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    Plan détaillé Texte intégral Introduction Odeurs Vues Sons Saveurs Touchers Temps Conclusion Notes de bas de page

    Hospices

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre IV. Sensations

    p. 227-298

    Texte intégral Introduction Odeurs Sentir l’hospice Vivre, dormir, manger… les odeurs des corps rassemblés La puanteur de la maladie ? Combattre les odeurs Aération et chauffage : une impossible régulation Lieux d’aisance ou la lutte à son comble Maladies des courants d’air ou la fragilité des pensionnaires Isoler pour moins sentir Vues Voir l’hospice Les couleurs Les écritures Possibilités de voir Des lunettes à la cécité, la défaillance du regard Des chandelles à l’électricité : moyens et usages des éclairages Disposer des moyens de s’éclairer Un nécessaire danger Asymétries des regards, voir ou être vu Sons Entendre l’hospice La ville aux alentours Cloches et sonnerie : scander la vie collective Les bruits des autres Insonoriser l’hospice Un calme nécessaire Isoler ces « personnes qui gémissent » Injures, rixes et grossièretés… une régulation difficile ? Saveurs Goûter l’hospice Au menu des pensionnaires Au réfectoire, réglementation alimentaire Hiérarchisation alimentaire Des repas au goût de fête… Des vieux mangeurs malades, édentés et mécontents Une alimentation thérapeutique La viande L’alcool Les médicaments Facile à manger Insuffisante et mauvaise Touchers Toucher l’hospice Au contact des personnes Le toucher médical L’exception de la clinique Le toucher du personnel subalterne Nécessaires contacts Incontournables violences ? Des torts partagés Morts et maladies, attentions particulières ? Le toucher des pensionnaires S’assister Se battre S’aimer Temps Temporaliser l’hospice Quelques éléments pour une juste mesure du temps au xixe siècle Mesurer le temps à l’hospice Matériellement Moralement Pratiquer le temps Une expérience partagée de la contrainte Temporalités différenciées Dire et vivre le temps Conclusion Notes de bas de page

    Texte intégral

    Introduction

    « Au pavillon des cancéreuses à l’hospice de l’Infirmerie, il y a actuellement 43 pensionnaires. Trois infirmières sont attachées à leur service. – Chacune d’elle couche dans sa salle respective. Ces infirmières […] ont été admises au pavillon des cancéreuses comme pensionnaires. – Elles étaient atteintes d’ulcères à la face. – Guéries de cette affection dont les traces les ont rendues hideuses, le Directeur les a conservées comme Infirmières. […] Pour un service aussi répugnant que celui des Cancéreuses le Directeur éprouve de la difficulté à se procurer des gens de peine. […] Comme ces Infirmières sont obligées de faire usage de boissons alcooliques pour supporter les émanations désagréables du quartier, il se peut que des abus aient lieu dans la vente de boissons de l’espèce aux indigents. […] Quant au café les prescriptions de l’adon [empêchent] le trafic dont on se plaint. Il y a pour ainsi dire toujours des pensionnaires bruyants au pavillon des cancéreuses. – il reste à savoir si les cris dont on se plaint peuvent être le fait de la négligence ou de l’insouciance des filles de peines1. »

    1Ici, un foisonnement de sensations, d’odeurs, de sons, d’images et, par conséquent, de ressentis. Des infirmières « hideuses » que l’hospice accueille – et cache ? Des pensionnaires malades, répugnantes, odorantes et bruyantes qui obligent les infirmières à consommer de l’alcool ; alcool qui, par quelque trafic, tout comme le café, se retrouve aussi consommé par les pensionnaires. Une proximité physique, jusqu’au toucher, caractérise les rapports entre infirmières et pensionnaires, partageant un même dortoir, des mêmes espaces de vie… L’exemple est celui, extrême, des pensionnaires incurables, mais il nous plonge directement au cœur des sens. Ceux-ci se révèlent alors producteurs d’un environnement sensible spécifique aux hospices et par là, porteurs d’expériences particulières de vieillissements pour les pensionnaires.

    2Les sens comme l’expérience sensible restent cependant des objets historiques particuliers. Entre analyse des « modalités de perception2 », étude de « l’évolution de l’environnement sensoriel3 » ou détection de « la configuration de ce qui est éprouvé et de ce qui ne peut l’être4 », les historiens hésitent. Selon Mark Smith, qui réalise un état historiographique relativement récent de l’histoire sensible, entreprendre cette histoire n’a d’intérêt que si elle s’attache à distinguer et étudier d’une part la production et, d’autre part, la consommation de ces sens5. Cette nécessaire partition rappelle le chemin suivi par Alain Corbin qui distingue l’approche descriptive d’un environnement sensoriel de l’étude de la hiérarchie des sens, toutes deux nécessaires à une historicisation complète. En histoire, les sens restent, de fait, insaisissables et leurs perceptions – individuelles et subjectives – difficilement racontables.

    3Pourtant, Georges Vigarello identifiait déjà que dès la fin du xviiie siècle « la manière de s’éprouver a changé de contenu […] les indices physiques sont devenus des manières de dire le soi6 ». C’est donc également par les sens, les sensations qu’ils provoquent que peuvent s’appréhender les expériences des individus. Les perceptions sensorielles comme productrices de ressentis nous intéressent alors au premier plan pour cerner l’expérience des vieillards en établissements. Qui plus est, un nouvel élan semble se situer du côté de l’histoire des émotions7. Imparfaitement traduit du terme anglophone analogue, l’histoire des émotions8 est en réalité comprise plus largement comme celle « des phénomènes affectifs9 ». Dans celle-ci, l’émotion n’est pas isolée « du sensible en amont, ni du sentiment en aval, liés qu’ils sont par la dynamique même du phénomène affectif10 ». Hervé Mazurel notamment offre alors une explication éclairante, une nouvelle assise à cette histoire du sensible et des sensibilités encore aujourd’hui « trop souvent désertée11 ». En invoquant les « maîtres du soupçon » que sont Freud, Marx et Nietzsche, l’auteur souligne leur influence majeure pour redonner « à la vie affective, entendu au sens large, tout son poids, toute sa force de détermination sur les représentations et les actions humaines12 ». Dès lors, en sourdine, « l’histoire du sensible est, à maints égards, issue de cette pensée critique. Elle en est l’émanation discrète, la traduction tardive dans le champ historiographique lui-même13 ». Les affects, s’ils n’expliquent pas tout, n’en demeurent pas moins incontournables pour la compréhension du passé. Le pas n’est donc pas grand entre histoire des sens et celle des émotions14 ; Mazurel le franchit d’ailleurs grâce au terme générique d’histoire des sensibilités15. Parmi les champs ouverts en aval des systèmes sensoriels, Mazurel note au rang des sensations, des émotions et des sentiments les « formes d’appréciations du temps16 » comme partie prenante d’une histoire des sensibilités. Nous les comprendrons donc, à la suite des sens, dans cette étude des sensations d’hospices.

    4En plus de permettre d’appréhender les expériences, les sens et le temps – et les sensations qu’ils provoquent – nous permettent de cerner mieux encore les particularités de l’espace des hospices. Comme la ville sensible de Robert Beck et d’Ulrike Krampl, les hospices sont des espaces qui se construisent sur « l’interaction entre le bâti et les appropriations par les hommes et des femmes qui le traversent et qui y séjournent17 ». Penser ensemble les sens et l’espace permet « de saisir des phénomènes de spatialisation sensorielle18 », de comprendre ce qui constitue l’essence du lieu. Tout comme ils font la ville, les sens font aussi l’hospice19, auxquels s’ajoute ici, l’expérience du temps. Les hospices deviennent un environnement sensoriel particulier, producteur de sensations donnant lieu à des expériences, que l’on suppose particulières elles aussi.

    5Dans le cadre de cette recherche, et en prenant quelques libertés sur les grilles d’analyse programmatiques énoncées ci-dessus, il est question d’une histoire des sensations. La définition commune de ce terme permet d’en situer le propos : « Phénomène par lequel une simulation physiologique (externe ou interne) provoque, chez un être vivant et conscient, une réaction spécifique produisant une perception20 ». Les sensations portent dès lors en elles la caractéristique d’être physiologiquement provoquées et de donner lieu à des perceptions. Elles se situent au croisement des sens et des émotions. Elles invitent à investiguer la matérialité des ressentis, la spatialité de leur émergence, la temporalité de leur vécu. Pour autant, les sensations n’apparaissent pas telles quelles dans les archives des hospices. Minutieusement, les odeurs, les vues, les sons, les saveurs, les touchers, et les temporalités ont été retracés et questionnés dans le matériel archivistique. Le chapitre s’articule alors selon ces différentes manifestations sensibles ayant pu être débusquées. Il s’agit d’une sorte de recomposition de l’environnement sensible des hospices. Parties du phénomène affectif comme du phénomène sensible, les sensations et leur quête nous emmènent de la production des sens à leur réception, aux conséquences de leur perception. Ce faisant, les expériences des pensionnaires restent le centre de notre attention. Nous tentons de cerner un espace sous le prisme des sens et du temps, duquel découlent des incidences possibles sur des états de corps et de conscience de ceux pour lesquels cet espace est destiné. Autrement dit, comment la dimension sensible de l’espace agit sur les pensionnaires ? Quels sens provoquent quelles sensations pour quels ressentis et expériences ? Quelles odeurs, quelles vues, quels sons, quelles saveurs, quels touchers, quelles temporalités dans l’hospice au xixe siècle ?

    6Et si les sens ne constituent qu’un « simple horizon de recherches21 », l’attention qui leur est portée permet un déplacement de focale tout aussi éclairant par ce qu’il révèle du quotidien des pratiques et des expériences que par la saisie directe du sensible. Les sensations des hospices s’annoncent porteuses des mêmes caractéristiques développées tout au long des chapitres précédents. Âge, origine sociale, santé et genre apparaissent fondamentaux pour délimiter l’expérience sensible des pensionnaires.

    Odeurs

    7Fumée des poêles du chauffage, combustion de gaz et d’huile de l’éclairage, émanation des fabriques et de la ville aux alentours, cigarettes et café des pensionnaires, latrines malpropres, déjections des gâteux… À dresser l’inventaire des odeurs surgissant des archives, l’hospice en paraît saturé. Des odeurs propres au xixe siècle, comme celles des moyens de chauffage et d’éclairage ; des odeurs propres aux hospices, aux populations qui les habitent, comme celles de la concentration humaine et de la maladie. De fait, les hospices de l’assistance publique bruxelloise cumulent les prédispositions olfactives décriées au xixe siècle. Dans un cadre urbain, ils abritent vieillesses et maladies, autant d’éléments porteurs d’odeurs bien identifiées et péjorativement considérées22.

    8Un premier point permet de faire l’état des odeurs caractéristiques des hospices, relayées par les archives. Elles se regroupent sous deux ensembles. Le premier, celui de la vie collective, comprend les traductions olfactives du vivre, dormir, manger et s’occuper ensemble dans des espaces resserrés. Le second, plus propre aux populations accueillies dans les hospices, touche aux maladies qui affectent une partie des vieillards et dont les émanations, qu’elles soient réelles ou imaginaires, affectent l’expérience des habitants. Face à ces odeurs, l’hospice se fait le relais de la théorie des miasmes propre au xixe siècle. Celle-ci, contractée dans la maxime « ce qui sent mauvais est dangereux pour la santé23 », entraîne les établissements pour vieillards dans un combat interminable contre les odeurs. Des dispositifs techniques à la fragilité des vieillards, la lutte se révèle peu efficace. Il reste alors aux autorités la possibilité d’isoler pour moins sentir ; procédé dont la portée implique expériences et ressentis différenciés pour les pensionnaires qu’il concerne.

    Sentir l’hospice

    Vivre, dormir, manger… les odeurs des corps rassemblés

    9Des descriptions d’ensemble, il ressort que la concentration des personnes et des activités que constitue un établissement de prise en charge est à la source d’une saturation olfactive généralisée. De fait, le lieu qu’est l’hospice accueille toutes les activités diurnes et nocturnes de ses pensionnaires et le fait souvent dans un espace limité. En moyenne, les chambres des pensionnaires de Pachéco et des Réunis mesurent 19 et 15 mètres carrés. Aussi, lors du débat ayant animé l’hospice de Pachéco sur la question de la possibilité des pensionnaires de posséder des animaux de compagnie, le directeur rappelle cette réalité en s’étonnant « qu’étant logées dans des chambres d’une petite dimension ou elles préparent leur nourriture, et ou elles doivent satisfaire à d’autres besoins, […] l’air y est assez chargé de vapeurs, sans que l’odeur et la transpiration d’un chien les augmentent24 ». La concentration de personnes et d’activités est encore plus importante au sein des dortoirs collectifs de l’Infirmerie et des deux refuges. Si le Conseil supérieur d’hygiène publique préconise un espace d’au moins un mètre et demi entre les lits, des salles de 20 à 25 personnes et un minimum de 25 mètres cubes d’air25, l’exemple de Sainte-Gertrude sert à démontrer qu’il en va rarement de même dans la pratique. En effet, afin de vérifier la conformité des plans d’appropriation du nouveau bâtiment, le Conseil supérieur d’hygiène publique note que dans la pratique, « l’arrangement des lits dans les dortoirs a aussi subi une modification notable ; au lieu d’être disposés sur deux rangées, comme l’indique le plan, ils sont placés sur trois rangs26 ». Il salue l’augmentation du nombre de places d’accueil mais décrit l’atmosphère malsaine qu’elle engendre. Dans le cas des pensionnaires immobiles, le dortoir sert en plus aussi de réfectoire ; réunissant dans une même pièce toutes les odeurs possibles du sommeil, de la toilette, de la nourriture mais aussi des déjections des pensionnaires27.

    10Deux odeurs plus précises, celles du café et de la cigarette, reviennent particulièrement dans les archives. Elles participent à ce mélange olfactif produit par le déroulement d’activités dans des espaces restreints. Tout d’abord, l’odeur du café. Le café est une boisson stratégique dans l’hospice. Fixée en 1851 à l’Infirmerie, la ration se compose de 5,05 grammes de café torréfié et 5,05 grammes de chicorée28. Mais le double service distingue les pensionnaires privilégiés de Pachéco et des Réunis. Les autres pensionnaires se procurent alors par eux-mêmes les accessoires nécessaires à sa préparation. Il est d’ailleurs permis à l’hospice de l’Infirmerie, malgré l’interdiction de tout échange rémunéré entre personnel et pensionnaires, qu’une servante fournisse à prix coûtant les objets nécessaires à sa préparation aux pensionnaires ne pouvant pas se les procurer par suite de leurs infirmités29. Aux odeurs des corps rassemblés se mêle celle du café comme en atteste la description du dortoir des femmes de Sainte-Gertrude en 1852 :

    « Les dortoirs des hommes, au rez-de-chaussez, étaient presque vides et, par suite, n’avaient guère d’odeur, mais, dans les dortoirs des femmes, à l’étage, dès quatre heures de l’après midi, l’odeur était déjà très prononcée. Cet inconvénient était sans doute occasionné en partie par la présence de vases, des cafetières, des bouteilles et des petits objets de ménage dont les pensionnaires sont généralement munis30. »

    11Ensuite, l’odeur de la cigarette. Le tabac, à priser comme à fumer, est un produit courant dans l’hospice et ce d’autant plus qu’il constitue une forme très fréquente de dons faits aux pensionnaires par les particuliers. Dans l’hospice, il est alors autorisé de fumer mais seulement dans certains espaces bien définis par les règlements31. La plupart du temps dans les cours ou en plein air, mais aussi à l’intérieur, dans certains locaux. Il est par exemple permis de fumer aux pensionnaires de Sainte-Gertrude dans le réfectoire à des horaires définis. Dans l’idée d’un mélange d’odeurs, ces horaires correspondent par ailleurs à l’heure du petit-déjeuner et aux heures d’après repas. De même, la décision est prise en 1897 d’autoriser les pensionnaires de l’Infirmerie à fumer dans le grand réfectoire, les non-fumeurs pouvant se tenir dans le petit, suggérant l’inégale répartition entre fumeurs et non-fumeurs. Il est intéressant finalement de noter que la fumée de cigarette apparaît la plupart du temps au travers des plaintes, à l’instar de celle du pensionnaire V. L. de l’Infirmerie qui en 1890 « ne cessait de se plaindre de V. parce que la fumée du tabac employé par V., même la nuit, faisant souffrir le dit V. L.32 ». Il nous est alors possible d’observer que les pensionnaires, à l’encontre du règlement, fument dans leur dortoir, voire dans leur lit, quand ce n’est pas sous leur couverture33.

    La puanteur de la maladie ?

    12Dans l’hospice, certains endroits posent avec encore plus d’acuité la question des odeurs. Il s’agit principalement des infirmeries qui accueillent les malades ponctuels et, plus spécifiques encore aux hospices, des salles réservées aux incurables. Selon la répartition institutionnelle entre les établissements, ce point concerne plus particulièrement l’Infirmerie mais aussi les deux refuges puisque l’accueil de leurs pensionnaires jusqu’à leur décès implique la prise en charge de leur éventuelle dégradation physique. Si Henri Van Holsbeek dresse le tableau de l’infirmerie de Sainte-Gertrude en 1864 en commençant par souligner « l’absence de toute odeur34 », la remarque est pour le moins inhabituelle. Sans doute trouve-t-elle son explication dans la toute récente reconstruction de l’infirmerie en question ou dans le désir de louanger le refuge dans un petit opus à sa gloire ? En miroir, ce témoignage rappelle combien les mauvaises odeurs sont liées, dans la théorie des miasmes, à la maladie, allant jusqu’à se confondre l’une l’autre comme le suggère Annick Le Guérer35.

    13En effet, la plupart de ces espaces réservés aux pensionnaires malades sont décrits et vécus dans les hospices comme producteurs de désagréments olfactifs. Plus particulièrement, sont épinglés les gâteux et les cancéreux. En atteste la citation en début de chapitre dans laquelle le directeur qualifie en 1850 de « répugnant36 » ce service de l’hospice. Si le terme de « gâteux » recouvre la plupart du temps l’incontinence des malades qu’il désigne, la puanteur des « cancéreux » apparaît beaucoup moins évidente. Néanmoins, ces deux catégories sont dites à l’origine d’environnement sensoriel particulièrement décrié. Peut-être s’agit-il alors d’un mélange résiduel des incurables, nécessitant les plus grands soins mais dont les affections pour le moins diffèrent ? Le témoignage d’un patient de l’hôpital Saint-Jean en 1910 va dans ce sens. Au quartier des incurables, affecté d’un problème respiratoire, les défécations de ses voisins lui sont insupportables :

    « Monsieur le Directeur,
    Trouvez vous qu’il soit bien humain d’exiger d’un malade atteint d’
    affection de poitrine, de vivre de jour et de nuit dans le voisinage immédiat de cinq malades qui font tout sous eux ? Inutile de vous dire que je proteste avec toute ma pauvre energie Cet état de choses lamentable persiste depuis plus de trois mois et a transformé la salle 5 en un véritable W. C. sans chasse37. »

    14La puanteur de la maladie se révèle plus précisément être celle de l’incontinence des corps. Mais face à ces désagréments olfactifs, les établissements se révèlent en effet désarmés et inefficaces. La chronologie tardive de la plainte, laisse penser à une constante vu les différentes plaintes sur ces quartiers tout au long de la période étudiée38. Alors comme une acceptation de la fatalité de cette puanteur, le personnel des quartiers d’incurables se voit accorder un salaire plus élevé que dans les salles ordinaires et se voit prescrire régulièrement de l’alcool pour pouvoir supporter les « émanations nauséabondes39 ».

    Combattre les odeurs

    Aération et chauffage : une impossible régulation

    15Néanmoins, la question de l’aération est une préoccupation de premier ordre dans l’hospice comme dans tout établissement sanitaire du xixe siècle. De fait, l’aération du bâtiment sert principalement à la régulation des odeurs. Ce faisant, il ne s’agit pas seulement d’une question de confort olfactif mais d’une préoccupation médicale de premier plan puisqu’au xixe siècle, l’air vicié est considéré comme facteur de maladie et d’infection au même titre que l’air pur est perçu comme facteur thérapeutique et de guérison40. Le corollaire incontournable de l’aération est le chauffage. D’une part, il pallie le froid et les courants d’air produits par cette dernière. Mais d’autre part, il est considéré comme un agent purificateur de l’air en soi. Entre espaces chauffés mais aérés, un équilibre délicat est donc à trouver. La question se pose avec d’autant plus d’acuité pour les espaces collectifs les plus numériquement peuplés comme les dortoirs de l’Infirmerie, des Ursulines et de Sainte-Gertrude et comme le souligne l’extrait de début de chapitre, selon les catégories de pensionnaires. Mais pour autant, les hospices Pachéco et Réunis ne sont pas en reste, il s’agit bien là d’un problème général qui dépasse largement le cadre des hospices.

    16Le règlement de 1852 pour la construction des hôpitaux et hospices permet de faire le point sur les techniques de ventilation à disposition des établissements41. Symptomatiquement, celles-ci constituent un point phare de son exposé, et ce règlement insiste sur l’importance de ce paramètre. D’autres règlements suivront, mais ils garderont pour l’essentiel une même hiérarchie dans leurs propos, continuant d’attribuer à la ventilation des propriétés thérapeutiques et d’assainissement. Selon les experts hygiénistes, la ventilation peut être de deux sortes : naturelle ou artificielle. La première correspond simplement à l’usage des ouvertures dites « naturelles » comme les portes, fenêtres et conduits de cheminées, affinés de carreaux mobiles, de vasistas, de cadres de toile métallique ou autres accessoires plus ou moins performants permettant la circulation de l’air et l’apport d’air neuf. Un système d’aération par des tuyaux dans les murs, plafonds ou planchers permet de compléter ces ouvertures souvent insuffisantes pour des locaux abondamment peuplés de jour comme de nuit ou de pallier le manque d’aération en cas de différences de température trop contrastées à l’extérieur. L’idée étant toujours de remplacer l’air vicié par de l’air neuf. Mais la ventilation naturelle étant la plupart du temps insuffisante, il est préconisé de la combiner avec une deuxième source : la ventilation artificielle réalisée au moyen des appareils de chauffage. Plus que d’actionner des ventilateurs, la chaleur du chauffage sert directement, selon les experts de l’époque, à purifier l’air. « Au premier abord » disent-ils, « il semblerait que la chaleur du foyer serait à craindre, mais la grande quantité d’air qui s’échappe par la cheminée abaisse bien plus la température du local que la chaleur rayonnante du combustible ne l’élève42 ». S’il est considéré comme purificateur de l’air, il n’en reste pas moins que les combustibles du chauffage, comme ceux de l’éclairage, produisent eux-mêmes des odeurs fortes qui caractérisent à leur tour les hospices. Cet aspect est d’ailleurs souligné par le Conseil supérieur d’hygiène publique qui l’énonce comme une des trois causes d’altération de l’air aux côtés de « la respiration, la transpiration cutanée et pulmonaire et les matières animales qu’elle entraine avec elle » et des « émanations qui résultent de l’évaporation des surfaces liquides ou mouillées des différents objets ou meubles, instruments ou appareils affectés à l’usage de l’homme sain ou malade ; des produis excrémentiels, gazeux, liquides ou solides, normaux ou morbides43 ».

    17Fort des développements théoriques et techniques sur les meilleurs moyens de ventiler et de chauffer, la mission se révèle pourtant presque impossible. Malgré les dispositifs enrobés dans des termes aux résonances scientifiques, il s’agit concrètement d’ouvrir des fenêtres tout en préservant les pensionnaires du froid. Les impératifs contradictoires s’accompagnent de plus des odeurs et fumées des poêles à charbon du xixe siècle. La régulation des odeurs reste irrésolue bien qu’elle agite et préoccupe, au-delà des textes réglementaires, les hospices bruxellois au quotidien.

    Lieux d’aisance ou la lutte à son comble

    18Dans cette perspective, l’exemple des lieux d’aisance est parlant. Ceux-ci constituent un des endroits les plus sensibles des établissements collectifs. À nouveau, le Conseil supérieur d’hygiène publique se fait le chantre des techniques et pratiques idéales en inventoriant la liste des bonnes pratiques. Aux portes laissant voir les parties du corps, la nécessité d’une bonne circulation de l’air prévaut sur l’intimité des institués :

    « Le mode de construction des latrines doit réunir, autant que faire se peut, les conditions suivantes : 1) Absence de miasmes et d’odeurs nuisibles ou désagréables ; 2) Solidité, simplicité et économie des appareils ; 3) Conservation des matières à l’état naturel, et enlèvement, aussi prompt que possible, de ces mêmes matières à l’aide de procédés propres à écarter tout inconvénient et tout danger. […] e. la cuvette du siège doit être en porcelaine ou en grès solide. On y adapte une rainure qu’on rempli d’eau ou de sable mouillé. Le couvercle à tabatière, fermant hermétiquement, doit être muni, à cet effet, d’un rebord qui plonge dans la rainure, afin d’intercepter l’issue des gaz. […] f. Chaque latrine ne peut avoir qu’une seule lunette, et les portes doivent être disposées de manière à laisser apercevoir le bas des jambes et le haut du corps44. »

    19En parallèle de ces textes réglementaires, les hospices s’organisent. Les vases de nuit constituent la pratique la plus usitée dès le début du siècle et restera un moyen largement répandu jusqu’au début du xxe siècle45. Un système de collecte des eaux usées se met rapidement en place à l’aide de lieux d’évacuation communs dans les latrines. Dans chaque couloir ou, a minima, à chaque étage, se trouvent des latrines dont les eaux usées sont évacuées. Ceci dit, les pensionnaires semblent prendre certaines libertés. En atteste l’interdiction qui leur est faite de jeter quoi que ce soit par les fenêtres, entendu des « eaux usées46 » et que les directeurs répètent tout au long du siècle. Au fur et à mesure du siècle, des systèmes de circulation d’eau et de raccordement aux égouts permettront de sensibles améliorations47. Toutefois, des plaintes et remarques continuent d’être adressées aux directeurs par le Conseil quant à la propreté de ces lieux, à l’image de celle adressée à la directrice des Réunis dans les années 1880 : « j’ai l’honneur de vous prier, de la part du conseil, de veiller avec le plus grand soin, à ce que les lieux d’aisances et les égouts de l’établissement que vous dirigez soient tenus dans le plus grand état de propreté48 ». Le combat contre les odeurs se mesure dans les hospices à l’échelle du siècle qui n’en viendra pas à bout.

    Maladies des courants d’air ou la fragilité des pensionnaires

    20Si le combat contre les odeurs est loin d’être l’apanage des hospices et que la recherche d’équilibre entre aération et chauffage occupe les administrations d’établissements de toutes sortes, elle apparaît sous un jour nouveau dans le cadre des établissements pour vieillards. Le froid et l’humidité, qui sont les corollaires d’un système de ventilation inefficace, apparaissent comme de réels dangers pour les pensionnaires. Régulièrement rappelé dans les rapports médicaux de différents médecins, bronchites, rhumes et pneumonies sont en effet les maladies les plus courantes des vieillards des hospices bruxellois et les médecins y voient la cause de détérioration physique, voire de nombreux décès49. Le froid et l’humidité ainsi que le manque de chauffage sont les principales explications apportées par les médecins :

    « Une des causes les plus fréquentes de la pneumonie est sans contredit le refroidissement, l’abaissement subit de la température. Il est donc de la dernière importance que dans un établissement destiné à servir d’asyle à la vieillesse on prenne les mesures hygiéniques les plus propres à prévenir cette cause si palpable de la maladie la plus redoutable des vieillards. […] Le froid rigoureux qui règne une grande partie de l’année dans les dortoirs de l’hospice ; froid qui compromet non seulement la vie des vieillards bien portants mais des convalescents que les secours de la médecine sont parvenus à arracher à la mort.
    Pour obvier aux graves inconvénients que je signale à la sollicitude du Conseil, il suffirait de placer un poë
    le dans chacun des grands dortoirs et de l’alimenter pendant quelques heures de la journée. […] Si la mesure que j’ai l’honneur de proposer était adoptée, elle contribuerait, […] à rendre possible le renouvellement si nécessaire de l’air de l’Infirmerie, air toujours vicié par les émanations d’un trop grand nombre d’Individus50. »

    21Dans ce témoignage datant de 1848, le médecin de l’Infirmerie reprend alors à son compte les grandes lignes de la théorie des miasmes et de l’utilité du chauffage pour les combattre en même temps que le froid. Encore dans les années 1870, le médecin de Pachéco explique que « c’est souvent sous les apparences d’un rhume que s’annonce l’affection qui doit les [les pensionnaires] conduire au tombeau51 ».

    Isoler pour moins sentir

    22Après la séparation des sexes, l’hospice trace en théorie une ligne claire entre valides et invalides qui constitue un partage net des espaces et de leurs pratiques. Dans la logique nosographique généralement préconisée au xixe siècle, l’hospice de l’Infirmerie classe ensuite ses pensionnaires invalides selon l’expression de leur affection. Toutefois, différents témoignages révèlent une application difficile de ces lignes théoriques. Ainsi le tableau dressé par le docteur Stiénon en 1881 du service médical de l’hospice de l’Infirmerie expose l’absence de tout classement entre les pensionnaires52. Mais dans ce capharnaüm de pensionnaires, il distingue cependant les gâteux et les cancéreux, seuls pensionnaires à être classés et rassemblés ensemble dans de mêmes salles. En effet, de malades à incurables, gâteux ou cancéreux, la ligne de partage se définit avant tout par les sens, parmi lesquels l’odorat joue un rôle fondamental. Sont donc rassemblés en de mêmes salles les pensionnaires olfactivement désagréables. De plus, la disposition de ces salles, comme dans les asiles, atteste d’une mise à l’écart spatiale au sein de l’établissement53. À l’Infirmerie, on notera par exemple la construction du pavillon des cancéreuses, bâti en dehors du bâtiment principal, rendant difficile les contacts aux pensionnaires qui y résident. Ainsi, un ingénieur proposant gratuitement des séances de projections lumineuses pour divertir les hospiciés se voit refuser l’accès aux salles des cancéreux alors même qu’il proposait une séance spéciale à leur intention : « vous avez dans vos locaux des malades qui ont encore moins d’occasions que les vieillards d’avoir quelque satisfaction due au monde extérieur : les cancéreux. Si vous voyez la possibilité de les faire bénéficier de mes petites séances, vous n’avez qu’à parler ; je suis à votre et à leur disposition54 ». Mais « Etant presque tous alités, il n’y a pas possibilité de leur faire bénéficier de l’offre généreuse de Mr L.55 » répond le directeur de l’Infirmerie.

    23Et dans un cercle vicieux dont il est malaisé d’identifier l’origine, la pénibilité du travail rend les postes d’infirmiers dans ces lieux difficiles à remplir, accentuant par le manque de personnel l’inconfort olfactif. En 1874 par exemple, le Conseil demande au directeur de remédier à « l’insuffisance du nombre d’infirmiers attachés au quartier des gâteux » dans lequel ces derniers « restent trop longtemps sur des matelas imprégnés d’urine56 ». Par là, se révèle l’importance des odeurs dans la classification et la mise à l’écart des pensionnaires. De la production à la perception des odeurs, les archives se font l’écho d’une réalité sensible particulièrement prégnante dans le cadre des hospices.

    ⁂

    24Conditions de l’expérience, les odeurs le sont à un double niveau, autant pour ceux qui les subissent que pour ceux qui en produisent. En effet, le lien presque intrinsèque que la théorie des miasmes formule entre mauvaises odeurs et maladies entraîne une mise à l’écart, un isolement au sein même de l’établissement. Pour autant, toutes les affections sont loin d’être olfactives. Si tant est qu’une communauté de pestilence rende plus tolérable la puanteur, le mélange entre gâteux, cancéreux et incurables provoque un inconfort insupportable parmi les pensionnaires, comme en témoigne le patient de l’hôpital Saint-Jean en 1910. Mais sans aller jusqu’aux cas extrêmes des plus incontinents, la concentration des corps dans des espaces limités engage l’hospice dans un combat général et quotidien contre les odeurs. À grands renforts de discours et de techniques, les systèmes de ventilation restent pourtant impuissants, d’autant plus qu’il s’agit de ménager les corps fragiles de ces vieux pensionnaires.

    25Par les odeurs se mesurent l’importance de la théorie des miasmes, centrale au xixe siècle, mais surtout, ses implications pratiques à l’échelle d’établissements spécifiques. Théorie aux impératifs impossibles, elle engendre des expériences particulières au niveau des individus : les pensionnaires odorants font partie des plus discriminés dans les hospices, autant par l’isolement qui les caractérise que par les soins difficiles à prodiguer dont ils sont l’objet.

    Vues

    26Sur leurs façades, leurs murs, les hospices se donnent à voir pour ceux qui savent les regarder. Un premier point en détaille les couleurs et les écritures qui les parsèment. De la blancheur des murs de l’assistance publique aux inscriptions des bienfaiteurs, tout rappelle aux pensionnaires la bienfaisance qui permet leur présence. Mais voir à l’hospice est avant tout une question de regards et de ses possibilités, ce qui fait l’objet d’un deuxième point. De la défaillance des regards aux dispositifs d’éclairage – avec leurs techniques et leurs dangers –, les possibilités se déclinent selon la santé et le statut social des pensionnaires bien qu’au final, les règlements d’ordre intérieur fixent un cadre très strict des moments d’ombre et de lumière. Outre la définition de ces moments, l’organigramme institutionnel met en place une hiérarchie des regards entre ceux qui voient et ceux qui sont vus. Voir à l’hospice ne dépend plus seulement des horaires du soleil et de celui des saisons, mais bien d’un ensemble de facteurs, de la santé des pensionnaires aux fonctions assumées dans l’établissement.

    Voir l’hospice

    Les couleurs

    27Dans les hospices, les murs sont blanchis à la chaux et les directions informent annuellement le Conseil des surfaces à blanchir. De même, la literie est taillée dans des pièces de tissu blanc, gris ou écru57. Les sols, quant à eux, sont idéalement planchéiés, bien que les rez-de-chaussée conservent longtemps un sol carrelé. Ainsi, le bois blanc présent dans les corridors et les escaliers de Pachéco, de même que les portes claires des chambres des pensionnaires incitent la directrice à demander l’engagement d’une servante supplémentaire en 1890 pour leur entretien58. Par ailleurs, dans le mobilier, les lits de fer, généralisés à partir des années 1840, sont habituellement peints de même que les tables de nuit mais la couleur n’est jamais précisée. La mention au tout début du siècle de la couleur « vert d’Espagne » pour la peinture de nouveaux lits détonne du reste des couleurs énoncées jusqu’ici, mais il est impossible d’en attester la généralisation et la continuité pour la période qui nous occupe. De même, la demande d’achat en 1845 de papier peint pour tapisser des chambres à l’Infirmerie introduit la possibilité d’une variété de couleurs plus importante59 ; tout comme la présence, sur les murs, de quelques œuvres d’art ou images décoratives. En attestent l’emprunt du portrait d’un centenaire placé au réfectoire des hommes en 1897 pour une exposition60 ainsi que les photographies de 1930 de quelques-unes des salles de l’hospice de l’Infirmerie montrant des illustrations affichées aux murs61.

    28Mais l’absence de couleurs de manière générale fait écho à l’asile, que découvre la journaliste Nellie Bly en 1887 : « un grand hall, au sol nu et aux murs briqués, à la blancheur typique des institutions publiques62 ». D’un autre pays, mais d’une même époque, l’auteure de ces lignes associe le dépouillement des surfaces à la mission d’assistance aux pauvres. Nous sommes très éloignés, en effet, de l’idéal du confort bourgeois d’une vie « dans les plis63 », surchargé de tissus et de bibelots.

    Fig. 18. – Murs dépouillés d’une salle d’hommes de l’hospice de l’Infirmerie (1930).

    ACPASB, Infirmerie, Fonds Iconographique, « Hosp./Inf./28-29 », Une salle d’hommes, 1930.

    Les écritures

    29À différents niveaux, les hospices se rendent également visibles dans les écritures qui les parsèment. Dès l’entrée, sur son fronton principal, l’Infirmerie, annonce sa fonction. Plus encore, dans tous les hospices, se lisent sur les murs, en façade ou sur les portes des chambres procédant de fondations, les noms des bienfaiteurs64. En lettres dorées sur des plaques de marbre blanc comme c’est le cas aux Réunis, l’origine charitable des établissements s’inscrit, se lit et se rappelle dans le bâti des édifices. En façade, elles se destinent plus à l’extérieur qu’aux habitants, comme le suggère celle du bienfaiteur Tiron, ancien directeur de Pachéco : « Le nom de ce bienfaiteur a été placé sur la façade principale de l’hospice, vers le boulevard de Waterloo, à côté de celui de la fondatrice la dame Desmarès65. » Au-dessus des portes de chambres, elles permettent de rappeler aux pensionnaires qui les habitent la raison de leur présence.

    30En plus d’afficher leur destination et leurs origines, les hospices inscrivent sur leurs murs leurs règlements. À des endroits stratégiques de l’hospice, ils sont apposés ou peints dans les dortoirs, dans les couloirs, mais aussi au parloir, afin d’informer les visiteurs des règles en vigueur dans l’établissement. C’est le cas notamment à l’hospice de l’Infirmerie où, comme le montre la figure 19 ci-contre un avis sur les colonnes du hall d’entrée précise les horaires de visite. Par ailleurs, les hospices s’écrivent autrement que sur leurs murs. Des exemplaires imprimés des règlements sont remis individuellement aux pensionnaires, tout comme les diagnostics et prescriptions médicales s’affichent aux pieds des lits des malades66.

    Fig. 19. – Avis concernant les heures de visite peint dans l’entrée de l’hospice de l’Infirmerie (1930).

    ACPASB, Infirmerie, Fonds Iconographique, « Hosp./Inf./10 », Une salle d’hommes, 1930.

    31Si elles sont visibles, à disposition des lecteurs regardant, ces écritures ne sont pas pour autant compréhensibles. La hauteur à laquelle se retrouve l’écriteau concernant les visites pose d’emblée la question de la lisibilité des informations. Ensuite la traduction en flamand n’est pas toujours assurée, malgré le nombre important d’indigents pratiquant cette langue au sein des hospices. Par ailleurs, le nombre d’illettrés reste important tout au long du xixe siècle67. Finalement, Valérie Leclercq rappelle la fragmentation propre à une gestion paternaliste de l’information opérant en milieu hospitalier à la même époque68. Bien que les enjeux, notamment médicaux, soient bien moindres dans le cadre de l’hospice, l’opacité et la difficulté de comprendre et de se représenter sa position de malade, et plus généralement d’individu administré, auront sans doute caractérisé l’expérience des pensionnaires des hospices à qui les informations ne sont pas toujours dites ou transmises, et pour lesquels un ensemble de décisions importantes sont posées sans consultation.

    32Voir l’hospice dans les signes qu’il donne à lire ne s’avère pas facile pour les pensionnaires et les signes les plus lisibles permettent avant tout de leur rappeler leur condition d’indigents, leur dépendance face à leur prise en charge, leur dette vis-à-vis de leurs bienfaiteurs.

    Possibilités de voir

    Des lunettes à la cécité, la défaillance du regard

    33Concernant les pensionnaires, un aspect déterminant de leurs manières de voir l’hospice réside dans les défaillances possibles du regard. Il existe plusieurs témoignages concernant la mauvaise vue des pensionnaires des hospices et ce, tout au long de la période étudiée. Des lunettes se retrouvent parmi les commandes de matériel médical pour les pensionnaires ainsi que parmi les objets délaissés à leur décès. Plus probant encore, l’hospice de l’Infirmerie renvoie une centaine de livres qui lui avaient été offerts dans le but d’établir une bibliothèque en son sein pour la raison suivante : « les caractères en étaient trop petits pour permettre aux vieillards de l’Infirmerie de les lire69 ».

    34Il est intéressant de noter que les cas de malvoyance, voire de cécité complète, sont mentionnés plus régulièrement que ceux d’autres pertes de sens, comme la surdité. Ils posent, en effet, plus que d’autres, problème dans le fonctionnement des établissements. D’ailleurs, le premier règlement des Ursulines précise qu’aucun individu atteint de cécité ne pourra être admis au refuge70. Dans les hospices Pachéco et Réunis, la cécité des pensionnaires apparaît particulièrement difficile à gérer, les pensionnaires devant seules s’occuper de leur ménage, à l’image de la pensionnaire E. :

    « Depuis quelques mois, cette dame a renvoyé son Antigone, et depuis ce temps elle est seule. Il en résulte que sa chambre est mal tenue, inconvénient bien moindre que le danger du feu, qui peut prendre dans la chambre d’une femme aveugle obligée d’ouvrir et de fermer elle-même son poële pour entretenir son foyer. […] Quand elle a besoin de sortir, il faut qu’une des deux filles de peine de la maison l’accompagne, autre inconvénient qui nuit au service de l’hospice. Ce qui augmente encore mes craintes, c’est que cette Dame me dit elle-même qu’au moindre vent, à la moindre agitation, son poële s’ouvre de lui-même, de manière que la flamme entre dans la chambre, et si malheureusement elle se trouvait en ce moment vis-à-vis et près de son poële, il n’en faudrait pas davantage pour que le feu prît ses vêtemens71. »

    35Dès lors, la cécité des pensionnaires est une raison valable pour les transférer dans des établissements plus adaptés, à commencer par l’Infirmerie. C’est d’ailleurs ce que demande le directeur de l’hospice Pachéco concernant la pensionnaire E. En dehors de l’Infirmerie, la Société Royale de Philanthropie72 gère un établissement spécifiquement destiné à l’accueil des aveugles. La surveillance par le Conseil de cette société particulière place l’établissement dans le réseau des prises en charge des vieillards indigents bruxellois73.

    36Les défaillances du regard se révèlent dès lors particulièrement lourdes de conséquences au sein des hospices. Plus qu’entraîner un vécu marqué par le défaut ou l’absence du sens de la vue, déjà porteur en soi de difficultés liées à la perte d’autonomie et au besoin d’assistance, ces défaillances peuvent également provoquer transferts et changements institutionnels.

    Des chandelles à l’électricité : moyens et usages des éclairages

    37Outre la question de la vue des pensionnaires, celles concernant les moyens et les usages de l’éclairage apparaissent également importantes pour cerner les possibilités de voir dans les établissements pour vieillards. Le xixe siècle s’éclaire pendant sa première moitié aux chandelles et aux bougies. Mobile et vacillante, il s’agit là d’une lumière qui garde ses zones d’ombre et à la lueur de laquelle les jours et les saisons conservent toute leur importance. Mais il est aussi fait mention dès les années 1830 d’huile de colza, combustible principal des lampes Carcel74. De fait, le xixe siècle est le témoin de la généralisation des lampes dites « mécaniques », appareils fonctionnant à l’huile ou au pétrole. Évolution technique notoire en termes de stabilité de la flamme et de facilité d’usage, ces lampes éclairent d’une lumière plus vive. Les hospices connaissent ensuite, nous l’avons évoqué, l’introduction de l’éclairage au gaz. Dès 1849, il est installé à l’Infirmerie dans la plupart des espaces de circulations mais aussi dans les réfectoires et les salles logistiques (cuisine, buanderie, etc.)75. La forte odeur que ce moyen d’éclairage produit explique cette répartition : il est cantonné aux corridors, aux espaces de passage76. Les chambres individuelles des pensionnaires continuent notamment de s’éclairer au moyen de lampe à huile d’appoint, comme en attestent les effets exigés à l’admission ou ceux délaissés après les décès des pensionnaires de Pachéco et des Réunis.

    38C’est dès lors un système mixte reposant sur une pluralité de moyens d’éclairage qui caractérise la lumière des hospices. Éclairage fixe, le gaz est utilisé dans les espaces communs de vie et de circulation là où les chambres des pensionnaires continuent de s’éclairer aux lampes mécaniques et à la bougie et ce, jusqu’à la Première Guerre mondiale77. La nature et les techniques des moyens d’éclairage ne répondent cependant pas seules aux manières de voir les hospices. Plusieurs aspects viennent conditionner les possibilités de s’éclairer. Tout d’abord, la question de la gestion individuelle des moyens d’éclairage se pose. Celle-ci se révèle limitée par la collectivité de certains établissements, marqueur indirect des origines sociales des pensionnaires. Cela étant, quel que soit le degré d’individualité des prises en charge, des règlements institutionnels imposent dans tous les établissements étudiés un cadre strict des moments d’obscurité et de lumière. Ensuite, la vieillesse des pensionnaires, définie par une certaine fragilité potentiellement maladroite et inapte rend compliqués les usages d’une lumière nécessaire mais dangereuse.

    Disposer des moyens de s’éclairer

    39Quelle que soit la technique concernée, la capacité des pensionnaires à disposer des moyens d’éclairage définit pour une part importante leurs possibilités de voir l’hospice. Une inégalité entre pensionnaires réside à la base dans la possession personnelle, ou non, des moyens d’éclairage. À nouveau, les pensionnaires de Pachéco et des Réunis se révèlent privilégiées78. Chandelles, bougies et huile leur sont fournies par l’établissement, de même que les pensionnaires apportent souvent des lampes au moment de leur admission. Ces pensionnaires ont donc à leur disposition leur propre moyen d’éclairage dont elles peuvent user en fonction de décisions qui leur reviennent.

    40Cela étant, si elles peuvent en jouir et décider personnellement de leur utilisation, la réglementation institutionnelle apparaît particulièrement contraignante et limitante. En effet, la règle de l’extinction des lumières vaut pour tout le monde. Plusieurs exemples montrent que les pensionnaires ayant conservé de la lumière pendant la nuit s’exposent à des punitions79 et ce, même quand l’une d’entre elles propose de prendre à ses frais les dépenses que la pratique entraînerait80. Les raisons avancées par cette dernière pensionnaire ne sont pourtant pas de moindre importance : « je travaille pour gagner, j’ai la sœur malade qu’il faut que je soigne, ce que je ne peux pas faire dans l’obscurité81 ». Dans les règlements sont alors définies les heures de lumière des pensionnaires. Allant de pair avec les heures de coucher, l’extinction des feux impose l’obscurité de la nuit. Largement dépendants des saisons, les horaires de coucher oscillent entre 20 h et 22 h. Plus question alors d’allumer une lumière, y compris dans les chambres individuelles de pensionnaires privilégiées.

    Un nécessaire danger

    41Cependant, malgré une réglementation stricte, toute absence de lumière aux heures convenues est reconnue comme une source de danger pour les pensionnaires en raison précisément de leur condition de vieillesse. Dans cette idée, le Conseil autorise en 1875 la directrice des Réunis à éclairer les couloirs de l’établissement avant la date réglementaire du 1er octobre, « cette manière d’agir pouvant présenter des dangers pour les pensionnaires82 ». De même, la panne de l’appareil à gaz servant à éclairer le grand corridor du premier étage au même hospice vingt ans plus tard fait dire à la directrice en fonction : « Dans un établissement peuplé de personnes âgées, il m’est impossible d’accepter la responsabilité des accidents qui pourraient se produire par suite du défaut d’éclairage83 ».

    42Mais cette nécessaire lumière comporte des dangers. Le xixe siècle reste très attentif aux conséquences sanitaires des progrès techniques. Manuel Charpy observe, en effet, toutes les inquiétudes que les lumières artificielles, à chaque nouvelle technique plus agressive, suscitent chez les contemporains. Leur généralisation est principalement freinée par les imaginaires sociaux qui les entourent84. Pour en mesurer les effets, l’étalon repris dans les manuels d’hygiène est celui de « l’individu malade ou affaibli85 » permettant de définir l’éclairage confortable afin de préserver l’œil et la vue des utilisateurs. Ainsi, pour « le vieillard, généralement “presbyte” » il est recommandé « le soir [de] fuir rapidement l’éclairage artificiel86 ». Cela étant, malgré l’avis pris auprès des chefs de service de l’Infirmerie au moment de l’installation de l’éclairage au gaz, les archives des hospices relayent peu de préoccupations médicales quant aux techniques d’éclairage. Les inquiétudes se retrouvent davantage concernant la manipulation des moyens d’éclairage par les pensionnaires. En effet, chaque passage d’une technique à l’autre est l’occasion de souligner la dangerosité des systèmes précédents, justifiant et appuyant l’innovation. C’est le cas du passage de la lampe sans verre, « mode d’éclairage, qui n’est pas sans danger pour des personnes de leur âge87 », à celle sous verre ou munie d’un quinquet, dans le mobilier exigé des pensionnaires de Pachéco et des Réunis. C’est encore l’un des arguments en faveur de la mise en place d’un système électrique à Pachéco après la Première Guerre mondiale : « les pensionnaires se servent de bougies et autres moyens de fortune, ce qui, pour des personnes déjà âgées, présente de réels dangers88 ».

    43Davantage concernés par l’aspect pratique et économique des techniques d’éclairage, les hospices semblent porter moins d’attention aux conséquences sanitaires des innovations que ne le font les élites bourgeoises parisiennes. Plus avant, les débats entourant les moyens d’éclairage révèlent un aspect supplémentaire de la définition des vieux pensionnaires et de leur vieillesse : une maladresse, une inaptitude qui peuvent se révéler incendiaires, dangereuses pour les individus mais encore, pour le patrimoine matériel des établissements. Au-delà de la dangerosité des moyens de chauffage et d’éclairage en eux-mêmes, c’est surtout la condition de vieillesse et le grand âge des pensionnaires qui sont mis en avant pour soutenir un changement dans les modes d’éclairage.

    Asymétries des regards, voir ou être vu

    44Au-delà des manières de voir, de la défaillance physique aux moyens d’éclairage, la question de voir dans l’hospice ouvre sur celles, plus subjectives mais essentielles du comment, pourquoi, sur quoi et par qui le regard se pose. Qui peut voir ? Qui est vu ? Dans l’hospice, une asymétrie fondamentale s’observe entre ceux qui peuvent ou doivent regarder et ceux dont la vue est limitée. Ces derniers se trouvent dans le même temps exposés au regard de ceux qui ont pour mission de voir.

    45En ce qui concerne les pensionnaires, voir l’hospice dépend de leur capacité à circuler. Les pensionnaires immobiles sont ceux dont le regard est le plus limité. Mais plus avant, les pensionnaires, même mobiles, ne peuvent circuler librement dans l’hospice : une série d’espaces leur sont interdits et l’accès à d’autres strictement contrôlé. C’est le cas notamment des cuisines, des buanderies, lingeries ou magasins ainsi que des espaces réservés au directeur, personnel médical et gens de peine. Le règlement des Ursulines de 1877 va encore plus loin par son article 20, en imposant des horaires de circulation. Ainsi, « aucun pensionnaire ne peut circuler dans l’établissement ni avant l’heure du lever, ni après l’heure du coucher, à moins de nécessité absolue, ou lorsque son service l’y oblige. Pendant la nuit, les clefs doivent rester sur les portes des chambres ou dortoirs pour que l’accès en soit toujours possible89 ».

    46À l’inverse, les autres habitants de l’hospice – directeurs, médecins et, dans une moindre mesure, personnel domestique – jouissent d’une circulation beaucoup plus libre afin d’assurer les fonctions dont ils sont, chacun selon leur compétence, investis. Missions qui comprennent pour une part importante l’obligation de voir : les désordres, les infractions, les maladies… Ainsi, l’article 11 du règlement de l’Infirmerie proclame : « le Directeur est tenu de faire journellement l’inspection de toutes les salles et chambres de l’hospice, aucune exceptée, pour s’assurer de la régularité du service90 ». Plus que de connaître l’application concrète de ces règles, il apparaît important de souligner que la mission de voir donne le droit à certains de regarder et à d’autres, l’obligation de se laisser voir, asymétrie structurante du regard qui caractérise l’hospice. C’est le cas aussi du portier qui inspecte depuis sa loge les entrées et les sorties et auprès duquel aucun paquet n’est censé passer sans avoir échappé à sa « visite91 ». C’est le cas encore des directeurs à qui la surveillance discrète de la correspondance des pensionnaires revient, afin d’éviter au Conseil les fuites de patrimoine92. Pour autant, s’agissant de la surveillance, la ligne n’est pas aussi clairement tracée qu’elle y paraît entre pensionnaires et personnel. À Sainte-Gertrude et aux Ursulines notamment, la surveillance des dortoirs, réfectoires et ateliers est déléguée aux pensionnaires-domestiques : « Les surveillants sont chargés de veiller à l’exécution du règlement, au maintien de l’ordre et de la propreté, ils font rapport à la Direction de toute infraction93. » À leur tour, certains pensionnaires sont alors investis de la mission de voir et de regarder.

    47De même, sous un certain angle, l’injonction de voir concerne aussi le médecin. D’autant plus que ce qui est porté à son regard est l’entité physique, intime, des pensionnaires. Regard a priori incontesté puisqu’il comporte comme horizon et contrepartie une possible amélioration, la plainte de la pensionnaire B. de Pachéco déjà mentionnée révèle pourtant que le regard médical n’est pas accepté par tous sans condition94 :

    « Je viens solliciter de votre haute bienveillance au nom de mes compagnes et du mien, de vouloir bien mettre fin à une innovation qui se pratique au Pachéco depuis la nouvelle année ! Un docteur Mr Daens [Dantz] attaché à l’établissement recevait tous les jours dans son cabinet les pensionnaires malades ou indisposées, et se rendait ensuite à la chambre de celles, qui plus gravement atteintes, ne pouvaient ni se lever ni descendre. Depuis janvier une modification s’est faite, Mr Daens ou son remplaçant arrivait escorté de plusieurs élèves qui debout et écoutant formaient clinique, l’accompagnaient également aux lits des malades. Ces 4 à 5 messieurs suivis de la bonne de service faisaient émoi chez des femmes déjà faibles ou fièvreuses et empêchait souvent la lucidité des réponses et même l’énoncé des souffrances, car, si vieilles qu’elle soient il reste toujours chez la femme un sentiment de pudeur qui proteste devant une exibition plus ou moins publique ! Je dis sans profit pour la science, en effet si je comprends et j’approuve l’étude pratique de ces jeunes éleves dans un Hopital, je le conçois difficilement au lit d’une vieille Dame que l’âge et les mécomptes de la vie ont épuisée et chez laquelle il ne faut la plupart du temps que des palliatifs anodins pour allonger de quelques mois une constitution ébranlée. […] et je crois même (pardonnez moi messieurs ma franchise) que cette mise en scène de plusieurs hommes entrant brusquement chez une personne affaiblie ou craintive est faite plutôt pour agraver son état en l’épuisant, qu’à lui apporter le calme et l’espérance quand même si nécessaire aux vieillards95. »

    48Le genre et l’origine sociale de cette pensionnaire lui donnent les arguments pour se plaindre de la situation. Au regard des commentaires du directeur – qui atténue la gravité de la situation et la défend dans l’intérêt même des pensionnaires qui, en cas d’absence du médecin pourront être traitées comme il le faut par un interne bien informé – le cas est probablement laissé sans suite. Pour autant, cela ne diminue pas la charge émotionnelle que cette exposition au regard d’autrui aura pu provoquer chez certains pensionnaires. Et si le cas est exceptionnel à Pachéco, la clinique d’enseignement pour les maladies des vieillards dispensée à l’Infirmerie dès le début des années 184096, expose les vieillards au moins aux regards mais aussi aux touchers des praticiens et ce, non plus dans leur intérêt direct mais bien dans celui d’un enseignement97.

    49Face à cette asymétrie fondamentale, il reste aux pensionnaires des stratégies de dissimulation. Sous leurs vêtements, dans les tiroirs et les armoires et sous les couvertures, nourriture, allumettes et cigarettes se dérobent au regard, déjouant la surveillance de ceux qui sont chargés de voir. En attestent les articles réglementaires contre « le renfermement des vivres dans les armoires des dortoirs98 », les avis des directeurs sur les abus commis par les pensionnaires emportant « de table le restant de viande du diner pour déjeuner le lendemain matin99 » et les plaintes et punitions pour les vols de nourriture et de linge commis par les pensionnaires100.

    ⁂

    50Voir à l’hospice apparaît indispensable car ceux-ci se donnent à lire, à comprendre, à travers une série de signes visibles. De même, voir et être vu, dans un monde miniature, éclaire l’hospice au prisme de la surveillance. Non manichéenne, la capacité de voir se partage également horizontalement entre les différents personnages. Les cas de cécité complète sont alors la seule perte de sens qui rend problématique la présence des pensionnaires dans la plupart des établissements. Pour autant, les défaillances partielles sont fréquentes, sinon caractéristiques des pensionnaires âgés des hospices. À cela s’ajoutent les défauts des techniques d’éclairage du xixe siècle. Difficiles à manipuler, leurs usages rendent visibles une perception particulière du corps vieux : maladroit et dangereux.

    Sons

    51Les hospices bruxellois s’inscrivent dans le paysage sonore plus large de la ville du xixe siècle. Densification des transports et de la population, électrification, motorisation…, le paysage sonore urbain se transforme particulièrement dans la deuxième moitié du siècle101. À leur échelle, les hospices partagent ce paysage sonore auquel se superposent des sons qui leur sont propres, de la sonnerie des cloches aux bruits de la vie en collectivité. Entre cacophonies ouvrières et recherche de calme des élites bourgeoises102, l’hospice est un espace qui fait se rencontrer les différentes catégories sociales. Un espace où les seconds tentent d’imposer aux premiers leurs normes, dans une volonté d’insonorisation des établissements pour vieillards. À travers les sons, se construit tout particulièrement la nécessité d’un espace calme et tranquille à destination des vieux pensionnaires. Pour autant, l’exclusion des sons violents ne se fait pas sans difficulté au regard des résistances, conscientes ou non, des pensionnaires des hospices.

    Entendre l’hospice

    La ville aux alentours

    52Inscrits dans des quartiers différents, les hospices se placent dans des paysages sonores aux couleurs et aux seuils hétéroclites. Le quartier neuf et résidentiel de l’Infirmerie, tout comme le voisinage du boulevard de l’hospice Pachéco les placent dans des quartiers bourgeois présentés comme résidentiels et calmes103. Pour leur part, les Hospices-Réunis et les deux refuges se retrouvent dans le quartier des Marolles, populaire et urbain. Plus encore, les deux premiers bénéficient d’un large espace extérieur les séparant et les isolant d’une certaine manière. Les trois autres se retrouvent en lien direct avec les voiries.

    53Cela étant, tous ces hospices s’organisent autour d’une ou plusieurs cours intérieures, plus ou moins vastes, vers lesquelles sont tournées un maximum de fenêtres correspondant aux espaces occupés par les pensionnaires. Dans le brouhaha de la ville du xixe siècle104, ces cours intérieures prennent une nouvelle signification. Elles revêtent des allures de jardins isolés de la ville aux alentours, dont les arbres plantés ne servent pas qu’à enjoliver les vues mais permettent également une promenade en extérieur à l’abri de trop de lumière, de chaleur et d’agitation auxquels participent les bruits de la ville.

    Cloches et sonnerie : scander la vie collective

    54Chaque établissement dispose d’au moins une grande horloge et/ou d’une cloche pour régler et organiser le temps de la vie collective en son sein. Mais les sons de cloches ne se limitent pas à l’heure officielle. Ils servent aussi à en scander le rythme intérieur. Les règlements des différents hospices nous enseignent que les repas, principalement, mais aussi les heures d’ouverture et de fermeture de l’hospice, comme la visite du médecin, sont marqués par des coups de cloches et des sonneries105.

    55Plus anecdotiques et cantonnées à un nombre restreint de pensionnaires, principalement à celles de Pachéco et des Réunis, les sonnettes individuelles existent également dans l’hospice. C’est le docteur Marinus, médecin à Pachéco, qui en suggère la mise en place en 1845 :

    « Je saisirai cette occasion pour appeler votre attention sur l’avantage qu’il y aurait d’avoir dans chaque chambre habitée par les pensionnaires, un cordon de sonnette à l’aide duquel les servantes pourraient être averties, pendant la nuit, lorsqu’une pensionnaire se trouve subitement indisposée et dans l’impossibilité d’appeler pour être secourue106. »

    56La deuxième moitié du xixe siècle en voit se généraliser l’usage et elles se retrouvent dans les listes des objets délaissés par les pensionnaires à leur décès107. Dès lors, ces pensionnaires ne sont plus seulement appelées mais détiennent les moyens d’appeler à leur tour.

    57Finalement, les cloches annoncent pendant une bonne partie du siècle la mort et les derniers sacrements des pensionnaires. Elles peuvent être celle de l’aumônier, comme à la fin des années 1830 aux Réunis108, mais plus généralement celle de l’établissement et de sa chapelle. Notons que celle-ci, dans les années 1860, tend à être interdite dans les différents établissements de l’assistance publique par l’administration109. Résonne alors l’idée d’une mort trop bruyante, dont la connaissance n’est pas à communiquer aux pensionnaires des hospices afin, surtout, selon les dires des directions et administration, de ne pas les effrayer.

    Les bruits des autres

    58Les présences, littéralement côte à côte de tous les pensionnaires des hospices, ne se limitent certainement pas à leur traduction sonore, en attestent les nuisances olfactives précédemment abordées. Pour autant, dans les dortoirs, ces autres sont aussi très souvent assimilés à des bruits, troublant le repos et le calme de l’hospice. La vie collective s’émaille de petits incidents qui résonnent encore à nos oreilles. Aux bruits ordinaires se superposent les tapages, cris et scandales beaucoup plus sonores dans les archives. À l’Infirmerie, par exemple, « la femme F., paralysée des extrémités inférieures et atteinte de manie chronique ; sa loquacité, ses cris et ses vociférations habituelles sont de nature à troubler le repos des malades dont le sommeil est le premier des calmants110 ». Ou encore la pensionnaire M., mise par l’infirmière « à la porte de la salle des malades […] pour l’engager à cesser ses cris par lesquels elle troublait le repos de la salle111 ». De même, sans partager de dortoirs, le voisinage des chambres à Pachéco entraîne aussi troubles et disputes. Ainsi, le « tapage à son poële112 » que fait la Dame V. C. entraîne une altercation entre celle-ci et sa voisine la Demoiselle C. « Grande exaltation », « mots grossiers » et « tapage dans le corridor113 » au programme ; « Mlle C. a[yant] l’habitude de laisser la porte de sa chambre ouverte ce qui gêne les Dames et amène des difficultés114 ».

    59Ainsi, la dimension sonore n’est certes pas la seule de la vie collective des pensionnaires mais elle se révèle particulièrement présente dans les archives. D’autant plus, elle semble souvent mobilisée pour caractériser les dérangements que peut causer le voisinage de salles communes mais aussi de couloir.

    Insonoriser l’hospice

    Un calme nécessaire

    60En 1850, les médecin et chirurgien de l’Infirmerie s’indignent et adressent au Conseil la lettre suivante :

    « Nous croyons comme Médecin et Chirurgien du Grand Hospice, devoir appeler votre attention sur le fait suivant, trop contraire à l’humanité, aux convenances et aux règles de l’hygiène, pour rester toléré. Hier dimanche 17 courant, à l’heure de notre visite au Grand Hospice, nous trouvames les cours envahies par la garde civique occupée à faire des manœuvres, exercices, etc. L’hospice était transformé en veritable caserne, le bruit assourdissant des tambours, les cris du commandement, etc. faisaient un tapage effroyable ; et pendant ce temps un malheureux agonisait dans l’infirmerie, d’autres vieillards malades souffraient évidemment d’un tumulte aussi inaccoutumé, nos malheureuses cancéreuses privées de sommeil, et puisant dans un repos artificiel un soulagement momentané à leurs maux, se plaignaient amèrement d’un tel vacarme : enfin Messieurs, il n’y avait qu’une voix dans l’établissement pour blamer une infraction aussi manifeste aux lois de l’hygiène, au respect qui est du à l’asile des incurables et de la vieillesse infirme. Votre religion, sans nul doute a été surprise dans cette affaire, messieurs, car on s’est prévalu de notre autorisation, mais nous en appelons du Conseil trompé, au conseil mieux instruit pour faire dorénavant cesser un abus si grave115. »

    61C’est l’hygiène même qui est invoquée pour faire cesser le bruit insupportable de la garde civique. Par là, ils proclament le calme et le repos comme les deux corollaires d’un hospice de vieillards, nécessités incontournables à l’état de vieillesse des pensionnaires. L’exemple de l’incident de la garde civique, s’il est exceptionnel et anecdotique, n’en demeure pas moins symptomatique et particulièrement probant de cette nécessité de calme qui s’impose aux hospices pour vieillards au xixe siècle. Ce faisant, il se fait l’écho de tendances beaucoup plus générales, dépassant de loin le cadre bruxellois. En témoignent les délocalisations d’hospices de vieux à Paris et à Luxembourg dans la deuxième moitié du xixe siècle justifiées, entre autres, par l’argument du calme de l’en dehors des villes116.

    62À noter que ces conditions dites propres au grand âge deviennent l’argument récurrent pour justifier des mesures d’un tout autre ordre. Elles servent, en effet, à restreindre les heures de sortie des pensionnaires : « les autoriser à retarder leur rentrée jusque 8 heures ne serait pas sans offrir de sérieux inconvénients et l’application de cette mesure aurait comme conséquence immédiate d’occasionner du désordre et de troubler le repos des malades et des pensionnaires infirmes qui sont très nombreux117 ». Ce besoin de calme du grand âge porté aux nues par les médecins et directeurs transforme les habitudes de vie, oblige une nouvelle configuration au sein de l’hospice. Et ce, d’autant plus si « le vacarme de la culture ouvrière118 » aura caractérisé la vie des pensionnaires bruxellois avant leur entrée à l’hospice. À l’instar d’une ville silencieuse qui oblige « à réviser nombre de nos comportements ordinaires, routines et habitudes119 », l’hospice silencieux implique sans doute un ajustement de la part des pensionnaires.

    Isoler ces « personnes qui gémissent120 »

    63Pour imposer ce calme, un même processus de relégation que pour les odeurs s’observe au sein des établissements. En 1850 par exemple, le médecin demande au Conseil d’établir « une ou deux petites chambres isolées ou l’on pourrait au besoin placer des malades bruyants et incapables par leur état de nuire ou d’etre dangereux121 ». Mais au début des années 1870 encore, l’administration se rend compte que les pensionnaires gémissant sont conservés dans les chambres communes de l’Infirmerie empêchant par là les autres malades de dormir. La demande est alors adressée au directeur de placer « les pensionnaires de cette catégorie dans une chambre spéciale122 ». Le cas diffère alors du caractère beaucoup plus structurel et précoce observé pour les odeurs, probablement expliqué par les propriétés infectieuses qui leur sont prêtées, là où les bruits n’ont pas de portée directement pathogène.

    64Parmi ces pensionnaires bruyants, ceux atteints de folie sont tout particulièrement mis en exergue. Les manifestations des affections mentales sont bien sûr plus générales que strictement sonores mais c’est à nouveau cet aspect qui est le plus visible dans les archives. Dès lors, les pensionnaires affectés ne sont acceptés à l’Infirmerie que si leurs crises sont passagères. Si les manifestations en deviennent continues et ingérables, notamment sur le plan sonore, les pensionnaires sont redirigés vers l’hôpital Saint-Jean, seul dépôt d’aliénés de l’assistance publique dans la capitale123. Pour les contenir, l’hospice met en place des locaux pour les isoler lors des crises. La description de 1831 – « réduit qui se trouve sous le grand escalier près de la salle des malades femmes [dans lequel] on pourrait y établir deux lits qui seraient utilisés seulement lorsque la nécessité l’exigerait124 » – laisse toutefois à elle seule une idée de l’espace qui leur est réservé. Ce processus d’exclusion des hospices de la folie, visible notamment par l’intolérance des sons violents, révèle alors un élément important quant à la définition de la vieillesse des hospices du xixe siècle : vieux, malades, incurables certes, fous peut-être mais non agités. Et de fait, des pensionnaires atteints de folie sont présents à l’Infirmerie. En témoignent les avis des médecins signalant « démence sénile125 », « ramollissement cérébral126 », ou pensionnaire « tombé en enfance127 ». Plus clairement encore, une enquête du Conseil en 1871 suite à un mauvais traitement fait s’aventurer l’administrateur Bralion dans les salles de l’Infirmerie. Celui-ci rend compte de l’état de plusieurs pensionnaires :

    « Ensuite des instructions qui nous ont été données nous nous sommes rendus à l’hospice de l’Infirmerie, aujourd’hui 4 courant, à 9 heures du matin, à l’effet d’interroger les pensionnaires qui étaient dans la même salle que Sara M. La nommée C. Marie, atteinte de myélite n’a pu articuler un son. Jeanne D. […] n’a aucune suite dans ses idées et n’a pu nous donner le moindre renseignement. M. Jeanne, âgée de 83 ans, s’est mise à rire lorsque nous avons voulu l’interroger et elle n’a répondu à aucune question128. »

    65Cependant, si la folie peut trouver une place dans les hospices, la démence sénile dans ses manifestations violentes appartient aux asiles et non aux hospices et ce, malgré les protestations grandissantes des aliénistes du siècle129.

    Injures, rixes et grossièretés… une régulation difficile ?

    66Les règlements inscrivent dans tous les hospices le compagnonnage et l’entraide au rang des valeurs devant régir les relations entre pensionnaires. Les pendants négatifs se trouvent dès lors être, au plus extrême la « rixe », voie de fait, mais plus courantes et notables pour notre propos, la « querelle » et « l’injure ». L’article 33 du règlement des Ursulines est le plus explicite et reflète les politiques des différents établissements : « Il est strictement défendu de se servir d’expressions injurieuses ou grossières ; toutes querelles, injures et voies de faits sont sévèrement punies. Une première querelle est punie d’une consigne de huit jours à un mois, les récidivistes peuvent être exclus130 ». Le surnom de « boîte à cancans » pour la salle commune des pensionnaires de Pachéco suggère la même idée131 : la mésentente entre les pensionnaires se mesure pour une part importante à l’aune de leur expression sonore et s’avère un comportement intolérable au sein des hospices. Mais plus encore, les débordements sonores des pensionnaires sont sanctionnés lorsqu’ils s’adressent aux directeurs. Le manque de respect qu’ils impliquent justifie à lui seul l’immédiateté et la sévérité des punitions.

    67Ces injures et grossièretés sont encore plus intolérables lorsqu’elles s’accompagnent de l’ivresse des pensionnaires. Se « livrer à la boisson », aux côtés du vol et de la mendicité, est un des trois comportements les plus inacceptables dans l’hospice, passible d’exclusion. Il est cependant intéressant de constater que l’alcool est, pour ainsi dire, partout dans l’hospice. Au menu des pensionnaires, au rang des dons faits aux hospices ou des médications, mais aussi dans les trafics entre personnel et pensionnaire. Dès lors, ce n’est pas tant la consommation d’alcool en soi, ni sans doute une ivresse discrète des pensionnaires qui posent problème. À l’image des injures et des querelles, lorsqu’elles occasionnent troubles et scandales, l’ivresse pose problème lorsqu’elle se manifeste de manière audible. Les cas de punitions et d’exclusions sont fréquents et le caractère scandaleux de telles effusions est à chaque fois un argument de poids pour en justifier les décisions132.

    68Toutefois la constance de ces punitions tout au long de la période étudiée montre aussi qu’il s’agit là d’un problème dont les hospices ne viennent pas à bout. Aux Ursulines par exemple, un registre des punitions courant de 1838 à 1914 renseigne que 74 % des punitions sont posées à la suite d’ivresse, de scandale ou de violence verbale. Malgré la volonté d’insonoriser, les voix des ivrognes et des mécontents continuent de se faire entendre. Par là, les résistances à l’environnement sensible imposé sont menées consciemment par les pensionnaires. Par leurs éclats de voix et en dépit des réglementations qu’ils ne peuvent ignorer, les pensionnaires troublent, refusent peut-être, ce qui leur est imposé comme régulation sonore.

    ⁂

    69Îlots dans la ville, les cours des établissements créent une atmosphère à l’abri des bruits de celle-ci. Mais la rumeur des hospices s’y fait entendre. De la cloche aux bruits des autres, les sons dans les établissements sont des bruits que les archives laissent voir à travers les nuisances qu’ils occasionnent. Comme les odeurs, administrateurs et directeurs s’attellent à réguler ces sons violents en proclamant le calme comme une nécessité du grand âge. Ce faisant, l’exclusion des sons violents se traduit par l’isolement au sein des hospices des pensionnaires bruyants, principalement les malades et les fous. La régulation des pensionnaires ivres ou injurieux se révèle quant à elle plus difficile, vu la récurrence de ces états parmi les pensionnaires. « Opposition de fait133 » ou résistance consciente à l’aseptisation que les instances décisionnelles veulent leur imposer ? À travers les sons se jouent sans doute les différences de perceptions entre classes sociales, entre le vacarme auquel sont habitués la plupart des citadins issus des classes populaires devenus pensionnaires et le calme que recherche chez eux et chez ceux qu’elle administre l’élite bourgeoise à la tête du Conseil.

    Saveurs

    70Les saveurs de l’hospice sont principalement celles qui se retrouvent dans la nourriture distribuée aux pensionnaires. Au menu de ceux-ci, le premier point détaille les règles bien précises qui fixent les aliments, les quantités, les exceptions mais aussi le cadre dans lequel se déroule l’action de manger. Mais l’économie ne préside pas seule aux choix de l’alimentation. C’est sans doute à travers le sens du goût que la vieillesse des pensionnaires est rendue la plus visible, la plus décisive. Car les vieux mangeurs ont des caractéristiques propres que le deuxième point tente de préciser. Substantielle, leur alimentation doit pallier, médicalement, la fragilité de leur organisme, tout en restant masticable à leur bouche édentée. Surtout, un renversement s’opère à travers l’alimentation : ce sont les pensionnaires qui à leur tour viennent réclamer un ajustement du sensible. Insuffisante et mauvaise, la nourriture des hospices ne convient plus aux palais des pensionnaires qui s’affine avec le siècle et le développement d’une nourriture plus riche.

    71Il semble important de préciser que la question des saveurs concerne plus particulièrement l’Infirmerie et les deux refuges. En effet, les Hospices-Réunis et Pachéco n’ont pas dans leur fonctionnement l’organisation des repas des pensionnaires qui doivent, au moyen de leur rétribution, pourvoir à leurs besoins alimentaires. Laissées à l’intendance individuelle des pensionnaires ou à celle de leurs hôtes, chez qui ces dames se font inviter en ville, les manières de goûter l’hospice des pensionnaires de Pachéco et des Réunis nous échappent, restent étrangères aux archives des établissements.

    Goûter l’hospice

    Au menu des pensionnaires

    72À l’hospice, l’alimentation se décline en jours gras et en jours maigres. En 1832, le menu des pensionnaires de l’Infirmerie est fixé de la manière suivante : « 20 décagrammes de viande ; 40 décagrammes de pain ; Un litre de bière aux hommes ; Un demi litre de bière aux femmes ; Un litre et demi de bière aux Employés ; Deux litres aux domestiques mâles ; Un litre de bière aux domestiques femelles ; Pour les jours maigres, 20 décagrammes de poisson, évalués à 12 centimes et demi134 ». Ce canevas de base vaut pour tous les établissements et évolue peu tout au long du siècle.

    73Principalement, des contraintes économiques viennent en modifier quelque peu le menu. C’est le cas notamment entre 1861 et 1873 où les quantités sont réduites à 14 décagrammes de viande, 39 décagrammes de pain, 70 centilitres de bière et 10 centimes pour la portion de poisson135. Par ailleurs, déjà depuis 1851, une fois par semaine, le poisson avait été remplacé par du riz et la viande de boucherie par du hachis, moins onéreux. À cette même date, la bière du souper avait quant à elle été supprimée. De même, en 1883, la viande de boucherie est à nouveau remplacée un jour par semaine par des saucisses et un autre jour par de la tête pressée. La viande constitue en effet la dépense la plus importante dans le budget alimentaire de l’Infirmerie. Elle fait alors l’objet d’une attention particulière, ce que révèlent les différentes tentatives pour en diminuer le coût. Par ailleurs, seule la quantité de bière marque des différences dans le régime commun. À l’Infirmerie, elle sert à distinguer les pensionnaires des employés ainsi que les hommes et femmes136. Aux deux refuges, la consommation de bière est par ailleurs plus limitée puisqu’on y sert la moitié de bière à midi à Sainte-Gertrude et qu’aucune boisson n’est servie le soir aux Ursulines137.

    74Au-delà de ces quantités réglementaires, le menu des milieux pauvres en 1850 que dresse Peter Scholliers laisse apparaître la sécurité alimentaire que constituent les hospices dans la première moitié du siècle138. L’alimentation semble y être assurée dans des quantités suffisantes et l’auteur note une différence de 600 kilocalories entre les menus des pauvres de la capitale et celui de ceux pris en charge dans le dépôt de la Cambre, établissement analogue aux hospices du point de vue des régimes alimentaires139. Dans la première moitié du siècle, les hospices assurent des repas, si pas en qualité, du moins en quantité suffisante, ce que sont loin de pouvoir se permettre de nombreuses familles populaires. À noter toutefois l’exception des Hospices-Réunis dont les pensionnaires subissent plus violemment les différentes crises alimentaires. En 1847 et en 1855, par exemple, le prix des denrées alimentaires les plus consommées – à savoir les pommes de terre et le pain de seigle – explose140 et ces deux années voient des demandes d’augmentation formulées par les pensionnaires de l’hospice qui avancent ne plus pouvoir subvenir à leurs besoins en raison de la cherté soudaine des produits alimentaires141.

    75Toutefois, l’écart existant dans la première moitié du siècle s’efface progressivement après 1860, suite au recul des grandes crises alimentaires. Mais dans la deuxième moitié du siècle, la question de la qualité de cette nourriture continue de se poser. En effet, les agendas du refuge des Ursulines offrent un aperçu précieux des saveurs des hospices grâce à la consignation quotidienne des repas servis aux pensionnaires. Les menus des premières semaines des mois de janvier, avril, juillet et octobre des années 1855, 1870, 1894 et 1907 permettent d’observer l’évolution dans la deuxième moitié du siècle aux moments clés des changements de saisons.

    Tableau 16. – Menus saisonniers des pensionnaires du refuge des Ursulines (1855-1907).

    1855

    Janvier

    Avril

    Juillet

    Octobre

    Lundi

    Soupe patates Kipkap
    C.[choux] rouges

    Soupe patates Kipkap

    Soupe patates Kipkap

    Soupe patates Kipkap

    Mardi

    Bouilli patates
    C. blancs

    Bouilli patates

    Bouilli patates

    Bouilli patates choux rouges

    Mercredi

    Soupe patates carbonades carottes

    Soupe patates Stockfisch

    Soupe patates carbonades carottes

    Soupe patates carbonades carottes

    Jeudi

    Bouilli patates
    C. blancs

    Soupe patates Stockfisch

    Bouilli patates salades

    Bouilli patates choux rouges

    Vendredi

    Soupe patates Stockfisch

    Soupe à la bière fèves harengs

    Soupe patates Stockfisch ch.

    Soupe patates Stockfisch C. V. [Choux verts]

    Samedi

    Soupe fèves bouillies choux bl.[anc]

    Soupe patates

    Soupe fèves bouillies

    Soupe patates choux rouges

    Dimanche

    Bouilli patates
    C. verts

    Bouilli carbonades patates

    Bouilli patates salades

    Bouilli patates choux verts

    1870

    Janvier

    Avril

    Juillet

    Octobre

    Lundi

    Kipkap patates soupe

    Kipkap pois verts patates

    Kipkap patates salades

    Kipkap patates soupe

    Mardi

    Bouilli patates carottes

    Bouilli patates choux verts

    Bouilli patates carottes

    Bouilli patates choux rouges

    Mercredi

    Carbonades patates soupe

    Stockfisch patates soupe

    Carbonades patates soupe

    Carbonades patates soupe

    Jeudi

    Bouilli patates soupe

    Bouilli patates soupe

    Bouilli patates salades

    Bouilli patates soupe

    Vendredi

    Stockfisch patates soupe

    Stockfisch patates soupe

    Œufs patates soupe

    Stockfisch patates soupe

    Samedi

    Fèves bouillies patates soupe

    Fèves bouillis patates soupe

    Fèves de marais patates soupe

    Princesses patates soupe

    Dimanche

    Bouilli patates choux verts Pain d’épices

    Bouilli patates carottes

    Bouilli patates carottes

    Bouilli patates choux verts

    1894

    Janvier

    Avril

    Juillet

    Octobre

    Lundi

    Soupe, pommes de terre, endives, jambon provenant des porcs de l’établissement

    Soupe, pommes de terre, chicorée, boulettes

    Soupe, pommes de terre, chou, boulettes

    Soupe, pommes de terre, choux-fleurs, boulettes

    Mardi

    Soupe, pommes de terre, prunes, lapin et veau

    Soupe, pommes de terre, chou, carbonades provenant de la vache de l’établissement

    Soupe, pommes de terre, salade, bœuf rôti

    Soupe, pommes de terre, endives, bœuf rôti

    Mercredi

    Soupe, pommes de terre, chou, bœuf

    Soupe, pommes de terre, carottes, bouilli provenant de la vache de l’établissement

    Soupe, pommes de terre, chou, saucisses

    Soupe, pommes de terre, chou, côtelettes provenant des porcs de l’établissement

    Jeudi

    Soupe, pommes de terre, lard provenant des porcs de l’établissement

    Soupe, pommes de terre, bœuf rôti, chou, saucisses, desserts. (Dîner offert par Monsieur Parmentier)

    Soupe, pommes de terres, carottes, bouilli

    Bouillon, pommes de terre, carottes, bouilli

    Vendredi

    Soupe, pommes de terre, riz au lait

    Soupe, pommes de terre, poisson frais

    Soupe, pommes de terre, salade, œufs

    Soupe, pommes de terre, navets, Stockfisch

    Samedi

    Soupe, pommes de terre, chou, pâté de foie

    Soupe, pommes de terre, pâté de foie

    Soupe, pommes de terre, chou, pâté de foie

    Soupe, pommes de terre, endives, hachis provenant des porcs de l’établissement

    Dimanche

    Bouillon, pommes de terre, carottes, bouilli

    Bouillon, pommes de terre, carottes, bouilli

    Bouillon, pommes de terre, carottes, bouilli

    Bouillon, pommes de terre, carottes, bouilli

    1907

    Janvier

    Avril

    Juillet

    Octobre

    Lundi

    Soupe, pommes de terre, bœuf rôti

    Soupe, pommes de terre, bœuf rôti

    Soupe, pommes de terre, bœuf rôti

    Soupe, pommes de terre, bœuf rôti

    Mardi

    Soupe, pommes de terre, côtelettes provenant des porcs de l’Établissement

    Soupe, pommes de terre, chicorée, boulettes

    Soupe, pommes de terre, chou, saucisses

    Soupe, pommes de terre, chou rouge, saucisses

    Mercredi

    Bouillon, pommes de terre, carottes, bouilli

    Soupe, pommes de terre, chou, bœuf

    Bouillon, pommes de terre, carottes, bouilli

    Bouillon, pommes de terre, épinards, bouilli

    Jeudi

    Soupe, pommes de terre, bœuf à la mode

    Bouillon, pommes de terre, carottes, bouilli

    Soupe, pommes de terre, bœuf à la mode

    Soupe, pommes de terre, bœuf à la mode

    Vendredi

    Soupe, pommes de terre, navets, œufs

    Soupe, pommes de terre, fèves, harengs

    Soupe, pommes de terre, fèves, riz au lait

    Soupe, pommes de terre, cabillaud

    Samedi

    Soupes, pommes de terre, hachis provenant des porcs de l’Établissement

    Soupe, pommes de terre, fricandeau

    Soupe, pommes de terre, épinards, fricandeau

    Soupe, pommes de terre, chou, pâté de foie

    Dimanche

    Bouillon, pommes de terre, carottes, bouilli

    Bouillon, pommes de terre, carottes, bouilli

    Bouillon, pommes de terre, carottes, bouilli

    Bouillon, pommes de terre, carottes, bouilli

    ACPASB, Ursulines, SE, Agendas, 1855, 1870, 1894 et 1907.

    76Il est intéressant de souligner les recettes locales et populaires des aliments comme les carbonades, kipkap142 et autres stockfisch143. Par ailleurs, de nombreux aliments proviennent de l’établissement même comme en attestent les mentions concernant la viande144. Une évolution dans la préparation des menus s’observe également entre 1855 et 1907 qui semble plus élaborée à la fin du siècle. Mais force est de constater l’importance des patates et des choux dans l’alimentation des pensionnaires d’hospice. De même, les variations sont rares en fonction des changements saisonniers. Seuls quelques salades ou épinards viennent diversifier la nourriture servie aux pensionnaires aux mois de juillet et septembre. Toutefois, si l’invariance des menus du refuge des Ursulines renseigne sur la monotonie de la nourriture des hospices, celle-ci est loin de constituer une exception. À l’extérieur des établissements, et peut-être plus encore, la qualité de la nourriture reste problématique145.

    Au réfectoire, réglementation alimentaire

    77Heure et espace de la nourriture font l’objet d’une importante réglementation dans l’hospice. Les règlements de l’Infirmerie et des deux refuges s’en font les échos. Comme énoncé plus haut, les cloches appellent les pensionnaires au réfectoire à heure fixe et pour un temps déterminé. Le repas du matin se déroule généralement une heure après le lever, entre sept et neuf heures, celui du midi à douze heures pile et le souper à cinq ou six heures du soir. Chacun de ces repas dure entre une demi-heure et une heure de temps. Plus drastique, ou plus précis, le règlement de 1887 de Sainte-Gertrude mentionne l’imposition aux vieillards du silence pendant ces moments146. Il est par ailleurs précisé dans chaque établissement qu’aucune nourriture ne peut être servie en dehors de ces heures ni ne peut circuler en dehors des espaces des réfectoires. Tout pensionnaire absent aux repas en est privé. À noter encore que du personnel encadre ces moments. Le directeur ou un délégué veille à la distribution des denrées et l’observation des règles durant les repas. Aux saveurs des aliments se rajoutent celles de l’ordre et du silence censés rythmer ces moments du manger.

    78Cela étant, dans la première moitié du xixe siècle, période durant laquelle les pensionnaires jouissent d’une plus grande latitude en termes de sortie, la présence aux repas ne semble pas obligatoire et se voit marquée par l’alternance des saisons : « C’est qu’en été il y a plus d’absences aux divers repas qu’en hiver […] il arrive très souvent que beaucoup de pensionnaires ne rentrent qu’après l’heure du souper, au lieu qu’en hiver ils rentrent à la nuit tombante et participent en conséquence au souper147. » La surveillance « incessante » exercée lors de la distribution n’empêche pas non plus les pensionnaires d’emporter hors du réfectoire une partie de leur repas. Encas tardif, cadeau pour l’extérieur, voire commerce de ce que distribuent les établissements, les pensionnaires tentent de tirer un maximum de profit autour de leur nourriture148.

    Hiérarchisation alimentaire

    79Il existe différents régimes alimentaires au sein même de l’hospice. La différenciation des pensionnaires passe aussi et surtout par leur alimentation. Déjà, une répartition entre personnel et pensionnaire d’une part et entre pensionnaires d’autre part s’opère et marque ainsi, via la nourriture, une certaine hiérarchisation dans l’hospice149. Par ailleurs, le menu des pensionnaires payants et privilégiés marque de manière claire leur différence de statut. En 1847 par exemple, une longue plainte signée par les « enfans gâtés », catégorie de pensionnaires privilégiés de l’Infirmerie, indique la catégorisation des pensionnaires par la nourriture qu’un changement de direction vient perturber :

    « Du temps de Me Bille, nous avion une soupe faite expressément pr[pour] ns[nous] avec du beurre : aujourd’hui, on nous en donne sortant de la chaudière des vieillards de la dernière classe, faite à la graisse et tout les jours la même. Du temps de Me Bille, nous n’avions il est vrai qu’une sorte de viande, mais ns devons a la vérité de dire quelle était bien assaisonnée et servie avec de la sauce suffisante pour pouvoir la manger sans répugnances, tandis qu’aujourd’hui, nous n’avons que des morceaux de viande étuvée secs comme du bois et trempée dans leau des légumes au lieu de sauce : il est vrai qu’on y ajoute un morceau de Bouilli que la majeure partie de nous laisse sur son assiette, a cause qu’on ne nous donne que des rognures de viande que l’on met dans la marmite pour aider afaire le bouillon des payans et des malades. Ne croyez pas Mr l’inspecteur que cette manière de faire varie, toute l’année c’est la meme chose ; come aussi, l’été dernier s’est passé en ne mangeant que des légumes d’hiver savoir, pommes de terre carottes, et choux verd, qui rentraient à la cuisine comme ils en étaient sortis150. »

    80Les pensionnaires transférées du Pachéco et des Réunis reçoivent, quant à elles, dès le début du siècle du café et voient leur ration doubler au moment de la généralisation de ce dernier au menu des pensionnaires ordinaires151. De même, l’introduction de la tête pressée et des saucisses en 1889 ne les concerne pas. Réalisées en partie à base de poumons, ces préparations carnées ne sont pas à leur goût. Suite à plusieurs plaintes, elles en sont exemptées en regard de leur statut particulier au sein de l’hospice152. Plus officieusement, certaines de ces pensionnaires réussissent à se faire servir leur repas par le personnel de l’hospice à l’encontre des différentes réglementations sur les échanges monnayés dans l’hospice. C’est le cas notamment de plusieurs pensionnaires en 1909 qui, contre une rétribution minime, se font préparer et servir le dîner par la femme du concierge de l’établissement153.

    81Finalement, une troisième catégorie de pensionnaires bénéficie de traitements de faveur en termes d’alimentation. Il s’agit des travailleurs. Partiellement expliqués par une dépense physique plus importante, les privilèges alimentaires jouent le rôle de récompense et de stimulant comme par exemple aux Ursulines en 1908 où la consommation de bière distingue les travailleurs des autres pensionnaires154.

    Des repas au goût de fête…

    82La nourriture ne distingue pas seulement les différents habitants des hospices. Elle vient également rythmer le temps hospicial car c’est à travers la nourriture que se soulignent les temps de fêtes. En effet, elle sert autant à marquer le calendrier qu’à créer, par l’extraordinaire d’un mets, un moment exceptionnel. D’une part, via les dons aux établissements de bienfaisance, les hospices reçoivent des quantités importantes de nourriture et, qui plus est, des aliments souvent rares dans leur régime alimentaire ordinaire. On note par exemple au moins six envois de fruits de la part du roi, principalement des fraises, à l’Infirmerie durant l’été 1870155. De même, l’envoi de plus en plus systématique à partir de la deuxième moitié du xixe siècle des objets saisis par la police bruxelloise offre aux pensionnaires de l’Infirmerie de goûter à des mets plus délicats comme des faisans, perdrix ou écrevisses156. C’est le cas encore du repas offert par un certain Monsieur Parmentier en avril 1894 au refuge des Ursulines composé de soupe, pommes de terre, bœuf rôti, chou, saucisses et desserts.

    83D’autre part, les festivités annuelles ou plus exceptionnelles permettent aussi des repas extraordinaires aux pensionnaires. C’est le cas des fêtes de Noël à l’occasion desquelles des porcs de l’Infirmerie sont abattus pour être distribués entre les différents établissements de l’assistance publique157. Le plus grand festin est alors sans doute celui offert aux pensionnaires et au personnel de l’hospice de l’Infirmerie à l’occasion du mariage de son Altesse Royale le prince Albert158. Estimé à trois francs par tête, c’est-à-dire près de trois fois le prix d’une journée normale revenant la même année à 0,80 et 1,5 franc, les pensionnaires se voient régaler de lapin et de compote à la cassonade. Un quart de bouteille de vin est prévu en plus de la bière habituelle et à cela s’ajoutent une bonne tasse de café et un petit verre de cognac pour fêter l’événement. De plus, les pensionnaires reçoivent chacun à cette occasion une photographie de la princesse et les fumeurs repartent avec un paquet de tabac. Au-delà du menu, le moment du repas en lui-même est particulier, puisque le baron Lambert et son épouse, mécènes du banquet, y assistent. Le vieillard le plus éloquent est alors chargé de se faire le porte-parole des pensionnaires pour leur adresser leurs remerciements.

    Des vieux mangeurs malades, édentés et mécontents

    Une alimentation thérapeutique

    84Nécessairement réparatrice, l’alimentation est le moyen considéré le plus efficace au xixe siècle pour pallier les pertes de l’organisme qui caractérisent potentiellement tous les vieux pensionnaires des hospices. L’économie ne préside donc pas seule à la définition du menu. Les avis des médecins peuvent, eux aussi, être déterminants. L’alimentation, après être dépense mais avant d’être saveur, est thérapie. Elle participe au traitement général qu’offre l’hospice et se doit d’être substantielle et abondante. Dès lors, le régime alimentaire est l’objet d’une attention particulière. D’une part, des régimes et des aliments spéciaux sont prescrits aux malades en fonction de leur condition. Le contenu, inscrit sur des planches, s’écrit aux lits des malades. Servis dans leur dortoir, les horaires des repas en sont d’autant plus stricts, subordonnés au service du personnel et aux impératifs qui leur incombent159. D’autre part, le menu ordinaire pour les pensionnaires bien portants fait, lui aussi, l’objet d’une réflexion médicale. Les infirmités et les maladies qui caractérisent plus fréquemment les pensionnaires de l’Infirmerie expliquent ainsi, selon un de ses directeurs, la nécessité d’une alimentation plus conséquente que pour les pensionnaires valides de Sainte-Gertrude et des Ursulines160. Il avance la « position exceptionnelle d’infirmités dont sont généralement atteints nos pensionnaires » doublée « de leur présence continue à l’Etablissement » pour justifier un prix à la journée plus élevé que dans les deux refuges161.

    85Parmi les aliments de cette nourriture thérapeutique, trois exemples nous permettent de détailler ce double rôle de nourriture et de médications de l’alimentation au sein des hospices ainsi que les saveurs qu’ils impliquent pour les vieux pensionnaires. La viande, l’alcool et les médicaments troublent, en effet, en fonction de leurs usages et de leurs composantes, la ligne de démarcation entre médication et nourriture.

    La viande

    86La viande de boucherie particulièrement – entendue comme les morceaux de bœuf, veau ou mouton –, réputée pour ses valeurs nutritives et réparatrices, est l’aliment incontournable de l’hospice comme d’ailleurs des hôpitaux et des asiles du xixe siècle. Elle joue un véritable double rôle de denrée alimentaire et de traitement médical162. La discussion qui entoure l’introduction de hachis à l’hospice de l’Infirmerie en 1851 est de ce point de vue tout à fait caractéristique.

    87En effet, le remplacement de la viande par le hachis décidé en 1851 ne se fait pas sans l’avis des médecins. Ceux-ci approuvent le changement, mais ils conseillent de le limiter à un jour par semaine, « guidés par le principe que le hachis contient beaucoup moins d’éléments de réparation que la viande de boucherie163 ». Ils soulignent encore que « si on étendait la mesure à plus d’une fois la semaine, elle aurait pour résultat de diminuer les moyens de nutrition et les conséquences qui pourraient en découler, sans nous être connues ici par l’expérience sont faciles à déduire. Qu’une épidémie survienne, si elle s’abat sur une population mal nourrie, ses ravages seront plus graves164 ».

    88Au menu des pensionnaires pour en fortifier l’état de santé, la « vraie » viande selon les critères médicaux du xixe siècle ne convient pas pour autant aux perceptions gustatives de ces derniers. La viande est alors, nous le verrons, clairement identifiée dans les plaintes des vieux pensionnaires au sujet de leur nourriture.

    L’alcool

    89La persistance du vin comme médication tout au long du xixe siècle se lit selon Georges Vigarello comme « l’archaïsme de l’élixir165 ». En effet, considéré tonifiant et énergisant, l’alcool offre une « trouble séduction166 » et répond aux différents modèles de corps véhiculés au xixe siècle. Dans les hospices, si la bière de table est entendue et définie comme une boisson courante et ordinaire, les quantités consommées peuvent déjà varier selon les individus et leurs affections. Le vin, par contre, et plus rarement le champagne, sont achetés la plupart du temps sur prescriptions médicales. L’alcool est administré aux pensionnaires et personnels selon leur fonction ou affection. Comme il a été mentionné pour les odeurs, vin et bière sont ainsi distribués aux domestiques confrontés aux émanations délétères des pensionnaires cancéreux afin de fortifier leur constitution. Mais ils le sont aussi pour diverses affections des pensionnaires, aussi variables que la perte d’appétit ou des hémorragies167.

    90L’alcool décliné sous les formes du vin et du champagne revêt clairement un rôle particulier dans les hospices du xixe siècle. Médicament, il est prescrit pour des affections précises. En partie, les saveurs des vieux pensionnaires malades nous sont encore accessibles.

    Les médicaments

    91Il est par contre moins facile d’identifier les saveurs et l’expérience gustative d’autres médications présentes dans les hospices. Car il s’agit également de substances qui se goûtent et s’ingèrent168. En 1867 par exemple, les traitements prescrits pour combattre le choléra aux Hospices-Réunis passent par une alimentation spécifique. Dans un premier temps, la diète absolue et des boissons chaudes sudorifiques ou légèrement excitantes sont prescrites aux malades. Ensuite, purgatifs salins ou opiacées et excitants viennent renforcer le traitement si nécessaire. Autre exemple, une liste des médicaments journaliers en 1887. Elle indique une série de substances parmi lesquelles la plupart, entre autres utilisations, s’ingèrent169. La teinture d’iode, par exemple, se mélange au café, au vin et infusions contre les vomissements170. De même, l’huile de ricin, « purgatif des plus sûrs et des plus employés171 » est administrée mélangée à du bouillon, du café ou toute autre boisson. La farine de moutarde peut s’absorber directement à des fins laxatives, « la légère irritation produite sur la muqueuse de l’estomac et de l’intestin [favorisant] le travail digestif ».

    92L’expérience gustative de ces éléments nous est, contrairement au vin et au champagne, beaucoup moins commune. Le mélange des substances à des aliments rappelle ceux utilisés dans les asiles pour camoufler le mauvais goût de certains médicaments172. L’huile de ricin, notamment, est reconnue pour être une substance particulièrement nauséabonde173. Également, le mélange à des aliments semble nécessaire pour diluer l’effet des substances qui sont pour la plupart décrites comme « irritantes » et « caustiques » lorsqu’elles sont prises en trop grande quantité174. Les médications semblent alors participer à une expérience gustative plutôt négative dans les hospices. Encore que, dans le cas d’une épidémie de rhume à l’Infirmerie, le directeur est autorisé à distribuer aux pensionnaires une tisane composée de lait, thé de tilleul, alcool, sucre et cannelle ; autant de saveurs encore aisément identifiables aujourd’hui et connotées plus positivement175. La ligne de démarcation entre médication et nourriture se révèle particulièrement ténue, mouvante, selon les utilisations qui sont faites des ingrédients.

    Facile à manger

    93Dans une moindre mesure, après les exigences économiques et médicales, la prise en compte de certaines particularités des pensionnaires des hospices participent à la définition du menu. De fait, les problèmes de mastication sont répandus parmi les populations largement édentées des hospices. Et les pensionnaires eux-mêmes s’en font l’écho. Dans la plainte adressée au Conseil sur la qualité de leur nourriture, les pensionnaires de l’Infirmerie expriment leur difficulté à manger : « La viande (peut-être de bonne qualité) mal apprêtée, et si pas impossible, très difficile à mordre pour la plupart de nous dont la denture fait défaut serait remplacée avantageusement par des hachis ou des œufs de temps à autres176. »

    94Des grandes quantités de lait sont alors nécessaires, comme en attestent les dires du directeur en place en 1831 : « La population de cet hospice nécessite la consommation d’une grande quantité de lait car elle ne se borne pas seulement au déjeuner [mais] une grande partie est encore employée en bouillie pour les malades, les infirmes & les cancéreuses177 ». Longtemps destiné en particulier aux nourrissons et aux vieillards, le lait se voit encore accorder des vertus médicamenteuses et curatives tout au long du xixe siècle178. De même, l’importance des déchets de table de l’hospice s’explique selon le directeur de l’Infirmerie par les problèmes de dentition de ses pensionnaires :

    « Les déchets de table peuvent encore paraître considérables mais ne sont cependant pas exagérés lorsqu’on considère que l’hospice possède une population de 400 personnes et que la plupart de celles-ci, par suite de la difficulté de mastication ne mangent jamais les croûtes de leurs tartines […] il serait difficile, si pas impossible, de réduire encore les déchets de table179. »

    95En plus de leur attrait économique, les boulettes et hachis présentent alors l’avantage d’une mastication facile et ce, malgré la valeur nutritive bien moindre qui leur est accordée180. À noter alors la récurrence des formes « écrasées » des repas des pensionnaires des Ursulines qui décrivent au jour le jour les repas des pensionnaires : bouilli181, soupe, carbonades, hachis… contribuent à une définition du manger vieux que les pensionnaires d’ailleurs réclament.

    Insuffisante et mauvaise

    « Messieurs,
    Les pensionnaires de l’Hospice de la rue du Canal prient Messieurs les membres du Conseil des Hospices de bien vouloir s’intéresser à eux, en venant se rendre compte par eux-mê
    mes de la distribution journalière de leurs nourriture, qui laisse à désirer sous certain rapport. Café soi disant café, archi mauvais et qui nous indispose tous, plus qu’autre chose. La soupe, notre nourriture préférée est sans consistance aucune, et sans changement, alors que nous sommes en pleine saison de légumes nouvelles. […] La meilleure enquête afin de vérifier notre juste réclamation serait d’assister à une de nos repas et nul doute, nous somme convaincus que notre réclamation messieurs serait l’objet de votre attention. Nous savons que nous n’avons pas le droit d’être exigent, nous ne le sommes pas, nous demandons simplement une amélioration, et que l’on s’intéresse un peu à la vieillesse délaissée, et à la merci d’une direction.
    Les pensionnaires réunis182. »

    96À l’image de cette lettre des pensionnaires de l’Infirmerie en 1890, un certain nombre des plaintes au sein des hospices concerne la nourriture183. Quantité et qualité de la nourriture en sont les principaux objets. La plupart du temps classées sans suite, elles ne le sont cependant pas sans enquête dont plusieurs mentions sont retrouvées. En 1873, une note des membres du Conseil constate d’ailleurs que la nourriture n’est pas préparée à l’Infirmerie « avec tout le soin désirable », et donne des instructions « ayant pour objet d’obvier aux plaintes qui sont parvenues au Conseil relativement à la qualité de la nourriture des pensionnaires de l’hospice184 ».

    97Au-delà de cette reconnaissance partielle, il est bien difficile de rendre compte de l’exactitude du contenu des plaintes ni de leurs effets. Cela étant, elles n’en restent pas moins intéressantes puisqu’à travers celles-ci se lisent des bribes des perceptions des pensionnaires. Les descriptions des aliments à améliorer sont précises. Principalement, il s’agit du café « fait en grande partie avec de la chicorée185 », « fort médiocre186 » et « soi disant café, archi mauvais et qui indispose187 » ainsi que de la soupe qui est « sans consistance et sans changement188 », « bouillie réchauffée est également toujours répété189 », « faite à la graisse et tous les jours la même190 ». Les qualificatifs de la soupe introduisent alors un élément essentiel du quotidien alimentaire de l’hospice : la monotonie de sa répétition. Il est intéressant de noter la chronologie de ces plaintes bien que l’éparpillement des archives rende délicate toute généralisation. En effet, à part celle de 1847 des « enfans gâtés », concernant une catégorie privilégiée des pensionnaires de l’Infirmerie, les plaintes se situent essentiellement à la fin du xixe siècle. Dès les années 1860, nous l’avons souligné, la question de la quantité de la nourriture étant généralement réglée dans les milieux populaires grâce au recul des crises alimentaires violentes, le débat se déplace sur la qualité de l’alimentation191. La viande de bœuf et surtout le beurre sont ainsi beaucoup plus souvent consommés à la fin du xixe siècle192. Il ne serait dès lors pas étonnant que les pensionnaires de la fin du siècle se révèlent plus exigeants que leurs prédécesseurs. De même, il est probable que la sécurité alimentaire de la première moitié du siècle ne suffise plus à ces nouveaux mangeurs, pour qui la monotonie de l’alimentation proposée ne répond plus à leurs attentes.

    ⁂

    98Les saveurs, par le biais des aliments, ont une fonction tout à fait essentielle dans les hospices : celle d’organiser l’espace social. Entre pensionnaires et personnel, entre pensionnaires du régime commun et pensionnaires privilégiés, entre malades et bien portants. Les dimensions économique et médicale président aux choix imposables à l’ensemble des pensionnaires. Toutefois, les vieux mangeurs font aussi entendre leur voix pour en influencer le cours en fin de siècle. Ce faisant, une alimentation propre au grand âge se construit, alliant substantialité et abondance, le tout sous une forme compressée facile à ingérer par des mauvaises dentitions. Dans la première moitié du siècle, l’hospice offre alors une sécurité alimentaire rarement connue parmi les populations pauvres de la capitale. Mais le siècle avançant en même temps que les exigences des papilles, le recul des crises alimentaires laisse aux pensionnaires des interstices pour se plaindre. À travers leurs requêtes alimentaires, il s’agit, par extension, de l’expression de la volonté des vieillards de participer aux évolutions qui profitent à l’extérieur. Ils en ont connaissance et revendiquent l’intégration dans l’hospice des standards nouveaux qui s’élaborent à la fin du xixe siècle.

    Touchers

    99Le toucher, au sein des hospices, dépend des états de corps de ceux qui y éprouvent ce sens. Le premier point permet de ramener au premier plan les états de corps qui caractérisent les vieux pensionnaires des hospices. Malades ou usés, la configuration des contacts est particulière, tout comme les touchers qu’ils entraînent. Personne ou objet, le recours à des intermédiaires devient nécessaire à ces corps défaillants, multipliant les rencontres des peaux et des surfaces. Ayant laissé au chapitre sur la matérialité le contact des pensionnaires aux objets193, le deuxième point tente d’inventorier leurs contacts avec les personnes qui les entourent. Ce rapprochement des corps appelle nécessairement, dans le contexte de l’hospice, la question du soin et de l’assistance. Le soin au sens strict de l’intervention médicale : entre les prescriptions et leurs applications, par qui et comment sont soignés les vieillards hospiciés ? L’assistance au sens plus large du déroulement du quotidien : entre mobilité réduite et organisation institutionnelle contraignante, par qui et comment sont assistés les vieillards hospiciés ? Ce faisant, ces touchers particuliers placent au centre les vieillards, objets mêmes du contact des médecins et chirurgiens, du personnel subalterne et, finalement, des pensionnaires eux-mêmes.

    Toucher l’hospice

    100Chercher le toucher, c’est chercher le contact, la rencontre des corps des vieux pensionnaires avec leur environnement, qu’il soit personne ou objet. Les états de corps apparaissent alors fondamentaux pour appréhender les touchers qui peuvent en découler. Mais Alain Corbin le soulignait déjà en 2005 dans la grande synthèse dirigée avec Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello : « Rien, ici [dans ce livre] […] sur la perception du vieillissement194. » Force est de constater, en effet, que la vieillesse et le vieillissement apparaissent peu (voire pas du tout) dans les histoires de corps réalisées jusqu’à présent195. Pourtant, il s’agit bien d’une histoire de corps et parmi les plus universelles. Et celle-ci se pose avec d’autant plus d’acuité lorsqu’il s’agit d’une prise en charge institutionnelle : c’est le corps qui détermine, par son invalidité ou sa validité, le type d’institution auquel le vieillard peut souscrire. Mais si les vieillards des hospices du xixe siècle ont laissé peu de traces écrites de leur expérience en institution, que dire de leur corps ?

    101Les descriptions des corps dans les hospices sont souvent celles extrêmes des pensionnaires malades et infirmes. « Dejections », « décrépitude », « démence » sont, parmi d’autres, les termes utilisés196, dessinant de ce fait des corps sales en attente d’une mort prochaine à l’image de cette pensionnaire des Hospices-Réunis pour qui le transfert à l’hospice de l’Infirmerie est demandé : « Ramollissement cérébral. Maintenant elle reste alitée, fait ses déjections sous elle et va tomber en démence sénile. Son transport aux Incurables est donc de la dernière urgence197. »

    102Moins dramatique et moins décrit, un autre état de corps des pensionnaires se laisse entrevoir : l’usure. S’il est évident qu’elle caractérise les vieux pensionnaires des hospices, choisis par les administrateurs en raison de cet état de corps particulier, il apparaît important de le rappeler pour aborder la question du toucher. Un corps vieux qui n’est pas malade mais usé et pour lequel le « désarroi thérapeutique198 », qui caractérise globalement le xixe siècle, ne peut rien faire. Les objets dans l’hospice prennent un autre sens. Lit, rampe, canne, bandage herniaire, chaises percées… se relisent au prisme des états de corps des pensionnaires et de leur contact, du toucher que l’un et l’autre impliquent199.

    103Ainsi si l’expérience des corps est certes teintée des distinctions sociales et des différents modes de prises en charge qu’elle entraîne, elle est marquée plus encore par les degrés d’infirmités ou de validité. Ceux-là même vont déterminer l’intensité des contacts, des touchers entre les pensionnaires et ceux qui les entourent.

    Au contact des personnes

    Le toucher médical

    104Plusieurs auteurs soulignent l’importance croissante du toucher dans l’examen et l’enseignement médicaux tout au long du xixe siècle. Jusqu’au xviiie siècle, en effet, l’examen physique du patient par le médecin ne participe pas aux pratiques professionnelles qui se basent essentiellement sur les récits des malades et l’observation externe. Au xixe siècle, des conceptions nouvelles du normal et du pathologique introduisent un nouveau rapport au corps de l’expertise médicale. Les causes des maladies sont devenues organiques et se recherchent à l’intérieur même du corps200. À travers les médecins de l’hospice, se pose la question de ce toucher thérapeutique émergeant, appliqué aux vieillards dans le cadre des établissements. Quels en ont été les développements et les modalités concernant les pensionnaires d’hospices ? Les observations recueillies dans le point concernant les médecins permettent d’affirmer l’existence d’un contact physique avec les pensionnaires puisque celui-ci donne lieu à des contestations201. Mais ce contact n’en reste pas moins extrêmement limité, peu pensé même, à l’instar de l’intervention médicale en général dans les hospices. Hormis le moment de la visite et d’un éventuel diagnostic, inévitablement bref sous le rapport du nombre de médecins pour le nombre de pensionnaires, les médecins et même les élèves internes et externes ne sont donc pratiquement pas ou très peu en contact physique avec les pensionnaires. Rappelons de même que la visite médicale ne concerne que les individus malades et que tout pensionnaire valide légèrement indisposé se présente de sa propre initiative devant le médecin durant sa visite202. La décision de se soumettre à la visite médicale, à la vue et au toucher du médecin revient alors dans une certaine mesure aux vieillards eux-mêmes.

    L’exception de la clinique

    105Bien que marginal, le moment particulier de la clinique renforce néanmoins la présence du médecin. En effet, un aspect important de la présence médicale à l’Infirmerie et plus particulièrement encore pour le point qui nous intéresse ici, se trouve être la mise en place d’une clinique des maladies de vieillards et des cancéreux en principe hebdomadaire à partir de 1843203. La clinique consiste en un enseignement, au chevet du malade, des affections spécifiques aux vieillards, à l’instar d’autres branches de la médecine à l’aube de leur spécialisation. Par des cas pratiques, les médecins en chef donnent donc classe à un nombre toujours plus important d’étudiants autour d’un sujet de chair et d’os, pensionnaire de l’hospice. Valérie Leclercq, dans sa thèse sur les relations entre médecins et patients aux xixe et xxe siècles, dresse un tableau fascinant de ce moment particulier204. Elle le caractérise comme celui d’une « “sujétion” pure » de l’individu concerné, caractérisé par sa « nudité, un corps encore en souffrance, une immobilité intensément scrutée, le silence imposé, l’évidence d’un différent social, [ainsi que] l’exposition aux jugements moraux205 ». Plus qu’une simple exposition, « le patient est palpé, percuté, ausculté, épluché, retourné dans tous les sens206 » impliquant un toucher médical particulièrement intrusif. Avec pour horizon l’amélioration des thérapeutiques certes, le toucher clinique sert à l’enseignement et non au soulagement immédiat du pensionnaire qui, la plupart du temps, prête contraint son corps à l’exercice. Le tableau amène alors avec force une réalité non négligeable du toucher médical à l’Infirmerie, qui existe d’ailleurs dans une moindre mesure au cours de la visite médicale quotidienne pour les élèves internes et externes qui composent le personnel médical.

    106Toutefois, la clinique des maladies de vieillards apparaît secondaire dans l’organigramme de l’enseignement de la médecine et ne sera, pour toute la période étudiée, jamais rendue obligatoire à l’ensemble des étudiants, contrairement à celles tenues dans les deux hôpitaux. Lors de l’importante réorganisation des cours cliniques à l’Université libre de Bruxelles en 1871, la marginalité de l’hospice de l’Infirmerie dans l’enseignement de la médecine se marque au travers des horaires207. En effet, dans les deux hôpitaux, se déroulent quotidiennement les cliniques médicales et chirurgicales, des maladies des enfants, des maladies de la peau, des yeux, des maladies syphilitiques. À l’hospice de la maternité208 se déroule celle des accouchements trois fois par semaine. À l’hospice de l’Infirmerie, la clinique des maladies des vieillards se déroule une fois par semaine seulement, le dimanche. À nouveau, l’hospice apparaît comme un lieu d’intérêt scientifique de seconde zone, loin derrière les hôpitaux universitaires en constitution.

    Le toucher du personnel subalterne

    Nécessaires contacts

    « Les fonctions des gardes-malades établies dans cet hospice, consistent à soigner les Pensionnaires malades et à assister celles qui sont infirmes. Savoir : les soins à rendre aux Pensionnaires malades consistent 1) à avertir Monsieur le Medecin de cet hospice de la maladie survenue ou de sa continuation et à chercher à l’hôpital de St Jean les medicaments prescrits […] 2) à se conformer exactement au regime prescrit par Monsieur le Medecin ; cest à dire à donner aux malades, aux temps et aux heures fixées les medicamens et les boissons ordonnées. 3) à tenir en état de propreté le lit et la chambre des malades. 4) à veiller auprès les malades lorsque Monsieur le Medecin le trouvera convenir…
    Quant à l’assistance à donner aux Infirmes, reconnues telles par Monsieur le Medecin, elle consiste à
    leur procurer les eaux dont elles ont besoin, à faire leur lit, allumer leur feu, et si elles ne peuvent sortir, à chercher chez le boulanger le pain et le beurre dont elles ont besoin209. »

    107L’exemple, tiré de l’hospice Pachéco à l’aube de notre période, n’est pas généralisable à tous les établissements. Pour autant, il pose les jalons de ce qu’auront probablement contenu et recouvert les soins aux pensionnaires dispensés par le personnel domestique. De la mission de surveillance des malades à l’application des prescriptions médicales, en passant par l’entretien du lit, du feu et du ménage en général, voilà autant d’occasions de gestes dirigés vers les pensionnaires, autant d’occasions de contacts physiques entre ces derniers et le petit personnel des hospices. Dès lors, et comme il a été mentionné rapidement ci-dessus, le soin proprement dit aux personnes âgées des hospices, ou du moins celui qui implique un contact physique avec elles, est effectué par le personnel subalterne. Celui-ci, on l’a vu, oscille entre domesticité et profession infirmière et les appellations correspondent rarement aux tâches effectivement réalisées210. Les connaissances médicales sont acquises sur le tas en fonction des endroits et des tâches auxquels ce personnel est assigné. Mais comme le note Benoît Majerus, indépendamment de la professionnalité de ces individus, prendre soin des vieillards implique d’importants et directs contacts des corps211. Ceux-là se mesurent selon des seuils plus ou moins conséquents, d’une simple course effectuée à la place de, jusqu’à l’aide nécessaire aux besoins les plus essentiels et intimes : se nourrir, se déplacer, se laver ; l’intensité des contacts étant déterminée par le degré d’infirmité des pensionnaires.

    Incontournables violences ?

    108Pour l’essentiel, c’est à l’Infirmerie que la question du toucher entre personnel subalterne et pensionnaires se pose avec le plus d’acuité. Principalement, il en est question à travers plusieurs plaintes tout au long du siècle qui rendent particulièrement visibles les gestes brusques ou violents des domestiques sur les pensionnaires212. Il existe alors un contraste saisissant entre les termes de « douceur » et « égards » prescrits par les règlements – à propos des contacts devant régir les rapports des gens de peine aux pensionnaires, et ce en raison du grand âge de ces derniers – avec celui de « brutalité » retrouvé dans les archives213. Plusieurs cas de renvois de domestiques pour « brutalité », « manque de soin » ou « négligence » apparaissent alors dans celles-ci214, traces significatives de la condamnation de la violence comme mode relationnel tout comme de la présence de ce genre de rapports au sein des hospices.

    109Dans les plaintes, les actes de brutalité se déclinent sous les termes suivants et entraînent gestes et violences tactiles. Une pensionnaire de 86 ans est à deux reprises « trainée dans le corridor par l’infirmière de garde215 ». Les domestiques sont accusés d’« excessive brutalité à l’égard des personnes confiées à leurs soins216 », de « brusqué[er] les malades » et de les « jetés[er] sur leurs lits comme des morceaux de bois217 », ou encore de les « rudoyé[er]218 ». Les pensionnaires, quant à eux, sont dits avoir « reçu des coups219 », être « prit[s] par les mains et [jeté] tout de son long sure le plancher220 » ou encore « battu par un servante qui était dans un état d’ivresse221 ». L’absence de gestes du personnel domestique par manque de temps, paresse ou négligence est également incriminée pour donner lieu à des mauvais traitements. Le cas de la Veuve P. illustre le plus clairement ces situations : « La Veuve P. […] ayant été admis à l’hospice comme incurable n’y a pas pu rester. Elle devait y mourir de faim. Cette malheureuse n’est plus capable de porter sa main à sa bouche, on doit lui donner à manger comme à un enfant. Chose que la servante de l’infirmerie n’a pas le temps de faire. […] en outre on la mettait du matin au soir dans une chaise percée. Sa chemise retroussée de manière qu’au bout de quelques jours son derrière n’était plus qu’une plaie222 ».

    110Toutefois, en parallèle de ce miroir déformant livré par les archives qui retiennent principalement les dysfonctionnements, il est intéressant de noter que la plupart des plaintes retrouvées aboutissent sur un non-lieu. Classées « sans suite », les affaires de maltraitance des domestiques se terminent rarement par le renvoi des domestiques accusés. Ce nombre important de non-lieux est difficile à interpréter. Il invite d’une part à lire une direction protectrice de ses employés, difficiles à recruter223. Mais d’autre part, il laisse voir une direction préventive, attentive aux risques de violence sur ses pensionnaires, dont l’absence, dans un même mouvement, garantit sa bonne gestion. À ce titre, le respect qui habille le statut de la vieillesse apparaît un élément important. Les chiffres retrouvés pour la fin de la période sur les causes de départs des domestiques permettent également de relativiser les violences relatées dans les plaintes224. Sur 152 individus, les départs volontaires des domestiques sont plus nombreux (49 %) que les départs pour causes de renvois (28 %). Et parmi ceux-ci, ceux dus au non-respect de la discipline (rentrées tardives, vol, ivresse en dehors des heures de travail, etc.) sont plus fréquents (16 %) que la négligence ou la violence des domestiques (10 %). Les violences du personnel sur les pensionnaires ne sont sans doute pas aussi incontournables ni numériquement aussi importantes que ce que laissent entrevoir les plaintes. Pour autant, s’ils sont numériquement moins importants et à l’image des cas invoqués ci-dessus, les situations de violence marquent les esprits et l’image des hospices par la dureté de leurs échanges.

    Des torts partagés

    111Il apparaît important de noter que la violence physique n’est pas l’apanage des domestiques. Elle se retrouve également chez les pensionnaires. Contre l’argument du domestique violent est alors souvent opposé celui du pensionnaire difficile. Physiquement, les pensionnaires sont à leur tour l’objet des plaintes relatives à leur brutalité envers les gens de peine225. Ainsi, « si aux hospices Réunis il a fallu protéger les pensionnaires contre les filles de peine, ce sont celles-ci qu’il faut défendre, à Pachéco, contre les pensionnaires226 » déclare le directeur en fonction à Pachéco en 1843. S’il est alors plus question des comportements injurieux ou capricieux que revêtent aux yeux de la direction ces pensionnaires particulières, c’est bien de contact physique qu’il s’agit entre la servante Caroline B. et une pensionnaire :

    « J’ai interrogé toutes les pensionnaires de la salle et je n’ai pu établir que la prénommée avait été frappée par la servante. Voici ce que j’ai appris : Le dimanche de Pâques, la servante Caroline Boets, remplaçait l’infirmière de la salle, ce jour là. Jamais il n’a été constaté que celle-ci s’adonnait à la boisson, ni qu’elle maltraitait les pensionnaires. La Veuve V. est une personne qui est choyée par tout le personnel ; elle est d’un caractère très doux, mais le soir, au moment de la mettre coucher, elle devient irascible et on éprouve les plus grandes difficultés à la mettre au lit tant elle se débat. C’est ainsi que ce dimanche là, elle a glissé et est tombée sur sa table de nuit. Caroline B. se défend d’avoir brutalisé cette pensionnaire, bien que celle-ci lui ait craché au visage et pincé les bras227. »

    112La servante étant accusée d’avoir malmené une pensionnaire, l’enquête auprès des voisines de chambre d’une même salle amène cependant le directeur au constat inverse : dans cette affaire, il conclut à l’usage de la violence par la pensionnaire contre la servante.

    Morts et maladies, attentions particulières ?

    113Un dernier point permet d’approfondir et de complexifier la question des touchers dans l’hospice entre personnel subalterne et pensionnaires, d’en varier les modes qui ne peuvent se résumer au prisme exclusif d’une violence des premiers à l’égard des seconds. Car au même titre que les états de fragilités des pensionnaires exposent ceux-ci à la merci – au mieux de la négligence et au pire de la brutalité – des domestiques, ces mêmes états de faiblesses sont l’occasion de soins particuliers dispensés par le personnel domestique. D’autres types de documents que les plaintes permettent alors d’approcher les gestes du personnel en contact avec les pensionnaires et ce, dans un sens si pas plus positif, en tout cas moins violent.

    114D’une part, il s’agit des demandes du directeur pour des rétributions ponctuelles aux domestiques. Elles sont accordées à ceux qui assument au cours de veilles de nuit des soins particuliers prodigués à des pensionnaires malades ou mourants228. « Un cancéreux a dû être veillé pendant trois nuits consécutives. Les domestiques chargés de ce pénible service supplémentaire s’en sont acquittés avec une bonne volonté et un dévouement dignes d’éloges229 » relate, par exemple, le directeur de l’Infirmerie. D’autre part, il s’agit des demandes d’augmentation de traitement. Dans celles-ci, le détail de leurs tâches donné par les domestiques laisse entrevoir une série de gestes qui leur reviennent : « donner la nourriture comme à un enfant vu qu ils sont incapable à remuer aucun de leur membres230 », « doit les enlever et placer chaque homme dans sa chaise, le laver et puis netoyer la place et refaire les lits et apres midi remettre tous ce memes hommes dans leurs lits231 ». Ces demandes, en vue de l’obtention d’une augmentation, mettent au premier plan la pénibilité, voire la répugnance que ces tâches entraînent : « nous espérons qu’il vous plaira prendre notre triste metier en consideration en nous dotant d’une petite augmentation de traitement ce qui est bien meritoire pour faire la plus sale et plus contagieu besogne de la maison232 ». Mais elles laissent voir également, en creux, la proximité des corps, la nécessité quotidienne de leurs contacts233. La quotidienneté de ces corps à corps invite alors, à son tour, à penser d’autres formes relationnelles que celle de la violence.

    Le toucher des pensionnaires

    S’assister

    « Le vieillard était devenu infirme depuis le 23 juin 1877, ne pouvant plus s’habiller lui même ni refaire son lit, il avait besoin de soins tout particuliers qui lui ont été donnés par le pensionnaire V. lequel pour ce fait a souvent reçu des compliments de la direction. […] Depuis à peu près un an il n’était plus à même de sortir seul, par suite d’infirmités, et pour donner au pauvre vieillard quelque satisfaction la direction à désigné fréquemment d’autres pensionnaires pour le conduire à la promenade. Les nommés G. et D. on été souvent chargé de ces soins…
    Né à Bruxelles le 5 aout 1804
    [il] est entré au Refuge le 17 février 1876 et a été transféré d’urgence le 5 juin 1878 à l’hôpital St Jean, d’après un certificat médical délivré par Messieurs les Docteurs Charon et Corten qui avaient constaté que cet homme était atteint de démence, qu’il était dangereux pour lui même et pour ses co-pensionnaires. Ce vieillard avait tenté de se suicider la veille en se portant des coups de couteau à la gorge, mais il en a été empêché par ses camarade234. »

    115Le bref et tragique parcours du pensionnaire V. nous révèle l’importance du contact des pensionnaires entre eux. Ses voisins sont les assistants quotidiens de ses gestes les plus ordinaires comme l’habillement et les déplacements. Ils interviennent encore au moment de sa tentative de suicide. Il n’est pas anodin que cet exemple nous parvienne du refuge Sainte-Gertrude. De même qu’aux Ursulines, la vie collective y est assurée par les vieillards eux-mêmes. L’organisation des deux refuges renforce alors d’une certaine manière la solidarité et l’entraide entre les pensionnaires, voire, les y oblige. C’est du moins ce que suggère l’article 87 du règlement des Ursulines imposant que « les pensionnaires valides doivent aide et assistance dans les travaux de ménage ou tous autre ; ces travaux seront proportionnés à leurs forces et à leurs aptitudes. Les pensionnaires désignés par les personnes déléguées ne peuvent se soustraire, sous peine de consigne ou d’exclusion, à l’obligation de soigner les infirmes235 ».

    116Cela étant, cette obligation d’entraide et d’assistance aux infirmes des plus valides se marque dans chacun des textes réglementaires des hospices236. Entre contraintes et solidarité, l’entraide entre pensionnaires nécessite contacts et rapprochements dont il est difficile de déduire l’attachement ou la répulsion que ces contacts entraînent.

    Se battre

    117Pour autant, l’obligation de bonne entente et d’entraide des pensionnaires n’empêche pas des actes de violence entre eux. De la « rixe » aux coups de couteau, différentes affaires éclatent dans les hospices et émaillent le xixe siècle237. Le registre des punitions conservé pour le refuge des Ursulines permet toutefois de cerner davantage l’ampleur de ces éclats qui se révèle limitée, en comparaison avec d’autres actes réprouvés et punis par les autorités des hospices. En effet, sur les 1 700 punitions inscrites entre 1838 et 1914, seules 128 concernent directement des cas de violence physique entre les pensionnaires238. « Dispute », « coups donnés », « voie de fait », « soufflet239 » et « bataille » viennent alors caractériser ces échanges de violence physique entre pensionnaires. Le nombre de jours de consigne réservé à ces comportements s’assimile au nombre moyen des punitions distribuées : autour de 22 jours. À l’inverse, les plus nombreuses punitions concernent l’ivresse des pensionnaires. Les plus sévères sont, quant à elles, réservées aux cas d’ivresse récidiviste et scandaleuse ainsi qu’au manque de respect à l’égard des sœurs du refuge.

    118Vivement sanctionnés, les actes de violence entre pensionnaires sont donc intolérables dans l’hospice. La punition de ceux-ci renforce en miroir la communauté que tente d’imposer l’hospice en même temps que leur inévitable présence. Car, outre la parole, les pensionnaires s’expriment aussi dans les gestes. Ainsi, la violence entre pensionnaires existe à l’hospice sans pour autant y être exacerbée240. Rapportée avec fracas par les archives, elle n’en demeure pas moins exceptionnelle dans le quotidien et la longueur du siècle.

    S’aimer

    119Dans la gamme des touchers, il est rarement question de rapports sexuels des pensionnaires dans les archives, là où des affaires de domestiques scandaleux se déroulent plus visiblement dans les hospices bruxellois au xixe siècle241. C’est à travers les relations de couples que s’approchent alors, à demi-mots, les relations amoureuses et les contacts qu’ils impliquent entre pensionnaires. Sans parler pour autant d’une sexualité qui reste mystérieuse, les gestes sont tendres et recouvrent une proximité corporelle particulière. Ainsi, « tous les Bruxellois ont mainte fois observé avec attendrissement les époux M.-J., les deux pensionnaires de la rue du Canal qui se promènent presque journellement bras dessus bras dessous aux boulevards du centre242 ».

    120Il est frappant de constater d’une part combien l’amour conjugal est valorisé dans les discours d’hospice et d’autre part combien un amour hors de ces liens est condamné. En effet, bien que peu adaptés, les hospices se font les chantres d’une fin de vie à deux. C’est ainsi qu’un quartier spécial s’aménage aux Ursulines et que quelques chambres particulières sont aménagées à Sainte-Gertrude. Même à l’Infirmerie, où des couples mariés sont admis mais doivent vivre séparément, chacun dans son quartier respectif, une attention toute spéciale est portée aux retrouvailles de ces couples désunis. Celles-ci sont décrites notamment dans un article du journal La Réforme en 1891 :

    « Il y a dans la population de la rue du Canal dix ménages dont les conjoints sont astreints à habiter les quartiers nettement séparés réservés aux hommes et aux femmes. […] Dans la salle des gâteuses était assis auprès d’une pensionnaire à la chevelure blanchâtre emprisonnée dans un bonnet écarlate un petit homme dont la précautionneuse immobilité trahissait la cécité. C’était le mari et la femme. Depuis cinq ans on conduit tous les jours, à midi, ce petit vieux auprès de son épouse, où il demeure raidi sur sa chaise, arcbouté sur sa canne jusque six heures du soir. Vers quatre heures, un domestique vient déposer sur la petite table qui les sépare deux bols de café et, paisiblement, comme au temps jadis, ils goutent ensemble, excitant la jalousie des pauvres femmes qui se consument tous près dans l’isolement. Mais les autres ménages de l’hospice ne sont pas aussi accablés d’infirmités que celui-là243. »

    121D’une manière ou d’une autre, selon les possibilités des établissements, les liens conjugaux sont alors maintenus, entretenus, protégés.

    122À l’inverse, les relations amoureuses entre pensionnaires d’hospices hors mariage posent problèmes. Suite aux propos lancés par un pensionnaire des Ursulines – « Je vais souhaiter le bonsoir à ma petite femme, pour qu’elle ne soit pas jalouse244 » – les sœurs employées dans cet hospice se plaignent en 1838 à la commission administrative du refuge d’une séparation trop lâche entre les sexes. Mais à leurs inquiétudes, la commission oppose une bienveillance tranquille, l’auteur de la phrase restant « un vieillard octogénaire, homme pieux et d’une conduite constamment exemplaire245 ». Par ailleurs, une séparation radicale des sexes est impossible vu la configuration du bâtiment et déjà, les dortoirs sont organisés selon les sexes sans communication entre eux. D’autant plus qu’« il résulterait nécessairement de cette séparation pour ceux qui ont quelques anciennes relations d’amitié et d’estime avec d’autres individus habitant le Refuge, le désir de se revoir, et l’on se retrouverait hors de l’établissement, dans des endroits où des conférences moins innocentes auraient peut-être lieu246 ». Par là, les administrateurs ne sont pas tant moins stricts, plutôt, ils préfèrent garder sous une surveillance directe des vieillards potentiellement fornicateurs. À l’autre bout de notre période, en 1910, le pensionnaire D. C. et la pensionnaire S. préfèrent quitter volontairement le refuge Sainte-Gertrude plutôt que de cesser leur relation247. Interpellés par un administrateur, ils reconnaissent la nature de celle-ci par les termes d’« amant » et de « maitresse », impossible à maintenir au sein de l’établissement.

    123Aucun cas de mariage entre pensionnaires n’a été retrouvé dans les archives des hospices bruxellois. Mais il est fort probable, à l’image de ceux autorisés dans des hospices des communes voisines248, comme ceux retrouvés dans les archives des établissements parisiens249 que de telles rencontres aient pris place et aient été acceptées dans les hospices bruxellois. En reprenant les figures littéraires du xixe siècle exposées par Alain Montandon250, à l’abri des liens du mariage, l’amour entre vieillards est supposé du côté de l’affection, du respect, de l’attachement, et donc tout à fait acceptable pour des personnes âgées. Là où les relations informelles laissent penser à des formes de passion, potentiels désordres pour la vie des hospices et, plus largement, formes relationnelles inacceptables pour des vieillards251.

    ⁂

    124Par le toucher se ressentent davantage les états de corps des vieux pensionnaires. Malades ou plus simplement usés, ils nécessitent l’assistance des mieux portants. Rarement médecins, les assistants se révèlent les membres du personnel subalterne, sans cesse aux prises avec les corps des pensionnaires dans tout ce que leurs tâches recouvrent de contacts, de proximité et de touchers des corps. La couleur de ces échanges oscille de la violence aux soins attentionnés. Il apparaît alors intéressant de noter que la première ne s’exerce pas seulement à sens unique. Les domestiques aussi peuvent être l’objet de gestes agressifs de la part des pensionnaires. Mais les contacts sont encore, et pour une part importante, le fruit des échanges entre pensionnaires dont les trois déclinaisons présentées ici – s’assister, s’aimer et se disputer – permettent d’ouvrir sur leur multiplicité. Vivre ensemble, à côté, dans la configuration collective des établissements d’assistance et par les états de corps propres à la vieillesse, implique des contacts rapprochés qui se déclinent en autant de personnalités contenues dans les établissements.

    Temps

    125La notion de « temps construit », de « construction sociale du temps », est développée notamment par Florence Piron et Daniel Arsenault : « le temps non plus comme une condition a priori mais comme un produit ou un construit social, nécessairement situé historiquement, socialement et culturellement252 ». Penser, mesurer et vivre le temps ne seraient donc plus des actions universelles et uniques mais basculent dans le champ des sensations qu’il nous faut parcourir dans ce chapitre253.

    126Parmi les temps « historiques », « mythiques », « subjectifs », « racontés », « imaginés », « imposés », « bricolés », « volés », « cachés », « oubliés », « éclatés » issus de la « mort de ce Temps254 », le temps des hospices est à retrouver. Sans déconstruire absolument et jusque dans ses fondements le temps des pendules et des horloges, la question se situe plutôt dans les rapports que l’hospice et ses habitants établissent, entretiennent et détournent d’avec lui. Quelles mesures, quels usages, quelles perceptions du temps au sein des hospices pour vieillards ?

    127La question du temps se pose avec d’autant plus d’acuité qu’elle est ici associée à celle de la vieillesse. Au moment charnière de la vieillesse, traditionnellement entendu comme le terme de la vie, passé, présent et avenir s’inversent alors, se confondent, se transmettent, se racontent, s’oublient, se perdent peut-être au sein des hospices… Un premier point permet de contextualiser les possibilités de mesure du temps au xixe siècle en général et plus particulièrement dans les hospices. Matériellement et moralement, les cadres du (dé)règlement du temps sont posés. Un deuxième point permet ensuite d’explorer la pluralité des temporalités d’hospices, de celles ressenties à celles imposées.

    Temporaliser l’hospice

    Quelques éléments pour une juste mesure du temps au xixe siècle

    128Alain Corbin présente le xixe siècle comme un siècle charnière. Il est, selon lui, le temps de « l’accentuation de la conscience du sujet » d’une part et du « bouleversement radical du temps géologique » d’autre part255. La laïcisation des références temporelles ; l’imposition de plus en plus lourde du temps neutre et linéaire des horloges (opposé selon lui à celui, cyclique, des cloches) ; l’exigence accrue de précision, notamment par l’introduction et l’apprentissage de la minute ; ainsi que « l’assignation de plus en plus autoritaire de chacune des séquences temporelles à une tâche ou à une activité désignée » sont autant de caractéristiques propres à la « charpente temporelle » des sociétés occidentales du xixe siècle que l’historien observe256. Plus concise et spécifique, Marie Agnès Dequidt, s’inscrit dans la même interprétation du temps. Par le biais d’archives de consommation – pour une plus juste étude des usages, appropriations et intériorisations du temps et de ses mesures – elle observe pour le xixe siècle parisien les évolutions suivantes : un élargissement de la clientèle de l’horlogerie, parallèlement à une baisse des coûts de production, des horaires plus strictement encadrés, une gestion de plus en plus économique du temps et un accroissement de la précision dans la mesure. Aussi, elle situe l’appropriation individuelle de la mesure précise du temps à Paris au début du xixe siècle257.

    129Toutefois, ces deux auteurs relèvent également la relativité de ces évolutions, trop générales pour contenir l’ensemble des variations et des nuances qui composent le temps et son histoire. Déjà, et simplement, à titre d’exemple ou de preuve, la mesure « officielle » du temps n’existe pas au début du siècle, et se négociera tout du long. En effet, le temps se partage alors entre les heures « vraies » et les heures « moyennes ». Les premières sont données par le soleil, impliquant des différences au sein de mêmes pays, presque chaque ville possédant son « heure vraie ». Les deuxièmes heures, quant à elles, sont données par les horloges mécaniques que l’on règle au moyen de tables d’équations sur les heures « vraies ». Car les différences entre ces deux temps atteignent jusqu’au quart d’heure selon les saisons258. C’est donc finalement législativement que va se régler le temps, progressivement ou non selon les zones géographiques, mais certainement de plus en plus internationalement. Ainsi un World Standard Time est introduit à partir de 1864 mais ne concerne pas encore tous les pays occidentaux. En 1883, un standard mondial est mis en place par les compagnies de chemins de fer (dont l’impact sur l’harmonisation du temps est très importante). En 1884, une conférence internationale à Washington D. C. organise un système mondial de synchronisation du temps autour du méridien de Greenwich (Greenwich Mean Time, GMT)259. La Belgique ne rejoint ce système qu’en 1892, non sans grands débats autour des désorganisations et perturbations qu’entraînaient cette adaptation260. Une conférence internationale sur le temps, organisée à Paris en 1912, clôt finalement la valse des heures différenciées. L’Occident commence alors à développer la conception du temps qui nous est sans doute encore propre aujourd’hui. L’heure vraie est devenue celle des horloges, réglées de plus en plus précisément sur celle de Greenwich. Par ailleurs, au-delà de la relativité de la mesure officielle du temps, il nous faut également rappeler les différences d’usages et de perceptions de celui-ci, pour lesquelles le xixe siècle a ses particularités. Corbin souligne notamment pour cette période l’importance de la classe sociale, des zones géographiques, des métiers, des genres ou des orientations politiques261. Il fait même mention de la notion d’institution lorsqu’il évoque les internats, prisons, hôpitaux, ouvroirs et asiles – leur administration, la volonté de gestion du temps de l’autre – comme indicateurs du « quadrillage » du temps individuel, participant au contrôle disciplinaire de plus en plus étendu et caractéristique du xixe siècle.

    130Loin d’être unifié, le temps au xixe siècle se vit selon des critères propres. Et pour une part importante de la période qui nous intéresse, le temps se fixe encore localement, selon des règles particulières qui peuvent sans doute se décliner selon chacun des hospices étudiés.

    Mesurer le temps à l’hospice

    Matériellement

    131Comme mentionné dans le point sur les sons, la plupart des établissements possède des instruments collectifs de mesure du temps au moyen de grandes horloges assorties de clocher. Par exemple, l’hospice Pachéco se voit construire dans le bâtiment du boulevard de Waterloo un campanile, terminé par une girouette. De plus, un certain Monsieur Demeur, dont l’en-tête postal précise qu’il est horloger de la cour, établi rue de la Madelaine à Bruxelles262, se voit confier par l’administration des hospices la confection d’une horloge pour cet établissement. De la même dimension mais d’un ouvrage plus simple que celle de l’hospice de l’Infirmerie, elle indique l’heure et les minutes au moyen de deux aiguilles en fer et de chiffres dorés. Elle marche dix jours sans devoir être remontée, et sonne l’heure et la demi-heure (celle-ci par un seul coup) au moyen d’une cloche de 50 kg. « Le tout en première qualité et parfaitement achevé263. »

    132Individuellement, les inventaires des objets délaissés par les pensionnaires nous donnent également quelques indications sur la possibilité d’une mesure individuelle du temps264. À l’hospice Pachéco sur 16 inventaires entre 1887 et 1896, 7 pensionnaires possédaient un ou plusieurs instruments de mesure du temps, déclinés sous les termes d’« horloge à poid », d’« horloge réveil » ou de « pendule265 ». Aux Réunis, sur les 80 inventaires des pensionnaires décédées entre 1887 et 1897, 44 pensionnaires possèdent aussi un ou plusieurs instruments de mesure du temps dénommés « pendule », « réveil », « horloge » ou « montre266 ».

    133Toutefois, ces présences attestées de la possibilité de mesure du temps ne permettent pas d’observer l’usage réel qui est fait des différents objets mentionnés267. D’une part, la présence d’horloges collectives ne revient pas encore à dire que le temps est matériellement et correctement réglé puisqu’elles nécessitent d’être remontées régulièrement, entretenues et peuvent toujours, de ce fait, s’arrêter. Début du siècle, l’économe de Pachéco informait le Conseil que l’horloge de son hospice était « dérangé dans son mouvements et qu’il s’arrête souvent ». Et lui de préciser que cette horloge est « nécessaire aux habitans du dit hospice », demandant instamment d’entamer des réparations268. De même, dans l’état des pendules de 1850, la mention « Rien » caractérise la situation aux Hospices-Réunis. Un billet de la directrice précise : « il y en a deux qui ne marchent pas, je les ai trouvé ainsi à mon entrée dans la maison [probablement 1843]. À la réception de votre lettre j’ai fait venir un horloger il a dit qu’il était impossible de faire quelque chose de bien de ces horloges. Que l’ouvrage était de bois et très vieux269 ». D’autre part, rappelons également que la possibilité d’un temps individuel est évidemment conditionnée par le degré d’individualité laissé dans les hospices et ce n’est pas un hasard si les hospices Pachéco et Réunis viennent d’être cités en exemple. Il est cependant intéressant de souligner que ces objets du temps font partie de ceux, peu nombreux, emportés par ces dames pensionnaires lors de leur admission dans les hospices.

    134Il n’empêche, malgré ces difficultés d’appréciation d’usages, le temps est bien matériellement présent dans les hospices, au moyen de divers objets de mesures collectives et individuelles.

    Moralement

    135Outre ce temps objetisé, les hospices à travers leurs règlements, font état de ce quadrillage temporel observé par Alain Corbin. Autrement dit, d’une organisation morale du temps que les pensionnaires ont à passer en leur sein. Mais comme la définition des heures officielles met un certain temps à se fixer, les horaires mettent également plusieurs années à se préciser, au gré des mises en place des règlements. À partir de la deuxième moitié du xixe siècle, découpée de manière très précise, chaque tranche horaire a désormais son occupation, son but. Le premier règlement de l’hospice de l’Infirmerie est particulièrement détaillé. Au risque de se répéter, le détail en est le suivant. Il établit deux horaires selon les saisons hivernale ou estivale avec une ouverture des portes différenciée : de 6 h à 19 h en été et de 7 h à 17 h l’hiver. Les levers, les repas, les sorties, les couchers et l’extinction des lumières sont réglés sur base de ces deux horaires. Ainsi, le lever a lieu à 6 h ou 8 h et le déjeuner une heure après. Le diner est servi, durant toute l’année, à 12 h précises et doit finir à 13 h. Pour ce faire, les pensionnaires valides – pouvant normalement sortir de l’hospice – doivent être rentrés à 11 h 30, afin « d’apprêter leur refectoire et y être en place au moment de l’appel par la cloche270 ». Le soir, le souper a lieu à 20 h ou 19 h et il dure une demi-heure. Le coucher a lieu à 21 h 30 ou 20 h 30 et l’extinction des lumières une demi-heure plus tard. Ainsi c’est la cloche, plus que tout autre instrument du temps qui semble scander le rythme de la vie hospiciale271.

    136Tous les horaires des différents hospices fonctionnent sur le même principe d’ouverture des portes différenciée et de journée divisée entre moment de repas, moment de lever, d’activités, de sortie et de coucher272.

    Pratiquer le temps

    Une expérience partagée de la contrainte273

    137Hasard de la conservation ou traces significatives, chacun des établissements témoigne de la négociation du temps. En effet, de manière étonnante, les pensionnaires de tous les hospices se mobilisent, directement via des lettres collectives ou indirectement par l’intermédiaire de leur direction, pour négocier les manières de pratiquer leur temps. Plus précisément, il s’agit de la question du temps à passer au dehors des hospices qui anime les débats, comme l’expression d’une volonté d’étendre les temps en dehors du contrôle hospicial.

    138À titre d’exemple, il est possible de citer une lettre de pensionnaire de Pachéco datant de 1870. Signée par quatre pensionnaires, elle décrit trois types très différents de dames, qui toutes auraient avantage à pouvoir rentrer ou se coucher plus tard274. Premièrement celles, bien portantes, invitées à manger à l’extérieur : « Les distances sont trop longues pour que cela ne soit pas une entrave : on sait que l’usage de diner tard est introduit presque partout, et la privation de quelques diners par semaine est onéreuse ; parce qu’elle ote un des moyen d’existence à celles qui n’ont pour vivre que 15 centimes par jour, ce qui ne peut suffire, vu la chereté des aliments ». Deuxièmement, les « travailleuses », qui pourraient « se créer quelques ressource si elles n’étaient pas forcées de se coucher trop tôt : ayant leur besogne de ménage à soigner, elles ne peuvent guère compter, pendant les courtes journées, que sur les longues soirées ». Et finalement, même les moins valides auraient avantage à se coucher plus tard puisque souffrantes, « les nuits trop longues sont pour elles de longues insomnies ». De même, plusieurs lettres de pensionnaires de l’Infirmerie avancent qu’il est nécessaire d’étendre les heures à passer en dehors de l’hospice275. La presse même se fait également l’écho de ses revendications à la fin du xixe siècle comme l’atteste l’article déjà mentionné du journal Le peuple276.

    Temporalités différenciées

    139Comme mentionné dans le point sur les entourages, à propos des visites et des sorties277, si l’évolution générale tend à un adoucissement des horaires, les différences entre les hospices demeurent. Contrairement aux hospices Pachéco et Réunis, la moralisation des pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie, généralement plus pauvres, apparaît clairement à travers la question du temps et de sa négociation :

    « Nous ne pouvons plus en effet sortir qu’entre 4 heures et 6 heures du soir alors que dans les autres hospices à Ste Gertrude par exemple, les pensionnaires sont libres de 9 heures du matin à 7 heures du soir. L’hiver nous désirons être traité sur un pied d’égalité avec ces derniers. Ajoutez à tout cela que nous devons travailler pour l’hospice durant toute la journée pour ne recevoir à la fin de la semaine qu’un salaire dérisoire278. »

    140Avec ces mots, un vieillard de l’Infirmerie se compare au refuge Sainte-Gertrude et met en lumière les traitements différenciés en matière de temps. L’extension du temps libre à passer, notamment en dehors de l’établissement, se justifie beaucoup plus difficilement pour les pensionnaires de l’Infirmerie. Notons ainsi les propos du directeur en fonction en 1887. Celui-ci défend une restriction importante des horaires et ce, « dans l’intérêt de la santé des vieillards279 ». Car les pensionnaires en grand nombre « profite[nt] de la sortie quotidienne pour fréquenter les débits de liqueur et se livrer à des excès de boisson, ou bien des taudis d’ou ils rapportent le plus souvent la vermine280 ». Le temps passé en dehors de l’hospice ne serait, selon lui, que bu ou gaspillé. Cas isolé d’un directeur autoritaire et/ou d’une crise financière ponctuelle de l’administration281 ? Les débats de 1887, s’ils sont adoucis par des mesures postérieures, n’en demeurent pas moins exemplaires. Le temps à l’extérieur est un temps perdu qui ne se justifie pas en regard de la forte pression morale et sociale sur les vieux pauvres de l’Infirmerie.

    141Mais les plus pauvres ne sont pas les seuls dont la temporalité varie. Les états de santé influencent également les possibilités d’étendre ou de restreindre les horaires. Comme les différentes expressions du sensible l’attestent, le calme et le repos sont prescrits à la vieillesse malade et s’accompagnent le plus souvent d’horaire les plus contraignants. Alors que les horaires de coucher oscillent l’hiver entre 19 h et 23 h pour les pensionnaires valides, ils sont de 17 h à 19 h pour les infirmes.

    Dire et vivre le temps

    « Pourquoi accorde t’on de jouer aux cartes aux vieillards au refectoire jusqu’à 8 heures, 8 ½ heures, pourquoi pas nous laisser en ville jusqu’à 7 heures et qu’alors chacun se dirige dans sa chambrée respective ? Il est bien à comprendre que celui qui n’est pas [illisible] aux cartes entré depuis 6 heures doit joliment s’ennuier à côté de son lit et sa table de nuit dans sa chambre. Qu’on nous laisse au moins un peu de liberté encore le soir pendant que nous pouvons encore en profiter pour si peu de temps que nous avons encore à vivre à faire partie de ce monde282. »

    142Par ses mots, ce pensionnaire de l’hospice de l’Infirmerie nous introduit directement dans le vif du sujet d’un temps ressenti et subjectif par un vieillard à l’hospice. Non porté sur les jeux de cartes, il s’ennuie et demande de pouvoir rentrer plus tard, pour pouvoir profiter d’une liberté dont la jouissance est menacée par sa vieillesse, par une mort proche. L’argument n’est pas toujours employé mais revient régulièrement. La vieillesse et les infirmités empêchent de travailler, ralentissent les déplacements, font aspirer à la proximité des proches… Elles sont mises en avant, en somme, en faveur d’une plus grande largesse au niveau des sorties, comme la jouissance d’un temps qui reste encore, appel à la bienveillance, à la charité et à la confiance des décideurs. De même, la lettre précédemment citée des pensionnaires de l’hospice Pachéco laisse entrevoir plusieurs possibilités de passer le temps, certaines travaillent, d’autres rendent visite, d’autres encore, souffrent283.

    143Par le prisme de ces quelques archives concernant le temps dans les hospices, des voix se font entendre, des manières de vivre et dire le temps se transmettent. De là, certains éléments peuvent mettre sur la piste de ce qui influence la perception et le vécu du temps pour les pensionnaires des hospices. Détenteurs d’instruments de mesure individuelle comme les dames de Pachéco et des Réunis, certaines pensionnaires possèdent le temps comme elles possèdent leur commode. Mais la vie collective de l’hospice reste définie par le son et les appels de la cloche, généraux ils ordonnent. Cela étant, la mesure « officielle » n’est pas la seule à influencer l’expérience du temps. Tout comme pour la vue, l’alternance des saisons, avec comme conséquence principale des moments de luminosité plus courts ou plus longs, influencent grandement le temps que les pensionnaires ont à « perdre » une fois les portes des hospices fermées. « Je souffre tant de rester le soir sans lumière dans l’inaction284 » écrit cette pensionnaire en 1867 déjà mentionnée dans le point sur la vue. De là, il est facile d’imaginer une obscurité longue, pesante. Et ce, même indépendamment des saisons, si l’on remarque les mois estivaux desquels sont datées les lettres. Comme souvent les capacités physiques apparaissent déterminantes et les catégories valides/invalides fonctionnent encore concernant le vécu du temps. Temps allongé ou temps debout, temps retiré ou temps occupé, temps immobile ou temps déambulé… autant de différences de possibilités selon la mobilité et les forces de chacun. Et s’il est déjà difficile de raconter le temps des pensionnaires les plus « traçables » que sont les pensionnaires valides, travailleurs, écrivains…, on ne peut qu’imaginer, jusqu’à un certain point, l’expérience du temps des vieillards infirmes, incurables et gâteux qui peuplent les hospices.

    ⁂

    144Le temps, la façon de l’occuper et de l’organiser sont au cœur des préoccupations des directeurs et administrations des hospices, mais aussi des pensionnaires. Témoignage d’un quadrillage plus strict, d’un contrôle disciplinaire de plus en plus intégré dont les institutions totales se feraient le miroir grossissant de la société comme le suggère Corbin, évoquant Foucault ?

    145De fait, vivre à l’hospice signifie vivre dans des cadres imposés. Mais cette imposition est en lien avec les populations accueillies : peu à peu, se dessine une conception singulière des temporalités de la vieillesse assistée. Deux axes orientent la définition du temps vieux. D’une part, la pauvreté et le statut d’assisté impliquent un contrôle strict et une moralisation prégnante des cadres temporels. D’autre part, la vieillesse et la fragilité qu’on lui attribue impliquent l’organisation d’une vie calme aux horaires aménagés et bien réglés.

    146Face à ces impositions et ces temporalités différenciées, une expérience partagée de la contrainte, vécue comme telle par les pensionnaires, les pousse à négocier l’extension de leur temps libre. Inégalement entendus, le poids de la pauvreté et celui des états de santé marquent, encore une fois, de manière déterminante les expériences d’hospices.

    Conclusion

    147Odeurs, vues, sons, saveurs, touchers, temps. À travers les sources surgit davantage l’expression négative de ces sensations. Dans les hospices, elles deviennent infectes, difficiles, bruyantes, mauvaises, violentes, longues, pesantes… Pourtant, deux constats permettent de nuancer la noirceur du tableau. Tout d’abord, les archives relayent surtout les dysfonctionnements et les plaintes. Elles restent silencieuses sur les cas plus anodins, sans trouble du quotidien. Ensuite, à travers les sens se lit tout particulièrement l’opposition entre les auteurs des sources et les habitants des hospices. Entre élite bourgeoise à leur tête et classes populaires en leur sein, les hospices produisent un même espace sensible mais dont les perceptions diffèrent285. Les sources, produites pour la plupart par les autorités de l’hospice, relayeraient alors davantage les visions d’une élite sociale, se distinguant de plus en plus clairement dans son rapport au sensible dans la deuxième moitié du xixe siècle, que des conditions de vie problématiques.

    148Au-delà des distinctions sociales, l’attention aux sens et au temps permet de cerner mieux encore l’espace de l’hospice et les populations auxquelles il s’adresse. La vieillesse, déjà, se révèle une expérience éminemment sensible. Le corps s’affaiblit, se détériore et avec lui, les sens et leur perception. Malvoyance, surdité, difficultés de déplacement, problèmes d’incontinence, sont autant de caractéristiques qui s’observent dans les hospices. Il s’agit là de facteurs qui modifient et conditionnent radicalement le rapport à l’espace et comme nous l’indique le dernier point, au temps. Les états de santé des vieux pensionnaires influencent profondément leur expérience de l’hospice. Du fait des autorités mais aussi des pensionnaires, des normes sensibles se mettent en place dans les hospices pour accueillir le grand âge. Repos, calme, tranquillité, horaire propre mais aussi saveurs aux formes et aux goûts particuliers viennent dessiner un espace spécifique. À l’abri, propres aux vieillards et à leur prise en charge, les hospices se dessinent de plus en plus comme des espaces dans lesquels les irruptions du sensible tentent d’être régulées. De ce fait, l’organisation sensorielle des hospices devient outil de cette nouvelle définition. Les sens et le temps distinguent, isoent et relèguent certains vieillards. À nouveau, les états de corps de ceux-ci apparaissent importants comme nous le montre l’isolement des pensionnaires bruyants et odorants ou les horaires spécifiques aux infirmes mais l’origine sociale joue aussi un grand rôle dans la définition sensible des espaces comme c’est le cas des saveurs ou des possibles heures à passer hors de l’établissement qui hiérarchisent socialement les pensionnaires. Dans la définition générale des établissements d’assistance publique qui tend à effacer les différenciations sociales sous le poids d’une communauté d’état de pauvreté, les espaces des hospices et leurs expressions sensibles les ravivent alors pour distinguer entre eux les pensionnaires.

    Notes de bas de page

    1ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « Plainte à charge des Infirmières au service des Incurables », Rapport du Conseil, 28 octobre 1850.

    2Citation de Lucien Fèbvre dans Corbin Alain, « Histoire et anthropologie sensorielle », in Corbin Alain, Le temps, le désir et l’horreur, Paris, Aubier, 1991, p. 227.

    3Citation de Guy Thuillier et Jacques Léonard dans Corbin Alain, « Histoire et anthropologie… », op. cit., p. 229.

    4Corbin Alain, « Histoire et anthropologie… », op. cit., p. 228.

    5Smith Mark, « History of the senses. Producing sense, consuming sense, making sense: peril and prospects for sensory history », Journal of social history, no 40, 2007 (4), p. 841-858.

    6Vigarello Georges, Le sentiment de soi. Histoire de la perception du corps, Paris, Seuil, 2014, p. 247.

    7Voir notamment Deluermoz Quentin et al., « Écrire l’histoire des émotions : de l’objet à la catégorie d’analyse », Revue d’histoire du xixe siècle, no 47 (Quel est l’avenir du xixe siècle ?), 2013 [http://rh19.revues.org/4573], consulté le 3 mars 2014.

    8Contrairement au terme anglais emotion qui « est un terme à spectre sémantique large, qui englobe son équivalent français, tout en le débordant, notamment du côté du sentiment », le terme français émotion désigne « un mouvement psychique bref, le plus souvent reflété par le corps ». Boquet Damien et Nagy Piroska, « Une histoire des émotions incarnées », Médiévales. Langues, Textes, Histoire, no 61 (La chair des émotions), 2011, p. 11.

    9Ibidem.

    10Boquet Damien et Nagy Piroska, « Une histoire des… », op. cit., p. 12.

    11Mazurel Hervé, « De la psychologie des profondeurs à l’histoire des sensibilités. Une généalogie intellectuelle », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, no 123, 2014 (3), p. 26.

    12Ibidem, p. 31-32.

    13Ibidem.

    14Beck Robert et Krampl Ulrike, « Introduction… », op. cit., p. 16.

    15Mazurel Hervé, « De la psychologie… », op. cit., p. 31-32.

    16Mazurel Hervé, « Histoire des sensibilités », in Delacroix Christian et al. (dir.), Historiographies, I. Concepts et débats, Saint-Amand, Gallimard, 2010, p. 258.

    17Beck Robert et Krampl Ulrike, « Introduction », in Beck Robert, Krampl Ulrike et Retaillaud-Bajac Emmanuelle, Les cinq sens et la ville. Du Moyen Âge à nos jours, Tours, Presses universitaires François-Rabelais, 2013 p. 19-20.

    18Beck Robert et Krampl Ulrike, « Introduction… », op. cit., p. 19-20.

    19Ibidem.

    20Trésor de la langue française [http://atilf.atilf.fr], consulté le 10 janvier 2017.

    21Corbin Alain, « Histoire et anthropologie… », op. cit., p. 230.

    22Corbin Alain, Le miasme et la jonquille, Paris, Flammarion, 1986 (Aubier Montaigne, 1982), p. 41-65.

    23Bruyneel Élisabeth, Le Conseil Supérieur de la Santé (1849-2009). Trait d’union entre la science et la santé publique, Louvain, Éditions Peeters, 2009, p. 20.

    24ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Règlement – Instruction – Police de l’établissement », Lettre du directeur au Conseil, 25 avril 1826.

    25Instruction pour la construction et l’arrangement intérieur des hôpitaux et hospices, Bruxelles, J.-B. De Mortier, 1853, p. 8.

    26ACPASB, Sainte-Gertrude, AG, 240, « Déplacement du RSG », Pièces diverses relatives au transfert du RSG au vieux marché aux grains, Rapport du Conseil supérieur d’hygiène publique concernant l’installation dans les nouveaux bâtiments rue du Vieux Marché aux Grains, 6 novembre 1852.

    27Il est à noter que les odeurs décrites ici ne sont pas l’apanage des établissements de prise en charge du xixe siècle. Elles participent encore aujourd’hui à la perception et aux descriptions des établissements de charge actuels. Voir notamment Loffeier Iris, Prise en charge des vieillissements, solidarité sociale et intergénérationnelle. Le cas d’un EHPAD privé comme entité collective, thèse, Aix-Marseille université et université de Provence, 2013, p. 23.

    28Chicorée : Racine de chicorée torréfiée et moulue que l’on mélange parfois au café ou qui lui sert de succédané.

    29ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Correspondance relative à la demande faite pour pouvoir débiter du café, des liqueurs », 1842 ; « Plainte à charge des Infirmières au service des Incurables », Rapport du Conseil, 28 octobre 1850.

    30ACPASB, Sainte-Gertrude, AG, 240, « Déplacement du Refuge », Pièces diverses relatives au transfert du Refuge au vieux marché aux grains, Rapport du Conseil supérieur d’hygiène publique sur le plan d’appropriation du nouvel hospice Ste Gertrude à Bruxelles, 6 novembre 1852.

    31ACPASB, Règlements, Infirmerie, 1827, Article 61 et 1860, Article 102 ; Ursulines, 1877, Article 41 et disposition additionnelle no 1, 1901 ; Sainte-Gertrude, 1887, article 11.

    32ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « Personnel subalterne. An XIII-1854 », DC la plainte faite par le curé du béguinage à charge de l’infirmier du service des gâteux et des cancéreux, Rapport au Conseil, 21 novembre 1890.

    33La plainte d’un visiteur en 1904 oblige le directeur à rappeler les règles. Il reprécise encore à ce moment-là qu’il est strictement interdit de fumer dans toutes les salles sauf dans le grand réfectoire. ACPASB, Infirmerie, AG, 149, « Organisation – Règlement – 1889-1905 », Lettre d’un visiteur au directeur, 25 mars 1904.

    34Van Holsbeek Henri, Histoire de l’hospice…, op. cit., p. 51.

    35Le Guérer Annick, « Le déclin de l’olfactif, mythe ou réalité ? », Anthropologie et Sociétés, vol. 14, no 2, 1990, p. 34.

    36ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « Plainte à charge des Infirmières au service des Incurables », Rapport du Conseil, 28 octobre 1850.

    37ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC les gâteux et les incurables », Lettre d’un patient au directeur de l’hôpital Saint-Jean, 28 avril 1910.

    38Voir notamment ACPASB, Infirmerie, CC, 483, « DC Objets mobiliers. 1831-1855 », Lettre du directeur au Conseil, 19 avril 1852 ; AG, 148, « DC l’insuffisance du nombre des infirmiers attachés au quartier des gâteux », 1874 ; 153, « DC la plainte faite par le curé du béguinage à charge de l’infirmier du service des gâteux et des cancéreux », 1890.

    39ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « Personnel – An XIII-1900 », Personnel médical, Lettre du directeur au Conseil, 26 novembre 1808 ; Prescription de Faro à une infirmière, 7 mai 1852 ; Rapport du Conseil, 28 octobre 1850 ; Lettre du directeur au Conseil, 11 septembre 1907 ; Rapport au Conseil, le 28 octobre 1890.

    40Corbin Alain, Le miasme et…, op. cit., p. 11-23 et p. 111-118.

    41Instruction pour la…, op. cit., p. 18-22.

    42Ibidem, p. 22.

    43Ibidem, p. 18-19.

    44ACPASB, Sainte-Gertrude, AG, 240, « DC la construction d’une infirmerie », Construction Infirmerie 1859-1861, Rapport du Conseil supérieur d’hygiène publique pour la ventilation et le chauffage économique des hospices, hôpitaux, écoles, casernes, etc., 19 décembre 1859.

    45Voir le chapitre iii, p. 198.

    46ACPASB, Pachéco, CC, 522/2, « Comptabilité », Lettre du directeur au Conseil, 29 juillet 1819 ; Règlements, Pachéco, 1853, Article 16.

    47La chronologie de ces améliorations se fait concomitamment avec celles qui s’observent dans la ville de Bruxelles en général. Voir le chapitre iii, p. 214-215.

    48ACPASB, Réunis, SE, Boîte 1, Lettre du Conseil à la directrice, 27 juin 1884.

    49ACPASB, Réunis, AG, 167, « Rapport du médecin », Rapport annuel du médecin, 1867 ; Pachéco, CC, 517, « Nomination de Mr Marinus, Médecin de l’établissement », Rapport annuel du médecin, 1845 ; 522/2, « Comptabilité 1849 », Rapport annuel du médecin, 1849 ; Infirmerie, CC, 482, « Divers », Rapport du médecin, 31 janvier 1848.

    50ACPASB, Infirmerie, CC, 482, « Divers », Rapport du médecin, 31 janvier 1848.

    51ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC le règlement de l’hospice Pachéco (DIVERS) DC les instructions données au directeur et au médecin de l’HP concernant le transfert des pensionnaires à l’H Saint Pierre, Lettre du médecin au Conseil, 6 octobre 1871.

    52ACPASB, Infirmerie, AG, 154, « Organisation des services médicaux 1881-1893 », DC les modifications du service de l’hospice de l’Infirmerie proposées par M le Dr Stiénon, Lettre de Stiénon au Conseil, 8 novembre 1881.

    53Majerus Benoît, Parmi les fous. Une histoire sociale de la psychiatrie au xxe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, p. 47 ; Richelle Sophie, Les folles de Bailleul. Expériences et conditions d’internement dans un asile français (1880-1914), Bruxelles, Université des femmes, 2014, p. 61.

    54ACPASB, Infirmerie, AG, 152, « L’offre de M. Lefebvre de donner une séance de projections lumineuses aux pensionnaires de l’Hospice de l’Infirmerie », Lettre de L. au Conseil, 2 décembre 1897.

    55ACPASB, Infirmerie, AG, 152, « L’offre de M. Lefebvre de donner une séance de projections lumineuses aux pensionnaires de l’Hospice de l’Infirmerie », Lettre du directeur au Conseil, 14 décembre 1897.

    56ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC l’insuffisance du nombre des infirmiers attachés au quartier des gâteux à l’infirmerie », Lettre du Conseil au directeur, 11 mars 1874.

    57ACPASB, Infirmerie, CC, 483, « Objets mobiliers. An X-1830 », Lettre du directeur au Conseil, 4 mars 1830 ; « Objets mobiliers. 1831-1855 », Lettre du directeur au Conseil, 10 août 1840 ; AG, 146, « 1827-1859 », Lettre du directeur au Conseil, 10 mars1843 ; CM, 1846-1914.

    58ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC la demande d’engager une servante supplémentaire pour l’hospice Pachéco », Lettre de la directrice au Conseil, 24 février 1881.

    59ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « 1827-1859 », Demande pour des rouleaux de papier pour tapisser des chambres, Lettre du directeur au Conseil, 8 avril 1845.

    60ACPASB, Infirmerie, AG, 152, Lettre de Monsieur Leemans au Conseil, 28 août 1897.

    61ACPASB, Infirmerie, Fonds Iconographique, « Hosp./Inf./23-29 », Salles de pensionnaires, 1930.

    62Bly Nellie, Dix jours dans un asile, Paris, Éditions du Seuil, 2015 (1887), p. 40.

    63Charpy Manuel, Le théâtre des objets. Espaces privés, culture matérielle et identité bourgeoise. Paris, 1830-1914, thèse, université François-Rabelais de Tours, 2010, p. 147.

    64ACPASB, Réunis, SE, Boîte 2, Lettre du Conseil à la directrice, 26 mars 1895 ; AG, 167, Dossier relatif aux inscriptions de la façade, 1830 ; Pachéco 158, « DC le règlement de l’hospice Pachéco (DIVERS) », DC l’augmentation de 48 à 50 des pensionnaires de l’HP, en mémoire de M. Henri Blondeau, Séance du Conseil, 1er juillet 1873 ; Sainte-Gertrude, AG, 244, « DC la demande du Refuge Sainte-Gertrude d’obtenir le relevé des dons et legs en faveur du Refuge », Lettre de la Commission administrative au Conseil, 19 juillet 1897 ; Infirmerie, AG, 146, « Direction an XIII-1861 », « Correspondance relativement à la proposition tendant à faire placer dans l’intérieur de l’hospice de l’Infirmerie, les noms des bienfaiteurs de cet établissement » ; Ursulines, AG, 239, « DC le relevé demandé des dons et legs faits à cet établissement. Fondation de lits », Lettre de la Commission administrative au Conseil, 3 mars 1904.

    65Vander Rest J.-F., Aperçu historique sur les établissements de bienfaisance de la ville de Bruxelles, Bruxelles, Bols-Wittouck, 1860, p. 167.

    66ACPASB, Infirmerie, CC, 482, « Divers », Lettre du médecin au Conseil, 28 mai 1832.

    67Comparée à ses voisins, la Belgique introduit tard l’instruction obligatoire (1914). Le taux d’analphabétisme est élevé durant tout le xixe siècle et particulièrement en Flandre. Deneckere Gita, « Les turbulences de la Belle Époque (1878-1905) », in Dumoulin Michel et al. (dir.), Nouvelle Histoire de Belgique, Bruxelles, Éditions Complexe, 2005, vol. 1, p. 123.

    68Leclercq Valérie, Guérir, travailler, désobéir. Une histoire des interactions hospitalières avant l’ère du « patient autonome » (Bruxelles, 1870-1930), thèse, Université libre de Bruxelles, p. 118.

    69ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Dossier concernant la Bibliothèque de l’Infirmerie », Rapport au Conseil, 15 décembre 1864.

    70ACPASB, Règlements, Ursulines 1824, Article 37.

    71ACPASB, Pachéco, 517, « DC Pensionnaires », Lettre du directeur au Conseil, 9 mars 1838.

    72Créée en 1828, à l’initiative de Jean Pauwels-de Vis, la Société Royale de Philanthropie vient en aide aux nécessiteux de la capitale grâce aux soutiens de notables bruxellois. Elle se spécialise dans l’assistance aux aveugles, parmi lesquels des vieillards, avec la création dans les années 1840 d’un établissement de prise en charge qui leur est destiné. Scaillet Thierry, La Société Royale de Philanthropie. Histoire d’une institution au service des aveugles et des démunis, Bruxelles, Event Business, 2011.

    73Prévu pour accueillir une centaine d’individus, l’établissement en compte 109 en 1877. ACPASB, CM, 1877, p. 292-293.

    74Pour rappel, la lampe dite Carcel est un modèle perfectionné de celle dite d’Argand ou Quinquet. Inventée à la fin du xviiie siècle, cette dernière consomme de l’huile de colza. Elle est « pourvue d’une mèche de section circulaire et d’une cheminée en verre pour activer la combustion de l’huile ». Alimentée par gravité, l’huile se trouve dans un réservoir placé plus haut que le bec. L’amélioration de la lampe Carcel consiste à placer le réservoir dans le socle. En plus de maintenir un niveau d’huile constant, ce modèle supprime la zone d’ombre du réservoir, la lumière devient régulière et constante. Roman C., « Cent cinquante ans d’éclairage au gaz à Bruxelles », Les Cahiers Bruxellois, no 21, 1976, p. 122.

    75ACPASB, Infirmerie, CC, 507, « Projet pour l’établissement du gaz. Ro du 13 mars 1849 ».

    76Charpy Manuel, Le théâtre des…, op. cit., p. 250 et Heymans Vincent, « Vingt-quatre heures de la vie d’une maison. Les espaces de jour et de nuit dans l’habitation bruxelloise à la fin du xixe siècle », Les Cahiers de la Fonderie, no 21, 1996, p. 44-49.

    77L’électricité ne sera généralisée dans les hospices que dans les années 1920. ACPASB, Infirmerie, ST, Boîte 6, « Travaux – Éclairage électrique 1917-1923 ».

    78ACPASB, Infirmerie, AG, 155, « Nouveaux locaux – Entretien 1822-1856 », Éclairage, Lettre du directeur au Conseil, 14 octobre 1842 ; 146, « 1827-1859 », Lettre du directeur au Conseil, 6 octobre 1845.

    79ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC Punitions infligées aux pensionnaires », Lettre de la directrice au Conseil, 4 avril 1878.

    80ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Défense faite aux pensionnaires de conserver de la lumière pendant la nuit », Lettre de la pensionnaire L. au Conseil, 29 juillet 1867.

    81ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Défense faite aux pensionnaires de conserver de la lumière pendant la nuit », Lettre de la pensionnaire L. au Conseil, 29 juillet 1867.

    82ACPASB, Réunis, SE, Boîte 1, Lettre du Conseil à la directrice, 24 août 1875.

    83ACPASB, Réunis, SE, Boîte 3, Lettre de la directrice au Conseil, 9 novembre 1905.

    84Charpy Manuel, Le théâtre des…, op. cit., p. 282.

    85Ibidem, p. 242.

    86Ibidem.

    87ACPASB, Réunis, AG, 167, « DC l’emploi de lampes à l’huile aux Hospices-Réunis », Lettre de la directrice au Conseil, 26 décembre 1879.

    88ACPASB, Infirmerie, ST, Boîte 6, « Travaux – Éclairage électrique 1917-1923 », Rapport au Conseil, 28 juin 1921.

    89ACPASB, Règlements, Ursulines, 1877, Article 20.

    90ACPASB, Règlements, Infirmerie, 1860, Article 11.

    91Voir entre autres ACPASB, Règlements, Sainte-Gertrude, 1887, Article 19.

    92ACPASB, Pachéco, 158, « DC le règlement de l’hospice Pachéco (DIVERS) », DC les instructions à la Directrice de surveiller la correspondance des pensionnaires et de ne plus transmettre que les seuls papiers importants, Lettre du Conseil à la directrice, 5 avril 1892.

    93Voir par exemple ACPASB, Règlements, Sainte-Gertrude, 1887, Articles 13 et 14.

    94Voir le chapitre ii, p. 128.

    95ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC la plainte de Mme B., pensionnaire de Pachéco au sujet de la manière dont a lieu la visite médicale à l’établissement », Lettre de la pensionnaire B. au Conseil, 6 mai 1901.

    96ACPASB, Infirmerie, CC, 482, « DC la nomination de Mr Lequime à la place de médecin à l’hospice en remplacement de Mr Verbruggen, démissionnaire », Lettre du directeur au Conseil, 8 avril 1843.

    97Voir le chapitre iv, p. 277.

    98ACPASB, Règlements, Sainte-Gertrude, 1887, Article 9.

    99ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Le Conseil accorde du café au lait aux pensionnaires de l’hospice », Lettre du directeur au Conseil, 13 février 1851.

    100ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Petits dossiers particuliers », Jeanne Dubois, 1818 ; 147, Lettre du directeur au Conseil, 1er février 1856.

    101Morat Daniel, « Urban Soundscapes and Acoustic Innervation around 1900 », Communications, no 90, 2012 (1), p. 35-52.

    102Balaÿ Olivier, « Stridences et chuchotements : la symphonie des machines et des portes au xixe siècle », Communications, no 90, 2012 (1), p. 35-52.

    103Loir Christophe, Bruxelles néoclassique : mutation d’un espace urbain, 1775-1840, Bruxelles, CFC-Éditions, 2009, p. 185.

    104Balaÿ Olivier, « Stridences et chuchotements… », op. cit., p. 39.

    105ACPASB, Règlements, Infirmerie, 1827, Articles 17 et 45 ; Sainte-Gertrude, 1887, Article 7 ; Ursulines, 1877, Article 23.

    106ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Nomination de Mr Marinus, Médecin de l’établissement », Rapport médical, 13 juillet 1846.

    107ACPASB, Réunis, SE, Boîte 1, Lettre du Conseil à la directrice, 6 avril 1880 et Pachéco, CC, 517, « Nomination de Mr Marinus, Médecin de l’établissement », Rapport annuel du médecin, 1845.

    108ACPASB, Réunis, 468, « Personnel », Vicaires de la Chapelle, Lettre du directeur au Conseil, 13 mai 1893.

    109ACPASB, AG, « Personnel médical, chef de service et nomination, la réorganisation du service médical 1850, dossier sur l’organisation du service de santé, 1865-69 », Circulaire aux directeurs des établissements, 11 décembre 1860.

    110ACPASB, Infirmerie, ST, Boîte 5, « Peinture (1840-1857) », DC la construction de 2 chambres au quartier des cancéreuses à l’usage de malades turbulents. 1850, Lettre du chirurgien Joly au Conseil, 30 mars 1850.

    111ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC des faits commis par une infirmière sur une pensionnaire de l’hospice », Lettre du directeur au Conseil, 4 février 1871.

    112ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Règlement – Instruction – Police de l’établissement », Pensionnaires – Affaires diverses – (concernant diverses pensionnaires à la fois), Lettre du directeur au Conseil, 8 février 1860.

    113Ibidem.

    114Ibidem.

    115ACPASB, Infirmerie, CC, 482, « Cour de l’hospice mise à la disposition de la garde civique. Plainte des chefs du service », Lettre des médecin et chirurgien au Conseil, 18 novembre 1850.

    116Rossigneux-Méheust Mathilde, « Tranquilliser les vieux, aseptiser l’hospice : la désensibilisation de l’espace sensoriel des vieillards en institution à Paris au xixe siècle », in Beck Robert, Krampl Ulrike et Retaillaud-Bajac Emmanuelle, Les cinq sens…, op. cit., p. 175-178 ; Richelle Sophie, « L’hospice par ses vieillards. Représentations et conditions d’expérience à l’hospice Saint-Jean (Luxembourg-xixe siècle) », Hémecht, no 68 (1), 2016, p. 100-103.

    117ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC la demande de pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie de voir modifier l’heure de rentrée », Lettre du directeur au Conseil, 13 mai 1909.

    118Balaÿ Olivier, « Stridences et chuchotements… », op. cit., p. 35-52.

    119Pecqueux Anthony, « Le son des choses, les bruits de la ville », Communications, no 90, 2012 (1), p. 5-16.

    120ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC le placement des personnes qui gémissent à l’hospice de l’Infirmerie dans une salle spéciale », 1872.

    121ACPASB, Infirmerie, ST, Boîte 5, « Peinture (1840-1857) », DC la construction de 2 chambres au quartier des cancéreuses à l’usage de malades turbulents. 1850, Lettre du chirurgien Joly au Conseil, 30 mars 1850.

    122ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC le placement des personnes qui gémissent à l’hospice de l’Infirmerie dans une salle spéciale », Lettre du Conseil au directeur, 17 décembre 1872.

    123ACPASB, Réunis, CC, 468, « Pensionnaires/Décès/Transfert/Congés », Transferts et Admission à Saint-Jean, Cas individuels, 1850 et 1880 et Delmotte Patrick, Le dépôt pour aliénés de l’hôpital St-Jean (1794-1904), mémoire, Université libre de Bruxelles, 1980.

    124ACPASB, Infirmerie, 146, « Direction an XIII-1861 », Lettre du directeur au Conseil, 6 août 1831.

    125ACPASB, Réunis, CC, 468, « Pensionnaires/Décès/Transfert/Congés », Transferts et Admission à Saint-Jean, Cas individuels, 1850 et 1880.

    126ACPASB, Réunis, CC, 468, « Pensionnaires/Décès/Transfert/Congés », Transferts et Admission à Saint-Jean, Cas individuels, 1850 et 1880 ; Infirmerie : transfert des pensionnaires des hospices réunis, Note du médecin, 24 décembre 1847 ; Infirmerie, AG, 148, « Dossier concernant la mise de la camisole de force à des pensionnaires », Lettre du directeur au Conseil, 13 juin 1872.

    127ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Dossier concernant des faits commis par une infirmière sur une pensionnaire de l’hospice de l’Infirmerie », Rapport au Conseil, 4 février 1871.

    128ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Dossier concernant des faits commis par une infirmière sur une pensionnaire de l’hospice de l’Infirmerie », Rapport au Conseil, 4 février 1871.

    129C’est le cas pour l’asile des aliénées de Bailleul dans le Nord de la France. Archives départementales du Nord, Administration départementale, 1 N 121, Rapport sur le service médicale de l’asile de Bailleul pour l’année 1876, p. 582 ; 1 N 144, 1900, Rapport sur le service médical de l’asile de Bailleul pour l’année 1899, p. 336 ; 1 N 145, Rapport sur le service médical de l’asile de Bailleul pour l’année 1900, p. 287 et p. 294.

    130ACPASB, Règlements, Ursulines, 1877, Article 33.

    131ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC la suppression de la réunion dans une salle commune des pensionnaires de la Fondation Pachéco », Lettre du directeur au Conseil, 12 janvier 1916.

    132Voir entre autres les cas suivants : ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Pensionnaires – Affaires diverses – (Concernant une seule pensionnaire à la fois) », Lettre du directeur au Conseil, 15 novembre 1836 ; Lettre du directeur au Conseil, 8 février 1860 ; Lettre du directeur au Conseil, 15 septembre 1857 ; Infirmerie, AG, 146, « Petits dossiers particuliers » ; 149, « DC les mesures prises à l’égard des pensionnaires de l’Infirmerie qui s’adonnent à la boisson », Lettre du Conseil au directeur, 11 mars 1892.

    133Rossigneux-Méheust Mathilde, « Tranquilliser les vieux… », op. cit., p. 181 (169-182).

    134ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Régime alimentaire », Les modifications apportées au Régime alimentaire de l’hospice, Rapport au Conseil, 29 mai 1873.

    135Ibidem.

    136À Liège à la même époque, c’est non seulement la quantité de bière mais aussi celle de la nourriture qui sert à distinguer les pensionnaires selon leur sexe. ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Régime alimentaire », Révision du régime alimentaire, Lettre du directeur au Conseil, 29 avril 1851.

    137ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Le Régime alimentaire », Economie à introduire, Lettre du directeur au Conseil, 15 décembre 1880.

    138Scholliers Peter, Arm en rijk aan tafel. Tweehonderd jaar eetcultuur in België, Berchem, EPO-BRTN Educatieve uitgaven, 1993, 23-24.

    139Ibidem, p. 24-25.

    140Scholliers Peter, Arm en rijk…, op. cit., p. 22.

    141Voir le chapitre i, p. 56.

    142Kip-kap : Préparation bruxelloise populaire de viande de porc. Il s’agit d’une sorte de fromage de tête ou tête pressée.

    143Stockfisch : Préparation de poisson lorsqu’il est salé et séché.

    144Les hospices du xixe siècle, même urbains, produisent une quantité importante de leur nourriture, que ce soit par un élevage domestique d’animaux ou par une production potagère. L’hospice de l’Infirmerie et le refuge des Ursulines sont les deux établissements qui maintiennent le plus longtemps ces activités en raison notamment de la configuration de leurs espaces extérieurs permettant une présence animale et des cultures potagères. Richelle Sophie, « Bestiaire des hospices. Présences animales dans les hospices de vieillards (Bruxelles-xixe siècle) », Revue d’histoire urbaine, no 47, 2016 (3), p. 107-124.

    145Scholliers Peter, Arm en rijk…, op. cit., p. 54.

    146ACPASB, Règlements, Sainte-Gertrude, 1887, Article 7.

    147ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « Personnel an XIII-1855 », Faits à charge du Directeur Maeck, Lettre du directeur au Conseil, 20 décembre 1850.

    148ACPASB, Règlements, Sainte-Gertrude, 1887, Article 9 ; Infirmerie, AG, 151, « Le Conseil accorde du café au lait aux pensionnaires de l’hospice », Lettre du directeur au Conseil, 13 février 1851 ; 146, « Petits dossiers particuliers », Jeanne Dubois, 1818 ; 147, Lettre du directeur au Conseil, 1er février 1856.

    149Le cas de Bruxelles est loin d’être isolé en la matière. Richelle Sophie, les folles de…, op. cit., p. 88 ; Richelle Sophie, « L’hospice par ses…, op. cit., p. 98-100.

    150ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Petits dossiers », Rapport concernant la conduite inconvenante du pensionnaire B., Lettre des pensionnaires au Conseil, le 11 mars 1847.

    151ACPASB, Infirmerie, AG, « Le conseil accorde du café au lait aux pensionnaires », Résolution du 11 octobre 1851.

    152ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC l’emploi de viande de porc dans l’alimentation de l’hospice de l’Infirmerie », Lettre du directeur au Conseil, 2 janvier 1889.

    153ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC la plainte de Mme B. pensionnaire de l’hospice de Pachéco », Lettres des pensionnaires B. et L., 1er et 2 avril 1909.

    154ACPASB, Ursulines, AG, 238, « DC la plainte anonyme adressée à M. le Bourgmestre au sujet de la manière dont sont entretenus les pensionnaires », Notes pour le Conseil, 3 février 1908.

    155ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC les envois de fruits faits par les ordres du Roi », 1870.

    156ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC les envois d’objets saisis », 1866-1924.

    157ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC les porcheries », L’abatage de porcs à l’occasion de Noël, 1876-1889.

    158ACPASB, Infirmerie, AG, 152, « La fête offerte aux pensionnaires de l’I par M. le bon Lambert à l’occasion du mariage de S. A. R. le Pce Albert de Belgique », octobre et novembre 1900.

    159Rossigneux-Méheust, Vivre, vieillir et mourir en institution au xixe siècle : genèse d’une relation d’assistance, thèse, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2015, p. 356.

    160ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Régime alimentaire », Le régime alimentaire de l’Infirmerie. Economies à introduire, Lettre du directeur au Conseil, 15 décembre 1880.

    161ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Régime alimentaire », Révision du régime alimentaire, Lettre du directeur au Conseil, 29 avril 1851 ; Le régime alimentaire de l’Infirmerie. Economies à introduire, Lettre du directeur au Conseil, 15 décembre 1880.

    162Drouard Alain, « L’alimentation à l’hôpital », in Demier Francis et Barillé Claire (dir.), Les maux et les soins. Médecins et malades dans les hôpitaux parisiens au xixe siècle, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2007, p. 327-338.

    163ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Révision du Régime alimentaire », Lettre des médecin et chirurgien au Conseil, 22 juillet 1851.

    164Ibidem.

    165Vigarello Georges, Histoire des pratiques de santé. Le sain et le malsain depuis le Moyen Âge, Paris, Seuil, 1993, p. 143.

    166Ibidem.

    167ACPASB, Pachéco, CC, 522/1, « Vins An X à 1824 ».

    168L’expérience gustative des médicaments se transforme au xixe siècle avec la demande croissante de santé des individus impliquant la prise en compte du goût de ces nouveaux consommateurs et des « efforts constants pour améliorer l’administration des substances au goût repoussant ». Rasmussen Anne, « Les enjeux d’une histoire des formes pharmaceutiques : la galénique, l’officine et l’industrie (xixe-début xxe siècle) », Entreprises et histoire, no 36, 2004 (2), p. 15.

    169ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « La visite médicale des pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie admises dans la catégorie des transférées de Pachéco et dans celle des transférées des Réunis », Lettre du directeur au Conseil, 29 novembre 1887. Pour l’approvisionnement de ce genre de produits, un hospice de la taille de l’Infirmerie dispose de sa propre pharmacie et d’un personnel spécifique attaché à son fonctionnement pour préparer les médicaments nécessaires à ses habitants. Les autres établissements selon la proximité des bâtiments se fournissent aux pharmacies des hôpitaux Saint-Jean ou Saint-Pierre. Vander Rest J.-F., Aperçu historique sur…, op. cit., p. 398-402.

    170Ferrand Eusèbe, Aide-Mémoire de pharmacie. Vade-mecum du pharmacien à l’officine et au laboratoire, Paris, J.-B. Baillière et fils, 1891 (5e édition), p. 397.

    171Ferrand Eusèbe, Aide-Mémoire de pharmacie…, op. cit., p. 613.

    172Le paraldéhyde, sédatif utilisé depuis les années 1880 dans les asiles psychiatriques, est ainsi administré avec du rhum et du citron. Majerus Benoît, « The Straitjacket, the Bed, and the Pill: Material Culture and Madness », in Eghigian Greg (éd.), The Routlede History of Madness and Mental Health, Londres, Routledge, 2017, p. 263-276.

    173Rasmussen Anne, « Les enjeux d’une… », op. cit., p. 15.

    174Il est à ce propos intéressant de noter que l’huile de ricin est utilisée durant la guerre d’Espagne, par les franquistes et les phalangistes contre les républicains, mêlant punition et purification du corps. Ferrand Eusèbe, Aide-Mémoire de pharmacie…, op. cit. ; Virgili Fabrice, La France « virile ». Des femmes tondues à la Libération, Paris, Payot, 2000 ; Joly Maud, « Dire la guerre et les violences : femmes et récits pendant la guerre d’Espagne », Mélanges de la Casa de Velazquez [http://mcv.revues.org/1854], consulté le 30 septembre 2016.

    175ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC la distribution d’une tisane aux vieillards », Lettre du directeur au Conseil, 31 décembre 1906.

    176ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC une plainte des pensionnaires à la nourriture », Lettre des pensionnaires au Conseil, 4 août 1890.

    177ACPASB, Infirmerie, AG, 155, « Plantations », Plantations ; fleurs. Écurie, etc., Lettre du directeur au Conseil, 27 janvier 1831.

    178Fanica Pierre-Olivier, Le lait, la vache et le citadin : du xviie au xxe siècle, Versailles, Éditions Quae, 2008, p. 8.

    179ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC les porcheries », L’abatage des porcs à l’occasion de Noël, Lettre du directeur au Conseil, 9 février 1889.

    180ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Régime alimentaire », Révision du régime alimentaire, Lettre du directeur au Conseil, 31 mars 1875.

    181Bouilli : Viande cuite dans un pot, dans une marmite, et qui a servi à faire du bouillon. Il se dit ordinairement du bœuf.

    182ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC une plainte des pensionnaires à la nourriture », Lettre des pensionnaires au Conseil, 4 août 1890.

    183ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Petits dossiers », Rapport concernant la conduite inconvenante du pensionnaire B., Lettre des pensionnaires au Conseil, le 11 mars 1847 ; 148, « DC la plainte d’un Sieur Xavier P. relative à la nourriture et aux heures de rentrée des pensionnaires de l’infirmerie », Lettre du Sieur P. à un membre du Conseil, 18 novembre 1885 ; « DC la plainte faite par divers sujets d’un manque de surveillance à l’hospice de l’Infirmerie », Lettre au Conseil, 28 juillet 1886 ; 149, « DC autorisation donnée aux pensionnaires de l’infirmerie de fumer dans le grand réfectoire de cet établissement », Séance du Conseil, 5 février 1897 ; 151, « Un anonyme signale que la nourriture donnée aux pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie est insuffisante », Lettre anonyme au Conseil, 11 juin 1872 ; « DC une plainte des pensionnaires à la nourriture », Lettre des pensionnaires au Conseil, 4 août 1890 ; Ursulines, AG, 238, « DC la plainte anonyme adressée à M. le Bourgmestre au sujet de la manière dont sont entretenus les pensionnaires », Lettre de l’administration communale de Bruxelles au Conseil, 3 janvier 1908.

    184ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Un anonyme signale que la nourriture donnée aux pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie est insuffisante. Plainte relative à la qualité de nourriture à l’Infirmerie », Séance du Conseil, 6 mai 1873.

    185ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC la plainte d’un Sieur Xavier P. relative à la nourriture et aux heures de rentrée des pensionnaires de l’infirmerie », Lettre du Sieur P. à un membre du Conseil, 18 novembre 1885.

    186ACPASB, Ursulines, AG, 238, « DC la plainte anonyme adressée à M. le Bourgmestre au sujet de la manière dont sont entretenus les pensionnaires », Lettre de l’administration communale de Bruxelles au Conseil, 3 janvier 1908.

    187ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC une plainte des pensionnaires à la nourriture », Lettre des pensionnaires au Conseil, 4 août 1890.

    188Ibidem.

    189ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC la plainte d’un Sieur Xavier P. relative à la nourriture et aux heures de rentrée des pensionnaires de l’infirmerie », Lettre du Sieur P. à un membre du Conseil, 18 novembre 1885.

    190ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Petits dossiers », Rapport concernant la conduite inconvenante du pensionnaire B., Lettre des pensionnaires au Conseil, le 11 mars 1847.

    191Scholliers Peter, Arm en rijk…, op. cit., p. 86-101.

    192Ibidem, p. 101.

    193Voir le chapitre iii, p. 198.

    194Corbin Alain (dir.), Histoire du corps. De la Révolution à la Grande Guerre, Paris, Éditions du Seuil, 2005, p. 9.

    195Andrieu Bernard, À la recherche du corps. Épistémologie de la recherche en SHS, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 2005.

    196ACPASB, Réunis, 468, CC, « Pensionnaires/Décès/Transfert/Congés », Infirmerie : transfert des pensionnaires des hospices réunis.

    197ACPASB, Réunis, 468, CC, « Pensionnaires/Décès/Transfert/Congés », Infirmerie : transfert des pensionnaires des hospices réunis, Avis du médecin concernant la pensionnaire Marie Jeanne H., 2 mars 1849.

    198Faure Olivier, Genèse de l’hôpital moderne. Les Hospices Civils de Lyon de 1802 à 1845, Lyon, Presses universitaires de Lyon ; Paris, Éd. du CNRS, 1982, p. 96-102.

    199Voir le chapitre iii, p. 198.

    200Leclercq Valérie, Guérir, travailler, désobéir…, op. cit., p. 35-38.

    201Voir le chapitre ii, p. 128.

    202ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC la visite médicale des pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie admises dans la catégorie des transférées de Pachéco et dans celle des transférées des Réunis. 1887 », Lettre du directeur au Conseil, 29 novembre 1887.

    203ACPASB, Infirmerie, AG, « DC la nomination de Mr Lequime à la place de médecin à l’hospice de l’I en remplacement de Mr Verbruggen, démissionnaire ».

    204Leclercq Valérie, Guérir, travailler, désobéir…, op. cit., p. 176.

    205Ibidem.

    206Ibidem.

    207Je remercie Renaud Bardez d’avoir attiré mon attention sur la source suivante : Archives de l’Université libre de Bruxelles, PV de la Faculté de médecine, 20 décembre 1871.

    208Se rapporter au tableau 11, p. 118.

    209ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Règlement – Instruction – Police de l’établissement », Anciens règlements et projet de nouveaux règlements, Lettre du directeur au Conseil, 15 avril 1819.

    210Voir le chapitre ii, p. 131.

    211Majerus Benoît, « History of Professional Elder Care », in Boll Thomas, Ferring Dieter et Valsiner Jaan (dir.), Cultures of Care – Handbook of Gerontopsychology, Charlotte, Information Age Publishers (à paraître).

    212Sans prétendre à l’exhaustivité, nous en avons recensé une dizaine : ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Direction an XIII-1861 », Enquête à l’hospice de l’Infirmerie, 1846 ; 148, « Dossier concernant des faits commis par une infirmière sur une pensionnaire de l’hospice de l’Infirmerie », 1871 ; « Dossier concernant la mise de la camisole de force à des pensionnaires », 1872 ; « DC l’enquête faite au sujet des faits reprochés à Eulalie T’Kindt, servante à l’infirmerie », 1885 ; « DC la plainte faite par divers sujets d’un manque de surveillance à l’hospice de l’Infirmerie », 1886 ; 150, « DC la plainte anonyme à charge de la direction de l’hospice de l’Infirmerie », 1910 ; 153, « DC la plainte faite par le curé du béguinage à charge de l’infirmier du service des gâteux et des cancéreux », 1890 ; « Personnel an XIII-1855 », DC le renvoi d’une servante demandé par des pensionnaires, 1872 ; Personnel subalterne An XIII-1854, Rapport au Conseil, 12 novembre 1830 ; « DC la plainte faite par la nommée P. admise à l’hospice », 1877 ; Pachéco, AG, 158, « DC la plainte d’une pensionnaire de l’hospice Pachéco contre des membres du personnel », 1911.

    213ACPASB, Règlements, Sainte-Gertrude, 1887, Article 16, Infirmerie, 1860, Article 78 ; Pachéco, 1843, Article 25 ; Ursulines, 1877, Article 17.

    214ACPASB, AG, Personnel Subalterne. Par établissements (1902-1904) [hors inventaire], « DC l’Infirmerie ».

    215ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Dossier concernant des faits commis par une infirmière sur une pensionnaire de l’hospice de l’Infirmerie », Enquête par les membres du Conseil, 3 février 1871.

    216ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Direction an XIII-1861 », Enquête à l’hospice de l’Infirmerie, Séance du Conseil, 26 juin 1846 ; 148, « DC la plainte faite par divers sujets d’un manque de surveillance à l’hospice de l’Infirmerie », Lettre au Conseil (auteurs inconnus), 28 juillet 1886.

    217ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Direction an XIII-1861 », Enquête à l’hospice de l’Infirmerie, Lettre du directeur au Conseil, 19 juin 1846.

    218ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « DC la plainte faite par le curé du béguinage à charge de l’infirmier du service des gâteux et des cancéreux », Rapport au Conseil, 21 novembre 1890.

    219ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Dossier concernant la mise de la camisole de force à des pensionnaires », Lettre du directeur au Conseil, 30 mai 1872.

    220ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC l’enquête faite au sujet des faits reprochés à Eulalie T’Kindt, servante à l’infirmerie », Rapport d’enquête des membres du Conseil, 23 janvier 1885.

    221ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC la plainte anonyme à charge de la direction de l’hospice de l’Infirmerie », Lettre anonyme au Conseil, 31 mars 1910.

    222ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « DC la plainte faite par la nommée P. admise à l’hospice », Lettre de la Veuve P. au Bourgmestre, 27 décembre 1877.

    223C’est en tout cas clairement ce que laisse entendre le directeur de l’Infirmerie en 1873 suite à la demande de renvoi d’une servante par des pensionnaires : « S’il fallait pour toutes ces peccadiles, soit changer, soir renvoyer les gens e peine, il deviendrai impossible de pouvoir encore organiser un service, d’autant plus qu’actuellement déjà je ne parviens presque plus à le compléter. » 153, « DC le renvoi d’une servante demandé par des pensionnaires », Lettre du directeur au Conseil, 30 mai 1872.

    224ACPASB, AG, Personnel Subalterne. Par établissements (1902-1904) [hors inventaire], « DC l’Infirmerie », Avis sur l’admission et la sortie du personnel domestique, 1894-1903.

    225On retrouve différents cas où le comportement des pensionnaires pose problème et où des actes de violence physique et verbale s’exercent contre les membres du personnel. Voir entre autres ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Petits dossiers particuliers », Josephine B. ; 153, « DC le renvoi d’une servante demandé par des pensionnaires », Lettre du directeur au Conseil, 30 mai 1872.

    226ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Règlement – Instruction – Police de l’établissement », Anciens règlements et projet de nouveaux règlements (25 mars 1853), Lettre du directeur au Conseil, 11 août 1843.

    227ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC la plainte anonyme à charge de la direction de l’hospice de l’Infirmerie », Lettre du directeur au Conseil, 4 avril 1910.

    228ACPASB, Pachéco, AG, 159, « DC l’indemnité de frs. 2 par nuit allouée aux servantes de l’HP qui ont dû veiller la Vve S., cancéreuse », 1900 ; Réunis, CC, 468, « Domestique, gens de peine », Rapport au Conseil à propos de la résolution primitive accordant une indemnité de 21 ct aux servantes des hospices réunis par nuit de veille, 7 octobre 1852.

    229ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « DC l’indemnité de frs 2 accordée aux domestiques et servantes par nuit de garde au quartier des cancéreux », Lettre du directeur au Conseil, 9 mars 1897.

    230ACPASB, AG, Personnel Subalterne. Proposition d’augmentations (1865-1927) [hors inventaire], « DC les augmentations de salaires accordés au personnel domestique », Lettre des domestiques des gâteux et de l’amphithéâtre de l’Infirmerie au Conseil, 20 décembre 1876.

    231ACPASB, AG, Personnel Subalterne. Proposition d’augmentations (1865-1927) [hors inventaire], « DC les augmentations de salaires accordés au personnel domestique », Lettre des domestiques des deux hôpitaux et de l’hospice de l’Infirmerie au Conseil, s. d. (reçue le 12 mai 1876).

    232ACPASB, AG, Personnel Subalterne. Proposition d’augmentations (1865-1927) [hors inventaire], « DC les augmentations de salaires accordés au personnel domestique », Lettre des domestiques des gâteux et de l’amphithéâtre de l’Infirmerie au Conseil, 20 décembre 1876.

    233L’expression de « la plus sale besogne » sous la plume d’un domestique de l’Infirmerie en 1876 fait étonnamment écho aux recherches d’Anne-Marie Arborio. Arborio Anne-Marie, « Quand le “sale boulot” fait le métier : les aides-soignantes dans le monde professionnalisé de l’hôpital », Sciences sociales et santé, no 13, 1995 (3), p. 93-126.

    234ACPASB, Sainte-Gertrude, AG, 243, « DC la plainte formulée par le sieur V. pour le décès de son père », Lettre du conseil d’administration au Conseil, 25 juillet 1878.

    235ACPASB, Règlements, Ursulines 1877, Article 15.

    236ACPASB, Règlements, Infirmerie, 1860, Article 81.

    237ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC une rixe à l’hospice de l’Infirmerie entre les pensionnaires D. et S. », 1871 ; 149, « DC l’affaire V. et M., pensionnaire de l’hospice de l’Infirmerie », 1889.

    238ACPASB, Ursulines, SE, Registre des punitions.

    239Soufflet : Coup donné sur la joue avec le plat ou le revers de la main.

    240Bien que le xixe siècle soit « peut-être le premier à se penser comme un temps ordinal et comme une époque en marche vers le progrès moral », la violence dans les échanges ordinaires, notamment des classes populaires, reste un aspect du quotidien. Chauvaud Frédéric (dir.), Violences, Sociétés et Représentations, Paris, CREDHESS, 1998, p. 8.

    241Un domestique et une servante sont ainsi accusés en 1846 de « satisfaire [leur] passion en présence de malades ». ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Direction an XIII-1861 », Plaintes, enquête, Séance du Conseil, 19 juin 1846.

    242ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « DC la visite rendue par Mr Champol rédacteur à la Réforme. 1891 », Champol, « Nos vieux », La Réforme, 8 juillet 1891.

    243ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « DC la visite rendue par Mr Champol rédacteur à la Réforme. 1891 », Champol, « Nos vieux », La Réforme, 8 juillet 1891.

    244Enquête menée sur la moralité des pensionnaires, Rapport au Conseil Général du Refuge, 15 mai 1838 cité par Van Malderghem Robert, Le refuge des vieillards aux Ursulines à Bruxelles 1805-1905, Bruxelles, G. Van Oest et Cie, 1909, p. 88-94.

    245Ibidem.

    246Ibidem.

    247ACPASB, Sainte-Gertrude, SE, Boîte 12, Rapport sur des pensionnaires, 17 janvier 1910.

    248ACPASB, Infirmerie, AG, 149, « DC mariage contracté entre pensionnaires d’un Hospice (demande de renseignements de l’hospice Van Aa) », 1899.

    249Rossigneux-Méheust Mathilde, Vivre, vieillir et…, op. cit., p. 294-297.

    250Montandon Alain, « Amours d’hospices », Gérontologie et société, no 114, 2015 (3), p. 221-223.

    251Cette même distinction est d’ailleurs observée par Mathilde Rossigneux-Méheust dans les hospices parisiens. Rossigneux-Méheust Mathilde, Vivre, vieillir et…, op. cit., p. 295.

    252Piron Florence et Arsenault Daniel, Constructions sociale du temps, Sillery, Les éditions du Septentrion, 1996, p. 9.

    253L’écriture de ce point sur le temps doit énormément à la collaboration avec Mathilde Rossigneux-Méheust lors de la journée d’étude internationale co-organisée ensemble à l’université du Luxembourg. Richelle Sophie et Rossigneux-Méheust Mathilde, « L’expérience du temps en institution à Paris et Bruxelles : une expérience partagée de la vieillesse ? », Journée d’étude : « Histoire des vieux, de la vieillesse et du vieillissement : Nouvelles perspectives pour un nouveau champ de recherches ? », Framing Age, université du Luxembourg, Luxembourg, 18 février 2016.

    254Piron Florence et Arsenault Daniel, Constructions sociale du, op. cit., p. 11.

    255Corbin Alain, « Présentation », Revue d’histoire du xixe siècle (Le temps et les historiens), no 25, 2002, p. 1.

    256Ibidem, p. 2.

    257Dequidt Marie-Agnès, « Comment mesurer l’intériorisation du temps ? (Paris, début xixe siècle) », Revue d’histoire du xixe siècle (Le quotidien des techniques), no 45, 2012/2, p. 69-81.

    258Ibidem, p. 79.

    259Hunt Lynn, Measuring Time. Making History, Budapest, Central European University Press, 2008, p. 10.

    260Voir notamment « Adoption de l’heure de Greenwich en 1892 par Bruxelles et Laeken », Ville de Bruxelles. Archives [http://www.bruxelles.be/artdet.cfm/5949] (erreur en 2025), consulté le 19 août 2014 ; Bulletin communal de la ville de Bruxelles, t. 1, part. 4 et 5, 1892, p. 397-424 [https://archief.brussel.be/Colossus/BulletinsCommunaux/Bulletins/Documents/Bxl_1892_Tome_I1_Part_4.pdf?_ga=2.88868891.1089823744.1522922965-1847813926.1508239947] (erreur en 2025) et [https://archief.brussel.be/Colossus/BulletinsCommunaux/Bulletins/Documents/Bxl_1892_Tome_I1_Part_5.pdf?_ga=2.130582287.1089823744.1522922965-1847813926.1508239947] (erreur en 2025), consulté le 5 avril 2018.

    261Corbin Alain, « L’arithmétique des jours au xixe siècle », Le temps, le Désir et l’Horreur, Paris, Aubier, 1991, p. 9-22.

    262ACPASB, Pachéco, AG, 58, « Remontage des pendules », Facture de l’administration générale des hospices à A. Demeur, 31décembre 1845.

    263ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Construction d’une horloge », Lettre de A. Demeur à l’administration, 17 juillet 1835 ; Infirmerie, AG, 148, « La visite médicale des pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie admises dans la catégorie des transférées de Pachéco et dans celle des transférées des Réunis », Lettre du directeur au Conseil, 29 novembre 1887.

    264Ces documents peuvent cependant être incomplets et influencés par les catégories pré-imprimées dans lesquelles ne figurent pas toujours les objets de mesure du temps.

    265ACPASB, Pachéco, AG, 159, « Inventaires des objets, mobilier, etc. délaissés par des pensionnaires de l’Hospice Pachéco décédées ».

    266ACPASB, Réunis, AG, 166, « Inventaires des objets mobiliers, etc. délaissés par des pensionnaires des Hospices Réunis décédées ».

    267Charpy Manuel et Jarrige François, « Introduction. Penser le quotidien des techniques. Pratiques sociales, ordres et désordres techniques au xixe siècle », Revue d’histoire du xixe siècle (Le quotidien des techniques), 45, 2012, p. 12.

    268ACPASB, Pachéco, CC, 522/1, « Affaires diverses An VI-1816 », Lettre de l’économe à l’Administration, 6 août 1816.

    269ACPASB, AG, 58, « Remontage des pendules », Lettre de la directrice des hospices Réunis (HR) au Conseil, 24 mars 1850.

    270ACPASB, Règlements, Infirmerie, 1827, Article 45.

    271L’opposition que propose Alain Corbin entre le temps « cyclique » des cloches et celui « neutre » et « linéaire » des horloges est ici rendu quelque peu caduque. La cloche aussi, peut être marqueur d’un temps imposé, dur et neutre lorsqu’il s’agit de réguler la vie quotidienne d’une institution. Voir Corbin Alain, « Présentation… », op. cit., p. 2.

    272ACPASB, Règlements, Infirmerie, 1860 et 1827 ; Pachéco, 1853 ; Réunis, 1843 ; Sainte Gertrude, 1848, 1877, 1885, 1887, 1910 ; Ursulines, 1824, 1851, 1877.

    273Titre repris de la communication orale Richelle Sophie et Rossigneux-Méheust Mathilde, « L’expérience du temps… », op. cit.

    274ACPASB, Pachéco, AG, 158, « heures de rentrées et de couvre-feu aux hospices Réunis et Pachéco », Lettre des pensionnaires à l’administration, 27 novembre 1870.

    275ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC la demande de pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie de voir modifier l’heure de rentrée », Lettre de pensionnaires au Conseil, 3 avril 1888, 6 mai 1889, 17 août 1903 et 30 octobre 1908.

    276KBR, Journaux, Volders Jean, « Les prisonniers des hospices », Le Peuple, 3 décembre 1887 ; voir notamment le point « Les sorties des pensionnaires », p. 154.

    277Se rapporter à la p. 154.

    278ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC la demande de pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie de voir modifier l’heure de rentrée », Lettre de pensionnaires au Conseil, 3 avril 1888.

    279Ibidem, Lettre du directeur au Conseil, 9 novembre 1887.

    280Ibidem.

    281Voir la note 299, p. 155.

    282ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC la demande de pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie de voir modifier l’heure de rentrée », Lettre de pensionnaires au Conseil, 30 octobre 1908.

    283ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC heures de rentrées et de couvre feu aux hospices Réunis et Pachéco », Lettre des pensionnaires à l’administration, 27 novembre 1870.

    284ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Défense faite aux pensionnaires de conserver de la lumière pendant la nuit », Lettre d’une pensionnaire au Conseil, 23 mai 1867.

    285Balaÿ Olivier, « Stridences et chuchotements… », op. cit., p. 48.

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    1ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « Plainte à charge des Infirmières au service des Incurables », Rapport du Conseil, 28 octobre 1850.

    2Citation de Lucien Fèbvre dans Corbin Alain, « Histoire et anthropologie sensorielle », in Corbin Alain, Le temps, le désir et l’horreur, Paris, Aubier, 1991, p. 227.

    3Citation de Guy Thuillier et Jacques Léonard dans Corbin Alain, « Histoire et anthropologie… », op. cit., p. 229.

    4Corbin Alain, « Histoire et anthropologie… », op. cit., p. 228.

    5Smith Mark, « History of the senses. Producing sense, consuming sense, making sense: peril and prospects for sensory history », Journal of social history, no 40, 2007 (4), p. 841-858.

    6Vigarello Georges, Le sentiment de soi. Histoire de la perception du corps, Paris, Seuil, 2014, p. 247.

    7Voir notamment Deluermoz Quentin et al., « Écrire l’histoire des émotions : de l’objet à la catégorie d’analyse », Revue d’histoire du xixe siècle, no 47 (Quel est l’avenir du xixe siècle ?), 2013 [http://rh19.revues.org/4573], consulté le 3 mars 2014.

    8Contrairement au terme anglais emotion qui « est un terme à spectre sémantique large, qui englobe son équivalent français, tout en le débordant, notamment du côté du sentiment », le terme français émotion désigne « un mouvement psychique bref, le plus souvent reflété par le corps ». Boquet Damien et Nagy Piroska, « Une histoire des émotions incarnées », Médiévales. Langues, Textes, Histoire, no 61 (La chair des émotions), 2011, p. 11.

    9Ibidem.

    10Boquet Damien et Nagy Piroska, « Une histoire des… », op. cit., p. 12.

    11Mazurel Hervé, « De la psychologie des profondeurs à l’histoire des sensibilités. Une généalogie intellectuelle », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, no 123, 2014 (3), p. 26.

    12Ibidem, p. 31-32.

    13Ibidem.

    14Beck Robert et Krampl Ulrike, « Introduction… », op. cit., p. 16.

    15Mazurel Hervé, « De la psychologie… », op. cit., p. 31-32.

    16Mazurel Hervé, « Histoire des sensibilités », in Delacroix Christian et al. (dir.), Historiographies, I. Concepts et débats, Saint-Amand, Gallimard, 2010, p. 258.

    17Beck Robert et Krampl Ulrike, « Introduction », in Beck Robert, Krampl Ulrike et Retaillaud-Bajac Emmanuelle, Les cinq sens et la ville. Du Moyen Âge à nos jours, Tours, Presses universitaires François-Rabelais, 2013 p. 19-20.

    18Beck Robert et Krampl Ulrike, « Introduction… », op. cit., p. 19-20.

    19Ibidem.

    20Trésor de la langue française [http://atilf.atilf.fr], consulté le 10 janvier 2017.

    21Corbin Alain, « Histoire et anthropologie… », op. cit., p. 230.

    22Corbin Alain, Le miasme et la jonquille, Paris, Flammarion, 1986 (Aubier Montaigne, 1982), p. 41-65.

    23Bruyneel Élisabeth, Le Conseil Supérieur de la Santé (1849-2009). Trait d’union entre la science et la santé publique, Louvain, Éditions Peeters, 2009, p. 20.

    24ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Règlement – Instruction – Police de l’établissement », Lettre du directeur au Conseil, 25 avril 1826.

    25Instruction pour la construction et l’arrangement intérieur des hôpitaux et hospices, Bruxelles, J.-B. De Mortier, 1853, p. 8.

    26ACPASB, Sainte-Gertrude, AG, 240, « Déplacement du RSG », Pièces diverses relatives au transfert du RSG au vieux marché aux grains, Rapport du Conseil supérieur d’hygiène publique concernant l’installation dans les nouveaux bâtiments rue du Vieux Marché aux Grains, 6 novembre 1852.

    27Il est à noter que les odeurs décrites ici ne sont pas l’apanage des établissements de prise en charge du xixe siècle. Elles participent encore aujourd’hui à la perception et aux descriptions des établissements de charge actuels. Voir notamment Loffeier Iris, Prise en charge des vieillissements, solidarité sociale et intergénérationnelle. Le cas d’un EHPAD privé comme entité collective, thèse, Aix-Marseille université et université de Provence, 2013, p. 23.

    28Chicorée : Racine de chicorée torréfiée et moulue que l’on mélange parfois au café ou qui lui sert de succédané.

    29ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Correspondance relative à la demande faite pour pouvoir débiter du café, des liqueurs », 1842 ; « Plainte à charge des Infirmières au service des Incurables », Rapport du Conseil, 28 octobre 1850.

    30ACPASB, Sainte-Gertrude, AG, 240, « Déplacement du Refuge », Pièces diverses relatives au transfert du Refuge au vieux marché aux grains, Rapport du Conseil supérieur d’hygiène publique sur le plan d’appropriation du nouvel hospice Ste Gertrude à Bruxelles, 6 novembre 1852.

    31ACPASB, Règlements, Infirmerie, 1827, Article 61 et 1860, Article 102 ; Ursulines, 1877, Article 41 et disposition additionnelle no 1, 1901 ; Sainte-Gertrude, 1887, article 11.

    32ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « Personnel subalterne. An XIII-1854 », DC la plainte faite par le curé du béguinage à charge de l’infirmier du service des gâteux et des cancéreux, Rapport au Conseil, 21 novembre 1890.

    33La plainte d’un visiteur en 1904 oblige le directeur à rappeler les règles. Il reprécise encore à ce moment-là qu’il est strictement interdit de fumer dans toutes les salles sauf dans le grand réfectoire. ACPASB, Infirmerie, AG, 149, « Organisation – Règlement – 1889-1905 », Lettre d’un visiteur au directeur, 25 mars 1904.

    34Van Holsbeek Henri, Histoire de l’hospice…, op. cit., p. 51.

    35Le Guérer Annick, « Le déclin de l’olfactif, mythe ou réalité ? », Anthropologie et Sociétés, vol. 14, no 2, 1990, p. 34.

    36ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « Plainte à charge des Infirmières au service des Incurables », Rapport du Conseil, 28 octobre 1850.

    37ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC les gâteux et les incurables », Lettre d’un patient au directeur de l’hôpital Saint-Jean, 28 avril 1910.

    38Voir notamment ACPASB, Infirmerie, CC, 483, « DC Objets mobiliers. 1831-1855 », Lettre du directeur au Conseil, 19 avril 1852 ; AG, 148, « DC l’insuffisance du nombre des infirmiers attachés au quartier des gâteux », 1874 ; 153, « DC la plainte faite par le curé du béguinage à charge de l’infirmier du service des gâteux et des cancéreux », 1890.

    39ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « Personnel – An XIII-1900 », Personnel médical, Lettre du directeur au Conseil, 26 novembre 1808 ; Prescription de Faro à une infirmière, 7 mai 1852 ; Rapport du Conseil, 28 octobre 1850 ; Lettre du directeur au Conseil, 11 septembre 1907 ; Rapport au Conseil, le 28 octobre 1890.

    40Corbin Alain, Le miasme et…, op. cit., p. 11-23 et p. 111-118.

    41Instruction pour la…, op. cit., p. 18-22.

    42Ibidem, p. 22.

    43Ibidem, p. 18-19.

    44ACPASB, Sainte-Gertrude, AG, 240, « DC la construction d’une infirmerie », Construction Infirmerie 1859-1861, Rapport du Conseil supérieur d’hygiène publique pour la ventilation et le chauffage économique des hospices, hôpitaux, écoles, casernes, etc., 19 décembre 1859.

    45Voir le chapitre iii, p. 198.

    46ACPASB, Pachéco, CC, 522/2, « Comptabilité », Lettre du directeur au Conseil, 29 juillet 1819 ; Règlements, Pachéco, 1853, Article 16.

    47La chronologie de ces améliorations se fait concomitamment avec celles qui s’observent dans la ville de Bruxelles en général. Voir le chapitre iii, p. 214-215.

    48ACPASB, Réunis, SE, Boîte 1, Lettre du Conseil à la directrice, 27 juin 1884.

    49ACPASB, Réunis, AG, 167, « Rapport du médecin », Rapport annuel du médecin, 1867 ; Pachéco, CC, 517, « Nomination de Mr Marinus, Médecin de l’établissement », Rapport annuel du médecin, 1845 ; 522/2, « Comptabilité 1849 », Rapport annuel du médecin, 1849 ; Infirmerie, CC, 482, « Divers », Rapport du médecin, 31 janvier 1848.

    50ACPASB, Infirmerie, CC, 482, « Divers », Rapport du médecin, 31 janvier 1848.

    51ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC le règlement de l’hospice Pachéco (DIVERS) DC les instructions données au directeur et au médecin de l’HP concernant le transfert des pensionnaires à l’H Saint Pierre, Lettre du médecin au Conseil, 6 octobre 1871.

    52ACPASB, Infirmerie, AG, 154, « Organisation des services médicaux 1881-1893 », DC les modifications du service de l’hospice de l’Infirmerie proposées par M le Dr Stiénon, Lettre de Stiénon au Conseil, 8 novembre 1881.

    53Majerus Benoît, Parmi les fous. Une histoire sociale de la psychiatrie au xxe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, p. 47 ; Richelle Sophie, Les folles de Bailleul. Expériences et conditions d’internement dans un asile français (1880-1914), Bruxelles, Université des femmes, 2014, p. 61.

    54ACPASB, Infirmerie, AG, 152, « L’offre de M. Lefebvre de donner une séance de projections lumineuses aux pensionnaires de l’Hospice de l’Infirmerie », Lettre de L. au Conseil, 2 décembre 1897.

    55ACPASB, Infirmerie, AG, 152, « L’offre de M. Lefebvre de donner une séance de projections lumineuses aux pensionnaires de l’Hospice de l’Infirmerie », Lettre du directeur au Conseil, 14 décembre 1897.

    56ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC l’insuffisance du nombre des infirmiers attachés au quartier des gâteux à l’infirmerie », Lettre du Conseil au directeur, 11 mars 1874.

    57ACPASB, Infirmerie, CC, 483, « Objets mobiliers. An X-1830 », Lettre du directeur au Conseil, 4 mars 1830 ; « Objets mobiliers. 1831-1855 », Lettre du directeur au Conseil, 10 août 1840 ; AG, 146, « 1827-1859 », Lettre du directeur au Conseil, 10 mars1843 ; CM, 1846-1914.

    58ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC la demande d’engager une servante supplémentaire pour l’hospice Pachéco », Lettre de la directrice au Conseil, 24 février 1881.

    59ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « 1827-1859 », Demande pour des rouleaux de papier pour tapisser des chambres, Lettre du directeur au Conseil, 8 avril 1845.

    60ACPASB, Infirmerie, AG, 152, Lettre de Monsieur Leemans au Conseil, 28 août 1897.

    61ACPASB, Infirmerie, Fonds Iconographique, « Hosp./Inf./23-29 », Salles de pensionnaires, 1930.

    62Bly Nellie, Dix jours dans un asile, Paris, Éditions du Seuil, 2015 (1887), p. 40.

    63Charpy Manuel, Le théâtre des objets. Espaces privés, culture matérielle et identité bourgeoise. Paris, 1830-1914, thèse, université François-Rabelais de Tours, 2010, p. 147.

    64ACPASB, Réunis, SE, Boîte 2, Lettre du Conseil à la directrice, 26 mars 1895 ; AG, 167, Dossier relatif aux inscriptions de la façade, 1830 ; Pachéco 158, « DC le règlement de l’hospice Pachéco (DIVERS) », DC l’augmentation de 48 à 50 des pensionnaires de l’HP, en mémoire de M. Henri Blondeau, Séance du Conseil, 1er juillet 1873 ; Sainte-Gertrude, AG, 244, « DC la demande du Refuge Sainte-Gertrude d’obtenir le relevé des dons et legs en faveur du Refuge », Lettre de la Commission administrative au Conseil, 19 juillet 1897 ; Infirmerie, AG, 146, « Direction an XIII-1861 », « Correspondance relativement à la proposition tendant à faire placer dans l’intérieur de l’hospice de l’Infirmerie, les noms des bienfaiteurs de cet établissement » ; Ursulines, AG, 239, « DC le relevé demandé des dons et legs faits à cet établissement. Fondation de lits », Lettre de la Commission administrative au Conseil, 3 mars 1904.

    65Vander Rest J.-F., Aperçu historique sur les établissements de bienfaisance de la ville de Bruxelles, Bruxelles, Bols-Wittouck, 1860, p. 167.

    66ACPASB, Infirmerie, CC, 482, « Divers », Lettre du médecin au Conseil, 28 mai 1832.

    67Comparée à ses voisins, la Belgique introduit tard l’instruction obligatoire (1914). Le taux d’analphabétisme est élevé durant tout le xixe siècle et particulièrement en Flandre. Deneckere Gita, « Les turbulences de la Belle Époque (1878-1905) », in Dumoulin Michel et al. (dir.), Nouvelle Histoire de Belgique, Bruxelles, Éditions Complexe, 2005, vol. 1, p. 123.

    68Leclercq Valérie, Guérir, travailler, désobéir. Une histoire des interactions hospitalières avant l’ère du « patient autonome » (Bruxelles, 1870-1930), thèse, Université libre de Bruxelles, p. 118.

    69ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Dossier concernant la Bibliothèque de l’Infirmerie », Rapport au Conseil, 15 décembre 1864.

    70ACPASB, Règlements, Ursulines 1824, Article 37.

    71ACPASB, Pachéco, 517, « DC Pensionnaires », Lettre du directeur au Conseil, 9 mars 1838.

    72Créée en 1828, à l’initiative de Jean Pauwels-de Vis, la Société Royale de Philanthropie vient en aide aux nécessiteux de la capitale grâce aux soutiens de notables bruxellois. Elle se spécialise dans l’assistance aux aveugles, parmi lesquels des vieillards, avec la création dans les années 1840 d’un établissement de prise en charge qui leur est destiné. Scaillet Thierry, La Société Royale de Philanthropie. Histoire d’une institution au service des aveugles et des démunis, Bruxelles, Event Business, 2011.

    73Prévu pour accueillir une centaine d’individus, l’établissement en compte 109 en 1877. ACPASB, CM, 1877, p. 292-293.

    74Pour rappel, la lampe dite Carcel est un modèle perfectionné de celle dite d’Argand ou Quinquet. Inventée à la fin du xviiie siècle, cette dernière consomme de l’huile de colza. Elle est « pourvue d’une mèche de section circulaire et d’une cheminée en verre pour activer la combustion de l’huile ». Alimentée par gravité, l’huile se trouve dans un réservoir placé plus haut que le bec. L’amélioration de la lampe Carcel consiste à placer le réservoir dans le socle. En plus de maintenir un niveau d’huile constant, ce modèle supprime la zone d’ombre du réservoir, la lumière devient régulière et constante. Roman C., « Cent cinquante ans d’éclairage au gaz à Bruxelles », Les Cahiers Bruxellois, no 21, 1976, p. 122.

    75ACPASB, Infirmerie, CC, 507, « Projet pour l’établissement du gaz. Ro du 13 mars 1849 ».

    76Charpy Manuel, Le théâtre des…, op. cit., p. 250 et Heymans Vincent, « Vingt-quatre heures de la vie d’une maison. Les espaces de jour et de nuit dans l’habitation bruxelloise à la fin du xixe siècle », Les Cahiers de la Fonderie, no 21, 1996, p. 44-49.

    77L’électricité ne sera généralisée dans les hospices que dans les années 1920. ACPASB, Infirmerie, ST, Boîte 6, « Travaux – Éclairage électrique 1917-1923 ».

    78ACPASB, Infirmerie, AG, 155, « Nouveaux locaux – Entretien 1822-1856 », Éclairage, Lettre du directeur au Conseil, 14 octobre 1842 ; 146, « 1827-1859 », Lettre du directeur au Conseil, 6 octobre 1845.

    79ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC Punitions infligées aux pensionnaires », Lettre de la directrice au Conseil, 4 avril 1878.

    80ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Défense faite aux pensionnaires de conserver de la lumière pendant la nuit », Lettre de la pensionnaire L. au Conseil, 29 juillet 1867.

    81ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Défense faite aux pensionnaires de conserver de la lumière pendant la nuit », Lettre de la pensionnaire L. au Conseil, 29 juillet 1867.

    82ACPASB, Réunis, SE, Boîte 1, Lettre du Conseil à la directrice, 24 août 1875.

    83ACPASB, Réunis, SE, Boîte 3, Lettre de la directrice au Conseil, 9 novembre 1905.

    84Charpy Manuel, Le théâtre des…, op. cit., p. 282.

    85Ibidem, p. 242.

    86Ibidem.

    87ACPASB, Réunis, AG, 167, « DC l’emploi de lampes à l’huile aux Hospices-Réunis », Lettre de la directrice au Conseil, 26 décembre 1879.

    88ACPASB, Infirmerie, ST, Boîte 6, « Travaux – Éclairage électrique 1917-1923 », Rapport au Conseil, 28 juin 1921.

    89ACPASB, Règlements, Ursulines, 1877, Article 20.

    90ACPASB, Règlements, Infirmerie, 1860, Article 11.

    91Voir entre autres ACPASB, Règlements, Sainte-Gertrude, 1887, Article 19.

    92ACPASB, Pachéco, 158, « DC le règlement de l’hospice Pachéco (DIVERS) », DC les instructions à la Directrice de surveiller la correspondance des pensionnaires et de ne plus transmettre que les seuls papiers importants, Lettre du Conseil à la directrice, 5 avril 1892.

    93Voir par exemple ACPASB, Règlements, Sainte-Gertrude, 1887, Articles 13 et 14.

    94Voir le chapitre ii, p. 128.

    95ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC la plainte de Mme B., pensionnaire de Pachéco au sujet de la manière dont a lieu la visite médicale à l’établissement », Lettre de la pensionnaire B. au Conseil, 6 mai 1901.

    96ACPASB, Infirmerie, CC, 482, « DC la nomination de Mr Lequime à la place de médecin à l’hospice en remplacement de Mr Verbruggen, démissionnaire », Lettre du directeur au Conseil, 8 avril 1843.

    97Voir le chapitre iv, p. 277.

    98ACPASB, Règlements, Sainte-Gertrude, 1887, Article 9.

    99ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Le Conseil accorde du café au lait aux pensionnaires de l’hospice », Lettre du directeur au Conseil, 13 février 1851.

    100ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Petits dossiers particuliers », Jeanne Dubois, 1818 ; 147, Lettre du directeur au Conseil, 1er février 1856.

    101Morat Daniel, « Urban Soundscapes and Acoustic Innervation around 1900 », Communications, no 90, 2012 (1), p. 35-52.

    102Balaÿ Olivier, « Stridences et chuchotements : la symphonie des machines et des portes au xixe siècle », Communications, no 90, 2012 (1), p. 35-52.

    103Loir Christophe, Bruxelles néoclassique : mutation d’un espace urbain, 1775-1840, Bruxelles, CFC-Éditions, 2009, p. 185.

    104Balaÿ Olivier, « Stridences et chuchotements… », op. cit., p. 39.

    105ACPASB, Règlements, Infirmerie, 1827, Articles 17 et 45 ; Sainte-Gertrude, 1887, Article 7 ; Ursulines, 1877, Article 23.

    106ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Nomination de Mr Marinus, Médecin de l’établissement », Rapport médical, 13 juillet 1846.

    107ACPASB, Réunis, SE, Boîte 1, Lettre du Conseil à la directrice, 6 avril 1880 et Pachéco, CC, 517, « Nomination de Mr Marinus, Médecin de l’établissement », Rapport annuel du médecin, 1845.

    108ACPASB, Réunis, 468, « Personnel », Vicaires de la Chapelle, Lettre du directeur au Conseil, 13 mai 1893.

    109ACPASB, AG, « Personnel médical, chef de service et nomination, la réorganisation du service médical 1850, dossier sur l’organisation du service de santé, 1865-69 », Circulaire aux directeurs des établissements, 11 décembre 1860.

    110ACPASB, Infirmerie, ST, Boîte 5, « Peinture (1840-1857) », DC la construction de 2 chambres au quartier des cancéreuses à l’usage de malades turbulents. 1850, Lettre du chirurgien Joly au Conseil, 30 mars 1850.

    111ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC des faits commis par une infirmière sur une pensionnaire de l’hospice », Lettre du directeur au Conseil, 4 février 1871.

    112ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Règlement – Instruction – Police de l’établissement », Pensionnaires – Affaires diverses – (concernant diverses pensionnaires à la fois), Lettre du directeur au Conseil, 8 février 1860.

    113Ibidem.

    114Ibidem.

    115ACPASB, Infirmerie, CC, 482, « Cour de l’hospice mise à la disposition de la garde civique. Plainte des chefs du service », Lettre des médecin et chirurgien au Conseil, 18 novembre 1850.

    116Rossigneux-Méheust Mathilde, « Tranquilliser les vieux, aseptiser l’hospice : la désensibilisation de l’espace sensoriel des vieillards en institution à Paris au xixe siècle », in Beck Robert, Krampl Ulrike et Retaillaud-Bajac Emmanuelle, Les cinq sens…, op. cit., p. 175-178 ; Richelle Sophie, « L’hospice par ses vieillards. Représentations et conditions d’expérience à l’hospice Saint-Jean (Luxembourg-xixe siècle) », Hémecht, no 68 (1), 2016, p. 100-103.

    117ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC la demande de pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie de voir modifier l’heure de rentrée », Lettre du directeur au Conseil, 13 mai 1909.

    118Balaÿ Olivier, « Stridences et chuchotements… », op. cit., p. 35-52.

    119Pecqueux Anthony, « Le son des choses, les bruits de la ville », Communications, no 90, 2012 (1), p. 5-16.

    120ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC le placement des personnes qui gémissent à l’hospice de l’Infirmerie dans une salle spéciale », 1872.

    121ACPASB, Infirmerie, ST, Boîte 5, « Peinture (1840-1857) », DC la construction de 2 chambres au quartier des cancéreuses à l’usage de malades turbulents. 1850, Lettre du chirurgien Joly au Conseil, 30 mars 1850.

    122ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC le placement des personnes qui gémissent à l’hospice de l’Infirmerie dans une salle spéciale », Lettre du Conseil au directeur, 17 décembre 1872.

    123ACPASB, Réunis, CC, 468, « Pensionnaires/Décès/Transfert/Congés », Transferts et Admission à Saint-Jean, Cas individuels, 1850 et 1880 et Delmotte Patrick, Le dépôt pour aliénés de l’hôpital St-Jean (1794-1904), mémoire, Université libre de Bruxelles, 1980.

    124ACPASB, Infirmerie, 146, « Direction an XIII-1861 », Lettre du directeur au Conseil, 6 août 1831.

    125ACPASB, Réunis, CC, 468, « Pensionnaires/Décès/Transfert/Congés », Transferts et Admission à Saint-Jean, Cas individuels, 1850 et 1880.

    126ACPASB, Réunis, CC, 468, « Pensionnaires/Décès/Transfert/Congés », Transferts et Admission à Saint-Jean, Cas individuels, 1850 et 1880 ; Infirmerie : transfert des pensionnaires des hospices réunis, Note du médecin, 24 décembre 1847 ; Infirmerie, AG, 148, « Dossier concernant la mise de la camisole de force à des pensionnaires », Lettre du directeur au Conseil, 13 juin 1872.

    127ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Dossier concernant des faits commis par une infirmière sur une pensionnaire de l’hospice de l’Infirmerie », Rapport au Conseil, 4 février 1871.

    128ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Dossier concernant des faits commis par une infirmière sur une pensionnaire de l’hospice de l’Infirmerie », Rapport au Conseil, 4 février 1871.

    129C’est le cas pour l’asile des aliénées de Bailleul dans le Nord de la France. Archives départementales du Nord, Administration départementale, 1 N 121, Rapport sur le service médicale de l’asile de Bailleul pour l’année 1876, p. 582 ; 1 N 144, 1900, Rapport sur le service médical de l’asile de Bailleul pour l’année 1899, p. 336 ; 1 N 145, Rapport sur le service médical de l’asile de Bailleul pour l’année 1900, p. 287 et p. 294.

    130ACPASB, Règlements, Ursulines, 1877, Article 33.

    131ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC la suppression de la réunion dans une salle commune des pensionnaires de la Fondation Pachéco », Lettre du directeur au Conseil, 12 janvier 1916.

    132Voir entre autres les cas suivants : ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Pensionnaires – Affaires diverses – (Concernant une seule pensionnaire à la fois) », Lettre du directeur au Conseil, 15 novembre 1836 ; Lettre du directeur au Conseil, 8 février 1860 ; Lettre du directeur au Conseil, 15 septembre 1857 ; Infirmerie, AG, 146, « Petits dossiers particuliers » ; 149, « DC les mesures prises à l’égard des pensionnaires de l’Infirmerie qui s’adonnent à la boisson », Lettre du Conseil au directeur, 11 mars 1892.

    133Rossigneux-Méheust Mathilde, « Tranquilliser les vieux… », op. cit., p. 181 (169-182).

    134ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Régime alimentaire », Les modifications apportées au Régime alimentaire de l’hospice, Rapport au Conseil, 29 mai 1873.

    135Ibidem.

    136À Liège à la même époque, c’est non seulement la quantité de bière mais aussi celle de la nourriture qui sert à distinguer les pensionnaires selon leur sexe. ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Régime alimentaire », Révision du régime alimentaire, Lettre du directeur au Conseil, 29 avril 1851.

    137ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Le Régime alimentaire », Economie à introduire, Lettre du directeur au Conseil, 15 décembre 1880.

    138Scholliers Peter, Arm en rijk aan tafel. Tweehonderd jaar eetcultuur in België, Berchem, EPO-BRTN Educatieve uitgaven, 1993, 23-24.

    139Ibidem, p. 24-25.

    140Scholliers Peter, Arm en rijk…, op. cit., p. 22.

    141Voir le chapitre i, p. 56.

    142Kip-kap : Préparation bruxelloise populaire de viande de porc. Il s’agit d’une sorte de fromage de tête ou tête pressée.

    143Stockfisch : Préparation de poisson lorsqu’il est salé et séché.

    144Les hospices du xixe siècle, même urbains, produisent une quantité importante de leur nourriture, que ce soit par un élevage domestique d’animaux ou par une production potagère. L’hospice de l’Infirmerie et le refuge des Ursulines sont les deux établissements qui maintiennent le plus longtemps ces activités en raison notamment de la configuration de leurs espaces extérieurs permettant une présence animale et des cultures potagères. Richelle Sophie, « Bestiaire des hospices. Présences animales dans les hospices de vieillards (Bruxelles-xixe siècle) », Revue d’histoire urbaine, no 47, 2016 (3), p. 107-124.

    145Scholliers Peter, Arm en rijk…, op. cit., p. 54.

    146ACPASB, Règlements, Sainte-Gertrude, 1887, Article 7.

    147ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « Personnel an XIII-1855 », Faits à charge du Directeur Maeck, Lettre du directeur au Conseil, 20 décembre 1850.

    148ACPASB, Règlements, Sainte-Gertrude, 1887, Article 9 ; Infirmerie, AG, 151, « Le Conseil accorde du café au lait aux pensionnaires de l’hospice », Lettre du directeur au Conseil, 13 février 1851 ; 146, « Petits dossiers particuliers », Jeanne Dubois, 1818 ; 147, Lettre du directeur au Conseil, 1er février 1856.

    149Le cas de Bruxelles est loin d’être isolé en la matière. Richelle Sophie, les folles de…, op. cit., p. 88 ; Richelle Sophie, « L’hospice par ses…, op. cit., p. 98-100.

    150ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Petits dossiers », Rapport concernant la conduite inconvenante du pensionnaire B., Lettre des pensionnaires au Conseil, le 11 mars 1847.

    151ACPASB, Infirmerie, AG, « Le conseil accorde du café au lait aux pensionnaires », Résolution du 11 octobre 1851.

    152ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC l’emploi de viande de porc dans l’alimentation de l’hospice de l’Infirmerie », Lettre du directeur au Conseil, 2 janvier 1889.

    153ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC la plainte de Mme B. pensionnaire de l’hospice de Pachéco », Lettres des pensionnaires B. et L., 1er et 2 avril 1909.

    154ACPASB, Ursulines, AG, 238, « DC la plainte anonyme adressée à M. le Bourgmestre au sujet de la manière dont sont entretenus les pensionnaires », Notes pour le Conseil, 3 février 1908.

    155ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC les envois de fruits faits par les ordres du Roi », 1870.

    156ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC les envois d’objets saisis », 1866-1924.

    157ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC les porcheries », L’abatage de porcs à l’occasion de Noël, 1876-1889.

    158ACPASB, Infirmerie, AG, 152, « La fête offerte aux pensionnaires de l’I par M. le bon Lambert à l’occasion du mariage de S. A. R. le Pce Albert de Belgique », octobre et novembre 1900.

    159Rossigneux-Méheust, Vivre, vieillir et mourir en institution au xixe siècle : genèse d’une relation d’assistance, thèse, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2015, p. 356.

    160ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Régime alimentaire », Le régime alimentaire de l’Infirmerie. Economies à introduire, Lettre du directeur au Conseil, 15 décembre 1880.

    161ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Régime alimentaire », Révision du régime alimentaire, Lettre du directeur au Conseil, 29 avril 1851 ; Le régime alimentaire de l’Infirmerie. Economies à introduire, Lettre du directeur au Conseil, 15 décembre 1880.

    162Drouard Alain, « L’alimentation à l’hôpital », in Demier Francis et Barillé Claire (dir.), Les maux et les soins. Médecins et malades dans les hôpitaux parisiens au xixe siècle, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2007, p. 327-338.

    163ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Révision du Régime alimentaire », Lettre des médecin et chirurgien au Conseil, 22 juillet 1851.

    164Ibidem.

    165Vigarello Georges, Histoire des pratiques de santé. Le sain et le malsain depuis le Moyen Âge, Paris, Seuil, 1993, p. 143.

    166Ibidem.

    167ACPASB, Pachéco, CC, 522/1, « Vins An X à 1824 ».

    168L’expérience gustative des médicaments se transforme au xixe siècle avec la demande croissante de santé des individus impliquant la prise en compte du goût de ces nouveaux consommateurs et des « efforts constants pour améliorer l’administration des substances au goût repoussant ». Rasmussen Anne, « Les enjeux d’une histoire des formes pharmaceutiques : la galénique, l’officine et l’industrie (xixe-début xxe siècle) », Entreprises et histoire, no 36, 2004 (2), p. 15.

    169ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « La visite médicale des pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie admises dans la catégorie des transférées de Pachéco et dans celle des transférées des Réunis », Lettre du directeur au Conseil, 29 novembre 1887. Pour l’approvisionnement de ce genre de produits, un hospice de la taille de l’Infirmerie dispose de sa propre pharmacie et d’un personnel spécifique attaché à son fonctionnement pour préparer les médicaments nécessaires à ses habitants. Les autres établissements selon la proximité des bâtiments se fournissent aux pharmacies des hôpitaux Saint-Jean ou Saint-Pierre. Vander Rest J.-F., Aperçu historique sur…, op. cit., p. 398-402.

    170Ferrand Eusèbe, Aide-Mémoire de pharmacie. Vade-mecum du pharmacien à l’officine et au laboratoire, Paris, J.-B. Baillière et fils, 1891 (5e édition), p. 397.

    171Ferrand Eusèbe, Aide-Mémoire de pharmacie…, op. cit., p. 613.

    172Le paraldéhyde, sédatif utilisé depuis les années 1880 dans les asiles psychiatriques, est ainsi administré avec du rhum et du citron. Majerus Benoît, « The Straitjacket, the Bed, and the Pill: Material Culture and Madness », in Eghigian Greg (éd.), The Routlede History of Madness and Mental Health, Londres, Routledge, 2017, p. 263-276.

    173Rasmussen Anne, « Les enjeux d’une… », op. cit., p. 15.

    174Il est à ce propos intéressant de noter que l’huile de ricin est utilisée durant la guerre d’Espagne, par les franquistes et les phalangistes contre les républicains, mêlant punition et purification du corps. Ferrand Eusèbe, Aide-Mémoire de pharmacie…, op. cit. ; Virgili Fabrice, La France « virile ». Des femmes tondues à la Libération, Paris, Payot, 2000 ; Joly Maud, « Dire la guerre et les violences : femmes et récits pendant la guerre d’Espagne », Mélanges de la Casa de Velazquez [http://mcv.revues.org/1854], consulté le 30 septembre 2016.

    175ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC la distribution d’une tisane aux vieillards », Lettre du directeur au Conseil, 31 décembre 1906.

    176ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC une plainte des pensionnaires à la nourriture », Lettre des pensionnaires au Conseil, 4 août 1890.

    177ACPASB, Infirmerie, AG, 155, « Plantations », Plantations ; fleurs. Écurie, etc., Lettre du directeur au Conseil, 27 janvier 1831.

    178Fanica Pierre-Olivier, Le lait, la vache et le citadin : du xviie au xxe siècle, Versailles, Éditions Quae, 2008, p. 8.

    179ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC les porcheries », L’abatage des porcs à l’occasion de Noël, Lettre du directeur au Conseil, 9 février 1889.

    180ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Régime alimentaire », Révision du régime alimentaire, Lettre du directeur au Conseil, 31 mars 1875.

    181Bouilli : Viande cuite dans un pot, dans une marmite, et qui a servi à faire du bouillon. Il se dit ordinairement du bœuf.

    182ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC une plainte des pensionnaires à la nourriture », Lettre des pensionnaires au Conseil, 4 août 1890.

    183ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Petits dossiers », Rapport concernant la conduite inconvenante du pensionnaire B., Lettre des pensionnaires au Conseil, le 11 mars 1847 ; 148, « DC la plainte d’un Sieur Xavier P. relative à la nourriture et aux heures de rentrée des pensionnaires de l’infirmerie », Lettre du Sieur P. à un membre du Conseil, 18 novembre 1885 ; « DC la plainte faite par divers sujets d’un manque de surveillance à l’hospice de l’Infirmerie », Lettre au Conseil, 28 juillet 1886 ; 149, « DC autorisation donnée aux pensionnaires de l’infirmerie de fumer dans le grand réfectoire de cet établissement », Séance du Conseil, 5 février 1897 ; 151, « Un anonyme signale que la nourriture donnée aux pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie est insuffisante », Lettre anonyme au Conseil, 11 juin 1872 ; « DC une plainte des pensionnaires à la nourriture », Lettre des pensionnaires au Conseil, 4 août 1890 ; Ursulines, AG, 238, « DC la plainte anonyme adressée à M. le Bourgmestre au sujet de la manière dont sont entretenus les pensionnaires », Lettre de l’administration communale de Bruxelles au Conseil, 3 janvier 1908.

    184ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « Un anonyme signale que la nourriture donnée aux pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie est insuffisante. Plainte relative à la qualité de nourriture à l’Infirmerie », Séance du Conseil, 6 mai 1873.

    185ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC la plainte d’un Sieur Xavier P. relative à la nourriture et aux heures de rentrée des pensionnaires de l’infirmerie », Lettre du Sieur P. à un membre du Conseil, 18 novembre 1885.

    186ACPASB, Ursulines, AG, 238, « DC la plainte anonyme adressée à M. le Bourgmestre au sujet de la manière dont sont entretenus les pensionnaires », Lettre de l’administration communale de Bruxelles au Conseil, 3 janvier 1908.

    187ACPASB, Infirmerie, AG, 151, « DC une plainte des pensionnaires à la nourriture », Lettre des pensionnaires au Conseil, 4 août 1890.

    188Ibidem.

    189ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC la plainte d’un Sieur Xavier P. relative à la nourriture et aux heures de rentrée des pensionnaires de l’infirmerie », Lettre du Sieur P. à un membre du Conseil, 18 novembre 1885.

    190ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Petits dossiers », Rapport concernant la conduite inconvenante du pensionnaire B., Lettre des pensionnaires au Conseil, le 11 mars 1847.

    191Scholliers Peter, Arm en rijk…, op. cit., p. 86-101.

    192Ibidem, p. 101.

    193Voir le chapitre iii, p. 198.

    194Corbin Alain (dir.), Histoire du corps. De la Révolution à la Grande Guerre, Paris, Éditions du Seuil, 2005, p. 9.

    195Andrieu Bernard, À la recherche du corps. Épistémologie de la recherche en SHS, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 2005.

    196ACPASB, Réunis, 468, CC, « Pensionnaires/Décès/Transfert/Congés », Infirmerie : transfert des pensionnaires des hospices réunis.

    197ACPASB, Réunis, 468, CC, « Pensionnaires/Décès/Transfert/Congés », Infirmerie : transfert des pensionnaires des hospices réunis, Avis du médecin concernant la pensionnaire Marie Jeanne H., 2 mars 1849.

    198Faure Olivier, Genèse de l’hôpital moderne. Les Hospices Civils de Lyon de 1802 à 1845, Lyon, Presses universitaires de Lyon ; Paris, Éd. du CNRS, 1982, p. 96-102.

    199Voir le chapitre iii, p. 198.

    200Leclercq Valérie, Guérir, travailler, désobéir…, op. cit., p. 35-38.

    201Voir le chapitre ii, p. 128.

    202ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC la visite médicale des pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie admises dans la catégorie des transférées de Pachéco et dans celle des transférées des Réunis. 1887 », Lettre du directeur au Conseil, 29 novembre 1887.

    203ACPASB, Infirmerie, AG, « DC la nomination de Mr Lequime à la place de médecin à l’hospice de l’I en remplacement de Mr Verbruggen, démissionnaire ».

    204Leclercq Valérie, Guérir, travailler, désobéir…, op. cit., p. 176.

    205Ibidem.

    206Ibidem.

    207Je remercie Renaud Bardez d’avoir attiré mon attention sur la source suivante : Archives de l’Université libre de Bruxelles, PV de la Faculté de médecine, 20 décembre 1871.

    208Se rapporter au tableau 11, p. 118.

    209ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Règlement – Instruction – Police de l’établissement », Anciens règlements et projet de nouveaux règlements, Lettre du directeur au Conseil, 15 avril 1819.

    210Voir le chapitre ii, p. 131.

    211Majerus Benoît, « History of Professional Elder Care », in Boll Thomas, Ferring Dieter et Valsiner Jaan (dir.), Cultures of Care – Handbook of Gerontopsychology, Charlotte, Information Age Publishers (à paraître).

    212Sans prétendre à l’exhaustivité, nous en avons recensé une dizaine : ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Direction an XIII-1861 », Enquête à l’hospice de l’Infirmerie, 1846 ; 148, « Dossier concernant des faits commis par une infirmière sur une pensionnaire de l’hospice de l’Infirmerie », 1871 ; « Dossier concernant la mise de la camisole de force à des pensionnaires », 1872 ; « DC l’enquête faite au sujet des faits reprochés à Eulalie T’Kindt, servante à l’infirmerie », 1885 ; « DC la plainte faite par divers sujets d’un manque de surveillance à l’hospice de l’Infirmerie », 1886 ; 150, « DC la plainte anonyme à charge de la direction de l’hospice de l’Infirmerie », 1910 ; 153, « DC la plainte faite par le curé du béguinage à charge de l’infirmier du service des gâteux et des cancéreux », 1890 ; « Personnel an XIII-1855 », DC le renvoi d’une servante demandé par des pensionnaires, 1872 ; Personnel subalterne An XIII-1854, Rapport au Conseil, 12 novembre 1830 ; « DC la plainte faite par la nommée P. admise à l’hospice », 1877 ; Pachéco, AG, 158, « DC la plainte d’une pensionnaire de l’hospice Pachéco contre des membres du personnel », 1911.

    213ACPASB, Règlements, Sainte-Gertrude, 1887, Article 16, Infirmerie, 1860, Article 78 ; Pachéco, 1843, Article 25 ; Ursulines, 1877, Article 17.

    214ACPASB, AG, Personnel Subalterne. Par établissements (1902-1904) [hors inventaire], « DC l’Infirmerie ».

    215ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Dossier concernant des faits commis par une infirmière sur une pensionnaire de l’hospice de l’Infirmerie », Enquête par les membres du Conseil, 3 février 1871.

    216ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Direction an XIII-1861 », Enquête à l’hospice de l’Infirmerie, Séance du Conseil, 26 juin 1846 ; 148, « DC la plainte faite par divers sujets d’un manque de surveillance à l’hospice de l’Infirmerie », Lettre au Conseil (auteurs inconnus), 28 juillet 1886.

    217ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Direction an XIII-1861 », Enquête à l’hospice de l’Infirmerie, Lettre du directeur au Conseil, 19 juin 1846.

    218ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « DC la plainte faite par le curé du béguinage à charge de l’infirmier du service des gâteux et des cancéreux », Rapport au Conseil, 21 novembre 1890.

    219ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Dossier concernant la mise de la camisole de force à des pensionnaires », Lettre du directeur au Conseil, 30 mai 1872.

    220ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC l’enquête faite au sujet des faits reprochés à Eulalie T’Kindt, servante à l’infirmerie », Rapport d’enquête des membres du Conseil, 23 janvier 1885.

    221ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC la plainte anonyme à charge de la direction de l’hospice de l’Infirmerie », Lettre anonyme au Conseil, 31 mars 1910.

    222ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « DC la plainte faite par la nommée P. admise à l’hospice », Lettre de la Veuve P. au Bourgmestre, 27 décembre 1877.

    223C’est en tout cas clairement ce que laisse entendre le directeur de l’Infirmerie en 1873 suite à la demande de renvoi d’une servante par des pensionnaires : « S’il fallait pour toutes ces peccadiles, soit changer, soir renvoyer les gens e peine, il deviendrai impossible de pouvoir encore organiser un service, d’autant plus qu’actuellement déjà je ne parviens presque plus à le compléter. » 153, « DC le renvoi d’une servante demandé par des pensionnaires », Lettre du directeur au Conseil, 30 mai 1872.

    224ACPASB, AG, Personnel Subalterne. Par établissements (1902-1904) [hors inventaire], « DC l’Infirmerie », Avis sur l’admission et la sortie du personnel domestique, 1894-1903.

    225On retrouve différents cas où le comportement des pensionnaires pose problème et où des actes de violence physique et verbale s’exercent contre les membres du personnel. Voir entre autres ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Petits dossiers particuliers », Josephine B. ; 153, « DC le renvoi d’une servante demandé par des pensionnaires », Lettre du directeur au Conseil, 30 mai 1872.

    226ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Règlement – Instruction – Police de l’établissement », Anciens règlements et projet de nouveaux règlements (25 mars 1853), Lettre du directeur au Conseil, 11 août 1843.

    227ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC la plainte anonyme à charge de la direction de l’hospice de l’Infirmerie », Lettre du directeur au Conseil, 4 avril 1910.

    228ACPASB, Pachéco, AG, 159, « DC l’indemnité de frs. 2 par nuit allouée aux servantes de l’HP qui ont dû veiller la Vve S., cancéreuse », 1900 ; Réunis, CC, 468, « Domestique, gens de peine », Rapport au Conseil à propos de la résolution primitive accordant une indemnité de 21 ct aux servantes des hospices réunis par nuit de veille, 7 octobre 1852.

    229ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « DC l’indemnité de frs 2 accordée aux domestiques et servantes par nuit de garde au quartier des cancéreux », Lettre du directeur au Conseil, 9 mars 1897.

    230ACPASB, AG, Personnel Subalterne. Proposition d’augmentations (1865-1927) [hors inventaire], « DC les augmentations de salaires accordés au personnel domestique », Lettre des domestiques des gâteux et de l’amphithéâtre de l’Infirmerie au Conseil, 20 décembre 1876.

    231ACPASB, AG, Personnel Subalterne. Proposition d’augmentations (1865-1927) [hors inventaire], « DC les augmentations de salaires accordés au personnel domestique », Lettre des domestiques des deux hôpitaux et de l’hospice de l’Infirmerie au Conseil, s. d. (reçue le 12 mai 1876).

    232ACPASB, AG, Personnel Subalterne. Proposition d’augmentations (1865-1927) [hors inventaire], « DC les augmentations de salaires accordés au personnel domestique », Lettre des domestiques des gâteux et de l’amphithéâtre de l’Infirmerie au Conseil, 20 décembre 1876.

    233L’expression de « la plus sale besogne » sous la plume d’un domestique de l’Infirmerie en 1876 fait étonnamment écho aux recherches d’Anne-Marie Arborio. Arborio Anne-Marie, « Quand le “sale boulot” fait le métier : les aides-soignantes dans le monde professionnalisé de l’hôpital », Sciences sociales et santé, no 13, 1995 (3), p. 93-126.

    234ACPASB, Sainte-Gertrude, AG, 243, « DC la plainte formulée par le sieur V. pour le décès de son père », Lettre du conseil d’administration au Conseil, 25 juillet 1878.

    235ACPASB, Règlements, Ursulines 1877, Article 15.

    236ACPASB, Règlements, Infirmerie, 1860, Article 81.

    237ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « DC une rixe à l’hospice de l’Infirmerie entre les pensionnaires D. et S. », 1871 ; 149, « DC l’affaire V. et M., pensionnaire de l’hospice de l’Infirmerie », 1889.

    238ACPASB, Ursulines, SE, Registre des punitions.

    239Soufflet : Coup donné sur la joue avec le plat ou le revers de la main.

    240Bien que le xixe siècle soit « peut-être le premier à se penser comme un temps ordinal et comme une époque en marche vers le progrès moral », la violence dans les échanges ordinaires, notamment des classes populaires, reste un aspect du quotidien. Chauvaud Frédéric (dir.), Violences, Sociétés et Représentations, Paris, CREDHESS, 1998, p. 8.

    241Un domestique et une servante sont ainsi accusés en 1846 de « satisfaire [leur] passion en présence de malades ». ACPASB, Infirmerie, AG, 146, « Direction an XIII-1861 », Plaintes, enquête, Séance du Conseil, 19 juin 1846.

    242ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « DC la visite rendue par Mr Champol rédacteur à la Réforme. 1891 », Champol, « Nos vieux », La Réforme, 8 juillet 1891.

    243ACPASB, Infirmerie, AG, 153, « DC la visite rendue par Mr Champol rédacteur à la Réforme. 1891 », Champol, « Nos vieux », La Réforme, 8 juillet 1891.

    244Enquête menée sur la moralité des pensionnaires, Rapport au Conseil Général du Refuge, 15 mai 1838 cité par Van Malderghem Robert, Le refuge des vieillards aux Ursulines à Bruxelles 1805-1905, Bruxelles, G. Van Oest et Cie, 1909, p. 88-94.

    245Ibidem.

    246Ibidem.

    247ACPASB, Sainte-Gertrude, SE, Boîte 12, Rapport sur des pensionnaires, 17 janvier 1910.

    248ACPASB, Infirmerie, AG, 149, « DC mariage contracté entre pensionnaires d’un Hospice (demande de renseignements de l’hospice Van Aa) », 1899.

    249Rossigneux-Méheust Mathilde, Vivre, vieillir et…, op. cit., p. 294-297.

    250Montandon Alain, « Amours d’hospices », Gérontologie et société, no 114, 2015 (3), p. 221-223.

    251Cette même distinction est d’ailleurs observée par Mathilde Rossigneux-Méheust dans les hospices parisiens. Rossigneux-Méheust Mathilde, Vivre, vieillir et…, op. cit., p. 295.

    252Piron Florence et Arsenault Daniel, Constructions sociale du temps, Sillery, Les éditions du Septentrion, 1996, p. 9.

    253L’écriture de ce point sur le temps doit énormément à la collaboration avec Mathilde Rossigneux-Méheust lors de la journée d’étude internationale co-organisée ensemble à l’université du Luxembourg. Richelle Sophie et Rossigneux-Méheust Mathilde, « L’expérience du temps en institution à Paris et Bruxelles : une expérience partagée de la vieillesse ? », Journée d’étude : « Histoire des vieux, de la vieillesse et du vieillissement : Nouvelles perspectives pour un nouveau champ de recherches ? », Framing Age, université du Luxembourg, Luxembourg, 18 février 2016.

    254Piron Florence et Arsenault Daniel, Constructions sociale du, op. cit., p. 11.

    255Corbin Alain, « Présentation », Revue d’histoire du xixe siècle (Le temps et les historiens), no 25, 2002, p. 1.

    256Ibidem, p. 2.

    257Dequidt Marie-Agnès, « Comment mesurer l’intériorisation du temps ? (Paris, début xixe siècle) », Revue d’histoire du xixe siècle (Le quotidien des techniques), no 45, 2012/2, p. 69-81.

    258Ibidem, p. 79.

    259Hunt Lynn, Measuring Time. Making History, Budapest, Central European University Press, 2008, p. 10.

    260Voir notamment « Adoption de l’heure de Greenwich en 1892 par Bruxelles et Laeken », Ville de Bruxelles. Archives [http://www.bruxelles.be/artdet.cfm/5949] (erreur en 2025), consulté le 19 août 2014 ; Bulletin communal de la ville de Bruxelles, t. 1, part. 4 et 5, 1892, p. 397-424 [https://archief.brussel.be/Colossus/BulletinsCommunaux/Bulletins/Documents/Bxl_1892_Tome_I1_Part_4.pdf?_ga=2.88868891.1089823744.1522922965-1847813926.1508239947] (erreur en 2025) et [https://archief.brussel.be/Colossus/BulletinsCommunaux/Bulletins/Documents/Bxl_1892_Tome_I1_Part_5.pdf?_ga=2.130582287.1089823744.1522922965-1847813926.1508239947] (erreur en 2025), consulté le 5 avril 2018.

    261Corbin Alain, « L’arithmétique des jours au xixe siècle », Le temps, le Désir et l’Horreur, Paris, Aubier, 1991, p. 9-22.

    262ACPASB, Pachéco, AG, 58, « Remontage des pendules », Facture de l’administration générale des hospices à A. Demeur, 31décembre 1845.

    263ACPASB, Pachéco, CC, 517, « Construction d’une horloge », Lettre de A. Demeur à l’administration, 17 juillet 1835 ; Infirmerie, AG, 148, « La visite médicale des pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie admises dans la catégorie des transférées de Pachéco et dans celle des transférées des Réunis », Lettre du directeur au Conseil, 29 novembre 1887.

    264Ces documents peuvent cependant être incomplets et influencés par les catégories pré-imprimées dans lesquelles ne figurent pas toujours les objets de mesure du temps.

    265ACPASB, Pachéco, AG, 159, « Inventaires des objets, mobilier, etc. délaissés par des pensionnaires de l’Hospice Pachéco décédées ».

    266ACPASB, Réunis, AG, 166, « Inventaires des objets mobiliers, etc. délaissés par des pensionnaires des Hospices Réunis décédées ».

    267Charpy Manuel et Jarrige François, « Introduction. Penser le quotidien des techniques. Pratiques sociales, ordres et désordres techniques au xixe siècle », Revue d’histoire du xixe siècle (Le quotidien des techniques), 45, 2012, p. 12.

    268ACPASB, Pachéco, CC, 522/1, « Affaires diverses An VI-1816 », Lettre de l’économe à l’Administration, 6 août 1816.

    269ACPASB, AG, 58, « Remontage des pendules », Lettre de la directrice des hospices Réunis (HR) au Conseil, 24 mars 1850.

    270ACPASB, Règlements, Infirmerie, 1827, Article 45.

    271L’opposition que propose Alain Corbin entre le temps « cyclique » des cloches et celui « neutre » et « linéaire » des horloges est ici rendu quelque peu caduque. La cloche aussi, peut être marqueur d’un temps imposé, dur et neutre lorsqu’il s’agit de réguler la vie quotidienne d’une institution. Voir Corbin Alain, « Présentation… », op. cit., p. 2.

    272ACPASB, Règlements, Infirmerie, 1860 et 1827 ; Pachéco, 1853 ; Réunis, 1843 ; Sainte Gertrude, 1848, 1877, 1885, 1887, 1910 ; Ursulines, 1824, 1851, 1877.

    273Titre repris de la communication orale Richelle Sophie et Rossigneux-Méheust Mathilde, « L’expérience du temps… », op. cit.

    274ACPASB, Pachéco, AG, 158, « heures de rentrées et de couvre-feu aux hospices Réunis et Pachéco », Lettre des pensionnaires à l’administration, 27 novembre 1870.

    275ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC la demande de pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie de voir modifier l’heure de rentrée », Lettre de pensionnaires au Conseil, 3 avril 1888, 6 mai 1889, 17 août 1903 et 30 octobre 1908.

    276KBR, Journaux, Volders Jean, « Les prisonniers des hospices », Le Peuple, 3 décembre 1887 ; voir notamment le point « Les sorties des pensionnaires », p. 154.

    277Se rapporter à la p. 154.

    278ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC la demande de pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie de voir modifier l’heure de rentrée », Lettre de pensionnaires au Conseil, 3 avril 1888.

    279Ibidem, Lettre du directeur au Conseil, 9 novembre 1887.

    280Ibidem.

    281Voir la note 299, p. 155.

    282ACPASB, Infirmerie, AG, 150, « DC la demande de pensionnaires de l’hospice de l’Infirmerie de voir modifier l’heure de rentrée », Lettre de pensionnaires au Conseil, 30 octobre 1908.

    283ACPASB, Pachéco, AG, 158, « DC heures de rentrées et de couvre feu aux hospices Réunis et Pachéco », Lettre des pensionnaires à l’administration, 27 novembre 1870.

    284ACPASB, Infirmerie, AG, 148, « Défense faite aux pensionnaires de conserver de la lumière pendant la nuit », Lettre d’une pensionnaire au Conseil, 23 mai 1867.

    285Balaÿ Olivier, « Stridences et chuchotements… », op. cit., p. 48.

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