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    Plan détaillé Texte intégral L’assistance aux soldats alliés : une résistance de circonstance Sabotages et détention d’armes : les prémices d’une résistance armée ? Briser toute forme de « résistance passive » au sein de la population Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression

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    Table des matières

    Les premières résistances en « zone rattachée » Nord-Pas-de-Calais au prisme des archives de la répression

    Laurent Thiery

    p. 123-136

    Texte intégral L’assistance aux soldats alliés : une résistance de circonstance Sabotages et détention d’armes : les prémices d’une résistance armée ? Briser toute forme de « résistance passive » au sein de la population Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Lorsque l’on dresse le bilan de la répression contre les oppositions dans le nord de la France au terme de la première année d’occupation, il en émerge une image contrastée1. On note en effet une activité résistante au déclenchement très précoce, avec une première structuration fortement réprimée : près de 500 civils sont renvoyés devant les tribunaux militaires allemands, dont 42 % pour des actes de résistance caractérisés, et près de 200 personnes seront déportées2. En outre, la période est marquée par une présence allemande particulièrement lourde faisant preuve d’un degré d’intervention et de dirigisme qui dépasse très largement la situation observée dans les autres territoires occupés de France. Clairement, le principe d’une administration de surveillance tel qu’il est imposé en zone nord occupée dans le même contexte ne s’applique pas à la « zone rattachée3 ». Cependant, au terme de cette première année, le bilan humain de la répression apparaît relativement modéré, malgré la forte présence allemande et l’importance stratégique constituée par cette zone où se prépare un débarquement en Angleterre. Ainsi, dans le ressort de l’Oberfeldkommandantur 670 de Lille, en charge de l’administration des départements du Nord et du Pas-de-Calais officiellement rattachés au Militärbefehlshaber in Belgien und Nordfrankreich4, l’occupant ne juge pas encore nécessaire de faire couler le sang pour réprimer les nombreuses manifestations d’hostilité. Alors que, sur la même période, 44 peines capitales sont exécutées dans le ressort du Commandement militaire allemand en France ou Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF)5, les quatre peines de mort prononcées par les tribunaux de la « zone rattachée » seront commuées et aucune ne sera appliquée. En matière de condamnations à mort prononcées et exécutées, à l’échelle des départements français, le Nord et le Pas-de-Calais arrivent même en 21e et 22e positions, à égalité avec l’Eure-et-Loir, la Manche, la Seine-et-Oise, la Vienne et les Vosges. C’est une conséquence directe du projet politique défini dès 1939 par les nazis pour cette zone considérée comme une ancienne partie de l’empire germanique. Cette vision incite les militaires à prendre en considération la « préservation des relations locales » en vue d’un futur découpage territorial après la signature d’une paix avec l’ennemi héréditaire6.

    2Depuis le début des années 2000, un profond renouvellement historiographique a été opéré pour évoluer d’un récit écrit très majoritairement par les témoins à celui d’une histoire de la Résistance confrontant témoignages et archives. L’accès facilité aux archives de la répression permet ainsi d’apporter une nouvelle pierre à l’histoire de la Résistance. Plus spécifiquement pour le nord de la France, ces sources sont constituées des archives des tribunaux militaires allemands (registres généraux des peines, dossiers personnels – Personalakten – des déportés vers les prisons du Reich, etc.). Au total, pour la période mai 1940-juin 1941, dix-neuf jugements ont pu être retrouvés et exploités, regroupant 71 personnes impliquées7. On dispose également d’archives des polices allemandes, en particulier les rapports de synthèse des différents groupes de la Geheime Feldpolizei (la police secrète de campagne) ou GFP8. Enfin, les registres d’écrou des sections allemandes des prisons de Loos-lès-Lille, d’Arras et de Douai ont été conservés pour les premières années d’occupation9. Côté français, on trouvera les fonds des services de la police judiciaire de Lille10 et les listes d’arrestations transmises par les services de la préfecture à Fernand de Brinon11.

    3Au-delà de l’apport que peuvent représenter ces documents pour mieux connaître l’histoire des premiers engagements, on se demandera si, finalement, ils ne sont pas davantage un témoignage des différentes représentations de « l’ennemi » développées par les autorités d’occupation en « zone rattachée ».

    4Dans cet article nous nous attacherons à examiner successivement les principales formes de résistance développées dans cette zone d’occupation entre 1940 et l’été 1941 au prisme des acteurs en charge de la politique d’occupation et de maintien de l’ordre.

    L’assistance aux soldats alliés : une résistance de circonstance

    5Conséquence directe de la fin des combats et de la présence nombreuse de soldats cherchant à échapper à la captivité, mais également du lien étroit noué entre la population locale et le peuple britannique depuis la Première Guerre mondiale, un véritable élan de solidarité caractérise la première résistance dans le Nord de la France. Dès la fin des combats en mai-juin 1940, des civils viennent en aide aux soldats qu’ils côtoient parfois depuis 1939 lors de l’arrivée du corps expéditionnaire britannique en France. Le phénomène illustre non seulement le caractère précoce d’une forme spécifique de résistance aux ordonnances allemandes, mais il démontre en outre sa persistance. Les jugements rendus pour l’hébergement de soldats anglais restés depuis 1940 se poursuivent en effet jusqu’en septembre 1942, selon des critères qui se perpétuent dans leurs grandes lignes12. Une des caractéristiques principales qui ressort des jugements prononcés par les tribunaux de l’OFK 670 de Lille dans le cadre d’affaires d’aide ou d’hébergement de soldats anglais réside, d’une part, dans une réelle continuité dans l’appréhension des motivations et de la portée de l’acte et, d’autre part, dans une relative linéarité de la nature des sanctions prononcées. Les attendus des jugements rendus dans ces affaires par les tribunaux de l’OFK 670 de Lille reviennent largement sur les pérégrinations de ces soldats anglais entre 1940 et leur capture, parfois en 1942, par les services allemands. Ces derniers sont d’ailleurs appelés à témoigner sous serment lors des audiences et, le plus souvent, leurs déclarations permettent de reconstituer les faits. Malgré les bonnes intentions, on y perçoit le manque de professionnalisme en particulier en matière de sécurité, et parfois un véritable amateurisme qui tranche avec les risques encourus. Ainsi le soldat Pearson, arrivé en France le 10 septembre 1939 avec l’armée de son pays, reste caché à Auchel dans la même famille depuis mai 1940 jusqu’au 13 mai 194213. La procédure nous apprend qu’au moins jusqu’en décembre 1941, Pearson n’est pas le seul soldat anglais caché à Auchel. Rompant avec les règles élémentaires de sécurité, ce dernier se rend régulièrement chez les époux Mac Léod pour rencontrer le soldat écossais Arthur Fraser auquel se joignent parfois pour le repas les Anglais Scot et Wikinson14. À Vermelles (Pas-de-Calais), dans une autre affaire, le soldat William Coman, arrivé en mars 1940, reste chez la famille Cornet jusqu’à la mi-avril 194215.

    6En nombre de personnes arrêtées et d’affaires traitées, les cas d’aide à des soldats anglais représentent le phénomène le plus important, avant les détentions d’armes et les sabotages. L’importance prise par ces affaires est telle qu’elle va inciter le général Niehoff, chef de l’OKK 670 de Lille, à modifier l’appareil de répression à sa disposition pour en établir un, spécifique à son territoire et plus adapté aux habitants de cette zone. Introduite dès le 24 août 1940, une ordonnance permet aux juges d’écarter la qualification d’« intelligence avec l’ennemi », synonyme de prononciation de la peine capitale, pour celle « d’aide et hébergement de soldats anglais », qui ouvre à la prise en compte de circonstances atténuantes. L’engagement lors de la Première Guerre mondiale en est une. Le juge Nothhelfer trouve « humainement compréhensible, qu’en souvenir d’une lutte commune de plusieurs années avec les Anglais », des civils agissent de la sorte16. L’expérience d’une captivité en Allemagne joue en faveur de Léon Méplaux, prisonnier de guerre outre-Rhin entre septembre 1914 et décembre 1918, pour que la cour martiale écarte la peine maximale même si, selon le compte rendu du jugement, « il a joué un rôle d’organisateur au bénéfice de soldats anglais dispersés17 ».

    7L’engagement pour l’assistance à des soldats alliés marque une véritable rupture avec l’image traditionnelle de la Résistance : 43 % des personnes jugées pour cette activité sont nées avant le début du siècle et la moitié sont des femmes. Au-delà, les archives de la répression mettent en évidence les mécanismes visant à organiser ces activités. La nécessité de trouver un hébergement, de fournir des vêtements civils, du ravitaillement et des faux papiers aux soldats conduit aux premières structurations. Ainsi, dès le début juillet 1940, le groupe dit « de la forêt » tient son nom de la présence de nombreux soldats anglais restés cachés dans les bois de Marchiennes (Nord). Un habitant d’Aix-les-Orchies, Jules Lamy, prend l’initiative de venir en aide à ces militaires. Lamy recrute rapidement une vingtaine de personnes du secteur et répartit les tâches. À l’aide de la camionnette d’un négociant en vin d’Erre (Nord), Lamy peut transporter les Anglais qui sont tout d’abord rassemblés dans un café, situé route d’Orchies, puis conduits à Rumegies par Angèle Martinache. Aux autres membres du groupe sont confiés l’hébergement et la collecte des vivres. Malgré les bonnes volontés, les imprudences sont nombreuses et, dès le début septembre 1940, de premières arrestations conduisent la GFP 611 de Lille sur les traces de Lamy qui tombe le 20. À terme, après une longue instruction, 23 personnes affiliées à ce groupe comparaissent, le 27 mai 1941, devant le tribunal de la FK 678 de Lille pour « hébergement, ravitaillement et assistance à des militaires non allemands18 ». Dans son rapport pour la période du 1er au 15 octobre 1940, le Groupe 611 de Lille indique que « Lamy a avoué avoir procuré des cartes d’identité françaises aux soldats anglais […] arrêtés jusqu’à présent mais il se refuse toujours à dire de quel service il a reçu ces cartes19 ».

    8Ces affaires vont occuper l’appareil répressif jusqu’en août 1942 mais, à partir de l’été 1941, ce sont les aviateurs qu’il faut sauver et renvoyer, à travers la France et parfois depuis la Belgique, vers l’Angleterre. La répression prend alors un visage nouveau marqué par l’intervention brutale du tribunal de la Luftwaffe qui conduit aux premières exécutions20. En attendant, juste après les cas d’assistance aux soldats alliés, l’opposition s’exprime massivement par les actes de sabotage et par le refus d’obtempérer à la réglementation sur la remise des armes.

    Sabotages et détention d’armes : les prémices d’une résistance armée ?

    9Au regard du bilan de l’activité répressive pendant la première année d’occupation, les sabotages et la détention d’armes apparaissent au deuxième rang des actes les plus réprimés pendant la première année d’occupation. En la matière, les initiatives prises par des civils, souvent de manière isolée, incarnent ce sentiment du besoin de faire quelque chose alors qu’aucune organisation n’est encore créée pour regrouper les volontaires. Couper un câble téléphonique allemand ou stocker des armes de guerre abandonnées sur le champ de bataille sont autant d’actes d’opposition qui alimentent le sentiment de refus et préfigurent une organisation. Infractions caractérisées à la réglementation d’occupation, elles font pourtant l’œuvre d’une large campagne de menaces à l’encontre des auteurs potentiels par voie d’affichage ou dans la presse locale. Dès le 1er juin 1940, le général Falkenhausen, Commandant du MBB à Bruxelles, avait promulgué une première ordonnance réglementant la protection contre les actes de sabotage21. Celle-ci est largement reprise dans un texte spécifique au ressort de l’OFK 670. En l’occurrence, l’ordonnance du 21 juin 1940 « concernant les actes de sabotage et de pillage », valable pour les départements du Nord et du Pas-de-Calais, menace de mort ou, dans les cas les moins graves, d’une peine de travaux forcés temporaire ou à perpétuité, les auteurs d’actes de sabotage. Sont particulièrement visés, outre les actes touchant à la désorganisation de l’économie, les sabotages contre les câbles téléphoniques et autres moyens de communication22. Le général Niehoff introduit par ailleurs le principe de responsabilité collective pour les communes « de la scène du crime, ainsi que celle de la résidence du coupable » qui devront répondre « par leurs habitants des dommages causés23 ». Par essence individuelle, souvent l’expression spontanée et de circonstance du refus de la présence de l’ennemi, le sabotage des lignes de communication allemandes est un phénomène peu exploré dans l’historiographie de la Résistance et de l’opposition. Les coupures de câbles de communication allemands sont pourtant particulièrement fréquentes dans le ressort du MBB et représentent près de 90 % des actes de sabotage recensés, entre juin 1940 et mai 1941. La moitié est opérée dans le Nord de la France. Dès août 1940, sur les 47 coupures recensées dans l’ensemble du ressort du MBB, près de la moitié se produit dans le seul secteur de commandement de l’OFK 670, malgré une population trois fois moins importante. À la lecture des archives judiciaires allemandes, les sabotages forment l’acte le plus sévèrement puni pendant la première année d’occupation, sans pour autant aller jusqu’à faire couler le sang. Considérée comme une menace insidieuse, dont les auteurs sont beaucoup plus difficilement identifiables en raison de l’abondance des lignes de communication qui parcourent le territoire de l’OFK 670, la coupure d’un câble est ainsi plus durement sanctionnée que l’aide apportée à des soldats ennemis ou encore la détention d’armes. Sans les archives de la Commission d’enquête sur les crimes de guerre, organisme rattaché au SRPJ de Lille en 1945, l’histoire de Jules Duvosquel, condamné à mort dès le 24 septembre 1940 pour la coupure d’un câble téléphonique, aurait été oubliée24. Après avoir sectionné deux fils sur une longueur de 15 m sur la commune de Frelinghien (Nord), aperçu par des habitants, il est pourchassé et dénoncé à la Kommandantur. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, mutilé, il voit sa peine commuée en dix ans de travaux forcés sans qu’aucune publicité ne soit faite sur son sort25. Jules Duvosquel est mort en déportation le 5 janvier 1945 à la prison de Butzbach26.

    10Les coupures de câbles ne constituent pas un épiphénomène mais, comme le confirment les archives de la répression, leur perpétration par les habitants du Nord de la France se poursuit jusqu’en 1942 dans des proportions importantes. Dans son rapport d’activité pour la première quinzaine de novembre 1940, le groupe 611 de la GFP de Lille note d’ailleurs que, si les « cas relevant du contre-espionnage et de la sécurité […] semblent en voie de régression », on « assiste toujours par contre à des actes de sabotage essentiellement dirigés contre les lignes téléphoniques, en raison sans doute de la vulnérabilité des câbles27 ». En fait, le phénomène reste constant jusqu’au début de l’année 1942. Dans l’ensemble du ressort du MBB, on compte ainsi en moyenne 35 coupures de câbles pendant les six premiers mois de l’année 194128. Selon les registres de confirmation des jugements prononcés par les tribunaux de l’OFK 670, vingt personnes, dont deux femmes, ont été condamnées pour de tels actes entre juillet 1940 et juillet 1941. En plus des deux peines capitales infligées dès 1940, un quart des condamnés reçoivent des peines de travaux forcés comprises entre cinq et quinze années, soit près de deux fois plus que dans les affaires d’aide à des soldats anglais.

    11Au même titre que la présence de soldats anglais est une conséquence des opérations militaires, de nombreuses armes de guerre et munitions diverses sont à portée de main des civils de la région. On assiste à la constitution de premiers dépôts clairement destinés à préparer une action future. Quelques cas relevés dans les archives des tribunaux militaires allemands démontrent cette intentionnalité particulièrement précoce et facilitée par la présence de l’ancien champ de bataille qu’a constitué la campagne de France en mai-juin 1940 et l’encerclement des troupes franco-britanniques à Dunkerque. Même si aucune peine de mort n’est prononcée, dix-neuf habitants du Nord de la France, dont cinq femmes, sont condamnés, entre juillet 1940 et fin juin 1941, par les tribunaux de l’OFK 670 de Lille pour le motif de détention d’armes interdite. Mécanicien aux mines de Harnes dans le Pas-de-Calais, Pierre Aucouturier est ainsi arrêté en février 1941, après la découverte par la police française dans les mines de Courrières d’un stock d’armes et de munitions formé notamment d’une mitrailleuse, de six fusils, d’une grenade, d’une mitraillette, et de 700 munitions29. Condamné à quinze ans de travaux forcés, il est déporté vers les prisons du Reich dont il rentrera en 1945. Malgré la nature et la quantité des armes découvertes qui parfois laissent peu de doutes sur les intentions des organisateurs du dépôt, les juges des tribunaux militaires appliquent des peines de détention à temps relativement lourdes mais s’abstiennent encore de prononcer des peines capitales. Les circonstances atténuantes retenues par les magistrats ont de quoi surprendre malgré la qualification de cas jugés « graves ». Leur représentation de ces expressions caractérisées d’opposition et le refus d’appliquer les ordonnances en vigueur renvoient à la stratégie politique définie par le haut commandement allemand pour préparer la population de ce territoire à un futur découpage territorial. Dans le cas de la procédure menée contre Marius Crépin et sa femme Marie, de Marœuil dans le Pas-de-Calais, le juge Weininger note le 5 février 1941 que « le tribunal a renoncé à reconnaître l’opportunité de la peine capitale parce que, même si on peut le soupçonner fortement, il n’est pas absolument prouvé que les accusés ont conservé les armes et les munitions dans l’intention, à une date ultérieure, de vouloir les utiliser activement contre les forces armées allemandes30 ». La perquisition effectuée à leur domicile avait pourtant permis à la Feldgendarmerie de mettre la main sur douze mines anglaises, des armes de poing, des fusils de guerre et même une mitrailleuse allemande, avec une grande quantité de munitions31. Le tribunal estime d’ailleurs que « l’abondance et le danger représenté par les armes et les munitions ne permettent pas de retenir un cas léger ». Des peines de dix et trois ans de réclusion sont prononcées contre le couple, le tribunal ayant pris en considération la présence de sept enfants au bénéfice de la femme.

    12Ce qui apparaît avec les sabotages récurrents et la constitution de dépôts d’armes comme les prémices d’une résistance armée s’accompagne d’une résistance qualifiée de passive par l’occupant et au demeurant perçue comme une menace importante tant elle joue sur les comportements collectifs.

    Briser toute forme de « résistance passive » au sein de la population

    13La Résistance est un phénomène complexe qui ne peut être réduit à l’appartenance à un mouvement ou à un réseau structuré, encore plus en 1940, alors que les organisations sont inexistantes et que tout reste à créer. C’est un engagement moral et personnel souvent en lien avec une expérience propre. Les souffrances et les vexations connues lors de la première occupation en 1914-1918 sont par exemple les éléments moteurs d’une forme d’engagement. Installé massivement au cœur d’une population qu’il sait profondément hostile à sa présence, l’occupant doit très vite faire face à des actes spontanés, souvent individuels, d’expression de ce sentiment. La peur d’un mouvement de contagion et d’une propagation d’actes d’une portée souvent infime à l’ensemble de la population conduit à l’application d’un régime particulièrement sévère par les tribunaux militaires. Dans sa proclamation du 11 juin 1940, le général Niehoff affiche clairement sa volonté de réprimer avec sévérité toute forme de résistance passive (passiver Widerstand)32. Ses intentions dissuasives se traduisent rapidement par une grande sévérité. Ainsi, toutes les formes de manifestation de rejet de la présence allemande, parfois les plus bénignes, sont châtiées et conduisent le plus souvent à un jugement devant le tribunal militaire. Les magistrats sont chargés de sanctionner ces faits qui, en droit pénal, se traduisent par les qualifications d’offense à la Wehrmacht (Beleidigung der Wehrmacht), manifestation germanophobe (deutschfeindliche Kundgebung) ou résistance passive. Au moins une quarantaine d’habitants du Nord de la France sont condamnés pour ces motifs pendant la première année d’occupation, dont un quart en 1940. Les femmes sont particulièrement représentées, avec au moins treize condamnations dont deux conduisent à une déportation. La sévérité des sanctions prononcées, largement disproportionnées avec la nature des actes, démontre la lourdeur du régime d’occupation supporté par la population. Plus du quart des sanctions infligées par les tribunaux militaires pour ces faits dépassent deux ans de privation de liberté et, dans deux cas, celles-ci atteignent les trois et cinq années de réclusion. Une quinzaine de ces personnes connaissent d’ailleurs la déportation outre-Rhin vers les prisons du Reich pour purger leur peine, ajoutant l’éloignement à l’enfermement. C’est le cas pour cette infirmière du Pas-de-Calais condamnée, le 18 novembre 1940, à deux ans de prison par le tribunal de la FK 678 à Arras pour avoir chiffonné en public la première page d’une revue affichant le portrait d’Hitler33. Un autre, condamné en janvier 1941 à deux ans de réclusion par le même tribunal pour avoir chanté une chanson germanophobe, purge sa peine à la prison de Loos jusqu’au 21 novembre 194234.

    14À côté de ces démonstrations individuelles et sporadiques, l’occupant doit faire face à des rassemblements populaires, parfois spontanés, mais révélateurs du profond sentiment patriotique ambiant. Disproportionnée, la répression qui frappe ces actes n’est pas sans rappeler la propre expérience du général Niehoff. L’occupation de l’Allemagne après la Première Guerre mondiale a très certainement constitué un élément d’apprentissage essentiel pour des hommes affectés à gérer une situation au demeurant assez similaire. La présence militaire française au-delà du Rhin avait conduit la population à se réunir en un front commun et à engager la résistance passive brisant, à terme, les velléités séparatistes françaises. L’attitude récalcitrante des Allemands avait lourdement pesé sur l’apport économique attendu par la France dans le cadre du remboursement des dommages de guerre prévu à Versailles. La spécificité de la première année d’occupation dans le Nord de France, marquée notamment par la prise en charge par les tribunaux militaires de toutes les formes d’infractions aux règlements de l’occupant, s’inspire grandement des mesures françaises imposées en Rhénanie à partir de 1923 : compétences étendues de la justice d’occupation pour juger les cas de rébellion, application de la censure, proscription du droit de réunion, interdiction des chants patriotiques et nationaux, etc. Mais plus encore, les premières mesures particulièrement vexatoires et humiliantes prises par Niehoff en 1940 ne forment-elles pas une transposition de l’expérience vécue par lui dans sa trente-huitième année : passage à l’heure française, obligation de s’incliner devant le drapeau tricolore, de descendre du trottoir pour laisser passer les militaires français, de saluer les officiers, etc.35 ? Les facteurs à l’origine de l’échec français en Allemagne entre 1919-1923 ont servi à former et à préparer les bases d’un système d’occupation différent dans le Nord-Pas-de-Calais en 1940 et, en conséquence, à appréhender toute forme de rejet collectif comme une menace substantielle à la bonne application du projet politique. Ainsi, dans l’après-midi du 25 août 1940, une foule s’accumule autour du monument érigé boulevard de la Liberté à Lille à la mémoire de cinq Français condamnés à mort et fusillés pour espionnage pendant la précédente occupation, celle de la Grande Guerre. C’est l’annonce de la destruction de l’édifice pendant la nuit qui entraîne ce mouvement. Aussitôt envoyée sur place pour disperser la foule, une compagnie de cyclistes du bataillon de sécurité 330 procède à l’arrestation d’un des participants soupçonnés d’avoir tenu un discours36. Incarcéré à Loos-lès-Lille, le jeune homme comparait le 22 octobre suivant devant le tribunal de l’OFK 670 pour « résistance » (Widerstand). Le Kriegsgerichtsrat Hannay recourt à l’ordonnance de Niehoff du 11 juin 1940 sur les cas de résistance passive et justifie la peine de quinze mois de prison prononcée pour « étouffer dans l’œuf de telles actions et dissuader la population37 ».

    15Dans le cadre d’une véritable crainte de contagion liée à un mouvement collectif social, l’importance de la surveillance et du contrôle des moyens de communication transparaît à travers les archives de la répression. En l’occurrence, les professions et les compétences sensibles et nécessaires pour porter le projet politique dirigé par l’administration militaire allemande de Lille sont rapidement victimes de la volonté de briser toute tentative de résistance à l’imposition de l’ordre allemand. En particulier, la reparution rapide des journaux locaux apparaît comme une nécessité pour l’occupant dans le cadre de sa mission de propagande envers la population. Celle-ci doit cependant être soumise à un contrôle strict. Pour répondre à cet objectif, dès juin 1940, la Propagandastaffel A de Lille est rattachée à l’administration de l’Oberfeldkommandantur 670 du général Niehoff. Aussitôt le détachement envoie ses agents dans les anciennes rédactions pour contrôler la parution des journaux et organiser la censure. Dans les locaux du journal L’Écho du Nord38, le Sonderführer Lüpke se heurte à la volonté du directeur du journal, Lucien Dewerse, qui refuse de relancer la parution sans qu’apparaissent les rapports sur la situation de l’armée française alors que l’armistice n’est pas encore signé. Dans le numéro du 29 juin 1940, détournant la censure allemande, il fait publier une série de clichés consacrée aux monuments de la région, dont celui érigé à la mémoire de Léon Trulin, un Belge condamné à mort et fusillé par les Allemands le 8 novembre 1915 pour espionnage. Son refus de se soumettre à l’agent de la Propagandastaffel de Lille conduit à son arrestation le 30 juin 1940 par la GFP 611 de Lille. Accusé de « résistance passive », il comparait le 16 juillet 1940 devant le tribunal militaire de l’OFK 670 à Lille. Il est condamné à cinq ans de réclusion : son procès vise à faire un exemple montrant la détermination de l’occupant. Comme le notent les services français de la commission d’armistice, « une large publicité fut accordée à ce procès », destinée à « empêcher le développement d’une résistance passive dans la Presse39 ». Selon le Kriegsgerichtsrat Speckhardt qui mène le procès, et malgré une défense habile de Dewerse qui tente de montrer que l’accusation repose sur une suite de malentendus, l’introduction d’images mythiques de la Première Guerre mondiale dans le journal donne lieu à « une propagande mentale particulièrement nuisible, parce qu’elle peut facilement inciter d’autres civils à commettre des actes de sabotage contre l’armée d’occupation allemande40 ». L’expérience des méthodes employées par l’occupant entre 1914 et 1918 n’est certainement pas sans conséquences sur le sort réservé à Dewerse qui voit, par la suite, toutes ses demandes de réduction de peine rejetées41. Il est en outre soumis à un régime carcéral particulièrement sévère notamment en ce qui concerne la réception de son courrier. D’ailleurs, dès le 22 août 1940, son dossier personnel d’entrée à la prison d’Amberg signale qu’il « doit être enregistré sur la liste des prisonniers dangereux et gardé dans une cellule fermée ». En outre, « les fonctionnaires doivent être mis en garde contre lui », car il est, toujours selon le dossier, « un saboteur et un furieux haïsseur des Allemands42 ». Instrument fondamental de l’appareil de propagande de l’occupant, la presse régionale doit ainsi être muselée pour répondre aux impératifs politiques de l’administration militaire allemande en territoire occupé. L’opération allait coûter la vie à Lucien Dewerse qui disparaissait le 2 mai 1944 à la forteresse de Diez-am-Lahn en Allemagne où il avait été déporté pour purger sa peine.

    16Le point d’orgue de l’expression d’une manifestation collective de refus de l’occupation éclate en mai 1941 avec le déclenchement de la grande grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais43. Préparé en sous-main par le parti communiste clandestin encore tenu par les clauses du pacte germano-soviétique, le mouvement mobilise près de 100 000 mineurs. Répondant dans un premier temps à des revendications essentiellement sociales et économiques (réduction du temps de travail, fourniture de savon, etc.), la grève prend rapidement un caractère patriotique dénonçant en particulier la violence de la répression. L’analyse des étapes et des modes opératoires choisis par l’administration militaire de Lille montre, encore une fois, une approche spécifique de la situation dans laquelle la question du non-respect de la réglementation sur l’interdiction de faire grève et du refus de travail a davantage joué44. Certes, l’ampleur du mouvement oblige les autorités militaires à recourir à des mesures extrajudiciaires qui conduiront à la déportation de 244 mineurs dans les camps de concentration nazis mais ces décisions interviennent en juillet 1941, soit plusieurs semaines après les mesures d’arrestation et dans le contexte du lancement de l’opération Barbarossa et de la lutte armée par la résistance communiste45. Cette mesure s’inscrit néanmoins dans le schéma politique porté par l’administration militaire de Lille et notamment dans sa volonté de préparer la population du secteur. En effet, estimant probablement qu’une partie de ces mineurs avaient été « rééduqués », 67 déportés sont libérés de leurs différents camps de concentration sur intervention de l’OFK 670 de Lille avant la fin de l’été 1944.

    Conclusion

    17L’opposition à la présence allemande en « zone rattachée » Nord-Pas-de-Calais a été multiforme pendant la première année d’occupation. Les archives de la répression permettent d’en dresser un portrait plus précis et de sortir de l’oubli des femmes et des hommes engagés dès les premières semaines. Au premier plan du bilan à tirer de l’exploitation des archives de la répression, l’assistance apportée par des civils à des soldats britanniques en quête de liberté domine largement. Ces actes, particulièrement précoces puisque certains s’opèrent avant même la fin des combats, caractérisent une résistance de solidarité qui puise de profondes racines dans les précédentes guerres et occupations. On assiste au surplus à l’émergence d’une première forme de résistance en actes préfigurant ce qui deviendra la résistance armée avec les nombreuses affaires de détentions d’armes et de sabotage des câbles téléphoniques. Enfin, les différentes formes de résistance passive, individuelles ou collectives, illustrent par la répression à laquelle elles sont soumises la volonté d’étouffer dans l’œuf tout mouvement social d’ampleur. L’analyse de ces sources donne lieu à un portrait très hétéroclite des formes d’opposition à la présence allemande, bien avant les grandes structurations et intégrations dans des organisations plus formatées.

    18Si on se place de l’autre côté du miroir, les archives de la répression nous en disent beaucoup sur les représentations idéologiques que les services de répression se font de leur ennemi, et en particulier comment les stratégies choisies sont adaptées ou non au territoire dont ils ont la charge. À plusieurs reprises, les services de l’administration militaire de l’OFK 670 de Lille ont effectivement dû adapter leur appareil coercitif de répression pour répondre aux objectifs politiques définis pour ce territoire occupé. La grande autonomie conférée au général Niehoff, illustrée notamment par la délégation du droit à prononcer ses propres ordonnances et à les diffuser dans un journal spécifique à son ressort, a permis cette adaptabilité aux circonstances propres à ce territoire frontalier. Mais surtout, ce portrait met en exergue comment la représentation de l’ennemi construite par l’administration militaire d’occupation a dû très largement s’inspirer des expériences précédentes. Il s’agit non seulement de la précédente occupation du Nord de la France pendant la Première Guerre mondiale mais également, et peut-être encore davantage, des échecs de l’occupation militaire française en Allemagne à partir de 1919.

    19Les premiers engagements trouvent souvent leurs racines dans une expérience intime. Le sacrifice de ces précurseurs allait ouvrir la voie à l’organisation, à la professionnalisation et à la structuration pour la constitution des principaux grands réseaux et mouvements qui émergeront souvent de ces premières expériences. Jamais, néanmoins, avant le printemps 1943, la Résistance en Nord de la France ne sera appréhendée par les acteurs allemands comme une menace importante à la sécurité des troupes ou à la bonne mise en place de la politique d’occupation.

    Bibliographie

    Dejonghe Étienne et Le Maner Yves, Le Nord-Pas-de-Calais dans la main allemande, Lille, La Voix du Nord, réédition 2019, 400 p.

    Vandenbussche Robert, La résistance dans le Nord-Pas-de-Calais, Sayat, De Borée, 2012, 384 p.

    Thiery Laurent, La répression allemande dans le Nord de la France (1940-1944), Presses du Septentrion, Lille, 2013, 387 p.

    Notes de bas de page

    1Sur cette question, nous nous permettons de renvoyer à Thiery Laurent, La répression allemande dans le Nord – Pas-de-Calais, « zone rattachée » au Militärbefehlshaber in Belgien und Nordfrankreich (1940-1944), thèse de doctorat, université de Lille Nord de France, 2011, 662 p., éditée sous le titre La répression allemande dans le Nord de la France (1940-1944), Lille, Presses du Septentrion, 2013.

    2Les affaires d’atteintes à l’ordre social et économique que l’on qualifierait de droit commun représentent plus de 40 % des affaires traitées par les tribunaux militaires allemands de l’OFK 670 pendant cette période et l’application de la sentence se traduit par une déportation carcérale outre-Rhin pour plus de la moitié des condamnés, Thiery Laurent, La répression allemande…, op. cit., p. 119-121.

    3Eismann Gaël, La politique de « maintien de l’ordre et de la sécurité » conduite par le Militärbefehlshaber in Frankreich et ses services, 1940-1944, thèse de doctorat, IEP Paris, 2005. Travail publié sous le titre Hôtel Majestic. Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Paris, Tallandier, 2010, 591 p., p. 354.

    4Désormais MBB.

    5Désormais MBF.

    6Notion de préservation des « relations locales » (örtlichen Verhältnisse ou regionalen Verhältnisse) dont l’emploi par les services de l’administration militaire d’occupation est récurrente dans les comptes rendus de jugement et les différents rapports. Voir Thiery Laurent, La répression allemande, op. cit., p. 301-303.

    7Documents conservés pour partie à la Division des archives des victimes des conflits contemporains, antenne du Service Historique de la Défense à Caen et aux Archives nationales (désormais AN) dans la sous-série AJ40.

    8Voir les Tätigkeitsberichte de la GFP, rapports hebdomadaires des groupes installés dans le Nord de la France, conservés au Centre de Documentation Juive Contemporaine (désormais CDJC).

    9Série 27p, DAVCC Caen.

    10Série 1874W, archives départementales du Nord à Lille.

    11Série 20p, DAVCC Caen.

    12Thiery Laurent, La répression allemande, op. cit., p. 111-115.

    13Gericht der OFK 670 Arras, St. L. IV. Nr. 111/42, wegen Engländerbegünstigung, 10.8.1942, Feldurteil, 25P6150, DAVCC, Caen.

    14Ibid.

    15Gericht der OFK 670 Arras, St. L. III. Nr.82/42, wegen Engländerbegünstigung, 4.6.1942, Feldurteil, AJ 40/1538, AN.

    16Gericht der FK 678 Arras, St. L.I 67/41, 4 septembre 1941, Feldurteil wegen Engländerbegünstigung, 25p4823, DAVCC, Caen.

    17Lebenslauf, Rheinbach, 17.11.1941, Personal-Akten für den Zuchthausgefangenen Méplaux Léon, 25p4823, DAVCC, Caen.

    18Beherberg. Verpfleg. u. Unterstürzung Nichtdeutscher Militärpersonen, FK 678 Lille, St. L. III Nr. 56/41, Allgemeine-Liste, AL 1533/41, LA 19114, DAVCC, Caen. Voir aussi les dossiers « interné résistant » de Lamy Jules et Martinache Angèle, 21p585188 et 21p592821.

    19Tätigkeitsbericht, GFP, CDJC, CDXCIII-8.

    20Sur cette question, voir notre article « La répression allemande contre les réseaux d’évasion d’aviateurs alliés », in Le Maner Yves (dir.), Tombés du ciel. Les aviateurs abattus au-dessus du Nord-Pas-de-Calais, Saint-Omer, La Coupole, 2008, p. 139-148 et pour une vision d’ensemble, Andrieu Claire, Tombés du ciel – Le sort des pilotes abattus en Europe 1939-1945, Tallandier/ministère des Armées, 2021, 504 p.

    21Verordnungsblatt des MBB für die besetzten Gebiete Belgien und Nordfrankreich, no 2, juin 1940, 1W1652, ADN.

    22Verkündungsblatt des OFK 670, no 1, 15 juillet 1940, AJ 40/406, AN.

    23Ibid.

    241874w192/5797, ADN, Lille.

    25Allgemeine-Liste, 501/40 et 527/40, LA 19114, DAVCC, Caen.

    26Échanges avec M. Duvosquel Jean-Marie, petit-fils de Duvosquel Jules.

    27Tätigkeitsbericht der Leitender der GFP beim MBB, rapport de synthèse du chef de la GFP pour le MBB, 17 novembre 1940, CDXCIII, CDJC.

    28Voir les rapports du KommandostabIa du MBB à l’OKW, Intendant général, AA 1937, CEGES, Bruxelles.

    29Gericht der FK 678, St. L. 225/40, Urteil wegen unerlaubten Waffenbesitzes, 28 mai 1941, Arras, 25p4615, DAVCC, Caen.

    30Gericht der FK 678, St. L. 225/40, Urteil wegen unerlaubten Waffenbesitzes, 5 février 1941, Arras, 25p9739, DAVCC, Caen.

    31Ibid.

    32« À la population lilloise », Lille, 11 juin 1940, le Commandant de l’Oberfeldkommandantur 670, Verkündungsblatt des OFK für die Departements du Nord und Pas-de-Calais, no 1, 15 juillet 1940, 1W1655, ADN, Lille.

    33Allgemeine-Liste, AL 2247/41, LA 19115 et dossier 21p632801, DAVCC, Caen.

    34Registre de la prison Saint-Nicaise à Arras, Y23, ADPdC, Dainville et dossier 21p709457, BVACC, Caen.

    35Beaupré Nicolas, « Occuper l’Allemagne après 1918 », Revue historique des armées, no 254, 2009, p. 9-19.

    36Gericht der OFK 670, St. L. Z. Nr. 171/40, Feldurteil wegen Widerstandes, Lille, 22 octobre 1940, AJ 40/1564, AN.

    37Ibid.

    38Sur l’histoire du journal, nous renvoyons à l’ouvrage de Visse Jean-Paul, La presse du Nord et du Pas-de-Calais au temps de L’Écho du Nord, Lille, Éditions du Septentrion, 2004.

    39Rapport sur la condamnation de Dewerse Lucien par le conseil de guerre allemand de Lille du 16 juillet 1940, 19 avril 1941, dossier « mort pour la France » de Dewerse Lucien, 21p443648, DAVCC, Caen.

    40Gericht der OFK 670, St. L. NR. 3/40, Urteil wegen passiven Widerstandes, Lille, 16 juillet 1940, 25p9712, DAVCC, Caen. Déporté en août 1940 au Zuchthaus Amberg pour purger sa peine, Dewerse Lucien est ensuite transféré à la prison de Diez-sur-Lahn en septembre 1943.

    41Une première demande de grâce est rejetée, le 24 avril 1941, par le Chef der Heeresrüstung und Befehlshaber des Ersatzheeres. Les demandes d’interventions réitérées du préfet du Nord à partir d’avril 1942 se heurtent au même refus. Pour ces documents, voir Personal-akten de Dewerse Lucien, 25p9712, DAVCC, Caen.

    42Besondere Vormerkungen über den Gefangenen, 25, p. 9712, DAVCC, Caen.

    43Voir « La grande grève des mineurs de 1941 », Bulletin Memor, no 32, université Lille 3, 2002, 75 p., Dejonghe Étienne, « Chronique de la grève des mineurs du Nord – Pas-de-Calais (27 mai-6 juin 1941) », Villeneuve-d’Ascq, Revue du Nord, t. LXIX, no 273, 1987, p. 323-345 ou enfin Thiery Laurent, « La répression de la grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais de mai-juin 1941 et le convoi des mineurs »,Témoigner. Entre Histoire et Mémoire, Revue pluridisciplinaire de la Fondation Auschwitz, Bruxelles, Ed. Kimé (Paris), 2008, no 101, octobre-décembre 2008, p. 171-197.

    44Jugement rendu le 3 juin 1941 par le tribunal de l’OFK 670 de Lille à Valenciennes contre treize mineurs arrêtés lors des grèves de mai-juin 1941, Gericht der OFK 670 Lille, St. L. I Nr. 211/41, 3 juin 1941, AJ 40/1655, AN.

    45Près des deux-tiers vont disparaître, voir Thiery Laurent, Répression, fusillades et déportation dans le Nord-Pas-de-Calais, 1940-1945 : le cas de la grève des mineurs, mémoire de master 2, université Lille III Charles de Gaulle, 2005, 212 p. publié dans la revue Gauhéria, Lens, no 60, février 2006, p. 87-103 et no 61, mai 2006, p. 73-98.

    Auteur

    • Laurent Thiery

      Fondation de la Résistance.

      Laurent Thiery est docteur en histoire, chargé de recherches à la Fondation de la Résistance.

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    1Sur cette question, nous nous permettons de renvoyer à Thiery Laurent, La répression allemande dans le Nord – Pas-de-Calais, « zone rattachée » au Militärbefehlshaber in Belgien und Nordfrankreich (1940-1944), thèse de doctorat, université de Lille Nord de France, 2011, 662 p., éditée sous le titre La répression allemande dans le Nord de la France (1940-1944), Lille, Presses du Septentrion, 2013.

    2Les affaires d’atteintes à l’ordre social et économique que l’on qualifierait de droit commun représentent plus de 40 % des affaires traitées par les tribunaux militaires allemands de l’OFK 670 pendant cette période et l’application de la sentence se traduit par une déportation carcérale outre-Rhin pour plus de la moitié des condamnés, Thiery Laurent, La répression allemande…, op. cit., p. 119-121.

    3Eismann Gaël, La politique de « maintien de l’ordre et de la sécurité » conduite par le Militärbefehlshaber in Frankreich et ses services, 1940-1944, thèse de doctorat, IEP Paris, 2005. Travail publié sous le titre Hôtel Majestic. Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Paris, Tallandier, 2010, 591 p., p. 354.

    4Désormais MBB.

    5Désormais MBF.

    6Notion de préservation des « relations locales » (örtlichen Verhältnisse ou regionalen Verhältnisse) dont l’emploi par les services de l’administration militaire d’occupation est récurrente dans les comptes rendus de jugement et les différents rapports. Voir Thiery Laurent, La répression allemande, op. cit., p. 301-303.

    7Documents conservés pour partie à la Division des archives des victimes des conflits contemporains, antenne du Service Historique de la Défense à Caen et aux Archives nationales (désormais AN) dans la sous-série AJ40.

    8Voir les Tätigkeitsberichte de la GFP, rapports hebdomadaires des groupes installés dans le Nord de la France, conservés au Centre de Documentation Juive Contemporaine (désormais CDJC).

    9Série 27p, DAVCC Caen.

    10Série 1874W, archives départementales du Nord à Lille.

    11Série 20p, DAVCC Caen.

    12Thiery Laurent, La répression allemande, op. cit., p. 111-115.

    13Gericht der OFK 670 Arras, St. L. IV. Nr. 111/42, wegen Engländerbegünstigung, 10.8.1942, Feldurteil, 25P6150, DAVCC, Caen.

    14Ibid.

    15Gericht der OFK 670 Arras, St. L. III. Nr.82/42, wegen Engländerbegünstigung, 4.6.1942, Feldurteil, AJ 40/1538, AN.

    16Gericht der FK 678 Arras, St. L.I 67/41, 4 septembre 1941, Feldurteil wegen Engländerbegünstigung, 25p4823, DAVCC, Caen.

    17Lebenslauf, Rheinbach, 17.11.1941, Personal-Akten für den Zuchthausgefangenen Méplaux Léon, 25p4823, DAVCC, Caen.

    18Beherberg. Verpfleg. u. Unterstürzung Nichtdeutscher Militärpersonen, FK 678 Lille, St. L. III Nr. 56/41, Allgemeine-Liste, AL 1533/41, LA 19114, DAVCC, Caen. Voir aussi les dossiers « interné résistant » de Lamy Jules et Martinache Angèle, 21p585188 et 21p592821.

    19Tätigkeitsbericht, GFP, CDJC, CDXCIII-8.

    20Sur cette question, voir notre article « La répression allemande contre les réseaux d’évasion d’aviateurs alliés », in Le Maner Yves (dir.), Tombés du ciel. Les aviateurs abattus au-dessus du Nord-Pas-de-Calais, Saint-Omer, La Coupole, 2008, p. 139-148 et pour une vision d’ensemble, Andrieu Claire, Tombés du ciel – Le sort des pilotes abattus en Europe 1939-1945, Tallandier/ministère des Armées, 2021, 504 p.

    21Verordnungsblatt des MBB für die besetzten Gebiete Belgien und Nordfrankreich, no 2, juin 1940, 1W1652, ADN.

    22Verkündungsblatt des OFK 670, no 1, 15 juillet 1940, AJ 40/406, AN.

    23Ibid.

    241874w192/5797, ADN, Lille.

    25Allgemeine-Liste, 501/40 et 527/40, LA 19114, DAVCC, Caen.

    26Échanges avec M. Duvosquel Jean-Marie, petit-fils de Duvosquel Jules.

    27Tätigkeitsbericht der Leitender der GFP beim MBB, rapport de synthèse du chef de la GFP pour le MBB, 17 novembre 1940, CDXCIII, CDJC.

    28Voir les rapports du KommandostabIa du MBB à l’OKW, Intendant général, AA 1937, CEGES, Bruxelles.

    29Gericht der FK 678, St. L. 225/40, Urteil wegen unerlaubten Waffenbesitzes, 28 mai 1941, Arras, 25p4615, DAVCC, Caen.

    30Gericht der FK 678, St. L. 225/40, Urteil wegen unerlaubten Waffenbesitzes, 5 février 1941, Arras, 25p9739, DAVCC, Caen.

    31Ibid.

    32« À la population lilloise », Lille, 11 juin 1940, le Commandant de l’Oberfeldkommandantur 670, Verkündungsblatt des OFK für die Departements du Nord und Pas-de-Calais, no 1, 15 juillet 1940, 1W1655, ADN, Lille.

    33Allgemeine-Liste, AL 2247/41, LA 19115 et dossier 21p632801, DAVCC, Caen.

    34Registre de la prison Saint-Nicaise à Arras, Y23, ADPdC, Dainville et dossier 21p709457, BVACC, Caen.

    35Beaupré Nicolas, « Occuper l’Allemagne après 1918 », Revue historique des armées, no 254, 2009, p. 9-19.

    36Gericht der OFK 670, St. L. Z. Nr. 171/40, Feldurteil wegen Widerstandes, Lille, 22 octobre 1940, AJ 40/1564, AN.

    37Ibid.

    38Sur l’histoire du journal, nous renvoyons à l’ouvrage de Visse Jean-Paul, La presse du Nord et du Pas-de-Calais au temps de L’Écho du Nord, Lille, Éditions du Septentrion, 2004.

    39Rapport sur la condamnation de Dewerse Lucien par le conseil de guerre allemand de Lille du 16 juillet 1940, 19 avril 1941, dossier « mort pour la France » de Dewerse Lucien, 21p443648, DAVCC, Caen.

    40Gericht der OFK 670, St. L. NR. 3/40, Urteil wegen passiven Widerstandes, Lille, 16 juillet 1940, 25p9712, DAVCC, Caen. Déporté en août 1940 au Zuchthaus Amberg pour purger sa peine, Dewerse Lucien est ensuite transféré à la prison de Diez-sur-Lahn en septembre 1943.

    41Une première demande de grâce est rejetée, le 24 avril 1941, par le Chef der Heeresrüstung und Befehlshaber des Ersatzheeres. Les demandes d’interventions réitérées du préfet du Nord à partir d’avril 1942 se heurtent au même refus. Pour ces documents, voir Personal-akten de Dewerse Lucien, 25p9712, DAVCC, Caen.

    42Besondere Vormerkungen über den Gefangenen, 25, p. 9712, DAVCC, Caen.

    43Voir « La grande grève des mineurs de 1941 », Bulletin Memor, no 32, université Lille 3, 2002, 75 p., Dejonghe Étienne, « Chronique de la grève des mineurs du Nord – Pas-de-Calais (27 mai-6 juin 1941) », Villeneuve-d’Ascq, Revue du Nord, t. LXIX, no 273, 1987, p. 323-345 ou enfin Thiery Laurent, « La répression de la grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais de mai-juin 1941 et le convoi des mineurs »,Témoigner. Entre Histoire et Mémoire, Revue pluridisciplinaire de la Fondation Auschwitz, Bruxelles, Ed. Kimé (Paris), 2008, no 101, octobre-décembre 2008, p. 171-197.

    44Jugement rendu le 3 juin 1941 par le tribunal de l’OFK 670 de Lille à Valenciennes contre treize mineurs arrêtés lors des grèves de mai-juin 1941, Gericht der OFK 670 Lille, St. L. I Nr. 211/41, 3 juin 1941, AJ 40/1655, AN.

    45Près des deux-tiers vont disparaître, voir Thiery Laurent, Répression, fusillades et déportation dans le Nord-Pas-de-Calais, 1940-1945 : le cas de la grève des mineurs, mémoire de master 2, université Lille III Charles de Gaulle, 2005, 212 p. publié dans la revue Gauhéria, Lens, no 60, février 2006, p. 87-103 et no 61, mai 2006, p. 73-98.

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    Thiery, L. (2025). Les premières résistances en « zone rattachée » Nord-Pas-de-Calais au prisme des archives de la répression. In G. Eismann & F. Grenard (éds.), La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14bdt
    Thiery, Laurent. « Les premières résistances en “zone rattachée” Nord-Pas-de-Calais au prisme des archives de la répression ». In La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression, édité par Gaël Eismann et Fabrice Grenard. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14bdt.
    Thiery, Laurent. « Les premières résistances en “zone rattachée” Nord-Pas-de-Calais au prisme des archives de la répression ». La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression, édité par Gaël Eismann et Fabrice Grenard, Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14bdt.

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    Eismann, G., & Grenard, F. (éds.). (2025). La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14bf0
    Eismann, Gaël, et Fabrice Grenard, éd. La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14bf0.
    Eismann, Gaël, et Fabrice Grenard, éditeurs. La Résistance pionnière en France au prisme des archives de la répression. Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14bf0.
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