Introduction. La pique, la plume et le cœur
Des liens entre mémoire, historiographie et politique
p. 7-26
Texte intégral
« C’est quelque chose de grand que la puissance de la mémoire. Une sorte d’horreur me glace, ô mon Dieu, quand je pénètre dans cette multiplicité profonde, infinie ! Et cela, c’est mon esprit ; et cela, c’est moi-même. Que suis-je donc, ô mon Dieu ? quelle nature suis-je ? Variété vivante, puissante immensité !
Et voilà que je cours par les champs de ma mémoire ; et je visite ces antres, ces cavernes innombrables, peuplées à l’infini d’innombrables espèces, qui habitent par image, comme les corps ; par elles-mêmes, comme les sciences ; par je ne sais quelles notions, quels signes, comme les affections morales qui, n’opprimant plus l’esprit, restent néanmoins captives de la mémoire, quoique rien ne soit dans la mémoire qui ne soit dans l’esprit. Je vais, je cours, je vole çà et là, et pénètre partout, aussi avant que possible, et de limites, nulle part ! Tant est vaste l’empire de ma mémoire ! Tant est profonde la vie de l’homme vivant de la vie mortelle » (saint Augustin, Les Confessions, chap. xvii).
1Dans ces Confessions, saint Augustin évoque magnifiquement le rapport des humains à leur mémoire et le plaisir que ceux-ci peuvent éprouver en partant à l’exploration de cette intimité. Sujet d’étonnement par ses performances tant que par les tours et détours de son fonctionnement quotidien, la mémoire est au cœur de nos existences, même si elle n’est pas l’apanage de la seule humanité. La recherche scientifique en sciences humaines, sociales et dures, montre que la mémoire qui désigne à la fois les activités de remémoration et les contenus de cette remembrance, et se trouve au fondement de l’ipséité des personnes, l’identité des groupes et l’adaptation des conduites, est un phénomène infiniment complexe. Sa machinerie biologique échappe encore à une connaissance totale, malgré les avancées les plus récentes en neurosciences qui prouvent que le cerveau ne stocke pas en un lieu spécifique des images cérébrales inertes1. Les cinq types de mémoire – la mémoire opératoire à très court terme ; la mémoire sémantique qui est celle de la connaissance ; la mémoire épisodique des temporalités proches ; la mémoire procédurale qui est celle des automatismes et, enfin, la mémoire perceptive liée aux modalités sensorielles propres à chaque individu – fonctionnent en effet en réseaux par échanges électriques entre les synapses de régions variables du cerveau. Divers facteurs tels que le sommeil, l’activité physique, mais aussi l’environnement social et culturel, conditionnent les processus de la mémoire. Celle-ci peut résulter une démarche plus ou moins délibérée ou spontanée, et produire des résultats plus ou moins précis. L’oubli apparaît moins comme le symptôme d’un échec, d’une faillite ou d’une menace sauf en cas de pathologique biologique et/ou psychologique, mais plutôt comme une condition de possibilité de la mémoire, un élément vital d’existence et de liberté2. La mémoire est un phénomène individuel et social, puisque l’individu qui se souvient ne peut le faire que parce que son existence s’épanouit dans des cadres familiaux et sociaux qui favorisent ce type de relations avec l’altérité au mode passé. Cette sorte particulière des activités humaines – qui existe, quoique sous des formes un peu différentes, chez les animaux, lesquels sont des sujets sensibles, aux capacités mémorielles variables selon les espèces – concerne à la fois les sphères du public et du privé : elle peut s’exercer dans l’intimité la plus personnelle, ou advenir dans des commémorations publiques très larges et médiatisées générant des sentiments d’appartenance collective ; elle peut concerner des individus ou des groupes, transmettre des traditions, des figures positives ou négatives, de hauts faits comme des vilenies, des objets et des lieux. La mémoire entretient encore un commerce particulier avec la vérité : elle peut être exacte, enjolivée, noircie ou inventée ; elle peut être consensuelle ou discutée. Elle a aussi à voir avec les modalités de l’insertion sociale, capable qu’elle est d’émanciper ou d’enfermer. Elle entretient enfin un lien étroit avec l’histoire. Mémoire vive, car triste legs laissé aux victimes d’oppression ou de violences individuelles ou collectives, ou encore patrimoine de l’orgueil généalogique, outil de domination de groupes familiaux puissants ou de castes sociales dirigeantes dont elle contribue à perpétuer les privilèges, produit d’un intérêt politique, social ou commercial, elle est souvent opposée à l’histoire. Elle désigne en effet un rapport affectif au cœur des constructions identitaires individuelles et collectives, dont l’énonciation et la reconnaissance peuvent s’avérer enjeux de souffrance ou de plaisir, d’assujettissement ou de libération. L’histoire, champ disciplinaire défini par des procédures scientifiques, dit en revanche établir un discours savant aux protocoles précis tels que l’exhaustivité de la documentation, le croisement et la critique des sources. La fiabilité de cette mise en récit du passé réside dans son caractère vérifiable et référencé, et dans un usage réflexif de la critique historiographique.
2Si la mémoire, à la fois capacité naturelle et activité sociale, est aussi ancienne que l’espèce humaine, l’histoire naît avec la naissance de l’écriture qui permet la conservation de l’information autour du ve siècle avant notre ère, du projet d’éterniser la mémoire pour retenir la connaissance les temps révolus. Ainsi Hérodote de Thourioï présente dans la première phrase de son Enquête « ses recherches, pour empêcher que ce qu’ont fait les hommes, avec le temps, ne s’efface de la mémoire, et que de grands et merveilleux exploits, accomplis tant par les barbares que par les Grecs, ne cessent d’être renommés ; en particulier, ce qui fut cause que Grecs et barbares entrèrent en guerre les uns contre les autres3 ». L’imaginaire mythologique distingue ces deux formes du rapport au passé : si la muse de l’histoire, Clio, est fille de Mnémosyne, la divinité de la mémoire – une titanide qui invente le langage et donne naissance aux neuf muses, fruits de ses neuf nuits passées avec Zeus – la première gagne progressivement son autonomie vis-à-vis de la seconde. Elle s’en éloigne par le souci d’embrasser une temporalité plus large que les quelques générations dont une mémoire d’homme peut conserver le souvenir. L’histoire n’est pas pour autant le passé. Différente de l’Histoire, « terme par lequel on a pris l’habitude de désigner le mouvement général des sociétés4 », elle est une création, la construction d’un récit sur le passé à partir de l’interprétation des traces laissées par ce passé. Ce processus est dynamique, parce qu’il suppose la collecte de l’information, l’analyse de celle-ci selon des procédures peu à peu clarifiées par la communauté scientifique des historiens qui se reconnaissent et sont reconnus comme tels dans leurs sociétés. Elle suppose l’érudition, mais le rapport entretenu avec les histoires produites dans le passé n’est pas celui de la servilité. Les historiens n’ont pas à répéter, ni révérer, mais – dans le respect élémentaire des règles de civilité à l’égard des membres passés et présents de la communauté des historiens – il leur faut innover, inventer, faire preuve d’imagination, pour apporter de la nouveauté dans les sources, les méthodes, à un récit du passé qui « vise à comprendre ce qu’il a été et donc ce qu’il est devenu5 ».
3L’histoire – mise en intrigue du passé par des historiens reconnus comme tels – et la mémoire – universellement partagée entre tous les hommes et tous les groupes sociaux, en des pratiques qui reflètent leurs structures – sont deux modes différents d’actualisation du passé dans le présent et d’information du présent par le passé. Elles entretiennent toutefois un certain commerce, ne serait-ce que parce qu’elles visent un même objet, à savoir ce qui est révolu6. L’histoire, telle qu’elle est produite par les historiens, a pour vocation de devenir de la mémoire pour les élèves et les étudiants qui auront à l’apprendre, afin de la connaître et d’apprendre éventuellement à la faire. La mémoire, vécue ou transmise, peut aussi devenir de l’histoire si les historiens la soumettent, comme leurs autres objets, à leurs protocoles habituels de documentation – croisement de sources, contextualisation, analyse critique et comparaison érudite – qu’ils s’intéressent à des questions telles que le souvenir de la mémoire laissée par la révolte des Camisards dans le Languedoc au début du xviiie siècle, la Révolution française en Vendée, ou encore les représentations contrastées qui entourent certains personnages ou aspects de la Révolution française7. La manière dont la mémoire est célébrée en pratique8, initiée par le volontarisme étatique9, ou modelée par un enseignement de l’histoire pouvant servir à la fabrique d’un roman national10, peut elle-même faire l’objet de travaux à la croisée de l’histoire politique et culturelle. Les historiens, spécialistes du passé, mais inscrits dans le présent de leurs ancrages sociaux et académiques, ont enfin une mémoire disciplinaire de leurs pratiques épistémologiques et herméneutiques qui peut elle-même devenir de l’histoire – l’histoire de l’histoire, c’est-à-dire l’historiographie11 – par le regard réflexif qu’ils peuvent tourner sur leurs propres activités afin d’élucider la manière dont les conditions de production de leur exercice professionnel et leur insertion sociale déterminent l’histoire qu’ils produisent12. Au crépuscule d’une belle carrière, il arrive aussi qu’ils s’essayent à la publication de Mémoires13. Les représentations du passé constituant un des éléments de la fabrique des identités14, il peut enfin être tentant pour des entrepreneurs de cause15 – qu’elles soient politiques, communautaires, voire commerciales – d’intervenir dans la chaîne de production de la mémoire, afin de l’entretenir parfois presque religieusement, ce qui empêche l’oubli en grevant les capacités à la projection dans un ailleurs ou à la production de l’avenir16. Il peut aussi s’agir de la brouiller pour la réorienter17, mais aussi de l’occulter pour en affaiblir les porteurs, et encore de la dresser contre d’autres mémoires venues d’identités concurrentes ou de projets antagonistes18, ou même de l’inventer pour fonder et nourrir des traditions factices19. Ainsi l’intérêt et la politique ne sont-ils souvent pas loin de la mémoire, voire de l’histoire. L’ouverture d’une démarche d’histoire de la mémoire suppose donc un préliminaire réflexif de clarification à cet égard.
4Les flux entre mémoire, histoire et politique pulsent à des rythmes différents dans l’organisme de la vie politique et intellectuelle française, selon les circonstances et les époques. Aux lendemains de la séquence 1789-1815 et pendant une bonne partie du xixe siècle, la mémoire de la Révolution française se montre non seulement discontinue20, apparaissant et disparaissant par alternances d’éclipses et d’éruptions, mais en outre hémiplégique, car scrutée seulement par quartiers, face sombre ou éclairée. La restauration de la royauté sous les règnes des frères cadets de Louis XVI pratique une damnatio memoriae à l’encontre de certains révolutionnaires, par l’exil infligé à plus de 200 Conventionnels régicides21, ou l’interdiction pour ces derniers de l’éloge funèbre, comme Antonelle, chevalier sous l’ancien régime, député jacobin à la Législative, juré du tribunal révolutionnaire de Paris en l’an II, acteur de la conjuration des Égaux avec Gracchus Babeuf22. Cette monarchie en quête de légitimation construit en revanche les cadres – en forme de bois de guillotine – d’une mémoire victimaire, célébrant les martyrs de la Révolution, notamment par l’obligation légale du deuil expiatoire et perpétuel de Louis XVI avec la loi du 19 janvier 1816. Si les entrepreneurs de mémoire contre-révolutionnaire – clergé intransigeant et députés ultras – ont de beaux jours devant eux et contribuent à façonner un imaginaire23 réactionnaire, la transmission familiale de la mémoire de la Révolution française par les survivants, les veuves, les fils et filles, les frères et sœurs de victimes, ne véhicule pas systématiquement une image négative. C’est ce que montre l’exemple de Claire de Duras, fille d’Armand-Guy Coëtnempren, comte de Kersaint et vice-amiral de France sous l’ancien régime, député girondin à la Législative et à la Convention, guillotiné le 4 décembre 1793 pour un fédéralisme tout à fait imaginaire24. Âgée de 16 ans lors de l’exécution paternelle, la jeune fille émigre avec sa mère aux États-Unis, en Suisse puis en Angleterre où elle épouse le ci-devant et fortuné comte de Durfort. Le couple rentre en France sous la Restauration et s’établit en Touraine où il achète le château d’Ussé. Les courts et délicats romans que cette amie de Chateaubriand publie dans les années 1820 – Ourika, Édouard, et Olivier ou le secret25 – consistent en une condamnation des préjugés sociaux hérités de l’ancien régime quant à la couleur de la peau, la liberté féminine ou le commerce amoureux entre noblesse et roture, et témoignent, malgré un environnement social et culturel où le souvenir de la Révolution française était peu goûté, d’une forme de fidélité aux principes éclairés de liberté et d’égalité entre les êtres, et au progressisme des girondins.
5Le passé proche de la Révolution française suscite de la part des survivants et descendants une appétence manifeste qui se marque à la fois dans la rédaction d’un grand nombre de mémoires26, mais aussi dans le succès éditorial de collections telles que celle de Barrière et Berville27, ou celle des frères Baudouin, au point que Pierre Nora a pu parler de « déluge » de mémoires28. Les mémorialistes écrivent souvent pour revivre une époque haute en couleurs où ils pensent avoir inscrit leur trace dans l’histoire, et décrire leur sentiment de « protagonisme29 ». Ils entendent publier leur témoignage, réparer leur image publique, poursuivre les combats d’une Révolution qui n’est pas terminée, ou fournir des matériaux à l’histoire, sans prétendre produire de l’histoire30. Les éditeurs Barrière et Berville contribuent, par l’éclectisme de leur catalogue, au débat sur le sens de l’événement révolutionnaire et à la transformation de ces mémoires affrontées en histoire. Leur profession d’apolitisme est une position idéologique par l’équivalence accordée à ces discours concurrents d’interprétation de l’événement, et cette dépolitisation dit la méfiance éprouvée face à l’utopie politique en général et au processus révolutionnaire en particulier. Toute une grammaire symbolique d’idéaux, de signes, de systèmes interprétatifs qui réapparaissent de loin en loin dans les explosions révolutionnaires du xixe siècle, montre enfin que cette mémoire demeure vivante et active, par-delà des moments de latence, avant que les IIIe, IVe et Ve Républiques ne recyclent ces provisions institutionnelles, sémantiques et iconographiques dans leurs magasins référentiels en perpétuel réagencement.
6Les recherches sur la mémoire s’inscrivent aussi irrégulièrement dans l’histoire. Aux tournants des xixe et xxe siècles, le philosophe Henri Bergson ouvre des interrogations pionnières sur les rapports, dans la complexe machine humaine, entre Matière et mémoire31. L’ambition proustienne tend à embrasser la totalité du temps vécu afin de trouver la clé d’une vie qui trouve son sens dans la vocation littéraire32. Freud postule l’existence d’une mémoire propre à l’inconscient, qui cherche des occasions de passer en contrebande la frontière du contrôle conscient et de contourner le refoulement éventuel. Il montre que la cure analytique prépare l’opération cathartique qui rend accessible à la conscience l’existence et les objets de cette mémoire ignorée, et libère de son activité délétère33. Le sociologue Maurice Halbwachs pose la dimension sociale de la mémoire, et construit le concept de mémoire collective34. Ces éclaireurs paraissent dans un premier temps peu suivis, même si Marc Bloch prête une grande attention aux phénomènes de la mémoire dans Les rois thaumaturges35.
7Dans les années cinquante, des chantiers novateurs sont ouverts par le recours de l’histoire à de nouvelles sources, tels que l’Oral History par les universités de Berkeley, Columbia et Los Angeles, ou la collecte de récits de vies ouvrières à Essex en Grande-Bretagne. En France, Philippe Joutard commence à l’été 1967 son enquête sur la tradition orale laissée dans les Cévennes par la guerre des Camisards au début du xviiie siècle sous le règne finissant de Louis XIV36. Ce sont les témoignages sur l’indicible génocidaire durant la Seconde Guerre mondiale qui placent la mémoire au cœur des sociétés contemporaines37. Les historiens se montrent d’abord réticents face à ces sources nouvelles, soulevant des difficultés méthodologiques et éthiques inédites. Quelques numéros spéciaux paraissent dans des revues spécialisées, tels que « Tragédie de la déportation (1940-1945). Témoignages des survivants des camps de concentration allemands » dans le Bulletin de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie de l’enseignement public en mars 1955, ou l’article de François Delpech sur « la persécution nazie et l’attitude de Vichy », en mai-juin 1979 dans la même revue. Puis les historiens dépassent leurs préventions à l’égard de ces témoignages aussi difficiles à formuler qu’à recevoir et soumettre au crible de la critique méthodique. Ils s’emparent de ces mines documentaires, comme le montre la soutenance de la thèse d’Olga Wormser-Migot, Essai sur les sources de l’histoire concentrationnaire nazie38, bien qu’aujourd’hui corrigée, et modifient la lecture de cette période à la suite de la traduction en français en 1973 du livre de Robert Paxton, Vichy France: Old Guard and New Order. Le feuilleton télévisuel américain Holocauste, réalisé par Marvin Chomsky en 1978, narrant la destinée d’une famille de la bourgeoisie juive allemande durant la Seconde Guerre mondiale, dans lequel bien des survivants ne reconnaissent pas leur histoire, encourage le besoin de témoigner et de conserver ces dépositions. Le programme de l’université de Yale – Fortunoff Video Archive for Holocaust Testimonies – inaugure la collecte de la parole des rescapés, recueillant 3 600 témoignages sur 10 000 heures d’enregistrement. Aucun historien ne figure dans l’équipe d’origine, mais Annette Wiervorka, alors doctorante en histoire contemporaine, fonde l’Association Témoignages pour mémoire avec la psychologue Régine Wainstrater pour relayer cette entreprise en France39. Le cinéaste Claude Lanzmann, acceptant l’irreprésentabilité du génocide, réhabilite la voix comme seule voie capable de rendre compte de l’horreur concentrationnaire, et présente un grand nombre d’entretiens au cœur de son film documentaire Shoah (1985). La Fondation des archives de l’histoire audiovisuelle de la Shoah, financée par la levée de fonds menée par l’équipe du cinéaste Steven Spielberg et destinée à la documentation du film La Liste de Schindler (1993), opère un changement d’échelle de la collecte, en rassemblant plus de 50 000 témoignages accessibles dans les musées et mémoriaux de la Shoah.
8La constitution de ces collections inaugure une véritable « révolution mémorielle40 » libérant la mémoire en des proportions telles que, hier indicible et inaudible, car relevant d’une insoutenable barbarie, la mémoire a été spectaculairement revalorisée. D’abord source à passer nécessairement au crible de la critique des historiens – en une opération pas toujours aisée tant elle peut concerner des affects ou des traumatismes inscrits au plus profond de l’intimité des dépositaires, et mettre en difficulté les historiens par la quasi-impossibilité de l’épreuve du doute et de la vérification, ou par les résonnances personnelles que suscitent ces mémoires dans leurs sensibilités – elle suscite bientôt un fort engouement pour elle-même.
9Cette mode de la mémoire se manifeste par la vogue de récits de vie d’autrefois en littérature41, par l’intérêt porté aux cultures populaires42 en histoire dans les années 1970, par le développement de l’anthropologie historique et de l’ethnohistoire à la recherche des mémoires collectives, ou encore la recherche individuelle des racines par la généalogie43 mais aussi par les politiques publiques de patrimonialisation du passé et l’inflation commémorative, par l’exploitation commerciale dans l’industrie du loisir44, les « marronniers » passéistes des numéros spéciaux dans la presse écrite, la mode du « retro », puis du « vintage » dans l’habillement et la décoration intérieure, l’argument commercial de l’antan dans le grand commerce alimentaire, à l’instar du yaourt « La Laitière » vendu à partir de 1973 sous l’argument du tableau éponyme peint par Vermeer en 1658.
10Les usages politiques et commerciaux de la mémoire qui contribuent à fabriquer des identités régionalistes45 ou communauristes, ne vont pas sans susciter questionnements et résistances46, quand ils aboutissent à des guerres de mémoire47 et à des injonctions légales à travers des lois mémorielles qui édictent un devoir de mémoire court-circuitant les processus critiques et érudits de l’histoire48. Ces politiques mémorielles révèlent l’impuissance de l’action politique dans le présent et la difficulté de la projection dans l’avenir49, et visent à restaurer le sentiment d’appartenance à la communauté nationale par le partage d’une mémoire commune au travers d’un roman national, sans rapport avec une histoire plus complexe, conflictuelle, hybride et bigarrée que les vendeurs de prêt-à-voter ne paraissent parfois le souhaiter. Ce « mnémotropisme massif et impérieux50 » bat en brèche la crédibilité des historiens dont le discours se trouve concurrencé par des témoins qui donneraient à voir une réalité plus vraie, car intimement vécue, en même temps que se diffuse la défiance vis-à-vis de l’histoire dite « savante » qui désincarnerait le passé, et que se généralise l’indifférenciation à la crédibilité des énoncés. Cette compulsion mémorielle ébranle la fonction sociale des historiens, régisseurs du temps, dont la mission consistait à permettre l’inscription du passé dans le présent et à jeter un pont vers l’avenir51. Elle inaugure un nouveau régime d’historicité, en rupture avec la prégnance de la catégorie du futur comme horizon du progrès dans les cadres de la pensée occidentale. Ce « présentisme » diagnostiqué par François Hartog soumet, par l’économie médiatique et la tyrannie des réseaux sociaux, le présent à une historicisation instantanée qui le rend passé sans être vraiment vécu52 tandis que le passé est perpétuellement reconduit par une mémoire affective, sans tri ni critique, qui encombre et asphyxie53. Ce passé mou, sans forme ni signification, procède par sédimentation, accumulant d’anxiogènes sables mouvants qui retiennent l’écoulement du temps, empêchent la jouissance du présent et la projection dans un futur qui connaît la crise et qui, par la faillite de l’action politique, n’apparaît plus désirable.
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11Des historiens ont voulu réagir au défi mémoriel en explorant deux voies majeures afin de relégitimer leurs pratiques professionnelles. Réaffirmant l’histoire comme discours d’autorité sur le passé, de nouvelles structures ont été organisées, comme l’Institut d’histoire du temps présent fondé en 1978 et dirigé par François Bédarida, et un nouveau chantier de recherche a été lancé, celui de l’histoire de la mémoire. Jacques Le Goff54 a ainsi montré à propos de la mémoire, ancestrale pratique d’encodage d’un savoir par la stéréotypie, la possibilité de ses usages politiques et religieux, à travers le culte impérial, mais aussi la définition d’une orthodoxie et d’une liturgie catholiques. Après des siècles d’itération mnémonique durant le Moyen Âge dans le rapport aux morts, à la religion, aux puissants, voire au savoir, la découverte de l’imprimerie marque un tournant majeur dans l’histoire de la mémoire qui s’externalise et démocratise l’accès au savoir – révolution qui n’est sans doute que petite monnaie face au partage des stocks infinis que représente internet pour les hommes augmentés du xxie siècle – et encourage les aptitudes intellectuelles critiques et créatrices. La mémoire des morts s’étiole dans les pratiques religieuses et culturelles du xviiie siècle55. La Révolution française fonde un nouveau référentiel de sacralité56 et utilise la commémoration dans une pédagogie civique destinée à fabriquer une mémoire nationale57 honorant de grands hommes tels Voltaire et Rousseau, célébrant des anniversaires fondateurs comme le 14 Juillet, ou des idéaux tels que la vertu ou le travail associés aux jours complémentaires du calendrier républicain58. Le choix des célébrations révèle en négatif des impensés mémoriels et des trous noirs occultant des événements impossibles à rappeler, quoique pour des raisons différentes : le 21 janvier 1793 ou l’exécution de Capet59, soit l’utilisation en démocratie de la peine capitale pour des raisons politiques, et l’un de ces choix qui rendent la pénalisation de l’opposition politique possible ; le 2 juin 1793 et l’arrestation des girondins60, soit le premier coup d’État de la démocratie représentative contre elle-même61, et le 9 thermidor an II, seconde amputation parlementaire et la chute de Robespierre62 – deux événements qui provoquent le renforcement de l’exécutif et font le lit du césarisme63. Le romantique xixe siècle retrouve le goût de la mémoire et du commerce des morts visités au cimetière où la pierre tombale et l’inscription funéraire classent le défunt. La manie commémorative s’inscrit à droite de l’échiquier politique, et la France catholique et conservatrice initie l’hommage à Jeanne d’Arc au xixe siècle. Les monuments aux morts édifiés au cimetière ou sur la place publique, selon la couleur politique des municipalités, aident à faire le deuil des victimes de la Première Guerre mondiale64. Les pratiques photographiques se démocratisent et représentent la famille dans le continuum du temps qui passe, avec ses grands événements et ses rites d’intégration ou d’exclusion signalés par la présence ou non dans le cadre de l’image65. Les femmes tiennent un rôle central dans les usages ordinaires de cette mémoire familiale, même après les bouleversements induits par les pratiques numériques contemporaines sur l’inflation, la circulation et la réception des images comme supports d’une mémoire médiatisée, et les femmes constituent aussi des acteurs privilégiés des démarches mémorielles contemporaines66. Après la Seconde Guerre mondiale, la fonction sociale de l’histoire est célébrée qui, en tenant à distance la charge émotionnelle de l’événement vécu, lutte contre le trop peu de mémoire et les effets mortifères des amnésies collectives, mais aussi contre le trop de mémoire qui empêche de regarder devant, de créer un intervalle où le passé – informé – peut passer, pour permettre la projection dans l’avenir67. Pour le philosophe Paul Ricœur, l’histoire permet à la mémoire, grâce à la connaissance scientifique des faits, de s’apaiser par le pardon des offenses68, en historicisant la fabrique et les usages des mémoires victimaires comme Régine Robin l’a proposé pour la Shoah69, ou Jean-Clément Martin pour la Vendée70.
12L’œuvre – historique, c’est-à-dire historiquement inscrite en son temps – de cette nouvelle histoire intégrant la notion de mémoire collective, demeure Les lieux de mémoire. Cette gigantesque entreprise, issue d’un séminaire à l’École des hautes études en sciences sociales de 1978 à 1981 dirigé par Pierre Nora, repose sur cette catégorie de « lieu de mémoire », rassemblant objets matériels, bâtiments publics, musées, archives, devises, symboles, éloges, dictionnaires, personnages, événements, institutions… – définis comme « lieux-carrefours, traversés de dimensions multiples », « précipités chimiquement purs71 » où se fixe la mémoire. Cette démarche novatrice reste de très grande ampleur par l’intérêt de son questionnement, mais aussi son volume : plus de cent trente textes répartis en sept tomes ventilés en trois parties. L’ouvrage a suscité un engouement considérable, mais aussi un certain nombre de remarques tenant notamment à l’absence de définitions préalables des notions de « lieu de mémoire » ou de « mémoire collective », qui entretient un certain flou épistémologique et empêche l’élaboration d’un protocole d’investigation permettant homogénéité, vérifications et comparatisme.
13Par-delà ces observations, la réussite des Lieux de mémoire illustre aussi le deuxième moyen par lequel des historiens de la fin du xxe siècle ont tâché de restaurer le discours d’autorité de l’histoire, en répondant au besoin de mémoire de la discipline historique elle-même. L’histoire comme champ disciplinaire a aussi sa mémoire, y compris dans Les lieux de mémoire où le défaut de clarification de l’articulation entre mémoire, histoire et historiographie aboutit à faire de la nation un lieu de mémoire, faisant involontairement le lit des constructions identitaires autour d’un « roman national » nostalgique, en évacuant de cette idée rêvée de la France qu’il s’agissait d’inventorier et de conserver, un certain nombre de points embarrassants tels que la colonisation, le recours à l’esclavage dans l’économie de plantation, ou encore la violence de la répression des révoltes et des guerres d’indépendance. En quelque sorte victime de son succès, concerné par l’entrée des « lieux de mémoire » dans le droit français ou dans le dictionnaire Robert, l’intention démystificatrice du projet consistant à déconstruire les mythologies de l’histoire nationale, peut paradoxalement sembler aboutir à l’édification d’« un monument néo-lavissien à la gloire de l’identité française72 ».
14Les lieux de mémoire ont cependant contribué à mettre l’historiographie à la mode, comme effort réflexif des historiens sur leurs pratiques pour historiciser la mémoire de l’histoire. Le rôle de Pierre Nora n’est plus à souligner dans le développement de cette « histoire inquiète73 », où les historiens, invités à faire de leur personne un lieu de mémoire à explorer, « cherchent à se faire historiens d’eux-mêmes74 », afin d’expliciter la relation subjective qu’ils entretiennent avec le passé, ainsi que l’interaction dynamique entre « l’histoire qu’on a faite et celle qui vous a fait ». Celui-ci explique bien les enjeux de la tension historiographique consistant de la part des historiens à désincarcérer la mémoire de l’histoire en eux aussi bien qu’ils le font volontiers à propos des productions de leurs collègues :
« Quelque chose de fondamental commence quand l’histoire commence à faire sa propre histoire. La naissance d’un souci historiographique, c’est l’histoire qui se met en devoir de traquer en elle ce qui n’est pas elle, se découvrant victime de la mémoire et faisant effort pour s’en délivrer75. »
15Ainsi, la mémoire disciplinaire – l’« examen de conscience76 » des historiens – permet aux historiens de « savoir d’où ils s’en vont77 ». Les historiens ont donc exploré leur propre mémoire en s’en servant comme source pour exciper de l’appartenance à un groupe professionnel aux pratiques unifiées et justifier la scientificité de leurs activités.
16Au début du xxie siècle, des historiens se sont élevés contre les manipulations et les exploitations intéressées de l’histoire par des acteurs économiques et politiques. D’une part, le manifeste du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire – fondé par Gérard Noiriel, pionnier de l’histoire de l’immigration78, Michèle Riot-Sarcey, historienne du genre et spécialiste de la mémoire révolutionnaire79, et Nicolas Offenstadt qui travaille sur la notion d’espace public et l’historiographie80 – afin de refuser la promotion d’une vision conservatrice, consensuelle et tronquée du passé, occultant conflits, révoltes et dynamiques d’oppression et de résistance, affirme le 17 juin 2005 :
« Il y a donc un rapport étroit entre la recherche historique et la mémoire collective, mais ces deux façons d’appréhender le passé ne peuvent pas être confondues. S’il est normal que les acteurs de la vie publique soient enclins à puiser dans l’histoire des arguments pour justifier leurs causes ou leurs intérêts, en tant qu’enseignants-chercheurs nous ne pouvons pas admettre l’instrumentalisation du passé81. »
17Le CVUH, alerté par l’interventionnisme parlementaire et la loi du 23 février 2005 qui demande aux enseignants d’insister sur les aspects positifs de la colonisation, considère que l’enjeu principal concerne précisément la question coloniale. Loin de vouloir « régenter la mémoire », il s’agit de « faire en sorte que les connaissances et les questionnements que nous produisons soient mis à la disposition de tous » et de « proposer des solutions qui permettront de résister plus efficacement aux tentatives d’instrumentalisation du passé ». Dans cette perspective, Laurence de Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt et Sophie Wahnich ont montré Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France82. Ils déconstruisent une stratégie de communication visant au brouillage référentiel par la citation pêle-mêle de Jean Jaurès et Léon Blum, aussi bien que de Guy Môquet et de la colonisation positive, afin d’ancrer ce président de la République dans une mythologie nationale consensuelle.
18D’autre part, René Rémond, l’historien des Droites en France83, fonde en 2005 l’association Liberté pour l’histoire, actuellement présidée par Pierre Nora et Françoise Chandernagor, femme de lettres et auteur de L’allée du roi84, best-seller présentant les mémoires imaginaires de Madame de Maintenon en un dispositif repris dans La Chambre autour de l’intimité du jeune Louis, fils de Capet, enfermé à la prison du Temple. Le texte fondateur de Liberté pour l’histoire stipulait :
« Émus par des interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l’appréciation des évènements du passé et par des procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, ils entendaient rappeler que l’histoire n’était ni une religion ni une morale ; qu’elle ne devait pas être l’esclave de l’actualité ni s’écrire sous la dictée de la mémoire ; que la politique de l’État n’était pas la politique de l’histoire85. »
19Liberté pour l’histoire, qui se donne pour « mission de faire reconnaître la dimension scientifique de la recherche et de l’enseignement historiques et de défendre la liberté d’expression des historiens contre les interventions politiques et les pressions idéologiques de toute nature et de toute origine », vise donc à la défense et conservation de la prérogative scientifique d’un champ disciplinaire animé par un sérail académique de chercheurs professionnels. Elle rejoint l’ambition des Lieux de mémoire en ce qu’elle entend sauvegarder la vocation exclusive des historiens à exercer, dans une liberté balisée par leurs règles déontologiques, « un magistère national et civique » consistant à énoncer « la vraie mémoire » de la nation86. Il est d’ailleurs significatif de noter à propos de l’usage de l’adjectif « vrai », qui pose la capacité revendiquée à séparer ce qui, dans les récits du passé, voire dans la production même des historiens, relèverait du vrai et du faux, qu’une récente Histoire de la France porte un éloquent bandeau annonçant « le vrai roman national87 ».
20Ces initiatives qui s’inscrivent dans des sensibilités situées de part et d’autre de l’échiquier politique, entendent toutes deux résister aux entreprises d’instrumentalisation de la mémoire, de détournement ou de confiscation de l’histoire, et relèvent elles-mêmes d’un « discours d’idéologie, c’est-à-dire d’une représentation d’ensemble de l’activité scientifique et des représentations que les disciplines souhaitent donner d’elles-mêmes88 ». Dans cette politique de communication des historiens sur leurs pratiques scientifiques et leur insertion dans la société, affleure le refoulé politique que peut débusquer « l’opération historiographique89 ».
⁂
21En une époque saturée d’objurgations mémorielles propices à toutes les instrumentalisations, en un temps où la littérature se pose en moyen d’appréhension alternatif aux procédures historiques pour traiter de thématiques douloureuses – du quotidien des officiers SS à celui d’un tortionnaire français en Algérie, en passant par le hooliganisme du Heysel et l’insoutenable banalité du fait divers90 – ou encore la reconstitution de la geste révolutionnaire dans le roman, le théâtre et le cinéma en des nostalgies évocatrices de la crise du futur91, à l’heure où la violence est en vogue dans les interrogations historiennes92 et où la Révolution française suscite de récurrentes déplorations victimaires qui prolongent inlassablement le sillon de la Contre-Révolution93, le séminaire qui s’est tenu à l’université de Bretagne occidentale à Brest de décembre 2014 à novembre 2015, entendait dénaturaliser les lectures à charge de la séquence 1789-179994 par une proposition d’approche critique des mémoires de l’événement, trouvant sa force sur la nature collective et transdisciplinaire de la démarche et l’accumulation érudite des exemples et des résultats, afin de démêler les entrelacs entre mémoire et histoire dans les processus de construction des identités nationales et régionales. L’objet Révolution française se prête particulièrement à ce questionnement si l’on considère la manutention des mémoires contemporaines à laquelle se livrent volontiers ses acteurs désireux d’inventer une pédagogie civique95 ; mais aussi les légendes noires ou roses que voudraient fonder pour l’avenir des témoins souvent partie prenante des événements révolutionnaires à endosser, trier, ou stigmatiser ; ou encore les histoires partisanes écrites sur le vif ou au long cours, perpétuant la compétition des projets politiques, et donc des rapports au passé ; et enfin la longue durée des imaginaires des individus – citoyens, mémorialistes, historiens –, des groupes et des régimes.
22Il s’est d’abord agi de dresser un bilan sur un outillage conceptuel profondément renouvelé depuis l’événement révolutionnaire, particulièrement depuis la célébration de son bicentenaire et l’apparition des politiques mémorielles. Pour travailler cet objet de la mémoire, posé sur l’établi des sciences sociales, avec les instruments nouveaux que sont les diverses catégories forgées pour appréhender le passé, la réflexion sur le positionnement du chercheur face à son objet, la fabrique des identités ou les usages politiques du passé, ou encore les liens entre mémoire, histoire et politique, ont été appelées à la rescousse des expertises sociologique, ethnologique, politiste et historique, sous l’égide éclairante de Michèle Baussant, afin de pratiquer ce braconnage transdisciplinaire proposé par Michel de Certeau dont la fécondité n’est plus à démontrer. Marie-Claire Lavabre96 présente ainsi une réflexion sur les enjeux et apories des différentes définitions de la mémoire, des configurations de l’articulation entre mémoire et histoire, des rapports de la mémoire avec les notions d’identité et de tradition. Suivent diverses propositions d’articulations de la mémoire à l’histoire. Johann Michel97 illustre la vitalité de l’héritage intellectuel de Paul Ricœur, et d’une philosophie valorisant la science historique par rapport à l’affective mémoire, examinant l’enchâssement des notions de « travail de mémoire », « devoir de mémoire », « travail de l’histoire », afin de plaider en faveur d’un « devoir d’histoire ». Philippe Joutard98 défend quant à lui une posture modeste de l’historien, soucieux d’un examen critique des mémoires, sans surplomb condescendant ni oubli des rapports personnels qu’entretiennent les praticiens de l’histoire au présent et au passé. Laurent Le Gall99, montrant comment les entreprises de collecte de la mémoire – notamment celles de la galaxie folkloriste de la fin du xixe siècle100 – peuvent aboutir à la fabrication de traditions. Il souligne à quel point la patrimonialisation de ces sémiophores101 en dit autant des intérêts de ceux qui les collectionnent et de leur rapport au passé, que du témoignage que ces traces seraient censées véhiculer telles quelles de ce passé. C’est cette logique que Sylvie Sagnes102 propose de systématiser, dans une enquête centrée moins sur l’objet scruté et que sur le sujet scrutant, partie prenante de l’observation, et que la scientificité de la démarche exige d’inclure dans ses procédures d’analyse. Jean-Clément Martin103 réfléchit aux liens indissolubles de la mémoire et de l’histoire en une sorte de nœud de Moebus où les deux notions apparaissent plus liées l’une à l’autre que ne le laissent présager les postures dont elles procèdent. Il propose un essai d’épistémologie appliquée à la question de l’histoire et de la mémoire de la Révolution française et, invitant au déplacement du regard et à la prise en compte de la manière dont l’histoire de ce passé révolutionnaire a pu servir d’autres idéologies nationales, il en appelle à une « déidélogisation » de l’histoire française par un changement de paradigme, consistant à lire la Révolution non plus au prisme des mémoires concurrentes produites par les projets politiques qui s’y affrontèrent, mais bien comme une guerre civile qui n’est plus à poursuivre mais à historiciser dans et hors l’Hexagone.
23Afin d’échapper à l’incarcération nationale et au psittacisme franco-français des discours en compétition dans une Révolution qui ne semble pas toujours pas terminée, la confrontation des regards étrangers portés sur la Révolution et des histoires de France permet de prendre du large, et de considérer l’historiographie de la Révolution française dans une perspective européenne et internationale. Annie Jourdan104, redisant à quel point l’histoire est toujours celle d’un temps, d’une culture, d’un milieu social et de ses combats105, montre bien que ces historiographies éclairent autant les débats politiques nationaux qu’elles enrichissent l’histoire de la Révolution française. Rémy Duthille106, Antonino De Francesco107, Alexandre Tchoudinov108, Jean Numa Ducange109 invitent ainsi au décentrement du regard, et ancrent leurs enquêtes du Pays de Galles à la République démocratique allemande, de l’Union soviétique à la Russie et l’Italie contemporaines, où Richard Price, Walter Markov, les historiens soviétiques et italiens privilégient, spontanément ou sous la pression des autorités au pouvoir, autant de lectures différentes de la Révolution française qui renseignent sur les postulats de leurs auteurs et sur les conditions de production dans lesquelles ils élaborent ces histoires. De même, en France, Yannick Bosc110 analyse le traitement dont a fait l’objet le personnage particulièrement sujet aux sédimentations historiographiques qu’est Robespierre, tandis que Sophie Wahnich111 réfléchit aux références historiques dans les philosophies marxistes, structuralistes et de la déconstruction du second xxe siècle français, Jean-Paul Sartre, Claude Levi-Strauss et Michel Foucault. Paul Chopelin112 scrute quant à lui les postulats du catholicisme français actuel, toujours victimaire face à l’événement révolutionnaire.
24Éclairée par ces remarques réflexives des historiens sur l’histoire qu’ont faite leurs aînés et ce que celle de leurs comparses disent des débats nationaux et internationaux dans lesquels les uns et les autres étaient et restent peu ou prou partie prenante, la dernière section de cet ouvrage collectif présente des essais d’histoire de la mémoire de la Révolution française. Dans l’introduction de cette partie, Pierre Serna113 démêle les enjeux du rapport au passé révolutionnaire des Français – citoyens et historiens d’hier et d’aujourd’hui –, nœuds parfois douloureux où les mémoires peuvent parler des représentations d’un présent déceptif et, parfois, des espoirs dont l’avenir peut s’avérer encore porteur. Il invite à l’exploration de la complexité des liens entre mémoire et histoire – de l’aigre concurrence entre celles-ci, à l’alternative consolante apportée par le mythe et la légende aux désillusions des démonstrations scientifiques, du service documentaire à l’instrumentalisation intéressée. Il invite à dépasser les apories de ces confrontations, par un plaidoyer en faveur d’une science historique comme cicatrisation des mémoires à vif et pierre de fondation où construire la république, un enjeu toujours actuel. La dernière étape de ce livre s’articule en deux phases : l’une consacrée à des investigations à échelle d’homme, et la seconde à des portraits de groupe. Hervé Leuwers114, Éric Saunier115, Veronica Granata116, Alain Le Bloas117, Sophie Kervran et Sébastien Carney118 scrutent d’abord les représentations individuelles, souvent au noir, parfois ambigües ou simplement floues, des événements révolutionnaires, au prisme des souvenirs d’un Conventionnel régicide, Marc-Antoine Baudot, soucieux en exil à Bruxelles sous la Restauration de se démarquer de la légende noire de Robespierre qu’il contribue à consolider ; du mercier havrais Toussaint Bonvoisin, de sa vision dépréciative de la Révolution et de ses effets sur le commerce colonial ; des démêlés de l’écrivain conservateur mais éclairé, Delisle de Sales, avec la censure du Premier Empire ; de la fabrique du héros militaire La Tour d’Auvergne, ou encore de l’approche dépolitisée et folklorisante de la Révolution chez un peintre d’histoire de la IIIe République, Jules Girardet ; et des ambitions d’un nationaliste breton sous l’Occupation, Yann Fouéré, à qui la destruction de l’organisation centralisée et uniforme de la République paraît permettre d’en finir avec les idéaux à ses yeux absurdes de Liberté, d’Égalité et de Fraternité. Puis la focale s’élargit pour analyser le traitement fait à la Révolution française dans un registre d’expression – le théâtre regardé par Philippe Bourdin119, la statuaire par Christian Amalvi120, ou la musique populaire par Pascal Dupuy121 –, telle aire géographique – la région du Nord explorée par Laurent Brassart122 – une période donnée – les débuts de la IIIe République ou le Front populaire, analysés par Jean El Gammal123 et Danielle Tartakowsky124 – ou enfin tel courant politique – les milieux contre-révolutionnaires considérés par Bruno Dumons125 et ceux, patriotiques, de la Résistance, éclairés par Laurent Douzou126.
25Puisse cette réflexion kaléidoscopique – livrant en chacune de ces propositions des combinaisons personnelles et variables des motifs de la mémoire, l’histoire, l’historiographie et la politique – montrer comment, depuis 1789, 1889 et 1989, ces thématiques continuent d’être explorées et renouvelées, et procurer un peu de l’allégresse qu’éprouvait, il y a près de deux millénaires, saint Augustin partant à la découverte de lui-même, en contribuant ici à informer notre rapport présent au passé.
Notes de bas de page
1Des publications transdisciplinaires proposent des regards croisés en philosophie et neurosciences, comme Francis Eustache, Jean-Gabriel Ganascia, Robert Jaffard, Denis Péchanski et Bernard Stiegler, Mémoire et oubli, Paris, Le Pommier, 2014. Pour une présentation des travaux des chercheurs de l’UMR-S 1077 INSERM-EPHE-UNICAEN Neuropsychologie et neuro-anatomie fonctionnelle de la mémoire humaine : Francis Eustache et Béatrice Desgranges, Les chemins de la mémoire, Paris, Le Pommier, 2010.
2Voir la nouvelle de Luis Borgès, Funès ou la mémoire, Œuvres complètes (1993), Paris, Gallimard, 2010, p. 510-517, mais surtout Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Éditions du Seuil, 2000.
3Hérodote, Histoires, trad. Philippe Legrand, Paris, Belles Lettres, 2003.
4Henri Rousso, Face au passé. Essais sur la mémoire contemporaine, Paris, Belin, 2016, p. 12.
5Ibid., p. 12-13.
6Jacques Revel, « Histoire versus mémoire aujourd’hui en France », French Politics, Culture and Society, no 18 ; 2000-1, p. 1-12.
7Philippe Joutard, La légende des Camisards. Une sensibilité au passé, Paris, Gallimard, NRF, 1977, et Ces voix qui nous viennent du passé, Paris, Hachette, 1983 ; Jean-Clément Martin, La Vendée de la Mémoire, 1800-1980, Paris, Éditions du Seuil, 1989 ; Une région nommée Vendée, entre politique et mémoire, xviiie-xxe siècle, La Crèche, Geste, 1996 ; « La Vendée, région-mémoire », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1984, t. I, p. 519-534 ; « Histoire, mémoire et oubli. Pour un autre régime d’historicité », RHMC, no 47, t. IV, octobre-novembre 2000, p. 783-804 ; La Vendée et la Révolution : accepter à mémoire pour écrire l’histoire, Paris, Perrin, 2007 ; Michel Biard, Collot d’Herbois. Légendes noires et Révolution, Lyon, PUL, 1995 ; Guillaume Mazeau, Le bain de l’histoire : Charlotte Corday et l’attentat contre Marat, 1793-2009, Seyssel, Champ Vallon, 2009 ; Marc Bélissa et Yannick Bosc, Robespierre. La fabrication d’un mythe. Paris, Ellipses, 2013 ; Jean-Clément Martin, Robespierre. La fabrication d’un monstre, Paris, Perrin, 2016 ; Annie Duprat (dir.), Révolutions et mythes identitaires. Mots, violences, mémoire, Paris, Nouveau Monde, 2009.
8Mona Ozouf, La fête révolutionnaire, Paris, Gallimard, 1976 ; Rosemonde Sanson, Les 14 juillet, 1789-1795. Fête et conscience nationale, Paris, Flammarion, 1976 ; Pascal Ory, Une nation pour mémoire. 1889, 1839, 1989, trois jubilés révolutionnaires, Paris, Presses de la FNSP, 1992.
9Johann Michel, Gouverner les mémoires, Les politiques mémorielles en France, Paris, PUF, 2010 ; Sarah Gensburger, Les justes de France. Politiques publiques de la mémoire, Paris, Presses de la FNSP, 2010 ; Sébastien Ledoux, Le devoir de mémoire. Une formule et son histoire, Paris, CNRS Éditions, 2016 ; Sarah Gensburger et Sandrine Lefranc, À quoi servent les politiques de mémoire ?, Paris, Presses de Sciences Po, 2017.
10Suzanne Citron, Le mythe national. L’histoire de France en question (1987), Paris, Éditions de l’Atelier, 2017 ; Corinne Bonafoux, Laurence de Cock-Pierrepont et Benoît Falaize, Mémoires et histoire à l’École de la République. Quels enjeux ?, Paris, Armand Colin, 2007 ; Laurence de Cock et Emmanuelle Picard, La fabrique scolaire de l’histoire. Illusions et désillusions du roman national, Marseille, Agone, 2012 ; Jean-Noël Jeanneney, Le récit national. Une querelle française, Paris, Fayard, 2017.
11Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia et Nicolas Offenstadt (dir.), Historiographies, t. I : Concepts et débats, Paris, Gallimard, 2010, p. 79-85.
12Pierre Nora (dir.), Essais d’ego-histoires, Paris, Gallimard, 1987 ; Pierre Nora et Patrick Boucheron, Maurice Agulhon. Mes ego-histoire, Paris, Gallimard, 2015.
13Claude Mazauric, Au bord de l’abîme, Paris, Arcane 17, 2016 ; Michel Vovelle, La bataille du Bicentenaire de la Révolution française, Paris, La Découverte, 2017.
14La vivacité des réactions suscitées par les choix effectués dans Patrick Boucheron (dir.), Histoire mondiale de la France, Paris, Éditions du Seuil, 2017, en est l’illustration.
15Erik Neveu, « L’approche constructiviste des “problèmes publics”. Un aperçu des travaux anglo-saxons », Études de communication, no 22, 1999, p. 41-58 ; Sociologie politique des problèmes publics, Paris, Armand Colin, 2015.
16Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire et l’oubli, op. cit. ; François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Éditions du Seuil, 2003 ; Henry Rousso et Éric Conan, Vichy, un passé qui ne passe pas, Paris, Fayard, 2013.
17Laurence de Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt et Sophie Wahnich, Comment Nicolas Sarkozy écrit-il l’histoire de France, Marseille, Agone, 2008.
18François Hartog et Jacques Revel (dir.), Les usages politiques du passé, Paris, Éditions de l’EHESS, 2001 ; « Les usages publics du passé en temps de présentisme », Sociologies pratiques, no 29, 2014/2, p. 11-17 ; Claire Andrieu, Marie-Claire Lavabre et Danielle Tartakowsky, Politiques du passé. Usages politiques du passé dans la France contemporaine, Aix-en-Provence, PUP, 2006 ; Maryline Crivello, Patrick Garcia et Nicolas Offenstadt, Concurrences des passés. Usages politiques du passé dans la France contemporaine, Aix-en-Provence, PUP, 2006. Isabelle Veyrat-Masson et Pascal Blanchard, Les guerres de mémoire. Enjeux politiques, controverses historiques, stratégies médiatiques, Paris, La Découverte, 2008.
19Eric Hobsbawm, « Inventer des traditions », Enquête, 1995-2, p. 171-189 ; Eric Hobsbawm et Terence Ranger, The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983, et L’invention de la tradition, trad. Christine Vivier, Paris, Éditions Amsterdam, 2006.
20Emmanuel Fureix, « Une transmission discontinue. Présences sensibles de la Révolution française, de la Restauration aux années 1830 », in Sophie Wahnich (dir.), Histoire d’un trésor perdu. La transmission de l’événement révolutionnaire, 1789-2012, Paris, Les Prairies ordinaires, 2013, p. 149-194.
21Sergio Luzzatto, « Un futur au passé. La Révolution dans les Mémoires des Conventionnels », Annales historiques de la Révolution française, no 278, 1989-1, p. 455-475 ; Mémoire de la Terreur. Vieux Montagnards et jeunes Républicains au xixe siècle, Lyon, PUL, 1991 ; Michel Biard, Hervé Leuwers et Philippe Bourdin, Déportations et exils des Conventionnels, Paris, SER, 2018.
22Pierre Serna, Antonelle, aristocrate révolutionnaire, Arles, Actes Sud, 2017 (1996).
23Florence Lotterie, Sophie Lucet et Olivier Ritz organisent depuis 2016 un séminaire intitulé Imaginaires de la Révolution de 1789 à aujourd’hui, à l’université Paris 7-Diderot.
24Anne de Mathan, « Le vice-amiral comte Armand de Kersaint, député girondin à la Convention : mutant social ou figure ordinaire en Révolution ? », in Éric Francalanza (dir.), De la Révolution à la Restauration, Claire de Duras (Brest 1777, Nice 1828), une femme de lettres et de pouvoir, Brest, 27 et 28 novembre 2014, à paraître.
25Claire de Duras, Ourika. Édouard. Olivier ou le secret, éd. Bénédicte Diethelm, préface de Marc Fumaroli, Paris, Folio, 2007.
26Natalie Petiteau, Écrire la mémoire. Les mémorialistes de la Révolution et de l’Empire, Paris, Les Indes savantes, 2012.
27Anna Karla, « Éditer la Révolution sous la Restauration : la collection “Barrière et Berville” », in Sophie Wahnich (dir.), Histoire d’un trésor perdu, op. cit., p. 129-146 ; Revolution als Zeitgeschichte. Die «Collection des Mémoires relatifs à la Révolution française» (1820-1830) zwischen Geschichtsmarkt, Ereigniserzählung und Restaurationskonsens, thèse en codir. Wolfgang Hardtwig (université Humboldt, Berlin) et Michael Werner (EHESS), 2013 ; « Mémoire et mémoires de terreur », in Michel Biard et Hervé Leuwers (dir.), Visages de la Terreur. L’exception politique de l’an II, Paris, Armand Colin, 2014, p. 211-221.
28Pierre Nora, « Les mémoires d’État, de Commynes à De Gaulle », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. I : La Nation, Paris, Gallimard, 1986, p. 357.
29Haïm Burstin, « Le “protagonisme” comme facteur d’amplification de l’événement : le cas de la Révolution française », in L’événement, Aix-en-Provence, PUP, 1986, p. 65-75 ; « La biographie en mode mineur : les acteurs de Varennes, ou le “protagonisme” révolutionnaire », RHMC, no 57, 2010-1, p. 7-24 ; Révolutionnaires. Pour une anthropologie politique de la Révolution Française, Paris, Vendémiaire, 2013 ; Quentin Deluermoz et Boris Gobille (dir.), Politix, no 112 : Protagonisme et crises politiques, 2015, et particulièrement, leur introduction, « Protagonisme et crises politiques. Individus “ordinaires” et politisations “extraordinaires” », p. 9-29 ; ainsi que le débat sur « Protagonisme et crises politiques : histoire et sciences sociales. Retours sur la Révolution Française et février-juin 1848 » avec Haïm Burstin, Ivan Ermakoff, William H. Sewell et Timothy Tackett, p. 131-165.
30Anne de Mathan, Histoires de Terreur. Les mémoires d’Armand Cholet et Honoré Riouffe, Paris, Honoré Champion, 2014.
31Henri Bergson, Matière et mémoire. Essai sur la relation du corps à l’esprit, Paris, Félix Alcan, 1898.
32Marcel Proust, À la recherche du temps perdu : du côté de chez Swann, Paris, Grasset, 1913 ; À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Paris, Gallimard, coll. « NRF», 1918 ; Le côté de Guermantes, Paris, Gallimard, coll. « NRF », 1921-1922 ; Sodome et Gomorrhe, Paris, Gallimard, coll. « NRF», 1922-1923 ; Albertine disparue, Paris, Gallimard, coll. « NRF », 1925 ; Le temps retrouvé, Paris, Gallimard, coll. « NRF », 1927.
33Sigmund Freud, La naissance de la psychanalyse. Lettres à Wilhelm Fliess, 1887-1902, trad. Anne Berman, Paris, PUF, 2009 (1969) ; Psychopathologie de la vie quotidienne, Paris, Payot, 2004 (1901) ; L’interprétation des rêves, trad. Ignace Meyerson, Paris, PUF, 1967 (1900) ; Cinq leçons sur la psychanalyse, trad. Yves Le Lay et Samuel Jankélévitch, Paris, Payot, 2004 (1910). Élisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France, Paris, Fayard, 2 vol., 1994, et Sigmund Freud, en son temps et dans le nôtre, Paris, Éditions du Seuil, 2014.
34Maurice Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, Alcan, 1925 ; La Mémoire collective, Paris, Albin Michel, 1997 (1950).
35Marc Bloch, Écrits de guerre, 1914-1918, éd Étienne Bloch, introduction Stéphane Audouin-Rouzeau, Paris, Armand Colin, 1997 ; Les rois thaumaturges. Études sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre, Strasbourg/Paris, Istra, 1924.
36Philippe Joutard, La légende des Camisards, op. cit.
37Annette Wierworka, Déportation et génocide. Entre la mémoire et l’oubli, Paris, Hachette, 2003 (1991).
38Olga Wormser-Migot, Essai sur les sources de l’histoire concentrationnaire nazie, Lyon, INRP, 1972.
39Voir Annette Wieviorka, L’ère du témoin, Paris, Hachette, 2002, et Régine Waintrater, Sortir du génocide pour réapprendre à vivre, Paris, Payot, 2003.
40Patrick-Michel Noël, « Entre histoire de la mémoire et mémoire de l’histoire : esquisse de la réponse épistémo-logique des historiens au défi mémoriel en France », Conserveries mémorielles. Revue transdisciplinaire, 2011-9 : Les représentations du passé : entre mémoire et histoire, [https://cm.revues.org/820].
41Pierre-Jakez Hélias, Le cheval d’orgueil, Paris, Plon, coll. « Terre humaine », 1975 ; Serge Grafteaux, Mémée Santerre, une vie, Paris, Éditions du Jour, 1975.
42Dominique Pasquier, « La “culture populaire” à l’épreuve des débats sociologiques », Hermès. La Revue, no 42 : « Peuple, populaire, populisme », 2005/2, p. 60-69.
43Isabelle Luciani et Valérie Pietri (dir.), L’incorporation des ancêtres. Généalogie, construction du présent du Moyen Âge à nos jours, Aix-en-Provence, PUP, 2016.
44Jean-Clément Martin et Charles Suaud, Le Puy du Fou, en Vendée. L’histoire mise en scène, Paris, L’Harmattan, 1996.
45Jean-François Bayart, L’illusion identitaire, Paris, Fayard, 1996 ; Laurent Le Gall et Jean-François Simon (coord.), « La Bretagne par intérêt », Ethnologie française, no 42, 2012-4 : « Modernités à l’imparfait », p. 771-786.
46Philippe Joutard, « La tyrannie de la mémoire », L’Histoire, no 221, 1998, p. 98 ; Régine Robin, La mémoire saturée, Paris, Stock, 2003.
47Isabelle Veyrat-Masson et Pascal Blanchard, Les guerres de mémoire, op. cit.
48Lois Gayssot pénalisant la contestation des crimes contre l’humanité (13 juillet 1990) et Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité (21 mai 2001). Cf. Johann Michel, Gouverner les mémoires, op. cit.
49Sébastien Ledoux, Le devoir de mémoire, op. cit.
50Joël Candau, Anthropologie de la mémoire, Paris, Armand Colin, 2005.
51François Bédarida, « L’historien, régisseur du temps ? Savoir et responsabilité », Revue historique, no 122, 1998/1, p. 3-24.
52François Hartog, Régimes d’historicité, op. cit.
53Régine Robin, La mémoire saturée, op. cit.
54Jacques Le Goff, Histoire et mémoire, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points », 1988 (1986).
55Michel Vovelle, Piété baroque et déchristianisation. Les attitudes devant la mort en Provence au xviiie siècle, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Folio Histoire », 1978 (Paris, Plon, 1973).
56Emmanuel Fureix (dir.), Iconoclasme et Révolutions : de 1789 à nos jours, Seyssel, Champ Vallon, 2014.
57Jean-Claude Bonnet, Naissance du Panthéon. Essai sur le culte des grands hommes, Paris, Fayard, 1996.
58Mona Ozouf, La fête révolutionnaire, op. cit., et Rosemonde Sanson, Les 14 juillet (1789-1795), op. cit.
59Albert Soboul, Le Procès de Louis XVI, Paris, Julliard, 1966.
60Anne de Mathan, Le fédéralisme girondin. Histoire d’un mythe national, mémoire inédit de recherche d’un dossier d’HDR sous la garantie de Pierre Serna – L’autre République. Une histoire des girondins et du fédéralisme depuis la Révolution française –, université Paris 1 Panthéon Sorbonne, 2017.
61Mette Harder, « “Elle n’a pas même épargné ses membres !” Les épurations de la Convention nationale entre 1793 et 1795 », AHRF, 2015-2, p. 77-105.
62Françoise Brunel, 1794. Thermidor, La chute de Robespierre, Bruxelles, Complexe, 1989.
63Pierre Serna, La république des girouettes. 1789-1815 et au-delà. Une anomalie politique : la France de l’extrême centre, Seyssel, Champ Vallon, 2005.
64Annette Becker, Les monuments aux morts, op. cit.
65Pierre Bourdieu, Un art moyen. Essai des usages sociaux sur la photographie, Paris, Les Éditions de Minuit, 1965 ; Manuel Boutet, « Relire un art moyen de Pierre Bourdieu au regard de trente ans de travaux sur les usages », Réseaux. Communication, technologie, société, no 155, 2009/3, p. 179-214.
66Sarah Gensburger et Sandrine Lefranc, À quoi servent les politiques de mémoire ?, op. cit.
67Henry Rousso, Le Syndrome de Vichy, op. cit. ; La hantise du passé, Paris, Textuel, 1998 ; Vichy. L’Événement, la mémoire et l’histoire, Paris, Gallimard, 2001 ; Face au passé, op. cit.
68Paul Ricoeur, La mémoire, l’histoire et l’oubli, op. cit.
69Régine Robin, « Entre mémoire et histoire », in Bertrand Müller (dir.), L’histoire entre mémoire et épistémologie. Autour de Paul Ricœur, Payot, Lausanne, 2005, p. 39-73, p. 48 : « Pour conjurer les retours, les répétitions, les parodies, les imitations, pour conjurer tous ces fantômes et tous ces spectres, ces retours du refoulé, cette “hantologie” souligné par Jacques Derrida, il faut alors une reconnaissance, reconnaissance de ce qui s’est passé, reconnaissance de sa propre responsabilité. C’est à ce prix que, dans les enjeux perpétuels dans lesquels le mémoriel et le régime d’historicité sont pris, quelque chose peut se mettre à bouger, quelque chose de moins mortifère. » Voir aussi Régine Robin, Le roman mémoriel. De l’histoire à l’écriture du hors-lieu, doctorat d’État, EHESS, 1989 ; Berlin Chantiers, Paris, Stock, 2001 ; La mémoire saturée, op. cit.
70Jean-Clément Martin, La Vendée et la France, 1789-1799, Paris, Éditions du Seuil, 1987 ; La Vendée de la Mémoire, op. cit. ; Une région nommée Vendée, op. cit. ; La Vendée et la Révolution, op. cit., qui reprend l’article « Histoire, mémoire et oubli. Pour un autre régime d’historicité », RHMC, tome 47, octobre/décembre 2000, p. 783-804 ; La Machine à fantasme. Relire l’histoire de la Révolution française, Paris, Vendémiaire, 2012.
71Pierre Nora, « Entre mémoire et histoire : la problématique des lieux », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. I : La République, op. cit., p. xvii.
72Lucette Valensi, « Histoire nationale, histoire monumentale : les Lieux de mémoire », Annales. Histoire, sciences sociales, vol. 50, no 6, 1995, p. 1271-77, p. 1272-1273 ; Patrick Garcia, « Les lieux de mémoire, une poétique de la mémoire ? », Espaces Temps, no 74 : « Transmettre aujourd’hui. Retour vers le futur », 2002-1, p. 122-142.
73Arlette Farge, « L’histoire inquiète », Le Débat, no 49, 1988, p. 125-126.
74Pierre Nora, Essais d’ego-histoire, Paris, Gallimard, 1987, p. 5.
75Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. I, op. cit., p. xvii-xlii.
76Jean Boutier et Dominique Julia, « À quoi pensent les historiens ? », in Jean Boutier et Dominique Julia (dir.), Passés recomposés. Champs et chantiers de l’histoire, Paris, Autrement, p. 3-33, p. 14.
77Jocelyn Létourneau, Passer à l’avenir : histoire, mémoire, identité dans le Québec d’aujourd’hui, Montréal, Boréal, 2000.
78Gérard Noiriel, Le creuset français. Histoire de l’immigration (xixe-xxe siècle), Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points-histoire », 1992 (1988) ; Population, immigration et identité nationale en France (xixe-xxe siècle), Paris, Hachette, 1992 ; À quoi sert l’identité nationale ?, Marseille, Agone, 2007.
79Michèle Riot-Sarcey, Histoire du féminisme, Paris, La Découverte ; Michèle Riot-Sarcey et Maurizio Gribaudi, 1848, la révolution oubliée, Paris, La Découverte, 2008 ; Michèle Riot-Sarcey et Claudia Moatti, La République dans tous ses états, Paris, Payot, 2009 ; Michèle Riot-Sarcey, Denis Berger, Roger Martelli, Francis Sitel et Pierre Zarka, Révolution. Les impensés d’un héritage, Paris, La Dispute, 2009 ; Michèle Riot-Sarcey (dir.), De la différence des sexes. Le genre en histoire, Paris, Larousse, 2009 ; Le Procès de la liberté : une histoire souterraine du xixe siècle en France, Paris, La Découverte, 2016.
80Nicolas Offenstadt, L’histoire bling-bling. Le retour du roman national, Paris, Stock, coll. « Parti pris », 2009 ; L’historiographie, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2017 ; « Le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire. Courte histoire contemporaine d’une pratique d’engagement (2005-2007) », in Nicolas Offenstadt et Michèle Riot-Sarcey (dir.), Genre et utopie, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, coll. « Temps & Espaces », 2014, p. 331-348.
81[http://cvuh.blogspot.fr/2007/02/manifeste-du-comite-de-vigilance-face.html], consulté le 6 mars 2017.
82Laurence de Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt et Sophie Wahnich, Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, op. cit.
83René Rémond, Les droits en France de 1815 à nos jours. Continuité et diversité d’une tradition politique, Paris, Aubier Montaigne, 1954.
84Françoise Chandernagor, L’allée du roi, Paris, Julliard, 1981 ; La Chambre, Paris, Gallimard, 2002.
85[http://www.lph-asso.fr/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=1&Itemid=5&lang=fr], consulté le 6 mars 2017.
86Patrick Garcia, « Les lieux de mémoire : une poétique de la mémoire ? », art. cité, p. 131.
87Jean-Christian Petitfils, Histoire de la France, Paris, Fayard, 2018.
88Jacques Revel, « Les sciences historiques », in Jean-Marie Berthelot (dir.), Épistémologie des sciences sociales, Paris, PUF, p. 21-76, p. 53.
89Michel de Certeau, L’écriture de l’Histoire, Paris, Gallimard, coll. « Folio histoire », 1975.
90Entre autres : Jonathan Little, Les bienveillantes, Paris, Gallimard, 2006 ; Laurent Mauvignier, Dans la foule, Paris, Les Éditions de Minuit, 2006 ; Des hommes, Paris, Les Éditions de Minuit, 2009 ; Ce que j’appelle oubli, Paris, Les Éditions de Minuit, 2011 ; Philippe Besson, L’enfant d’octobre, Paris, Grasset, 2006 ; David Foenkinos, Les cœurs autonomes, Paris, Grasset, 2006 ; Thierry Jonquet, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, Paris, Éditions du Seuil, 2006 ; Laurent Binet, HHhH, Paris, Grasset, 2010 ; Karine Tuil, Six mois, six jours, Paris, Grasset, 2010 ; Régis Jauffray, Sévère, Paris, Éditions du Seuil, 2010 ; Claustria, Paris, Éditions du Seuil, 2012 ; Dominique Sigaud, Franz Stangl et moi, Paris, Stock, 2011.
91Cf. le roman d’Éric Vuillard, Le 14 juillet, Arles, Actes Sud, 2016, la pièce de théâtre de Joël Pommerat, Ah, ça ira (1) Fin de Louis, montée au Manège de Mons en 2015 et en tournée depuis, ou le film de Pierre Schoeller, Un peuple et son roi, 2018.
92Par exemple : George L. Mosse, La brutalisation des sociétés européennes. De la Grande Guerre au totalitarisme, Paris, Hachette Littérature, 2000 ; Stéphane Audouin-Rouzeau, Annette Becker, Christian Ingrao et Henry Rousso (dir.), La violence de guerre : 1914-1945 : approches comparées des deux conflits mondiaux, Bruxelles/Paris, Complexe/IHTP-CNRS, 2002 ; Raphaëlle Branche, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962, Paris, Gallimard, 2001 ; L’embuscade de Palestro, Paris, Armand Colin, 2010 ; Raphaëlle Branche, Fabrice Virgili, Isabelle Depla et John Horne (dir.), Viols en temps de guerre, Paris, Payot, 2011 ; John Horne et Alan Kramer, 1914. Les atrocités allemandes. La vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique, Paris, Tallandier, 2011 ; Jean-Clément Martin, Violence et Révolution. Essais sur la naissance d’un mythe national, Paris, Éditions du Seuil, 2006 ; La machine à fantasmes… op. cit. ; Sylvie Thénault, Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale. Camps, internements, assignations à résidence, Paris, Odile Jacob, 2012.
93Notamment : Reynald Secher, Le génocide franco-français : La Vendée-Vengé, Paris, PUF, 1986, ou Vendée, du génocide au mémoricide. Mécanique d’un crime légal contre l’humanité, Paris, Le Cerf, 2011 ; Renaud Escande (dir.), Le livre noir de la Révolution, Paris, Le Cerf, 2009. C’est aussi le sens de l’interprétation proposée au grand public par le parc de loisirs thématique du Puy du Fou, fondé en Vendée par Philippe de Villiers en 1989.
94Comme le fait Jean-Clément Martin dans La Terreur. Vérités et légendes, Paris, Perrin, 2017 et dans Les échos de la Terreur. Vérités d’un mensonge d’État, Paris, Belin, 2018.
95Mona Ozouf, La fête révolutionnaire, op. cit. ; Jean-Claude Bonnet, Naissance du Panthéon, op. cit. ; Serge Bianchi (dir.), Héros et héroïnes de la Révolution, Paris, CTHS, 2012.
96Marie-Claire Lavabre, Le fil rouge. Sociologie de la mémoire communiste, Paris, Presses de la FNSP, 1994 ; Marie-Claire Lavabre, Ed Berenson et Denis Peschanski (dir.). De l’absence à la représentation, Paris, Hermann, 2013.
97Johann Michel, Gouverner les mémoires, op. cit. ; Sociologie du soi, Rennes, PUR, 2012 ; Ricœur et ses contemporains, Paris, PUF, 2013 ; Enquête sur les régimes mémoriels, Rennes, PUR, 2015.
98Philippe Joutard, La légende des Camisards…, op. cit. ; Philippe Joutard (dir.), Histoire et mémoires, conflits et alliance, Paris, La Découverte, 2013.
99Laurent Le Gall, Michel Offerlé et François Ploux (dir.), La politique sans en avoir l’air. Aspects de la politique informelle (xixe-xxie siècle), Rennes, PUR, 2012 ; Laurent Le Gall et Jean-François Simon (dir.), Modernité à l’imparfait. En Bretagne, Ethnologie française, t. 42, no 4, 2012, « La modernité n’est plus ce qu’elle était » et « La Bretagne par intérêt », p. 629-634 et p. 771-786 ; Bernard Paillard, Jean-François Simon et Laurent Le Gall, « Introduction. Des grandes enquêtes : construction des savoirs, légitimation des disciplines » et « “Plozévet” : le politique comme “évidence” ? », in Bernard Paillard, Jean-François Simon et Laurent Le Gall (dir.), En France rurale. Les enquêtes interdisciplinaires depuis les années 1960, Rennes, PUR, 2010, p. 9-15 et p. 227-258 ; Laurent Le Gall, « La galaxie folkloriste (1880-1914) : entre catégorie normative et insaisissable identité sociale », in Christian Bougeard et François Prigent (dir.), Des fiches aux fichiers. Les enjeux de la méthode prosopographique : élites politiques et sociales, notables, mondes militants en Bretagne (xviiie-xxe siècles), Rennes, PUR, 2016, p. 279-290 ; « Faire de l’identité un bien politique. À propos du “nationalisme soft” en Bretagne », in Elsa Carrillo-Blouin (dir.), Formation de la culture/Formation des cultures, Brest, CRBC, 2016.
100Laurent Le Gall, Une discipline en trompe-l’œil. La galaxie folkloriste (1880-1914), mémoire inédit de recherche versé au dossier d’HDR : Du peuple dans l’élection au peuple de la tradition : regards d’histoire politique et culturelle sur les sociétés de la France rurale contemporaine, 3 vol., sous la garantie de Gilles Pécout, ENS Paris, 2 décembre 2013.
101Krzysztof Pomian, Collectionneurs, amateurs, curieux : Paris-Venise, xvie-xiiie siècles, Paris, Gallimard, 1987.
102Sylvie Sagnes (dir.) L’archéologue et l’indigène. Variations sur l’autochtonie, Paris, CTHS, 2015 ; Sylvie Sagnes et Habib Saidi, Capitales et patrimoines à l’heure de la globalisation, Québec, PUL, 2012.
103Jean-Clément Martin, La Vendée de la Mémoire, op. cit. ; Vendée et Révolution…, op. cit. ; Robespierre. La fabrication d’un monstre, op. cit.
104Annie Jourdan, Mythes et légendes de Napoléon, Toulouse, Privat, 2004 ; La Révolution, une exception française ?, Paris, Flammarion, 2004 ; La Révolution batave entre la France et l’Amérique, Rennes, PUR, 2008 ; Nouvelle histoire de la Révolution française, Paris, Flammarion, 2018.
105Olivier Bétourné et Aglaïa I. Hartig, Penser l’histoire de la Révolution. Deux siècles de passions françaises, Paris, La Découverte, 1989 ; Philippe Bourdin (dir.), La Révolution, histoire d’une écriture immédiate, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2008 ; Christian Delacroix, François Dosse et Patrick Garcia, Historiographies, op. cit. ; Jean-Numa Ducange, La Révolution française et l’histoire du monde. Deux siècles de débats historiographiques et politiques, 1815-1991, Paris, Armand Colin, 2014 ; Alice Gérard, La Révolution française. Mythes et interprétations, 1789-1970, Paris, Flammarion, 1970 ; Eric Hobsbawm, Aux armes, citoyens ! Deux siècles d’histoire de la Révolution française, Paris, La Découverte, 2007 ; Claude Mazauric, L’histoire de la Révolution française et la pensée marxiste, Paris, PUF, 2009.
106Rémy Duthille, « Célébrer 1688 après 1789 : le discours de la Revolution Society et sa réception en France et en Angleterre », in Tristan Coignard, Peggy Davis et Alicia C. Montoya (dir.), Lumières et histoire/Enlightenment and History, Paris, Honoré Champion, 2010, p. 245-262.
107Antonino de Francesco, « Thiers’ Muses: redepicting the Crime of Federalism in post-Robespierrist revolutionary France », 6th Biennal Symposium of the Milan group on early United States history, When the shooting is over: the Order and the Memory, Milan, 1998, p. 107-31 ; « Briser pour mieux composer, ou quand la bibliothèque se fait collectionneuse : l’histoire des fonds d’Alphonse Aulard dans la bibliothèque d’Harvard », in Gilles Bertrand, Michel Biard, Alain Chevalier, Martial Poirson et Pierre Serna (dir.), Collectionner la Révolution française, Paris, 2016, p. 267-280 ; The Antiquity of the Italian nation. The cultural origins of a Political myth in modern Italy, 1796-1943, Oxford, Oxford University Press, 2013.
108Alexandre Tchoudinov, La Révolution française. Histoire et mythes, Moscou, Naouka, 2007 ; Alexandre Tchoudinov et Serge Aberdam (dir.), Écrire l’histoire par temps de guerre froide : Soviétiques et Français autour de la crise de l’Ancien régime, Paris, SER, 2014.
109Jean-Numa Ducange, La Révolution française et la social-démocratie. Transmissions et usages politiques de l’histoire en Allemagne et Autriche (1889-1934), Rennes, PUR, 2012 ; La Révolution française et l’histoire du monde, op. cit. ; préface de la rééd. de L’Histoire socialiste de la Révolution française de Jean Jaurès, Paris, Éditions sociales, 2014 ; Walter Markov, Jacques Roux. Le curé rouge, trad. Stéphanie Roza ; coord. Claude Guillon, Jean-Numa Ducange, Serge Aberdam et Matthias Middle, Paris, Libertalia/SER, 2017.
110Marc Belissa et Yannick Bosc, Robespierre. La fabrication d’un mythe, Paris, Ellipses, 2013.
111Sophie Wahnich, La Liberté ou la mort. Essai sur la Terreur et le terrorisme, Paris, La Fabrique, 2003 ; La longue patience du peuple. 1792, naissance de la République, Paris, Payot, 2008 ; Les émotions, la Révolution française et le présent. Exercices pratiques de conscience historique, Paris, CNRS Éditions, 2009 ; La Révolution française, un événement de la raison sensible, Paris, Hachette, 2012 ; La Révolution française n’est pas un mythe, Paris, Klincksieck, 2017 ; Sophie Wahnich (dir.), Histoire d’un trésor perdu…, op. cit. ; Barbara Lasticova, Andrej Findor et Sophie Wahnich (dir.), Politics of Collective Memory, Cultural Patterns in Post War Europe, Vienne, LIT, 2008.
112Paul Chopelin, « Le monument des Brotteaux à Lyon. Construction et dilution d’une mémoire blanche de la Terreur », in Bruno Dumons et Hilaire Multon (dir.), « Blancs » et contre-révolutionnaires. Espaces, réseaux, cultures et mémoires (fin xviiie-début xxe siècles), Rome, EFR, 2011 ; Paul Chopelin et Sylvène Édouard (dir.), Le sang des princes. Cultes et mémoires des souverains suppliciés (xvie-xixe siècles), Rennes, PUR, 2014.
113Pierre Serna, « Révolution française. Historiographie au xixe siècle », in Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia et Nicolas Offenstadt (dir.), Historiographies, op. cit., p. 1186-1199 ; Pierre Serna, Frédéric Régent et Jean-François Niort, Les colonies, la Révolution française et la Loi, Rennes, PUR, 2014 ; Pierre Serna, Antonino de Francesco et Judith Miller, Republics at war, 1776-1840, Revolution, conflicts, and geopolitics in Europe and the Atlantic World, New York, Palgrave MacMillan, 2013 ; Pierre Serna, L’animal en République, 1789-1802. Genèse du droit des bêtes, Toulouse, Anacharsis, 2016 ; Pierre Serna, Comme des bêtes. Histoire politique des animaux 1750-1830, Paris, Fayard, 2017.
114Hervé Leuwers, Robespierre, Hachette, coll. « Pluriel », 2016 (Paris, Fayard, 2014) ; Michel Biard, Hervé Leuwers, Philippe Bourdin et Yoshiaki Omi (dir.), L’écriture d’une expérience. Révolution, histoire et mémoires de conventionnels, Paris, SER, 2016.
115Éric Saunier et Annie Duprat (dir.), AHRF, no 373 : Vivre la Révolution, 2013.
116Veronica Granata, « Marché du livre, censure et littérature clandestine dans la France de l’époque napoléonienne : les années 1810-1814 », AHRF, no 343, 2006, p. 93-122.
117Alain Le Bloas, « Les vingt-six administrateurs du Finistère. Histoire d’une mémoire », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, no 121, 2014-2, p. 123-150.
118Sébastien Carney, Breiz Atao ! Mordrel, Delaporte, Lainé, Fouéré : une mystique nationale (1901-1948), Rennes, PUR, 2015 ; « Le mouvement breton au miroir de son historiographie », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, no 124-2, juin 2016.
119Philippe Bourdin, La Révolution. Écriture d’une histoire immédiate, Clermont-Ferrand, Presses de l’université Blaise-Pascal, 2008 ; Michel Biard, Hervé Leuwers, Philippe Bourdin et Yoshiaki Omi (dir.), L’écriture d’une expérience, op. cit. ; Philippe Bourdin et Cyril Triolaire, Enseigner la Révolution française. Héritages et actualité, Paris, Belin, 2015.
120Christian Amalvi, Les héros des Français. Controverses autour de la mémoire nationale, Paris, Larousse, 2012 ; Christian Amalvi et Rémy Pech (dir.), Mémoires plurielles de la Haute-Garonne, Toulouse, Privat, 2011 ; Christian Amalvi (dir.), Ombres et lumières du Sud de la France. Les lieux de mémoire du Midi, Paris, Les Indes savantes, 2016.
121Pascal Dupuy, « La Révolution française dans la musique populaire ou l’instrument symbolique sans frontière », in Martial Poirson (dir.), La Révolution française et le monde d’aujourd’hui. Mythologies contemporaines, Paris, Garnier, 2013, et Pascal Dupuy et Joann Élart, « Rock et violence en Europe », Criminocorpus, [https://journals.openedition.org/criminocorpus/4301], consulté le 19 octobre 2018.
122Laurent Brassart, Gouverner le local en Révolution. État, pouvoirs et mouvements collectifs dans l’Aisne (1790-1795), Paris, SER, 2013 ; Laurent Brassart, Nadine Vivier et Jean-Pierre Jessenne, Clochemerle ou République villageoise ? La conduite des affaires municipales en Europe (xviiie-xxe siècles), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2012.
123Jean El Gammal, Éric Germain et François Lormant, L’Université à Nancy et en Lorraine : histoire, mémoire et perspectives, Nancy, PUN/université de Lorraine, 2015.
124Danièle Tartakowsky, Le pouvoir est dans la rue, Crises politiques et manifestations en France, Paris, Aubier, 1998 ; Les manifestations de rue en France, 1918-1968, Paris, Publications de la Sorbonne, 1998 ; Nous irons chanter sur vos tombes. Le Père-Lachaise, xixe-xxe siècle, Paris, Aubier, 1999.
125Bruno Dumons et Hilaire Multon (dir.), « Blancs » et contre-révolutionnaires, op. cit. ; Bruno Dumons (dir.), Rois et princes en exil. Une histoire transnationale du politique dans l’Europe du xixe siècle, Paris, Riveneuve, 2015.
126Laurent Douzou, La Résistance française : une histoire périlleuse, Paris, Éditions du Seuil, 2005, et Lucie Aubrac, Paris, Perrin, 2009.
Auteur
-
Anne de Mathan
Université Bretagne occidentale ; Centre de recherche bretonne et celtique (Brest).
Anne de Mathan est agrégée d’histoire, maître de conférences habilitée à diriger des recherches en histoire moderne à l’université Bretagne occidentale, et membre du Centre de recherche bretonne et celtique (Brest). Elle travaille sur les girondins et leurs partisans pendant la Révolution française, la politisation et la fabrique des identités. Elle a publié Histoires de Terreur. Les mémoires de François-Armand Cholet et Honoré Riouffe, Honoré Champion, 2014, et contribué au tome IV du Dictionnaire de la presse départementale pendant la Révolution Française, sous la direction de Gilles Feyel, Ferney/Voltaire, 2014, p. 1-487, et à Danton. Le mythe et l’Histoire, M. Biard et H. Leuwers, Armand Colin, 2016. Ses derniers articles portent sur les écrits individuels de Conventionnels et le mythe du fédéralisme girondin (Annales historiques de la Révolution française, nos 373, 381, 393) et sur les modalités de la sortie de la monarchie constitutionnelle (Parlement[s], 2017).
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