Le scoutisme dans la résistance pionnière
L’exemple de l’Alsace et de la Moselle
p. 87-102
Texte intégral
1Dans la France de 1939, le scoutisme constitue un fait social majeur. Il touche plus de 150 000 jeunes, garçons et filles1, organisés au sein de six associations dont environ 7 000 à 8 000 en Alsace-Moselle2.
Scouts de France (catholiques, garçons) | 75 000 |
Éclaireurs de France (laïques, garçons) | 25 000 |
Éclaireurs unionistes de France (protestants, garçons) | 15 000 |
Éclaireurs israélites de France (juifs, garçons) | 2 000 |
Guides de France (catholiques, filles) | 18 000 |
Fédération française des éclaireuses (laïques, protestantes, juives, filles) | 15 000 |
2Le 24 juillet 1940, les poteaux de la frontière de 1871 entre la France et l’Allemagne sont réinstallés, marquant sur le terrain l’annexion du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle. L’annexion s’accompagne immédiatement de mesures d’interdiction et de dissolution des associations, les mouvements de jeunesse faisant partie des premiers visés3. Ceux-ci cessent toute activité publique. Pourtant certains de leurs membres parmi les plus âgés continuent à se retrouver en souhaitant « faire quelque chose ». Cette action, évidemment clandestine, est longtemps restée pratiquement inconnue, en dehors de quelques mentions éparses après-guerre dans les revues des associations scoutes. La mémoire de ces actions s’est ensuite vite perdue, notamment en raison du changement fréquent de cadres dans les mouvements de jeunesse. Et paradoxalement, ce sont les archives de la répression qui permettent aujourd’hui de reconstituer l’action de ces scouts engagés dans la résistance pionnière en Alsace-Moselle. Car l’annexion s’accompagne de la mise en place rapide des organes judiciaires de la répression nazie, les tribunaux spéciaux, les Sondergerichte installés à Metz et Strasbourg. Ils sont chargés de juger les crimes et délits fondés sur la « trahison sournoise ». Les jugements et les pièces de procédure ont longtemps été conservés par les différents tribunaux français d’Alsace-Moselle en vue des arrêts de révision4 rendus après la guerre annulant les jugements des Sondergerichte. Puis ces dossiers furent versés aux archives départementales.
3Un autre organe de la répression nazie a également largement contribué à la production des archives de la répression en Alsace5. Il s’agit du Volksgerichthof, la cour suprême nazie, chargé de juger les crimes de haute trahison. Les Archives nationales conservent les microfilms de ses arrêts. Il est compétent pour tout le Reich et siège à Berlin mais se déplacera à Strasbourg. Ses jugements comme ceux des Sondergerichte ne peuvent pas faire l’objet d’appel. Roland Freisler, président du Volksgerichthof et juriste nazi éminent, présente ainsi le rôle de ces juridictions d’exception :
« Les tribunaux d’exception […] sont en quelque sorte les divisions blindées du droit. Ils doivent être aussi rapides que des chars d’assaut et avoir une puissance de feu comparable […] Ils doivent avoir la même capacité à traquer l’ennemi, à le débusquer, à l’arraisonner, et posséder la même faculté de le détruire, de l’annihiler6. »
4Destinées à stigmatiser et à anéantir les adversaires du régime nazi, les archives de la répression constituées par les dossiers des Sondergerichte et du Volksgerichthof sont devenues pour les associations de scoutisme le symbole de l’engagement patriotique et du courage de leurs membres.
De petits groupes de scouts-guides engagés collectivement dans la résistance pionnière
5À l’automne 1940, plusieurs petits groupes formés de scouts et de guides se forment en Alsace et en Moselle annexées. Ils sont sans lien entre eux, les associations scoutes n’ayant jamais appelé leurs membres à une action clandestine. Ces groupes présentent plusieurs caractéristiques communes : ils rassemblent des membres partageant le système de valeurs du scoutisme, ayant vécu des moments forts ensemble, notamment lors des camps d’été. Ces membres sont patriotes, très marqués par la culture religieuse, catholique ou protestante, et ont parfois des liens familiaux entre eux. Ils savent que le scoutisme a été interdit et que ses associations sont dissoutes en Alsace-Moselle, à la différence de la zone nord. L’existence de ces petits groupes est l’exacte illustration du constat dressé par plusieurs historiens de la résistance pionnière :
« Dans les premiers temps, beaucoup de groupes de résistants apparurent au sein d’ensembles déjà existants : militaires et anciens combattants, amis et voisins, professeurs d’université et étudiants, médecins et personnels hospitalier, patrons et responsables syndicaux, démocrates-chrétiens ou communistes7. »
6La place importante des jeunes femmes dans ces petits groupes est à remarquer. D’une part, les garçons chefs scouts sont mobilisés ou prisonniers. D’autre part, ces jeunes femmes ont déjà exercé des fonctions de responsabilités au sein des associations scoutes. Elles sont donc prêtes à en prendre d’autres. Plusieurs d’entre elles sont aussi infirmières, exerçant donc une profession tournée vers le service des autres. Ces groupes sont de petites structures, difficiles à infiltrer mais formées de personnes ignorant tout de la clandestinité. Ils disparaîtront au bout de quelques mois, victimes de la répression. Mais les jugements des différentes juridictions nazies ne manqueront pas de noter l’origine ou l’engagement scout de leurs membres.
7Le croisement des jugements des Sondergerichte, des arrêts du Volksgerichthof, de la presse locale nazie, des revues et annuaires scouts avec les dossiers personnels de résistants conservés par le Service historique de la Défense (SHD) permet d’identifier trois petits groupes de résistance pionnière liés au scoutisme, formés dès l’automne 1940 en Alsace-Moselle : le groupe des Pur-Sang à Strasbourg, le groupe Scius à Sarrebourg et le groupe l’Espoir Français à Metz.
8Le premier de ces groupes est celui des Pur-Sang8, formé de cinq cheftaines des Guides de France de Strasbourg, âgées de 17 à 29 ans, rassemblées autour de Lucienne Welschinger9 : Alice Daul10 et sa sœur Marie-Louise Daul11, Émilie Weisheimer12, Lucie Welker13, Marcelle Engelen14. Dès septembre 1940, ces jeunes filles profitent du passage à Strasbourg de corvées de ravitaillement destinées aux prisonniers de guerre français internés dans cette ville pour leur transmettre du ravitaillement et pour récupérer des lettres destinées à leur famille. Quelques semaines plus tard, elles accueillent à l’église Saint-Jean, bâtiment où la compagnie 9e Strasbourg des Guides de France avait son local en 1939, deux prisonniers de guerre polonais évadés. Cachés par Lucienne Welschinger, déguisés en bûcherons, ils réussiront à passer la frontière vers la France.
9L’idée d’organiser une filière d’aide aux prisonniers de guerre évadés apparaît à ce moment. Émilie Weisheimer qui a réussi à entrer dans le camp de prisonniers de guerre sous prétexte de rencontrer un proche détenu, transmet l’information selon laquelle tous les soirs, entre 18 et 19 heures, une permanence sera assurée à l’autel de la Vierge à l’église Saint-Jean de Strasbourg. Ceux qui souhaitent s’évader donneront le mot code « Pierre » à la guide en prière. L’organisation d’une telle filière d’évasion nécessite une logistique importante. Il faut trouver des vêtements pour les évadés, particulièrement des chapeaux pour dissimuler leur crâne rasé, les héberger, les nourrir et leur donner de faux papiers. Il faut également trouver des boussoles pour qu’ils se guident dans la montagne. Celles des différentes compagnies des Guides de France de Strasbourg sont alors récupérées. Et il faut ensuite trouver les chemins pour une évasion. Puis établir le contact avec des cheminots pour voyager clandestinement jusqu’à Lyon. Au début de 1941, le passage vers la Suisse est envisagé. Les guides utilisent alors leurs compétences scoutes en matière de topographie et d’orientation. Alice Daul explique en 1945 :
« Lucie et moi partons avec tout ce qu’il faut pour faire un voyage d’exploration de 1o classe : sous-main, feuilles de papier, crayon, boussole… et depuis la gare de Saint-Louis15, nous faisons le relevé topographique de la route, sans nous soucier de la proximité de la frontière qui n’est quelquefois qu’à 200 mètres, et de l’œil indiscret des gardes-frontières allemands. Nous faisons le plan de Hegenheim, indiquons le cimetière16, quelques points de repères type, la ligne frontière que nous voyons au loin. Une fois rentrées, nous mettons nos notes au clair, avec notre croquis topographique, nous refaisons la carte de la région, comparons avec une carte d’état-major17. »
10Le renforcement de la surveillance de la frontière suisse oblige les Pur-Sang à trouver un autre chemin d’évasion dès l’été 1941 passant par le col de la Schlucht dans les Vosges puis par Landange en Moselle. Au total, 350 personnes, prisonniers de guerre évadés et alsaciens fuyant la conscription, ont bénéficié de l’action des Pur-Sang jusqu’au démantèlement du groupe par la Gestapo en mars 1942 à la suite d’une imprudence de Lucie Welker alors qu’elle revient de Vichy avec Lucienne Welschinger.
11Après plusieurs mois d’internement au camp de Schirmeck, les Pur-Sang sont jugées le 26 janvier 1943 par le Volksgerichthof. Celui-ci s’est déplacé à Strasbourg pour juger plusieurs affaires importantes de résistance18. Le procureur évoque dans ses réquisitions l’action de Lucienne Welschinger au sein des Guides de France et signale « qu’après l’occupation de l’Alsace par les troupes allemandes, elle maintient le contact avec ses camarades de l’association scoute. Parmi elles, il y avait entre autres les inculpées Welker, Alice Daul, M.-L. Daul, Weisheimer ainsi que Marcelle Engelen, partie depuis pour la France grâce à la complicité de l’accusée Welschinger ». Lucienne Welschinger est condamnée à mort. Elle sera graciée mais ne le saura pas, elle restera des mois dans l’incertitude de son sort. Les autres guides seront condamnées de huit à quinze ans de prison. Quatre autres condamnations à mort seront prononcées contre d’autres membres de la filière d’évasion. Les trois quotidiens nazis publiés en Alsace rendent tous compte de ce procès dans leurs éditions du 29 janvier 1943 en des termes identiques, sous le titre menaçant de « Extirpation impitoyable de la trahison en Alsace19 » :
« L’accusée Lucienne Welschinger, était de son propre aveu, la vraie animatrice du plan d’évasion des prisonniers de guerre français ainsi que des Alsaciens appelés à l’armée. Avec les autres accusés, elle était déjà connue de longue date comme appartenant tous ensemble à une ancienne organisation confessionnelle française à Strasbourg. »
12Le nom des Guides de France n’y figure pas mais la référence est claire. Significativement, c’est en uniforme de Guides de France, marquant bien ainsi la place du scoutisme dans leur engagement de résistantes, que Lucienne Welschinger, Alice Daul, Marie-Louise Daul et Émilie Weisheimer sont décorées le 15 décembre 1946 à Strasbourg de la médaille de la Résistance, Lucienne Welschinger étant en plus décorée de la Légion d’honneur.
Fig. 1. – Cérémonie du 15 décembre 1946 à Strasbourg au cours de laquelle la Médaille de la Résistance fut remise aux membres des Pur-Sang.

De gauche à droite : Lucienne Welschinger, Émilie Weisheimer, Alice Daul, Marie-Louise Daul et Paulette Falbisaner, en uniforme guide et scout, sont décorées sur le front des troupes.
Photo collection famille Gillig.
13L’arrestation des Pur-Sang ne marque toutefois pas l’arrêt définitif de la filière d’évasion de l’église Saint-Jean à Strasbourg. Trois autres jeunes filles, également membres des Scouts des France et des Guides de France, Marianne Heidmann20, Paulette Falbisaner21 et Léontine Schmidt vont la continuer. Elles connaissent Lucie Welker qui les amène à Lucienne Welschinger. Sans être membres des Pur-Sang, elles assureront pendant quelques mois les permanences à l’église Saint-Jean à Strasbourg après l’arrestation de l’équipe. Elles assistent en janvier 1943 au procès des Pur-Sang. Elles sont arrêtées en mai 1943 et internées au camp de Schirmeck, durement interrogées, puis relâchées après plusieurs mois, probablement faute de preuves22. Paulette Falbisaner, impliquée dans une autre filière d’évasion, est finalement condamnée le 22 juillet 1944 à deux ans d’emprisonnement par le Sondergericht de Strasbourg. Et c’est également en uniforme de cheftaine des Scouts de France qu’elle est décorée de la médaille de la Résistance avec l’équipe des Pur-Sang le 15 décembre 1946. L’action de ces trois jeunes filles confirme l’analyse de Julien Blanc sur les reclassements et recompositions incessants qu’opèrent les groupes de résistants soumis à la répression23.
14Le second de ces groupes de la résistance pionnière est le groupe Scius à Sarrebourg (Moselle). Il présente plusieurs points communs avec l’équipe des Pur-Sang. Comme elle, il est formé de jeunes filles membres des Guides de France et des Scouts de France où elles sont cheftaines de louveteaux. Comme elle, il anime une filière d’évasion vers la France. Mais il est infiniment moins connu que les Pur-Sang. Son action n’a ainsi jamais été évoquée dans les revues scoutes. Le groupe se forme dès la fin 1940 autour de Marie Scius, cheftaine Guides de France à la 1o Sarrebourg Notre-Dame de l’Union24. Il regroupe Marie-Madeleine Mouraux25, Marie-Thérèse Scheidecker26 et Madeleine Collin27. Toutes se connaissent par le scoutisme. L’engagement catholique profond de la famille Scius, allié à une forte sympathie pour le scoutisme, est aussi à noter. Le père de Marie Scius, pharmacien décédé en 1930, était dès 1906 délégué d’arrondissement du Volksverein, l’organisation de masse des catholiques allemands. Sa mère, qui a reçu en 1938 l’insigne d’honneur des Amis des scouts28, est en 1939 déléguée cantonale de la Ligue féminine d’action catholique et son grand-père président du conseil de fabrique29.
« La pharmacie Scius, située en plein centre-ville de Sarrebourg, sur la place du Marché rebaptisée Adolf Hitler Platz à l’été 1940, devient dès ce moment un lieu connu de prisonniers de guerre. La pharmacie Scius était […] un lieu de refuge et de ralliement des prisonniers évadés. Ceux-ci devaient utiliser un signe de reconnaissance. Ainsi, une fois entrés dans la pharmacie, ils demandaient de l’aspirine. À la question du pharmacien, ils précisaient : « Un grand tube ». C’était pour le vendeur le mot de passe qui lui permettait de reconnaître dans son client un évadé. On le faisait asseoir et après un petit moment d’attente, il était amené dans l’appartement. Suivant le nombre de réfugiés rassemblés chez les Scius, on les répartissait chez des particuliers en ville30. »
15Marie Scius et ses compagnes conduisent les évadés jusqu’au café de Paul Clipffel, cousin de Marie-Thérèse Scheidecker, situé à Saint-Quirin, à quinze kilomètres de Sarrebourg, à proximité de la frontière française. De là, ils sont conduits vers la France par des chemins forestiers. Comme pour les Pur-Sang, l’organisation d’une telle filière nécessite de nombreuses complicités locales pour nourrir, habiller, héberger, trouver des faux papiers et guider les évadés. Plusieurs centaines de prisonniers31 purent bénéficier de cette filière qui est démantelée par la Gestapo le 7 juillet 1941, à la suite de la dénonciation d’un adolescent membre de la Jeunesse hitlérienne. Trente et une personnes sont renvoyées devant le Sondergericht de Metz et jugées le 19 septembre 1941. Ce procès fut, par le nombre des accusés, le plus important de toute la guerre en Lorraine32. Le réquisitoire du procureur comprend plusieurs références au scoutisme présenté comme le lieu de rencontre des accusées :
« L’accusée Marie Scius s’était activement impliquée au sein du mouvement de scoutisme français « Les Guides ». […] Marie-Thérèse Scheidecker et Marie-Madeleine Mouraux ont été dirigeantes du mouvement scout. […] L’accusé Scheidecker qui chantonnait un chant scout français fut interpellée par deux prisonniers […] L’accusée Collin qui réside à Sarreguemines, connaissait les accusées Scheidecker et Mouraux surtout en sa qualité d’ex-cheftaine du mouvement scout33. »
16Le quotidien nazi de Metz NSZ Westmark rend compte du procès dans son édition du 23 septembre 1941, sous le titre « Aide à l’évasion de prisonniers de guerre. Le Sondergericht de Metz impose des peines de détention ». L’article n’évoque pas le scoutisme. Il note que les peines ont été de deux mois de prison jusqu’à trois ans. Six accusés dont la culpabilité n’avait pas été prouvée sont libérés. Marie Scius, dont le jugement affirme « qu’elle a sans aucun doute joué dans cette affaire un rôle dirigeant et funeste » est condamnée à un an et trois mois de prison, Marie-Thérèse Scheidecker à neuf mois de prison, Marie-Madeleine Mouraux à six mois de prison et Madeleine Collin à sept mois de prison. Les condamnations sont nettement moins sévères que celles qui seront infligées aux Pur-Sang en 1943.
17Ces condamnations n’empêcheront pas les jeunes femmes du groupe Scius de récidiver après leur libération. Marie-Madeleine Mouraux et Marie-Thérèse Scheidecker sont ainsi à nouveau arrêtées le 6 juin 1942 en pleine forêt d’Urbeis (Bas-Rhin) alors qu’elles tentent de franchir la frontière pour passer en France. Internées au camp de Schirmeck durant cinq mois et demi puis libérées, elles réussiront à passer en France le 16 avril 1943 où elles resteront cachées jusqu’à la libération. Lorsqu’en 2002, Marie Scius sera décorée de la Légion d’honneur, elle demandera à ce que sa décoration soit remise au drapeau des scouts de Sarrebourg. Son souhait ne put se concrétiser mais il marque bien le lien entre le scoutisme et son engagement de résistante34.
Fig. 2. – Marie-Thérèse Scheidecker. Fiche de cheftaine Scouts de France de Marie-Thérèse Scheidecker.

Collection Espace Mémoire Scouts et guides de France.
18Le troisième groupe de la résistance pionnière lié au scoutisme en Alsace-Moselle est l’Espoir français fondé à Metz en juillet 1940. Avec le groupe Mario, organisation communiste, il est le seul réseau de résistance qui ait réussi à fonctionner en Moselle. Robert Granthil en est à l’origine. Avec ses scouts35, il décide de venir en aide, avec la Croix-Rouge, aux prisonniers français qui traversent Metz, ce à quoi les quoi les Allemands s’opposent. Granthil décide alors de fonder une organisation secrète, l’Espoir français. Il recrute parmi les élèves de l’école professionnelle de Metz. Il s’entoure de trois lieutenants, scouts comme lui : Alfred Dehlinger, Robert Gatelet et Lucien Bion. Un système de cotisation mensuelle de 5 francs est créé et un serment imposé à chaque membre :
« Je jure et promets sur mon honneur de garder fermement tous les secrets de l’Espoir français et d’exécuter tous ses ordres. Je promets de consacrer toutes mes forces et toute mon intelligence au triomphe de notre cause. Je consens, si je deviens parjure, à être rayé de la société des honnêtes gens et des Français et à être considéré comme un sujet sans honneur. »
19Ce recours au serment évoque évidemment la promesse scoute même si certaines organisations de résistance utilisaient aussi une formule de serment. La structuration du mouvement en six districts évoque aussi l’organisation interne des Scouts de France. La province de Lorraine de cette association compte quatre districts en 1938 selon son annuaire : Épinal, Metz, Nancy et Verdun. Au printemps 1941, l’Espoir français compte 40 membres. Son but est de conserver le souvenir de la France, de garder et de réveiller les sentiments profrançais de la population, d’affirmer l’appartenance de la Moselle à la France et autant que possible de nuire à l’Allemagne et d’aider à la victoire des armées de la France libre de de Gaulle. En août 1940, Robert Granthil prend contact à Nancy avec un officier du 2e bureau de Vichy, le capitaine Kleinmann qui dirige le réseau de renseignements Uranus lié aux services de renseignements de Vichy. Cet officier lui conseille d’écarter les éléments les plus jeunes et de se consacrer au renseignement. Les membres de l’Espoir français surveillent donc les activités des Allemands à Metz et recueillent des renseignements dans leur milieu professionnel, notamment dans les gares, les ateliers de réparation des chemins de fer et les administrations. Ils impriment aussi et distribuent des tracts. Certains se livrent à des actes de sabotage. Les renseignements sont transmis à Nancy, en zone occupée. L’arrestation d’un courrier dans cette ville le 13 mai 1941 conduit au démantèlement du réseau. Dehlinger et Gatelet sont arrêtés le 23 juin 1941. À partir du 5 juillet 1941, vingt et un membres du réseau sont arrêtés. Granthil, se sachant repéré à Nancy depuis mars 1941, a pu fuir et s’est engagé dans l’armée d’armistice le 21 avril 1941. Les membres de l’Espoir français sont jugés du 30 septembre 1942 au 2 octobre 1942 à Deux-Ponts, en Allemagne, par le Volksgerichthof venu de Berlin. L’arrêt évoque le passé scout des dirigeants de l’Espoir français :
« Âgé maintenant d’une vingtaine d’années, Robert Granthil était chef d’un mouvement de jeunesse, genre Wandervögel, « boy-scouts » auquel appartenaient, en plus d’un jeune nommé Bion, les accusés Dehlinger et Gatelet. […] Il appela Espoir français cette organisation qui devait poursuivre des buts patriotiques et humanitaires et qui devait soutenir moralement et matériellement les prisonniers de guerre36. »
20L’arrêt continue en reproduisant le texte du serment. Les condamnations prononcées sont lourdes : deux membres du réseau sont condamnés à mort, Alfred Dehlinger à dix ans de prison et Robert Gatelet à huit ans pour espionnage de guerre et haute trahison. Leur minorité a constitué une circonstance atténuante. Les autres membres du réseau sont condamnés à des peines de trois à dix ans de prison. Alfred Dehlinger survivra mais Robert Gatelet mourra de la tuberculose à la prison de Rockenberg en Allemagne le 11 décembre 1944. D’autres scouts ont été membres de l’Espoir français. C’est le cas de Marcel Ney, arrêté le 7 juillet 1941 et décédé en prison avant le jugement du Volksgerichthof37.
Des scouts et guides engagés à titre individuel dans des filières d’évasion
21Parallèlement à ces petits groupes, des scouts et des guides s’engagent individuellement dans des groupes de la résistance pionnière en Alsace-Moselle, généralement des filières d’évasion. Là encore, les jugements des Sondergerichte vont constituer des sources essentielles. Outre Marianne Heidmann, Paulette Falbisaner et Léontine Schmidt déjà mentionnées, plusieurs autres exemples peuvent être donnés. C’est le cas de Lucie Primot38, impliquée dans la filière d’évasion du chanoine Dellwall, à cheval sur la Moselle annexée et la Meurthe-et-Moselle située en zone nord. Cheftaine des louveteaux Scouts de France à la 2e Joeuf, animée d’une foi profonde, c’est sa cape de cheftaine scoute qui sert de point de repère aux prisonniers. Elle la découvre dans le bureau de la Gestapo à Metz le 28 mars 1942 :
« En entrant dans le bureau, je reconnais toute de suite ma cape accrochée à la patère. Je réalise alors que j’aurai beaucoup de mal à me disculper. En effet, cette “cape-signe de ralliement” que j’avais portée tout l’hiver reconnue par les hommes que nous avons aidés et qui avaient été arrêtés, constituait la preuve évidente de mon appartenance à la filière d’évasion39. »
22Elle entraîne dans ses activités de passeuse, son amie Anne Klasen, cheftaine de Guides de France à Thionville, avec qui elle a fait plusieurs camps40. Lucie Primot est jugée par le Sondergericht de Cologne le 9 juin 1943, son procès est suspendu pour complément d’enquête. À la suite des bombardements de juillet 1943, ce Sondergericht est transféré à Breslau [aujourd’hui Wroclaw, en Pologne]. Elle y est jugée le 7 février 1944 et condamnée à mort. Elle sera graciée et déportée.
23Suzanne Thiam41 constitue un autre exemple d’engagement individuel dans la résistance pionnière, fondé sur l’engagement dans le scoutisme. Elle fait partie de la filière d’évasion animée par sœur Hélène Studler, religieuse de Saint Vincent-de-Paul à l’hôpital de Metz. Le schéma est identique à celui des autres filières : d’abord une aide matérielle et morale apportée aux soldats français prisonniers puis une aide à leur évasion en les aidant à franchir la frontière. L’un des évadés qui bénéficie de l’aide de cette filière n’est autre que le sergent François Mitterrand qui s’est évadé de son stalag le 10 décembre 1941. 1 500 personnes ont au total bénéficié de cette filière. Suzanne Thiam, sa sœur et son père sont arrêtés à la suite à une dénonciation le 25 février 1942. Très symboliquement, Suzanne Thiam, qui a fait sa promesse scoute le 30 septembre 1939, revêt son uniforme scout pour partir à la prison de Haguenau où elle va passer dix-huit mois à l’isolement. Seul le chapeau de l’uniforme lui a été interdit, les détenues devant rester tête nue. « Ce geste est l’expression de la profonde foi religieuse qui anime Suzanne Thiam et que partage une famille unie. Cette force de conviction lui permettra de prendre des risques énormes au péril de sa vie et de survivre miraculeusement à sa redoutable incarcération42. » Suzanne Thiam qui a assuré le passage de 80 évadés est condamnée le 1er mai 1942 par le Sondergericht de Metz à deux ans et un mois de travaux forcés. Elle sera l’une de celles qui relanceront les Scouts de France à Metz dès la libération. Son ex-libris résume son histoire : les armes de la ville de Metz et la silhouette de la cathédrale, une chaîne brisée, l’insigne des Scouts de France et la croix de guerre dont elle est décorée fin 1944.
24D’autres scouts sur lesquels on dispose de peu d’éléments sont engagés individuellement dans des filières d’évasion. Adrien Hocquard, chef de la 2e Hagondange des Scouts de France43 est crédité de 180 passages clandestins de la frontière. Il continue en plus à réunir ses scouts malgré l’interdiction et leur fait confectionner des jouets destinés aux enfants transplantés en Silésie et dans les Sudètes44. Geneviève Magnier45, passeuse indépendante, lie, elle aussi, nettement son engagement dans la résistance pionnière à son activité scoute : « La loi devise scoute, c’est d’aider son prochain en toute circonstance46. » Et elle utilise les compétences acquises dans le scoutisme pour guider les évadés à travers la forêt : « Comme scout, je connais un peu la forêt de Moyeuvre47. » On peut aussi évoquer Lucien Bohr, Scout de France à Metz. C’est un cas très particulier puisque ce scout est paralysé depuis l’âge de 15 ans. Il sera nommé Chevalier de France, la plus haute distinction des Scouts de France à l’époque. Lucien Bohr est lié à la filière de sœur Hélène qu’il semble avoir aidé et soutenu malgré son handicap48. D’autres exemples de scouts-guides d’Alsace-Moselle engagés dans la résistance pionnière restent certainement à découvrir, notamment en dehors des Scouts de France et des Guides de France.
Les moteurs de l’engagement scout dans la Résistance
25Quels ont donc été les moteurs de cet engagement de scouts-guides d’Alsace-Moselle dans la résistance pionnière ? Les valeurs prônées par le scoutisme étaient évidemment à l’opposé du culte hitlérien de la force et de la race. Le patriotisme profond qui imprègne le scoutisme est manifestement une des clés d’explication de cet engagement dans la résistance pionnière. La promesse des scouts et des guides catholiques proclame fièrement « Sur mon honneur, avec la grâce de Dieu, je m’engage à servir de mon mieux Dieu, l’Église et la Patrie ». « Le scout est fils de France et bon citoyen, la guide est fille de France et aime son pays » proclament les principes des Scouts de France et des Guides de France. Les épreuves de 2e et 1re classe des scouts et de guides comprennent une partie consacrée au patriotisme. Une guide de 2e classe, âgé de 13-14 ans, doit « Choisir dans l’histoire de notre pays, un héros ou une héroïne que vous admirez particulièrement ; en connaître suffisamment la vie pour en faire un récit coloré et vivant. Savoir hisser le drapeau et connaître nos devoirs envers lui49 ». Le thème de l’importance du patriotisme est d’ailleurs régulièrement abordé dans les revues des mouvements scouts.
26Plus globalement, c’est l’assimilation des valeurs du scoutisme par les membres des associations – attention aux autres, fraternité active, loyauté, maîtrise de soi –, qui constitue certainement l’explication de cet engagement dans les débuts de la Résistance. « C’est le scoutisme qui nous a poussé par fidélité à notre promesse, à nous engager dans la Résistance malgré la menace qui pesait sur nous et dont nous étions conscientes. Effectivement, nous avons payé par trois ans de déportation cette fidélité à notre idéal » écrivait Alice Daul en 197750. Lucienne Welschinger affirmait, elle, en 1994 que l’idéal de la Résistance demeurait étroitement confondu avec celui du scoutisme51. Détail significatif : en janvier 1942, Marcelle Engelen, membre de l’équipe des Pur-Sang, quitte clandestinement l’Alsace. Dans son sac à dos, elle n’emporte pratiquement que son uniforme de Guide de France52.
27Il reste à vérifier si, en dehors de l’Alsace-Moselle, de petits groupes isolés de scouts-guides se retrouvent dans d’autres régions dans la résistance pionnière. Seule une analyse territoriale fine permettra de vérifier cette hypothèse en zone occupée. Mais on sait déjà, par exemple, que dans le Nord, dès l’automne 1940, le journal clandestin Les Petites Ailes est imprimé par des Scouts de France de la troupe 3e Tourcoing avec leur papier et leur matériel de reproduction53. De même à Lisieux, plusieurs Scouts de France sont associés à la même époque au réseau de renseignements de Marc Desserée, exécuté le 5 novembre 1941 au Mont-Valérien54.
28La prégnance de l’engagement scout se retrouve dans l’engagement dans la France libre. Jean-François Muracciole55 signale que 11 % des Français libres appartenaient à une association de scoutisme avant-guerre, ce chiffre étant à comparer aux 2,5 % d’entre eux ayant fait partie d’un mouvement d’Action catholique (JEC, JOC, JAC). Le scoutisme a donc marqué profondément la vie et l’imaginaire de ses membres. Sa nette implication dans la résistance pionnière en Alsace-Moselle le confirme pleinement.
Bibliographie
Fuchs Julien, « Le réseau des Pur-Sang des Guides de France dans la résistance en Alsace », in Baubérot Arnaud et Duval Nathalie (dir.), Le scoutisme entre guerre et paix au xxe siècle, Paris, L’Harmattan, 2006.
Gauthé Jean-Jacques, « L’héroïsme au quotidien, les Pur-Sang d’Alsace », Histoire du christianisme magazine, no 11, juillet 2002, p. 92-98, texte repris dans les Cahiers d’histoire d’Hegenheim et environs, no 25, 2021, p. 19-26.
Gendrin Étienne, Têtes de mule, Six jeunes Alsaciennes en résistance, Saint-Avertin, La Boite à Bulles, 2020. L’aventure des Pur-Sang en bandes dessinées.
Le Marec Bernard et Le Marec Gérard, Les années noires, la Moselle annexée par Hitler, Metz, Éditions Serpenoise, 1990.
Vonau Jean-Laurent, L’Alsace annexée, 1940-1945, Strasbourg, éditions du Signe, 2022.
Notes de bas de page
1L’ensemble des associations est organisé en trois tranches d’âge : louveteaux (garçons, 8-12 ans), éclaireurs (garçons, 12 à 17 ans), routiers (garçons, 17-19 ans), jeannettes ou petites ailes (filles, 7-11 ans), guides ou éclaireuses (filles, 12-17 ans), guides-aînées (filles, 17-19 ans).
2Basdevant André, « Le scoutisme », Mouvements de jeunesse, École nationale des cadres d’Uriage, Imprimeries réunies, Chambéry, 1942, p. 11-37. L’effectif pour l’Alsace-Moselle n’est qu’une estimation.
3En Alsace, une ordonnance nazie du 16 août 1940 dissout tous les mouvements de jeunesse. En Moselle, une ordonnance du 22 août 1940 nomme un commissaire liquidateur des associations. Son bulletin d’information publie à partir de février 1941 les listes d’associations mosellanes dissoutes dont celles de scoutisme, y compris les plus petites.
4Les arrêts sont rendus par la chambre de révision de la cour d’appel de Colmar pour les départements alsaciens et par une chambre détachée à Metz pour la Moselle.
5Le Volksgerichthof ne siégera pas en Moselle mais condamnera des Lorrains à Strasbourg et à Deux-Ponts. Wolfanger Dieter, Nazification de la Lorraine mosellane, 1940-1945, Sarreguemines, Éditions Pierron, 1982, p. 170.
6Chapoutot Johann, La loi du sang, Penser et agir en nazi, Paris, Gallimard, 2014, p. 261.
7Gildea Robert, Comment sont-ils devenus résistants ? Une nouvelle histoire de la résistance (1940-1945), éditions Les Arènes, Paris, 2017, p. 90. Même idée chez Blanc Julien, Au commencement de la Résistance, Du côté du musée de l’Homme, 1940-1941, Paris, Seuil, 2010, p. 330 et chez Albertelli Sébastien, Blanc Julien et Douzou Laurent, La lutte clandestine en France, Une histoire de la résistance, 1940-1941, Paris, Seuil, 2019, p. 32.
8Ce nom fait référence à celui des équipes dans les camps de formation des cheftaines des Guides de France. Il n’apparaîtra qu’après la guerre, aucun document d’époque, notamment le dossier judiciaire, ne l’évoque.
9Lucienne Welschinger est née le 18 octobre 1911 à Belfort. Sa nomination comme cheftaine de la 9e Strasbourg est publiée par La Guide de France, no 1935-2, p. 18, no 1937-07, p. 68 et no 1938-7p. 149. Elle est cheftaine des compagnies 2e Strasbourg Anne de Guigné et 9e Strasbourg Saint-Léon IX, selon l’annuaire 1939 des Guides de France, p. 167. Dossiers SHD 16GR P 602362 et AC 21 P 692190.
10Alice Daul est née le 19 juillet 1916 à Strasbourg, elle est cheftaine de guides chez les Guides de France. Elle a été infirmière en 1939-1940. Portrait dans La Croix, 23 juillet 2007. Dossiers SHD GR 16 P 159296 et AC 21 P 615093.
11Marie-Louise Daul est née 18 janvier 1919 à Strasbourg, elle est cheftaine de louveteaux chez les Scouts de France. Dossiers SHD GR 16 P 159297 et AC 21 P 671096.
12Émilie Weisheimer est née le 20 novembre 1918 à Strasbourg, elle est guide-aînée à la 9e Strasbourg des Guides de France, dossiers SHD GR 16 P 602137 et AC 21 P 692628.
13Lucie Welker est née le 30 mars 1920 à Strasbourg, elle est cheftaine assistante chez les Guides de France.
14Marcelle Engelen est née le 3 août 1923 à Strasbourg, elle est chef d’équipe à la compagnie 10e Strasbourg des Guides de France. Elle quitte clandestinement l’Alsace en janvier 1942 pour échapper au Service obligatoire du travail féminin. Portraits dans La Croix, 17 juin 2013 et Les Dernières nouvelles d’Alsace, 11 février 2020.
15Commune frontalière avec l’Allemagne et la Suisse, à 130 kilomètres au sud de Strasbourg.
16Hegenheim est une commune à 4 kilomètres de Saint-Louis, son cimetière est situé à 400 mètres de la frontière suisse.
17Korchersbari, revue de l’Association des Amis de la Maison du Kochersberg no 31bis, 1995, témoignage d’Alice Daul, 19 avril 1945 « Courage et calvaire au féminin ou l’histoire des guides devenues passeurs », p. 55-62. Ce texte figure dans les dossiers SHD d’Alice et Marie-Louise Daul GR 16 P 159296 et GR 16 P 159297 sous le titre « Histoire de l’équipe des Pur-Sang ».
18Le dossier du procès des Pur-Sang figure aux Archives nationales sous la cote AJ 40-1512-2 (microfilm). La traduction du réquisitoire du procureur figure dans le dossier SHD d’Alice Daul AC 21 P 615093. Plusieurs autres personnes extérieures au scoutisme mais participant à la même filière d’évasion sont jugées avec les Pur-Sang, Le Volksgerichthof juge également lors de cette session plusieurs militants du réseau communiste de Georges Wodli.
19Plusieurs journaux clandestins français publient la traduction de l’article de la presse nazie, pratiquement sans commentaire tant le texte parle de lui-même : Défense de la France, 30 mars 1943, Espoir, avril 1943.
20Marianne Heidmann est née le 26 juillet 1923 à Strasbourg, dossier SHD GR 16 P 288294.
21Paulette Falbisaner est née le 18 janvier 1921 à Strasbourg, dossier SHD GR 16 P 215149.
22Masconi Marie-José, Et les femmes se sont levées, portraits de résistantes alsaciennes et lorraines, La Nuée Bleue, Strasbourg, 2021, p. 46-55.
23Blanc Julien, Au commencement de la Résistance, Du côté du musée de l’Homme, 1940-1941, op. cit., p. 440-441.
24Marie Scius est née le 26 avril 1915 à Sarrebourg. Sa nomination comme cheftaine, 1re Sarrebourg Notre-Dame de l’Union est publiée par La Guide de France, no 1938-2, p. 27. Elle est reçue en 1937 à l’examen d’infirmière. Les annuaires nationaux des Guides de France 1937, p. 66 et 1938, p. 136, la mentionne comme cheftaine de jeannettes. Dossiers SHD GR 16P 542189 et AC 21 P 715551.
25Marie-Madeleine Mouraux est née le 23 mars 1904 à Ferrette. L’annuaire national de 1930 des Scouts de France la signale p. 164 comme cheftaine des louveteaux 1re Sarrebourg. Sa nomination est publiée dans Le Chef, no 70, 15 février 1930, p. 61. Dossiers SHD GR 16 P 434768 et AC 21 P 60237. Elle est la tante de Marie Scius et exerce la profession d’infirmière-major.
26Marie-Thérèse Scheidecker est née le 23 mai 1911 à Metz. Sa nomination comme assistante cheftaine à la 2e Sarrebourg des Scouts de France est publiée dans Le Chef, no 158, décembre 1938, p. 752. Elle continue le scoutisme après-guerre et suit en septembre 1947 la 77e session du camp école national de formation de Chamarande, dossiers SHD 16 GR P 539142 et AC 21 P 671337.
27Madeleine Collin est née le 21 mars 1920 à Sarreguemines. Le Chef, no 155, juillet 1938 la mentionne p. 532 comme cheftaine assistante louveteaux 1re Sarreguemines des Scouts de France. Dossiers SHD GR 16 P 137824 et AC 21 P 703771.
28Le Chef, no 155, juillet 1938, p. 537.
29En Alsace et en Moselle, les fabriques d’églises sont les établissements publics chargés d’administrer les paroisses catholiques.
30Dillenschneider Joseph, Les passeurs lorrains, Sarreguemines, Éditions Pierron, 1979, p. 30.
31Marie Scius évoque le chiffre de 1 200 évadés dans son dossier SHD GR 16 P 542189.
32Neveu Cédric, La Gestapo en Moselle, une police au cœur de la répression nazie, Metz, Éditions Serpenoise, 2012, p. 154.
33Le dossier de procédure est conservé aux archives départementales de la Moselle sous la cote 335W18, dossiers SKLs 46/41 pour le jugement et S Js 701/41 pour le réquisitoire. Des traductions en français du réquisitoire ont été publiées dans deux ouvrages : Burger Léon, En Moselle, résistance et tragédie pendant la seconde guerre mondiale, Metz, imprimerie Hellenbrand, 1976, p. 44-52. Henry Michel, Histoire des passeurs au pays des deux Sarres, 1940-1945, Metz, Éditions des Paraiges, 2017, p. 37-51.
34Selon une coupure de presse non datée reproduite dans le travail de la petite fille de Marie Scius, élève de 3e au collège Paul-Valéry de Metz. Ce travail, préparé dans le cadre du Concours national de la résistance et de la déportation de 2008, était consacré à l’histoire de sa grand-mère [http://resistance-paul-valery.blogspot.com] consulté le 15 juin 2022.
35L’unité Scouts de France à laquelle appartenaient Robert Granthil et ses amis n’a pas pu être identifiée. Sa notice Maitron [https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article188626&id_mot=117] consultée le 15 juin 2022 est illustrée d’une photo où il est en uniforme scout.
36Les Wandervögel (Oiseaux migrateurs) étaient un mouvement de jeunesse né en Allemagne au début du xxe siècle. La procédure et l’arrêt du Volksgerichthof sont conservés aux Archives nationales sous la cote AJ 40-1540 (microfilm) De nombreux éléments cette procédure ont été mis en ligne par Jean Geiger, l’un des derniers survivants de l’Espoir français [https://espoir-francais.pagesperso-orange.fr/navigationef.htm] et [https://espoir-francais.pagesperso-orange.fr/texteef.htm], consultés le 15 juin 2022.
37Selon sa notice Maitron [https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article188628] consultée le 15 juin 2022.
38Lucie Primot est née le 25 mai 1918 à Romilly-sur-Seine, dossiers SHD GR 16 P 491464 et GR P 28 4 515116.
39Masconi Marie-José, La longue nuit de Lucie, une résistance et ses compagnes dans les bagnes nazis, Strasbourg, La Nuée bleue, 2019, p. 22. L’affiliation de la 2e Joeuf aux Scouts de France est mentionnée dans Le Chef, no 155, juillet 1938, p. 530. Marie-José Masconi publie dans son livre une superbe photo des cheftaines de cette unité en 1938.
40Anne Klasen est née 10 décembre 1912 à Moyeuvre-Grande (Moselle), dossiers SHD 21 P 580 284 et GR 16 P 320517. La mention de son activité chez les Guides de France figure dans une lettre de ce dernier dossier, adressée par sa sœur au maréchal Pétain après son arrestation le 3 août 1943 en Saône-et-Loire.
41Suzanne Thiam est née le 2 août 1917 à Hampont (Moselle). Dossiers SHD GR 16 P 567836 et AC 21 P 625770. Le dossier de son procès est conservé aux archives départementales de la Moselle sous la cote 335W 77, dossier 2 Skm 27 /42.
42Paillat Claude, L’Occupation, le pillage de la France, Paris, Robert Laffont, 1987, p. 361-363. L’auteur a rencontré Suzanne Thiam les 21 et 24 avril 1986 à Metz et le 7 mars 1987 à Paris.
43Nomination dans Le Chef, no 153, mai 1938, p. 377. Il avait dirigé auparavant les Éclaireurs de France à Hagondange, Le Chef, no 69-70, janvier 1928, p. 31.
44Wilmouth Philippe, L’Église mosellane écartelée, 1939-1945, face au nazisme et à la dispersion, op. cit., p. 233, avec deux photos des scouts en train de fabriquer les jouets.
45Geneviève Magnier est née le 8 juin 1923 à Moyeuvre-Grande, dossier SHD GR 16 P383341.
46Interview de Geneviève Magnier, 4 mai 2003, dans 1940-1945 Vivre sous l’occupation, supplément de l’Est Républicain, Vosges-Matin, Les Dernières nouvelles d’Alsace, Le Journal de la Haute Marne, 2010, p. 93.
47Petitdemange Francis et Genet Jean-François, Les Passeurs, des Lorrains anonymes dans la Résistance, Nancy, Éditions de l’Est, 2003, p. 92-94.
48Blanc Julien, Au commencement de la Résistance, Du côté du musée de l’Homme, 1940-1941, op. cit., p. 358. Le journal des Scouts de France La Route, no 6 de novembre 1945 consacre deux pages à Lucien Bohr sous le titre « L’étonnante histoire d’un routier lorrain ». Lucien Bohr publie en 1947 une plaquette À tous les vents comprenant ses poèmes, dont un est dédié à sœur Hélène, et de nombreux textes évoquant le scoutisme. Il publie aussi la lettre du 20 avril 1941 au maréchal Pétain, signalée par Julien Blanc, signée « Lucien Bohr, Scout-routier, Chevalier de France ».
49Règlement des Guides de France, édition 1937, Paris, Éditions des Guides de France, p. 103.
50Témoignage Alice Daul, Un message d’avenir, hommage à Marie-Thèrèse de Kerraoul, Paris, Guides de France, 1977, p. 25.
51« Femmes dans la Résistance, le dimanche pendant l’Occupation », Strasbourg Magazine, no 48, septembre 1994, p. 9.
52Message électronique de Marcelle Engelen à Jean-Jacques Gauthé, 13 octobre 2011 : « Autre chose qui m’étonne : avoir emporté mon uniforme de guide (pas le chapeau). Je n’avais pour partir que ça, pas de valise. Je porte cet uniforme à Aiguebelle » Aiguebelle est une abbaye de la Drôme où 250 Scouts de France et Guides de France d’Alsace réfugiés en zone sud se rassemblent du 2 au 7 avril 1942.
53« Les Petites Ailes, journal et réseau (automne 1940-été 1941) », Memor, no 15-16, 1992, p. 16-17. Mulliez Jacques-Yves, Ma guerre secrète, résistance pétainisme et presse clandestine, Lille, Les Lumières de Lille, 2010, p. 68-69.
54Marchand Thierry, Résistance et espionnage, les pionniers du Service de renseignements de l’armée de l’air en Normandie, Books on Demand, 2022.
55Muracciole Jean-François, Les Français libres, l’autre résistance, Paris, Tallandier, 2009, p. 177.
Auteur
-
Jean-Jacques Gauthé
Jean-Jacques Gauthé est magistrat honoraire en cour administrative d’appel.
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