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    Plan détaillé Texte intégral Tracts et graffitis « anti-nationaux » : des actions isolées qui ne correspondent pas à l’état d’esprit de la population haut-savoyarde selon les autorités locales Une résistance fantasmée : la constitution d’une filière organisée visant à recruter pour l’Angleterre Une résistance sous-estimée : la naissance du mouvement Liberté Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression

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    Table des matières

    Les autorités vichystes face à la résistance pionnière en Haute-Savoie

    Fabrice Grenard

    p. 169-182

    Texte intégral Tracts et graffitis « anti-nationaux » : des actions isolées qui ne correspondent pas à l’état d’esprit de la population haut-savoyarde selon les autorités locales Une résistance fantasmée : la constitution d’une filière organisée visant à recruter pour l’Angleterre Une résistance sous-estimée : la naissance du mouvement Liberté Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Si la Haute-Savoie est considérée comme une « terre résistante », cela tient avant tout à des événements qui se sont déroulés après 1942, notamment dans le contexte de l’occupation du département et de l’essor des maquis, avec en point d’orgue les événements qui se rapportent au maquis des Glières (janvier-mars 1944).

    2Du fait d’un certain nombre de spécificités qui la caractérise (situation en zone dite libre, importance de la population rurale et poids de la religion catholique, très forte popularité de Pétain qui constitue une figure « protectrice » face aux projets d’annexion italiens) la Haute-Savoie est souvent présentée pour ce qui concerne la période 1940-1941 comme l’un des territoires où le régime de Vichy aurait été le plus populaire et où sa politique dite de « Révolution nationale » aurait remporté le plus de succès, comme le montre l’importance prise par la Légion des combattants (qui connaît avec 20 000 adhérents en 1941 un taux de recrutement record dans le département) ou l’accueil réservé au maréchal lors de sa visite à Annecy en septembre 19411.

    3Ce contexte n’empêche pourtant pas que se manifeste dans le département, dès les premières semaines de l’Occupation, un certain nombre de refus, qui prennent, comme ailleurs, la forme de graffitis ou de petits tracts artisanaux critiquant ouvertement le régime de Vichy et permettant de manifester un soutien aux Britanniques ou au général de Gaulle. La Haute-Savoie est surtout le lieu de naissance au cours de l’automne 1940 de l’un des tout premiers mouvements de zone sud, Liberté, à l’initiative de François de Menthon, réfugié dans son château familial de Menthon Saint-Bernard, au-dessus d’Annecy.

    4En se basant sur les rapports de police et des renseignements généraux conservés aux Archives départementales dans la série W (cabinet du préfet), l’objectif de cet article est d’envisager à la fois l’importance de cette résistance pionnière dans le département à partir des informations recueillies par les forces de l’ordre vichyste ainsi que la façon dont celles-ci envisagent ces premières formes de désobéissance et de dissidence. La Haute-Savoie constitue à cet égard un cas intéressant pour montrer comment les forces de l’ordre fantasment certaines formes de résistance qui dans les faits n’existent pas alors qu’elles en sous-estiment considérablement d’autres, appelées pourtant à se développer et à jouer un rôle important dans la naissance d’une véritable résistance organisée.

    Tracts et graffitis « anti-nationaux » : des actions isolées qui ne correspondent pas à l’état d’esprit de la population haut-savoyarde selon les autorités locales

    5Comme dans le reste de la zone sud, la dimension la plus concrète de la résistance naissante réside en Haute-Savoie dans le développement de petits gestes d’opposition et d’actes de contre-propagande qui prennent la forme de tracts ou de graffitis portant des slogans contre le gouvernement de Vichy et la collaboration avec l’Allemagne ou en faveur de la cause alliée. Les procès-verbaux établis par les forces de police ou de gendarmerie permettent de proposer une chronologie de ces manifestations dans le département avec trois moments forts, le mois d’août 1940, la fin septembre et le mois d’octobre 1940, les mois d’avril et mai 1941 enfin, qui s’inscrivent en liens directs avec trois événements précis que sont la mise en place du régime de Vichy, la bataille d’Angleterre et la bataille dite des « V ».

    6La toute première manifestation « antinationale » selon la qualification de l’administration de Vichy dont il reste une trace dans les archives dites de la répression pour la Haute-Savoie survient à la mi-août 1940, c’est-à-dire un mois et demi après la signature de l’armistice et un peu plus d’un mois après que le vote du 10 juillet 1940 n’ait mis fin à la Troisième République en accordant les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il se situe dans la commune de Combloux, petit village de montagne situé sur les hauteurs de Sallanches. Toutes les affiches officielles qui avaient été placardées sur la place de l’église pour annoncer les premières mesures du régime de Vichy ont été surchargées d’inscriptions manuscrites ayant un caractère injurieux pour le nouveau pouvoir et portant les formules suivantes : « Vive de Gaulle ». « Vive les Anglais ». « À bas le gouvernement de Vichy ». « Laval est un traître ». Cette initiative oblige les gendarmes à décoller l’ensemble des affiches pour les remplacer tout en instaurant une surveillance particulière aux abords de la place2. L’enquête menée par la brigade de gendarmerie de Megève ne permettra pas de découvrir les auteurs de ces inscriptions3. La seconde manifestation d’opposition est constatée quelques jours plus tard au cœur même de la préfecture, Annecy, avec la découverte par la police d’une série de tracts et papillons de tonalité gaulliste. Écrits à l’encre de Chine et signés « Les Gaulois », ils ont été collés sur les volets d’un magasin de la ville, rue Royale. Les tracts récupérés par les policiers et dont des exemplaires ont été conservés aux archives départementales portent les textes suivants : « Françaises, on a tué vos fils pour vous vendre, votre libération rétablira vos droits. De Gaulle vaincra » ou encore « Des hommes libres… un pays libre… un chef libre… C’est cette France que de Gaulle défend. Les gâteux de Vichy la vendent. Tous avec de Gaulle4 ». Confiée au commissaire de police d’Annecy, l’enquête restera sans suite et ne permettra ni de découvrir les auteurs des tracts ni l’existence d’un possible groupe se faisant appeler « les Gaulois ».

    7Les diffusions de tracts affichant un soutien aux Britanniques ou au général de Gaulle qui incarne à Londres une France continuant la lutte s’intensifient en Haute-Savoie entre la fin septembre et la fin octobre 1940 dans le contexte de la « bataille d’Angleterre » qui oppose au-dessus de la Manche la Luftwaffe et la RAF dans un combat décisif pour la suite du conflit. Le 21 septembre à Annecy, des petites affiches sont apposées près des arrêts de tramways portant le libellé suivant : « Pour que la France vive, vive l’Angleterre. Vive l’honneur France et Angleterre5. » Quelques jours plus tard, des tracts incitant à soutenir les Anglais dans le conflit qui les opposent à l’Allemagne sont déposés dans les boîtes aux lettres de plusieurs habitations, à Annemasse6. Fin octobre, dans cette même ville, une nouvelle apposition de tracts favorables aux Britanniques et au général de Gaulle est constatée dans le quartier de la gare7. La police locale relève également des tracts britanniques rédigés à destination des Français et qui ont circulé jusqu’en Haute-Savoie après avoir été largués par des avions anglais au-dessus de la zone nord. Policiers et gendarmes saisissent également des exemplaires du Bulletin d’Information britannique publié par la Légation britannique en Suisse et qui circulent dans le département8.

    8Entre novembre 1940 et le début 1941, les diffusions de tracts et manifestations d’opposition semblent diminuer. On ne trouve trace, dans les rapports de police et de gendarmerie, que de quelques actions clairement identifiées. De nouvelles inscriptions favorables au général de Gaulle et hostiles au pouvoir en place sont constatées dans la nuit du 3 au 4 novembre 1940 à Passy, près de Sallanches. Sur la façade nord du presbytère, les mots suivants ont été écrits à la peinture rouge : « Vive de Gaulle. Le curé de Passy est vendu aux Boches. Honneur et patrie. » Si l’enquête de la gendarmerie ne permettra pas là encore d’identifier les auteurs, elle établit une corrélation entre la réalisation de ces inscriptions et l’organisation deux jours plus tôt dans la salle des fêtes de la mairie de la réunion de lancement de la section locale de la Légion des combattants, au cours de laquelle le curé de Passy a pris la parole pour saluer l’œuvre entreprise sous l’égide du maréchal9. À Megève, la gendarmerie saisit fin décembre deux petits tracts se moquant de Pétain et de la coutume nouvelle consistant à réaliser un dessin pour le chef de l’État à l’occasion de Noël qui semblent avoir été rédigés par deux jeunes de la commune10.

    9Lancée sur les ondes de la BBC au début du printemps 1941, la campagne dite des « V » ouvre en Haute-Savoie une nouvelle période de contestation. Début avril, des inscriptions de la lettre « V » et des Croix de Lorraine sont tracées sur les murs de la ville d’Évian11. Dans la nuit du 8 au 9 avril 1941, la lettre « V », peinte en grande dimension, est observée sur plusieurs devantures de commerce à Chamonix12. À Saint-Jeoire, plusieurs « V » sont tracés à la craie sur les murs du monument aux morts le 11 mai 194113. À Bonneville, des lettres « V » sont observées sur le pont de l’Arve, au quartier des Places, sur la porte de la mairie et de plusieurs commerces14. Un incident est également signalé au collège de la ville, avec des inscriptions « Vive Catroux, supprimez Darlan » gravées sur le coin de plusieurs tables15.

    10La plupart des enquêtes menées au sujet de ces différentes diffusions de tracts restent à chaque fois sans résultat, la police locale ne parvenant pas à découvrir ceux qui en sont les auteurs. Les rapports de police tendent toutefois à minimiser systématiquement la portée de ces actions en prétendant qu’elles sont totalement isolées et ne témoignent nullement de l’existence d’organisation sous-jacente. Gendarmes et policiers ne font aucunement état dans leurs enquêtes de possible connexion locale avec les premiers groupes de résistance qui apparaissent en France au cours de l’automne 1940. Un indice aurait pourtant pu les alerter sur l’existence de certaines filières dépassant de très loin le seul cadre de la Haute-Savoie qui semblent déjà fonctionner puisqu’un rapport de police fait état de la diffusion à Annecy fin août 1940 des « Conseils à l’occupé »… un texte qui a été rédigé par le socialiste Texier à Paris en juillet 1940 et a donc pu en quelques semaines arriver jusque dans le département. En étant essentiellement menée au début de la période à l’échelle départementale sous l’égide des préfets, la répression des activités « antinationales » ne perçoit pas l’existence des premières organisations qui se développent à une échelle plus large. En ce sens, l’instauration à partir du printemps 1941 de préfectures régionales assurera une meilleure coordination de la répression au-delà du seul cadre départemental.

    11S’ils ne parviennent pas à découvrir les auteurs qui se cachent derrière les graffitis et tracts qu’ils ont pu découvrir, les enquêteurs portent toutefois leurs soupçons sur trois catégories particulières qui ne seraient en rien révélatrices de l’état d’esprit qui règne au sein d’une population haut-savoyarde majoritairement catholique et rurale et « totalement acquise à l’œuvre de redressement du maréchal » pour reprendre une formule du sous-préfet de Bonneville. Dans un nombre important de cas, il ne semble faire aucun doute du fait des méthodes utilisées (graffitis à la craie, réalisation de tracts totalement artisanale) et des nombreuses fautes d’orthographe observées sur les messages délivrés que les auteurs des actions constatées sont des jeunes collégiens ou lycéens. À Évian, le commissaire de Police enquêtant au sujet des inscriptions de « V » conclut par exemple son rapport en écrivant que « si les auteurs de ces graffitis, qui sont en tout petit nombre, n’ont pu être identifiés, il semble bien que la plupart d’entre eux soient des garnements de 12 à 15 ans16 ». Au sujet des tracts injurieux à l’égard de Pétain qui ont été diffusés à Megève par deux jeunes de la commune à la fin de l’année 1940, le général Lenglud, commandant militaire du département de la Haute-Savoie, qui a été saisi de l’affaire, va jusqu’à conclure que même si elle témoigne d’un « état d’esprit déplorable », « l’affaire est en soi sans importance » dès lors qu’il s’agit selon lui « d’un amusement d’enfant17 ». Il ne semble pas avoir lieu pour les enquêteurs de s’inquiéter des actions de ces jeunes « irresponsables » qui seraient selon eux facilement influençables par la propagande étrangère diffusée sur les ondes de la BBC. Des directives sont toutefois adressées par les autorités préfectorales aux directeurs des Établissements scolaires pour qu’ils renforcent leur surveillance des élèves dont ils ont la charge afin de faire cesser ces agissements18.

    12Outre l’irresponsabilité d’une certaine jeunesse, la « propagande antinationale » constatée dans le département serait également, selon certains rapports, le fait de personnes totalement extérieures à celui-ci mais qui y ont trouvé refuge du fait des circonstances. À Annemasse, le commissaire divisionnaire de la Police spéciale soupçonne ainsi « les réfugiés Alsaciens et Lorrains qui se montrent partisans de la victoire anglaise » d’être les auteurs de tracts gaullistes découverts dans son secteur. Au lendemain de l’annexion de fait de l’Alsace-Lorraine par le Reich en juillet 1940, qui a provoqué la fuite vers la zone sud de ceux qui ne souhaitaient pas vivre sous le joug allemand, une importante communauté de réfugiés originaires d’Alsace-Lorraine s’est formée dans la région. Il s’agit donc selon le commissaire divisionnaire d’une propagande qui a été importée dans le département par des éléments qui en sont extérieurs et dont l’état d’esprit ne saurait correspondre à celui de la population locale19.

    13La troisième catégorie pointée du doigt par les enquêteurs dans leurs rapports semble indéniablement la plus dangereuse. Dans la vallée de l’Arve, où plusieurs distributions de tracts ont pu être constatées, les soupçons se portent immédiatement sur les militants du parti communiste clandestin qui auraient gardé une certaine influence dans cette vallée industrielle réputée pour le décolletage et la métallurgie. Lors d’une tournée effectuée dans la vallée du Giffre en octobre 1940, le sous-préfet de Bonneville constate « le maintien d’une propagande d’extrême gauche dans certains milieux ouvriers20 ». Il observe que « dans les petites villes industrielles (Marnaz, Cluses, Scionzier, Magland) de la vallée de l’Arve, les ouvriers se tiennent depuis la défaite sur une très grande réserve et font preuve de davantage de réserves à l’égard de la personnalité de Pétain et de sa politique21 ». Le contenu des tracts évoqués plus haut, avec une tonalité le plus souvent « gaulliste » et un soutien affiché à la Grande-Bretagne ne correspond pourtant pas à la propagande communiste de la période précédant l’invasion de l’URSS. Depuis qu’il a été interdit en septembre 1939, le parti communiste connaît par ailleurs les plus grandes difficultés pour se reconstruire clandestinement dans un territoire comme la Haute-Savoie du fait de sa double situation géographique (éloignement du « centre » de l’appareil) et économique (la forte dimension rurale explique que le parti n’était guère enraciné localement avant la guerre, à l’exception peut-être du Chablais). Si des diffusions de tracts de nature communiste affichant un soutien à l’URSS attaquée par le Reich seront bien constatées à partir de l’été 194122, il serait étonnant en revanche que les communistes soient les responsables des tracts ou graffitis de l’automne 1940 (dans le contexte de la bataille d’Angleterre) ou du début du printemps 1941 (campagne des « V »). Mais en accusant les communistes, les autorités locales tendent à nouveau à développer l’idée que les actions constatées seraient menées par des éléments marginaux au regard d’une population locale majoritairement rurale et catholique en Haute-Savoie.

    14Les quelques gestes de dissidence se manifestant sous la forme de tracts et graffitis dans le département entre l’été 1940 et le printemps 1941 ne soulèvent donc aucune inquiétude particulière au sein des autorités locales, qui ont tendance à les considérer comme des actes isolés et les imputent à des éléments extérieurs afin d’en minimiser la portée dans un département où la très grande majorité de la population apparaît acquise à la politique du maréchal Pétain.

    Une résistance fantasmée : la constitution d’une filière organisée visant à recruter pour l’Angleterre

    15Si elles ne s’inquiètent guère des quelques gestes isolés d’opposition constatées en Haute-Savoie, les autorités locales semblent s’alarmer en revanche de la possible constitution d’une filière de recrutement et de départ vers l’Angleterre qui serait très organisée et pourrait provoquer des désertions au sein des unités de l’armée dite d’armistice basées à Annecy.

    16Comme la Haute-Savoie est un territoire frontalier avec la Suisse, l’un des derniers pays à ne pas subir l’occupation du Reich en Europe, les Renseignements généraux sont persuadés de la présence en Haute-Savoie d’agents britanniques envoyés depuis Berne où Genève afin de parcourir le département pour y recruter de possibles volontaires et leur permettre de rejoindre l’Angleterre afin de s’engager dans la France libre grâce à des filières qui seraient organisées de part et d’autre de la frontière. Ces agents cibleraient notamment les soldats démobilisés au cours de l’été 1940 ou les militaires de l’armée d’armistice présents dans le département. À Annecy est en effet basé le 27e bataillon des Chasseurs alpins, qui s’est illustré lors de la « bataille des Alpes » en empêchant les troupes italiennes de franchir les principaux cols alpins. Il règne chez ces chasseurs alpins qui n’ont pas été vaincus en juin 1940 un esprit « revanchard » important après l’armistice. Dans un tel contexte, les autorités militaires elles-mêmes craignent que ces militaires ne constituent une cible particulière des agents recruteurs gaullistes ou britanniques susceptibles d’agir dans le département. Le commandant de la 14e région militaire (Lyon), le général Frère, celui-là même qui a présidé le tribunal militaire de Clermont-Ferrand condamnant le général de Gaulle à mort par contumace, lance un avertissement aux autorités civiles et militaires de Haute-Savoie contre de possibles départs vers l’Angleterre au sein de la population, notamment parmi les soldats qui viennent d’être démobilisés : « une propagande britannique active s’exerce pour recruter du personnel pour l’armée de de Gaulle […] il y a lieu d’empêcher tout particulièrement les militaires récemment rendus à la vie civile, par suite de la compression des cadres, de se rendre en Angleterre par des voies détournées23 ».

    17Plusieurs rapports de police évoquent dans un tel contexte l’existence de lieux qui serviraient dans le département de « plaque » tournante pour ces filières d’évasion vers l’Angleterre. À Annemasse, ville frontalière particulièrement stratégique, une brasserie est soupçonnée de servir d’officine de recrutement pour l’Angleterre, sans toutefois que la surveillance policière demandée par le préfet ne puisse réellement le prouver24. À Annecy, des soupçons se portent également sur une filière de recrutement pour la RAF à laquelle participerait un chef de bureau de la préfecture et qui utiliserait une auberge de la ville pour organiser ses rencontres25.

    18En réalité, aucune des enquêtes menées entre la fin 1940 et l’été 1941 au sujet de ces filières qui permettraient de quitter la Haute-Savoie pour rejoindre l’Angleterre n’aboutira. Et pour cause. Leur existence au cours de cette période n’a relevé que du pur fantasme. Les craintes sur de possibles désertions au sein du 27e BCA cantonné à Annecy n’étaient nullement avérées. Il y avait bien au sein de cette unité dirigée par le commandant Valette d’Osia un esprit de revanche important qui s’est notamment traduit par la pratique du camouflage des armes contraire à la convention d’armistice. Mais cette désobéissance vis-à-vis de l’occupant ne remettait pas en cause un soutien au régime de Vichy et au maréchal Pétain qui étaient plus à même selon Valette d’Osia et ses hommes (parmi lesquels figurent les deux futurs commandant du maquis des Glières, le lieutenant Tom Morel et le capitaine Maurice Anjot) de préparer la revanche que de Gaulle perçu au cours de cette période comme un général rebelle au service des Britanniques26. Il y a également une confusion du côté des enquêteurs vichystes sur des agents britanniques et gaullistes qui agiraient de concert depuis la Suisse alors que l’on sait que les services secrets de la France libre qui se mettent en place à Londres à partir de l’été 1940 et ceux de la Grande-Bretagne étaient strictement cloisonnés et développaient entre eux une certaine concurrence. La France libre n’a également à cette période aucune antenne ni quelque forme de représentation que ce soit en Suisse. Si l’on compte bien parmi les Français libres qui ont rejoint de Gaulle entre l’été 1940 et l’été 1941 environ trente volontaires originaires de la Haute-Savoie selon les calculs de l’association locale de l’AFFL (amis de la Fondation de la France libre), aucun d’entre eux n’a rejoint Londres depuis son département d’origine. Il s’agit de militaires engagés sur des théâtres d’opérations extérieurs en mai-juin 1940 (Norvège essentiellement où de nombreux chasseurs alpins figuraient au sein du corps expéditionnaire) et qui ont préféré s’engager aux côtés de de Gaulle pour poursuivre la lutte plutôt que rentrer en métropole pour être démobilisés27. Du fait de sa situation géographique, la Suisse n’était de toute façon pas une porte de sortie vers l’Angleterre. Elle deviendra bien à partir de 1942 une plaque tournante des réseaux de renseignements pour faire remonter aux Alliés les informations collectées en France occupée (réseau « Agir » de l’ingénieur Michel Hollard en contact avec l’ambassade britannique à Berne, réseaux du commandant Groussard à Genève) mais n’a jamais été un territoire de transit vers l’extérieur, se limitant à un rôle de refuge pour les personnes soucieuses d’échapper à la répression ou aux persécutions.

    Une résistance sous-estimée : la naissance du mouvement Liberté

    19Si la plupart des enquêtes menées entre l’été 1940 et l’été 1941 sur la résistance naissante en Haute-Savoie suivent de fausses pistes (lorsqu’il s’agit de l’existence d’une filière d’évasion vers Londres) ou ne permettent pas de découvrir qui se cache derrière les premières formes de désobéissance et d’opposition (la majorité des auteurs de tracts et de graffitis ne sont pas découverts), il en est pourtant une qui aboutit rapidement, celle qui concerne la diffusion du journal Liberté. Les policiers haut-savoyards assistent ainsi quasiment en direct à la naissance de l’un des premiers mouvements de zone sud, dont ils suivent à la trace les différentes évolutions, tout en le laissant se développer et en adoptant aucune mesure à l’égard de celui qui en est le chef, François de Menthon.

    20Au cours du mois de novembre 1940, la police d’Annecy découvre qu’une publication clandestine circule au sein de la ville. Il ne s’agit pas dans ce cas précis d’un tract comme dans le cadre des affaires évoquées plus haut mais bien d’un véritable journal ronéotypé intitulé Liberté et portant le no 1, ce qui implique que d’autres numéros devraient suivre. L’inspecteur d’académie alerte même le préfet de la Haute-Savoie pour lui signaler que ce journal à « caractère politique et nettement antigouvernemental » a été adressé sous pli fermé et par la poste à certains fonctionnaires du lycée de garçon d’Annecy28. Des exemplaires portant le numéro 2 de Liberté sont saisis à Annecy au cours du mois de décembre 1940, ce qui tend à montrer que les créateurs du journal souhaitent en faire un mensuel. Craignant que ne se cache derrière cette publication une véritable organisation qui se constituerait dans le département et serait capable de publier et diffuser régulièrement un journal clandestin, le commissaire de Police d’Annecy ouvre aussitôt une enquête en direction de certains milieux suspectés de « gaullisme ».

    21Diverses personnes sont interrogées et de nombreuses perquisitions sont opérées. De fortes suspicions se portent rapidement sur deux personnalités appartenant à de vieilles familles aristocratiques locales. Le vicomte Gérard Mollerat du Jeu, tout d’abord. Ce chef caissier au Crédit Lyonnais domicilié à Annecy ne dissimule guère ses sentiments gaullistes à son entourage. Son cousin ensuite, François de Menthon, qui après avoir été blessé et fait prisonnier lors de la campagne de 1940, s’est évadé et est venu se réfugier en septembre 1940 en zone non occupée dans le château familial des de Menthon, situé sur les hauteurs du lac d’Annecy, sur la commune de Menthon-Saint-Bernard. Professeur d’université en poste avant la guerre à Nancy, il a obtenu d’être muté à l’université de Lyon, où il effectue la rentrée universitaire de 1940. De Menthon est très connu à Annecy et fait figure de notable local, à la fois du fait de son appartenance à une vieille famille aristocratique du département mais aussi parce qu’il a été au cours de l’entre-deux-guerres l’une des principales figures du catholicisme social, très enraciné en Haute-Savoie. François de Menthon a exercé la fonction de président de l’Action catholique de la Jeunesse française – ACJF – de 1927 à 1930 et a contribué à la création de la Jeunesse ouvrière chrétienne – JOC.

    22Les policiers d’Annecy ont vu juste. De Menthon est bien le créateur du journal Liberté. Soucieux de ne pas laisser le champ libre à la seule propagande officielle, le professeur d’université a décidé de se lancer dans l’entreprise consistant à créer une publication « patriotique » et « anti-allemande ». Il s’agissait pour de Menthon de « lancer une publication qui réveillerait l’opinion publique de sa léthargie et poursuivrait l’activisme intellectuel qui avait marqué avant la guerre l’histoire de la démocratie chrétienne29 ». Pour l’aider dans son entreprise, de Menthon a sollicité son cousin Gérard Mollerat du Jeu, qui a fait ronéotyper les deux premiers numéros de Liberté à Annecy en un millier d’exemplaires chacun.

    23Le ton adopté dès le premier numéro du journal clandestin montre un refus total de la défaite et une volonté de continuer le combat :

    « La guerre continue et l’avenir de notre pays dépend de son issue. Point de liberté française si l’Allemagne de Hitler n’est pas vaincue. Rien n’est perdu. La guerre peut encore être gagnée. Nous refusons de nous avouer vaincus, nous refusons, plus encore, d’aider l’Allemagne à nous vaincre définitivement. Nous pouvons contribuer à la défaite allemande et il n’est pas pour les Français de devoir plus impérieux30. »

    24Dans le numéro deux du journal, daté du 10 décembre 1940, il est précisé :

    « On nous demande de part et d’autre de préciser nos objectifs. Ils sont simples : nous nous battons pour la liberté de la France et pour les libertés françaises. Pour la liberté de la France, nous nous battons contre ceux avec lesquels nous nous considérons toujours en guerre, Hitler et Mussolini […] pour les libertés françaises, nous nous battons contre Hitler et ses disciples français qui veulent imposer à notre pays un régime totalitaire calqué sur celui des dictateurs. Nous nous battons pour la liberté de penser et d’écrire, pour la liberté religieuse, pour la liberté scolaire, pour la liberté de la famille, pour la liberté du syndicat et de la profession, pour la liberté politique dans la commune et la cité ; nous nous battons pour la liberté de la personne humaine à l’égard de l’État, sachant quelle atroce régression pour la civilisation constitue un régime totalitaire31. »

    25Une surveillance étroite est mise en place par le commissariat d’Annecy en liaison avec les services du Contrôle postal et ceux du commissariat technique à l’égard de François de Menthon et de ses proches. Si une perquisition effectuée au domicile de Gérard Mollerat du Jeu entraîne la découverte de tracts gaullistes et provoque son arrestation (il est condamné le 19 février 1941 par le tribunal militaire de Lyon à un mois de prison et 100 francs d’amende pour « atteinte à la sécurité extérieure de l’État »), les policiers se contentent en revanche à l’égard de François de Menthon d’une « surveillance active », tout en le laissant libre de ses faits et gestes, à la fois par référence à l’égard de l’une des principales personnalités locales, mais aussi parce que le commissaire chargé de l’enquête ne semble guère prendre l’initiative de de Menthon au sérieux et considère qu’elle ne constitue nullement un potentiel facteur de désordre32. De Menthon parvient également parfaitement à brouiller les pistes à son sujet puisqu’il pratique une forme de « double jeu » et continue de mener une vie d’apparence normale en dépit de son engagement résistant. Contrairement à Frenay par exemple, qui bascule en clandestinité dès mars 1941, de Menthon garde une couverture « légale » au cours de la période. Il participe également aux activités de la très vichyste Légion des Combattants, dont il est membre de la section de Haute-Savoie, prêtant même à ce titre serment de fidélité au maréchal Pétain.

    26Cette liberté d’action laissée au professeur de droit lui permet de développer entre l’automne 1940 et le printemps 1941 l’un des tout premiers mouvements de zone sud, entreprise qui, pour le coup, parce qu’elle dépasse largement le seul territoire de la Haute-Savoie, échappe largement aux forces de polices locales. Le commissaire chargé de l’enquête écrit en effet fin 1940 « que les renseignements recueillis jusqu’à ce jour ne permettent pas d’établir qu’il existe une véritable organisation concernant un possible mouvement derrière le journal Liberté diffusé à Annecy33 ». En quelques mois pourtant, de Menthon parvient bien à mettre sur pied l’une des organisations les plus poussées de la zone sud, en s’appuyant à la fois sur un solide réseau d’universitaires qui, comme lui, avaient également appartenu aux jeunesses démocrates chrétiennes avant la guerre (Pierre Henri Teitgen et René Courtin à l’université de Montpellier, Alfred Coste-Floret et Marcel Prélot à l’université de Clermont-Ferrand). Après les deux numéros parus à la fin de l’année 1940, huit numéros du journal Liberté sont ensuite réalisés entre janvier et novembre 1941, avec un tirage qui ne cesse d’augmenter et une diffusion qui s’élargit à l’ensemble de la zone sud. Pour réaliser de plus grands tirages et assurer une meilleure diffusion dans toute la zone sud, l’impression ne se fait plus à Annecy mais à Marseille à partir de février 1941. Et autour du journal se construit bien un véritable mouvement, avec des équipes qui se constituent dans la plupart des régions de la zone dite libre autour de personnalités recrutées par François de Menthon comme Edmond Michelet en Corrèze, Charles d’Aragon dans le Tarn, André Hauriou à Toulouse. Le mouvement « Liberté » constituera à la fin de l’année 1941 l’une des deux grandes composantes du mouvement Combat lorsque de Menthon et Frenay décideront de fusionner leurs deux organisations.

    27Le 5 novembre 1941, de Menthon finira toutefois par être arrêté à Annecy après que de nouveaux exemplaires du journal Liberté aient été découverts. Transféré à Marseille puis à Vichy pour y être interrogé, il subit quatre interrogatoires entre le 7 et le 11 novembre 1941 menés par le commandant Rollin, directeur adjoint des services de surveillance du territoire. De nouveau, l’enquête menée à son sujet ne laisse planer aucun doute sur le fait qu’il soit le chef de ce qu’il est convenu désormais d’appeler le mouvement Liberté, ce que lui-même reconnaît d’ailleurs face à ses différents interrogateurs. Bien que son rôle ait été clairement identifié, de Menthon fait pourtant l’objet d’une remise en liberté… qui lui permet donc de continuer son action clandestine.

    28Cette attitude « laxiste » à l’égard de de Menthon, dont les activités avaient été parfaitement identifiées, peut surprendre dès lors que son arrestation en 1941 aurait peut-être permis à Vichy de tuer dans l’œuf une organisation dissidente qui allait s’imposer comme l’un des trois grands mouvements de la zone sud en fusionnant avec Combat. Elle permet de comprendre dans quel esprit s’exerce la répression vichyste au cours de la période. Le contenu des entretiens de novembre 1941 entre de Menthon et le commandant Rollin est à cet égard particulièrement instructif34. Tout en reconnaissant son rôle à la tête de Liberté, de Menthon explique n’agir que par sentiments patriotiques et n’être affilié à aucune puissance étrangère. Il refuse notamment d’afficher tout soutien à l’égard de la Grande-Bretagne et du général de Gaulle. S’il s’oppose dans ses articles à la logique de l’armistice et de la collaboration, il n’en affirme pas moins un soutien total à la figure du maréchal Pétain et à sa politique de redressement national. L’éditorial du no 3 de Liberté affirmait d’ailleurs avec force « nous ne ferons rien qui puisse compliquer sa tâche présente35 ». Il affiche également ouvertement un anticommunisme viscéral qui le place dans ce domaine dans la même ligne idéologique que le régime de Vichy. Ce positionnement particulier place de Menthon dans cette mouvance particulière parfois qualifiée de « vichysto-résistant », qu’il faudrait peut-être mieux désignée de « maréchalo-résistant » puisque de Menthon considère encore à cette date dans ses articles Pétain comme le plus à même de préparer la revanche de la France contre l’Allemagne. C’est ce positionnement particulier qui explique pourquoi le commandant Rollin demande finalement sa remise en liberté. De Menthon n’apparaît peut-être pas dans un tel contexte comme une cible prioritaire des autorités vichystes, qui semblent surtout obsédées au cours de la période par l’activité du parti communiste clandestin.

    Conclusion

    29L’exemple de la Haute-Savoie nous montre donc parfaitement à la fois l’intérêt mais aussi les limites des archives de la répression pour connaître les débuts de la Résistance. Ces archives sont incontournables pour proposer une chronologie des premières actions menées et connaître le contenu des tracts et publications clandestines qui ont pu être saisis lors de la période. Mais elles témoignent aussi des erreurs d’appréciations importantes de la part des enquêteurs dont les conclusions ne correspondent pas toujours à la situation réelle dès lors que la portée de certaines actions résistantes et les dangers qu’elles représentent pour le pouvoir en place sont quelque peu surévalués voire totalement fantasmés tandis que d’autres sont totalement sous-estimés. En laissant une liberté d’action à François de Menthon dont les activités clandestines avaient été repérées dès l’automne 1940, les autorités vichystes ont permis à la fois à l’un des principaux mouvements de la zone sud de se développer et à son chef de mener une action qui fera de lui l’un des plus hauts responsables de la Résistance et des plus farouches adversaires du régime de Vichy. Après s’être définitivement rallié au gaullisme en 1942, de Menthon est l’un des fondateurs du CGE (comité général d’études) chargé de préparer la transition entre le régime de Vichy et le futur pouvoir à la Libération ainsi que les réformes de l’après-guerre. Il rejoindra, en 1943, le général de Gaulle à Londres puis à Alger où il est nommé commissaire à la Justice au sein du Comité français de la Libération nationale d’Alger. C’est lui qui rédigera l’ordonnance sur l’indignité nationale des collaborateurs et la répression des faits de collaboration.

    Bibliographie

    Archives départementales de la Haute-Savoie :

    – 135 J, Fond Privé François de Menthon.

    – Série W, Archives du cabinet du Préfet (1940-1944).

    Ducerf Laurent, François de Menthon. Un catholique au service de la République (1900-1984), Paris, Éditions du Cerf, 2006.

    Kedward Harry, R. Naissance de la Résistance dans la France de Vichy, Idées et Motivations, Paris, Champs-Vallon, 1989

    Notes de bas de page

    1Abrahams Paul, La Haute-Savoie contre elle-même, 1939-1945, Thonon-les-Bains, Académie Chablaisienne, 2006.

    2ADHS, 15 W 13, menées gaullistes (rapport du gendarme Combepine, commandant la brigade de Megève, 30 août 1940).

    3ADHS, 15 W 3, menées gaullistes, rapport du commandant de la brigade de Megève sur des surcharges injurieuses envers le gouvernement et ses dirigeants apposées sur les affiches officielles de Combloux.

    4ADHS, 15 W 13, menées gaullistes, rapport du préfet de la Haute-Savoie à M. le ministre secrétaire d’État à l’intérieur, direction générale de la Sûreté Nationale, 4e bureau, 27 août 1940.

    5ADHS, 15wd 13, menées antigouvernementales et gaullistes, août 1940-1943.

    6ADHS, 15wd 13, menées antigouvernementales et gaullistes, août 1940-1943, rapport du commissaire divisionnaire de police spéciale au directeur général de la Sûreté nationale, 1er octobre 1940.

    7ADHS, 15wd 13, menées antigouvernementales et gaullistes, août 1940-1943, rapport de l’adjudant commandant la brigade sur la distribution à Annemasse de tracts de propagande contre le gouvernement, 27 octobre 1940.

    8ADHS, 8 W 16 : rapports bimensuels du Contrôle technique.

    9ADHS, menées gaullistes, rapport des gendarmes Depoissier et Chevassus au sujet d’inscriptions injurieuses faites sur la façade du presbytère de Passy, 9 novembre 1940.

    10ADHS, 15 w 13, menées gaullistes, les deux enfants en question sont Gil Ventadour (11 ans) et Geogrges Vindry (13 ans).

    11ADHS, 15 wd13, évoqué dans un rapport du commissaire de Police d’Evian les Bains au sous-préfet de Thonon, 3 mai 1941.

    12ADHS, 15 W 13, menées gaullistes, rapport du commandant de la Brigade de Chamonix, 9 avril 1941.

    13ADHS, 15 W 13, menées gaullistes, rapport du sous-préfet de Bonneville au préfet de la Haute-Savoie, 15 mai 1941.

    14ADHS, 15 W 13, menées gaullistes, rapport du commandant de la brigade de Bonneville, 17 avril 1941.

    15ADHS, 15 W 14, menées gaullistes (dossier collège de Bonneville). Catroux fut l’un des premiers généraux à rejoindre de Gaulle et la France libre.

    16ADHS, rapport du commissaire de police d’Évian au sous-préfet de Thonon, 3 mai 1941.

    17ADHS, rapport du général Lenglud, commandant militaire du département de la Haute-Savoie au général commandant la 14e division militaire, 25 février 1941.

    18ADHS, Rapport du sous-préfet de Bonneville, 14 juin 1941.

    19ADHS, rapport du commissaire divisionnaire de Police spéciale d’Annemasse à M. le préfet de Haute-Savoie, 28 octobre 1940, A.S. « distribution de tracts ».

    20ADHS, rapport du sous-préfet de Bonneville, 22 octobre 1940.

    21ADHS, rapport du sous-préfet de Bonneville, 31 avril 1941.

    22Le sous-préfet de Bonneville constate fin juin 1941 une nette recrudescence des activités du parti communiste clandestin dans les communes ouvrières comme Magland, Cluses, Scionzier ou Marnaz, avec des diffusions de tracts appelant à soutenir la cause de l’URSS dans la guerre qui l’oppose désormais au Reich (ADHS, rapport du sous-préfet de Bonneville, 29 juin 1941).

    23Cité in Germain Michel, Chroniques de la Haute-Savoie dans la Seconde Guerre mondiale, vol. 1, La nuit sera longue, Annecy, La Fontaine de Siloé, 1996, p. 162.

    24ADHS, 15 W 14, menées gaullistes. Rapport du préfet de Haute-Savoie au ministre de l’Intérieur, 15 septembre 1941.

    25ADHS, 15 W 14, menées gaullistes (affaire Jacob et Dutertre : recrutement pour la RAF).

    26Voir sur ces questions du Camouflage des armes compatible avec le soutien au régime de Vichy les actes du colloque Les militaires dans la Résistance, Ain-Dauphiné-Savoie, 1940-1944, Anovi, 2010.

    27Général Martre, Les hommes et les femmes de la France libre, Paris, Fondation de la France libre.

    28ADHS, 15 Wd3, propagande gaulliste, journal « Liberté », lettre de l’Inspecteur d’académie au préfet de la Haute-Savoie, s. d.

    29Kedward Harry R., Naissance de la Résistance dans la France de Vichy, Idées et Motivations, Paris, Champs Vallon, 1989, p. 50.

    30Liberté, no 1, 25 novembre 1940, in ADHS, 135 J 107 (fonds privé François de Menthon).

    31Liberté, no 2, 10 décembre 1940, in ADHS, 135 J 107 (fonds privé François de Menthon).

    32ADHS, Rapport du commissaire principal chef des services de police spéciale au ministère de l’Intérieur, 27 novembre 1941, objet : propagande antinationale du mouvement « Liberté ».

    33Ibid.

    34Voir les interrogatoires de François de Menthon, in ADHS, 135 J 107, fonds de Menthon, (arrestation du groupe Liberté à Marseille). Dans son interrogatoire du 11 novembre 1941, de Menthon insiste bien sur le fait qu’il mène un combat avant tout « contre les Allemands » mais « aussi contre les communistes, dont il convient de contrer la propagande ». Il précise n’accepter aucun fond anglais, ni gaulliste, ni juif pour son mouvement.

    35« Notre Combat », Liberté, 10 janvier 1941, no 3.

    Auteur

    • Fabrice Grenard

      Fondation de la Résistance.

      Fabrice Grenard est directeur scientifique de la Fondation de la Résistance.

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    1Abrahams Paul, La Haute-Savoie contre elle-même, 1939-1945, Thonon-les-Bains, Académie Chablaisienne, 2006.

    2ADHS, 15 W 13, menées gaullistes (rapport du gendarme Combepine, commandant la brigade de Megève, 30 août 1940).

    3ADHS, 15 W 3, menées gaullistes, rapport du commandant de la brigade de Megève sur des surcharges injurieuses envers le gouvernement et ses dirigeants apposées sur les affiches officielles de Combloux.

    4ADHS, 15 W 13, menées gaullistes, rapport du préfet de la Haute-Savoie à M. le ministre secrétaire d’État à l’intérieur, direction générale de la Sûreté Nationale, 4e bureau, 27 août 1940.

    5ADHS, 15wd 13, menées antigouvernementales et gaullistes, août 1940-1943.

    6ADHS, 15wd 13, menées antigouvernementales et gaullistes, août 1940-1943, rapport du commissaire divisionnaire de police spéciale au directeur général de la Sûreté nationale, 1er octobre 1940.

    7ADHS, 15wd 13, menées antigouvernementales et gaullistes, août 1940-1943, rapport de l’adjudant commandant la brigade sur la distribution à Annemasse de tracts de propagande contre le gouvernement, 27 octobre 1940.

    8ADHS, 8 W 16 : rapports bimensuels du Contrôle technique.

    9ADHS, menées gaullistes, rapport des gendarmes Depoissier et Chevassus au sujet d’inscriptions injurieuses faites sur la façade du presbytère de Passy, 9 novembre 1940.

    10ADHS, 15 w 13, menées gaullistes, les deux enfants en question sont Gil Ventadour (11 ans) et Geogrges Vindry (13 ans).

    11ADHS, 15 wd13, évoqué dans un rapport du commissaire de Police d’Evian les Bains au sous-préfet de Thonon, 3 mai 1941.

    12ADHS, 15 W 13, menées gaullistes, rapport du commandant de la Brigade de Chamonix, 9 avril 1941.

    13ADHS, 15 W 13, menées gaullistes, rapport du sous-préfet de Bonneville au préfet de la Haute-Savoie, 15 mai 1941.

    14ADHS, 15 W 13, menées gaullistes, rapport du commandant de la brigade de Bonneville, 17 avril 1941.

    15ADHS, 15 W 14, menées gaullistes (dossier collège de Bonneville). Catroux fut l’un des premiers généraux à rejoindre de Gaulle et la France libre.

    16ADHS, rapport du commissaire de police d’Évian au sous-préfet de Thonon, 3 mai 1941.

    17ADHS, rapport du général Lenglud, commandant militaire du département de la Haute-Savoie au général commandant la 14e division militaire, 25 février 1941.

    18ADHS, Rapport du sous-préfet de Bonneville, 14 juin 1941.

    19ADHS, rapport du commissaire divisionnaire de Police spéciale d’Annemasse à M. le préfet de Haute-Savoie, 28 octobre 1940, A.S. « distribution de tracts ».

    20ADHS, rapport du sous-préfet de Bonneville, 22 octobre 1940.

    21ADHS, rapport du sous-préfet de Bonneville, 31 avril 1941.

    22Le sous-préfet de Bonneville constate fin juin 1941 une nette recrudescence des activités du parti communiste clandestin dans les communes ouvrières comme Magland, Cluses, Scionzier ou Marnaz, avec des diffusions de tracts appelant à soutenir la cause de l’URSS dans la guerre qui l’oppose désormais au Reich (ADHS, rapport du sous-préfet de Bonneville, 29 juin 1941).

    23Cité in Germain Michel, Chroniques de la Haute-Savoie dans la Seconde Guerre mondiale, vol. 1, La nuit sera longue, Annecy, La Fontaine de Siloé, 1996, p. 162.

    24ADHS, 15 W 14, menées gaullistes. Rapport du préfet de Haute-Savoie au ministre de l’Intérieur, 15 septembre 1941.

    25ADHS, 15 W 14, menées gaullistes (affaire Jacob et Dutertre : recrutement pour la RAF).

    26Voir sur ces questions du Camouflage des armes compatible avec le soutien au régime de Vichy les actes du colloque Les militaires dans la Résistance, Ain-Dauphiné-Savoie, 1940-1944, Anovi, 2010.

    27Général Martre, Les hommes et les femmes de la France libre, Paris, Fondation de la France libre.

    28ADHS, 15 Wd3, propagande gaulliste, journal « Liberté », lettre de l’Inspecteur d’académie au préfet de la Haute-Savoie, s. d.

    29Kedward Harry R., Naissance de la Résistance dans la France de Vichy, Idées et Motivations, Paris, Champs Vallon, 1989, p. 50.

    30Liberté, no 1, 25 novembre 1940, in ADHS, 135 J 107 (fonds privé François de Menthon).

    31Liberté, no 2, 10 décembre 1940, in ADHS, 135 J 107 (fonds privé François de Menthon).

    32ADHS, Rapport du commissaire principal chef des services de police spéciale au ministère de l’Intérieur, 27 novembre 1941, objet : propagande antinationale du mouvement « Liberté ».

    33Ibid.

    34Voir les interrogatoires de François de Menthon, in ADHS, 135 J 107, fonds de Menthon, (arrestation du groupe Liberté à Marseille). Dans son interrogatoire du 11 novembre 1941, de Menthon insiste bien sur le fait qu’il mène un combat avant tout « contre les Allemands » mais « aussi contre les communistes, dont il convient de contrer la propagande ». Il précise n’accepter aucun fond anglais, ni gaulliste, ni juif pour son mouvement.

    35« Notre Combat », Liberté, 10 janvier 1941, no 3.

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    La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression

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    Grenard, F. (2025). Les autorités vichystes face à la résistance pionnière en Haute-Savoie. In G. Eismann & F. Grenard (éds.), La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14bdu
    Grenard, Fabrice. « Les autorités vichystes face à la résistance pionnière en Haute-Savoie ». In La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression, édité par Gaël Eismann et Fabrice Grenard. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14bdu.
    Grenard, Fabrice. « Les autorités vichystes face à la résistance pionnière en Haute-Savoie ». La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression, édité par Gaël Eismann et Fabrice Grenard, Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14bdu.

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    Eismann, G., & Grenard, F. (éds.). (2025). La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14bf0
    Eismann, Gaël, et Fabrice Grenard, éd. La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14bf0.
    Eismann, Gaël, et Fabrice Grenard, éditeurs. La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression. Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14bf0.
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