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Sur la présence réelle de l’arme à feu individuelle dans les films de guerre
Conflits du xxe siècle
p. 155-181
Texte intégral
1Dans sa plus grande extension, le film « de guerre » pourrait s’étendre du néolithique aux futurs les plus éloignés : donc aller de La guerre du feu (Jean-Jacques Annaud, 1981) à Universal soldiers (Roland Emmerich, 1992) ou Starship troopers (Paul Verdhoeven, 1997), en passant par nombre de péplums et de films relatifs aux époques médiévale et moderne. En témoigne la production de Ridley Scott comportant, outre des œuvres sur les conflits contemporains, Les Duellistes (1977), Gladiator (2000), Hannibal (2001), Kindgom of heaven (2005), Robin des bois (2010). À l’intérieur, cependant, des war movies (se déroulant en temps de guerre), les Américains distinguent action war movie (film d’aventure militaire), anti-war movie (avec violence, déluges de feu donc trauma) et military movie (film de promotion militaire). L’historiographie privilégie donc une approche morale et idéologique1, du film agissant comme arme. Mais la critique est sans effet sur les liens entre studios et armée. En 1927, le premier Oscar récompense ainsi Les ailes (Wings, William Wellman) qui ont été aidées par l’US Air Force, puis avec la Seconde Guerre mondiale émerge le combat movie, inscrit dans le temps de la guerre et agissant comme œuvre ouverte. Après l’énoncé du danger en prologue, l’intrigue développe des caractères, comme introspection de la nation, avant une dramatisation narrative, comportant des scènes d’action militaire édulcorée et un épilogue de recueillement mobilisateur. Ce parti pris tient à la conjonction des autorités (censure, contrôle militaire, services de propagande définissant un code de production) et de l’Association des producteurs et réalisateurs d’Hollywood. Le pacte visuel pour « servir à gagner la guerre » contourne autant que possible la violence2. Derrière combat il faut lire crusade et derrière « film » le besoin de romance3 – le tout devant souder la Greatest Generation4. Ceci transparaît toujours dans Dunkirk (Leslie Norman, 1958) avec un épilogue célébrant l’unité britannique ou Une fille dans la bataille (Cry of Battle, Irving Lerner, 1963) – exemple de mûrissement du genre. Derrière l’idylle est peint l’accès à l’âge adulte d’un héritier américain, disputant son engagement auprès des résistants philippins entre ses intérêts personnels et des considérations politiques ou géostratégiques. Après une période de reflux dans l’aval de la guerre du Vietnam, le combat film et sa capacité à embrasser tous les conflits du xxe siècle et xxie siècle débutant s’est rechargé et mué en new war movie. Les bérets verts (1968) préfigurent ce tournant puisque Ray Kellogg et John Wayne – réalisateurs et acteur – exhibent les tout nouveaux bombardiers AC47 afin de soutenir la campagne de crédits militaires5. Nouveau film de guerre et film des nouvelles guerres distillent, en effet, un militarisme satisfaisant aux attentes supposées de la Kill Generation. Ainsi, le public enfantin de Transformers : Revenge of the Fallen (Michael Bay, 2009) découvre de vraies bases américaines avec du personnel militaire actif, alors que les matériels sont successivement nommés comme dans une grande foire à tuer6. Ces productions idéologiquement et historiquement régressives, voire révisionnistes7, comptent ainsi Merdeka 17805 (Yukio Fuji, 2001), glorifiant les vertus émancipatrices japonaises en Indonésie, Sniper. Weapon of Retaliation (Alexander Efremov, 2008) et son escouade de tireurs russes étrangers aux purges staliniennes ou encore Normandy (Tino Strackmann, 2011) avec son capitaine de la Wehrmacht bien sous tous rapports. Aux films de ce type s’ajoutent des échecs commerciaux en salles – liés à un désamour conjoncturel pour les films de guerre8 –, mais aux faibles droits de diffusion. La récurrence au petit écran de Windtalkers (John Woo, 2002) imprègne la culture visuelle contemporaine. Il ne faut donc pas opposer ces séries B aux œuvres adoptant un point de vue embedded dont l’achèvement serait Severe Clear (Kristian Fraga, 2009), monté à partir des vidéos du lieutenant des Marines Scotti datant de 2003 en Irak. L’acculturation à la violence comme garant de « vérisme » pour comprendre l’opération Irak Freedom ou le Débarquement9 fausse en effet le débat.
2Celui-ci n’est pas entre narrativité, fonctionnalité et réalité10, pas plus que de se demander si montrer un assaut au cinéma tient de l’illusion – puisque le spectateur ne peut être acteur de l’intransmissible, ni supporter l’irreprésentable – ou de la reconstitution11. Même en 3D, le film ne peut stimuler que deux des cinq sens – Johnny Got his Gun (Dalton Trumbo, 1977) tentant visuellement de traiter le toucher. Même l’assourdissement est le plus souvent celui de l’autre (La chute du faucon noir, Ridley Scott, 2002) ou trop passager pour être pertinent comme au début d’Il faut sauver le soldat Ryan (Steven Spielberg, 1998) [fig. 1].
Figure 1. – Affiche du film Johnny Got his Gun de Dalton Trumbo, 1977.

Collection particulière.
3Subsiste, en revanche, un point aveugle quant au statut d’un objet négligé mais revenu à la conscience de la société française contemporaine lors des attentats de novembre 2015 à Paris. Avec le passage en boucle des images captées à l’arrière du Bataclan, a surgi la fonction primaire des Kalashnikov, au timbre si caractéristique12, qui est de tuer. Or, si dans le cadre militaire, les systèmes optiques (photo et cinéma) n’ont cessé d’accompagner la sophistication et l’efficience croissantes des matériels – l’œil et l’arme étant asservis à la visée13 –, le cinéma semble faire comme si l’arme était naturellement là, parée de ses qualités et prête à un usage expert. De sorte que la conception, le maniement (donc l’apprentissage) et l’abandon (ou le réemploi) sont éludés. Pour évidente que soit cette matérialité, les travaux consacrés au genre évolutif du combat film14 font donc très peu de cas de l’armement individuel15. A contrario, si l’on poussait le renversement de perspective cinématographique à son terme, la fusion, cette fois, de la visée et de l’œil, devrait s’accomplir dans l’arme. Comme le pressentent un très grand nombre de jeux vidéos – le gamer voyant ses « mains » tenir l’arme –, il faudrait alors filmer selon un weapon of view (et pas seulement avec une gun vision). Tel est ici le propos.
4Appréhender un objet si paradoxal puisque donné pour nécessaire (car imposé par les dotations, y compris cinématographiques), présente nombre d’écueils dont le surréel n’est pas le moindre. En témoigne, l’exposition du National Sporting Arms Musuem16, intitulée « Hollywood Guns », qui inclut parmi ses pièces d’exception (sic) une fausse Medal of Honor ou l’« uniforme » de l’acteur incarnant Lewis « Chesty » Puller (le Marine le plus décoré de l’histoire) dans la mini-série The Pacific coproduite par Steven Spielberg et Tom Hanks. Au passage, la version « collector » de celle-ci est placée dans une tin-box, mélange de cantine miniaturisée et de boîte de premier secours…
5Comme le suggère le tableau 1 ci-après, le corpus pourrait comporter plusieurs centaines d’œuvres17, d’autant que des armes « de guerre » – dont le statut légal et la qualification a évolué en France18 – ont parfois une longue carrière en temps de paix. On a donc tenté et hors de toute considération symbolique, esthétique ou d’authenticité19, de respecter ces équilibres numériques sur une production étagée de 1919 à 201520.
Tableau 1. – État décennal de production des films de guerre, par conflit.
| 1re GM | 2e GM | Indochine | Corée | Algérie | Vietnam | Afghanistan (URSS) | Irak | Afghanistan | |
| 1918-1919 | 7 | ||||||||
| 1920-1929 | 13 | ||||||||
| 1930-1939 | 37 | 13 | |||||||
| 1940-1949 | 6 | 373 | 1 | ||||||
| 1950-1959 | 13 | 233 | 5 | 31 | 1 | ||||
| 1960-1969 | 9 | 244 | 4 | 14 | 11 | 7 | |||
| 1970-1979 | 9 | 141 | 1 | 3 | 12 | 18 | |||
| 1980-1989 | 7 | 126 | 3 | 2 | 4 | 38 | 4 | ||
| 1990-1999 | 9 | 88 | 2 | 4 | 2 | 14 | 3 | ||
| 2000-2009 | 17 | 185 | 1 | 4 | 3 | 15 | 5 | 17 | 10 |
| 2010-2016 | 16 | 79 | 3 | 3 | 3 | 0 | 0 | 9 | 7 |
| Total | 144 | 1482 | 20 | 61 | 36 | 92 | 12 | 26 | 17 |

Sources : listes (en anglais) de films sur Wikipédia (par ex. « List Of World War II Films », oct. -nov. 2016).
Au début était l’arme
6Aussi trivial que cela puisse paraître, la réflexion sur la conception d’armes est quasi nulle au cinéma. S’il existe quelques opus consacrés au projet Manhattan – et encore ceux-ci sont-ils assez elliptiques sur la complexité des calculs et de la construction même21 – et quelques autres héroïsant des matériels22, rarissimes sont les films à aborder l’innovation technologique. Parmi les exceptions figure Opération dans le Pacifique (George Waggner, 1945) s’intéressant au développement et à l’amélioration des torpilles sous-marines américaines. Au chapitre de l’arme individuelle, seul Carabine Williams (L’homme à la carabine, Richard Thorpe, 1952) narre l’histoire vraie du concepteur de la US M1. Ce distillateur clandestin, meurtrier durant la prohibition (incarné par James Stewart), rachète son crime en inventant une arme légère, ergonomique dotée d’un système ingénieux de culasse. Cette carabine, produite par Winchester, avait permis au même et ancien pilote James Stewart (général de réserve dans l’US Air Force) de conquérir la Winchester 73 (Anthony Mann, 1950) dans un western d’anthologie23. Coïncidence ou non, c’est en cette même année 1952 qu’Edward Dmytryck avait pu revenir à Hollywood et tourner The Sniper, certes consacré à un tueur en série dans un cadre civil, mais dont l’arme, quasi-héroïne seconde, était justement une US M1. 08/15, la trilogie suivant un groupe d’artilleurs allemands, de 1939 à 1947, entre caserne, front de l’Est et foyers (Paul May, 1954-1955), est trompeuse. Ces chiffres ne désignent pas ici la mythique mitrailleuse Maxim 08/15 à refroidissement par eau dont se sert Jean Gabin dans La Bandera (Julien Duvivier, 1935) mais renvoie à l’argot militaire, et à un objet standardisé ou une personnalité falote.
7Depuis, aucune œuvre n’a été consacrée à une arme de guerre individuelle. Côté russe, l’AK47 n’a inspiré personne directement24, et il faut attendre 2014 avec Tokarev (Paco Cabezas) – simple thriller – pour revoir un titre mentionnant un matériel – en l’espèce un pistolet russe jusquelà presque exclusivement associé à l’arme de poing réglementaire qui fut celle des officiers (parfois sous-officiers) soviétiques. A contrario, et alors qu’il s’agit de Mauser 98, les fusils produits « en Tchécoslovaquie », distribués à une ethnie kenyane par un agent allemand pour sonner la révolte africaine généralisée contre les Anglais, ne sont jamais désignés explicitement. Ils constituent pourtant l’argument principal de Crépuscule (Henry Hathaway, 1941). Bref, identifier une arme à l’écran peut s’avérer difficile – donc requérir une certaine culture –, tandis que la représentativité et la « carrière » cinématographiques des armes individuelles sont tortueuses.
8Pour appréhender cette réalité contrastée, et surtout tenter d’évaluer la réfraction idéologique de différents systèmes de production (à la fois armurière et cinématographique) existe la très utile « Internet movie firearms database25 ». Celle-ci répertorie la présence de chaque arme en ses diverses versions à travers des films, fictions télévisées, dessins animés ou jeux vidéo. Bien que fastidieux, le décompte relatif à 4 pistolets-mitrailleurs, puis à 2 fusils d’assaut – aussi symboliques que très identifiables – est on ne peut plus clair, reflétant les portées historiques, instrumentales et commerciales.
Tableau 2.1. – Occurrences cinématographiques d’armes de guerre.
| Modèle | MP40 | PPSh41 | MAT49 | FAMAS |
| Nombre de versions identifiées pour le cinéma | 1 | 2 | 1 | 2 |
| Films de guerre | 233 | 142 | 26 | 7 |
| Autres films | 79 | 34 | 81 | 12 |
| Total | 312 | 176 | 107 | 19 |

Tableau 2.2. – Occurrences cinématographiques d’armes de guerre.
| Modèle | AK47 | AKS47 | AKM | Norinco Type 56 | Zastava M70 |
| Films de guerre | 45 | 16 | 24 | 26 | 7 |
| Autres films | 41 | 39 | 82 | 92 | 16 |
| Total | 86 | 55 | 106 | 118 | 23 |

9Avec 25 versions différentes et 671 apparitions cumulées sur grand écran, la Kalashnikov est dépassée par le M16 décliné en 9 versions militaires et 15 civiles ou répliques pour 781 figurations. À noter que de nombreux films de guerre recourent aux variantes semi-automatiques (destinées aux forces de l’ordre et au marché civil), alors que les versions militaires sont employées dans des thrillers sans justification narrative autre que promotionnelle. L’usage militaire de ce matériel au cinéma est quasi anecdotique.
Tableau 2.3. – Occurrences cinématographiques d’armes de guerre.
| Modèle | M16 | M16-A1 | M16-A2 | XM177 Commando | AR15 M1-A1 |
| Films de guerre | 10 | 11 | 14 | 5 | 11 |
| Autres films | 80 | 124 | 76 | 44 | 167 |
| Total | 90 | 135 | 90 | 49 | 178 |

10Artefact elle-même, l’« Internet movie firearms database » engendre une distorsion liée à l’origine, la culture et l’intérêt de ses contributeurs, comme à l’accessibilité variable des œuvres. En résulte une relative surprise qu’exprime le tableau suivant portant sur 5 modèles de fusils en usage durant le premier conflit mondial (et ayant pour certains poursuivi leur carrière bien au-delà).
Tableau 2.4. – Occurrences cinématographiques d’armes de guerre.
| Modèle | Lebel 1886 | Mannlicher Carcano 91 | Mosin Nagant 91/30 | Mauser Gewehr 98 | Mauser 98k |
| Versions identifiées pour le cinéma | 1 | 4 | 4 | 1 | 1 |
| Films de guerre | 28 | 29 | 209 | 86 | 125 |
| Autres films | 2 | 22 | 28 | 23 | 46 |
| Total | 30 | 51 | 237 | 109 | 271 |

11La discrétion du « fusil de la victoire » surprend. Certes, la recension néglige les films de l’entre-deux-guerres comme Itto (Jean Benoît-Lévy et Marie Epstein, 1935), situé dans l’Atlas marocain ou Trois de Saint-Cyr (Jean-Paul Paulin, 1939). Mais, Hollywood l’a boudé alors que le Lebel a équipé encore des troupes américaines en 1918, notamment de la 77e division d’infanterie incluant The Lost Battalion (Burton L. King, 1919) tourné avec les survivants de l’unité dont le major Charles Whittlesey26. Son absence est aussi notable dans certains films relatifs à la guerre d’Algérie alors que nombre d’appelés en ont été dotés – au moins à l’entraînement – avant introduction progressive des MAS 36 et 49 (le premier plus léger mais plus imprécis et n’admettant que 5 cartouches contre 8 voire 9 au Lebel, le second plus lourd mais puissant fusil semi-automatique). En revanche, et sachant que le Mosin Nagant est toujours fabriqué, la « carabine » Mauser, entrée pour sa part en dotation en 1935, poursuit sa carrière jusqu’à aujourd’hui, soit en Afrique (Les larmes du soleil, Antoine Fuqua, 2003), soit en Irak (Les rois du désert/Three Kings, David O. Russell, 1999) et que des armuriers allemands comme Kettner en reconditionnent avec comme principal argument la qualité inégalée et disparue des aciers pour les culasses. Quant au Mannlicher Carcano – employé par l’armée italienne jusque la guerre d’Éthiopie –, il est présent en ses trois principales versions dans L’adieu aux ames (Charles Vidor, 1957) et se retrouve dans les Balkans mais tire surtout sa notoriété dans les mains d’Oswald (JFK, Oliver Stone, 1999).
12Si l’on s’intéresse cette fois à quelques armes de poing, s’observent d’analogues écarts27.
Tableau 3. – Occurrences cinématographiques d’armes de poing.
| Modèle | Browning FN 1910/22 | Luger P08 | Tokarev TT 33 |
| Nombre de versions identifiées pour le cinéma | 2 | 1 | 4 |
| Films de guerre | 8 | 262 | 160 |
| Autres films | 58 | 84 | 45 |
| Total | 66 | 346 | 205 |

13Produit de 1910 à 1983 à la Fabrique nationale (Herstal, Belgique) le Browning 1910/22 a certes été l’arme réglementaire de la police nationale et de la gendarmerie françaises de 1945 à 1975 (ce qui explique le déséquilibre quantitatif ici). Mais si un contributeur ne l’avait pas identifié entre les mains d’Oustachis dans La chute de l’Italie (Pad Italje, Lordan Zzfranocic, 1981), aurait été occultée sa fabrication et sa diffusion en 1940-1944 sous administration allemande à destination tant de forces supplétives collaborationnistes du Reich (la Milice par exemple) que de sous-officiers allemands (en France notamment). Peu connu, ce pistolet compact, maniable et sûr (en raison d’un mécanisme de détente à double action permettant de le mettre chargé-armé dans une poche) devrait pourtant l’être, car Le jour qui choqua le monde (Veljke Bulajic, 1975), Gavrilio Prinzip s’en servit à Sarajevo pour tuer l’héritier d’Autriche et sa femme. D’ailleurs, encore à la fin des années 2000, le musée de la Tour de l’Yser, institution particulièrement investie dans le mouvement flamand, faisait de cette arme une des « preuves » de la « culpabilité wallonne » dans le déclenchement du conflit.
14À l’opposé, le succès cinématographique du Luger tient moins à ses propriétés objectives de tir (liées à sa légèreté et à un centre de gravité très reculé), qu’à sa culasse à genouillère nécessitant un armement hétérodoxe et un net relèvement du canon, en tir, donc visuellement expressifs. En résulte son identification avec l’officier allemand, que souligne un instructeur-commando britannique dans Age of Heroes (Adrian Vitorio, 2011) consacré à une opération montée par Ian Fleming. On trouve l’arme chez le « major Bergmmann » dans Rome, ville ouverte (Roberto Rossellini, 1945) jusqu’à Inglorious Bastards (Quentin Tarentino, 2009) tenu à contre-emploi par le « caporal Zoller » – héros nazi devenu objet d’un film dans le film pour avoir abattu près de 300 soldats alliés en Italie. Mais ces qualités sont imméritées : le Luger est fragile, s’encrasse et sitôt enrayé long à remettre en service. Associé aux seuls films de guerre jusque la fin des années 1950, il devient l’arme de prédilection des malfrats possédant une expérience militaire – Alain Delon dans L’insoumis (Alain Cavalier, 1964) pouvant servir de point de bascule – avant une relance dans les années 2000 à travers notamment le nouveau cinéma nationaliste russe.
15Quoi qu’il en soit, il est rare que les qualités intrinsèques d’une arme soient évoquées. Il en est cependant fait mention dans The Iron triangle (Eric Weston, 1989) lorsque Ho, jeune combattant Viet Cong s’empare d’une M16, immédiatement gratifiée de « good rifle » qui devient un enjeu de conflit avec son commissaire politique, Khoi.
Puis vint la sueur (… et non la cible)
16Intrinsèquement, le new war film se caractérise par ses scènes d’action. Il fait donc peu de cas de l’instruction, encore moins du maniement d’armes, alors que l’acquisition d’automatismes est vitale28. Ce n’est pas nouveau. Jeanine Basinger estime ainsi que sur les 1400 films réalisés par Hollywood en 1941-1945, une quarantaine tout au plus aborde la formation. S’il s’agit surtout du recruit training29, le détail des « classes », pas plus que la brutalité des combats au sol ne sont en fait représentés. Gung Ho ! (Ray Enright, 1943) – devenu adjectif synonyme de militariste – détaille, par la voix off et des images denses, la formation physique suivie par des raiders sélectionnés au sein des Marines à San Diego, puis mentionne (voix off) une instruction supplémentaire de trois mois à Honolulu ; mais le maniement d’armes est tout à fait absent. La brigade du diable (Andrew McLaghlen, 1968) marque même une régression. Le film évoque l’amalgame de prévenus américains et de commandos canadiens – avant une audacieuse et meurtrière opération en Italie –, mais alors que les 2/5 du film se déroulent à l’entraînement, personne n’y tire (fig. 2).
Figure 2. – Affiche du film Gung Ho ! de Ray Enright, 1943.

Collection particulière.
17On pourrait s’attendre à mieux dans L’héroïque parade (The Way Ahead). Réalisée en 1944, par Carol Reed, coécrite par Peter Ustinov et Eric Amble, l’œuvre s’inspire de leur film d’instruction, produit pour l’armée britannique en 1943, The New Lot. Le principal acteur en est David Niven, incarnant un lieutenant chargé d’agréger un groupe socialement disparate dans une escouade exposée au feu en Afrique du Nord. Niven y est crédible car, breveté de Sandhurst, lieutenant de Highlanders (1930-1933), démissionnaire, parti à Hollywood, il a réintégré au même grade, en 1939, comme instructeur d’une unité motorisée puis de commandos – pour atteindre en 1945 le grade de lieutenant-colonel après une expérience combattante en Normandie notamment. Mais en dehors d’un assaut figuré de fascines, nulle instruction – juste de longues saynètes sur le patriotisme et le home front. Le cri de la victoire (Raoul Walsh, 1955) suit en 2 h 20 de jeunes Marines entre San Diego et le Pacifique, mais passé le rituel d’intégration et d’interminables stations dans les bars, seules deux brèves scènes abordent le parcours du combattant – toujours sans tirer une seule fois.
18Depuis, la première partie de Full Metal Jacket (Stanley Kubrick, 1987), devenue référentielle, tend un autre miroir déformant. Dans le droit fil d’Orange mécanique (1967), l’acculturation à l’obéissance passe par le temps consacré à savoir démonter, graisser, remonter sa M14, la nommer, la porter à l’épaule, se satisfaire de sa présence30, et bien entendu se l’approprier au stand de tir.
19Ainsi « re-dressé », le soldat Lawrence devient un « fucking genius » pour le sergent Hartman31. Or, le film est encadré par deux œuvres contemporaines. Le maître de guerre (Clint Eastwood, 1986), censée préparer des « toquards » au microscopique débarquement de la Grenade se borne au footing. Quant à Hamburger Hill (1987), John Irvin se contente, pour toute instruction donnée aux Fucking New Guys, d’un topo sur les procédures administratives et postales ou la manière de… se laver les dents.
20Depuis 1987, les clones de sergents aboyeurs et les détails secondaires font toujours ignorer le contenu technique. Le retour d’expérience des instructeurs au feu est éludé, tout comme les types de munitions, les opérations de chargement, même le fonctionnement d’une arme sont toujours occultés. Tigerland (Joel Schumacher, 2000) tire son nom d’une combat zone reconstituée à Fort Lock achevant l’aguerrissement, en 1971, de fantassins préalablement rodés au basic training. La seule scène d’exercice au tir s’accomplit face à une cible accrochée à 1 mètre du sol… sans glacis ou tas de sable derrière (mais offrant un beau contre-jour). On a beau entendre les consignes du chef de stand (« cease fire ») on n’ose imaginer le destin des centaines de balles perdues. Dans Le 9e escadron (Fiodor Bondartchouk, 2005), l’instruction de paras soviétiques, en 1987, présente seulement un cours sur le maniement du C4 et une conférence sur la complexité de la société afghane.
21Avant Full Metal Jacket, finalement seules les œuvres mettant en scène des commandos abordaient le close combat (Les bérets rouges, Terence Young, 1955) ou le lancer de grenades (They Who Dare, Lewis Milestone, 1954) formant passage obligé d’une compétence anticipant le succès d’une opération – dont la multitude des compétences requises forme le cœur de School for Danger (Teddy Baird, 1947) exposant la formation d’agents du SOE infiltrés en France. Parallèlement, s’opère un écart croissant entre le drill très édulcoré imposé à un civil âgé et inapte (Bourvil dans Le Mur de l’Atlantique, Marcel Camus, 1970) et l’exacerbation de la bestialité, pourtant déjà attestée, chez Les douze salopards (Robert Aldrich, 1967). Or, c’est bien cela que Les forçats de la gloire (The Story of G. I. Joe, William Wellman, 1945) interrogeaient. L’épreuve du feu en Tunisie montrant l’insuffisance de la formation initiale n’est pas corrigée et livre à la mort les recrues intégrées pour l’Italie. Comme le capitaine Walker (Robert Mitchum) se le reconnaît à lui-même, il faut être devenu un « meurtrier » pour survivre. Avoir vingt ans dans les Aurès (René Vautier, 1972) enregistre ce dilemme qui transforme, par l’instruction, des recrues plutôt antimilitaristes en machines de guerre au sein d’un commando de chasse.
22Désormais, le propos est ailleurs. La « préparation », parfois narrativement longue, exalte de supposées performances physiques individuelles et tautologues puisqu’elles concernent une élite présélectionnée comme les Navy Seals (Lewis Teague, 1990), s’ouvrant (sic) aux femmes (À armes égales, Ridley Scott, 1997).
23Au total, connaissance de l’arme, apprentissage des règles de tir et procédures de sécurité, ou accidents lors de l’instruction sont soit gommés, soit n’apparaissent qu’en creux. Ainsi en va-t-il au début d’Indigènes (Rachid Bouchareb, 2006) peu après une très brève séance de tir – à l’issue de laquelle le soldat Leroux est promu tireur et reçoit un « fusil allemand » car « ce sont les meilleurs » – Saïd (Jamel Debbouze) laisse échapper une grenade. Le caporal Abdelkader (Sami Bouajila) l’en excuse auprès du sergent, car « ils n’ont pas eu beaucoup d’entraînement ». On ne peut, alors, qu’être attentif à la prise en main d’abord chaotique puis de plus en plus efficace des sept adolescents défendant un pont, le 27 avril 1945, sous la houlette de deux d’entre eux, l’un passé par les Jeunesses hitlériennes, l’autre par une Napola (Die Brücke, Bernhard Wicki, 1959)32. Basée sur des faits réels, sinon voisins, l’appropriation expresse de matériels simples d’emploi (le Panzerfaust détruisant deux des trois M24 « Chaffee » américains) suppose néanmoins une audace exceptionnelle. Ceci cautionne bien entendu la mission insensée du Volksturm. Moins plausible, en revanche, est l’usage de matériels sophistiqués (pistolets-mitrailleurs, fusil à lunette notamment).
24Tout ceci surprend d’autant plus qu’avant même la Première Guerre mondiale le cinéma militaire a, lui, produit des films ou documentaires souvent remarquables33 – et au contenu technique croissant à la Libération34. Ainsi, dans L’Armée de demain, tournée en 1945 au camp d’instruction des sous-officiers de Meucon (Morbihan), et destiné à informer le public, est présenté un inventaire très complet des armes à disposition des fantassins avec précisions données sur les performances, cadences de tir et doctrines d’emploi35. Dans cet « essai d’application des méthodes nouvelles de formation du combattant », le principe est le suivant :
« À une sérieuse formation technique, s’ajoute pour les futurs gradés un entraînement pratique très poussé, car s’il est nécessaire de connaître le mécanisme d’une arme, il faut surtout être capable de la servir au milieu du bruit et du danger. »
25Par conséquent, la « série d’épreuves [physiques] est couronnée par un tir qui permet de juger de la fatigue des élèves par la dispersion des balles sur la cible ». Est ainsi abordé en quelques mots et images efficaces, le fonctionnement des mortiers, du rocket gun et canons antichars, enfin les divers types, propriétés ou maniement des mines. Le point le plus remarquable est le suivant :
« L’instruction du fusil-mitrailleur, comme celle de toutes les autres armes et matériels comprend des cours théoriques suivis de séances d’application sur le terrain. L’élève doit non seulement connaître le FM français, mais encore les modèles étrangers. Il étudiera ainsi le fusil-mitrailleur et la mitrailleuse légère allemande, le fusil-mitrailleur italien, tchécoslovaque, autrichien, américain que les hasards des batailles ont livré aux mains de nos partisans. Cette méthode a l’avantage de faire connaître à nos soldats, de manière concrète, des dispositifs différents. »
26Comme l’avait fait la propagande allemande dès 1939, l’effet visuel est saisissant et il devient difficile de démêler reportage de guerre et accompagnement cinématographique des élèves sur le terrain de manœuvre. Bref, il est évidemment possible de montrer à l’écran un entraînement de qualité. On en est donc paradoxalement réduit à sonder le comique troupier, en creux. La comédie musicale See Here, Private Hargrove (Wesey Ruggles, 1944) ou Les bleus (Stripes, Ivan Reitman, 1981) apportent moins que Les bidasses en folie (Claude Zidi, 1971), Les bidasses s’en vont en guerre (id., 1974) mais présentant davantage que l’apprentissage de l’ordre serré dans En avant les recrues ! (In the Army Now, Daniel Petrie Jr, 1994) [fig. 3].
Figure 3. – Affiche du film See here, Private Hargrove (Wesey Ruggles, 1944).

Collection particulière.
Et bientôt fut le feu
27Vient donc le passage à l’acte, lorsque le geste combattant s’effectue avec l’arme prolongeant le corps36 – ce que l’emphase pyrotechnique et acoustique actuelle annihile souvent. Malgré peu de moyens, la fin de Bataan (Tay Garnett, 1943) montrait bien la rétraction du périmètre de défense des Américains s’appuyant d’abord sur les mitrailleuses, puis leurs fusils, des grenades, leurs armes de poing avant un corps à corps où les mains étranglent. Dans les incertitudes de la guerre de Corée, la supériorité mécanique ou logistique américaine étant battue en brèche, les films s’égrènent avec comme ultime atout le bazooka, seul capable d’arrêter la progression des chars chinois : Baïonette au canon (Samuel Fuller, 1951), Retreat ! Hell ! (Joseph H. Lewis, 1952), One minute to Zero (Howard Hughes, 1952). Même l’inspection maniaque par Gregory Peck de sa M1 (cinq fois) lors du dernier combat d’envergure de la guerre de Corée sur Pork Chop Hill (Lewis Milestone, 1955) ne rassure pas. Ou alors s’agit-il d’une réminiscence de l’ancien réalisateur de films d’instruction, à l’aube de sa carrière, durant la Première Guerre mondiale.
Figure 4. – Affiche du film Retreat ! Hell ! de Joseph H. Lewis, 1952.

Collection particulière.
28Le propos est bien ailleurs en rappelant qu’une arme peut avoir une personnalité inhérente à sa matérialité (donc qualités et anomalies), comme des contraintes de disponibilité et d’usage (l’échauffement d’un canon par exemple) que le cinéma, lui aussi, rencontre – mais contourne. Dans l’une des dernières scènes des Centurions (Mark Robson, 1966), le colonel Raspéguy (Bigeard) incarné par Anthony Quinn se fait tirer entre les jambes à la MAT49, sans être déchiqueté. Or, chacun sait la propension de cette dernière à fortement « tirer » en haut à droite avec le recul – faute de possible tir coup-par-coup. Il en va de même des mouvements erratiques de la Sten, rudimentaire, très bon marché, légère, peu encombrante, facile à parachuter en container, mais d’une imprécision légendaire. Sans même parler de sa faculté à s’enrayer…
29Cependant, le mésusage cinématographique est ailleurs. Dans Le jour le plus long (Ken Annakin et alii, 1962) et Le choix du destin (Paul Verhoeven, 1977), des résistants français et néerlandais tirent à la Sten en empoignant le chargeur, tout comme des acteurs de Retour de la rivière Kwai (Andrew MacLaglen, 1989). Pour logique qu’il puisse être, le geste n’en est pas moins inconcevable car le recul finirait par tordre la bouche de chargement et le chargeur lui-même. Dans ces conditions, la Sten – tenue à main gauche par en dessous – se réduit à l’assaut rapproché ou à l’« arrosage ». Dernièrement, le principal protagoniste du très oscarisé The Hort Locker (Démineurs, Kathryn Bigelow, 2009), empoigne d’une main (et contre toute règle de sécurité), en Irak, un EOD/IED fait de 6 obus de 155 mm pesant, au total, près de… 300 kg.
30Si, par nature, l’arme n’a ni conscience, ni émotion, elle a longtemps préoccupé par ses contre-emplois. En l’absence d’images de synthèse permettant de s’affranchir des matérialités, de recours à des items de collectionneurs privés, ou d’accessoiristes très spécialisés, l’erreur était banale. Dans les années 1960-1970, le magazine Cibles (consacré aux armes anciennes) possédait une petite rubrique dénonçant ces travers. Ainsi, dans La bataille des Ardennes (Ken Annakin, 1965), les gardes d’un parc d’artillerie américain portent… la MAT49 au côté, tandis que le char M24 « Chaffee » remplace le M4 « Sherman » ou les Tigres sont figurés par des M47 « Patton ». Le même problème s’est posé aux Soviétiques pour L’arc de feu (Youri Ozoroc, 1969), premier opus de Libération – épopée en six films –, des chars T54 et T55 se substituant aux Tigres pour la bataille de Koursk reconstituée. Existent aussi des invraisemblances. Dégoupiller une grenade quadrillée avec les dents comme dans Retour aux Philippines (Back to Bataan, Edward Dmytryck, 1945) ou la projeter très loin (Les morfalous, Henri Verneuil, 1984) est insensé, surtout en situation de stress – d’autant que la goupille est souvent capricieuse à ôter. Bien qu’expérimenté, le « sergent Keck » commet ainsi une erreur de manipulation fatale dans La ligne rouge (The Thin Red Line, Terrence Malik, 1998), ne parvenant pas à détacher l’engin, qui s’est dégoupillé, de son harnachement. Faudrait-il alors des qualités athlétiques hors normes, telles celles de ce guérillero nicaraguayen (mais lanceur de base-ball de son état) dans Under Fire (Roger Spottiswoode, 1983)37 ? Seul bémol : la forme, le poids (variant de 0,5 à 1 kg), la nécessité d’éloigner le plus possible la grenade pour se protéger de son souffle et de ses éclats commandent justement un jet d’amplitude et non bras cassé comme au base-ball. Concernant la mise en œuvre des lance-grenades, on pense naturellement au tireur défoncé d’Apocalypse now (Francis Ford Coppola, 1979) réduisant au silence un Vietnamien avec sa M79 méthodiquement calée sous le bras mais sans recul et presque silencieuse. Mais on s’étonne, en revanche, que les films portant sur la Première Guerre mondiale ignorent les très banales grenades à fusil dites « VB » (Vivien Bessières) ainsi qu’une grande part de l’arsenal individuel portatif – y compris des ersatz – disponible dans les tranchées.
31Il faut donc recontextualiser l’arme dans son environnement cinématographique de combat en grande part lié à l’esprit du temps. Trois figures peuvent illustrer ce point.
32Le déroulement de l’assaut d’infanterie – moment filmique par excellence – est un premier cas d’école. Comme le rappelle le général François Lecointre, il s’agit toujours de « quelque chose de très particulier » car « on met la baïonnette38 ». La tranchée (William Boyd, 1999) restitue cet instant de très forte intensité quand l’ordre « fix bayonets » scelle l’inéluctable (au début de la bataille de la Somme) – reprenant ce même ordre enjoint par deux fois et en toutes lettres dans le muet Au service de la gloire (Raoul Walsh, 1926). Paraît aussi logique l’ordre intimé dans Le pantalon (Yves Boisset, 1999) de vérifier l’absence de terre dans le canon des fusils. Tout ceci importait peu dans Les croix de bois (Raymond Bernard, 1932) ou Les sentiers de la gloire (Stanley Kubrick, 1957) montrant les vagues d’assaut se frayant un chemin entre mitraille et obus avant la prise de tranchées adverses (À l’Ouest rien de nouveau, Lewis Milestone, 1930). L’élan et le choc n’expliquent pourtant pas le mutisme du fusil des assaillants. Manque en effet une consigne supplémentaire, évidente aux anciens combattants de 14-18 et inutile aux usagers ultérieurs de fusils d’assaut dotés de sécurité, mais que Gallipoli (Peter Weir, 1981) indique bien : à savoir « unload your guns… no bullets », ceci pour éviter de tirer sur un des siens lors de la charge – en cas de chute ou de crise de panique par exemple. Paschendaele (Paul Gross, 2008) élude l’offensive mais montre bien – selon que les Canadiens soient sur la ligne de défense ou dans les trous d’obus –, l’incapacité à armer son fusil (par peur), les cartouches insérées dans le chargeur (culasse reculée), l’arme qui s’enraye, le commandement du feu, pour parer la contre-attaque allemande et le chaos avec baïonnette, couteau, pelle et même casque convoqués dans la survie. En revanche et dans un autre contexte, juste avant d’atteindre les sables d’Iwo Jima (Allan Dwan, 1949), ordre était donné aux Marines de « verrouiller, charger » sans user de la baïonnette – et l’on distingue très bien la prise du fusil dans la course, canon à 45 ° et la main droite fermement posée sur le pontet (et non un doigt sur la queue de détente). Crier « baïonnette au canon » et faire courir le fantassin dans le désordre, canon en bas (Un long dimanche de fiançailles, Jean-Pierre Jeunet, 1999), laisse cependant moins songeur que les conversations primesautières d’avant assaut, la distribution de cartouchières réduites à deux lames de cinq balles et une grenade, et surtout l’ordre donné de tirer sur tout camarade irlandais qui reculerait (Le cheval de guerre, Steven Spielberg, 2006).
33Dans un registre voisin, la corrélation entre tir et arme – récurrente dans le western ou le thriller –, est longtemps négligée ou traitée de biais. Ici, c’est la puissance divine qui permet au Sergent York (Howard Hawks, 1941), incarné par Gary Cooper (à la demande du véritable Alvin York), de tuer 27 soldats allemands lors d’une même action en 1918, bien que sans expérience initiale car méthodiste et antimilitariste. Là, au contraire, est invoqué un « instinct du chasseur » pré-acquis sinon pré-requis allant avec plus ou moins de succès du « Captain Thompson », amateur de gros gibier tenant Hitler au bout de son fusil (Chasse à l’homme, Fritz Lang, 1941) à « Mike Vronsky » (Voyage au bout de l’enfer, Michael Cimino, 1978) ou Vassili Zaïtsev (Stalingrad, Jean-Jacques Annaud, 1999). Ailleurs, l’arme sert d’alibi à des images de supposée précision – dans la veine de Sniper, Luis Llosa, 1993). Ou alors, comme chez Pierre Schoendoerffer, seule la dimension balistique prévaut : « Très mauvais tireurs, ces Danakils » (Jean Rochefort/Le Commandant, Le Crabe-Tambour [1978]). On pourrait donc avoir le sentiment que les contraintes techniques liées au tir – avant tout de précision – apparaissent tardivement à l’écran. Une brève scène de Jeu d’espion (Tony Scott, 2001) montre Brad Pitt, corrigeant sa mire grâce aux indications éoliennes fournies par son observateur lors d’une opération au Laos. Situé durant la guerre du Golfe, Jarhead (Sam Mendes, 2005) approfondit ce binôme avec la lente scansion du pointeur ouvrant la fenêtre de tir – après les réglages – tant qu’il dit « fire… fire… fire… ». Et l’on arriverait ainsi au terrifiant palmarès établi par Kyle, l’American Sniper (Clint Eastwood, 2014). Dans ce concentré de shooting movie se retrouvent les préconditions familiales au tir, l’entraînement abrutissant, le duel opposant un McMillan TAC-338A et une FPK/PSL roumaine jusqu’à l’exploit balistique. Soit. Mais ceci occulte l’existence d’autres modes d’action. La rude et très bolchévique Marioutka finit par tuer Le quarante et unième (Grigori Tchoukhrai, 1956) russe blanc, mais c’est avec son Mosin Nagant 91/30 qu’elle avait abattu à la volée et d’assez près ses 38e, 39e et 40e cibles. La même arme, dotée cette fois de la lunette PU, permet inversement à un officier russe blanc (incarné par Vladimir Vissotski) d’abattre l’un des Two Comrades [who] Were Serving (Yevgeni Karelov, 1968). Mais l’Aliya Moldagulova campée dans Snaypery (Viktor Lebedev, 1982) s’éloigne du héros marmoréen de l’URSS, morte en commandant un assaut dans la taïga près de Novossibirsk en janvier 1944 à 19 ans et pour cela décorée de l’ordre de Lénine. On y suit plutôt la construction d’une hystérie, ponctuée de drames, trauma et pleurs, subie par une très jeune fille citant Jeanne d’Arc – longtemps simple sous-officier de reconnaissance, désarmée – qui vient seulement au tir, d’abord maladroit, puis réfléchi en balayant l’espace, après avoir pu conserver l’arme de son ami et mentor, tué. Par-delà la propension russe actuelle à dupliquer la production américaine – un biopic sur Lyudmila Pavlichenko, « Dame de la Mort » pour plus de 300 soldats allemands, est en cours –, la vraie confrontation devrait se porter sur autre chose. À savoir que les tireurs soviétiques (même en escouades) ajustent, visent et tirent seuls ; qu’en outre, le tir s’effectue les deux yeux ouverts (comme à la chasse), faute justement d’observateur, mais aussi parce que la lunette PU, de grossissement limité à 3,5 fois, permet justement une vue panoramique binoculaire. Du reste, la position relativement reculée par rapport à l’optique tranche avec celle des tireurs américains, l’œil quasi dans le réticule. La projection du groupe de combat allemand par le cinéma américain est aussi sujette à caution. Depuis Croix de fer (Sam Peckinpah, 1977) prévaut l’usage de la MP40 alors qu’il s’agit d’une arme de combat urbain et non d’un fusil d’assaut, longtemps absent, raison pour laquelle une section reposait sur les mitrailleuses MG 40 ou 42 et les Mauser 98 (Stalingrad, Fiodor Bordarchuck, 2014).
34Enfin la gestion des munitions mérite d’être abordée. À l’instar du western et du thriller, les réalisateurs ont longtemps usé d’infinite ammo, bottomless magazines et autres no limit rounds, de sorte que tout engagement s’accompagnait de vacarme indistinct. Malgré l’économie du feu présente dans The Big Red One (Samuel Fuller, 1980) car les principaux protagonistes tirent volontiers au coup par coup, nulle douille au sol et nul geste de rechargement n’apparaissent. On les voyait pourtant esquissés dans Paris brûle-t-il ? (René Clément, 1966), lorsque quelques hommes de la 2e DB, menés par Claude Rich, s’invitant dans un appartement de la rue de Vaugirard, faisaient feu contre une mitrailleuse allemande dissimulée dans le Luxembourg. L’une des dernières scènes de To Hell and Back (Jessie Higgs, 1955), consacré à Audie Murphy (fantassin le plus décoré de la Seconde Guerre mondiale), pourrait, quant à elle, préfigurer Rambo (Ted Kotoheff, 1982). On y voit, en effet, le jeune lieutenant issu du rang – incarné par lui-même –, juché sur un Sherman, et tirer indéfiniment à la mitrailleuse lourde (une Browning M2) contre un ennemi invisible voué au massacre tel le vétéran du Vietnam assassinant ses fantômes à la M60. La forme inviterait d’autant plus à relier réalité et fiction, que Murphy fut victime de stress post-traumatique et devint apôtre de son traitement. Sauf que le film, destiné à soutenir la transition d’après-Corée, n’en parle pas. Il montre, en revanche, la virtuosité au feu, fondée sur l’emploi de chargeurs accouplés tête-bêche par du sparadrap (tant avec sa US M1 que sa Thompson). Il convient également de faire le distingo entre se préparer pour une patrouille avec « cinq grenades, cinq chargeurs » (Cease Fire, Owen Crump, 1953) à la fin de la guerre de Corée ou une infiltration profonde pour détruire un câble de fibre optique, en Irak, durant la guerre du Golfe avec près de 95 kg de paquetage, incluant vivres, eau, essence, armes, munitions, matériel de transmission etc. (Bravo Two Zero, Tom Clegg, 1999). Mais l’accumulation de douilles dans Rambo 2 (George Pan Cosmatos, 1985) et Platoon (Oliver Stone, 1986) ne s’expliquerait pas sans l’existence de la « Hollywood Film Service Co39 ». Créée en 1983, l’entreprise est devenue le leader pour la location de matériels (et munitions) destinés aux studios avec un catalogue allant du pistolet à la mitrailleuse lourde. En recourant à ces live firearms (i. e. non neutralisées), Hollywood a successivement montré l’extraction des lames de chargeurs des US M1 – Mémoires de nos pères (Clint Eastwood, 2006) –, pu s’offrir les services de quelques SEALs tirant à balles réelles – Act of Valor (Mike Moody et Scott Vaugh, 2012) –, extrapolant un film de recrutement réalisé par les mêmes, ou démontrer l’importance du tir « raisonné » en mode semi-automatique pour économiser les munitions (Du sang et des larmes/Lone Survivor, Peter Berg, 2013)40. Le fait est que dans Chiens, à vous de crever (Frank Wisbar, 1959) – film allemand sur Stalingrad –, Un pont trop loin (Richard Attenborough, 1977) lors de l’opération « Market Garden » sur Arhnem en 1944, ou lors du siège de Jadotville (Richie Smyth, 2016), en 1961 au Congo, les combats cessèrent faute de munitions. S’il fallait naguère détruire les stocks vietminh dans La porte de Chine (Samuel Fuller, 1956), le nouveau chauvinisme turc célèbre le sacrifice de 120 adolescents chargés de faire parvenir depuis Van les munitions à Sarikamosh en 1915 face aux Russes (Özhan Eren, 2008).
Enfin fut le silence ( ?)
35Si le cinéma a surabondamment traité la post-guerre des vétérans41, il a négligé le sort des matériels – le combat film étant inscrit dans les temps emboîtés, mais finis, de l’assaut, de la bataille et de la guerre. Pas plus que de fourriers distribuant les armes en amont, on ne voit de sections ramasser celles-ci après les combats dans le cadre de la démilitarisation et neutralisation des zones de guerre (déminages mis à part), ni réintégrer dépôts ou arsenaux, ni être fondues.
36L’arme des morts se trouve donc réduite à la figure assez fréquente de la tombe provisoire surmontée du fusil fiché en terre par la baïonnette. La Fallen Soldier/Warrior Battle[-field] Cross – pouvant devenir objet monumental dans les cimetières militaires –, complétée du casque et au besoin des bottes, croix et plaques d’identification figure, selon une intéressante enquête, dans 41 films sur un corpus d’environ 300 œuvres42. Mais s’il est incontestable que le cinéma a banalisé cette pratique funéraire, il faut à nouveau recontextualiser l’arme (et non la signification). Après vérification, dans aucun cas, en effet, l’acte de retirer culasse, chargeur et munitions n’apparaît à l’écran. Les culasses sont distinctes dans Le commando de la mort (Lewis Milestone, 1945), Sahara (Zoltan Korda, 1943), Saipan (Hell to Eternity, Phil Karlson, 1960) jusque The Hunt for Eagle One (Brian Clyde, 2006). Bien que l’affiche, destinée à la version française de Redacted (Brian de Palma, 2007) puisse être vue au second degré, le cliché d’une M4A1 avec chargeur, culasse et lunette de visée étonne. La vocation du fusil planté est de signaler un corps devant être excavé par le Graves Registration Service43, pas de laisser un matériel à l’ennemi lors d’actions aléatoires. Dans La 317e section (Pierre Schoendoerffer, 1965) Bruno Cremer (incarnant un adjudant ayant servi sur le front russe comme « Malgré nous ») désarme son sous-lieutenant, blessé au ventre, en dispersant les pièces dans la jungle, ne lui laissant qu’une grenade que l’on entend bientôt exploser. Il est donc tout à fait exceptionnel d’assister à une fouille (sans doute plusieurs semaines après un combat) et au dégagement d’une arme allemande comme au début de Requiem pour un massacre (Elemem Klimov, 1985).
37L’arme des vaincus est inégalement développée. Le propre de la guerre étant de prendre l’avantage, de réduire l’ennemi, alors s’emparer de ses armes s’impose. Conformément aux photos et actualités officielles de la guerre d’Algérie, le « tableau » – avec les pièces bien alignées prises au FLN/ALN – apparaît dans L’honneur d’un capitaine (Pierre Schoendoerffer, 1982). On y décèle au passage des fusils de chasse, principal objectif des « ratissages44 ». Mais, en dehors de ces brèves mentions, la figure de la cessation des combats est plutôt elliptique. Les ennemis d’hier étant devenus les alliés d’aujourd’hui, le cinéma semble faire comme si la liesse prochaine des uns, mais la honte des autres appelaient pour ces derniers l’entrée dans un autre univers cinématographique : celui des prisonniers de guerre, au mieux déjà désarmés et cheminant en colonnes vers l’enfer, l’évasion, l’insurrection ou le sauvetage (sans modification du rapport à l’arme)45. La fin de guerre, comme moment suspendu et interstitiel, émerge autant dans Le traitre (Decision before dawn, Anatole Litvak, 1951) présentant le retournement de prisonniers de guerre allemands pour renseigner les Américains sur les unités combattantes dans l’Allemagne d’avril 1945, que dans Katyn (Andrzej Wajda, 2007) débutant après la reddition polonaise. Les premiers plans de La vache et le prisonnier (Henri Verneuil, 1959) se jouent de tels codes, suggérant des Français attendant l’offensive, mais qui sont bientôt hélés par la fermière allemande. La débâcle apparaît certes dans l’abandon des matériels de Week-end à Zyudcoote (Henri Verneuil, 1964). Mais entre Le caporal épinglé (Jean Renoir, 1962) et Mais où est donc passée la 7e compagnie ? (Robert Lamoureux, 1973), les désarmements massifs sont à peine esquissés. De telles scènes n’ont pas lieu d’être dans Bénis par le feu (Tristan Bauer, 2005) puisque les conditions du cessez-le-feu permettent aux Argentins de quitter les Malouines avec leurs armes. À l’inverse, la question ne se pose pas non plus dans Les Marines attaquent (Battle of Okinawa, Kihachi Okamoto, 1971), tourné vers le sacrifice. Dans les années 1950, l’abondant cinéma japonais patriotique se refusait à toute forme de reddition46. Même dans La prière du soldat, troisième et dernier volet de La condition de l’homme (Masaki Kobayashi, 1961), réputé antimilitariste, l’unité japonaise se rend à l’Armée rouge, en Mandchourie, soit en ayant abaissé les fusils lors d’une préalable dernière prise d’armes, soit par l’image d’un soldat plein champ (au propre et au figuré) bras levés. Mais entre les deux plans, le long cri d’une femme dit bien la colère. Quant à Japan’s Longest Day (Kihaochi Okamoto, 1967) sur l’avortement du coup d’État d’août 1945 ou La chute (Oliver Hirschiegel, 2004) sur l’étroit périmètre du bunker d’Hitler ne font guère mieux (suicides de jusqu’auboutistes mis à part). Sans commune mesure avec les 5 millions de soldats allemands s’étant rendus en avril 1945 sur le front ouest-européen et sous bénéfice d’inventaire, seuls A Midnight Clear (Keith Gordon, 1992) et The Last Days (Eric Bryan, 2005), ont pour thème la reddition – le cinéma soviétique ou russe actuel faisant l’impasse dessus. Et encore dans les deux cas s’agit-il d’un échec. Dans le premier film, l’accord passé à Noël 1944 dans les Ardennes entre deux petits groupes dégénère fortuitement et tous les Allemands sont tués ; chargés de désarmer des unités divagantes en mai 1945, dans le second film, une escouade américaine échoue tout autant à faire entendre raison aux soldats non avertis de la cessation des combats. Quant au Capitaine Corelli (John Madden, 2001), il survit à l’exécution en règle des Italiens – s’étant rendus après combat – par les alliés allemands d’hier. En d’autres termes, le cinéma ne veut pas faire taire les armes. C’est d’ailleurs le propos explicite de 1945. End of War (Hideyoki Hirayama, 2011) visant, en fait, à la poursuite de la guerre. C’était aussi sa dénonciation, cette fois, dans Lions et agneaux (Robert Reford, 2007) puisqu’à l’instant même où deux jeunes soldats américains, à cours de munition, se levaient armes dressées pour être mitraillés par les talibans, était annoncée sur CNN la nouvelle politique stratégique américaine.
38Par conséquent, l’arme du vaincu doit être recherchée en creux et d’abord dans le ré-emploi. C’est évidemment le cas en situation d’insurrection partisane ou coloniale. Les résistants français sont ainsi équipés de Mauser 98k pour aider Vopmette Szabo, Agent secret S. Z. (Lewis Gilbert, 1959) ou retarder Le train (John Franhenheimer, 1964), chargé des œuvres du Jeu de Paume – sans que l’on sache comment ces fusils ont été pris. En revanche, la survie de l’« Otriad » Bielski, entre Biélorussie et Ukraine (Les insurgés, Edward Zwick, 2008) dépend ainsi de la récupération constante de matériels et de munitions (soit en attaquant des postes allemands isolés, soit lors de combats). En dépit d’erreurs formelles, Nous étions soldats (Randar Wallace, 2001), évoquant les débuts de la bataille de la Drang en 1965, montre bien des matériels récupérés par le Vietminh pendant la guerre d’Indochine – malgré les neutralisations, assez dérisoires il est vrai, de Diên Biên Phu (Pierre Schoendoerffer, 1992)47. L’ennemi intime (Florent Siri, 2007) exagère un peu l’hétéroclite de l’armement français en Algérie (incluant des fusils Enfield et des PM Thompsonn, dans les faits cantonnés à l’entraînement) mais est juste sur l’emploi par les combattants algériens du fusil Mauser 98 ou de la mitrailleuse MG42 (reliquats de l’Afrika Korps et fournitures de pays arabes, l’Égypte au premier chef). Plus surprenante est la présence (sans chargeur) d’un pistolet-mitrailleur soviétique PPSh dans une scène de La bataille du rail (René Clément, 1946). Plus plausible qu’un cadeau du « Grand Frère » à la production est la récupération (par les FTP ou des troupes régulières) de matériels saisis aux Allemands. L’entrée de ceux-ci en Ukraine, en 1941, leur avait en effet livré des stocks prodigieux de munitions pour cette arme, sitôt intégrée en dotation. Elle était en usage dans les troupes caucasiennes défendant le mur de l’Atlantique.
39Incidemment, la prise de guerre renvoie au trophée. Mais là encore, les indices sont ténus. Un fusil Arisaka 99 apparaît dans Le port de l’angoise (Howard Hawks, 1944), comme un Luger P08 pris par l’un des survivants du 442e régiment (110e bataillon d’infanterie) formé de soldats américains d’origine japonaise et unité la plus décorée de l’histoire dans Get for broke (Tout ou rien, Robert Pirosh, 1951)48. Un autre Luger semble incongru dans Halls of Montezuma (Lewis Milestone, 1951) dont l’action se déroule dans le Pacifique. Mais il s’agit sans doute d’un souvenir de la Première Guerre mondiale acquis préalablement par un Marine. Le Walther P38 retrouvé par l’enfant (et futur soldat) dans les affaires de son grand-père ancien de la 82e aéroportée laisse entendre une pratique étendue de prélèvements sur l’ennemi (Memorial Day/En mémoire de nos frères, Sam Fischer, 2011). Or, ces allusions sont sans commune mesure avec les milliers de Mauser 98 rapportés pour la chasse par les G. I.’s, sans contrôle militaire, mais avec l’assentiment de l’American Legion et le soutien de la NRA dont le nombre d’adhérents triple entre 1945 et 194649.
40Dans l’opacité des après-guerres, la circulation des armes à plus ou moins grande échelle est occultée. Ou alors est-ce un improbable stock abandonné de Luger et grenades à main cachés au Fort de Boyardville (Les aventuriers, Robert Enrico, 1967). Seul un acte individuel transparaît dans Les guerriers de l’enfer (Karel Reisz, 1978). Nick Nolte rapportant du Vietnam par bateau, 2 kg d’héroïne pour un ami, mais surtout une M16 pour lui-même. En revanche et à partir de 1949 avec L’ennemi public no 1 (Henri Verneuil), le film noir français emploie Sten, Thompson et MP40 indiquant une militarisation du grand banditisme – comme dans Touchez pas au grisbi (Jacques Becker, 1954) – mais sans fil indiqué avec la Résistance. Et entre Razzia sur la chn’ouf (Henri Decoin, 1955) et Le pacha (Georges Lautner, 1968) Jean Gabin évolue dans cet univers dont l’extinction date de 1977 avec Le gang (Jacques Deray) dans lequel il ne joue cependant pas. La disponibilité du matériel allemand se retrouve à l’identique dans Les tontons flingueurs (Georges Lautner, 1963), « Théo » (ancien soldat allemand passé par la Légion) servant une MG42. Dans Ne nous fâchons pas (Georges Lautner, 1966), outre André Pousse usant de la MP40, ses acolytes pêchent à la grenade, tandis qu’Annie Girardot préfère le Sturmgewehr 44 car Elle cause pas elle flingue (Michel Audiard, 1972). Quant à Jean Richard, l’explosion de la grenade enfin dégoupillée le ramène ainsi que ses amis fortement éméchés à la réalité (La guerre des boutons, Yves Robert, 1962). Autrement dit, la forte dissémination des armes de guerre dans le cinéma français peut être dramatique ou burlesque, mais exprime un fond de vérité – au moins culturel –, lié à la proximité de ces armes dans la mémoire. A contrario, Robert de Niro, ancien vétéran du Vietnam devenu Taxi Driver (Martin Scorcese, 1976), ne choisit que le Walther PPK, en le confondant avec le P38, sur l’ensemble des armes qui lui sont proposées par le trafiquant, au nombre desquelles figure un Luger P08. Or, sur ce dernier point et malgré les profits colossaux engendrés par cette activité, le commerce des armes, légal ou non, a très peu été abordé. Entre l’ambigu Humphrey Bogart dans Sirocco (Curtis Bernhardt, 1951) et Nicholas Cage en peu crédible VRP dans Lord of War (Andrew Niccol, 2000), le bilan est mince.
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41Au total, le 7e art déploie des moyens considérables pour rendre crédibles ses guerres. Mais derrière l’anamnèse croissante, son intention n’est ni de former des combattants, ni de prévenir des conflits. Il s’agit de fournir au spectateur des figurants prêts au massacre. C’est d’ailleurs ce qu’expriment des recensions sur les sites du genre IMDB ou AlloCiné dont la valeur appréciative dépend de la plus ou moins grande quantité de « gun », i. e. de coups de feu et scènes de combats. L’échelle importe peu entre le film « d’état-major » narrant les conciliabules du cabinet Johnson sur le Vietnam (Path to War, John Frankenheimer, 2002), le film-tableau consacré à une glorieuse retraite (sic) en Yougoslavie (La bataille de la Neretva, Veljko Bulajic, 1969) ou le film-section (platoon movie). Ces modes peuvent d’ailleurs s’emboîter (La bataille de Stalingard, Vladimir Petrov, 1949). L’archétype du film-section est Attaque (Robert Aldrich, 1958) dépeignant, en 1944, la couardise mêlée d’irresponsabilité d’un capitaine vouant à la mort ses hommes malgré l’intervention d’autres officiers. Dans le même registre, War to Hell (Burt Topper, 1961) prend le parti inverse en suivant la folie meurtrière d’un sergent américain qui conduit ses hommes au suicide collectif lors de l’assaut d’un bunker nord-coréen après le cessez-le-feu. Incriminer les faiblesses du politique ou du commandement, concilier antimilitarisme et compassion pour le soldat (mal formé, aux faibles chances de survie, voué aux traumatismes sans rémission ou réinsertion possibles)50, donne finalement raison au « triangle de fer » (Iron Triangle) liant Pentagone, NRA et Hollywood. L’apax constitué par Tu ne tueras point (Mel Gibson, 2016) ne doit pas faire oublier que certains acteurs sont mis à l’index pour refus de porter des armes à l’écran51. Le fait est que le new war film ne sert pas à gagner la guerre fragmentée, au temps non-fini, mais à justifier des dépenses et des engagements militaires constants. De ce point de vue et bien que réalisé pour la télévision, Warriors (Peter Kosminsky) diffusé en 1999 clôt un cycle majeur. Il démontrait, en effet, le traumatisme engendré par la privation du feu pour les soldats anglais déployés et témoins des massacres sur le front bosniaque en 1992. Passé le 11 septembre, l’investissement asymétrique est ouvertement revendiqué à la fin de La chute du faucon noir et de Nous étions soldats avec la liste nominative des soldats américains tués et de simples estimations concernant les pertes considérables chez les Nord-Vietnamiens et Somaliens52. Comme pour s’en exonérer, bien des films se disent « documentaires53 » alors que sur le front intérieur leur finalité est d’alimenter la gun culture. L’image syncrétique est antérieure à Top Gun (Tony Scott, 1986) et ses avatars, considéré comme le premier des nouveaux films de guerre. Elle s’enracine dans Patton (Franklin J. Schaffner, 1970) arborant un Colt 1873 (associé au western) et un Smith & Wesson 357 Magnum (associé au thriller) dont il use pour tirer contre un Messerschmitt en Tunisie.
42Sauf que le film de guerre, comme on l’a vu, produit très peu de résilience visuelle sur une arme en particulier. Les chiffres fournis par la plate-forme d’échange américaine « FindtheBest » sont instructifs bien qu’invérifiables. L’enquête dit avoir passé au crible des milliers d’armes présentes dans des films en tentant de dégager les plus signifiantes selon trois critères (« personnalité » de l’arme, capacité à influer sur le cours du récit et puissance mémorielle chez le spectateur)54. Des 16 icones retenues, l’AK47 arrive au 9e rang (Apocalypse Now), la M60 au 6e (Rambo), la M16 pointant à la 2e place, mais sous la version « civilisée » du Colt AR15 Sporter-1 (Scarface, Brian De Palma, 1978) même si des tueurs sont dotés de M16-A2 – toutes les autres armes ressortent à des westerns et thrillers. Or, la récurrence ces quinze dernières années du platoon movie – construit sur le principe de la citadelle assiégée et exaltant l’arme en seul rempart – a accéléré l’acquisition d’armes chez les Américains. La lutte menée contre la gun culture par l’association « States United to Prevent Gun Violence », promotrice du très sanglant Gun Crazy (2016) reste anecdotique. Alors même que l’arme passe de mains en mains au fil de l’Histoire, on s’étonne qu’aucun gunpic n’ait osé s’écrire dans l’œil et par la bouche du canon. Quelques remous mis à part, ce mode narratif d’intériorisation n’avait guère ému pour des vies de Jésus.
43Au fond, l’arme de guerre n’a pas plus d’identité cinématographique que la violence d’État n’a plus à justifier l’usage de ces mêmes armes. Les films n’ont donc cure de dire ses poids, défauts, défaillances, qualités, capacités létales, recul, emploi tactique… On ne sait pas l’interopérabilité des chargeurs (entre fusil-mitrailleur MAC24/29 et Bren Gun, Sten et MP40), cadences de tir variant selon les types et moments d’engagement, chauffe et nécessité de remplacement des canons, etc. Et pourtant, les combattants ont sinon le choix, du moins de solides opinions sur les matériels et chacun adapte son usage à l’objet lui-même, selon des goûts personnels (y compris esthétiques), des théâtres d’opération, des situations de combat55. En revanche, ces dernières années, tant aux États-Unis qu’en Russie, le cinéma a su créer, par la frustration et le désir, une appétence pour les armes de guerre cumulant alibis historiques et innocuité supposée du vintage. Dans ces pays aux législations convergentes en matière de détention de matériels anciens, la consommation armurière s’est déplacée des objets (accessibles à peu de frais56) vers les munitions (consommables bien plus rentables). Sur Youtube, les centaines de vidéos, dont le seul objectif est de brûler des cartouches à balles réelles, attestent de cette grande transfiguration.
Notes de bas de page
1Suid Lawrence H., Guts and Glory. The Making of the American Military Image in Film, Lexington, The University Press of Kentucky, 2002.
2Slocum David J., « Cinema and the Civilizing Process : Rethinking the Second World War Combat Film », Cinema Journal, vol. 44, 2005/3, p. 37-39.
3Raison pour laquelle la liaison et la présence féminines s’imposent comme subplot (histoire annexe).
4Wetta Franck J. et Novelli Martin A., « Now a Major Motion Picture. War Films and Hollywood’s New Patriotism », Military History, 2003/3, p. 661-682.
5Robb David L., Operation Hollywood. How the Pentagon Shapes and Censors the Movies, New York, Prometheus Books, 2004, montre comment les reportages et films de guerre (depuis celle du Vietnam), renforcés par les productions consacrées aux conflits postérieurs à 1990 ont également servi de vitrine aux industriels américains de l’armement.
6Rose Steve, « The Military Storm Hollywood », The Guardian, 6 juillet 2009.
7US Naval Institute Staff, « Through Japanese Eyes. World War II in Japanese Cinema » (sur USM News, le site de communication des armées américaines, 14 avril 2014).
8Holson Laura M., « Appetite for War Films Seems Less Hearty », The New York Times, 14 avril 2003.
9Anthony Beavor, interview à CNN, 11 novembre 2009.
10En l’absence d’autres images, le documentaire Putains de guerre ; enquête sur les bordels militaires de campagne (Stéphane Benhamou, Sergio Mordelo, 2013) assume, par exemple, la fonction supplétive de R.A.S. (Yves Boisset, 1973) présentant le fonctionnement d’un BMC.
11Broderick Suzanne, Real War vs. Reel War ; Veterans, Hollywood and WWII, Lanham, Rowman & Littlefield, 2015. Confrontation de 7 scènes à travers 11 films servant de points d’appui afin de renvoyer fiction et réel.
12Bande son quasi brute dans le film croate Les vivants et les morts (Kristijan Milic, 2007), histoire croisée de 1943 et 1996 avec un Tokarev TT33 en filigrane.
13Virilio Paul, Guerre et Cinéma, t. 1 : Logistique de la perception, Paris, Cahiers du cinéma/Éditions de l’Étoile, 2009.
14Basinger Jeanine, The World War II Combat Film. Anatomy of a Genre, New York, Columbia University Press, 1986 (2e éd. 2002) ; Rubin Steven Jay, Combat Films. American Realism, 1945-2010, Jefferson, MacFarland, 2011, se contente d’examiner 15 films successivement.
15Basinger Jeanine, « Translating War. The Combat Film Genre and Saving Private Ryan », Perspectives on History, vol. 36, 1998/1, p. 43-47, s’intéresse longuement au réalisme des combats sans évoquer les armes.
16Établissement possédé par la National Rifle Association (NRA) à Springfield (Montana).
17Davenport Robert Ralsey, The Encyclopedia of War Movies. The Authoritative Guide to Movies about Wars of the Twentieth Century, New York, Checkmark Books, 2004, examine ainsi 800 films (tous conflits confondus). Signalant l’importance de la technique et de la mécanisation dans les guerres du xxe siècle (requérant des conseillers militaires pour les films), il n’en tire pas argument dans le propos ultérieur, même s’il consacre des développements aux distorsions entre films et travaux historiques (essentiellement sur le déroulement des opérations).
18L’« arme de guerre », formant catégorie dans la législation française de 1939 et 1995 (qui comportait jusque 8 classes d’armes), ne figure plus dans celle de mars-septembre 2013 (4 catégories). Celle-ci retient, pour interdire – en cat. A – tout usage, commerce ou détention par des particuliers de matériels (sens large) ayant des capacités de répétitivité, dangerosité, rareté du rechargement et fortes capacités létales. De l’emploi (ou destination) passés, est désormais prise en compte la nature même (caractéristiques) de l’arme. Le classement par type de canon notamment dit bien le retour à l’artefact.
19La rubrique « Films » dans la base de données « Reel American History » comporte, pour un grand nombre de productions américaines, des pages sur le contexte, les moyens, mais aussi une bibliographie étoffée (sur le site de la Leigh University, Bethlehem [digital.lib.lehigh.edu]).
20Pour l’essentiel, examen de films américains, français, anglais et russes. Noter le présentisme en œuvre sur le site warmovies-info débutant ses recensions dans les années 1940 et avec une orientation victimaire pour les vétérans.
21Shapiro Jerome F., Atomic Bomb Cinema : the Apocalyptic Imagination on Film, New York/Londres, Routledge, 2007.
22Parmi ces matériels évoqués au cinéma figurent le Spitfire et le B17.
23Le livre de Williamson Harold F., Winchester, The Gun that Won the West, date seulement de 1953, le film presque éponyme The Gun Thar Win the West (William Castle, 1955) parlant peu de l’arme.
24Trois films seulement en font mention dans leur titre, dont l’un produit à Bollywood mais sans rapport avec la conception de cette arme.
25[imfdb.com] (près de 2 000 pages avec classement nominatif et alphabétique des armes). L’entrée principale de la base se fait par arme renvoyant – version par version – à des tableaux de films, séries TV, jeux vidéos. L’intérêt est la part significative d’œuvres européennes, en particulier de l’ancien bloc de l’Est. Le lien possible vers chaque film permet de connaître la totalité des armes identifiées dans l’opus avec des clichés de quelques scènes. Le lien « acteurs » (plus de 11 000 items) renvoie aux différentes armes maniées par les interprètes. Idem concernant les diverses déclinaisons d’un même personnage historique ou de fiction. Il est également possible de saisir, en creux, certaines contraintes affectant le 7e art. Ainsi, confronté aux interdits commerciaux pesant sur les membres du pacte de Varsovie, Hollywood n’a pu employer directement des AK47. Ce sont donc, le plus souvent, des versions chinoise (Norinco type 56) ou yougoslave (Zastava 70) qui ont servi d’ersatz. D’autres pressions peuvent s’exercer sur les réalisateurs. Le FAMAS, entré en production à partir de 1975, est absent de La légion saute sur Kolwezi (Raoul Coutaud, 1980) – qui présente pourtant bien les gendarmes katangais nantis d’AK47 en version « pacte de Varsovie ». S’il n’était pas encore introduit dans les dotations, le nouveau fusil d’assaut français n’en a pas moins été testé en situation de combat, suscitant à la fois une réticence dans l’ergonomie et la sidération dans la puissance létale et les blessures infligées.
26Le téléfilm éponyme (Russell Mulcahy, 2001) mentionne, sans le nommer, ce matériel imposé ; comme les piètres qualités (sic) de la « Chauchat ».
27Sont exclus de l’enquête les pistolets Colt automatique « type 1911 » (déclinés en calibre 45 ou 9 mm) tant les modèles et les manufacturiers ont été nombreux de part et d’autre de l’Atlantique.
28Gratch Jonathan et Marsella Stacy, « Fight the Way You Train : The Limitis of Emotions in Training for Combat », The Brown Journal of World Affairs, vol. 10, 2003/1, p. 63-75.
29Basinger Jeanine, The World War II Combat Film…, op. cit., p. 190. On parle en général de basic training (pour l’armée) et de boot camp (pour les Marines).
30L’une des cadences entonnée commence ainsi : « I don’t want no teenage queen/I just want my M14. »
31Le passage au français de la scène terminant tragiquement l’instruction est étrange. À devoir conserver le sens de « full meral jacket », Matthew Modine bredouille « blindée chemisée armé(e) » là où on attendrait « munition de guerre » ou « balle réelle engagée ».
32La version télévisée de 2008 insiste plus encore sur les préparatifs et les combats.
33N’oublions pas que l’un des premiers films de l’histoire, Une leçon de gymnastique, suivant les préceptes de Georges Demeny, est tourné avec les élèves de l’École normale (militaire) de Joinville.
34Challéat Violaine, « Le cinéma au service de la Défense 1914-2008 », Revue historique des armées, no 252, 2008, p. 3-15.
35Production : Centre de diffusion du film ; narrateur : Pierre Asso ; durée : 18 min. 52 s. (cinearchives.org : film no 447-86-0-0) [https://www.cinearchives.org/Catalogue-d-exploitation-ARMEE-DE-DEMAIN-_L-_-494-86-0-1.html?ref=822e27d13868d42809f4186a1c038358] (consulté le 5 mars 2018).
36Comme le rappelle Cochet, François, Armes en guerre, xixe-xxe siècles, Paris, CNRS Éditions, 2012.
37Voir la rubrique (en cours) « The Top 10 Military Movie Clichés » sur le site Bare Arms [https://barearmsblog.wordpress.com/2016/03/09/the-top-10-military-movie-cliches-part-1-grenades/] (consulté le 5 mars 2018).
38Barbéris Patrick, La guerre en face (documentaire, 2011), évocation de la reprise du pont de Vibanja (Sarajevo) qu’il effectua le 27 mai 1995 en qualité de capitaine du 3e RIMA, action au cours de laquelle deux soldats français furent tués.
39En France, le marché est plus éclaté avec Armes Access, Cauvy, Ciné Régie, Checkpoint, etc.
40Les vidéos montées formant les 1 h 42 min de « U. S. Marines in Sangin, Afghanistan » illustrent plutôt la débauche de munitions…
41Early Emmette, The War Veteran in Film, New York, MacFarland, 2003. Le propos, thématique, s’intéresse par exemple à la taxinomie des blessures subies par les combattants ou les techniques militaires réemployées dans le cadre civil (pour la vengeance dans Chrome and Hot Leather [Lee Frost, 1971], p. 159).
42Peccatte Patrick, « La construction historique et médiatique d’un symbole visuel américain » (version électronique de son intervention au séminaire « Images de guerres dans les sociétés contemporaines », université libre de Bruxelles, 20 mars 2012).
43« The Battlefield Cross », sur le site de The National Musuem of American History, rappelle que la dimension dolosive s’est développée à partir de la guerre de Corée.
44Ce qui engendrera un commerce de rééquipement des chasseurs algériens dans les années 1960-1970 depuis la France.
45Sutton David L. et Winn Emmett, « Do We Get to Win this Time ? POW/MIA Rescue Films and the American Monomyth », Journal of American and Comparative Cultures, vol. 24, 2001/1-2, p. 25-30.
46Le Japon produit 175 films de guerre entre 1951 et 1965. Wilson Sandra, « Film and Soldier : Japanese War Movies in the 1950s », The Journal of Contemporary History, vol. 48, 2013/3, p. 539-555.
47Le serment de la Légion rappelle que l’on n’« abandonne, ni les blessés, les morts, ni les armes ».
48La remarque s’applique, en sens inverse, pour le « Numba » japonais.
49Burbick Joan, Gun Show ation. Gun Culture and American Democravy, New York, The New Press, 2006.
50Paris Michael, « American Film Industry & Vietnam », History Today, vol. 37, 1987/4, p. 19-26.
51« Hollywood’s depiction of guns is fraudulous says Dustin Hoffman », The Gardian, 22 juin 2015.
52Doherty Tom, « The New War Movies as a Moral Rearmement : Black Hawk Down and We Were Soldiers », Cineaste, vol. 27, 2002/2, p. 4-8.
53À l’inverse, des documentaires sont montés comme des films, sans narrateur externe, avec des durées analogues telle The Battle for Marjah (Ben Anderson, 2010, 1 h 27 min).
54Taylor Ben, « The Most Iconic Firearm in Film » [guns.armsrack.com] (consulté le 9 déc. 2014).
55Goodwin Mark G., U.S. Infantry Weapons in Combat Personal Experiences from World War II to Korea, Export (PA), Scott A. Duff Publishing, 2005.
56Au Texas, on trouve des mitrailleuses M30 chez Wallmart et depuis août 2016 des zones « avec armes » existent sur plusieurs campus universitaires…
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