Résister par la commémoration
Pratiques de résistances culturelles et symboliques en France (Impulsion et dilatation des années 1940-1941)
p. 71-86
Texte intégral
1Quand le gouvernement Français signe l’armistice le 22 juin 1940, les attitudes vis-à-vis de des Allemands sont bien plus variables qu’on ne l’a dit. Ainsi, les études les plus récentes montrent qu’elles dépendent de multiples variables comme la génération1, les classes sociales, la culture politique, la géographie et les perceptions du temps. C’est dans ce cadre complexe que, dès la fin de l’été 1940, des actions de « micro-résistance » apparaissent, y compris en zone Nord et dans ses régions rurales2. Parmi les modalités de cette primo résistance, la subversion des fêtes nationales, pourtant fort bien encadrées, par des incidents est essentielle tant le poids de commémorations républicaines est fort dans l’imaginaire national. En outre, le régime de Vichy se montre friand de fêtes et célébrations diverses puisque, sans même compter les innombrables cérémonies locales autour des voyages du chef, du sport et des prestations de serments, on ne compte pas moins de dix-sept fêtes nationales différentes pendant toute la guerre3. Toutes deviennent d’excellentes d’occasions pour les Résistants, ou ceux qui réagissent instinctivement contre les occupants, de les subvertir afin de protester symboliquement contre le cours des événements et les valeurs vichystes. Cependant, la différence de rythme de contestation entre le Nord, plus précoce pour protester, et le Sud un peu plus tardif dilate mécaniquement la chronologie au-delà la première année de guerre. Le continuum entre les deux zones en la matière, et surtout l’imitation en zone « libre » des modes de protestation nés au Nord obligent donc à considérer la microrésistance festive comme un tout allant de l’été 1940 à l’invasion allemande du sud en novembre 1942.
2Une fois cette précision chronologique et méthodologique faite, nous tenterons de comprendre le déploiement de cette résistance symbolique en partant des donneurs d’ordres qui encadrent les fêtes et que l’on peut appeler le pouvoir « d’en haut ». Nous les retrouvons dans les archives allemandes, souvent marquées par la peur de ces contestations festives dans un pays qui a porté haut l’art de la fête depuis 17894. Il faut leur ajouter les circulaires et lois vichystes qui montrent le poids des arrangements avec l’occupant et la volonté d’imposer de nouveaux modèles par la fête qu’il faut donc protéger.
3Puis l’étude des modalités de résistance festive permet de cerner la nature de cette rébellion qui produit à son tour des documents bruts, témoignages d’un refus de la défaite précoce que les archives judiciaires et policières autant que journalistiques et subversives révèlent parfaitement. Et cette primo-contestation qui vient « d’en bas », se diffuse assez vite du Nord vers le Sud avant qu’à partir de 1942 la structuration des mouvements de résistance ne fasse de la zone dite « libre » l’épicentre de la contestation festive en reprenant les usages contestataires de la Zone Nord, toujours fondés sur la force subversive des rituels républicains alors interdits.
4Cette résistance culturelle, qui rencontre un fort écho dans les communes par la presse et l’iconographie de la contestation, est d’autant plus importante qu’elle est partie des populations avant d’être relayée par les organisations de Résistance5. Elle témoigne de la vitalité d’une société en guerre, de l’ambivalence des comportements citoyens6 et du poids des habitus festifs républicains, toutes choses que la fin de la guerre confirme largement.
La force des symboles commémoratifs : peur d’en haut et échec des compromis
5Les fêtes nationales et autres célébrations officielles posent un problème aux occupants et à Vichy. Tous deux savent la popularité de ces vecteurs de républicanisme avec leurs rituels didactiques, civiques et ludiques, mais aussi leur potentiel subversif par les incidents qui s’y produisent depuis toujours7. Dès lors, ces deux forces vont tenter de codifier ces usages festifs qu’il semble peu judicieux de supprimer, tout en tentant d’y empêcher toute contestation populaire.
La crainte allemande et vichyste d’une subversion festive : la peur « d’en haut »
6Pour comprendre le détournement des symboliques festives par les Résistants, il faut partir des volontés normatives de Vichy et des Allemands qui tentent de les encadrer pour s’en prémunir. Ces tentatives très administratives « d’en haut », du sommet de l’État allemand et vichyste, produisent des archives spécifiques qui renseignent sur les premières résistances par la fête.
7À tout seigneur tout honneur, il faut commencer par l’attitude des vainqueurs qui légifèrent en matière de fêtes et commémorations par l’intermédiaire du Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF, Commandant militaire allemand en France) et du Verordnungsblatt des Militärbefehlshabers in Frankreich (VOBIF, Journal officiel des arrêtés du commandement militaire en France) avant que ces textes ne soient relayés à l’échelon local des Feldkommandanturen (FK) ou Kreiskommanturen (KK).
8Les Allemands qui comprennent l’importance des commémorations et fêtes nationales pour les Français, entendent les contrôler au plus vite. Le 12 juillet 1940, le MBF proclame donc que « le Führer a décidé qu’il n’y a pas lieu de permettre de fête politique, ni patriotique à l’occasion de la fête nationale française […] mais des messes seront autorisées le jour dit8 ». Au lendemain du premier 14 juillet d’occupation, les autorités locales allemandes sont tout aussi claires : « toutes les manifestations publiques et rassemblements, les réunions de partis ou de sociétés politiques, sont interdits les jours de fête nationale9 ».
9Un mois après cette première fête « célébrée » sous le joug allemand, le VOBIF du 28 août 1940 interdit toute activité des sociétés et associations, notamment les jours de fêtes qu’il ne supprime pourtant pas. D’autres paragraphes du même décret stipulent que « toutes les réunions publiques, cortèges, défilés publics » sont prohibées (article 4) et qu’il est « interdit à la population de porter des costumes distinctifs, des insignes ou des uniformes » sauf exceptions comme les décorations officielles. Bien entendu, il est aussi interdit « de pavoiser les immeubles, d’aborder des fanions, étendards et autres insignes sur les véhicules » aux fêtes. De même, les hymnes comme La Marseillaise sont strictement prohibés en zone occupée. Puis une autre ordonnance 14 septembre 1940 exige la remise aux autorités allemandes (l’Ortskommandantur) de tous les tracts, brochures ou imprimés antiallemands distribués aux fêtes, tout manquement étant alors jugé selon le droit de la guerre.
10Les Feldkommandanten et les S. D Kommandos produisent ensuite des instructions claires aux préfets, maires, police ou gendarmerie car « en cas d’infractions et trouble à l’ordre public lors des fêtes, vous aurez à répondre de ces actes devant l’administration allemande et dans tous les cas à intervenir d’une façon tout à fait énergique10 ». Selon le préfet de l’Oise, l’objectif est « d’éviter que, eu égard aux faits regrettables qui se sont déroulés aux deux fêtes de Jeanne d’Arc et du Travail de l’an passé, les fêtes ne servent de manifestation antiallemande […] comme c’est trop souvent le cas11 ».
11Mais devant les velléités de célébrations qui subsistent, une marge de manœuvre est laissée aux Feldkommandanturen pour s’accorder avec les municipalités et laisser commémorer un peu plus librement dans des limites de l’article 8 de l’ordonnance de septembre qui accorde aux Français « des exceptions12 » pour les fêtes.
12Du côté vichyste, les choses sont tout aussi compliquées car le nouveau régime sait la popularité des fêtes et, surtout, tout le profit qu’il peut en tirer. Comme dit l’Amiral Darlan « il ne faut jamais négliger l’importance considérable que peuvent avoir les fêtes et les interprétations que l’on peut en faire13 ». C’est pourquoi, dès décembre 1940, deux cellules spéciales sont mises sur pied à Vichy et chargées « de la programmation des manifestations de propagande », dont l’une uniquement consacrée aux « fêtes et manifestations nationales14 ». Dès lors l’attitude du pouvoir pétainiste en la matière est ambivalente et susceptible d’adaptations permanentes, entre tolérance et répression. Ainsi, à la veille de la première fête nationale de la France vaincue, le Maréchal Pétain déclare : « Le 14 juillet […] restera un jour férié. Je l’ai décidé […] et demandé aux Allemands pour la zone nord », ce qui est confirmé dans une note du 21 mai 1942 du secrétariat d’État à l’Information et à la Propagande. Un an plus tard, en prévision du second anniversaire de la prise de pouvoir du Maréchal, une note rappelle l’importance de l’enjeu festif :
« Il y a un intérêt politique certain à utiliser le 14 juillet. Cet intérêt consiste non pas à minimiser cette date, mais au contraire à en transformer le symbole comme on l’a fait pour le 1er mai. Le 14 juillet sera donc, non pas l’anniversaire de la prise de la Bastille, mais la date de la célébration de l’unité française15. »
13Trois mois plus tard, le gouvernement confirme son intérêt pour les fêtes en expliquant « l’attitude de la population française lors des fêtes a une importance capitale sur l’évolution des événements […] dans notre situation difficile16 ». Et bien entendu, les services français de maintien de l’ordre, la gendarmerie et la police et plus tard le SOL et la Milice, rapportent fidèlement tout incident festif aux occupants.
14Dès lors, le 14 juillet comme le 11 novembre subsistent dans tout le pays même s’ils sont relus par Vichy qui les transforme en cérémonies d’expiation des péchés de la « Gueuse » républicaine. Ils ne sont plus ni fériés, ni chômés, ni pavoisés – dans la seule zone Nord – et même s’ils changent de nom et d’objet, restent d’excellents lieux d’expression subversive pour les premiers Résistants ou contestataires.
Entre accommodements et durcissement : la réalité « d’en bas »
15Sur le terrain et jusqu’en 1941, ce sont les arrangements locaux qui prédominent cependant lors des fêtes : devant l’insistance de Vichy qui tient à commémorer aux dates habituelles, les Allemands laissent quelques latitudes aux participants. Ainsi les manifestations de « personnes isolées, […] le port de fleurs rouges dans la mesure où le cas ne révèle pas de machination particulière17 » restent encore tolérées selon le VOBIF au début 1941. Par exemple, à Orléans pour le 1er-11 novembre 1941, les autorités allemandes locales de la Feldkommandantur tolèrent des « manifestations privées, discrètes et intimes, comme les dépôts de couronnes (parfois aux mêmes couleurs suspectes) ou de bouquets aux monuments aux morts et cimetières, par les associations autorisées et les Anciens combattants18 ».
16Mais à cette date, les choses ont déjà changé et, devant ces compromis qui permettent de contester mezzo voce aux fêtes, les Allemands sévissent. Les nombreux incidents du 1er mai 1941 et ceux des fêtes de Jeanne d’Arc à Bordeaux, Rennes et Paris poussent le Feldkommandant de la région Amiens-Beauvais à réagir avec l’accord du MBF. Il presse les autorités françaises et, même s’il se refuse « encore provisoirement de châtier par des punitions collectives la masse calme et réfléchie des Territoires occupés », menace et demande aux maires « d’exhorter les populations à s’abstenir de faire des rassemblements (aux fêtes) […] et d’aider les autorités à les empêcher ». Puis il somme la police française d’empêcher « par tous les moyens » les rassemblements et de « verrouiller complètement tout rassemblement et d’arrêter les personnes rencontrées19 ».
17Car les opposants se sont vite engouffrés dans la brèche de ces petits arrangements entre occupants, maréchalistes et populations désireuses de célébrer. Les manifestations subversives se multiplient dans toute la zone Nord, notamment le 14 juillet ou le 11 novembre, mais aussi aux autres fêtes du régime, les nouvelles (1er mai, fête de la Légion Française des Combattants – LFC –, fêtes de l’Empire ou du sport) comme celles relues par Vichy (fête Jeanne d’Arc, fête des mères). De guerre lasse, les Allemands finissent par durcir une fois pour toutes le ton : ils poussent à la promulgation par Vichy d’une nouvelle loi sur les « réunions et manifestations » du 11 août 1941 rendant obligatoire la déclaration au maire trois semaines avant la réunion ou la fête, et étendant aux réunions privées la rigueur de la loi de juillet 1941 sur les réunions publiques. Pour faire bonne mesure, elle abolit partout, zone sud comprise, la vieille loi de mars 1907 sur les réunions et les fêtes publiques.
18Malgré tout, les résistances continuent de s’exprimer aux fêtes selon des protocoles de plus en plus précis et risqués pour les protestataires. Si nous privilégions les deux fêtes nationales républicaines de juillet et novembre pour mettre en exergue les continuités en matière de contestation symbolique, les autres célébrations sont vite touchées elles aussi par des détournements.
Histoire et géographie des résistances festives, 1940-fin 1941
19Comme nous l’avons dit, les détournements sont immédiats et souvent spontanés, et d’abord en zone Nord, où les forces allemandes sont les plus répressives et l’occupation la plus complète, ce qui montre le poids de l’habitus commémoratif française. Et cette contestation reprend une grande partie des méthodes des périodes précédentes en y ajoutant quelques spécificités liées au contexte d’un pays occupé et divisé en deux.
L’apparition précoce des incidents festifs
20Contrairement à l’idée reçue d’une sidération qui aurait annihilé toute velléité de résistance, l’étude des fêtes et de leurs détournements pendant l’occupation montre qu’il n’en est rien. Tout d’abord, le simple fait que les autorités allemandes et vichystes évoquent les commémorations pour mieux les contrôler, puis que la presse officielle publie les avis y interdisant toutes manifestations et décorations place les 14 juillet et 1er-11 novembre sous les feux de l’actualité. Ces mentions amplifient ensuite l’écho des incidents qui s’y produisent, notamment en novembre 1940, et pas seulement à Paris, ce qui encourage ensuite les opposants à toujours plus instrumentaliser ces héritages républicains, puis les autres fêtes du régime. Si le total des incidents, plus de 600 après l’étude d’archives d’une quarantaine de départements dans les deux zones, peut sembler impressionnant dans un pays en guerre, il est en réalité assez semblable à celui de la Troisième République20. Les traditions frondeuses aux commémorations sont si ancrées que jamais, ni les Allemands, ni Vichy ne peuvent museler la sociabilité festive contestataire qui fait des cérémonies un irremplaçable vecteur de politisation et de contestation politique, y compris dans les campagnes21 et malgré la répression.
21Chronologiquement à l’échelon du pays entier, les incidents commencent dès juillet 1940 puis s’amplifient pour les fêtes de novembre en Mayenne, Bretagne, Haute-Garonne, ou Savoie, quand on relève des incidents dans près d’un dixième des fêtes. Malgré les disparités entre les deux zones, les détournements se stabilisent à un niveau plus modeste pendant l’année 1941 (incidents dans 7 % des fêtes) sans cependant jamais disparaître, avant de réaugmenter fortement en 1942 (incidents dans 12 % des célébrations) pour ne plus s’arrêter de croître avant la fin de la guerre quand plus d’un tiers des fêtes est contesté en 1944. Manifestement, les opposants de tous poils ont bien compris que les dates des anciennes fêtes républicaines, même relues par Vichy, sont de bonnes occasions de toucher un large public et d’affirmer des positions idéologiques toujours qualifiées de « subversives » par les Allemands et Vichy. Il est vrai que les fêtes attirent toujours les populations pendant la guerre, sans que l’on sache si c’est par désœuvrement, par contrainte ou adhésion au maréchalisme. Et la multiplication des différentes célébrations de toute nature, déjà évoquée plus haut, augmente mécaniquement le risque de détournement et d’incidents à mesure que la guerre se poursuit. Il n’est ainsi pas un mois dans l’année22 sans occasion de célébrations nouvelles ou anciennes : le seul mois de mai dit « mois du Maréchal » compte par exemple cinq fêtes différentes (de Jeanne d’Arc, du « travail et de la solidarité », des mères, la quinzaine impériale et la Saint-Philippe), sans compter les multiples cérémonies locales comme les prestations du serment légionnaire.
22Il n’empêche, malgré la répression et la peur des prises d’otages, de nombreux Français osent contester ces jours-là en tablant sur la difficulté d’être repérés dans la foule des badauds, sur la banalité apparente de ces journées, sur la compréhension des symboliques subversives voire sur l’opinion publique qui exige de célébrer. Mais rapidement, de manière contre-intuitive, une différence se fait jour entre la zone nord et la zone sud.
Les résistances festives précoces : la surprise de la Zone Nord
23C’est en effet la zone nord, la plus surveillée et la mieux quadrillée par les troupes d’occupation, qui conteste la première de manière assez virulente. Dès le 14 juillet 1940, les premières protestations apparaissent dans les régions rurales comme la Sarthe (Le Mans), la Mayenne (villages d’Évron ou Villaine-la-Juhel), l’Ille-et-Vilaine (Beaucé) et la Seine-et-Oise, au point que cette zone occupée concentre près des trois-quarts des incidents totaux de la seconde moitié de 1940.
24Sur cette lancée, pendant les deux premières années d’occupation, il y a en moyenne quatre fois et demie plus d’incidents festifs dans la zone occupée qu’en zone libre et, s’ils diminuent dans les deux parties de la France en 1941, ils restent de cinq fois plus nombreux au Nord qu’au Sud. C’est sans aucun doute l’effet des incidents parisiens du premier 11 novembre qui joue comme on l’a vu dans les instructions officielles allemandes. Les autorités locales le confirment : à la veille de l’anniversaire de l’armistice pourtant si bien encadré, la Feldkommandatur de l’Oise explique : « il faut interdire préventivement toute célébration pour le 11 novembre 1941, par crainte des provocations et après les incidents du 11 novembre de l’année passée dans la capitale23 ». Le gouvernement de Vichy n’est pas en reste qui confirme lui aussi l’influence de cet exemple néfaste puisque le préfet de police de Langeron constate que « la manifestation du 11 novembre a certainement donné de la vigueur à la propagande antiallemande et à l’action des partisans24 ». Dans cette zone, terre d’élection du défunt parti communiste, de nombreux militants ou sympathisants choisissent les fêtes pour protester sans trop de risque puisque les lycéens parisiens du 11 novembre n’ont guère été inquiétés et sont relâchés25.
25Partout, le modus operandi des contestations de 1940 au Nord est identique et s’inscrit dans les traditions contestataires du siècle précédent en utilisant les symboliques républicaines. Ainsi, dans la Mayenne, Ille-et-Vilaine et Sarthe malgré les interdictions strictes de manifester en juillet et novembre, les incidents sont fréquents et classiques dans leur méthodologie. Les opposants accrochent des drapeaux tricolores interdits sur les monuments aux morts, portent des fleurs tricolores ou chantent ou sifflent quelque Marseillaise à Fougerolles ou à Craon lors du passage des troupes Allemandes progressant vers le Sud le 14 juillet26. Le mouvement se prolonge l’année suivante même s’il se tasse devant la répression sans cependant jamais disparaître. Il est vrai que la brutalité de la répression maintient paradoxalement la protestation à un haut niveau comme le prouvent les graffitis du 11 novembre rennais proclamant « les familles de Nantes réclament vengeance27 ». La résistance festive se structure même peu à peu avec la création d’un « Comité national du 11 novembre 1941 » formé d’Anciens combattants des deux guerres. Le groupe parvient à lancer des tracts en Bretagne la veille de la fête pour appeler à manifester à Paris et ailleurs (« dans chaque village, ville et quartier »), y compris par la grève pour rendre « hommage aux morts de 1914-1918 et à ceux qui tombent sous les coups des Allemands et des traîtres de Vichy28. »
26Les incidents s’étendent progressivement à de nouvelles régions de la zone Nord, vers l’Ouest dans la Sarthe, l’Ille-et-Vilaine et les Côtes-du-Nord, mais aussi vers le Sud en passant par le Loir-et-Cher et le Loiret et vers le Nord-Est via la Seine-Inférieure et l’Oise. Ce sont alors les communes rurales qui contestent le plus29 en suivant l’exemple des villes comme Saint-Brieuc dont les incidents du 14 juillet 1941 inspirent ceux des villages Binic, Plouec et Turmel. Le schéma est identique en Ille-et-Vilaine où la frondeuse Rennes diffuse le modèle de ses incidents de la fête de Jeanne d’Arc 194130 : Ce jour-là le Commissaire de police raconte :
« Des milliers de personnes ont circulé sans arrêt de 15 à 16 heures dans le centre de la ville […]. Cette démonstration eut lieu à la suite d’un appel lancé à Londres par l’ex-général de Gaulle. Le mouvement n’a donc pas été spontané, mais organisé à l’échelon local. On constate en effet que des milliers de jeunes ont fait la navette, entre la place de la République et l’épicerie Valton, rue d’Antrain. Là circulait, en faisant mouvement dans un sens organisé, la foule nombreuse d’un côté, et qui redescendait de l’autre en faisant demi-tour tout en arrivant à l’extrémité du parcours […] avec de nombreux bouquets tricolores. Les gaullistes estiment que cette démonstration constitue la preuve que la majorité de la population est à leur côté31. »
27En réponse, le couvre-feu est avancé à 20 heures pour tous les jeunes de 15 à 24 ans et plus de cent personnes sont arrêtées tandis que les contrôles se multiplient.
28Deux mois plus tard, ces modes de protestations se retrouvent dans une moindre mesure dans les villages de Parassé, Saint-Servin, Monfort ou Noyal-Acigné pour le 14 juillet. Il est aussi évident que contester à la campagne, loin des centres urbains de commandement et de répression, est moins risqué. La contestation festive du Nord s’effectue donc par groupes de communes souvent situées dans des zones ouvrières de gauche comme la rive sud de Rouen qui profite du 14 juillet 1941 pour contester autour d’Elbeuf, Petit et Grand-Quevilly et Saint-Étienne-du-Rouvray.
29Ailleurs, « des fonctionnaires – y compris enseignants – sont scandaleusement absents32 » à la fête de Jeanne d’Arc de Saint-Génin dans la Saône, alors qu’à Amiens les mêmes enseignants et quelques lycéens se rassemblent au monument aux morts le 14 juillet 1941 malgré l’interdiction33. À partir de cet épicentre nordiste, la contestation festive s’étend progressivement vers le Sud. Il faut donc tenter de comprendre les causes de ce décalage géographique et chronologique, mais aussi ses conséquences pour la Résistance en général et pour l’impact des fêtes vichystes sur les populations.
Une zone sud entre maréchalisme et République : l’inversion de la subversion festive en 1942
30Pendant que le Nord se rebelle tôt, c’est encore en zone Sud l’époque du soutien sans faille au Maréchal comme en témoignent les rares incidents qui ne touchent que deux à trois pour cent des cérémonies. La région reste calme malgré quelques rares problèmes aux 14 juillet et au 11 novembre écartelés entre tradition républicaine et relecture vichyste. Mais ce calme est trompeur tant il ne tient pas compte de manifestations hostiles à d’autres occasions que les fêtes.
Quand le feu couve dans une zone Sud en apparence calme
31La contestation symbolique se développe à bas bruit dans le Sud dès novembre 1940 et révèle une certaine fragilité du consensus maréchaliste dans cette zone qui semble pourtant priser les valeurs vichystes comme le retour aux racines et traditions locales34. Ainsi, pour l’anniversaire de l’armistice où, contrairement au Nord, le tricolore et La Marseillaise sont autorisés, quelques signes inquiétants apparaissent à Clermont-Ferrand, haut lieu du pétainisme35. Pire à Lyon, capitale de la zone libre, les premiers cris et graffitis hostiles au Maréchal apparaissent dès sa visite du 18 et 19 novembre 1940. L’auteur du cri « Pétain a vendu la France36 » est vite dénoncé et emprisonné avant d’être relâché faute de preuves. Quelques tracts critiquant le chef de l’État sont cependant retrouvés dans la ville tout comme à Toulouse lors de l’auguste visite, des affiches sont lacérées ou des faucilles et marteaux peints sur les placards annonçant la visite du maréchal.
32Les autorités locales se méfient donc du potentiel subversif des fêtes comme le montre le commissaire de police de Lyon qui reconnaît que, même dans cette zone en apparence favorable, la conversion des sceptiques risque de prendre du temps et nécessite la mobilisation de toute l’administration. Il confirme même que, pour le 14 juillet 1940 c’est « l’impression de tristesse et de résignation » qui prédomine, remarque qui est rageusement rayé au crayon par ses supérieurs avant d’être supprimé dans le rapport final37 envoyé au ministère de l’Intérieur.
33Si quelques actes de résistance festive perdurent début 1941, l’acceptation tacite de la nouvelle donne politique et l’arrivée en mairie de dignitaires maréchalistes secondés par les Légionnaires, limitent les possibilités de contestation. Globalement les incidents diminuent donc d’un tiers environ dans la région et épargnent presque totalement les fêtes purement vichystes comme le 1er mai et les fêtes légionnaires. Les seuls contestataires sont même paradoxalement de trop zélés vichystes déçus de constater les réticences des populations face à la nouvelle idéologie. Ainsi, lors du 1er mai biterrois mais aussi cadurcien de 1941, « des groupes d’extrémistes, notamment la section locale du PPF (Parti Populaire Français fondé par Jacques Doriot), ont collé de nombreux papillons anti-juifs sur les principaux magasins de la ville38 », sans aucune réaction négative de la population.
34Sans qu’il n’y ait d’incidents susceptibles de remonter jusqu’aux échelons supérieurs, les rapports des maires pour les 14 juillet, 11 novembre et fête Jeanne d’Arc montrent plutôt une population attentiste, ce que les autorités prennent souvent pour de l’opposition politique. Ainsi le maire de Sanary dans le très maréchaliste Var évoque un « pavoisement réduit et des drapeaux qui ont disparu, […] signe que le redressement national n’est pas pour demain », pendant que son collègue de Tourves relève le « peu d’empressement de la population à la fête de Jeanne d’Arc […] car cette population manque d’idéal, ce qui est l’état d’esprit représentatif de la région39 ». Ailleurs on évoque le « peu d’enthousiasme pour la fête du travail qui comptait plus de bourgeois que d’ouvrier » à Chambéry et « l’assistance réduite40 » à Modane pour la fête de la Légion. À Bédarieux on relève « l’absence des fonctionnaires à la fête de Jeanne d’Arc [qui] s’explique […] par leur hostilité sournoise envers le gouvernement41. »
35À l’image du Nord, les instructions se multiplient cependant pour prévenir les incidents aux fêtes. Comme le rappelle la note de police aux préfets de la zone Sud, il s’agit de « prévenir tout incident pouvant troubler les manifestations (du 1er mai) et d’agir avec tact et correction, mais aussi de réagir avec fermeté contre tout individu qui, par gestes ou cris, tenterait de semer la perturbation dans les cérémonies42 », en collaboration avec la police et la gendarmerie.
36Pourtant, dès la fin de l’année 1941 et surtout début de 1942, la situation se dégrade en matière de commémorations et le rapport entre incidents du Nord et du Sud s’inverse. Alors qu’en zone occupée les incidents diminuent d’un cinquième par rapport à l’année précédente et atteignent leur plus bas niveau43 en 1942, le nombre d’incidents est multiplié par cinq en zone Sud et dépasse ceux de la zone occupée. Il est vrai que la répression est de plus en plus impitoyable au Nord où les arrestations se multiplient à Dinan, Saint-Brieuc, mais aussi Argenteuil ou Macé pour le 1er mai 1942 face à une radicalisation des modes de contestations aux fêtes44. Certes, des communes de gauche, souvent anciens bastions communistes ou socialistes (Elbeuf, Le Havre, Montataire, Trappes, Saint-Cyr l’école), continuent de protester par la fête. Certes les Catholiques s’enhardissaient en Ille-et-Vilaine, avec un tract signé des « Catholiques bretons45 » distribué aux anniversaires républicains (14 juillet notamment) de 1942, mais le mouvement de contestation ne cesse de décélérer au profit de la zone Sud.
Le tournant du printemps 1942 et la rationalisation de la résistance festive au Sud
37Dans cette région, si les incidents aux fêtes quintuplent pour atteindre le niveau des deux premières années de la zone occupée, ce sont bien les procédures de contestations de cette zone qui inspirent celles du Sud qui ne fait alors que les systématiser.
38En effet, comme au Nord, les incidents sont provoqués par l’utilisation ou le détournement des symboles républicains esquissé en 1940 dans les campagnes bretonnes ou normandes. Ainsi à Montpellier, le jeune militant communiste Albert Soboul, alors professeur au lycée garçons, participe à la manifestation antiallemande du 14 juillet 1942 qui rassemble 3 000 personnes. Malgré les menaces policières, la foule refuse de se disperser et se met à chanter La Marseillaise interdite pour protester. Le jeune enseignant, pris sur le fait « chantant lui-même La Marseillaise en pleine rue46 », ne parvient pas à s’échapper. Il assume son geste lors de son interrogatoire au point que les autorités demandent sa destitution au nom de la loi du 17 juillet 1940.
39Partout dans la zone Sud, c’est la culture républicaine si profondément enracinée qui devient le support de la contestation festive, comme si l’habitus civique républicain permettait à lui seul de contester l’ordre vichyste et allemand. À Muret lors du premier 14 juillet de 1940, la destruction du buste d’Aristide Briand avait déjà provoqué un incident mêlant militaires, fonctionnaires et militants républicains. Lors du second anniversaire de la Légion à Castillandes en Ardèche, l’enlèvement de deux bustes de Marianne provoque des incidents et protestations véhémentes auxquels le garde-champêtre est mêlé en tant que représentant de l’État47. Des gerbes tricolores voire rouges sont déposées nuitamment aux monuments aux morts avec des slogans comme « Nous ne vous oublierons pas, vive la France » à Réalmont (Tarn) en novembre 1942. De nombreux tracts ou plus petits papillons sont distribués les veilles de fêtes et appellent à la résistance au nom de l’histoire de France, de la Révolution de 1789 (lutte contre les émigrés, évocation du manifeste de Brunswick et des émigrés, rappel de la levée en masse) comme de la Grande Guerre (lutte contre le boche, ennemi héréditaire barbare, références à Verdun), toutes choses que l’école républicaine a enracinée dans les esprits. Ailleurs, des slogans et graffitis ornent les murs au petit matin de certaines fêtes comme ce « tous unis contre Hitler » à Mirabeau en juillet 1942. Toute la gamme des anciennes pratiques contestataires aux fêtes, notamment les plus républicaines est utilisée avec des calicots tricolores, des bonnets phrygiens rouges ou l’utilisation des chants révolutionnaires sifflés par quelques protestataires. De même, la perturbation du programme des jours de fêtes, vieux mode d’action subversif et républicain aux fêtes48, est réutilisée à Arre (Gard). Dans cette petite commune, le curé avance sans prévenir la messe du 11 novembre 1942 de deux heures pour que les autorités municipales vichystes et la Légion ne puissent s’y rendre, ce que le maire assimile à une « manière habile de s’élever contre l’ordre de la Révolution nationale49 ».
40Mieux encore, les méthodes de lutte préconisées par le Nord industriel comme la manifestation, voire les grèves symboliques (onze minutes le onze novembre), apparaissent au Sud : à Lyon le taux de grévistes est de 50 % dans six des plus grandes usines50 de la ville pour le 11 novembre 1942. Il est de même à La Ciotat, dans les chantiers navals (300 grévistes) ou à Marignane pendant (établissements SNCASE) le 1er mai 1942.
41Certes, ces protestations restent modestes et ne touchent que 13 % des fêtes mais il y a là le début d’un vaste mouvement de résistance culturelle dans une zone Sud où c’en est fini de l’enthousiasme maréchaliste des premiers temps. La contestation festive y devient même l’une des méthodes favorites d’opposants (près de la moitié des fêtes y sont contestées ou troublées par des actes de résistance en 1944) à présent clairement identifiés comme le montrent les rapports de police et la presse. Mais c’est là une autre histoire, beaucoup mieux documentée à partir de 1943, et qui pose bien des questions sur le statut des archives et des images que la Résistance produit les jours de fêtes.
Conclusion
42L’apparition précoce et la forte augmentation, différenciée selon les deux zones, des actes de résistance symbolique aux fêtes lors des deux premières années de guerre témoignent de la complexité de la notion de Résistance autant que des contrastes de l’opinion publique moins unanime qu’on ne l’a longtemps dit. Les sources permettant de saisir ce mouvement de résistance culturelle par la fête forment un corpus archivistique précieux et divers, composé d’archives allemandes que l’on peut qualifier « d’en haut » [textes du MBF, VOBIF, instructions des KK et FK et rapports de gendarmerie (Feldgendarmerie) et d’archives vichystes (DGTO – Délégation générale du gouvernement français dans les Territoires occupés –, circulaires, notes confidentielles de Pétain et instructions officielles aux échelons locaux, sans oublier les rapports de police et gendarmerie et la presse officielle sous contrôle)]. Il faut leur ajouter les « archives de la subversion » produites par le peuple du « bas », les photographies, photomontages, tracts, papillons, affiches, journaux clandestins sans oublier les matériaux périssables comme les graffitis, chants ou fleurs tricolores. Toutes ces sources doivent être passées au crible de la critique historique externe comme interne, surtout à partir de 1942 et 1943, quand les réseaux de résistance instrumentalisent les images de ces détournements festifs à des fins de propagande patriotique51, à l’image de ce que faisaient les nazis avec ces mêmes images au début du conflit.
43Toutes ces archives montrent la plasticité du vecteur festif, le poids de l’habitus républicain et l’importance de la « micro-résistance festive » à travers des pratiques déjà expérimentées sous la République et que les Résistants utilisent dès juillet 1940. Que tout le pays soit si tôt touché par ce mouvement de microrésistance spontané avant de se structurer, et qu’il commence au Nord avant le relais du Sud en 1942 montre l’attachement aux valeurs républicaines d’une partie importante de la population qui s’approprie l’imaginaire républicain pour contester. Les modalités de protestation et les matériaux utilisés pour faire dégénérer les fêtes, qu’ils soient sonores, textuels ou iconographiques montrent une parfaite compréhension des symboliques politiques autant que le poids des usages frondeurs hérités du siècle précédent.
44Bien entendu, comme nous l’avons vu un peu rapidement, ce mouvement de microrésistance touche toutes les fêtes et pas seulement celles héritées du calendrier républicain de juillet et novembre. Il faudrait donc faire une même étude pour les célébrations purement vichystes comme le 1er mai, la quinzaine impériale ou les fêtes de la LFC (Légion française des combattants), mais aussi pour les « contre-fêtes » l’on peut qualifier de « fêtes de rébellion » organisées par la Résistance intérieure (l’anniversaire de Thorez pour le parti communiste, mais aussi de Valmy) comme extérieure (l’anniversaire du 18 juin pour les gaullistes ou la fondation de la République). Mais il s’agit là d’un autre projet qui, à n’en pas douter, ne pourrait que confirmer la vitalité des pulsions de Résistance dans la France en guerre et que Vichy ne réussit jamais à empêcher.
Bibliographie
Dalisson Rémi, Les fêtes du Maréchal, propagande festive et imaginaire national sous Vichy, Paris, CNRS, 2015.
Dalisson Rémi, Célébrer la Nation. Histoire des fêtes nationales en France de 1789 à nos jours, Paris, Nouveau Monde, 2009.
Laborie Pierre, L’opinion publique sous Vichy, Paris, Seuil, 1990.
Tandonnet Maxime, 1940, un autre 11 novembre, Paris, Tallandier, 2009.
Tartakowski Danièle, Les manifestations de rues en France, 1918-1968, Paris, PUS, 1997.
Wieviorka Olivier, Histoire de la Résistance, Paris, Perrin, 2013.
Notes de bas de page
1Voir par exemple Wieviorka Olivier, « La génération de la résistance », in Vingtième Siècle, revue d’histoire, no 22, avril-juin 1989. p. 111-116.
2Douzou Laurent, « La Résistance et le monde rural : entre histoire et mémoire », Ruralia (en ligne), 04|1999, mis en ligne le 1er janvier 2003, [http://journals.openedition.org/ruralia/88], consulté le 22 juin 2022.
3Voir détail dans Dalisson Rémi, Les fêtes du Maréchal, propagande festive et imaginaire national sous Vichy, Paris, Tallandier, 2007/CNRS, 2015, annexe 5 « Les fêtes du Maréchal, vision du monde et représentations », p. 409-411 (Tallandier).
4Voir Dalisson Rémi, Célébrer la Nation. Histoire des fêtes nationales en France de 1789 à nos jours, Paris, Nouveau Monde, 2009.
5Voir à ce sujet l’excellent ouvrage de Pollack Guillaume, L’armée du silence. Histoire des réseaux de résistance en France 19401945, Paris, Tallandier, 2022 et sa communication au présent colloque.
6Voir Laborie Pierre, L’opinion publique sous Vichy, Paris, Seuil, 1990.
7Dans Dalisson Rémi, Célébrer la Nation…, op. cit.
8A.D Ille-et-Vilaine (I-&-V), 320 W 6. Instructions à la DGTO pour la zone occupée, retransmises aux préfets, 13 juillet 1940.
9Instruction des Feldkommandanturen de Rouen et Caen aux préfets, 27 juillet 1940, A.S Seine-Maritime, (A.D S-M) 51 W 0176.
10S.D Kommando et Feldkommandatur de Saint-Quentin au préfet de l’Oise, 5 mai 1943, A.D Oise, 39 W 88-20.
11Felkommandantur de l’Oise au préfet, fête de Jeanne d’Arc de 1942, A.D Oise. Ibid.
12Ordonnance allemande du 14 septembre citée par le préfet de l’Oise, AD 39 W 88-20.
13Circulaire confidentielle au Maréchal, à propos du 14-17 juillet 1942, A.N, 2 AG-501.
14Voir Dalisson Rémi, Les fêtes du Maréchal, op. cit., notamment le chapitre premier « fêtes et propagande, les héritages », chapitres iii et iv, p. 75-104, Paris, Tallandier.
15Note confidentielle V/HD, du 21 mai 1942, A.N, fonds Pétain, 2 AG-501.
16Note du gouvernement aux préfets sur les 11 novembre 1941 et 1942, A.D Gers, 1 W 54.
17A.D Eure, extrait du VOBIF. 11 W 13.
18Feldkommandantur d’Orléans, sur le 1er-11 novembre 1941, A.D Loir-&-Cher, 1 W 130.
19Feldkommandantur de la zone d’Amiens-Beauvais au préfet de Beauvais, 23 mai 1941, A.D Oise, W-8341-1.
20Nous avons recensé 622 incidents dans notre ouvrage Les fêtes du maréchal, soit des incidents dans 15 % des cérémonies de guerre. Le chiffre est assez proche de celui de la Troisième République dans un département, la Seine-et-Marne (14 %) et, à l’échelon national, les chiffres sont comparables Voir Dalisson Rémi, célébrer la Nation, op. cit.
21Voir Actes du colloque de Rennes, Sociabilités et politique en milieu rural, Rennes, PUR, 2006, dont Dalisson Rémi, « Rituels politiques, sociabilités festives et contestation rurale en France, 1830-1880 » et les Actes du colloque d’Aurillac, Fidélité républicaine et monde rural, 1848-1851, Aurillac, Haute-Auvergne, 2001.
22Voir graphique no 5, « Un calendrier festif aussi équilibré que didactique », in Dalisson Rémi, Les fêtes du Maréchal, op. cit., p. 291 (Paris, Tallandier).
23Lettre au préfet, 9 novembre 1941, A.D Oise, 33 W 8347/1. Le général commandant des Forces d’Occupation en France avait imposé cette phrase lors de ses instructions à toutes les autorités Allemandes et à la DGTO au début du mois.
24Préfet Langeron, AD Nièvre, cité dans AD Oise, voir ci-dessus.
25Voir Tandonnet Maxime, 1940, un autre 11 novembre, Paris, Tallandier, 2009.
26Voir A.D Mayenne, Presse, Ouest-Éclair, 2 Pe ½-19. Il y a même des drapeaux anglais et un barré de la croix de Lorraine à Evron. Il y eut une même tentative identique au Mans.
27Rapport de police sur le 11 novembre 1941, Rennes, A.D Ille-et-Vilaine, 320 W 8. Il s’agit d’une référence aux 48 otages de Nantes et Chateaubriand fusillés le 22 octobre 1941 après l’assassinat du Feldkommandant Karl Hotz. Le 30 octobre suivant, de nombreuses usines observent cinq minutes de grève symbolique à la mémoire des assassinés, technique qui fut utilisée à de nombreuses fêtes.
28Tract du 11 novembre 1942, A.D Côtes d’Armor, 2 W 139.
29Elles concentrent 60 % des incidents festifs du Nord en 1941.
30Ils sont organisés, collectifs, durèrent trois heures, impliquèrent le RNP et se traduisirent par une centaine d’arrestations. Voir A. D. Ille-et-Vilaine, 320 W 4 et AN AJ 40-552.
31Rapport au commissaire de police au préfet, 12 mai 1941, A.D Ille-et-Vilaine 320 W 5.
32Rapport du préfet, A.D Savoie, 11383 W 49.
33A.D Somme, 26 W 695.
34Voir à ce sujet Faure Christian, Le projet culturel de Vichy. Folklore et révolution nationale, 1940-1944, Lyon, PUL-CNRS, 1989.
35À peine le Maréchal avait-il tourné les talons qu’une partie de l’assistance osa chanter La Marseillaise dans son dos et quelques sifflets retentirent, malgré la présence de l’armée. Bien entendu personne ne fut arrêté puisque le chant était autorisé et encore officiel. A.D Puy-de-Dôme, 902 W 180.
36Rapport du commissaire de police, 23 novembre 1940, A.D Rhône 45 W 53.
37A.D Rhône, 45 W 60. Rapport au préfet, 15 juillet 1940 et phrase expurgée du texte remis par le secrétaire général de la Police au préfet.
38Compte-rendu de la fête, A.D Hérault, 2W 312, 3 mai 1941. À Béziers, le maire rapporte que le PPF « était de plus en plus hostile au gouvernement » jugé trop peu répressif. Il en est de même à Nice et Toulon.
39Maires de Sanary et de Tourves au sous-préfet, 17 mai et 12 mai 1941, A.D Var, 2 W 52.
40Commissaires de police de Modane et Chambéry au préfet, mai et août 1941, A.D Savoie, 1382 W 51 et 32.
41Maire de Bédarieux au préfet, 16 mai 1941, A.D Basses-Alpes, 42 W 30.
42Circulaire de police transmise au préfet du Var, 29 avril 1941, A.D Var, 2 W 25.
43Soit des incidents dans 9,4 % des fêtes de cette zone, chiffre quand même considérable pour une région occupée, mais où les conditions de vie continuent de se dégrader.
44On passe ainsi, dans cette zone comme au sud des fleurs tricolores aux tracts, des graffitis aux slogans précis, et aux attaques contre les vichystes, voire aux attentats et au chant de l’Internationale qui remplace pour les protestataires La Marseillaise lors des fêtes.
45A.D Ille-et-Vilaine, 320 W 6.
46Notice individuelle de la sûreté générale sur Albert Soboul. La police découvre une brochure communiste à son domicile. (A. D. Hérault, 18 W 9). Il y avait déjà eu une telle manifestation le 1er mai précédent avec de nombreuses arrestations et que le préfet avait qualifié de « véritable scène de révolution » (A.N 2 AG 448).
47Les bustes sont replacés, un an après, par les mêmes opposants au régime et donc re-déboulonnés par le pouvoir. Voir A.D Ardèche, 1 W 144.
48Voir Dalisson Rémi, Célébrer la Nation…, op. cit., ou Ihl Olivier, La fête républicaine, Paris, Gallimard, 1995.
49Commissaire au préfet A.D Gard 1 W 1596. Citation précédente, A.D Vaucluse, 47 W 5.
50Les usines Pagelly, Citroën, Aciéries de Longwy, Mammouth, Bronzavia, Sigma. Voir rapport de police, 13 novembre 1942-43, A.D Rhône, 45 W 62.
51Voir à ce propos le statut ambivalent des films des résistants paradant à Oyonnax le 11 novembre 1943 ou celui des photographies de slogans républicains que « l’Armée secrète » peints sur le socle de la statue d’Edgard Quinet à Thiers supprimée par les Allemands en 1943 (voir musée de la Résistance Champigny).
Auteur
-
Rémi Dalisson
Université de Rouen.
Rémi Dalisson est professeur émérite, université de Rouen.
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