgnette et en leur sein, les hospices racontent le xixe siècle dont ils émanent ainsi que certaines des expériences individuelles qui le traversent.

    Depuis la lorgnette des hospices, l’épaisseur du xixe siècle

    2Au-delà de l’expérience des vieillards, les hospices se révèlent être des observatoires du xixe siècle dont ils émanent. En effet, leur caractère micro-historique et monographique implique un angle d’approche resserré dans lequel réside tout l’intérêt. Rarement choisi comme objet d’étude par les historiens, les hospices ajoutent pourtant à la connaissance du xixe siècle bruxellois et, par extension du xixe siècle européen. Au regard de la centralité française, voire parisienne, qui préside aux recherches francophones, le cas de Bruxelles se révèle heuristique. Bruxelles au xixe siècle, soutenue par le cas luxembourgeois3, remet en question l’idée que l’hébergement des fins de vie et la constitution d’espaces spécifiques à la vieillesse relèveraient d’une « spécificité française4 ». Elle invite alors à un élargissement du regard, à poser la question de la prise en charge de la vieillesse au niveau européen. Plus généralement, les hospices donnent à voir, par la perspective microanalytique choisie, les implications des grandes évolutions du siècle dans l’expérience individuelle. Par là, peuvent s’établir déjà quelques lignes des expériences de vieillards. La structuration de l’administration publique, la révolution industrielle, la laïcisation de la société, les développements de la médecine ainsi que les rapports et les délimitations des classes sociales figurent parmi ces vastes thématiques propres au xixe siècle qui s’observent à l’intérieur des hospices et qu’il s’agit de détailler un peu plus avant.

    3À travers les établissements de prise en charge de la vieillesse, il est possible en effet de retracer la genèse et l’affirmation tout au long du siècle d’une administration publique locale, en l’occurrence le Conseil général des hospices et secours de la ville de Bruxelles. La gestion administrative, en perfectionnant ces « rouages ordinaires et méconnus5 » de la « révolution de papier6 » propre au xixe siècle, entraîne une uniformisation et une standardisation de la prise en charge des personnes assistées. À l’échelle des hospices, le traitement des pensionnaires s’en ressent. Du traitement au cas par cas dans la première moitié du siècle, les procédures d’admission et les régimes de faveur évoluent, uniformisant et encadrant plus strictement les conditions de prises en charge. En témoignent la mise sous tutelle du Conseil des deux refuges dans les années 1840 ou plus anecdotiques, l’interdiction progressive des animaux de compagnie ou celle de l’hébergement de parents de pensionnaires au sein de l’hospice Pachéco dans les années 1830.

    4Les hospices éclairent en outre les grandes évolutions techniques et mécaniques du xixe siècle qui révolutionnent les manières d’habiter. Encouragés par la collectivité de leurs infrastructures, les hospices connaissent en effet de nombreuses innovations techniques qui modifient en profondeur le quotidien des pensionnaires, des infrastructures buandières à l’éclairage au gaz en passant par le raccord à l’eau courante. À l’instar des maisons bourgeoises bruxelloises, nous émettons l’hypothèse d’une plus grande ampleur des transformations entre 1800 et 1890 que celle prenant place entre 1890 et 19907.

    5Au xixe siècle encore, tout comme les lieux d’enseignement, les établissements d’assistance publique sont, à Bruxelles, l’un des champs de bataille des libéraux pour la laïcisation et la sécularisation de la société. Cependant, les luttes politiques entre libéraux et catholiques, qui se déchaînent autour de l’instruction, des cultes et de la bienfaisance, trouvent peu d’écho dans les hospices pour vieillards. Ceux-ci offrent alors un exemple peu étudié de cohabitation entre croyances et laïcité. Hormis les règlements d’ordre intérieur prônant clairement de plus en plus la liberté de conscience des pensionnaires, la religion de ceux-ci – omniprésente dans les établissements – et la présence d’un personnel religieux – des aumôniers et, aux Ursulines, des sœurs religieuses – soulèvent peu de critiques avant la fin du siècle. La sécularisation précoce du personnel soignant explique en partie pourquoi ces lieux d’assistance sont ainsi soustraits aux débats sur la laïcisation qui agitent la société bruxelloise8. Cependant, la position peu stratégique des établissements pour vieillards, peut également expliquer la moindre importance des conflits philosophiques et politiques en leur sein.

    6C’est en tout cas ce qui explique le peu d’intérêt médical pour les hospices. La présence des médecins devient certes de plus en plus prégnante, évidente et incontournable. Mais, à l’instar de l’absence des débats philosophiques et politiques, les hospices font partie des lieux oubliés de la médecine bruxelloise et des développements scientifiques du xixe siècle. Cela se marque dans la simple absence de dispositifs de soins dans les établissements pour valides et par la marginalisation de l’hospice de l’Infirmerie face à la centralité des deux hôpitaux de la capitale en matière d’enseignement et de développements scientifiques. Cette répartition inégale des soins, plus qu’une caractéristique à imputer à la vieillesse accueillie, semble le résultat d’une évolution propre à Bruxelles. En effet, la marginalisation de l’hospice de l’Infirmerie a lieu en parallèle de l’expansion des deux hôpitaux, ce que ne laissait pas prévoir l’organisation triangulaire des trois pôles hospitaliers sur laquelle s’ouvre la période étudiée. Il n’empêche, malgré cette mise à distance des hospices des évolutions médicales, l’application concrète des grandes théories et pratiques comme la théorie des miasmes ou l’avènement de l’anatomie-pathologique, est rendu visible à travers le quotidien des hospices. Ces théories, appliquées à l’échelle des pensionnaires, entraînent, concernant la théorie des miasmes, au mieux des expériences de courants d’air et au pire des expériences de relégation. En ce qui concerne l’anatomie-pathologique, elle entraîne l’objetisation scientifique des corps, au cours des cliniques ou des autopsies, généralisée à l’ensemble des pensionnaires des hospices.

    7Finalement, les hospices sont un point d’observation particulièrement révélateur des stratifications sociales subtiles, mais déterminantes, qui s’observent au sein de la société en général et des classes populaires en particulier. La vieillesse et ses lieux de prise en charge reflètent et prolongent les inégalités. Ils illustrent la diversité sociale de la société bruxelloise en en fournissant un échantillon. La hiérarchisation des traitements y est principalement fonction des différences sociales et physiologiques entre individus. Au-delà de l’indigence des pensionnaires d’assistance publique, les hospices révèlent une organisation basée sur des notions de classes aux délimitations extrêmement subtiles, à l’image des multiples groupes qui composent la société.

    Au sein des hospices, expériences de vieillesses

    8Ainsi, à Bruxelles au xixe siècle, une forme inédite de prise en charge de la vieillesse se met en place : les pourvoyeurs de cette assistance sont avant tout publics, le nombre de pensionnaires est beaucoup plus important qu’auparavant et l’indigence en est le critère principal d’admission. L’exploration des expériences d’hospices fait cependant ressortir la « pluralité d’états hétérogènes et contigus9 », c’est-à-dire les « continuums de formes et de situations sociales à la fois différentes et proches, reliées entre elles par de multiples transitions10 » qui caractérisent la population des hospices d’assistance publique. Spatialiser la vieillesse, la questionner empiriquement au travers des espaces dans lesquels elle prend place, permet d’éclairer les divergences et les points communs qui habitent ces expériences.

    9Notre étude montre que les hospices prolongent les différences et les inégalités qui les précèdent chronologiquement dans les parcours de vie de leurs pensionnaires. C’est-à-dire que d’une part, les traitements offerts par les hospices créent ou recréent des inégalités et des hiérarchies entre les pensionnaires, et que d’autre part, ces inégalités proviennent et respectent celles qui prévalent avant l’entrée des pensionnaires. Cependant, les hospices construisent également un cadre commun dont procède un mode d’habiter et d’assister spécifique à la vieillesse, rassemblant dans une même conception du vieillir assisté, des vieillesses hétérogènes. Il est important de détailler plus précisément ce qui, d’un côté, rassemble les pensionnaires et ce qui, de l’autre, les éloigne, à savoir principalement les ressources socio-économiques, le genre et l’état de santé de ceux-ci. Appréhender dans cette complexité la diversité des expériences de cette nouvelle prise en charge limite l’essentialisation d’une vieillesse indigente des hospices d’assistance publique qui ne peut ni se résumer, ni se limiter, à un état d’extrême pauvreté.

    10Une même conception de la vieillesse assistée –. Tout d’abord, la population des pensionnaires d’hospices se retrouve parmi une frange particulière des classes populaires, celle qui n’est pas totalement démunie de ressources sociales et/ou économiques. Trousseau, passé irréprochable, domicile de secours, interdiction d’avoir mendié, payement d’une pension ou certificat d’indigence… sont autant de critères d’admission stricts qui sélectionnent les individus à admettre. Pour certains, les pensionnaires de Pachéco, des Réunis mais également les pensionnaires payants des Ursulines, ils se révèlent être des individus relativement aisés parmi les classes populaires. Tous, en tout cas, même les plus démunis, se caractérisent par un fort ancrage local qui leur donne accès aux dispositifs administratifs et assistantiels de la ville, leur permettant de recevoir le soutien des structures publiques afin d’assurer leur fin de vie. Il faut de plus noter la situation tout à fait particulière des hospices bruxellois : ceux-ci se maintiennent à l’intérieur du pentagone que forme la commune de Bruxelles. C’est-à-dire, contrairement aux évolutions d’autres villes en Belgique et en Europe11, ils restent au cœur de la ville dans laquelle les pensionnaires sont pour la plupart proches des lieux de sociabilité qu’ils connaissent de longue date, voire depuis leur naissance. Ce cadre urbain bien circonscrit limite ainsi, à Bruxelles, la marginalisation spatiale et sociale pouvant procéder de l’entrée en établissement.

    11Ensuite, face aux établissements qui les accueillent et face aux autres personnages avec lesquels ils sont en relation, une communauté des vieillards continue de se constituer. Elle se pense et peut s’appréhender. Les autres habitants composent, chacun à leur manière, l’espace des hospices, participant également à sa définition, à l’accueil et aux expériences des vieillards pour lesquels cet espace se destine. Ils amènent à l’expérience des vieillards autant de nouvelles dimensions que de fonctions qu’ils incarnent : celle d’administrateur, d’aumônier, de sœur religieuse, de médecin, de gens de peine et d’entourage. Chacun d’eux place les pensionnaires d’hospices dans un mode relationnel distinct. Individus à administrer, à consoler et convertir, à soigner, à servir, à entourer… sont autant de facettes supplémentaires dans la définition des vieillards indigents. Ce faisant, chacune de ces relations donne aux pensionnaires plusieurs possibilités de rôles à jouer. Ils peuvent les accepter et se les approprier. C’est le cas, par exemple, lorsque les pensionnaires remettent aux administrateurs et aux directeurs leur dernière instance décisionnelle ou lorsqu’ils leur adressent des plaintes pour dénoncer des situations qui ne leur conviennent pas. Ils peuvent les contourner, les refuser, ou les combattre mais les subir également, comme c’est le cas parfois avec les médecins et les gens de peine desquels les pensionnaires se plaignent et dont ils dénoncent les inconduites. Ces différentes possibilités de se saisir des relations avec les autres habitants des hospices sont cependant fonction des ressources dont les pensionnaires disposent12. La capacité d’exprimer des réclamations oralement et par écrit par exemple, est loin d’être à portée de tous les pensionnaires, socio-économiquement et physiquement. Toutefois, les relations aux autres personnages des hospices rendent davantage visible ce que partagent les pensionnaires que ce qui les différencie. Surtout, elles rendent particulièrement tangibles la proximité et le caractère incontournable de leur mort à venir. Car tous les personnages s’y rapportent selon leur perspective et leur fonction. Les administrateurs et directeurs doivent sauvegarder les intérêts matériels des hospices en cas d’éventuels héritages. Ils assurent également l’organisation logistique et pratique des derniers instants, de l’évacuation et l’inhumation des corps et du remplacement des pensionnaires. Les aumôniers catholiques y trouvent le but de leur prédication en même temps que la sauvegarde des pensionnaires croyants. Les médecins se retrouvent confrontés à l’échec thérapeutique en même temps qu’une promesse d’exploration scientifique. Les gens de peine, qui partagent en de nombreux points les conditions des pensionnaires, s’y trouvent confrontés le plus directement. Il leur revient les gestes qui encadrent la mort des pensionnaires, des veillées des malades aux déplacements des corps. Dernière occasion pour les entourages de signifier leur attachement, leur présence se révèle nécessaire, mais se lit surtout à travers les craintes des autorités de dépouillements des moribonds. Les personnages font alors voir l’importance de la teneur de l’événement dans les hospices, et plus particulièrement à l’hospice de l’Infirmerie : l’accueil de la mort des pensionnaires doit s’y organiser. Il doit en tout cas être prévu dès le moment de l’admission des pensionnaires, rappelant et confrontant sans cesse les vieux pensionnaires au caractère inévitable de l’événement.

    12La « communauté d’expériences » est également renforcée par les dimensions matérielles et sensibles des hospices qui dessinent un mode de vieillir commun : de plus en plus précisément au fil du siècle, la vieillesse d’hospices se conjugue au matin, à la tranquillité, au calme et au repos. D’une manière générale, une certaine commodité des infrastructures mises en place et de l’environnement technique sont à souligner et renvoient une nouvelle image de ce type d’établissements, considérés la plupart du temps comme des places sombres et humides13. Les hospices, au fil du siècle, s’aménagent de plus en plus en fonction de la vieillesse qu’ils accueillent. Les normes qui en découlent peuvent être imposées par les instances décisionnelles administratives ou médicales, comme les horaires de sorties et de coucher ou encore l’alimentation des pensionnaires. C’est le cas, en effet, de manière flagrante à travers la question des sensations. Le calme et le repos nécessaires au grand-âge bannissent tout désordre sensible et violent qu’il s’agit dès lors de contrôler ou, du moins, d’atténuer au maximum. Cette régulation sensible des hospices va, par exemple, de l’interdiction des animaux de compagnie, à l’isolement des malades, en passant par les cours intérieures arborées protégées de la ville extérieure et par la ventilation des salles collectives. Cela étant, cette nécessité de calme et de repos, la volonté de régulation et la tendance à l’aseptisation de l’environnement qu’elles impliquent, renvoient en miroir une impression d’hospices remplis de cris, de mauvaises odeurs, de nourriture infecte, de violences et d’agitations. Hormis la question des saveurs à propos de laquelle les pensionnaires réclament un ajustement via les plaintes qu’ils expriment à propos de la qualité de la nourriture, il s’agit de nuancer l’expression négative des sensations qui se retrouvent dans les archives des hospices. La nature des sources administratives révèle le plus souvent ce qui dysfonctionne et rend compte de la perception sensible des auteurs de ces archives, principalement directeurs et administrateurs. Or, ceux-là se différencient nettement de la population des pensionnaires au xixe siècle du fait de leur appartenance bourgeoise14. Dès lors, l’impression d’effervescence se retrouve renforcée par l’éclairage des sources, de même que les incidences négatives de cette effervescence sur les pensionnaires. Ceux-là, issus des classes populaires du xixe siècle, sont pourtant habitués à l’« effusion et tourment15 » des corps à partir desquels ils règlent leurs comportements quotidiens. « L’oreille morale » d’Anthony Pecqueux, montre la construction d’un sens moral associé aux expressions sonores de la ville. Par là, il rappelle la relativité des perceptions sensibles qui peuvent être socialement inscrites16. De la même manière, la perception sensible des hospices par les pensionnaires – liée aux conceptions sociales et morales qui leur sont propres – ne peut être calquée sur celles des administrateurs. Étudier les manières d’habiter à travers leurs dimensions matérielles et sensibles permet d’ailleurs de révéler la marge de manœuvre des pensionnaires eux-mêmes. Ces derniers n’influencent pas seulement involontairement l’espace qu’ils habitent par leurs défaillances physiques, comme c’est le cas avec les escaliers. Ils ne font pas non plus que se soumettre ou subir les normes institutionnelles imposées. Les pensionnaires peuvent également agir, s’approprier les espaces qui leur sont dédiés : de la dentelle ornant les tables de nuit à l’attachement identitaire aux salles d’hospices.

    13Une pluralité d’expériences –. Mais des divergences existent au sein de la communauté supposée dont la cohérence, à peine esquissée, vacille. Principalement, une forte hétérogénéité sociale traverse l’ensemble des pensionnaires. Ces différences socio-économiques sont par ailleurs doublées, dans le cas bruxellois, d’inégalités de genre : le réseau de prise en charge public réserve exclusivement aux femmes les établissements les plus individualisés et les mieux dotés que sont les hospices Pachéco et Réunis. Les refuges Sainte-Gertrude et des Ursulines accueillent, quant à eux, une population plus hétérogène, payante et indigente, sur un mode collectif. L’hospice de l’Infirmerie, également via des infrastructures collectives, se spécialise en revanche dans l’accueil des indigents invalides. Les différences de ces modes de prise en charge qui divisent la population des hospices se renforcent lorsqu’une attention fine est portée aux détails matériels et sensibles. Ceux-ci dévoilent la pluralité des manières de vieillir. De la chambre individuelle des pensionnaires de Pachéco et des Réunis, munies de leur trousseau, aux dortoirs collectifs des autres établissements où seuls le lit, la table et le vase de nuit résument le territoire individuel, les critères socio-économiques auxquels se mêlent ceux du genre font diverger grandement les expériences d’hospices. Jusqu’aux régimes alimentaires, la distinction et la hiérarchisation sociale s’opèrent entre les pensionnaires.

    14À côté de ce premier lot d’inégalités sociales, les états de corps, les manières de vieillir, se révèlent un autre élément de différenciation, physiologique cette fois. Secourables inconditionnellement puisqu’assurés d’une incapacité légitime à subvenir à leur existence, les pensionnaires invalides se révèlent cependant les plus ostracisés, les plus coupés du monde extérieur. En effet, l’expérience de ceux qui sont incapables de se mouvoir semble très éloignée de celle des pensionnaires valides, capables de se détacher de l’hospice et de prolonger leurs habitudes au moyen notamment de leurs sorties. L’isolement spatial, entre les murs, dont les premiers sont les objets, impose la réduction drastique de leur capacité à décider en leur nom, voire la disparition de tout espace personnel, comme en atteste l’absence de tiroir observée sur le mobilier réservé aux gâteux. Ces expériences d’isolement et de relégation, parmi les plus violentes, ne concernent pas seulement les pensionnaires ne sachant plus se mouvoir. Elles concernent, avec le système du transfert entre établissements propre à l’organisation bruxelloise, ceux dont les sens dysfonctionnent. Plus précisément, la perte de la vue, les émanations nauséabondes et les irruptions sonores des pensionnaires aveugles, incontinents, malades et séniles entraînent leur ostracisation au sein des hospices. Toutefois, « l’invalidité » s’avère être un terme vague qui recouvre lui-même une pluralité d’états aux conséquences inégales. La surdité, par exemple, peu problématique pour le fonctionnement des hospices, est quasi absente des archives et ne semble pas ou peu provoquer de ruptures fondamentales dans l’expérience des pensionnaires. La cécité, en revanche, implique des transferts entre établissements et bouleverse les habitudes de ceux qui en sont atteints. Généralement, la capacité de travailler se révèle un élément fondamental de distinction entre pensionnaires invalides et valides. Donnant le moyen aux pensionnaires de compenser la gratuité de l’accueil, travailler leur permet d’assurer leur moralité, voire leur vaut récompenses et valorisation au sein des établissements, faveurs inaccessibles aux plus invalides. Les états de corps influencent ainsi de manière déterminante les environnements matériel et sensible, porteurs à leur tour d’expériences contrastées pour les pensionnaires.

    15Schématiquement, la diversité des expériences bruxelloises d’hospices se cristallise ainsi entre deux extrêmes. D’un côté, les pensionnaires infirmes et incurables de l’hospice de l’Infirmerie sont les plus démunis, incapables de se rendre utiles ni même de se mouvoir. De l’autre, les pensionnaires de Pachéco et des Réunis bénéficient d’un traitement individuel, d’un environnement matériel et sensible choisi et d’une liberté de mouvements et de décisions beaucoup plus importantes. Toutefois il ne faudrait pas figer une telle polarisation, que des renversements inattendus bouleversent. Ainsi, aux pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie, spécialisé dans l’accueil des invalides, une assistance médicale beaucoup plus importante est disponible, alors qu’elle est quasi absente des établissements pour valides. De même, la dimension collective des hospices de l’Infirmerie et des deux refuges entraîne l’investissement dans des infrastructures mécanisées à la buanderie et à la cuisine, qui libèrent pensionnaires et gens de peine de travaux domestiques conséquents.

    16Finalement, cette exploration au cœur des expériences d’hospice, permet de reconstituer, en filigrane, une partie du rapport que la société bruxelloise du xixe siècle entretient avec la vieillesse, dont les indices se retrouvent dans les espaces même de ces hospices. En effet, par leurs dimensions relationnelles, matérielles et sensibles spécifiques, les hospices bruxellois partagent certaines caractéristiques avec d’autres institutions résidentielles mais participent également à l’élaboration d’un genre nouveau. Ni prison, ni asile, ni hôpital, ni école…, les hospices se destinent aux vieillards et en ce sens, il est intéressant de souligner que leurs spécificités sont en lien avec la vieillesse qu’ils accueillent ; avec la définition donnée, à cette époque, de cette vieillesse. Ainsi, il semble acquis de secourir, voire de rendre confortables les fins de vie de vieillards à qui l’on ne peut reprocher l’indigence et le manque de moyens de subsistance qui y est associé. De même, ni fous ni dangereux et potentiellement bien portants, l’ouverture de l’hospice est sans commune mesure avec d’autres institutions comme l’asile, la prison et même l’hôpital. Néanmoins, la moralisation des imprévoyants n’est pas absente du dispositif de prise en charge de la vieillesse indigente car il reste difficile de départir les vieillesses méritantes de celles qui seraient coupables. Protéger les vieux et surveiller les pauvres sont alors deux objectifs que les hospices maintiennent concomitamment tout au long du siècle. Le xixe siècle bruxellois ne tranche pas encore dans le sens d’une assistance inconditionnelle en raison de l’avancée en âge comme semble l’avoir fait le premier xxe siècle français décrit par Élise Feller17. Dans le cas d’étude qui nous occupe, la vieillesse n’est digne d’assistance publique que lorsqu’elle s’accompagne d’un manque de ressources suffisantes. De ce fait, elle ne se dépêtre pas encore de l’indigence à laquelle elle est associée. Bruxelloise, la définition de la vieillesse et des lieux qui lui sont dédiés se teinte également d’une couleur locale. Éminemment ancré dans leur histoire et leur territoire, les hospices dont il a été question tout au long du travail sont également les héritiers d’un système d’assistance complexe entre public et privé. Les fondements d’établissements préexistants au Conseil général des hospices et secours y sont maintenus, marquant de manière déterminante et spécifique les structures d’accueil disponibles aux vieux bruxellois. Ceci explique notamment les particularités des hospices Pachéco et Réunis, la si grande différence de traitement existant entre homme et femme, entre individus de différentes origines sociale au sein, pourtant, d’une même catégorie d’assistance : la vieillesse indigente.

    17De fait, l’étude menée ici permet de souligner les importantes variations sociales contenues dans cette notion même d’indigence. Les expériences des pensionnaires invalides de l’Infirmerie reflètent davantage un xixe siècle dont la vie sociale se structure par la distinction de classes18 et dans lequel vieillesse et indigence s’entremêlent. En revanche, les expériences des pensionnaires valides de Pachéco se rapprochent de celles encore promues et connues à la fin du xxe et au début du xxie siècles19. En effet, cette recherche questionne les descriptions habituellement véhiculées de l’avènement du processus d’humanisation des établissements de prise en charge à partir des années 1960-197020. Une fois les hospices d’assistance publique du xixe siècle replacés dans leur contexte, en lien avec les normes techniques et sociales de leur temps, il ne peut plus être question de l’archaïsme de leurs conditions de prise en charge. L’individualisation des traitements, encore aujourd’hui préconisée comme objectif à atteindre dans les établissements de prise en charge21, constitue déjà au xixe siècle le modèle adopté pour les pensionnaires les plus favorisées et, par extension, constitue déjà la meilleure des solutions de l’époque. Si le système est marqué par une répartition sociale inégale propre au xixe siècle et inconcevable aujourd’hui, il n’en demeure pas moins que ce constat indique une rémanence : depuis le xixe siècle au moins, des mêmes questionnements, réflexions et améliorations semblent se poser et se mettre en place concernant les établissements de prise en charge à destination de la vieillesse.

    18Cette recherche, intrinsèquement liée à des questions actuelles qui s’articulent autour du vieillissement de la population, permet, nous l’espérons, de penser sur un temps long les prises en charge de la vieillesse, comme un support aux interrogations et recherches du présent. Elle invite notamment à réfléchir sur la possibilité de sortir de ces rémanences ; ou plutôt, sur la possibilité de les accepter afin de mieux s’en ressaisir ; sur les possibilités de se rapporter à la finitude de l’être humain, aux réalités qu’elle recouvre, de la perte d’autonomie au besoin d’assistance et de l’inévitabilité de la mort.

    Notes de bas de page

    1Revel Jacques, « Micro-analyse et construction du social », in Revel Jacques (dir.), Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Seuil/Gallimard, 1996, p. 22-23.

    2Revel Jacques, « L’histoire au ras du sol », in Levi Giovanni, Le pouvoir au village. Histoire d’un exorciste dans le Piémont du xviie siècle, Paris, Gallimard, 1998 (1985).

    3Richelle Sophie, « L’hospice par ses vieillards. Représentations et conditions d’expérience à l’hospice Saint-Jean (Luxembourg-xixe siècle) », Hémecht, no 68 (1), 2016, p. 89-103.

    4Rossigneux-Méheust Mathilde, Vivre, vieillir et mourir en institution au xixe siècle : genèse d’une relation d’assistance, thèse, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2015, p. 20.

    5Gardey Delphine, Écrire, calculer, classer. Comment une révolution de papier a transformé les sociétés contemporaines (1800-1940), Paris, La Découverte, 2008, p. 6.

    6Ibidem.

    7Heymans Vincent, Architecture et habitants. Les intérieurs privés de la bourgeoisie à la fin du xixe siècle (Bruxelles, quartier Léopold – extension nord-est), thèse, Université libre de Bruxelles, 1994, p. 297.

    8Gubin Éliane et Nandrin Jean-Pierre, « La Belgique libérale et bourgeoise (1846-1878) », in Dumoulin Michel et al. (dir.), Nouvelle Histoire de Belgique, Bruxelles, Éditions Complexe, 2005, vol. 1, p. 125-126.

    9Schwartz Olivier, « Peut-on parler des classes populaires ? », La vie des idées, 13 septembre 2011, p. 30 [http://www.laviedesidees.fr/Peut-on-parler-des-classes.html], consulté le 29 février 2016.

    10Ibidem.

    11Barillé Claire et Laget Pierre-Louis, « L’architecture des hospices prise entre les contraintes de la fonctionnalité et la tentation hygiéniste », in Marec Yannick (dir.), De l’hospice au domicile collectif. La vieillesse et ses prises en charge de la fin du xviiie siècle à nos jours, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2013, p. 309 ; Richelle Sophie, « L’hospice par ses vieillards. Représentations et conditions d’expérience à l’hospice Saint-Jean (Luxembourg-xixe siècle) », Hémecht, no 68 (1), 2016, p. 100-103 ; Vercauteren Gregory, « Zo ziek, zo oud, zo alleen. De uitbesteding van behoeftige ouderen in en om Antwerpen (1811-1910) », Bijdragen tot de geschiedenis, no 87, 2004, p. 439-455.

    12C’est d’ailleurs au même constat qu’arrive Isabelle Mallon concernant la France de la fin du xxe siècle. Mallon Isabelle, « Pour une analyse du vieillissement dans des contextes locaux », in Hummel Cornélia, Mallon Isabelle et Caradec Vincent (dir.), Vieillesses et vieillissements. Regards sociologiques, Rennes, 2014, p. 175-188.

    13Bruyneel Élisabeth, Le Conseil Supérieur de la Santé (1849-2009). Trait d’union entre la science et la santé publique, Louvain, Éditions Peeters, 2009, p. 51.

    14Perrot Michelle, Histoire de chambres, Paris, Éditions du Seuil, 2009, p. 267.

    15Farge Arlette, Effusion et tourment. Le récit des corps. Histoire du peuple au xviiie siècle, Paris, Odile Jacob, 2007.

    16Balaÿ Olivier, « Stridences et chuchotements : la symphonie des machines et des portes au xixe siècle », Communications, no 90, 2012 (1), p. 35-52.

    17Feller Élise, Histoire de la vieillesse en France (1900-1960), Éditions Séli Arslan SA, 2005, p. 18-19.

    18Hummel Cornélia, Mallon Isabelle et Caradec Vincent, « Vieillesses et vieillissements… », op. cit., p. 12.

    19Mallon Isabelle, « Des vieux en maison de retraite : savoir reconstruire un “chez-soi” », Empan, no 52, 2003 (4), p. 126-133 ; Loffeier Iris, Panser des jambes de bois ? La vieillesse comme catégorie d’existence et de travail en maison de retraite, Paris, Presses universitaires de France, 2015.

    20Richelle Sophie et Loffeier Iris, « Expérience de la vieillesse en établissement à deux siècles d’intervalle : l’humanisation en question », Genèses, no 106, 2017 (1), p. 30-49.

    21Mallon Isabelle, Vivre en maison de retraite. Le dernier chez-soi, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, p. 30-31.

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    1Revel Jacques, « Micro-analyse et construction du social », in Revel Jacques (dir.), Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Seuil/Gallimard, 1996, p. 22-23.

    2Revel Jacques, « L’histoire au ras du sol », in Levi Giovanni, Le pouvoir au village. Histoire d’un exorciste dans le Piémont du xviie siècle, Paris, Gallimard, 1998 (1985).

    3Richelle Sophie, « L’hospice par ses vieillards. Représentations et conditions d’expérience à l’hospice Saint-Jean (Luxembourg-xixe siècle) », Hémecht, no 68 (1), 2016, p. 89-103.

    4Rossigneux-Méheust Mathilde, Vivre, vieillir et mourir en institution au xixe siècle : genèse d’une relation d’assistance, thèse, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2015, p. 20.

    5Gardey Delphine, Écrire, calculer, classer. Comment une révolution de papier a transformé les sociétés contemporaines (1800-1940), Paris, La Découverte, 2008, p. 6.

    6Ibidem.

    7Heymans Vincent, Architecture et habitants. Les intérieurs privés de la bourgeoisie à la fin du xixe siècle (Bruxelles, quartier Léopold – extension nord-est), thèse, Université libre de Bruxelles, 1994, p. 297.

    8Gubin Éliane et Nandrin Jean-Pierre, « La Belgique libérale et bourgeoise (1846-1878) », in Dumoulin Michel et al. (dir.), Nouvelle Histoire de Belgique, Bruxelles, Éditions Complexe, 2005, vol. 1, p. 125-126.

    9Schwartz Olivier, « Peut-on parler des classes populaires ? », La vie des idées, 13 septembre 2011, p. 30 [http://www.laviedesidees.fr/Peut-on-parler-des-classes.html], consulté le 29 février 2016.

    10Ibidem.

    11Barillé Claire et Laget Pierre-Louis, « L’architecture des hospices prise entre les contraintes de la fonctionnalité et la tentation hygiéniste », in Marec Yannick (dir.), De l’hospice au domicile collectif. La vieillesse et ses prises en charge de la fin du xviiie siècle à nos jours, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2013, p. 309 ; Richelle Sophie, « L’hospice par ses vieillards. Représentations et conditions d’expérience à l’hospice Saint-Jean (Luxembourg-xixe siècle) », Hémecht, no 68 (1), 2016, p. 100-103 ; Vercauteren Gregory, « Zo ziek, zo oud, zo alleen. De uitbesteding van behoeftige ouderen in en om Antwerpen (1811-1910) », Bijdragen tot de geschiedenis, no 87, 2004, p. 439-455.

    12C’est d’ailleurs au même constat qu’arrive Isabelle Mallon concernant la France de la fin du xxe siècle. Mallon Isabelle, « Pour une analyse du vieillissement dans des contextes locaux », in Hummel Cornélia, Mallon Isabelle et Caradec Vincent (dir.), Vieillesses et vieillissements. Regards sociologiques, Rennes, 2014, p. 175-188.

    13Bruyneel Élisabeth, Le Conseil Supérieur de la Santé (1849-2009). Trait d’union entre la science et la santé publique, Louvain, Éditions Peeters, 2009, p. 51.

    14Perrot Michelle, Histoire de chambres, Paris, Éditions du Seuil, 2009, p. 267.

    15Farge Arlette, Effusion et tourment. Le récit des corps. Histoire du peuple au xviiie siècle, Paris, Odile Jacob, 2007.

    16Balaÿ Olivier, « Stridences et chuchotements : la symphonie des machines et des portes au xixe siècle », Communications, no 90, 2012 (1), p. 35-52.

    17Feller Élise, Histoire de la vieillesse en France (1900-1960), Éditions Séli Arslan SA, 2005, p. 18-19.

    18Hummel Cornélia, Mallon Isabelle et Caradec Vincent, « Vieillesses et vieillissements… », op. cit., p. 12.

    19Mallon Isabelle, « Des vieux en maison de retraite : savoir reconstruire un “chez-soi” », Empan, no 52, 2003 (4), p. 126-133 ; Loffeier Iris, Panser des jambes de bois ? La vieillesse comme catégorie d’existence et de travail en maison de retraite, Paris, Presses universitaires de France, 2015.

    20Richelle Sophie et Loffeier Iris, « Expérience de la vieillesse en établissement à deux siècles d’intervalle : l’humanisation en question », Genèses, no 106, 2017 (1), p. 30-49.

    21Mallon Isabelle, Vivre en maison de retraite. Le dernier chez-soi, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, p. 30-31.

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    Richelle, S. (2019). Conclusion. In Hospices. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14a0n
    Richelle, Sophie. « Conclusion ». In Hospices. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14a0n.
    Richelle, Sophie. « Conclusion ». Hospices, Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14a0n.

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    Richelle, S. (2019). Hospices. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14a0q
    Richelle, Sophie. Hospices. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/14a0q.
    Richelle, Sophie. Hospices. Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/14a0q.
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