La Révolution française du Front populaire
p. 329-340
Texte intégral
1Dans sa thèse, publiée sous le titre Le fil rouge, Marie-Claire Lavabre distingue la mémoire historique, transmise par l’école et ou par des organisations, qui s’exprime entre autres dans le cadre des commémorations obligées, de la mémoire vive que des individus (et j’ajoute des collectifs) sont susceptibles de mobiliser spontanément, en dehors de toute circonstance commémorative1. Cette mémoire vive fait souvent irruption dans des phases de crises, quand un événement hors du commun fait émerger des questions nouvelles. Des analogies historiques sont alors convoquées pour leurs vertus mobilisatrices mais également, sans doute à plus fort titre, pour tenter de désigner l’inédit ou ce qu’il est difficile de conceptualiser, comme les images peuvent l’être, du reste, à des fins similaires2. Le 1er mai, les événements de 1968 ou la Manif pour tous en constitueraient de bons exemples3.
Février 1934
2Que la Révolution française s’inscrive naturellement dans la mémoire historique ne signifie pas qu’elle se confonde avec ses commémorations. L’institution du 14 juillet comme fête nationale constitue en effet un élément de réécriture propre à se substituer à l’événement fondateur qu’il magnifie mais auquel il se surimpose. Ce processus à l’œuvre s’amplifie après que le 14 juillet 1919 s’est imposé comme fête de la victoire, à ce titre susceptible d’être réapproprié par les droites. Cela incite les organisations ouvrières à marquer leur distance à plus fort titre encore qu’elles ne le faisaient avant-guerre.
3Les événements de février 1934 attestent en revanche de sa présence dans la mémoire vive. Ils amorcent un processus de réappropriation et de retranscription de l’événement qui toutefois reste alors marginal. Les 6 et 12 février voient en effet ressurgir des évocations de la grande Révolution des deux côtés de l’échiquier politique. Du côté des Ligues, la Solidarité française s’adresse en ces termes à ceux qu’elle entend mobiliser le 6 février : « Ne sommes-nous donc plus les fils de ceux de 89 pour ne pas relever comme il se doit des défis insolents » (par quoi il faut entendre les scandales et l’arbitraire)4. Dans le camp adverse, Léon Blum construit, pour lui, son cadre interprétatif du 6 février en dénonçant « les troupes de choc, royalistes et fascistes [qui] ont éprouvé leurs forces et [dont] l’audace va s’accroître5 ». La référence à la Révolution française mobilisée par lui pour désigner l’adversaire l’est par la CGT pour perpétuer ses valeurs. « Nous voulons conserver les libertés fondamentales si héroïquement arrachées par nos aïeux et sans lesquelles la vie n’est pas digne d’être vécue », proclame ainsi Le Peuple6.
4Cette présence de la mémoire vive s’affirme de façon diffuse dans certaines des manifestations antifascistes organisées en province le 12 février. Il serait d’autant plus intéressant de procéder à une cartographie systématique des traumatismes antérieurs réactivés ce jour par l’événement 6 février 1934 que cette réactivation ne découle d’aucune directive nationale. À défaut, on doit se limiter à quelques exemples. De nombreuses manifestations mobilisent les révolutions ou certains d’entre elles, sans privilégier la première, et d’autres, la résistance au coup d’État de 1851. Mais il en est pour spécifier la place et le rôle de la Grande Révolution. L’exemple de la Haute-Vienne, analysé par Alain Corbin, montre ainsi que les adversaires sont désignés là comme les partisans d’un retour à la monarchie, supposant une levée en masse à leur encontre. Dans le Calvados, un tract appelle, pour lui, « les petits-fils de 1789, 1830, 1848, 1871 à répondre aux menaces ». Qu’on excepte l’Hérault et la présence de drapeaux tricolores ou de La Marseillaise n’est cependant guère de mise7.
5Ni ces résurgences en ordre dispersé, ni le tournant stratégique qu’opère le PCF lors de sa conférence d’Ivry de juin 1934 en autorisant une réappropriation critique de la démocratie rendant possible celle de l’histoire dont elle est le fruit ne produisent le moindre effet sur le 14 juillet 1934. La tonalité d’un éditorial de Tristan Rémy publié par Le Peuple en est un symptôme. « Trois fêtes nationales dans l’année, c’est manquer de mesure. L’une finit par être celle des cagots [il s’agit de celle de Jeanne d’Arc], l’autre celle des marchands de canons [le 11 novembre], la présente, la plus ancienne, la plus traditionnelle des fêtes républicaines abandonne à chacun de ses anniversaires un peu plus d’état d’esprit prolétarien qui lui reste [l’eut-elle jamais ?]. Le 14 juillet se perd, comme Mardi gras, comme mi-carême, comme d’autres fêtes qui avaient une signification immédiate. La fête du 14 juillet est maintenant la fête de tout le monde et de n’importe qui. Le prolétariat n’en a que faire et le Premier mai lui suffit pour l’instant8. » En pratique, les organisations ouvrières ne s’approprient pas d’avantage ce 14 juillet 1935 qu’elles ne le font depuis bien des années ; quand les négociations relatives à la signature d’un pacte d’unité d’action contre le fascisme sont sur le point d’aboutir et que la manifestation unitaire organisée par la SFIO et le PCF, quinze jours plus tard, devant le Panthéon pour célébrer la mort de Jaurès et dénoncer l’adversaire commun, après sa signature il est vrai, témoigne de ce que les deux organisations sont promptes à se saisir des occasions susceptibles de développer la mobilisation contre le fascisme.
6Il faut le 14 juillet 1935 pour que s’opère un basculement symbolique majeur qui permet à la Révolution française, réappropriée, de retrouver une centralité dans des argumentaires qui désormais s’en saisissent comme d’une arme.
14 juillet 1935
7Les élections municipales de mai 1935 puis la constitution du cabinet dirigé par Pierre Laval se sont accompagnées d’un regain d’activité des ligues. Le mouvement Amsterdam-Pleyel qui mobilise depuis 1932 contre la guerre et le fascisme appelle à manifester le 14 juillet dans la France entière contre le fascisme et obtient le soutien de la CGT, de la CGTU, de la SFIO, du PCF, du Parti radical et de nombreuses associations dont la Ligue des droits de l’homme qui prend la tête du comité d’organisation de la manifestation, dit Comité de rassemblement populaire. Dans la matinée, des Assises de la paix et de la liberté, réunies à Montrouge, rassemblent des délégués venus de tous les départements qui entendent là les dirigeants des organisations constitutives du comité. Dans l’après-midi, 500 000 manifestants, du jamais vu, défilent de la Bastille au cours de Vincennes. Des manifestations se déroulent simultanément dans la France entière.
8La conjoncture politique et les périls qu’elle fait peser restituent ce jour un sens au temps commémoratif, devenu une opportunité. À la différence de ce qui est advenu le 12 février, l’intégration de la Révolution française à la construction de l’événement « 14 juillet 1935 » résulte d’une décision du comité d’organisation, puissamment relayée par la presse militante. Le Populaire la prépare en évoquant « l’immortelle journée du 14 juillet 17899 », L’Humanité évoque, sous la plume de l’historien Jean Bruhat, « les paysans qui, par leurs insurrections, leurs cortèges à travers champs, leurs assauts contre les châteaux, ont progressivement détruit le régime des droits féodaux [et] les ouvriers des faubourgs qui ont fait le 14 juillet […], authentiques prolétaires de l’époque10 ».
9Jacques Kayser (Parti radical) et Henri Raynaud (CGTU), chargés de la préparation du cortège parisien prennent toutes dispositions utiles pour mettre en acte cette décision et lui donner visibilité. La plupart des orateurs qui se succèdent aux Assises de la paix et de la liberté évoquent explicitement la Révolution française à partir d’approches qui toutefois diffèrent. Au nom du rassemblement populaire, Jean Perrin dénonce « une poignée de nouveaux féodaux prétendant s’emparer du pouvoir » :
« Ces privilégiés, peu nombreux, ne réussiront pas sans troupes. Où peuvent-ils en trouver sinon dans le peuple même, en le divisant, en le trompant, en lui prenant les symboles pour lesquels il était accoutumé de se battre. Ils vous ont pris Jeanne d’Arc, fille du peuple abandonnée par le roi que l’élan populaire venait de rendre victorieux […]. Ils ont essayé de vous prendre le drapeau de 89, drapeau tricolore des victoires de Valmy, Jemmapes, Hohenlinden, Verdun […]. Ils ont essayé de nous prendre cette héroïque Marseillaise […] qui a été pendant un siècle le chant des pays opprimés […], cette Marseillaise de Victor Hugo, cette Marseillaise de Rude qui sculpte son envol sur l’Arc de triomphe […]. Vous n’abandonnerez pas le droit du peuple à choisir, à chanter les guides qu’il accepte. »
10Léon Jouhaux déclare, pour lui :
« Ce n’est pas par hasard que le 14 juillet 1935 renouvelle l’esprit du 14 juillet 1789 au matin duquel une lumière était dans tous les esprits et dans chaque cœur, une voix répétant : vas et tu prendras la Bastille. […]. Si l’histoire se répète pour sauver la Liberté […], c’est la continuation des efforts populaires poursuivis depuis un siècle et demi, c’est l’histoire de nos grands-pères et de nos pères que nous prolongeons. »
11Jacques Duclos décrit la rencontre de deux cultures en construisant la continuité restaurée sur un autre mode :
« Notre drapeau, c’est le drapeau rouge, le drapeau qui fut brandi par le peuple pendant les années 92, 93, 94 […] pendant la commune de Paris […] sur un sixième du globe […]. Mais nous sommes heureux de voir à nos côtés des combattants de la liberté qui arborent le drapeau tricolore dont nos ancêtres firent l’emblème de la grande révolution française et qu’on vit voisiner sur les barricades avec notre drapeau rouge. Nous voyons dans le drapeau tricolore le symbole des luttes du passé et dans notre drapeau rouge le symbole des luttes et des victoires futures. Et si l’immense foule rassemblée chante […] L’Internationale et La Marseillaise, nous n’oublions pas que La Marseillaise est un chant révolutionnaire dont nous reprenons très volontiers l’appel vibrant : Liberté, liberté chérie/combats avec tes défenseurs. Les grands ancêtres de la convention se battaient eux aussi pour le pain, la paix, la liberté. Ils avaient en face d’eux les chouans et les émigrés de Coblence. Nous avons face à nous l’un des descendants de ces émigrés traîtres à notre pays, Monsieur le comte de la Rocque. Nos pères furent victorieux. Nous le serons aussi11. »
12Au terme de ces discours et d’autres encore, les délégués réunis prêtent un serment solennel dont la liturgie emprunte à la fête de la Fédération de 1790 et jurent de « donner du pain aux travailleurs, du travail à la jeunesse et au Monde la grande paix humaine », une démarche réitérée dans un grand nombre de rassemblements de province.
13Durant l’après-midi, la dramaturgie des cortèges déployés tant à Paris qu’en province donne à voir et à entendre ce rapport revendiqué à la Révolution, en s’appuyant à Paris du moins, sur ces acteurs relais que sont l’Association des artistes et écrivains révolutionnaires (AEAR) et la Fédération des théâtres ouvriers de France (FTOF). L’insigne unique, par là même unificateur, de la manifestation représente un bonnet phrygien à la cocarde tricolore. Les nombreuses fanfares et harmonies ont reçu pour consigne d’alterner les deux hymnes et des manifestants portent une tenue de sans-culottes et le bonnet phrygien en (re)donnant vie aux gravures d’hier. À Reims, un char représente une Bastille, avec sur un panneau : « démolissons les Bastilles modernes : banques, grande presse, congrégations économiques ».
14Un grand nombre de ces manifestations empruntent des itinéraires dont elles ressuscitent l’histoire enfouie en les constituant en espaces-récits ou marquent le pas devant des monuments dont elles restaurent la force symbolique que les organisations ouvrières ne s’appropriaient pas jusqu’alors12. À Carcassonne, on se réunit au rond-point des jacobins. À Crépy-en-Valois, place du Jeu de paume, à Maubeuge, place des révolutionnaires de 1789. « Je pense aux gardes françaises qui se joignirent au peuple pour faire l’assaut de la Bastille, aux lignards du 88e, écrit Amédée Dunois à propos de manifestation parisienne, déployée de la Bastille aux colonnes du trône, place de la Nation. Toutes les révolutions ont commencé ainsi […]. On s’engage dans le vieux faubourg jacobin. Combien de ces maisons étroites et lézardées étaient là quand fut prise la Bastille », et d’évoquer à son tour, 1830, 1848, 187113. Place de la Bastille, la colonne de Juillet est surlignée par l’apposition d’un écusson qui affiche : « 1789-1935 », en infléchissant singulièrement le sens de ce monument à la mémoire des Trois Glorieuses qui doit à son appropriation renouvelée et plus encore à l’usage qu’en fait alors la photographie de se muer en « monument non intentionnel du Front populaire14 ».
15« Fameuse idée de s’annexer La Marseillaise » fait dire à un manifestant Amédée Dunois dans le texte déjà cité. Et un autre de lui répondre : « Pardon, La Marseillaise était à nous. On nous l’avait volée, nous la désannexons, voilà tout15. » Dans la pratique, les réappropriations d’une symbolique républicaine ainsi lestée de son origine révolutionnaire sont cependant moins évidentes que les directives ou ce récit ne le donnent à penser. En province, La Marseillaise n’est entonnée que dans 23 des 176 manifestations recensées, avec de vives résistances attestées, dans le Nord en premier lieu, de la part de militants socialistes. À Paris, la préfecture de police comptabilise 200 drapeaux tricolores contre 610 drapeaux rouges.
Un nouveau cadre interprétatif
16Mais ces résistances ne sont pas de nature à faire obstacle à ce qui constitue une véritable transfiguration de cette commémoration quand elle « incarne l’éternelle lutte de la liberté et de la tyrannie », écrit alors Léon Blum16. Cette transfiguration contribue à l’affirmation de nouveaux cadres interprétatifs de la crise que traverse alors la France.
17Le programme du Rassemblement populaire, ratifié en janvier 1936, s’assigne pour objectif d’« arracher définitivement l’État aux féodalités industrielles et financières », et compare, à son tour, les fascistes aux « coblençards de 92 ». La Vie est à nous que Jean Renoir réalise alors pour la campagne électorale du PCF représente un métayer menacé de saisie par « la comtesse » en mobilisant des clichés hérités d’un imaginaire de l’ancien régime.
18S’agit-il de mémoire historique, et la SFIO et le PCF ont jusqu’alors privilégié jusqu’à l’exclusive l’histoire du mouvement ouvrier, de sa geste et de ses temps forts, depuis les Canuts jusqu’au temps présent. Ils participent toutefois d’autant plus aisément à ce processus de réappropriation/retranscription mémoriel qu’ils ont contribué à initier politiquement que l’histoire et l’analyse de la Révolution française sont partie intégrante d’un patrimoine théorique qui leur est partiellement commun. L’un et l’autre sont pareillement susceptibles de s’appuyer sur Marx et Jaurès pour étayer leur nouvel argumentaire. La revendication de l’héritage est toutefois beaucoup plus appuyée au PCF. Celui-ci mobilise à l’appui Lénine qui tenait « les bolchevicks pour les jacobins de la révolution prolétarienne » et opère une manière de préemption sur la Révolution française. En novembre 1935, Maurice Thorez s’emploie à lui donner corps en rendant public sa décision de fêter le centenaire de la mort de Rouget de Lisle « fils de notre peuple17 » à Choisy-le-Roi où l’auteur de La Marseillaise est décédé18, en prenant de court la municipalité concernée.
19La Révolution française dont il mobilise l’histoire dans le discours qu’il prononce en cette occasion, le 27 juin 1936, infléchit l’approche qui était celle de Jacques Duclos, le 14 juillet 1935. Dans son 14 juillet (1902), Romain Rolland invitait à « rallumer l’héroïsme et la foi de la nation aux flammes de l’épopée révolutionnaire afin que l’œuvre interrompue de 1794 soit reprise et achevée par un plan plus mûr et plus conscient de ses destinées. Tel est notre idéal ». Dans le discours de Maurice Thorez, la Révolution devient pareillement cet épicentre relayé par tant de luttes ultérieures, en France comme au-delà des frontières, en invitant à renouer un fil plus qu’à le dépasser. Maurice Thorez qui l’assimile à l’unité, nécessaire, exalte « la France révolutionnaire de 1792 des jacobins et des girondins, dressée contre les rois et les féodaux ». « La Marseillaise, qui est la Révolution » devient « l’appel à l’union de la nation contre les émigrés de Coblence, la main tendue aux Français égarés et pour la paix extérieure le cri de la fraternité et de la solidarité humaine à l’adresse des peuples encore asservis », exprimant, « comme L’Internationale, la grande cause de l’émancipation humaine », entendue « partout où les chaînes sont à briser : Berlin, Rome, Vienne, Varsovie, parmi les décembristes ouvriers de Moscou » :
« Et voici que notre peuple est appelé de nouveau à donner de grands exemples, conclut-il. Il entonne la Marseillaise, désormais associée à l’Internationale […]. La victoire du Front populaire […] comme en 1792, la levée du peuple de France pour la paix, la paix, la liberté […] les travailleurs à l’appel du Parti communiste ont restitué à la Marseillaise sa signification et sa flamme révolutionnaire […]. Nous sommes, nous communistes, les héritiers authentiques des jacobins de 1792, les porteurs de l’héritage sacré révolutionnaire19. »
La victoire du Front populaire : un amplificateur
20Le 14 juillet 1936 s’opère une interaction inédite entre cette fête de souveraineté qu’est le 14 juillet et la manifestation populaire initiée la précédente année, à la faveur d’une manière d’institutionnalisation. L’intervention conjointe des pouvoirs publics et du Rassemblement populaire, dans le respect de leurs prérogatives spécifiques, vaut à la journée de se décliner sur trois modes, ainsi résumés par Vu : « l’armée, le peuple, la fête20 ». « Le 14 juillet 1935 fut un 14 juillet militant, écrit pour lui Le Populaire. Le 14 juillet 1936 a été un 14 juillet triomphant, préparé par l’autre. Non pas un 14 juillet d’un peuple ivre de sa victoire mais bien celui d’une nation heureuse de s’être ressaisie, qui a restitué sa valeur à la tradition21. »
21À Paris, le surlignage de l’espace, propre à le rendre encore plus signifiant, est sensiblement plus spectaculaire que la précédente année. Place de la Bastille, la colonne de Juillet est entourée de 20 portraits dont ceux de Voltaire, Saint-Just, Rousseau, Diderot, Rouget de l’Isle, Robespierre, Degeyter. Dans le cortège, un char de la révolution transporte des manifestants costumés en sans-culottes tandis que la photographie donne sa pleine mesure à la présence du « plus jeunes sans culottes de France »… La proportion de drapeaux tricolores évaluée à 33 % des étendards déployés dans la capitale en 1935 se réduit toutefois à 20 % puis à 11 % l’année suivante. Sans doute l’intervention du Comité du rassemblement populaire, devenue moins directive, a-t-elle permis aux résistances initiales de devenir plus visibles. À quoi s’ajoute toutefois une autre explication. La symbolique du Front populaire ne s’étant construite que par juxtaposition des symboliques des organisations membres qui lui préexistaient, chacune arbore avec force ses propres bannières dans ces manifestations exprimant leur rassemblement, en restituant au rouge des bannières la prééminence22.
22La culture de Front populaire se caractérise par la symbiose qu’elle opère entre la culture de classe, la culture républicaine mais également la culture populaire, exprimée par le folklore23. Dans la capitale, où le rapport au folklore est indéniablement plus délicat à réactiver ou, faut-il plutôt dire, à inventer, c’est à l’histoire révolutionnaire qu’il revient d’exprimer cet enracinement. « À la Bastille, l’histoire nous attendait », écrit le comité directeur de Vendredi24 et Albert Bayet, dans La Lumière : « Le 14 juillet 1936, il s’est accompli quelque chose d’aussi grand que le 14 juillet 1789. Eh bien. De même que les hommes de 89 n’auraient rien pu faire s’ils n’avaient pas tenté d’agir sous le feu des canons de la Bastille, de même, nous ne ferons rien si nous ne commençons pas par briser ces deux forces plus redoutables que les canons : la banque qui vole et la presse qui ment », en invitant à un « 89 économique25 ».
23Ce cortège et ceux qui se déroulent dans la France entière parachèvent le processus de redéfinition des espaces et des temps symboliques. À Paris, c’est avec et après lui que le triangle République-Bastille-Nation s’impose pour le lieu par excellence des manifestations populaires qu’il demeure durablement dans la conscience collective quand même la géographie des manifestations parisiennes est devenue plus complexe26. En France où le 11 novembre s’était imposé pour celle des « trois fêtes nationales » qui mobilisait le plus et de très loin, un basculement durable s’opère au profit du 14 juillet. La place qu’occupe désormais ce dernier s’accompagne d’un déclin relatif et parfois même absolu de toutes les commémorations nées de la grande guerre (11 novembre, anniversaire de la mort de Jaurès ou de la déclaration de guerre) et pareillement du 1er mai ou, à Paris, du cortège d’hommage au Mur des fédérés. On peut émettre l’hypothèse que ce tournant symbolique qui constitue une manière d’adieu aux armes n’a été rendu possible que par le rôle initiateur des anciens combattants, dans le cadre du mouvement Amsterdam Pleyel, en juillet 1935. Dans la France des années trente, eux seuls étaient en mesure de légitimement l’amorcer.
Mises en scène, mises en image, réécritures
24Durant le Front populaire, les fêtes de toute espèce s’imposent pour une modalité de la socialisation, de la mobilisation et de l’action politiques ainsi que d’une pédagogie renouvelée. Certaines donnent lieu à divers types de représentations de la Révolution française. En juin 1936, lors de la fête de la victoire du Front populaire que le PCF organise à Paris, L’héritage de la pensée française de Paul Nizan est illustré par des projections lumineuses donnant à voir Mirabeau, Marat, Danton, Robespierre, et L’apothéose de Marat, de Paul Vaillant-Couturier, est représentée devant un cénotaphe veillé par des porteurs de torches.
25Les fêtes du 14 juillet 1936 doivent aux subventions dont elles bénéficient un changement d’échelle et l’émergence d’un Théâtre du peuple tel qu’imaginé par Romain Rolland. Avec, à l’affiche, deux des trois pièces de son Théâtre de la Révolution. Aux Arènes de Lutèce, on joue Danton. Dans la soirée, la Maison de la culture et l’Union des théâtres indépendants de France représentent le 14 juillet devant le rideau de scène de Picasso. « Cette foule-là ne venait pas comme on va à la comédie, en quête de divertissement. Cette foule-là venait prendre la Bastille […]. La Bastille fut vraiment prise ce soir de 1936 […] au moment où plus que jamais l’union des partis de Front populaire est nécessaire, l’évocation par Romain Rolland des tragiques dissentiments de Danton, Robespierre, Camille Desmoulins et de leur suite funeste constitue un grave et magnifique rappel à l’ordre et à l’union des républicains », commente Vendredi27.
26Ces réappropriations autorisent des réécritures. Jusqu’en juin 1936, on procédait par emprunts ponctuels à la séquence 1789-1794 pour tenter de cerner une situation sans précédents. La victoire du Front populaire vaut à celui-ci de s’imposer comme un événement relai qui se surimpose et parfois se substitue à l’événement qu’il subsume. Des relectures de la Révolution française s’opèrent alors, au prisme du Front populaire. L’Affiche du 14 juillet de Romain Rolland surimpose plastiquement le peuple de 1789 et celui de 1936 sous l’espèce d’une manifestation où, sur un fond de Bastille et de drapeau tricolore, un sans-culottes précède un prolétaire des faubourgs qui lui est homothétique en tous points28. Ce système de représentation prévaut avec plus d’ampleur dans La Marseillaise réalisée par Jean Renoir pour la CGT grâce à un financement coopératif. Jean Renoir explique qu’il souhaitait faire un film sur le Front populaire mais que la prévisible insuffisance de sa distribution constituait une lourde hypothèque. « Nous nous sommes rebattus sur l’époque qui offrait le plus de similitudes avec la nôtre, la Révolution française, en raison de rapports faciles à faire avec notre situation » par quoi La Marseillaise est selon lui « un film actuel ». Ce film, plus national que social, traite de la construction d’un mouvement de masse unifié et de l’unité nationale et met en scène la respectabilité du peuple révolutionnaire et la politique de la main tendue. Il raconte, à tel effet, le destin de patriotes provençaux, partis de Marseille où ils ont pris cette autre Bastille qu’est le château d’If pour converger vers Paris pour une nouvelle fédération29. La fête de la fédération s’impose alors, il est vrai, pour un archétype festif. La montée à Paris d’enfants venus de la France entière demeure un projet avorté. En 1937, elle est en revanche mise en scène dans Les drapeaux de la liberté de Vaillant-Couturier, représentés lors de la fête de L’Humanité. On peut y voir « l’héroïque peuple parisien avec les gardes françaises d’origine provinciale » rassemblés pour prendre la Bastille puis tout un peuple uni qui rassemble les Marseillais, les fédérés, les soldats de Valmy, les sans-culottes, entonner en chœur La Marseillaise.
27Les figures du peuple en marche s’en trouvent affectées. La « confiscation » de la révolution, désignée comme « bourgeoise » et la réinterprétation du 14 juillet advenue en 1919 valaient à la symbolique issue de la Grande Révolution de n’être guère présente dans l’imaginaire et les systèmes de représentation des organisations ouvrières du tournant du siècle et des années vingt. Celles ci mobilisaient plus volontiers les figures constitutives de l’imaginaire barricadier du premier xixe siècle, tel que magnifié par Delacroix ou Victor Hugo. Il est du reste significatif qu’il faille se tourner vers l’étranger pour trouver de nombreuses références graphiques à la Révolution française dans les gravures de 1er mai qui se multiplient au début des années 1890. La victoire du Front populaire permet l’émergence d’une nouvelle image du peuple de France où la force du nombre est figurée par un individu ordinaire qui souvent porte son enfant comme pour dire le mouvement de l’histoire à l’œuvre et la possibilité d’un devenir ; non sans similitude avec La Marseillaise de Renoir qui se focalise pareillement sur des trajectoires individuelles de ses protagonistes. Au terme du compte, c’est l’image du peuple de 1789 qui se transforme, devenue à l’image de celui de 1936. Ces mutations à l’œuvre affectent pareillement l’historiographie.
Une historiographie renouvelée
28Ces redéfinitions conjuguées avec la proximité du 150e anniversaire de la Révolution française amplifient les renouvellements historiographiques amorcés dans le champ académique.
29En 1935, la Société des études robespierristes, alors présidée par Georges Lefebvre, est reconnue d’utilité publique. Deux années plus tard, la faculté des lettres de Paris crée l’Institut d’histoire de la Révolution française chargée de contribuer à la préparation du 150e anniversaire par ses travaux et publications en s’appuyant sur de nombreux comités départementaux. Il ouvre des chantiers de recherches inédites, s’agissant par exemple de la rumeur politique, et réunit de jeunes étudiants qui travaillent à dépasser la césure entre les approches de Aulard et de Mathiez. Ces jeunes diplômés sont à l’origine d’une forte porosité entre les champs académique et politique qui renouvelle en profondeur la politique éditoriale du PCF en la matière et lui vaut de s’imposer comme un acteur de poids.
30Un Guide de lecture pour l’étude du marxisme, publié en 1936, ne mentionne pour tout ouvrage consacré à la Révolution française que L’histoire socialiste de la Révolution française de Jaurès, dans l’édition de 1922 revue par Mathiez30. Entre 1935 et 1939, trente-cinq ouvrages d’histoire sont édités par le PCF dont 60 % consacrés en tout ou partie à l’histoire de France. Huit d’entre eux concernent la Révolution française : à L’histoire socialiste de la Révolution française, réintégrée dans le catalogue des Éditions sociales, s’ajoutent des ouvrages de Rudé, Bruhat, Soboul qui publie sous le pseudonyme de Pierre Dérocles son mémoire d’études supérieures sur Saint-Just, ses idées politiques et sociales, prélude à d’autres publications dont un recueil de textes sur 1789, La naissance de l’armée nationale (sous le pseudonyme de Jules Leverrier) et L’an I de la Liberté (1939). On leur peut adjoindre Le rationalisme des lumières de Paul Langevin, René Maublanc, Georges Cogniot et Georges Politzer31.
31Certains de ces jeunes historiens deviennent d’éminents contributeurs de la direction du PCF. C’est en tout premier lieu le cas de Jean Bruhat qui rédige, en vue du congrès d’Arles, le long développement du discours de Maurice Thorez consacré à « l’influence de la révolution française dans le monde ». Maurice Thorez dresse là une grande fresque qui enrôle aussi bien Lénine et Jaurès que Seignobos, Lefebvre ou d’autres encore avant de conclure que « la France démocratique, la France de 89 devenue la France du Front populaire va guider les peuples de l’Europe vers le progrès, la liberté, la paix32 ».
Un cent cinquantième anniversaire : instrumentalisation et évitements
32Le 150e anniversaire de la Révolution française avait été conçu par les pouvoirs publics alors en phase avec le Rassemblement populaire comme un glorieux moment de rassemblement national, à son apogée. La rupture du Front populaire, la montée des périls puis le triomphe de l’esprit de Munich et les redéfinitions politiques qu’il autorise valent aux célébrations nationales de se réduire au strict nécessaire33. Depuis 1935, le PCF s’est imposé pour celle des forces politiques qui s’est le plus puissamment réapproprié l’histoire et/ou l’image de la Révolution française comme une référence opératoire dans le champ politique. Face à la frilosité des pouvoirs publics malgré le maintien à l’Éducation nationale de l’équipe de Jean Zay et la paralysie de la SFIO, il s’impose comme un acteur majeur de cette commémoration perturbée. Aussi longtemps qu’a perduré l’unité nationale, il a privilégié de la séquence 1789-1792 une approche jauressienne, jacobine et patriotique parfois mâtinée de Michelet pour mobiliser contre les périls de la guerre et les menaces qu’encourent la liberté et jusqu’à l’idée de République34. Comme tous les autres acteurs politiques, il n’a retenu pour ce faire que ceux des aspects de l’événement qui s’avéraient les plus pertinents pour son argumentaire, la Révolution française qui n’était jamais ou presque abordée dans son intégralité constituant une source d’analogies et d’exemples anticipateurs propres à légitimer. « On trouve dans la Révolution française la solution à tous les problèmes que pose l’actualité », peut-on lire dans les Cahiers du bolchevisme de juillet 1939 qui se demande si « la France de Valmy l’emportera sur celle de Munich ». Le système des analogies ou des oppositions s’infléchit à la mesure des questions renouvelées : l’antiféodalisme et le tiers état demeurent des figures de l’antifascisme et de l’alliance des ouvriers et des paysans, mais Robespierre donne sens aux purges staliniennes, tandis que la civilisation, la nation, la fraternité et la liberté sont invoquées face à la barbarie, la race, le racisme et la trahison nationale35, en construisant un argumentaire que la résistance communiste n’aura cessé de mobiliser. Cette instrumentalisation politique s’accompagne toutefois une politique éditoriale dont on a montré qu’elle donne accès aux grands textes et d’une politique muséale qui n’ont pas ailleurs leurs pareils. En 1935, la municipalité de Saint-Denis, alors dirigée par Jacques Doriot, organisait la première exposition consacrée à la Commune de Paris. Le 23 mars 1939, la ville de Montreuil, devenue communiste quatre ans plus tôt, inaugure un musée d’Histoire vivante dont Jean Bruhat devient le directeur. La municipalité acquiert d’importants fonds consacrés à la Révolution et baptise du nom de Robespierre une de ses stations de métro.
33Le Front populaire a donc été l’occasion politique d’une puissante réactivation de l’histoire doublée d’une réécriture qui l’était également. Il conviendrait de voir comment elles ont marqué la mémoire historique et la mémoire vive dans les décennies qui ont suivi, jusqu’à cet épisode refondateur mais commémoratif qu’a été le bicentenaire36.
Notes de bas de page
1Marie-Claire Lavabre, Le fil rouge. Sociologie de la mémoire communiste, Paris, Presses de la FNSP, 1994.
2Danielle Tartakowsky, La part du rêve : histoire du 1er mai en France, Paris, Hachette Littérature, 2005.
3Danielle Tartakowsky, Les droites et la rue. Histoire d’une ambivalence, de 1880 à nos jours, Paris, La Découverte, 2014.
4Serge Berstein, Le 6 février 1934, Paris, Gallimard, coll. « Archives », 1975.
5Le Populaire, 10 février 1934.
6Le Peuple, 7 février 1934.
7Nous renvoyons une fois pour toutes à Danielle Tartakowsky, Les manifestations de rue en France : 1918-1968, Paris, Publications de la Sorbonne, 1997. Le lecteur y trouvera les références relatives aux manifestations mentionnées.
8Le Peuple, 14 juillet 1934.
9Le Populaire, 7 juillet 1935.
10L’Humanité, 2 juillet 1935.
1114 juillet 1935, brochure éditée par le comité d’organisation du 14 juillet 1935, s. l. n. d. Cf. également Jean Domenichino, « Le PCF et la Révolution française dans la région marseillaise », fasc. 148, 1987, p. 253-264 : François Billoux, « Le drapeau tricolore et la Marseillaise appartiennent aux héritiers des sans-culottes ».
12Danielle Tartakowsky, Manifester à Paris, 1880-2010, Seyssel, Champ Vallon, 2010.
1314 juillet 1935, op. cit..
14Simon Dell, The Image of the Popular Front: The Masses and the Media in Interwar France, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2006.
1514 juillet 1935, op. cit.
16Le Populaire, 16 juillet 1935.
17Ibid.
18Sylvie Rab, « La commémoration du centenaire de la mort de Rouget de Lisle à Choisy-le-Roi en juin 1936 », in Alain Corbin, Noëlle Gérôme et Danielle Tartakowsky (dir.), Les usages politiques des fêtes aux xixe et xxe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 1994, p. 291-304.
19Maurice Thorez, « La Marseillaise », discours prononcé à Choisy-le-Roi, 27 juin 1936, in Œuvres complètes, livre III, t. XIII, Paris, Éditions sociales, 1954, p. 55-61. Les italiques sont dans le texte.
20Vu, 15 juillet 1936.
21Le Populaire, 14 juillet 1936.
22Danielle Tartakowsky et Michel Margairaz, « L’avenir nous appartient ! » Une histoire du Front populaire, Paris, Larousse, 2006.
23Breizh nevez, court métrage anonyme de 1938 en constitue une remarquable illustration.
24Vendredi, 17 juillet 1936.
25La Lumière, 18 juillet 1936.
26Danielle Tartakowsky, Manifester à Paris, 1880-2010, op. cit.
27François Lassagne, Vendredi, 24 juillet 1936.
28Pascale Goetschel, « Le 14 juillet de Romain Rolland à l’Alhambra : affiche de Suzanne Reymond », Parlement[s], mars 2012.
29Pascal Ory, La belle illusion. Culture et politique sous le signe du Front populaire, 1935-1938, Paris, Plon, 1994.
30Guide de lecture pour l’étude du marxisme, Paris, Bureau d’éditions, 1936.
31Marie-Cécile Bouju, Lire en communiste : les maisons d’édition du Parti communiste français, 1920-1968, Rennes, PUR, 2010.
32Maurice Thorez, « La France du Front populaire et sa mission dans le monde, l’œuvre de la grande révolution », 25 décembre 1937, in Œuvres complètes, livre III, t. XIV, Paris, Édutions sociales, 1954, p. 239-250.
33Pascal Ory, Une nation pour mémoire – 1889, 1939, 1989 – trois jubilés révolutionnaires, Paris, Presses de la FNSP, 1992.
34Louis Hincker, « La lecture de la Révolution française par le PCF », Communisme, no 20-21, 1988-1989.
35Roger Martelli, « Héritiers de la Révolution française », in Jean-Pierre Azéma et al. (dir.), Le parti communiste français des années sombres, 1938-1941, Paris, Éditions du Seuil, 1986, p. 198-204.
36Patrick Garcia, Le bicentenaire de la Révolution française. Pratiques sociales d’une commémoration, préface de Michel Vovelle, Paris, CNRS Éditions, 2000.
Auteur
-
Danielle Tartakowsky
Université de Paris 8.
Danielle Tartakowsky, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Paris 8 qu’elle a présidé de 2012 à 2016, est spécialiste d’histoire sociale et politique dans la France du xxe siècle. Elle a consacré de nombreux travaux à l’histoire des mouvements sociaux et des mobilisations collectives dans les périodes de crise de 1934-1936 et de 1968. Elle a notamment publié Le pouvoir est dans la rue. Crises politiques et manifestations en France, Aubier, 1998 ; Les manifestations de rue en France, 1918-1968, Publications de la Sorbonne, 1998 ; Le Front populaire. La vie est à nous, La Découverte/Gallimard, 1995 ; avec Dominique Margairaz, « L’avenir nous appartient ! » Une histoire du Front populaire, Larousse, 2006.
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