• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16585 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16585 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires de Rennes
  • ›
  • Le sens social
  • ›
  • La subjectivation politique face à l’ord...
  • ›
  • Introduction. Le pari de la subjectivati...
  • Presses universitaires de Rennes
  • Presses universitaires de Rennes
    Presses universitaires de Rennes
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Genèse philosophique Usages par les sciences sociales Subjectivation, socialisation, politisation Les questions de recherche de la subjectivation politique Conclusion Notes de bas de page Auteurs

    La subjectivation politique face à l’ordre social

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Introduction. Le pari de la subjectivation politique

    Federico Tarragoni, Déborah Cohen, Isabelle Matamoros et Vincent Gay

    p. 7-28

    Texte intégral Genèse philosophique Usages par les sciences sociales Subjectivation, socialisation, politisation Les questions de recherche de la subjectivation politique Une pluralité de pratiques, non strictement imputables au « champ politique » Les temporalités du processus de subjectivation : individuelles et collectives Les supports des processus de subjectivation : discursivité, matérialité et performance Conclusion Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Ce livre a pour ambition de tester le concept philosophique de subjectivation politique dans les sciences sociales. Il vise plus particulièrement à montrer quel type d’enquête, en termes de méthodologie, de formule de recherche et de mode de recueil des données, il rend possible. Il s’appuie sur un constat largement partagé : la problématique de la subjectivation politique, en dépit du flou qui l’entoure et de l’apparente synonymie avec d’autres concepts plus éprouvés des sciences sociales – politisation, engagement ou socialisation politique – est de plus en plus présente dans les recherches de terrain des sciences sociales. Elle est sollicitée dans un nombre croissant d’enquêtes en histoire, en sociologie, en anthropologie et en science politique. Cependant, une méfiance vis-à-vis de son usage demeure, du fait du caractère très spéculatif (et parfois antisociologique) de sa définition philosophique. Le pari de cet ouvrage est de montrer que son intégration dans les sciences sociales, et dans la méthodologie de l’enquête, est allée de pair avec une reproblématisation d’ensemble : travailler sur les processus de subjectivation politique en historien, en sociologue, en anthropologue ou en politiste, veut dire travailler à partir de matériaux empiriques où est inscrite l’expérience subjective et vécue du politique, entendu comme le domaine de l’agir contre la domination1. En ce sens, l’enquête sur la subjectivation politique conduit à redéfinir en profondeur le politique comme objet des sciences sociales, en passant d’une analyse mainstream qui le réduit à sa dimension professionnelle et institutionnelle (de « champ » au sens bourdieusien), à une approche plus phénoménologique qui le pense comme horizon de l’agir en commun.

    Genèse philosophique

    2Le concept de subjectivation politique trouve son origine dans une galaxie de travaux philosophiques (Arendt, Foucault, Deleuze et Guattari, Abensour, Rancière, Laclau, Butler, Žižek, Balibar, Tassin, Nancy) dont le seul point commun est de reprendre l’épineuse question du « sujet constituant » : le fait qu’en philosophie, depuis Descartes et Kant, le sujet fonde toute possibilité de connaissance, de jugement, d’action et, par-là même, de construction d’une communauté politique autonome. Depuis les années 1960, le marxisme et le structuralisme, particulièrement vigoureux en France, avaient conduit de nombreux philosophes à faire le deuil de cette conception abstraite et irénique du sujet constituant, pour penser sa production par les structures, sociales, économiques et culturelles. C’était la célèbre « mort du sujet ». Le constat change quelques années plus tard. À la faveur des transformations profondes des conflits sociaux, symptomatiques de l’évolution des sociétés industrielles vers l’âge postindustriel, apparaît une nouvelle « idéologie du sujet » : la subjectivité, l’individualité, la différence deviennent des revendications centrales des sociétés des années 1970 et 19802. C’est dans ce contexte que de nombreux philosophes introduisent, depuis des perspectives différentes, le concept de subjectivation politique : il s’agit d’acter la mort du sujet constituant, c’est-à-dire d’en finir avec le sujet comme hypostase ou principe premier indémontrable, pour analyser concrètement la production politique des sujets par le pouvoir et les conflits sociaux. Il y a là deux opérations distinctes et étroitement articulées : la subjectivation comme assujettissement, c’est-à-dire la production d’un subjectus par les structures de pouvoir ; la subjectivation comme résistance subjective ou désassujettissement, c’est-à-dire la production d’un sujet autonome par rapport au pouvoir3. Cette double opération a été parfaitement identifiée par Michel Foucault, chez qui elle correspond d’ailleurs aux deux phases du parcours philosophique : le « premier » Foucault, travaillant sur la généalogie des dispositifs d’assujettissement (savoirs médicaux et psychiatriques, criminologiques ou sexologiques, institution carcérale et asilaire), et le « deuxième », attentif à l’herméneutique du sujet dans l’antiquité grecque et gréco-romaine tardive.

    3C’est dans Le sujet et le pouvoir (1982) que le philosophe esquisse un programme de recherche sur la subjectivation politique. Celui-ci doit porter sur les « nouvelles luttes sociales », marquées par une résistance subjective aux dispositifs de formatage de l’individualité (savoirs et institutions) :

    « Le principal objectif de ces luttes n’est pas tant de s’attaquer à telle ou telle institution du pouvoir, ou groupe, ou classe, ou élite, qu’à une technique particulière, une forme de pouvoir. Cette forme de pouvoir s’exerce sur la vie quotidienne immédiate, qui classe les individus en catégories, les désigne par leur individualité propre, les attache à leur identité, leur impose une loi de vérité qu’il leur faut reconnaître et que les autres doivent reconnaître en eux. C’est une forme de pouvoir qui transforme les individus en sujets. Il y a deux sens au mot “sujet” : sujet soumis à l’autre par le contrôle et la dépendance, et sujet attaché à sa propre identité par la conscience ou la connaissance de soi4. »

    4Étudier les résistances subjectives aux dispositifs d’assujettissement aurait permis d’analyser le pouvoir en prenant « les formes de résistance aux différents types de pouvoir comme point de départ5 ». Ces résistances sont articulées à un « Nous » en gestation, car en se réinventant soi-même, en refusant la manière dont nos conduites sont gouvernées, on fait valoir une liberté individuelle tout en créant de nouveaux collectifs politiques6. Cette perspective a l’avantage, pour les sciences sociales, d’opérationnaliser empiriquement le concept de subjectivation politique. La tâche de l’historien, du sociologue, de l’anthropologue, du politiste est celle de retrouver, dans leurs terrains respectifs et avec leurs sources spécifiques, les traces de ces résistances subjectives au formatage de l’individualité. Un programme qui trouve des applications inédites et stimulantes dans nos sociétés néolibérales, avec leurs dispositifs d’évaluation et de mise en compétition des individus, de responsabilisation et de valorisation de la performance.

    5Bien qu’elle soit l’une des plus abouties sur le plan conceptuel, la proposition de Foucault n’a pas été toutefois la seule porte d’entrée de la subjectivation politique en sciences sociales. À la même époque, d’autres philosophes dans le sillage d’Arendt et Marx, comme Miguel Abensour et Jacques Rancière, lui ont donné un cahier des charges un peu différent. Ils en ont fait le pilier d’une reproblématisation générale du politique à partir de l’action et de la conflictualité, en laissant de côté la question du pouvoir. Leur point de départ est une critique générale de toute entreprise de construction d’un savoir surplombant du politique (science politique ou théorie politique). Un tel savoir tombe souvent, en effet, dans des écueils fonctionnalistes ou institutionnalistes, en se limitant à appréhender la façon dont les institutions politiques et, plus globalement, l’ordre social, assignent les individus à un ensemble de positions, de places et de fonctions7. D’où une réduction du politique à la politique, de l’agir politique à l’ordre de la domination8. Contre ce réductionnisme, ils proposent de faire du concept de subjectivation politique l’analyseur des processus sociaux de dés-identification et de dés-alignement par rapport à cet ensemble de positions, places et fonctions assignées9. On voit bien que l’opérationnalisation empirique de cette piste ne recouvre pas, tout à fait, celle de Foucault. En effet, il s’agit ici de comprendre comment un ensemble de pratiques sociales génère une critique des statuts sociaux prescrits et des normes sociales qui les régissent.

    6Il y a, enfin, une troisième porte d’entrée qui relève des débats internes à la tradition marxiste. Elle vise l’un des principaux points aveugles du marxisme économiciste et déterministe : comment expliquer la constitution des sujets politiques dans l’histoire, si l’on admet que les groupes dominés sont pris dans le piège illusoire de l’aliénation et qu’ils n’ont pas forcément des intérêts économiques convergents ? C’est la grande question de toute une tradition philosophique postmarxiste, dont les grands noms sont Ernesto Laclau, Slavoj Žižek, Judith Butler et Étienne Balibar. Le marxisme leur apparaît comme une philosophie très efficace pour comprendre la production structurelle des sujets (par le capitalisme, l’État, les classes sociales), mais beaucoup moins pour saisir les subjectivités conflictuelles, et donc les modalités de subversion du système. Le problème renvoie à la fameuse dichotomie entre la classe « en soi » (la subjectivité produite par les hiérarchies socio-économiques) et la classe « pour soi » (la subjectivité produite par le conflit de classe). En ouvrant la « boîte noire » du sujet politique chez Marx, ces philosophes montrent qu’il se constitue dans l’action, le soulèvement, la revendication, et qu’il n’est pas un simple effet mécanique de la structure socio-économique10. Cette interrogation au sein du marxisme n’a pas été réservée à la philosophie politique. Elle a été menée en parallèle (et parfois d’abord) par les historiens de la politique subalterne (comme Edward P. Thompson) et, à leur suite, par les anthropologues des rapports de domination, comme James C. Scott11. Ces travaux montrent combien la subjectivation politique se produit au cœur même des luttes sociales, en articulant l’individuel et le collectif. C’est en s’appuyant sur la notion d’« expérience subjective » que ces recherches empiriques déplacent l’ancien questionnement marxiste : « À travers la catégorie d’“expérience”, notait E. P. Thompson, la structure se mue en processus et le sujet entre à nouveau dans l’histoire12. » Souvent à leur suite, la notion de subjectivation a connu des élaborations significatives hors des sphères académiques, notamment dans les militantismes féministe, LGBTQI+, décolonial et postcolonial, avant souvent de faire retour dans la théorie politique.

    7Malgré la vitalité de ces débats théoriques, les interrogations se sont toutefois déployées dans un cadre trop abstrait pour les sciences sociales13. Le concept de subjectivation politique est resté l’apanage d’une réflexion théorique menée sous l’égide de la philosophie ou de la psychanalyse. Cependant, son usage croissant dans des enquêtes empiriques autorise désormais une nouvelle question : qu’est-ce qu’il permet d’observer concrètement ? Quelle est sa plus-value heuristique par rapport à d’autres concepts proches, comme la politisation, l’engagement, la socialisation politique ou l’empowerment ? Quelles sont les méthodes les plus adaptées pour l’appréhender, à partir de l’ensemble des travaux empiriques qui s’en saisissent dans une diversité de perspectives (pragmatistes, phénoménologiques, féministes, décoloniales ou postcoloniales, intersectionnelles, etc.) ?

    Usages par les sciences sociales

    8Cela suppose de réfléchir à une définition du concept à partir de laquelle les enquêtes empiriques pourraient dialoguer. Or, les travaux de terrain qui s’en sont emparés convergent déjà vers une problématisation commune : la subjectivation politique y désigne une pluralité de processus de « déterritorialisation14 », de désancrage, de désidentification et de reconstruction d’un rapport à soi et au groupe, qui met en question la naturalité supposée du « sujet » (social, politique, racial, sexuel) tel qu’il se donne dans l’évidence des rapports de domination. Cette problématique articule, on le voit aisément, les trois perspectives philosophiques précédemment évoquées, la foucaldienne, l’arendtienne et la post-marxiste. La subjectivation politique recouvre l’expérience d’une désidentification sociale dont les issues sont plurielles mais qui ouvre un accès au politique, que cet accès se manifeste sous l’espèce d’une construction identitaire collective ou non, d’une action collective organisée ou non. D’autres définitions de la subjectivation existent en sociologie, mais sans lien explicite à la question politique. Elles reprennent l’existentialisme sartrien et insistent sur la capacité des individus à devenir sujets de leur existence et donc acteurs : c’est le cas de la sociologie actionnaliste d’Alain Touraine et de la sociologie clinique de Vincent de Gaulejac15. L’enquête sur la subjectivation politique partage avec elles l’intérêt pour les processus réflexifs et critiques d’affranchissement des déterminismes sociaux et des rapports de domination16.

    9Ainsi défini, le concept est opérationnel pour l’enquête. Il éclaire le rapport au politique d’individus aux prises avec leurs ancrages sociaux et les rapports de domination qui s’y expriment, pris dans leurs trajectoires biographiques singulières et dans leurs appartenances collectives. En ce sens, la subjectivation politique décrit un ensemble de processus sociaux dont l’espace d’exercice ne se limite aucunement à ce que Pierre Bourdieu appelle le « champ politique » et qu’il définit ainsi :

    « Le lieu où s’engendrent, dans la concurrence entre les agents qui s’y trouvent engagés, des produits politiques, problèmes, programmes, analyses, commentaires, concepts, événements, entre lesquels les citoyens ordinaires, réduits au statut de “consommateurs”, doivent choisir, avec des chances de malentendu d’autant plus grandes qu’ils sont plus éloignés du lieu de production17. »

    10L’un des principaux avantages heuristiques du concept de subjectivation est précisément d’inviter à observer les critiques sociales du pouvoir ailleurs que dans ce champ, aux marges de la politique et « par le bas ». Les contributrices et contributeurs de ce livre le font à partir d’une multiplicité de rapports de pouvoir : rapports de classe, de genre et de race, rapports à la conjugalité et à la sexualité, à l’autorité, aux partis et à l’État, à l’habitat et à l’espace. Dans la mesure où elles se situent à distance des subjectivations qui peuvent émerger au sein de grandes institutions, on peut donc considérer que ces remises en cause des rapports de pouvoir dessinent des dynamiques de subjectivation minoritaires, voire qu’elles proposent une différenciation et une mise en critique pratique et discursive des subjectivations majoritaires.

    11En se penchant sur différents contextes temporels, l’ouvrage invite aussi à considérer les processus de subjectivation politique dans leur historicité. En effet, les modèles de subjectivation sont fondamentalement historiques : les manières de se singulariser et d’accrocher sa singularité à un collectif politique varient en fonction des supports et des pratiques disponibles – tout comme des ressources qu’elles présupposent chez les acteurs –, mais aussi de l’espace du pensable et du dicible propre à une époque et à un groupe social. En adoptant un regard « par le bas », une partie de l’histoire sociale l’a montré avec force. Cette historiographie s’est penchée sur la genèse d’une expérience critique de la domination, source d’un nouveau « Nous » politique. À la suite de La formation de la classe ouvrière anglaise d’E. P. Thompson, de nombreux travaux ont exploré les luttes pour se réapproprier collectivement des ressources privatisées, pour élargir le suffrage et accéder à la citoyenneté, pour critiquer des rapports de gouvernement jugés moralement injustes, pour contester des formes de modernisation ou de progrès imposées par les élites18, ou encore pour lutter contre des autorités lointaines, comme l’autorité coloniale. De la supplique19 demandant la reconnaissance de droits à la pétition, de l’émeute à la grève, des subjectivités artistiques à la diversité des modes de vie « en marge », les outils et les registres de cette expérience critique de la domination ont évolué dans le temps. Mais cette évolution ne saurait être linéaire ni téléologique. L’histoire du genre a ainsi montré que les deux derniers siècles ont vu se succéder des périodes d’émancipation des femmes et des backlashes propices à une re-sédimentation des identités de genre20. L’accès au politique que suppose la subjectivation ne saurait donc s’analyser de la même manière au début du xixe siècle, alors que l’idéologie des deux sphères séparées repose sur une hiérarchisation genrée des rôles sociaux et des identités, ou dans le contexte des luttes féministes des années 1970 affirmant que « le privé est politique ». Si de telles scènes sont difficiles à documenter pour les périodes les plus anciennes, elles ne sont pas pour autant inexistantes. Songeons, par exemple, aux pratiques d’affirmation d’une subjectivité collective visibles sur la scène judiciaire. Que le récit soit le résultat d’une injonction ou d’une décision personnelle, la scène du jugement tient sans cesse l’individu sous son regard objectivant et lui demande de se décrire comme de l’extérieur, de faire de lui le compte rendu que ferait le juge s’il avait les éléments : c’est le cas des Muranais contestant l’administration vénitienne au début du xvie siècle21. De cette confrontation peut, au contraire, surgir l’affirmation d’un sujet construit en opposition à cette instance de jugement : c’est le cas, tout à fait exceptionnel, du meunier Menocchio livrant sa cosmologie personnelle à l’Inquisition au début du siècle suivant22.

    12Le concept de subjectivation politique vise, en ce sens, à décrire un processus plutôt que la constitution d’un état ou d’une identité figée. Il indique d’abord une fabrique, dont il s’agit de repérer les acteurs, les outils, les œuvres ou artefacts produits, comme l’ont montré les travaux sur la réflexivité critique des transfuges de classe23. C’est à ce mouvement que s’intéresse ce livre : non pas tant au sujet politique en soi qu’au devenir politique du sujet. Comment s’enclenche ce processus ? Il peut passer par une rupture, une mise à distance de l’identité sociale reçue comme une assignation indue ou brutale. S’invente alors, contre cette assignation, une identité nouvelle perçue comme relevant de la liberté de celui ou de celle qui s’y reconnaît. Le stigmate retourné devient « habilitant », source de capacité d’agir (empowerment). On pense à l’exemple de Jean Genet recevant la phrase « tu es un voleur » : « Je me reconnaissais le lâche, le traître, le voleur, le pédé qu’on voyait en moi24. » Une nouvelle identité surgit, dont la dimension politique relève de son opposition à l’assignation primaire et, le plus souvent, de son insertion dans un groupe secondaire choisi et venant en appui au travail identitaire. La réaction contre l’assignation prend dès lors la forme d’une révolte contre la naturalisation imposée, et d’une réinvention de soi. Cette désidentification-réidentification est d’autant plus forte qu’elle s’appuie sur des collectifs habitués à se penser dans une logique constructiviste : c’est justement le cas des collectifs LGBTQI+25. Elle peut aussi, au contraire, être pensée comme un retour à une identité préalable, sociale, religieuse ou familiale. La radicalisation religieuse, et tout l’imaginaire politique qui lui est lié, permet l’affiliation à un groupe dont l’identité est perçue comme redécouverte et fidélité plutôt que comme réinvention26. Enfin, la réappropriation contestataire de leur identité par les personnes racialisées est variable selon les cultures politiques nationales, ce qui conduit à introduire une variable supplémentaire dans l’étude comparative des processus de subjectivation politique. En France où, contrairement aux pays anglo-saxons, la tradition républicaine nie la reconnaissance d’identités différentielles (de genre, de race ou de religion), une partie de la subjectivation politique des groupes subalternes se voit entravée. Dans ce contexte « universaliste », toute subjectivation politique conduisant à une affirmation identitaire amène immédiatement la dénonciation consensuelle d’un « communautarisme » ou d’un « séparatisme ». Entravés, ces mécanismes identitaires n’en disparaissent pas pour autant : c’est aux sciences sociales de rester à l’affût, et d’en reconstituer les traces. Cependant leurs manifestations dépendent, de manière différentielle, des modes de construction historique des Républiques et des États, tout comme des problèmes publics construits par les mouvements sociaux : c’est là qu’on trouve les grammaires évolutives du « sujet-citoyen » auxquelles les individus peuvent s’accrocher pour leur subjectivation politique.

    13Le devenir sujet peut également s’opérer dans un mouvement qui ne joue pas contre l’assignation mais qui la déjoue, c’est-à-dire qui en resignifie les codes et y oppose une forme de résistance, que Foucault appellerait une « contre-conduite ». De l’intérieur même des codes, des assignations, des mécanismes de pouvoir, se font jour de nouveaux dispositifs de savoir par lesquels les sujets en devenir acquièrent une distance vis-à-vis des rapports de domination. Cette prise de distance qui permet aux objets du discours de devenir les sujets de leur propre discours est une modalité centrale de la subjectivation politique. On pourra en trouver des exemples non seulement dans la conscience de classe, qui retourne la minoration en fierté ouvrière, mais aussi dans les « techniques de soi » que travaillent les trans studies ou les recherches écoféministes. Parfois accusées de reprendre à leur compte les identités essentialisantes construites par le patriarcat, les études écoféministes revendiquent en effet de travailler par cette reprise à la subversion subjective et politique des catégories et des identifications imposées. Il ne s’agit pas ici d’inventer un nouveau sujet-femme, mais de le subvertir de l’intérieur en resignifiant les catégories existantes, en particulier l’association des femmes à la nature, au soin et au care. Les subjectivations politiques que les écoféministes mettent en lumière reprennent les mots de la féminité ordinaire, les soucis des femmes nourricières, prenant soin des corps et du vivant, ou encore les soucis des mères pensant l’avenir de leurs enfants et de la terre qui les portera27. De façon assez similaire, les trans studies, en se penchant sur les processus de subjectivation politique transsexuelle, ont été paradoxalement accusées de rejouer les codes dominants : la trans-sexuation supposerait l’acquiescement aux normes de genre contre lesquelles devraient se constituer les sujets politiques. Or, si on se place du point de vue de la subjectivité individuelle et des communautés politiques produites par la trans-sexuation (et les formes d’engagement spécifiques qui la caractérisent), on constate que ce n’est guère le cas28.

    14Pour résumer, enquêter sur la subjectivation politique suppose de penser le mouvement par lequel un sujet se désidentifie, en remettant en cause l’ordre social qui le produit et le catégorise, tout en s’articulant à un « Nous » qui peut donner lieu à une création ou à une déprise identitaire. Dans les deux cas, on n’a pas affaire à des identités stabilisées, car elles sont issues d’une déconstruction critique de l’ordre social, de la critique d’une assignation identitaire préalable. Comme le montre Jacques Rancière, la subjectivation politique met toujours en jeu des sujets « provisoires et locaux », dont les modes de production « ne sont pas des incarnations ou des identifications, elles sont bien plutôt des intervalles entre plusieurs corps, entre plusieurs identités29 ». Tous et toutes ne peuvent se tenir, dans leur critique des catégorisations dominantes, que dans un lieu mouvant qui suspend toute substantialité de l’identité. L’être politique du trans-classe, du sujet queer ou butch30, ou encore du sujet démocratique, c’est la différence qui déconstruit les lignes de partage habituelles. Cela est encore plus évident dans les subjectivations intersectionnelles. Plusieurs recherches mettent en avant le fait que bien souvent ce sont plusieurs identités distinctes et combinées qui, affrontées à la même minoration ou répression, entraînent l’amorce d’un mouvement de désancrage qui va enclencher la subjectivation politique. C’est le cas du croisement entre la subjectivité transclasse et l’engagement féministe31, entre sujet féminin et contestation coloniale32, ou encore entre la subjectivité LGBTQI+ et l’engagement révolutionnaire33. Ainsi, en ouvrant le regard des sciences sociales sur la dimension subjective de l’accès au politique, l’enquête sur la subjectivation montre aussi que l’identité est une construction inachevée voire inachevable : une construction narrative et biographique, une performance faite de corps et d’images toujours rejouée dans l’agir.

    Subjectivation, socialisation, politisation

    15L’intérêt d’enquêter sur ces processus a été montré. Mais quelles sont les consignes méthodologiques, les types de données et de matériaux, les formules de recherche qu’une telle enquête suppose ? Ce livre est pionnier car autant le concept de subjectivation politique a donné lieu à de nombreuses discussions en philosophie, autant il n’y a jamais eu de véritable échange scientifique sur les approches empiriques, les enquêtes, les matériaux qu’il appelle.

    16Travailler sur la subjectivation politique, c’est tout d’abord travailler sur la légitimité de ce concept en sciences sociales. Car les concepts ne sont pas des étiquettes creuses définissant des chapelles ou des écoles : une telle pratique sectaire ne fait qu’enfermer les chercheurs dans l’entre-soi. En réalité, les concepts sont des modalités alternatives et complémentaires de découpage de la réalité sociale, qui permettent de l’expliquer et de la comprendre dans toute sa complexité, dans ses nuances et dans la pluralité de ses dimensions constitutives. Que permet donc d’analyser la subjectivation politique que d’autres concepts proches ne permettent pas d’éclairer ? On pense notamment aux concepts de socialisation politique et de politisation, sur lesquels existe une littérature ancienne et stabilisée.

    17Prenons la socialisation politique. Elle désigne l’ensemble des processus sociaux qui forment et transforment les individus dans leur rapport à la politique, d’où la focalisation initiale des enquêtes de terrain sur l’univers des enfants34. Or, le regard empirique qu’autorise la subjectivation politique change à la fois la manière dont on pense le lien entre ce qui forme et ce qui se transforme, et comment on qualifie l’horizon de cette (trans)formation : le politique. Il est évident que toute subjectivation politique entraîne une socialisation ; mais l’inverse n’est pas toujours vrai, car tout dépend du rapport de soi à soi que la socialisation politique engendre, et de la place empirique que le sociologue lui accorde dans l’administration de la preuve. Lorsque les spécialistes de la socialisation politique se sont penchés sur ce rapport à soi, ils l’ont souvent réduit à la formation réflexive des préférences électorales : le politique s’est ainsi vu réduit à la politique35. Lorsqu’ils ont élargi leur appréhension du politique, en analysant la socialisation à partir de l’expérience contestataire ou de la critique de la domination, ils l’ont imputée, pour l’essentiel, aux dispositions acquises lors de la socialisation primaire36. Or, c’est précisément sur l’expérience subjective du politique – le politique comme épreuve de soi – que se focalise le concept de subjectivation, dans le cadre d’une sociologie moins structuraliste et plus phénoménologique37. Les concepts de socialisation et de subjectivation véhiculent donc deux regards méthodologiques différents en matière d’objectivation de l’expérience politique.

    18La subjectivation politique partage un certain nombre de caractéristiques avec ce que l’on désigne en général par le terme de politisation. Dans les deux cas, il s’agit d’une trajectoire, d’un processus qui conduit un individu ou un groupe d’individus à dire et penser le commun, afin d’interagir avec d’autres. Pourtant, les deux notions ne sauraient être confondues. La différence ne réside assurément pas dans la nature du champ politique où s’exerce le processus, comme si la politisation pouvait être entendue comme ne relevant que de la politique représentative instituée, articulée à l’État, et constituée comme univers spécialisé fait de partis, d’élections, d’idéologies. Dans la définition classique du politiste Jacques Lagroye, la politisation désigne ainsi la « requalification politique38 » des activités sociales les plus diverses : l’ensemble des opérations cognitives, discursives et pratiques par lesquelles les acteurs signifient comme politique une pratique donnée. Dans la politisation ainsi entendue, entrent dès lors toutes les activités recodant subjectivement comme politique une pratique non labellisée comme telle par les acteurs officiellement ou socialement définis comme politiques39. Une telle analyse de la politisation a été prolongée par les recherches sur la politique « ailleurs », « la politique sans en avoir l’air », les « politiques du commun » ou « par le bas40 ». Ce n’est donc assurément pas du côté d’une opposition entre institutionnel et intime que se situe la différence entre politisation et subjectivation politique, pas plus que dans une opposition entre compétence et affects41. La politisation est désormais aussi bien pensée comme accès à des compétences à travers l’engagement dans le champ politique stricto sensu, qu’à travers les engagements hors-champ, faisant de la politique pour ainsi dire sans le savoir42.

    19D’une certaine manière, toute politisation est aussi structurellement une subjectivation politique, mais distinguer analytiquement les deux aspects produit une meilleure compréhension des processus. La politisation permet au sujet de s’écarter de la position de passivité et d’objectivation où l’enserrent les structures dominantes et des techniques de gouvernement qui, passant par des agencements aussi divers que le langage, les techniques du corps ou l’hégémonie, donnent au monde tel qu’il est une évidence qui le soustrait au questionnement. Refuser l’évidence du monde, c’est souvent ouvrir des trajectoires d’engagement, de resocialisation, mais aussi d’arrachement et donc d’interrogation sur ses croyances anciennes, ses habitudes, ses sociabilités. Quelle que soit la sphère d’activité qui se voit ainsi resignifiée comme politique (le travail, l’éducation, la sexualité, le rapport à la nature, la consommation, le rapport à la technique, etc.), la rupture des évidences qui l’accompagne se produit aussi à l’échelle subjective, c’est-à-dire au niveau des statuts et des rôles prescrits associés à la sphère d’activité en question. Lorsque les individus politisent la sexualité, par exemple, en faisant de leur identité ou de leurs préférences sexuelles un enjeu de justice sociale, ce sont leurs rôles sexuels prescrits qu’ils et elles remettent en question. C’est précisément ce regard sur les transformations réflexives et identitaires des individus en cours de politisation, qu’autorise le concept de subjectivation politique : un regard qui n’est pas évident dans le concept de politisation, qui « écarte explicitement de son périmètre de réflexion les logiques de politisation individuelle43 ». Ainsi, plus la politisation se fera dans une sphère d’activité qui engage profondément la définition de soi, plus la remise en question des évidences auparavant vécues sera forte et les conséquences subjectives et biographiques marquées44 : le concept de subjectivation politique les placera au cœur de l’analyse, là où les travaux sur la politisation en feront une dimension tout à fait accessoire. C’est pourquoi, sans du tout présupposer qu’une analyse des subjectivations politiques ne puisse avoir de sens chez des sujets engagés dans la défense de l’ordre établi45, le choix de ce livre a été de commencer l’exploration en la limitant aux politisations nettement oppositionnelles, voire minoritaires.

    20Voici donc toute la singularité du concept de subjectivation politique : relier l’analyse de deux processus sociaux entremêlés, que ni le concept de socialisation politique ni celui de politisation permettent d’observer conjointement. Le premier processus est le développement d’une capacité d’agir des individus face aux rapports sociaux de domination. Cette capacité d’agir ne recouvre pas l’accès à la politique institutionnelle car elle désigne, plus largement, la construction d’un « tort » au sens de Jacques Rancière46. Ce tort remet en cause les frontières établies de la communauté politique : qui a droit à quoi et qui n’a pas droit, qui est visible et qui est invisible, qui est capable et qui est incapable, quels problèmes sont légitimes et audibles et lesquels ne le sont pas47. En cela, il est nécessairement le fait de sujets minorisés : des personnes qui, ayant subi un tort, se donnent les moyens par des pratiques subversives de le réparer, en déstabilisant ainsi un certain ordre du monde. Le deuxième processus est la production d’un rapport de soi à soi, d’une subjectivité qui engendre une distance vis-à-vis de l’identité sociale et des assignations normatives. La subjectivation politique est, en ce sens, une dynamique très particulière d’individuation, où la construction de l’individualité est liée à la genèse d’un collectif politique, où les sorts de l’individu sont corrélés à l’existence d’un collectif porteur d’un tort. Ces collectifs peuvent être virtuels – les différentes figures du « Nous » qu’on sollicite en critiquant la domination, « Nous, les femmes », « Nous, les précaires », « Nous, les sans-papiers », etc. – ou réels, liés à une appartenance sociale ou à une identité ethnoculturelle transformée en cause politique48, ou encore institués par l’action collective49. Du point de vue du sujet individuel, ce collectif politique peut être habilitant ou contraignant, ou les deux à la fois50 : d’où tout l’intérêt d’étudier empiriquement les boucles rétroactives du « Je » au « Nous », et du « Nous » au « Je ».

    21La forme empirique générale par laquelle la subjectivation se livre au chercheur est la prise de parole51, qui peut ou non aller de pair avec l’action collective. La subjectivation politique se repère empiriquement à un énoncé qu’on retrouve dans les archives, dans les entretiens ou les récits de vie : combattre l’injustice a changé ma vie, je me suis transformé en même temps que j’ai fait l’expérience d’une liberté, d’une capacité d’agir vis-à-vis d’une norme ou d’une loi que je considère injuste. À cet égard, la subjectivation politique est l’opérationnalisation empirique, dans les sciences sociales, du vieux concept d’émancipation, concept très (trop) chargé tant historiquement que normativement. À la vision quelque peu héroïque que promeut le concept d’émancipation, symétrique du misérabilisme qu’il réserve aux « aliénés », la subjectivation politique substitue une vision plus processuelle et sensible aux tensions qui apparaissent dans le recouvrement d’une capacité d’agir face à la domination. Autre différence de taille : contrairement à l’émancipation, intimement liée à un récit progressiste, la subjectivation politique est idéologiquement neutre. Il y a des subjectivations politiques bien plus « antipathiques » que celles qui composent cet ouvrage, car des idéologies réactionnaires peuvent aussi solliciter une prise de parole critique envers la domination52. Là est toute la tâche des sciences sociales : étudier l’évolution dans le temps de cette subjectivité activée par l’expérience de la capacité d’agir, au raz des trajectoires et des turning points qui les scandent53. C’est pourquoi les récits de vie et les données biographiques, les archives du for intérieur et les égo-documents, constituent la boîte-à-outil par excellence de l’enquêteur.

    22Du fait de l’importance de la prise de parole dans l’activation de ces processus, le social scientist se voit obligé d’accorder une place essentielle au langage dans l’enquête. C’est d’autant plus le cas, qu’étudier la subjectivité des individus – dans quelque domaine que ce soit – suppose d’être attentifs à la manière dont les individus se racontent, livrent leur expérience, mettent en accord leurs discours et leurs pratiques, ou réagissent aux écarts entre ces ordres de réalité. Le concept de subjectivation politique permet, comme le soulignait naguère Luc Boltanski, de prendre au sérieux les démarches critiques des individus54 : la façon dont ils et elles se décrivent en rapport à la domination, interprètent leurs fragilités et construisent leur condition de victime, s’indignent et énoncent des principes de justice, rendent compte de leur capacité d’agir. Cela va à l’encontre d’une tradition méthodologique tenace qui se méfie des discours que les individus tiennent sur leur expérience, pour donner au savant un droit de préemption sur le sens profond de leur vécu : une tradition qui se méfie des discours comme d’une illusion cachant la réalité concrète à laquelle seul le sociologue, le politiste, l’anthropologue ou l’historien auraient accès55.

    23Une fois de plus, on trouve chez E. P. Thompson un maître en la matière. Dans La Formation de la classe ouvrière anglaise, on voit clairement évoluer, au gré des archives, la subjectivité des individus en lien avec la construction d’un collectif politique virtuel, la classe ouvrière : on y voit cheminer des individus qui changent leur rapport à eux-mêmes, à leurs rôles et à leurs identités sociales, en rapport avec l’exercice d’une nouvelle liberté politique. Ce processus passe par le langage, car revendiquer de nouveaux droits est un acte performatif. Mais le discours éclaire des pratiques sociales et les idées renvoient à des affects partagés : le langage met en forme l’expérience vécue du politique (ce qu’il appelle la « conscience affective ou morale » des groupes subalternes56). Que faire alors lorsque le codage des archives par les classes dominantes57 rend impossible l’objectivation d’une parole autonome des dominés ? Où repérer ces « traces d’initiative autonome de la part des groupes subalternes », si « inestimables pour l’historien intégral » et en même temps si rares58 ? Lorsque le discours subalterne est inaudible59, les sciences sociales doivent faire preuve d’imagination empirique et analytique, en documentant minutieusement les traces d’invention et d’affirmation d’une subjectivité politique en dehors de toute verbalisation.

    24Est-ce à dire que la domination est moins centrale pour les analystes de la subjectivation politique ? Certainement pas. L’étude de ces processus éduque le regard à deux modalités complémentaires d’analyse de la domination : l’une qui voit comment elle se maintient structurellement ; l’autre qui voit comment elle est remise en cause de manière contingente (sans que les rapports de domination changent forcément en un éclair !). La subjectivation politique montre que la domination est un rapport social ambivalent60, car elle ne produit pas seulement de l’aliénation, mais aussi, dans un continuum empirique, de l’indifférence, de la réflexivité et, parfois, de la résistance : une « stylisation individuelle de la domination61 ».

    Les questions de recherche de la subjectivation politique

    25Toute enquête sur la subjectivation politique conduit à poser trois séries de questions de recherche : une interrogation sur les types de pratiques activant ces processus (du fait de leur caractère non strictement politique ou militant), sur les temporalités indissociablement individuelles et collectives de la subjectivation, et sur les supports matériels de ces processus.

    Une pluralité de pratiques, non strictement imputables au « champ politique »

    26Quel champ de pratiques sociales s’ouvre à l’analyse de la subjectivation politique ? Le militantisme est sans doute le principal, même s’il est loin d’être le seul. En lien avec les recherches sur les conséquences biographiques de l’activisme62, il constitue en tout état de cause le domaine où les avancées empiriques ont été les plus marquantes. En effet, l’engagement militant produit de la subjectivation politique lorsqu’il ouvre une capacité d’agir face à la domination, comme dans le cas des permanents communistes analysés par Catherine Leclerc63. Cependant, dans certains cas, c’est plutôt le désengagement qui, permettant de sortir du « malheur militant », ouvre une subjectivation politique, comme dans le cas des militants du Mouvement des familles de détenus politiques marxistes-léninistes analysés par Joseph Hivert64.

    27Toujours est-il que la subjectivation politique ne se manifeste pas nécessairement dans l’engagement militant, car sa phénoménalité sociale est plutôt celle de la critique de la domination. Or, celle-ci se donne à voir dans tous les mondes sociaux. Ainsi d’autres travaux se sont penchés sur les dynamiques de subjectivation politique au travail, que ce soit par des pratiques de freinage ou de résistance au rythme de production65, ou par des actions collectives plus organisées, comme les grèves des travailleurs immigrés de l’industrie automobile luttant pour leur dignité66, le mouvement des chômeurs argentins (piqueteros) contestant les politiques néolibérales67 ou la mobilisation des « travailleurs temporaires » canadiens revendiquant un meilleur accès à la citoyenneté68. Certaines recherches ont exploré ces processus à l’œuvre dans les pratiques éducatives et culturelles, que ce soit dans des dispositifs d’éducation populaire69 ou dans des pratiques inspirées de la pédagogie des opprimés de Paulo Freire, comme le « théâtre de l’opprimé70 ». D’autres recherches se sont penchées sur les pratiques intimes et sexuelles. C’est le cas de Sherry Ortner qui, en reprenant la méthode constructiviste d’Edward P. Thompson, a analysé la « formation » (making) d’une identité féminine dans les sociétés traditionnelles à travers le détournement des codes machistes ou patriarcaux71. D’autres travaux, enfin, ont documenté les processus de subjectivation politique dans des pratiques morales et religieuses. C’est le cas de John et Jean Comaroff, qui se sont penchés sur les sociétés locales d’Afrique australe, en montrant l’emprise des missions chrétiennes et des États autoritaires dans la subjectivité des gouvernés. C’est ainsi dans des pratiques du for privé, en particulier dans des rituels corporels et des croyances religieuses, que les individus s’approprient de façon libre leur corps, en produisant les catégories leur permettant d’énoncer une liberté par rapport aux normes dominantes72.

    Les temporalités du processus de subjectivation : individuelles et collectives

    28Une deuxième question de recherche renvoie aux temporalités du processus de subjectivation. Y a-t-il, à l’origine, un élément déclencheur, quelque chose comme un trauma, un choc, une rencontre qui amorce un mouvement de désancrage ? Ce livre tend à répondre par l’affirmative, tout en montrant la complexité de ce « choc ». Il peut être individuel – l’insulte reçue ou l’interpellation73, une rupture familiale, professionnelle ou amoureuse, la position de témoin face à une injustice –, ou collectif – une lutte sociale, un ouragan74, une épidémie75 ou une révolution76. Des événements vécus collectivement permettent souvent, d’ailleurs, de resignifier ce qui était vécu individuellement, comme le montrent ces « vocations d’hétérodoxie » nées en mai 196877. Dans le même ordre d’idées, Fanny Gallot a montré comment la crise de nerfs, longtemps interprétée comme une faiblesse individuelle, avait pu être récupérée par les ouvrières en 1968 et reliée aux conditions de travail, permettant ainsi de transformer les subjectivités et d’ouvrir l’action collective78. À quel moment commence alors le travail de subjectivation ? Peut-on d’ailleurs toujours identifier un moment précis ? La rupture est-elle soudaine et radicale, ou progressive et négociée ? Comment combiner une analyse biographique des bifurcations donnant lieu à la subjectivation, relevant du contingent, et la prise en compte de l’« espace des possibles79 » qui les enserrent, relevant du structurel ? Quels changements la subjectivation produit-elle dans les socialisations plurielles de l’individu, dans ses interactions quotidiennes et ordinaires ? Comment s’organise le mouvement de l’identité individuelle vers l’identité collective, et inversement ? Y a-t-il des positions sociales plus susceptibles que d’autres de le déclencher ? Sont-elles dominantes ou dominées ?

    29L’enquête doit permettre de répondre à toutes ces questions. Prenons la toute dernière, sur la sociographie des processus de subjectivation. Si une lecture sociologique classique pencherait pour la première réponse – les positions sociales dominantes –, en mettant en avant les capitaux linguistiques et symboliques nécessaires pour critiquer l’ordre social80, l’affirmation n’a rien d’évident. Frantz Fanon considérait, par exemple, que « parce qu’il est une négation systématisée de l’autre, une décision forcenée de refuser à l’autre tout attribut d’humanité, le colonialisme accule le peuple dominé à se poser constamment la question : “Qui suis-je en réalité81 ?” ». Ainsi la déshumanisation – paroxysme même de la domination – rend inévidente l’identité imposée par le colonisateur, et prédispose ses victimes à la subjectivation politique en dépit même de leur absence de ressources.

    Les supports des processus de subjectivation : discursivité, matérialité et performance

    30Une dernière question de recherche renvoie aux moyens concrets – supports matériels, formes d’énonciation, cultures matérielles, pratiques d’écriture – que déploie la subjectivation politique pour s’activer. En effet, la sociologie de l’action collective comprend souvent la politisation à partir du faire plus que du dire : d’actions, de mobilisations, de participations, plutôt que de la seule appropriation de savoirs et de discours. Si pour l’individu, dans sa trajectoire de subjectivation, l’évolution du rapport à soi va passer par des pratiques collectives diverses (engagements, usages des corps, formes concrètes de la prise de parole, etc.), en revanche les analystes de la subjectivation politique doivent travailler avant tout à partir d’un matériau discursif, qu’il soit oral ou écrit, énoncé à la première personne (autant que possible) ou non82. À partir de ce matériau, on peut questionner dès lors les formes d’énonciation mises en jeu : à travers la parole publique – prise de parole en assemblée83, théâtre-forum84, coming out85, échanges militants ou amicaux86 –, ou à travers des supports écrits (tracts militants87, témoignages collectifs88, journaux intimes89). Comment cette mise en scène publique de la subjectivité se raccroche-t-elle à un collectif ? La subjectivation a toujours besoin de « facilitateurs » pour accomplir ce passage : des individus, des symboles ou des objets (livres, traces mémorielles, tracts, chansons, vêtements, graffiti, etc.), dont la rencontre va jouer comme un déclencheur. Sur le mode des « tactiques de résistance » analysées par Michel de Certeau90, il convient ainsi d’être attentifs à la manière dont le processus de subjectivation se loge dans les pratiques de la culture matérielle, comme l’écriture ou la lecture91.

    31L’enquête en fait d’ailleurs largement partie. Écrire la subjectivation politique depuis les sciences sociales ouvre un espace de subjectivation. Songeons aux pratiques de restitution des enquêtes chargées de faire surgir une conscience politique chez les personnes enquêtées (advocacy anthropology, public sociology), ou encore aux dispositifs de recherche-action. Un exemple parmi d’autres : la prise de conscience politique de Younes Amrani est déclenchée par la lecture d’un ouvrage du sociologue Stéphane Beaud ; il continuera à fourbir les armes de cette subjectivation dans de longues lettres qui déboucheront sur un livre à quatre mains, dédié par lui « à tous ceux qui n’ont pas eu la chance, comme moi, de pouvoir extérioriser leur souffrance, leur mal-être, leurs rancœurs et leurs regrets92 ». Tout comme les Afro-Américains gays rencontrés par E. Patrick Johnson pour son enquête ethnographique vont poursuivre l’affirmation subjective et politique d’eux-mêmes dans la performance montée avec lui sur diverses scènes théâtrales93.

    Conclusion

    32Cet ouvrage est issu d’un colloque qui s’est tenu à l’université Paris Cité les 14 et 15 mars 2022, intitulé « Enquêter sur la subjectivation politique : théories, méthodes, matériaux », avec le soutien du Centre de recherches interdisciplinaires sur le politique (CRIPOLIS), du Laboratoire de changement social et politique (UR 7336) et de la Cité du Genre de l’université Paris Cité, ainsi que du groupe de recherche d’histoire (UR 3831) et de l’IRIHS de l’université de Rouen, qui en a financé la publication. Qu’ils soient tous remerciés pour avoir rendu possible la rencontre à l’origine de cet ouvrage. Les organisatrices et organisateurs du colloque ont bénéficié de l’aide d’un comité scientifique afin d’évaluer les propositions reçues, dont le nombre témoignait de l’intérêt pour cette problématique renouvelée. Nous remercions donc Sam Bourcier, Boris Gobille, Riccardo Ciavolella, Magali della Sudda, Claire Judde de la Rivière, Julie Pagis et Julien Vincent, pour leur aide précieuse au montage de notre réflexion collective. Si la question de la subjectivation politique n’était pas nouvelle, le traitement empirique qui en a été proposé l’a profondément transformée. Il était donc crucial d’en faire un point d’étape, un jalon refondateur à partir duquel de nouvelles recherches de terrain pourraient surgir. Ce livre doit leur permettre de dialoguer à partir d’un cadre commun, afin d’éviter les inévitables ambiguïtés des termes « subjectivation », d’un côté, et « politique », de l’autre, et consolider des résultats cumulables. Notre ambition est qu’ils soient amplement partagés, discutés et critiqués. Il n’y aurait rien de pire que produire un entre-soi de chercheurs travaillant sur la subjectivation politique, sans lien avec les travaux sur le politique tout court – sur le pouvoir, l’engagement, la domination, les conflits et la critique sociale, la subjectivité et l’identité. Espérons que ce « pari » de la subjectivation politique soit relevé par les prochaines générations de chercheurs.

    Notes de bas de page

    1Agier Michel, « Penser le sujet, observer la frontière. Le décentrement de l’anthropologie », L’Homme, no 203-204, 2012/3-4, p. 51-75.

    2Touraine Alain, La voix et le regard. Sociologie des mouvements sociaux, Paris, Le Seuil, 1978 ; Touraine Alain, Critique de la modernité, Paris, Fayard, 1992.

    3Balibar Étienne, Citoyen sujet et autres essais d’anthropologie philosophique, Paris, Presses universitaires de France, 2011, p. 4-5.

    4Foucault Michel, Dits et Écrits, vol. II (1976-1988), Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2001, p. 1046.

    5Ibid., p. 1044.

    6Foucault Michel, « Omnes et singulatim. Vers une critique de la “raison” politique » (1979), in Oeuvres, t. II, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2015, p. 1357.

    7Abensour Miguel, Hannah Arendt contre la philosophie politique ?, Paris, Sens y Tonka, 2006 ; Rancière Jacques, Aux bords du politique, Paris, Gallimard, 2004.

    8Pour une relecture sociologique de cette distinction entre la politique et le politique, on verra Tarragoni Federico, « Pour une sociologie du politique. Critiques de la domination et expériences de la liberté », Revue du MAUSS, no 60, 2023/2, p. 351-378. Pour une relecture anthropologique de cette même distinction, faisant de la politique un mode d’objectivation et de totalisation du social, et du politique un mode de subjectivation et de singularisation, on verra Lazarus Sylvain, Anthropologie du nom, Paris, Le Seuil, 1996. Pour une application empirique aux conflits sociaux en Afrique du Sud, voir Hayem Judith, « Subjectivités politiques à l’œuvre en Afrique du Sud », in Bernard Castelli et Monique Selim (dir.), Réparer les inégalités ?, Paris, L’Harmattan, p. 67-83.

    9Tassin Étienne, « Subjectivation versus sujet politique. Réflexions à partir d’Arendt et de Rancière », Tumultes, no 43, 2014/2, p. 157-173.

    10Butler Judith, Laclau Ernesto et Žižek Slavoj, Après l’émancipation. Trois voix pour penser la gauche, trad. Philippe Sabot, Paris, Le Seuil, 2017.

    11Thompson Edward P., La formation de la classe ouvrière anglaise, trad. Gilles Dauvé, Mireille Golaszewski et Marie-Noëlle Thibault, Paris, Le Seuil, 2017 ; Scott James C., La domination et les arts de la résistance. Fragments du discours subalterne, trad. Olivier Ruchet, Paris, Amsterdam, 2019.

    12Thompson Edward P., Misère de la théorie. Contre Althusser et le marxisme antihumaniste, trad. Alexia Blin, Antony Burlaud, Yohann Douet et Alexandre Féron, Paris, L’Échappée, 2015, p. 316. Pour une lecture de Thompson à partir du concept d’expérience subjective, on verra Tarragoni Federico, « La méthode de Thompson », Politix, no 118, 2017/2, p. 183-205.

    13Tarragoni Federico, « Du rapport de la subjectivation politique au monde social. Les raisons d’une mésentente entre sociologie et philosophie politique », Raisons politiques, no 62, 2016/2, p. 115-130.

    14Guattari Félix, Les trois écologies, Paris, Galilée, 1989.

    15Touraine Alain, Le retour de l’acteur. Essai de sociologie, Paris, Fayard, 1984 ; De Gaulejac Vincent, Qui est « je » ? Sociologie clinique du sujet, Paris, Le Seuil, 2009.

    16Pour deux exemples d’enquête sur la subjectivation politique à partir de ces perspectives, on verra Lamoureux Jocelyne, « Marge et citoyenneté », Sociologie et sociétés, no 33, 2001/2, p. 29-47 (notamment p. 40 sq.) ; Charlebois Janik Bastein, « Les sujets intersexes peuvent-ils (se) penser ? », Socio, no 9, 2017, p. 143-162.

    17Bourdieu Pierre, « La représentation politique », Actes de la recherche en sciences sociales, no 36-37, 1981, p. 3-24 (ici p. 3-4).

    18Jarrige François, Au temps des « tueuses de bras ». Les bris de machines à l’aube de l’ère industrielle (1780-1860), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009.

    19Cerutti Simona, « Travail, mobilité et légitimité. Suppliques au roi dans une société d’Ancien Régime (Turin, xviiie siècle) », Annales. Histoire, sciences sociales, no 65, 2010/3, p. 571-611.

    20Faludi Susan, Backlash. La guerre froide contre les femmes, trad. Lise-Éliane Pomier, Évelyne Châtelain-Diharce et Thérèse Réveillé, Paris, Des Femmes, 1993.

    21Judde de Larivière Claire, La révolte des boules de neige. Murano face à Venise, 1511, Paris, Fayard, 2014.

    22Ginzburg Carlo, Le fromage et les vers, trad. Monique Aymard, Paris, Flammarion, 1995.

    23Jacquet Chantal, Les transclasses ou la non-reproduction, Paris, Presses universitaires de France, 2014 ; Jacquet Chantal et Bras Gérard (dir.), La fabrique des transclasses, Paris, Presses universitaires de France, 2018. Pour un cas d’étude à partir de la littérature, on verra Tarragoni Federico, « Le roman comme analyseur du conflit. Une lecture sociologique de Martin Eden », Actuel Marx, no 65, 2019/1, p. 168-185 (notamment p. 172 sq.).

    24Genet Jean, Journal du voleur, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1983, p. 198.

    25Butler Judith, Défaire le genre, trad. Maxime Cervulle, Paris, Amsterdam, 2006.

    26Truong Fabien, Loyautés radicales. L’islam et les « mauvais garçons » de la Nation, Paris, La Découverte, 2017.

    27Pruvost Geneviève, Quotidien politique. Féminisme, écologie et subsistance, Paris, La Découverte, 2021.

    28Bourcier Sam, Queer Zones. La trilogie, Paris, Amsterdam, 2018.

    29Rancière Jacques, « À propos de Les noms de l’histoire », La main de singe, no 11-12, 1994, [https://www.multitudes.net/La-poetique-du-savoir/], consulté le 5 juin 2023.

    30Loin d’imiter et de reproduire le système hétéro-patriarcal, les femmes butchs revendiquent en effet une masculinité de position qui est une création consciente et se différencie de la masculinité straight. L’identité queer se présente, quant à elle, comme désessentialisée : une identité de pure position, qui remet en question l’identité définie uniquement par la sexualité et limitant de ce fait la recomposition des catégories de genre.

    31Lagrave Rose-Marie, Se ressaisir. Enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe, Paris, La Découverte, 2021.

    32Paris Myriam, « Un féminisme anticolonial : l’Union des femmes de La Réunion (1946-1981) », Mouvements, no 91, 2017/3, p. 141-149.

    33Guérin Daniel, « Homosexualité et révolution. Carnets (1983) », Variations, no 23, 2020, [https://journals.openedition.org/variations/1623], consulté le 15 février 2021. Il écrit : « Ma venue aux idées révolutionnaires avait été, pour une part plus ou moins large, le produit de mon homosexualité, qui avait fait de moi, de très bonne heure, un affranchi, un asocial, un révolté. »

    34Percheron Annick, « Socialisation et socialisation politique », in L’univers politique des enfants, Paris, Presses de Sciences Po, 1974, p. 3-24.

    35Muxel Anne, « La politisation par l’intime. Parler politique avec ses proches », Revue française de science politique, no 65, 2015/4, p. 541-562.

    36Pagis Julie, Mai 68, un pavé dans leurs histoires. Événements et socialisation politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2014.

    37Martuccelli Danilo, Forgé par l’épreuve. L’individu dans la France contemporaine, Paris, Armand Colin, 2006.

    38Lagroye Jacques, « Les processus de politisation », in La politisation, Paris, Belin, 2003, p. 359-372 (ici p. 360-361).

    39On s’appuie ici sur la discussion que fait Camille Hamidi des définitions de Jacques Lagroye. Hamidi Camille, « Éléments pour une approche interactionniste de la politisation. Engagement associatif et rapport au politique dans des associations locales issues de l’immigration », Revue française de science politique, no 56, 2006/1, p. 5-25.

    40Darras Éric et Mauger Gérard (dir.), La politique ailleurs, Paris, Presses universitaires de France, 1998 ; Le Gall Laurent, Offerlé Michel et Ploux François (dir.), La politique sans en avoir l’air. Aspects de la politique informelle (xixe-xxie siècles), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012 ; Judde de Larivière Claire (dir.), dossier « Politiques du commun (xvie-xixe siècles) », Politix, no 119, 2017 ; Bayart Jean-François, Mbembe Achille et Toulabor Comi, Le politique par le bas en Afrique noire. Contribution à une problématique de la démocratie, Paris, Karthala, 1992.

    41On trouvera des exemples classiques de la politisation comme compétence chez les historiens de la « descente » de la politique vers les masses, tels que Agulhon Maurice, La République au village : Les populations du Var de la Révolution à la Seconde République, Paris, Plon, 1970, ou Weber Eugen, La Fin des terroirs. La modernisation de la France rurale, 1870-1914, Paris, Fayard, 1983. Sur la faible compétence politique d’acteurs se percevant comme fortement politisés, voir Agrikoliansky Éric, « La politisation ordinaire d’une population extra-ordinaire : les électeurs des “beaux quartiers” en campagne électorale (2006-2008) », Politix, no 106, 2014/2, p. 135-157.

    42Voir par exemple Neveu Catherine, « “E pur si muove !”, ou comment saisir empiriquement les processus de citoyenneté », Politix, no 103, 2013/3, p. 205-222.

    43Déloye Yves et Haegel Florence, « La politisation : du mot à l’écheveau conceptuel », Politix, no 127, 2019/3, p. 59-83 (ici p. 77).

    44Fillieule Olivier et Neveu Érik (dir.), Activists Forever? Long-Term Impacts of Political Activism, Cambridge, Cambridge University Press, 2019 ; Neveu Érik, Des soixante-huitards ordinaires, Paris, Gallimard, 2022. Si ces travaux ont le grand mérite d’aborder la politisation à l’échelle individuelle et d’en explorer les effets dans l’intégralité de la vie quotidienne, sans les réduire aux relations à la politique institutionnelle, ils se centrent toutefois sur une modalité de la subjectivation politique, à savoir le militantisme. Ce livre en explore d’autres, renvoyant à ces critiques de la domination qui, développant une capacité d’agir chez les individus, ne se traduisent pas nécessairement en une forme d’activisme militant.

    45Voir Haegel Florence, « La mobilisation partisane de droite. Les logiques organisationnelles et sociales d’adhésion à l’UMP », Revue française de science politique, no 59, 2009/1, p. 7-27 ; Bargel Lucie et Petitfils Anne-Sophie, « “Militants et populaires !” Une organisation de jeunesse sarkozyste en campagne. L’activation périodique d’une offre organisationnelle de militantisme et ses appropriations pratiques et symboliques », Revue française de science politique, no 59, 2009/1, p. 51-75.

    46Rancière Jacques, La mésentente. Politique et philosophie, Paris, Galilée, 1991.

    47Isin Engin F., Citizens Without Frontiers, Londres/New York, Bloomsbury, 2012, p. 133. L’auteur définit sa problématique au sein des citizenship studies comme l’enquête sur « The subjects of politics ».

    48Une partie des usages anthropologiques contemporains du concept renvoie aux luttes pour la reconnaissance des peuples autochtones. Le séminaire d’Alban Bensa à l’EHESS, intitulé « La fabrication du sujet politique. Réflexivité, subjectivités et pouvoir » (2017-2018) a été un lieu important d’élaboration de ces perspectives.

    49Mouchard Daniel, « La mobilisation des “sans” dans la France contemporaine : l’émergence d’un “radicalisme autolimité” ? », Revue française de science politique, no 52, 2002/4, p. 425-447.

    50C’est le cas, par exemple, de la communist subjectivity : la fabrication de la subjectivité révolutionnaire par les partis communistes, faite à la fois de dynamiques hétéronomes et autonomes, de formatage par l’appareil et de créativité individuelle. Pennetier Claude et Pudal Bernard, Le sujet communiste. Identités militantes et laboratoires du « moi », Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.

    51De Certeau Michel, La prise de parole, et autres écrits politiques, Paris, Le Seuil, 1994. Voir Tarragoni Federico, « La prise de parole comme processus de subjectivation politique. Une approximation sociologique », Tumultes, no 43, 2014/2, p. 175-190.

    52Comme le montre le cas de l’engagement des femmes au Parti de la justice et du développement (AKP) en Turquie, analysé par Aymé Prunelle, « Entre contraintes et subjectivation politique : le militantisme féminin au Parti de la justice et du développement en Turquie », Critique internationale, no 88, 2020/3, p. 111-130.

    53Hughes Charles E., « Carrières, cycles et tournants de l’existence », in Le regard sociologique. Essais choisis, éd. Jean-Michel Chapoulie, trad. groupe MTW, Paris, Éditions de l’EHESS, 1997, p. 165-173. Voir Bessin Marc, Bidart Claire et Grossetti Michel (dir.), Bifurcations. Les sciences sociales face aux ruptures et à l’événement, Paris, La Découverte, 2010.

    54Boltanski Luc, « Sociologie critique et sociologie de la critique », Politix, no 10-11, 1990, p. 124-134.

    55Bourdieu Pierre, « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, no 62-63, 1986, p. 69-72 ; Schwartz Olivier, « Le baroque des biographies », Cahiers de philosophie, no 10, 1990, p. 173-183. L’« illusion téléologique » du récit de soi, consistant à mettre en cohérence le passé à partir du présent vécu, est un précieux garde-fou méthodologique pour l’enquête sur la subjectivation. Cependant, si prise comme hypothèse fondatrice de l’enquête, elle contrevient à l’objet même de la recherche, qu’elle renvoie du même coup du côté de l’illusoire et du non-scientifique.

    56Thompson Edward P., Misère de la théorie, op. cit., p. 318.

    57Ginzburg Carlo, Le fil et les traces : vrai faux fictif, trad. Martin Rueff, Paris, Verdier, 2010.

    58Gramsci Antonio, Guerre de mouvement et guerre de position (cahier 25 §2), éd. Razmig Keucheyan, trad. Claude Perrus et Pierre Laroche, Paris, La Fabrique, 2011, p. 263.

    59Spivak Gayatry Chakravorty, Les subalternes peuvent-elles parler ?, trad. Jérôme Vidal, Paris, Amsterdam, 2020.

    60Lüdtke Alf, « La domination comme pratique sociale », trad. A. Oeser et F. Jobard, Sociétés contemporaines, 99/100(3), p. 17-63, 2015 (1991).

    61Bayart Jean-François, L’énergie de l’État. Pour une sociologie historique et comparée du politique, Paris, La Découverte, 2022, p. 460. Pour son analyse (foucaldienne) de la subjectivation politique, on verra Bayart Jean-François, « Total subjectivation », in Jean-François Bayart et Jean-Pierre Warnier (dir.), Matière à politique. Le pouvoir, les corps et les choses, Paris, Karthala, 2004, p. 215-253 ; voir Warnier Jean-Pierre, « Pour une praxéologie de la subjectivation politique », in Jean-François Bayart et Jean-Pierre Warnier (dir.), Matière à politique, op. cit., p. 7-31.

    62Fillieule Olivier et Neveu Érik (dir.), Activists Forever ?, op. cit.

    63Leclercq Catherine, « Engagement et construction de soi. La carrière d’émancipation d’un permanent communiste », Sociétés contemporaines, no 84, 2011/4, p. 127-149.

    64Hivert Joseph, « Une cause perdue. Une sociologie du désenchantement politique et des coûts de l’engagement militant », Actes de la recherche en sciences sociales, no 228, 2019/3, p. 29-41.

    65Roy Olivier, « Deux formes de freinage dans un atelier de mécanique : respecter les quotas et tirer au flanc », Sociétés contemporaines, no 40, 2000, p. 29-56.

    66Gay Vincent, Pour la dignité. Ouvriers immigrés et conflits sociaux dans les années 1980, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2021.

    67Retamozo Martin, « Los piqueteros : trabajo, subjetividad y acción colectiva en el movimiento de desocupados en Argentina », América Latina Hoy, no 42, 2006, p. 109-128.

    68Tungohan Ethel, « Temporary Migrant Workers’ Engagement and (Dis)engagement with the Policy Process », in Leah R. Levac et Sarah M. Wiebe (dir.), Creating Spaces of Engagement: Policy Justice and the Practical Craft of Deliberative Democracy, Toronto, University of Toronto Press, 2020, p. 161-180.

    69Tarragoni Federico, « L’éducation populaire comme art du possible ? L’émancipation intellectuelle dans les missions vénézuéliennes », Tracés, no 25, 2013/2, p. 147-166.

    70Boal Augusto, Jeux pour acteurs et non-acteurs. Pratiques du Théâtre de l’opprimé, trad. Virginia Rigot-Muller, Paris, La Découverte, 2004.

    71Ortner Sherry, Making Gender: The Politics and Erotics of Culture, Boston, Beacon Press, 1996.

    72Comaroff John et Comaroff Jean, Of Revelation and Revolution, Chicago, University of Chicago Press, 1991.

    73Butler Judith, Le pouvoir des mots. Discours de haine et politique du performatif, trad. Charlotte Nordmann, Paris, Amsterdam, 2004 ; Lecercle Jean-Jacques, De l’interpellation. Sujet, langue, idéologie, Paris, Amsterdam, 2019.

    74Starhawk, « Une réponse néopaïenne après le passage de l’ouragan Katrina », in Émilie Hache (dir.), Reclaim. Recueil de textes écoféministes, Paris, Cambourakis, 2016, p. 269-284.

    75Bouchet Thomas, De colère et d’ennui. Paris, chronique de 1832, Paris, Anamosa, 2018.

    76Burstin Haim, Révolutionnaires. Pour une anthropologie politique de la Révolution française, Paris, Vendémiaire, 2013 ; Tarragoni Federico, L’Énigme révolutionnaire, Paris, Les Prairies ordinaires, 2015.

    77Gobille Boris, « Mai-Juin 68 : crise du consentement et ruptures d’allégeance » et « La vocation d’hétérodoxie », in Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal (dir.), Mai-juin 68, Paris, Éditions de l’Atelier, 2008, p. 15-31 et 274-291.

    78Gallot Fanny, « La “crise de nerfs”, de la souffrance à la résistance ? », Clio. Femmes, Genre, Histoire, no 29, 2009, p. 153-164.

    79Bourdieu Pierre, « Espace social et genèse des “classes” », Actes de la recherche en sciences sociales, no 52-53, 1984, p. 3-14.

    80Bourdieu Pierre, Langage et pouvoir symbolique, Paris, Le Seuil, 2014.

    81Fanon Frantz, « Guerre coloniale et troubles mentaux », in Les damnés de la terre, Paris, Gallimard, 1991, p. 300.

    82Luciani Isabelle, « Se dire en disant le monde. Le récit de soi saisi par la performativité ? », in Isabelle Luciani (dir.), Récit de soi, présence au monde : Jugements et engagements, Europe, Afrique, xvie-xxie siècles, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2014, p. 17-27.

    83Tarragoni Federico, « De la personne au sujet politique. Une ethnographie des prises de parole populaires dans les assemblées de barrio au Venezuela », Participations. Revue de sciences sociales sur la démocratie et la citoyenneté, 9(2), 2014, p. 149-175.

    84Lewandowski Sophie et Molina Valdivia Alejandro, « Le théâtre-forum en recherche-action participative : au service du pluralisme épistémologique ? Corps, émotions, savoirs », Participations, no 32, 2022/1, p. 155-181.

    85Arènes Jacques, « Coming out et subjectivation », Dialogue, no 203, 2014/1, p. 53-63.

    86Flammand Benjamin, « Se sentir politiquement engagé. Le rôle des émotions dans la subjectivation politique des recrues de Lutte ouvrière », Lien social et politiques, no 86, 2021, p. 132-149.

    87Vigna Xavier, L’espoir et l’effroi. Luttes d’écritures et luttes de classes en France au xxe siècle, Paris, La Découverte, 2016.

    88Agier Michel, « La force du témoignage. Formes, contextes et auteurs des récits de réfugiés », in Marc Le Pape, Johanna Siméant-Germanos et Claudine Vidal (dir.), Crises extrêmes. Face aux massacres, aux guerres civiles et aux génocides, Paris, La Découverte, 2006, p. 151-168 ; Agier Michel, La condition cosmopolite, Paris, La Découverte, 2013, et plus particulièrement le chapitre « Logiques et politiques du sujet », p. 179-204.

    89Renard Johanna, « Récits d’avortements et subjectivation féministe chez Audre Lorde et Diane di Prima », Cahiers du Genre, no 62, 2017/1, p. 141-158.

    90De Certeau Michel, L’invention du quotidien. Arts de faire, t. 1, Paris, Gallimard, 1990.

    91Matamoros Isabelle, Le pouvoir des lectrices. Une histoire de la lecture au xixe siècle, Paris, CNRS Éditions, 2025.

    92Amrani Younes et Beaud Stéphane, Pays de malheur ! Un jeune de cité écrit à un sociologue. Suivi de Des lecteurs nous ont écrit, Paris, La Découverte, 2005.

    93Lemoine Xavier, « Performing Black Queerness in the U.S. South: Ethnographic Performance and the Blurring of Presence in E.P. Johnson’s Sweet Tea », Études anglaises, no 69, 2016/2, p. 176-193.

    Auteurs

    • Federico Tarragoni

      Université de Caen Normandie.

      Federico Tarragoni est professeur de sociologie politique à l’université de Caen Normandie et membre junior de l’Institut universitaire de France (IUF). Il a fondé le Centre de recherches interdisciplinaires sur le politique (CRIPOLIS) de l’université Paris Cité. Spécialiste de sociologie politique, ses recherches portent sur le populisme et les mouvements de radicalisation de la démocratie, entre l’Amérique latine et l’Europe. Il a publié L’Énigme révolutionnaire (Prairies ordinaires, 2015), Sociologies de l’individu (La Découverte, 2018), L’Esprit démocratique du populisme (La Découverte, 2019), Émancipation (Anamosa, 2021) et Sociologie du conflit (Armand Colin, 2021). Ses travaux ont été récompensés par le prix Schneider Aguirre basualdo de la Chancellerie des universités de Paris et par le « Prix du jeune sociologue » de l’Association internationale des sociologues de la langue française.

    • Déborah Cohen

      Université de Rouen-Normandie.

      Déborah Cohen est maîtresse de conférences HDR à l’université de Rouen-Normandie. Ses travaux portent principalement sur les formes de l’assignation sociale, sur leur intériorisation et/ou les stratégies de résistance qu’elles rencontrent chez les dominés, dans la France du xviiie siècle et en Révolution. Elle est notamment l’autrice de La Nature du peuple. Les formes de l’imaginaire social, xviiie-xxie siècles, Seyssel, Champ Vallon, 2009 et de Peuple, Paris, Anamosa, 2019. Elle vient d’achever une habilitation à diriger des recherches sur les enjeux sociaux et politiques de la dénonciation individuelle au xviiie siècle et en Révolution (1789-1797).

    • Isabelle Matamoros

      Isabelle Matamoros est historienne. Spécialiste du genre, ses travaux s’appuient sur différents registres d’écriture de soi et explorent le rapport des femmes aux savoirs. Elle a notamment publié Féministes en révolution. xixe siècle, Europe-Amérique, dossier de la Revue d’histoire du xixe siècle, no 66, 2023/1 (dir. avec Caroline Fayolle) et Le pouvoir des lectrices. Une histoire de la lecture au xixe siècle, CNRS Éditions, 2025.

    • Vincent Gay

      Université Paris Cité.

      Vincent Gay est maître de conférences en sociologie à l’université Paris Cité et membre du Laboratoire de changement social et politique. Ses recherches portent sur l’histoire sociale et politique de l’immigration et des mobilisations collectives liées à la cause immigrée. Il est l’auteur de Pour la dignité. Ouvriers immigrés et conflits sociaux dans les années 1980 (Presses universitaires de Lyon, 2021), et coauteur de Des vies pour l’égalité (Syllepse, 2022).

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0

    Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Les règles de l'entraide

    Les règles de l'entraide

    Sociologie d'une pratique sociale

    Ségolène Petite

    2009

    La politique de la stupéfaction

    La politique de la stupéfaction

    Pérennité de la prohibition des drogues

    Nicolas Carrier

    2008

    L'école et ses stratèges

    L'école et ses stratèges

    Les pratiques éducatives des nouvelles classes supérieures

    Philippe Gombert

    2012

    Le passage à l'écriture

    Le passage à l'écriture

    Mutation culturelle et devenir des savoirs dans une société de l'oralité

    Geoffroy A. Dominique Botoyiyê

    2010

    Actualité de Basil Bernstein

    Actualité de Basil Bernstein

    Savoir, pédagogie et société

    Daniel Frandji et Philippe Vitale (dir.)

    2008

    Une vie à soi

    Une vie à soi

    Nouvelles formes de solitude au féminin

    Erika Flahaut

    2009

    Les étudiants en France

    Les étudiants en France

    Histoire et sociologie d'une nouvelle jeunesse

    Louis Gruel, Olivier Galland et Guillaume Houzel (dir.)

    2009

    Qu'est-ce que négocier ?

    Qu'est-ce que négocier ?

    Sociologie du compromis et de l'action réciproque

    Christian Thuderoz

    2010

    La parole ou la vie

    La parole ou la vie

    Valeur et dette en Mélanésie

    Charles Illouz

    2010

    Tally's Corner

    Tally's Corner

    Les Noirs du coin de la rue

    Elliot Liebow

    2011

    Les classes populaires à l'école

    Les classes populaires à l'école

    La rencontre ambivalente entre deux cultures à légitimité inégale

    Christophe Delay

    2011

    Cultures enfantines

    Cultures enfantines

    Universalité et diversité

    Andy Arleo et Julie Delalande (dir.)

    2011

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Les règles de l'entraide

    Les règles de l'entraide

    Sociologie d'une pratique sociale

    Ségolène Petite

    2009

    La politique de la stupéfaction

    La politique de la stupéfaction

    Pérennité de la prohibition des drogues

    Nicolas Carrier

    2008

    L'école et ses stratèges

    L'école et ses stratèges

    Les pratiques éducatives des nouvelles classes supérieures

    Philippe Gombert

    2012

    Le passage à l'écriture

    Le passage à l'écriture

    Mutation culturelle et devenir des savoirs dans une société de l'oralité

    Geoffroy A. Dominique Botoyiyê

    2010

    Actualité de Basil Bernstein

    Actualité de Basil Bernstein

    Savoir, pédagogie et société

    Daniel Frandji et Philippe Vitale (dir.)

    2008

    Une vie à soi

    Une vie à soi

    Nouvelles formes de solitude au féminin

    Erika Flahaut

    2009

    Les étudiants en France

    Les étudiants en France

    Histoire et sociologie d'une nouvelle jeunesse

    Louis Gruel, Olivier Galland et Guillaume Houzel (dir.)

    2009

    Qu'est-ce que négocier ?

    Qu'est-ce que négocier ?

    Sociologie du compromis et de l'action réciproque

    Christian Thuderoz

    2010

    La parole ou la vie

    La parole ou la vie

    Valeur et dette en Mélanésie

    Charles Illouz

    2010

    Tally's Corner

    Tally's Corner

    Les Noirs du coin de la rue

    Elliot Liebow

    2011

    Les classes populaires à l'école

    Les classes populaires à l'école

    La rencontre ambivalente entre deux cultures à légitimité inégale

    Christophe Delay

    2011

    Cultures enfantines

    Cultures enfantines

    Universalité et diversité

    Andy Arleo et Julie Delalande (dir.)

    2011

    Voir plus de chapitres

    Chapitre 28 : Sur la scène du délit dans le Paris populaire du xviiie siècle : témoin ou acteur ?

    Déborah Cohen

    Des excès du peuple aux excès des partis du peuple : continuités et transferts des représentations

    Déborah Cohen

    Théroigne de Méricourt : inventer son personnage sur la scène révolutionnaire (1789-1794)

    Déborah Cohen

    Conclusion générale

    Déborah Cohen, Vincent Gay, Isabelle Matamoros et al.

    « Moitié brisée, moitié joyeuse » Souvenirs de pension et concurrence des modèles éducatifs pour filles dans la première moitié du XIXe siècle

    Isabelle Matamoros

    « Un mouvement dans lequel chacun voit ce qu’il veut »

    Individualisation et subjectivation politique à Nuit Debout

    Federico Tarragoni

    L’« art de(s) masse(s) » synonyme de démocratisation de l’œuvre d’art ? Le point de vue de Walter Benjamin

    Federico Tarragoni

    Voir plus de chapitres
    1 / 7

    Chapitre 28 : Sur la scène du délit dans le Paris populaire du xviiie siècle : témoin ou acteur ?

    Déborah Cohen

    Des excès du peuple aux excès des partis du peuple : continuités et transferts des représentations

    Déborah Cohen

    Théroigne de Méricourt : inventer son personnage sur la scène révolutionnaire (1789-1794)

    Déborah Cohen

    Conclusion générale

    Déborah Cohen, Vincent Gay, Isabelle Matamoros et al.

    « Moitié brisée, moitié joyeuse » Souvenirs de pension et concurrence des modèles éducatifs pour filles dans la première moitié du XIXe siècle

    Isabelle Matamoros

    « Un mouvement dans lequel chacun voit ce qu’il veut »

    Individualisation et subjectivation politique à Nuit Debout

    Federico Tarragoni

    L’« art de(s) masse(s) » synonyme de démocratisation de l’œuvre d’art ? Le point de vue de Walter Benjamin

    Federico Tarragoni

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires de Rennes
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1Agier Michel, « Penser le sujet, observer la frontière. Le décentrement de l’anthropologie », L’Homme, no 203-204, 2012/3-4, p. 51-75.

    2Touraine Alain, La voix et le regard. Sociologie des mouvements sociaux, Paris, Le Seuil, 1978 ; Touraine Alain, Critique de la modernité, Paris, Fayard, 1992.

    3Balibar Étienne, Citoyen sujet et autres essais d’anthropologie philosophique, Paris, Presses universitaires de France, 2011, p. 4-5.

    4Foucault Michel, Dits et Écrits, vol. II (1976-1988), Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2001, p. 1046.

    5Ibid., p. 1044.

    6Foucault Michel, « Omnes et singulatim. Vers une critique de la “raison” politique » (1979), in Oeuvres, t. II, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2015, p. 1357.

    7Abensour Miguel, Hannah Arendt contre la philosophie politique ?, Paris, Sens y Tonka, 2006 ; Rancière Jacques, Aux bords du politique, Paris, Gallimard, 2004.

    8Pour une relecture sociologique de cette distinction entre la politique et le politique, on verra Tarragoni Federico, « Pour une sociologie du politique. Critiques de la domination et expériences de la liberté », Revue du MAUSS, no 60, 2023/2, p. 351-378. Pour une relecture anthropologique de cette même distinction, faisant de la politique un mode d’objectivation et de totalisation du social, et du politique un mode de subjectivation et de singularisation, on verra Lazarus Sylvain, Anthropologie du nom, Paris, Le Seuil, 1996. Pour une application empirique aux conflits sociaux en Afrique du Sud, voir Hayem Judith, « Subjectivités politiques à l’œuvre en Afrique du Sud », in Bernard Castelli et Monique Selim (dir.), Réparer les inégalités ?, Paris, L’Harmattan, p. 67-83.

    9Tassin Étienne, « Subjectivation versus sujet politique. Réflexions à partir d’Arendt et de Rancière », Tumultes, no 43, 2014/2, p. 157-173.

    10Butler Judith, Laclau Ernesto et Žižek Slavoj, Après l’émancipation. Trois voix pour penser la gauche, trad. Philippe Sabot, Paris, Le Seuil, 2017.

    11Thompson Edward P., La formation de la classe ouvrière anglaise, trad. Gilles Dauvé, Mireille Golaszewski et Marie-Noëlle Thibault, Paris, Le Seuil, 2017 ; Scott James C., La domination et les arts de la résistance. Fragments du discours subalterne, trad. Olivier Ruchet, Paris, Amsterdam, 2019.

    12Thompson Edward P., Misère de la théorie. Contre Althusser et le marxisme antihumaniste, trad. Alexia Blin, Antony Burlaud, Yohann Douet et Alexandre Féron, Paris, L’Échappée, 2015, p. 316. Pour une lecture de Thompson à partir du concept d’expérience subjective, on verra Tarragoni Federico, « La méthode de Thompson », Politix, no 118, 2017/2, p. 183-205.

    13Tarragoni Federico, « Du rapport de la subjectivation politique au monde social. Les raisons d’une mésentente entre sociologie et philosophie politique », Raisons politiques, no 62, 2016/2, p. 115-130.

    14Guattari Félix, Les trois écologies, Paris, Galilée, 1989.

    15Touraine Alain, Le retour de l’acteur. Essai de sociologie, Paris, Fayard, 1984 ; De Gaulejac Vincent, Qui est « je » ? Sociologie clinique du sujet, Paris, Le Seuil, 2009.

    16Pour deux exemples d’enquête sur la subjectivation politique à partir de ces perspectives, on verra Lamoureux Jocelyne, « Marge et citoyenneté », Sociologie et sociétés, no 33, 2001/2, p. 29-47 (notamment p. 40 sq.) ; Charlebois Janik Bastein, « Les sujets intersexes peuvent-ils (se) penser ? », Socio, no 9, 2017, p. 143-162.

    17Bourdieu Pierre, « La représentation politique », Actes de la recherche en sciences sociales, no 36-37, 1981, p. 3-24 (ici p. 3-4).

    18Jarrige François, Au temps des « tueuses de bras ». Les bris de machines à l’aube de l’ère industrielle (1780-1860), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009.

    19Cerutti Simona, « Travail, mobilité et légitimité. Suppliques au roi dans une société d’Ancien Régime (Turin, xviiie siècle) », Annales. Histoire, sciences sociales, no 65, 2010/3, p. 571-611.

    20Faludi Susan, Backlash. La guerre froide contre les femmes, trad. Lise-Éliane Pomier, Évelyne Châtelain-Diharce et Thérèse Réveillé, Paris, Des Femmes, 1993.

    21Judde de Larivière Claire, La révolte des boules de neige. Murano face à Venise, 1511, Paris, Fayard, 2014.

    22Ginzburg Carlo, Le fromage et les vers, trad. Monique Aymard, Paris, Flammarion, 1995.

    23Jacquet Chantal, Les transclasses ou la non-reproduction, Paris, Presses universitaires de France, 2014 ; Jacquet Chantal et Bras Gérard (dir.), La fabrique des transclasses, Paris, Presses universitaires de France, 2018. Pour un cas d’étude à partir de la littérature, on verra Tarragoni Federico, « Le roman comme analyseur du conflit. Une lecture sociologique de Martin Eden », Actuel Marx, no 65, 2019/1, p. 168-185 (notamment p. 172 sq.).

    24Genet Jean, Journal du voleur, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1983, p. 198.

    25Butler Judith, Défaire le genre, trad. Maxime Cervulle, Paris, Amsterdam, 2006.

    26Truong Fabien, Loyautés radicales. L’islam et les « mauvais garçons » de la Nation, Paris, La Découverte, 2017.

    27Pruvost Geneviève, Quotidien politique. Féminisme, écologie et subsistance, Paris, La Découverte, 2021.

    28Bourcier Sam, Queer Zones. La trilogie, Paris, Amsterdam, 2018.

    29Rancière Jacques, « À propos de Les noms de l’histoire », La main de singe, no 11-12, 1994, [https://www.multitudes.net/La-poetique-du-savoir/], consulté le 5 juin 2023.

    30Loin d’imiter et de reproduire le système hétéro-patriarcal, les femmes butchs revendiquent en effet une masculinité de position qui est une création consciente et se différencie de la masculinité straight. L’identité queer se présente, quant à elle, comme désessentialisée : une identité de pure position, qui remet en question l’identité définie uniquement par la sexualité et limitant de ce fait la recomposition des catégories de genre.

    31Lagrave Rose-Marie, Se ressaisir. Enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe, Paris, La Découverte, 2021.

    32Paris Myriam, « Un féminisme anticolonial : l’Union des femmes de La Réunion (1946-1981) », Mouvements, no 91, 2017/3, p. 141-149.

    33Guérin Daniel, « Homosexualité et révolution. Carnets (1983) », Variations, no 23, 2020, [https://journals.openedition.org/variations/1623], consulté le 15 février 2021. Il écrit : « Ma venue aux idées révolutionnaires avait été, pour une part plus ou moins large, le produit de mon homosexualité, qui avait fait de moi, de très bonne heure, un affranchi, un asocial, un révolté. »

    34Percheron Annick, « Socialisation et socialisation politique », in L’univers politique des enfants, Paris, Presses de Sciences Po, 1974, p. 3-24.

    35Muxel Anne, « La politisation par l’intime. Parler politique avec ses proches », Revue française de science politique, no 65, 2015/4, p. 541-562.

    36Pagis Julie, Mai 68, un pavé dans leurs histoires. Événements et socialisation politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2014.

    37Martuccelli Danilo, Forgé par l’épreuve. L’individu dans la France contemporaine, Paris, Armand Colin, 2006.

    38Lagroye Jacques, « Les processus de politisation », in La politisation, Paris, Belin, 2003, p. 359-372 (ici p. 360-361).

    39On s’appuie ici sur la discussion que fait Camille Hamidi des définitions de Jacques Lagroye. Hamidi Camille, « Éléments pour une approche interactionniste de la politisation. Engagement associatif et rapport au politique dans des associations locales issues de l’immigration », Revue française de science politique, no 56, 2006/1, p. 5-25.

    40Darras Éric et Mauger Gérard (dir.), La politique ailleurs, Paris, Presses universitaires de France, 1998 ; Le Gall Laurent, Offerlé Michel et Ploux François (dir.), La politique sans en avoir l’air. Aspects de la politique informelle (xixe-xxie siècles), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012 ; Judde de Larivière Claire (dir.), dossier « Politiques du commun (xvie-xixe siècles) », Politix, no 119, 2017 ; Bayart Jean-François, Mbembe Achille et Toulabor Comi, Le politique par le bas en Afrique noire. Contribution à une problématique de la démocratie, Paris, Karthala, 1992.

    41On trouvera des exemples classiques de la politisation comme compétence chez les historiens de la « descente » de la politique vers les masses, tels que Agulhon Maurice, La République au village : Les populations du Var de la Révolution à la Seconde République, Paris, Plon, 1970, ou Weber Eugen, La Fin des terroirs. La modernisation de la France rurale, 1870-1914, Paris, Fayard, 1983. Sur la faible compétence politique d’acteurs se percevant comme fortement politisés, voir Agrikoliansky Éric, « La politisation ordinaire d’une population extra-ordinaire : les électeurs des “beaux quartiers” en campagne électorale (2006-2008) », Politix, no 106, 2014/2, p. 135-157.

    42Voir par exemple Neveu Catherine, « “E pur si muove !”, ou comment saisir empiriquement les processus de citoyenneté », Politix, no 103, 2013/3, p. 205-222.

    43Déloye Yves et Haegel Florence, « La politisation : du mot à l’écheveau conceptuel », Politix, no 127, 2019/3, p. 59-83 (ici p. 77).

    44Fillieule Olivier et Neveu Érik (dir.), Activists Forever? Long-Term Impacts of Political Activism, Cambridge, Cambridge University Press, 2019 ; Neveu Érik, Des soixante-huitards ordinaires, Paris, Gallimard, 2022. Si ces travaux ont le grand mérite d’aborder la politisation à l’échelle individuelle et d’en explorer les effets dans l’intégralité de la vie quotidienne, sans les réduire aux relations à la politique institutionnelle, ils se centrent toutefois sur une modalité de la subjectivation politique, à savoir le militantisme. Ce livre en explore d’autres, renvoyant à ces critiques de la domination qui, développant une capacité d’agir chez les individus, ne se traduisent pas nécessairement en une forme d’activisme militant.

    45Voir Haegel Florence, « La mobilisation partisane de droite. Les logiques organisationnelles et sociales d’adhésion à l’UMP », Revue française de science politique, no 59, 2009/1, p. 7-27 ; Bargel Lucie et Petitfils Anne-Sophie, « “Militants et populaires !” Une organisation de jeunesse sarkozyste en campagne. L’activation périodique d’une offre organisationnelle de militantisme et ses appropriations pratiques et symboliques », Revue française de science politique, no 59, 2009/1, p. 51-75.

    46Rancière Jacques, La mésentente. Politique et philosophie, Paris, Galilée, 1991.

    47Isin Engin F., Citizens Without Frontiers, Londres/New York, Bloomsbury, 2012, p. 133. L’auteur définit sa problématique au sein des citizenship studies comme l’enquête sur « The subjects of politics ».

    48Une partie des usages anthropologiques contemporains du concept renvoie aux luttes pour la reconnaissance des peuples autochtones. Le séminaire d’Alban Bensa à l’EHESS, intitulé « La fabrication du sujet politique. Réflexivité, subjectivités et pouvoir » (2017-2018) a été un lieu important d’élaboration de ces perspectives.

    49Mouchard Daniel, « La mobilisation des “sans” dans la France contemporaine : l’émergence d’un “radicalisme autolimité” ? », Revue française de science politique, no 52, 2002/4, p. 425-447.

    50C’est le cas, par exemple, de la communist subjectivity : la fabrication de la subjectivité révolutionnaire par les partis communistes, faite à la fois de dynamiques hétéronomes et autonomes, de formatage par l’appareil et de créativité individuelle. Pennetier Claude et Pudal Bernard, Le sujet communiste. Identités militantes et laboratoires du « moi », Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.

    51De Certeau Michel, La prise de parole, et autres écrits politiques, Paris, Le Seuil, 1994. Voir Tarragoni Federico, « La prise de parole comme processus de subjectivation politique. Une approximation sociologique », Tumultes, no 43, 2014/2, p. 175-190.

    52Comme le montre le cas de l’engagement des femmes au Parti de la justice et du développement (AKP) en Turquie, analysé par Aymé Prunelle, « Entre contraintes et subjectivation politique : le militantisme féminin au Parti de la justice et du développement en Turquie », Critique internationale, no 88, 2020/3, p. 111-130.

    53Hughes Charles E., « Carrières, cycles et tournants de l’existence », in Le regard sociologique. Essais choisis, éd. Jean-Michel Chapoulie, trad. groupe MTW, Paris, Éditions de l’EHESS, 1997, p. 165-173. Voir Bessin Marc, Bidart Claire et Grossetti Michel (dir.), Bifurcations. Les sciences sociales face aux ruptures et à l’événement, Paris, La Découverte, 2010.

    54Boltanski Luc, « Sociologie critique et sociologie de la critique », Politix, no 10-11, 1990, p. 124-134.

    55Bourdieu Pierre, « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, no 62-63, 1986, p. 69-72 ; Schwartz Olivier, « Le baroque des biographies », Cahiers de philosophie, no 10, 1990, p. 173-183. L’« illusion téléologique » du récit de soi, consistant à mettre en cohérence le passé à partir du présent vécu, est un précieux garde-fou méthodologique pour l’enquête sur la subjectivation. Cependant, si prise comme hypothèse fondatrice de l’enquête, elle contrevient à l’objet même de la recherche, qu’elle renvoie du même coup du côté de l’illusoire et du non-scientifique.

    56Thompson Edward P., Misère de la théorie, op. cit., p. 318.

    57Ginzburg Carlo, Le fil et les traces : vrai faux fictif, trad. Martin Rueff, Paris, Verdier, 2010.

    58Gramsci Antonio, Guerre de mouvement et guerre de position (cahier 25 §2), éd. Razmig Keucheyan, trad. Claude Perrus et Pierre Laroche, Paris, La Fabrique, 2011, p. 263.

    59Spivak Gayatry Chakravorty, Les subalternes peuvent-elles parler ?, trad. Jérôme Vidal, Paris, Amsterdam, 2020.

    60Lüdtke Alf, « La domination comme pratique sociale », trad. A. Oeser et F. Jobard, Sociétés contemporaines, 99/100(3), p. 17-63, 2015 (1991).

    61Bayart Jean-François, L’énergie de l’État. Pour une sociologie historique et comparée du politique, Paris, La Découverte, 2022, p. 460. Pour son analyse (foucaldienne) de la subjectivation politique, on verra Bayart Jean-François, « Total subjectivation », in Jean-François Bayart et Jean-Pierre Warnier (dir.), Matière à politique. Le pouvoir, les corps et les choses, Paris, Karthala, 2004, p. 215-253 ; voir Warnier Jean-Pierre, « Pour une praxéologie de la subjectivation politique », in Jean-François Bayart et Jean-Pierre Warnier (dir.), Matière à politique, op. cit., p. 7-31.

    62Fillieule Olivier et Neveu Érik (dir.), Activists Forever ?, op. cit.

    63Leclercq Catherine, « Engagement et construction de soi. La carrière d’émancipation d’un permanent communiste », Sociétés contemporaines, no 84, 2011/4, p. 127-149.

    64Hivert Joseph, « Une cause perdue. Une sociologie du désenchantement politique et des coûts de l’engagement militant », Actes de la recherche en sciences sociales, no 228, 2019/3, p. 29-41.

    65Roy Olivier, « Deux formes de freinage dans un atelier de mécanique : respecter les quotas et tirer au flanc », Sociétés contemporaines, no 40, 2000, p. 29-56.

    66Gay Vincent, Pour la dignité. Ouvriers immigrés et conflits sociaux dans les années 1980, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2021.

    67Retamozo Martin, « Los piqueteros : trabajo, subjetividad y acción colectiva en el movimiento de desocupados en Argentina », América Latina Hoy, no 42, 2006, p. 109-128.

    68Tungohan Ethel, « Temporary Migrant Workers’ Engagement and (Dis)engagement with the Policy Process », in Leah R. Levac et Sarah M. Wiebe (dir.), Creating Spaces of Engagement: Policy Justice and the Practical Craft of Deliberative Democracy, Toronto, University of Toronto Press, 2020, p. 161-180.

    69Tarragoni Federico, « L’éducation populaire comme art du possible ? L’émancipation intellectuelle dans les missions vénézuéliennes », Tracés, no 25, 2013/2, p. 147-166.

    70Boal Augusto, Jeux pour acteurs et non-acteurs. Pratiques du Théâtre de l’opprimé, trad. Virginia Rigot-Muller, Paris, La Découverte, 2004.

    71Ortner Sherry, Making Gender: The Politics and Erotics of Culture, Boston, Beacon Press, 1996.

    72Comaroff John et Comaroff Jean, Of Revelation and Revolution, Chicago, University of Chicago Press, 1991.

    73Butler Judith, Le pouvoir des mots. Discours de haine et politique du performatif, trad. Charlotte Nordmann, Paris, Amsterdam, 2004 ; Lecercle Jean-Jacques, De l’interpellation. Sujet, langue, idéologie, Paris, Amsterdam, 2019.

    74Starhawk, « Une réponse néopaïenne après le passage de l’ouragan Katrina », in Émilie Hache (dir.), Reclaim. Recueil de textes écoféministes, Paris, Cambourakis, 2016, p. 269-284.

    75Bouchet Thomas, De colère et d’ennui. Paris, chronique de 1832, Paris, Anamosa, 2018.

    76Burstin Haim, Révolutionnaires. Pour une anthropologie politique de la Révolution française, Paris, Vendémiaire, 2013 ; Tarragoni Federico, L’Énigme révolutionnaire, Paris, Les Prairies ordinaires, 2015.

    77Gobille Boris, « Mai-Juin 68 : crise du consentement et ruptures d’allégeance » et « La vocation d’hétérodoxie », in Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal (dir.), Mai-juin 68, Paris, Éditions de l’Atelier, 2008, p. 15-31 et 274-291.

    78Gallot Fanny, « La “crise de nerfs”, de la souffrance à la résistance ? », Clio. Femmes, Genre, Histoire, no 29, 2009, p. 153-164.

    79Bourdieu Pierre, « Espace social et genèse des “classes” », Actes de la recherche en sciences sociales, no 52-53, 1984, p. 3-14.

    80Bourdieu Pierre, Langage et pouvoir symbolique, Paris, Le Seuil, 2014.

    81Fanon Frantz, « Guerre coloniale et troubles mentaux », in Les damnés de la terre, Paris, Gallimard, 1991, p. 300.

    82Luciani Isabelle, « Se dire en disant le monde. Le récit de soi saisi par la performativité ? », in Isabelle Luciani (dir.), Récit de soi, présence au monde : Jugements et engagements, Europe, Afrique, xvie-xxie siècles, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2014, p. 17-27.

    83Tarragoni Federico, « De la personne au sujet politique. Une ethnographie des prises de parole populaires dans les assemblées de barrio au Venezuela », Participations. Revue de sciences sociales sur la démocratie et la citoyenneté, 9(2), 2014, p. 149-175.

    84Lewandowski Sophie et Molina Valdivia Alejandro, « Le théâtre-forum en recherche-action participative : au service du pluralisme épistémologique ? Corps, émotions, savoirs », Participations, no 32, 2022/1, p. 155-181.

    85Arènes Jacques, « Coming out et subjectivation », Dialogue, no 203, 2014/1, p. 53-63.

    86Flammand Benjamin, « Se sentir politiquement engagé. Le rôle des émotions dans la subjectivation politique des recrues de Lutte ouvrière », Lien social et politiques, no 86, 2021, p. 132-149.

    87Vigna Xavier, L’espoir et l’effroi. Luttes d’écritures et luttes de classes en France au xxe siècle, Paris, La Découverte, 2016.

    88Agier Michel, « La force du témoignage. Formes, contextes et auteurs des récits de réfugiés », in Marc Le Pape, Johanna Siméant-Germanos et Claudine Vidal (dir.), Crises extrêmes. Face aux massacres, aux guerres civiles et aux génocides, Paris, La Découverte, 2006, p. 151-168 ; Agier Michel, La condition cosmopolite, Paris, La Découverte, 2013, et plus particulièrement le chapitre « Logiques et politiques du sujet », p. 179-204.

    89Renard Johanna, « Récits d’avortements et subjectivation féministe chez Audre Lorde et Diane di Prima », Cahiers du Genre, no 62, 2017/1, p. 141-158.

    90De Certeau Michel, L’invention du quotidien. Arts de faire, t. 1, Paris, Gallimard, 1990.

    91Matamoros Isabelle, Le pouvoir des lectrices. Une histoire de la lecture au xixe siècle, Paris, CNRS Éditions, 2025.

    92Amrani Younes et Beaud Stéphane, Pays de malheur ! Un jeune de cité écrit à un sociologue. Suivi de Des lecteurs nous ont écrit, Paris, La Découverte, 2005.

    93Lemoine Xavier, « Performing Black Queerness in the U.S. South: Ethnographic Performance and the Blurring of Presence in E.P. Johnson’s Sweet Tea », Études anglaises, no 69, 2016/2, p. 176-193.

    La subjectivation politique face à l’ordre social

    X Facebook Email

    La subjectivation politique face à l’ordre social

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    La subjectivation politique face à l’ordre social

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Tarragoni, F., Cohen, D., Matamoros, I., & Gay, V. (2025). Introduction. Le pari de la subjectivation politique. In D. Cohen, V. Gay, I. Matamoros, & F. Tarragoni (éds.), La subjectivation politique face à l’ordre social. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14beb
    Tarragoni, Federico, Déborah Cohen, Isabelle Matamoros, et Vincent Gay. « Introduction. Le pari de la subjectivation politique ». In La subjectivation politique face à l’ordre social, édité par Déborah Cohen, Vincent Gay, Isabelle Matamoros, et Federico Tarragoni. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14beb.
    Tarragoni, Federico, et al. « Introduction. Le pari de la subjectivation politique ». La subjectivation politique face à l’ordre social, édité par Déborah Cohen et al., Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14beb.

    Référence numérique du livre

    Format

    Cohen, D., Gay, V., Matamoros, I., & Tarragoni, F. (éds.). (2025). La subjectivation politique face à l’ordre social. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14bez
    Cohen, Déborah, Vincent Gay, Isabelle Matamoros, et Federico Tarragoni, éd. La subjectivation politique face à l’ordre social. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14bez.
    Cohen, Déborah, et al., éditeurs. La subjectivation politique face à l’ordre social. Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14bez.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires de Rennes

    Presses universitaires de Rennes

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Flux RSS

    URL : http://www.pur-editions.fr

    Email : pur@univ-rennes2.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement