Ce que les sciences sociales nous disent de la mémoire
p. 29-40
Texte intégral
« Où sont donc les “sources” enchantées qui nous renvoient toujours ailleurs, au-delà de l’endroit où nous espérions les trouver ? […] Le passé apparaît simultanément comme la terre natale et le pays déserté. Nous espérons y trouver, encore transparent dans ses origines, l’esprit qu’un développement aurait adultéré, mais nous en rejetons le langage, aujourd’hui désaffecté et qu’il ne nous est plus possible d’habiter […]. Les commencements représenteraient à la fois le lieu de l’essentiel et le lieu du périmé, le plus nécessaire et le plus étranger au présent […]. Les origines sont d’une autre nature que nous. Elles s’évanouissent à notre approche si nous les identifions à un secret qui serait détenu par le passé et avec lequel il nous faudrait ruser pour nous trouver nous-mêmes en le récupérant […]. Une fois admis que ces origines ne nous sont ni tout à fait étrangères (elles ont désormais un sens pour nous), ni tout à fait nôtres (elles restent le fait d’une autre époque), une reconnaissance mutuelle nous éclairera si nous laissons à ce passé le droit de nous résister parce qu’il est autre et que nous en dépendons et si nous avons la force de lui résister (parce que nous sommes encore capables de créer)1. »
1Histoire, sociologie, anthropologie et sciences sociales du politique : autant de disciplines qui, à travers des approches tantôt complémentaires, tantôt séparées, ont pensé l’articulation entre les pratiques et les usages de l’histoire, les mémoires vives, les formes diverses de représentations du passé et leurs médiations2. Cette réflexion a accompagné la constitution progressive d’un sens commun de la mémoire, ainsi que le note Marie-Claire Lavabre, et a produit plusieurs définitions : souvenir de l’expérience vécue – souvent liée à un évènement ou une période historique donnés pour fondateurs d’une communauté de représentations, comme le met en évidence Jean-Clément Martin à propos de la Révolution française ou Sylvie Sagnes sur la Retirada – ; formes d’expression et de gestion publiques du passé, et manière dont chaque société gère son histoire ; catégorie d’analyse et de pratique, étroitement associée, voire assimilée à la notion de tradition et inversement, servant à expliquer la formation des liens sociaux et leur permanence dans des contextes de fortes mutations sociales, comme le souligne Laurent Le Gall ; enfin, approche du passé définie par la distinction faite entre mémoire et histoire, ainsi que le relèvent les contributions de Philippe Joutard et Johann Michel… Ces définitions s’accompagnent d’enjeux épistémologiques multiples, que l’on envisage la mémoire du côté de ses « usages politiques », comme « pathos » (avec la question des traumatismes) ou encore dans ses aspects cognitifs, en tant que processus qui permet de conserver nos acquisitions dans le temps.
2Cet intérêt croissant pour la mémoire a émergé dans un contexte travaillé par d’importantes mutations sociales, politiques, instaurant un nouveau socle discursif, et par ce que d’aucuns pointent comme le repli des « grandes idéologies ». Dès le milieu des années 1970, l’histoire orale et la réflexion historienne participent de cette nouvelle centralité de la notion, au carrefour de plusieurs disciplines, au point qu’aujourd’hui, certains soulignent qu’elle semble avoir « absorbé » d’autres concepts, comme celui de culture, de tradition ou d’identité3, qui se trouvent confondus ou assimilés avec la mémoire. La question de l’autonomie et de la complémentarité de l’histoire et de la mémoire, s’inscrivant dans un contexte de substitution des mémoires fragmentées aux grands récits collectifs, a participé d’un véritable débat autour de l’écriture de l’histoire et de l’espace épistémologique qu’elle définit, dans sa relation au récit, à la fiction et aux formes littéraires. Ces débats, à travers des disciplines telles que l’histoire, l’archéologie et l’ethnologie, ainsi qu’en témoignent les textes présentés ici, sont traversés, à des degrés divers, par une même problématique : celle du changement social et de la capacité d’une société à reproduire le passé et à l’installer dans le présent, quitte à « présupposer » un « fait premier authentique », une « origine », à partir desquels pourraient être interprétées et saisies les différentes traces et les évocations du passé dans le présent.
3C’est donc cette montée progressive de la mémoire comme un nouvel objet des sciences sociales que les articles rassemblés ici interrogent sous différents aspects, soulignant la manière dont cet intérêt progressif coïncide aussi avec un investissement inédit des acteurs sociaux et politiques dans le champ et le vocabulaire mémoriel (Marie-Claire Lavabre).
Usages et mésusages : la mémoire au prisme du politique
4Parmi les principales approches académiques sur la mémoire en France, la problématique des « usages » et des « mésusages » de la mémoire est liée à une réflexion sur la place du passé dans la sphère politique. Le phénomène mémoriel y est souvent analysé comme symptôme d’un déclin de l’État nation, notamment dans sa capacité à insérer les expériences et les récits finalisés du passé au sein d’une même « identité nationale », d’assurer la continuité et la reproduction des rapports sociaux dans un contexte d’« accélération de l’histoire », de fragilisation des « identités » et d’apparition de nouvelles solidarités transnationales4. Aux grands récits collectifs se seraient substituées des mémoires aussi fragmentées et multiples que les revendications qui les accompagnent, tandis que l’histoire, lieu de mise en sens critique du passé, aurait été supplantée par la justice, lieu d’inversion morale du temps5, ou par les différents acteurs qui revendiquent des narrations alternatives à celles des historiens (Philippe Joutard).
5Plusieurs des contributions reviennent sur cette question, à travers notamment la problématique du « devoir de mémoire », s’inscrivant pour Johann Michel dans un nouveau régime d’historicité, marqué par une forme de « présentisme6 », né des traumatismes du xxe siècle. Reste à savoir si ce nouveau régime d’historicité concerne d’abord la manière dont les historiens envisagent et caractérisent le rapport au temps des sociétés qu’ils étudient, ou s’il révèle la manière dont les acteurs sociaux définissent et expérimentent leur relation au passé, au présent et à l’avenir. Dans ce « nouveau régime », les témoignages tiennent une place essentielle, qui déborde du seul espace judiciaire, pour rendre compte d’événements tragiques d’une ampleur telle que l’écriture historienne semble échouer à les restituer et dont le souvenir s’est exprimé dans les dernières décennies sur le mode du conflit, donnant lieu à l’idée de « guerres de mémoires7 ». Cette problématique accorde une large place à la manière dont la mémoire serait investie par le politique, souvent envisagée à partir d’objets (les commémorations, les monuments…), d’« acteurs » (l’État et ses représentants) et d’une échelle (le cadre national8) spécifiques.
6Empruntant volontiers au vocabulaire de la psychanalyse et de l’économie, les analyses privilégient « les conflits et les enjeux plutôt que les facteurs de continuité et de stabilité9 », s’attachant en priorité aux revendications mémorielles d’un côté et de l’autre, aux initiatives politiques à visée réconciliatrice. Cette perspective se développe fortement dans l’espace public à partir des années 1990, se centrant sur la question des abus de la mémoire et de l’idée d’un devoir de mémoire, symptôme supposé de la « concurrence des victimes10 ».
7Longtemps cantonnée aux cercles des commémorateurs de la Seconde Guerre mondiale, voire de la Première11, la conception du devoir de mémoire se transforme en prescription pour les individus et la collectivité de lutter contre l’oubli et de tirer les leçons du passé, d’exprimer une reconnaissance des victimes qu’il s’agit d’honorer et de commémorer, via notamment une inscription de leur histoire dans la « mémoire nationale ». Si l’on peut en retracer la généalogie, l’apparition de l’expression reste difficile à dater, même si certains indicateurs témoignent de sa diffusion, dans les médias dès 1992 ou, en 1986, dans les archives préfectorales qui enregistrent les créations et les modifications d’associations12. Le succès qu’elle connaît dans l’espace public s’accompagne de fortes critiques qui vont paradoxalement constituer un paradigme de réflexion sur la mémoire. Pour Johann Michel, l’émergence et l’affirmation d’un devoir de mémoire relèveraient d’une rupture dans les politiques publiques de la mémoire et sa promotion aurait contribué à l’écriture d’« un roman post-national » venant contrarier le récit national dans sa position dominante ou du moins le transformer. Si ce récit est à considérer dans le seul cadre national ou si, par certains aspects, elle le dépasse, reste une question laissée ici en suspens.
8La notion de devoir de mémoire a donné lieu à de nombreuses critiques, sous la forme notamment de l’affirmation d’un « droit à l’oubli13 » puis d’une dénonciation des « abus de la mémoire14 », titre d’un ouvrage de Tzvetan Todorov consacré à cette question. Distinguant le recouvrement, qui relèverait des individus, des usages de la mémoire, davantage du ressort des groupes, ce dernier départage un « bon usage », possédant une visée exemplaire et universalisante, des formes de mésusages, portées par l’expression d’un « devoir de mémoire », comme ensemble de pratiques fortement instrumentalisées et renvoyant à une évocation du passé « littérale », enfermée dans son particularisme15. Cependant, comme le souligne Johann Michel, rares sont les études qui s’attachent à mettre en évidence « qui enjoint » à un tel devoir, à l’adresse de qui et en hommage à qui.
9C’est Paul Ricœur16 qui donne à la notion d’abus de la mémoire et à son pendant, le devoir de mémoire la formulation la plus aboutie, pour aborder – et dénoncer – l’omniprésence contemporaine de la mémoire, au prisme d’un même horizon politique et moral, celui de la justice et de la réconciliation. Il lie les abus de la mémoire à une manipulation consciente et concertée des acteurs collectifs de la remémoration et de l’oubli par la mise en récit sélective et orientée, afin d’en retirer des bénéfices matériels ou symboliques. Il définit un devoir de mémoire « légitime », où l’idée de rendre justice, par le souvenir, à autre que soi et de s’acquitter de la dette envers ceux qui nous ont précédés17 transforme la mémoire en projet. Il dénonce dans le même mouvement un devoir de mémoire abusif, devenu « captation de la parole muette des victimes qui fait virer l’us à l’abus18 ».
10Au devoir de mémoire, il préfère substituer l’expression de « travail de mémoire », inspirée de la notion psychanalytique de « travail de deuil19 ». Selon lui, les sociétés seraient affectées dans leur rapport au passé et dans leur devenir par des pathologies et des défaillances collectives de la mémoire. Elles doivent dès lors accomplir un « travail de mémoire » pour atteindre le bon oubli et l’apaisement. Il distingue trois formes symptomatiques de mémoire, qui constituent autant de limitations aux tentatives de réconciliation avec le passé, avec soi-même et avec les autres, et au travail de remémoration. Celui-ci est conçu comme l’horizon de pensée indispensable à une mémoire heureuse et apaisée, à ce qu’il appelle une « juste mémoire », laquelle recouvre ici plusieurs acceptions – renvoyant à l’exigence de justice, à la norme de justesse (ni trop, ni trop peu) et à l’ajustement à la finalité du pardon20.
11Ces trois formes ne s’observent pas seulement dans les situations traumatiques exceptionnelles auxquelles sont confrontées au cours de leur existence des communautés historiques. Mais elles renvoient aussi au rapport fondamental et quasi originaire de l’histoire avec la violence, qui structurerait toute existence collective. La première correspond à une mémoire empêchée, qui relève du pathologique-thérapeutique, dont les symptômes, venant se substituer au souvenir, se rapportent soit à la compulsion de répétition – de l’ordre du « trop de mémoire » –, soit au refoulement, au déficit de distance critique et au manque de mémoire – de l’ordre du « trop peu » de mémoire – ; la seconde concerne une mémoire manipulée, au service d’une revendication identitaire, qui se déploie dans le champ de l’idéologie et découle d’une mainmise institutionnelle sur le rapport au passé ; la troisième procède d’une mémoire imposée, à la croisée de l’éthique et du politique, qui s’illustre à travers le devoir de mémoire.
12C’est surtout au niveau des institutions que la question de la juste mémoire doit être, selon Paul Ricœur, posée : abus de la mémoire manipulée qui, par l’imposition de récits canoniques, dépossède les acteurs sociaux « de leur pouvoir originaire de se raconter eux-mêmes21 » ; abus de l’oubli commandé – l’amnistie –, forme de « rétention de la vérité » au nom de la paix sociale qui consacre un déni de mémoire et vise à éteindre cette dernière dans son expression attestataire.
En regard : l’histoire et la mémoire « au travail » ou « travaillées » par le devoir…
13Johann Michel propose ici de mettre en regard « devoir de mémoire », « travail de mémoire », « travail de l’histoire » et « devoir d’histoire ». Cette proposition lui permet de revenir sur la distinction entre mémoire et histoire, entre ce qui relève davantage d’un phénomène social, potentiellement source et matrice de l’histoire comme travail sur le passé (et le présent) des sociétés, et d’une discipline, avec ses règles et son caractère réflexif. Une telle distinction, quand elle est poussée jusqu’à l’opposition entre une discipline universitaire, soumise à la nécessité de la preuve et de l’argument, et la mémoire, en tant que phénomène social complexe, est-elle vraiment pertinente, s’interrogent de leur côté Marie-Claire Lavabre et Philippe Joutard. Qu’est-ce qui, finalement, se joue derrière cette ligne de partage ?
14Pour Johann Michel, l’une des dimensions centrales de cette distinction est l’attitude de soupçon que devrait d’adopter l’historien « comme un juge » quant au témoignage dont il se sert comme source et dont il s’agit de traquer les mensonges, les erreurs, la subjectivité, opération d’autant plus « aisée » qu’il n’est pas ou pas toujours en contact avec les « témoins »… Cette perspective est récurrente dans de nombreux travaux d’histoire, en France en particulier, qui dénoncent la multiplication et la diversification des producteurs d’histoire ainsi que la concurrence des associations à vocation mémorielle ou patrimoniale. Ces travaux s’attachent à distinguer « histoire et mémoire, connaissance et imagination, objectivité et subjectivité, raison et émotion » (Mari-Claire Lavabre). Elle est plus rare en ethnologie, discipline qui a pourtant très tôt interrogé le caractère labile et multiforme des sources orales, le degré de précision et de crédibilité par rapport à l’écrit qu’apportent les modalités orales de transmission, dans la reconstitution du passé sur le long terme, et la fiabilité ou la non-fiabilité des différents procédés mnémoniques utilisés pour retenir des récits plus ou moins déjà construits22. Forts de cette réflexion, les ethnologues travaillant sur la mémoire ont montré que, même au travers d’une mémoire déformée, interdite ou altérée, il est possible de restituer le sens de l’événement23. Peu, par ailleurs, considèrent les acteurs comme des « témoins » qui exigeraient d’être « crus », et statuent sur la légitimité et la véracité du rapport au passé que ces derniers évoquent. Ce qui les intéresse ici, ce n’est pas tant de « restituer les faits tels qu’ils se sont passés », mais de comprendre comment prennent forme les histoires que l’individu se raconte pour donner sens à sa vie et à ses actes, et comment se construisent les histoires collectives24, de déplier les différents niveaux de conscience historique, centraux dans les représentations sociales25. Tout en adoptant une démarche critique, ils envisagent l’utilisation et la complémentarité des différentes sources comme un apport non négligeable pour mieux comprendre certains phénomènes sociaux qui traversent nos sociétés, ainsi que le souligne ici Philippe Joutard. Cette perspective n’est d’ailleurs pas absente de travaux d’historiens, si l’on pense aux recherches de Lucette Valensi pour qui faire l’histoire de la mémoire, c’est aussi faire l’histoire des « fables de la mémoire » et des « silences de l’oubli26 » ou de Jan Asmann27 sur Moïse l’Égyptien, s’attachant à la signification du passé dans un présent donné. Jean-Clément Martin, dans sa contribution, examine ainsi les chemins de la transmission, les réseaux d’intertextualité, les continuités diachroniques et les discontinuités que l’on observe dans la lecture du passé de la Révolution. Il met en lumière comment les dissensus et les discordes légués par la Révolution, loin de briser une certaine énergie nationale, sont venus au contraire l’alimenter.
15Une telle perspective s’attache non pas seulement aux mémoires institutionnelles, mais aussi à la transmission d’expériences vécues ou non, dont les individus sont porteurs, plus difficiles à mettre au jour (Philippe Joutard) : de quelle manière se réimaginent les souvenirs transmis d’un passé lointain, chargés d’éléments affectifs, via des récits fondés sur des informations accumulées dans les mémoires ? Ou comment certains événements historiques que les individus n’ont pas vécus deviennent-ils pour eux des souvenirs personnels et intimes28 ? Répondre à ces questions nécessite de croiser la mémoire historique avec l’histoire de la mémoire vive et de porter une attention particulière aux faits de communication qui constituent la mémoire collective.
16Par-delà le constat selon lequel la notion de « devoir de mémoire » deviendrait un outil de l’agency des acteurs, reste à saisir concrètement comment elle est progressivement devenue une catégorie d’action et à quelles logiques de sens elle renvoie pour ceux qui l’investissent, la rejettent ou encore y sont indifférents. Quant à la notion de « devoir d’histoire », dans sa vertu civique, elle s’inscrit dans un contexte où les souvenirs de l’expérience, les mises en récits publiques et les volontés politiques divergent, engagent controverses et polémiques29. Ils dépendent aussi « des oublis, des zones grises et des silences qui signalent les impensés » demeurant dans la mémoire collective et « rendant impossible les consensus minimaux qui permettrait des discussions » (Jean-Clément Martin). Selon quelles conditions des règles de débat, permettant la « constitution d’une communauté historique authentique », peuvent-elles voir le jour ? Comment la production d’un récit historique peut-elle être efficace et influencer ses destinataires supposés ? Si l’enjeu des dissensions nées du passé dépasse la seule dimension historiographique et relève de registres à la fois éthiques et politiques30, que peut-on en attendre ? Et pour qui ? Et comment un tel récit peut-il faire pièce à la réalité de la mémoire vive et aux souvenirs des expériences vécues et transmises du conflit et de la violence ?
17À la notion de « devoir d’histoire » proposée par Johann Michel fait écho la conclusion forte de Jean-Clément Martin qui en délimite certaines conditions : « L’histoire c’est ce que font les historiens, disait Antoine Prost avec raison. Il convient pour conclure de souligner à quel point cette formule, si naïve en apparence, recèle de complexité et de difficulté, quand appliquée à la période révolutionnaire, elle suppose un véritable coup de force pour tordre le cou à nos mémoires historiques et à nos histoires mémorielles qui nous retranchent encore de la simple étude du passé. » La réflexion de Philippe Joutard en complète également les contours, appelant à l’articulation entre des « mémoires modestes » et une « histoire modeste », toujours située dans un contexte historique singulier et soumise à un processus de relecture permanente.
Temps des traditions, temps de l’histoire
18À la charnière de cette ligne de partage entre les mémoires et les savoirs historiques, une troisième notion émerge, dont Laurent Le Gall rappelle ici le rôle central : la tradition. En France, au tournant du siècle (xixe-xxe siècles), érudits locaux, folkloristes et ethnologues s’y intéressent fortement via la question des souvenirs populaires appréhendés comme formes de survivance dans des contextes marqués par de profondes transformations des structures sociales et des cadres de pensée. La notion de tradition recouvre alors celle de mémoire, avant que cette dernière ne vienne, à son tour, la masquer, dans une époque prise en tension entre la « “détraditionalisation” des liens communautaires et un questionnement sur une société entrée dans la modernité » (Laurent Le Gall). La conception « traditionnelle » de la tradition fait par ailleurs, sous la plume de certains ethnologues31, l’objet d’une réflexion critique32. L’idée de son caractère supposé inaltérable est ainsi révoquée et l’accent mis sur ses dynamiques propres et ses recompositions au présent.
19Ce tournant, observable à partir des années 1980, dans certains ouvrages d’histoire, consacre progressivement la mémoire comme le symbole d’un nouveau régime d’historicité. Il témoigne à certains égards des contradictions et des enjeux présents autour de points « nodaux » de l’histoire nationale – tels que la Révolution française – dans l’historiographie et, à un autre niveau, chez des acteurs de la vie intellectuelle, au niveau local et au plan national, qui la transforment en ressource et en champ d’action du politique. Du fait de sa grande polysémie (Marie-Claire Lavabre), les historiens s’en saisissent non pas pour l’analyser comme un phénomène social complexe et hétérogène, étroitement enchevêtré avec les cadres sociaux des interactions, mais davantage comme une catégorie d’analyse, oscillant entre déterminisme et herméneutique33.
20À travers elle, ce sont des mécanismes de reproduction, des lois sociales qui seraient générales et pérennes et des faits de permanence, par-delà les ruptures, les mutations et le passage du temps, qu’il s’agirait de mettre au jour, un peu comme il en allait jadis des traditions sous la plume des folkloristes. C’est précisément sur cet « air de famille34 » entre mémoire et tradition que Laurent Le Gall revient, appelant ici à réfléchir davantage sur l’évidence souvent non questionnée d’un rapport d’identité entre les deux notions, comme formes de médiation dans le présent et condition d’accès à l’altérité du passé.
Engagement et distance critique
21Par-delà ces remarques, certaines contributions nous rappellent l’exigence d’objectivation critique et l’engagement dans une démarche participative qui devraient caractériser en particulier les travaux sur la mémoire, ainsi que le souligne Sylvie Sagnes. Pourquoi les phénomènes mémoriels nécessiteraient-ils plus d’« engagement critique » de la part du chercheur, comme s’ils ne pouvaient pas être appréhendés avec les outils classiques des sciences sociales appliqués à d’autres objets ? Ce questionnement trouve un écho particulier en ethnologie, même si, dans cette discipline, le « memory boom » évoqué par David Berliner35 semble avoir eu une ampleur moindre que chez les historiens ou les sociologues du politique, du moins en France.
22Pourtant, si la mémoire, comme pratique, discours, processus et contenu, est partie intégrante de l’ethnologie en tant que discipline, elle est restée longtemps un objet inséré à la marge. De fait, l’ethnologie s’est d’abord intéressée à la question du rapport au temps, à sa construction sociale et à l’idée d’un partage entre sociétés dites à écriture et sociétés dites sans écriture, dans une conjoncture scientifique, disciplinaire, qui la voit s’affranchir peu à peu, dans la seconde moitié du xixe siècle, de l’histoire. Cet affranchissement s’ancre aussi dans un contexte plus large, marqué par les transitions induites par les colonisations, l’urbanisation, l’industrialisation ou encore les vagues migratoires internes et externes. Ces transitions ont pour corollaire la supposée disparition de certaines sociétés qui en subissent les impacts et intéressent en premier lieu l’ethnologie moderne, chargée entre autres dès le xixe siècle d’en recueillir et d’en conserver les traces, les objets et les représentations, comme le souligne Sylvie Sagnes.
23Dès ses débuts, les sources de l’ethnologie, du moins d’un point de vue méthodologique, se constituent cependant par le biais de la mémoire, même si le récit scientifique tend in fine à masquer le caractère fragmentaire ou discontinu des souvenirs collectés : en témoignent les enquêtes fondées un échange d’informations, sur une sollicitation et/ou une mobilisation de la mémoire à la fois des informateurs et de l’ethnographe, les notes de terrain qui consignent dans leur contexte certains éléments issus de ces échanges ou de l’observation, ou encore les pratiques mnémotechniques, sur lesquelles s’appuie la monographie ethnographique. L’ethnologie a aussi partie liée avec les questions mémorielles, d’un point de vue théorique, au regard de la problématique centrale qui l’anime – et partagée à certains égards par les sciences sociales, comme le souligne la contribution de Laurent Le Gall : à savoir, l’analyse des processus par le biais desquels, dans le présent, une société se perpétue, dans des situations « normales » ou extrêmes, transmet d’une génération à l’autre des idées, des représentations singulières du passé destinées à être partagées.
24Mais, davantage qu’à la mémoire collective en elle-même et aux échanges sociaux dont elle est la matière, l’ethnologie s’est d’abord penchée sur ses formes institutionnalisées et sur ses modalités de sa transmission, telles que la tradition orale, les traces écrites, les rites ou les objets culturels. De fait, ce sont surtout les fonctions normatives, intégratives et symboliques de la mémoire partagée qui ont retenu l’attention. Ont dès lors été privilégiés les objets et les supports – tels que le religieux, la langue, les traditions orales et en particulier le mythe – dans lesquels se cristalliseraient les expressions symboliques de l’unité d’une société, les valeurs indispensables à l’idée qu’elles se font de leur reproduction.
25En France, cette focale a étroitement lié la discipline aux musées et au patrimoine, ainsi que le met en évidence la contribution de Sylvie Sagnes. L’intérêt ethnologique pour le patrimoine est ici clairement inséparable d’une réflexion sur ce qui le distingue de la mémoire collective, l’un et l’autre relevant de registres de temps, de sens, d’interprétation de l’histoire, d’appropriation et de logiques différents. Le patrimoine vise à donner un contenu stable et définitif à la mémoire collective, substrat et produit des interactions sociales. Ce faisant, il modifie la nature d’un échange social caractérisé par son caractère malléable et fluctuant en le fixant dans des objets stables désignés comme références collectives. Ce passage, note Michel Rautenberg36, porte en lui le délitement de la mémoire collective ainsi normalisée et d’un lien social que la patrimonialisation vise pourtant à consolider en lui conférant par la conservation un contenu définitif et synthétique.
26Comme la mémoire d’ailleurs, la notion de patrimoine qui a connu un vif succès dans les années 1980, s’est cependant vue disqualifiée comme une forme de passion du passé rapportée à des penchants nostalgiques et des réveils identitaires. De cette inflation patrimoniale, il a été déduit par certains auteurs que le patrimoine fait désormais figure de maladie sociale37, dont les symptômes les plus courants seraient une folklorisation et un repli des identités. Mais cette dénonciation s’appuie rarement de véritables études empiriques qui visent à identifier les enjeux sociaux du patrimoine, comme une ressource symbolique, politique et économique déployée dans des contextes spécifiques. Si l’on peut s’interroger, comme le fait Sylvie Sagnes, sur le rôle de l’ethnologue dans l’émergence d’un nouveau paradigme patrimonial et « dans la machinerie patrimoniale », il n’en demeure pas moins que l’approche ethnologique, entre engagement critique et objectivation, peut aussi apparaître comme relativement décalée face aux travaux statuant sur l’obsession patrimoniale. En effet, en repartant des différentes pratiques sociales des acteurs, sa perspective vise non pas seulement à constater en aval un « tout patrimoine » et ses éventuels effets, mais à en saisir aussi, en amont, les dynamiques et les angles morts, les enjeux et les intérêts parfois contradictoires, qui peuvent également aboutir à des appropriations et des investissements convergents.
Une clarification conceptuelle
27De manière générale, l’ensemble des contributions nous invitent ici à dépasser la dénonciation des abus de la mémoire, qui subordonne les processus mémoriels à leur dimension essentiellement politique et normative, pour saisir ces processus comme objets sociaux spécifiques intégrant ruptures et changements au sein d’une « continuité qui n’a rien d’artificiel38 » : l’exemple de la Révolution française, analysée dans ses différents contextes, y compris internationaux, révèle ainsi comment des événements vécus, perçus et/ou interprétés comme une rupture, prennent naissance dans des terreaux mémoriels antérieurs, après coup occultés et qui feront ensuite émerger des mémoires conflictuelles.
28Néanmoins une telle démarche nécessite, comme le souligne la contribution de Marie-Claire Lavabre, de « s’entendre sur ce qui permet de réunir ces divers phénomènes, hétérogènes à bien des égards, sous un même terme ». Elle revient ici sur les trois grandes problématiques de la mémoire qui cohabitent aujourd’hui en sciences sociales et sur les trois définitions, pour partie transversales, qui s’y superposent : celle des lieux de mémoire, celle de travail de mémoire et celle des cadres de la mémoire. La première s’attache à définir la mémoire en l’opposant à l’histoire, la seconde met l’accent sur la mémoire comme présent du passé, mêlant tout à la fois traces et évocations, tandis que la troisième s’intéresse à l’articulation de l’individuel et du collectif, ainsi qu’aux conditions sociales de l’évocation et de la formulation des souvenirs de l’expérience vécue ou transmise. Il ne s’agit pas de choisir ici entre ces approches, mais de les expliciter pour mieux comprendre dans quelle mesure elles déterminent, ou non, la construction de leur objet. En délimitant chacune des notions associées à des formes de rapport au passé, caractérisés eux-mêmes notamment par leurs finalités, telles que l’histoire, la mémoire historique et la mémoire commune, elle dégage progressivement une définition de la mémoire collective à partir de laquelle peut se déployer une sociologie de la mémoire, attentive aux « expériences biographiques et historiques », aux raisons et motivations des acteurs sociaux qui formulent les « mémoires historiques » et les « politiques de la mémoire ».
29Une telle approche permet de mieux saisir les conditions qui président à la transformation des expériences en un objet public, par le biais de récits ou, plus rarement dans les travaux en sciences sociales, des ancrages locaux et territoriaux de la mémoire. Pourtant, les liens entre mémoire et espace, la persistance des formes sociales et des formes matérielles, les configurations urbaines et les recompositions sociales, telles que mises en évidence par Maurice Halbwachs39, constituent des voies d’accès privilégiées pour appréhender certains « passés qui ne passent pas40 », en dehors des formes narratives, des pratiques commémoratives ou des initiatives institutionnelles plus classiquement étudiées. Cette question rejoint la problématique des traces, abordée dans les contributions, celle du deuil et de la mémoire, comme force sociale vive et active révélant les dynamiques qui travaillent le souvenir et l’oubli. Ressource pour créer des solidarités fondées sur un passé vécu et/ou transmis, la mémoire peut également produire, à l’inverse, des mécanismes de rejet, d’exclusion et de désaffiliation.
30Dès lors, et à l’issue de ce nécessaire tour d’horizon proposé par les textes ici réunis, le débat visant à opposer histoire et mémoire apparaît marginal au regard du défi soulevé par la diversité des formes du passé dans le présent. Y répondre nécessite au préalable de s’interroger sur ce qu’une telle diversité nous apporte, notamment pour envisager le « passé de ceux qui ne sont plus et ne seront plus présents ou vivants » et « l’avenir imprévisible de ceux qui ne sont pas encore vivants au présent41 ».
Notes de bas de page
1Michel de Certeau, La faiblesse de croire, Paris, Éditions du Seuil, 1987, p. 57-59.
2Cette réflexion s’inscrit dans le cadre d’un programme du Labex Les passés dans le présent. Investissement d’avenir, réf. ANR-11-LABX-0026-01 et dans celui de l’Institut Convergences Migrations. Ces pages sont aussi le fruit d’un travail intellectuel mené depuis des années en dialogue avec Marie-Claire Lavabre et dans le cadre d’un ouvrage en cours d’écriture avec elle. Elles lui doivent donc un vrai tribut.
3Voir David Berliner, « The abuses of memory: reflections on the memory boom in anthropology », Anthropological Quarterly, 78/1, 2005, p. 197-211 ; Johannes Fabian, Memory against Culture, Arguments and Reminders, Durham (NC), Duke University Press, 2007.
4Pierre Nora, Les lieux de mémoire, Paris, Gallimard, t. I : La République, 1984 ; t. II : La Nation, 3 vol., 1986 ; t. III : Les France, 3 vol., 1993.
5Antoine Garapon, « La justice et l’inversion morale du temps », in Thomas Ferenczi (dir.), Devoir de mémoire, droit à l’oubli ?, Bruxelles, Éditions Complexe, 2002, p. 113-124.
6François Hartog, Des régimes d’historicité : présentisme et expériences du temps, Paris, Éditions du Seuil, 2003.
7Benjamin Stora, La guerre des mémoires : la France face à son passé colonial (entretiens avec Thierry Leclere), La Tour-d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2007.
8Quand bien même cette dernière intègre une dimension transnationale, liée entre autres à la globalisation, à la circulation mondiale des informations ou encore aux relations intergouvernementales. Voir Jean-François Bayard, Le gouvernement du monde. Une critique politique de la globalisation, Paris, Fayard, 2004.
9Michaël Pollack, Une identité blessée, études de sociologie et d’histoire, Paris, Métailié, 1993, p. 18.
10Jean-Marc Chaumont, La concurrence des victimes : génocide, identité, reconnaissance, Paris, La Découverte, 1997.
11Olivier Lalieu, « L’invention du “devoir de mémoire” », Vingtième siècle, no 69/1, 2001, p. 83-94.
12Sébastien Ledoux, Le devoir de mémoire. Une formule et son histoire, Paris, CNRS Éditions, 2016.
13Henry Rousso, La hantise du passé, Paris, Textuel, 1998.
14Tzvetan Todorov, Les abus de la mémoire, Paris, Arléa, 1998.
15Marie-Claire Lavabre et Sarah Gensburger, « Entre “devoir de mémoire” et “abus de mémoire” : la sociologie de la mémoire comme tierce position », in Bertrand Müller (dir.), Histoire, mémoire et épistémologie. À propos de Paul Ricœur, Paris, Payot, 2005.
16Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Gallimard, 2000.
17Ibid., p. 108.
18Ibid., p. 109.
19Ibid., p. 736.
20Marie-Claire Lavabre et Sarah Gensburger, art. cité, 2005.
21Paul Ricœur, op. cit., p. 580.
22Arnold Van Gennep, La formation des légendes, Paris, Flammarion, 1910 ; Jan Vansina, De la tradition orale : essai de méthode historique, Tervuren, Musée royal de l’Afrique centrale, 1961.
23Nicole Lapierre, Le silence de la mémoire. À la recherche des Juifs de Plock, Paris, Plon, 1989.
24Florence Haegel et Marie-Claire Lavabre, Destins ordinaires, identité singulière et mémoire partagée, Paris, Presses de Sciences Po, 2010.
25Jan Vansina, Oral Tradition as History, Londres, Currex, 1985.
26Lucette Valensi, Fables de la mémoire. La glorieuse bataille des trois rois, Paris, Éditions du Seuil, 1992, p. 278.
27Jan Assmann, Moïse l’Égyptien, Paris, Aubier, 2001.
28Maurice Bloch, « Mémoire autobiographique et mémoire historique du passé éloigné », Enquête, vol. 2, 1995, p. 59-79.
29Marie-Claire Lavabre, « Paradigmes de la mémoire », Transcontinentales, 5 | 2007, document 9, [http://transcontinentales.revues.org/756], mis en ligne le 15 avril 2011, consulté le 18 août 2014.
30Lucette Valensi, « Notes sur deux histoires discordantes. Le cas des Arméniens pendant la Première Guerre mondiale », in François Hartog et Jacques Revel (dir.), Les usages politiques du passé, Paris, Éditions de l’EHESS, 2001.
31Gérard Lenclud, « La tradition n’est plus ce qu’elle était », Terrain, no 9, 1989, p. 110-123.
32Philippe Simay, « Le temps des traditions. Anthropologie et historicité », in Christian Delacroix, François Dosse et Patrick Garcia (dir.), Historicités, Paris, La Découverte, 2009, p. 273-284.
33Jean Laplanche, « Entre déterminisme et herméneutique, une nouvelle position de la question », La révolution copernicienne inachevée, Paris, Aubier, 1992 ; Marie-Claire Lavabre, Le fil rouge. Sociologie de la mémoire communiste, Paris, Presses de Science Po, 1994.
34Ludwig Wittgenstein, Recherches philosophiques, Paris, Gallimard, coll. « NRF », 2004.
35David Berliner, « The abuses of memory… », art. cité, 2005.
36Michel Rautenberg, La rupture patrimoniale, Grenoble, À la croisée, 2003, p. 50.
37Marc Guillaume, La politique du patrimoine, Paris, Galilée, 1980.
38Maurice Halbwachs, La mémoire collective, Paris, Albin Michel, 1997 (1950), p. 132.
39Voir Maurice Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, Albin Michel, 1994 (1925), et La topographie légendaire des évangiles en Terre sainte, Paris, PUF, 2008 (1941).
40Éric Conan et Henry Rousso, Vichy, un passé qui ne passe pas, Paris, Fayard, 1994.
41Jacques Derrida, Le dernier des Juifs, Paris, Galilée, 2014, p. 20.
Auteur
-
Michèle Baussant
CNRS.
Michèle Baussant est chargée de recherches au CNRS en anthropologie. Ses travaux actuels portent sur les « Formes et usages comparés du passé juif oriental : de l’exemple des juifs d’Égypte aux juifs des pays d’islam ». Ils articulent, dans une perspective comparative, plusieurs thématiques connexes (les rituels et les usages religieux de l’espace en situation migratoire, les liens entre utopie et nostalgie, les relations entre langues, exil et mémoire, la patrimonialisation des mémoires des migrations) et plusieurs terrains d’enquêtes (Algérie, Liban, Égypte, Israël). Elle a publié « Un nom éternel qui ne sera jamais effacé : nostalgie et langue chez les Juifs d’Égypte en France », Terrain, no 65, 2015 et « Pilgrimages, commemorative spaces and counter-memory among the Europeans of Algeria », in Manuel Borutta et Jan Jansen (dir.), Vertriebene and Pieds-Noirs, Londres/New York, Palgrave Macmillan, 2015 ; avec Aslak Eh, « De Juif d’Égypte à Juif en Égypte », Diasporas-Histoire et Sociétés, no 27, 2016, p. 73-89 ; avec Irène Dos Santos, Évelyne Ribert et Isabelle Rivoal (dir.), Migrations humaines et mises en récit mémorielles. Approches croisées en anthropologie et préhistoire, Nanterre, Presses universitaires de Paris Ouest, 2015 ; le numéro spécial des Conserveries mémorielles. Revue transdisciplinaire, en ligne, no 22 : « Utopie, nostalgie, approches croisées », 2018 (avec Karine Basset) ; Les terrains de la mémoire. Approches croisées à l’échelle locale, Paris, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2018 (avec Sarah Gensburger, Marina Chauliac et Nancy Venel).
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