Fidèles catholiques et questions de genre
Les « manifs pour tous » comme relais contrastés de l’autorité
p. 151-167
Texte intégral
1Lundi 28 janvier 2013, Christophe, responsable d’une équipe CVX1 fait un détour par la maison diocésaine avant de se rendre au travail. Ce quadragénaire, père de trois enfants, est cadre supérieur dans une entreprise de service publique en région lyonnaise. Durant les quelques minutes qu’il passe dans les locaux du diocèse, il croise différents clercs et laïcs assumant diverses responsabilités ecclésiales. Plusieurs lui posent la même question : « Alors Christophe, cette manif ? » Volontairement, il use de la même réponse : « très bien » et s’empresse de congédier ses interlocuteurs. Quelques jours plus tard, Christophe nous livre le récit de sa déconvenue : « J’étais furieux ! Parce que je suis catho et engagé, ils m’associent automatiquement aux manifs pour tous. Je suis bien allé à Paris mais je ne suis pas allé à celle du 13 [janvier]2. J’y suis allé dimanche, à la manif pro mariage pour tous3. Ça, je ne pouvais pas le leur dire et ça m’a mis encore plus en colère ! »
2Le 17 mai 2013, la loi autorisant le mariage homosexuel en France était promulguée. Début août 2012, alors que le gouvernement venait d’annoncer le vote d’un texte sur le mariage homosexuel au premier semestre 2013, l’Église catholique était entrée dans le débat4. Durant les mois qui suivirent, les évêques ont multiplié déclarations, communiqués et lettres ouvertes. Dans un premier temps, nous les avons comparés aux discours épiscopaux tenus au sujet du Pacs5 Ceci nous a conduit à souligner combien les discours les plus récents (2012-2013) se caractérisaient par un propos renouvelé vis-à-vis de l’homosexualité, une rhétorique catastrophiste, une nouvelle mobilisation des sciences sociales6, et une vérité partagée avec les « athées dévots », comme les désigne Philippe Portier7.
3Cependant, en matière d’autorité religieuse, il importe de ne pas se limiter à l’étude des institutions qui la représentent mais de porter également son regard sur les fidèles en analysant la réception des discours ecclésiaux. À l’instar de Christophe, exprimant le décalage entre ses convictions et celles que les responsables ecclésiaux lui attribuaient, comment les croyants ont-ils relayé, interrogé ou refusé le discours catholique ? De quels effets ces discours ont-ils été suivis ? C’est à ces questions que notre contribution tentera de répondre. Pour ce faire, nous nous sommes intéressée aux rassemblements portés par le mouvement de la « Manif pour tous ».
4Cette intervention prend appui sur une enquête de terrain menée lors de quatre manifestations8 d’opposition au projet de loi Taubira : les 17 novembre 2012 à Lyon9, 13 janvier 2013 à Paris10, 14 avril 2013 à Lyon11 et 5 mai 2013 à Lyon12. Lors des deux premières, nous avons interrogé les manifestants afin de connaître leurs motivations et leurs appartenances – sociologique, politique et religieuse. Lors des deux manifestations suivantes, nous avons davantage procédé par observation participante.
5Dans une première partie, nous verrons combien l’organisation de ces rassemblements fait écho à la stratégie déployée par l’Église catholique et comment les principaux arguments développés par les participants ont repris les traits caractéristiques de la rhétorique ecclésiale. Dans un second temps, nous soulignerons combien, malgré un discours a priori unanimiste des évêques, ces rassemblements mettent en lumière des contradictions internes entre catholiques.
◆ L’organisation des manifestations : « donner du fun à la mobilisation »
6En 2012-2013, les différentes manifestations d’opposition au projet de loi Taubira ont cherché à rassembler très largement. La « Manif pour tous » a fédéré de manière très éclectique : Collectif pour l’humanité de Frigide Barjot, Plus gay sans mariage (Xavier Bongibault), La gauche pour le mariage républicain (Laurence Tcheng), Fils de France (Camel Bechikh), David et Eugenia (Lionel Lumbroso), Collectif des maires pour l’enfance, La marche pour la vie, SOS papa, etc. Lors de la manifestation du 17 novembre 2012, comme le souligne le journaliste de La Vie Jean-Pierre Denis, « l’argumentaire des manifestants est soigneusement lissé, exempt de toute référence religieuse […] il est aussi méthodiquement purgé de tout propos pouvant donner prise à des accusations de croisade homophobe13 ». Dans l’édition de La Croix qui précède la manifestation du 13 janvier 2013, Laurent de Boissieu note que les organisateurs de la manifestation cherchent à déjouer le piège de la récupération politique et celui de l’amalgame avec l’Institut Civitas14. Dans la même édition, le quotidien observe combien la figure emblématique de Frigide Barjot, à la personnalité fantasque et au talent de communicante, permet de faire tomber les clichés : « Elle a donné un côté plus fun à la mobilisation », déclare Béatrice Bourges15.
7Le collectif se présente comme apolitique et aconfessionnel16. Cependant, différentes enquêtes journalistiques17 notent l’encrage à droite des associations le composant et la prédominance des organisations proches de l’Église catholique. Virginie Merle-Tellenne – dite Frigide Barjot – est la première présidente de « la Manif pour tous ». Le sociologue Olivier Bobineau la décrit comme une « starlette qui s’est convertie, non enracinée dans les réseaux cathos18 ». Début 2013, Ludovine de La Rochère lui succède. Responsable de la communication de la Fondation Jérôme Lejeune, elle fut, dix ans durant, chargée de communication de la Conférence des évêques de France.
8Prenant place parmi les manifestants, nous notons avec quelle minutie les slogans sont choisis. Les flyers distribués sont un « appel aux citoyens » et invitent à « venir en famille entre amis, homos ou hétéros […] et tous en bleu-blanc-rose ». Seules les banderoles fournies par le comité d’organisation sont autorisées. Elles ont pour devises : « Touche pas à mon état civil », « Non au mariage mirage », « Y a pas d’ovule dans les testicules », « On veut du sexe pas du genre », « Zéro papa ça l’fait pas », etc. Au micro, une voix scande : « Nous sommes tous nés d’un père ou d’une mère, d’un homme et d’une femme, qu’on soit de droite, de gauche, du centre, juif, musulman, catholique athée », ou encore, « La famille c’est sacré ! ». Sur des chars, de jeunes gens vêtus de t-shirts aux couleurs flamboyantes se trémoussent sur des airs à la mode : le « Ça m’énerve ! » d’Helmut Fritz passe en boucle. La similitude de ces traits avec la marche des fiertés LGBT est manifeste. Indéniablement, les organisateurs ont cherché à gommer l’image sociologiquement connotée des participants. Observant leurs efforts, Danielle Tartakowsky note une « rupture taxinomique et dramaturgique » qui contribua à naturaliser leur image19.
9L’autre trait qui domine ces manifestations, à l’instar de celles qui furent organisées en 1999, c’est leur caractère pacifique. Les participants défilent sans bavure, ni violence, bannissant tout propos agressif. La « génération anti-pacs » se comparait aux « pèlerins d’antan20 », les participants à la « Manif pour tous », eux, prennent pour certains, la posture des « veilleurs ».
◆ Le discours des manifestants : relayer la rhétorique ecclésiale
10Dimanche 13 janvier 2013, Françoise et Bertrand, la petite soixantaine, ont quitté la banlieue aisée d’Écully où ils résident pour monter dans le TGV à destination de Paris. Dans le train, ils ont pris place aux côtés d’un couple ami, membre des associations familiales catholiques (AFC). Lorsque nous nous entretenons avec Françoise, elle nous explique les raisons qui l’amènent à participer à la « Manif pour tous » :
« Je n’ai rien contre les homosexuels. Ils sont libres dans leur façon de vivre. Je viens pour protéger l’institution du mariage, protéger les enfants qui ont besoin d’une cellule stable. Ça paraît naturel que pour se développer il faut un père et une mère. On est différents, complémentaires. On apporte chacun sa vision. C’est biologique. La psychologie masculine n’est pas la même que la psychologie féminine. »
11Comme l’a bien montré Sophie Rétif dans le portrait qu’elle dresse des militantes des associations familiales catholiques21, si ces femmes se montrent hostiles aux études de genre (qu’elles méconnaissent bien souvent car elles n’ont pas de formation à ce sujet), elles mènent cependant une réflexion sérieuse sur les rapports sociaux de sexe. Dans la ligne de l’enseignement de l’Église, elles réaffirment en permanence une différence de nature entre hommes et femmes. Les relations entre ces derniers sont tout à la fois conçues sous le signe de l’égalité et de la complémentarité (une notion fortement valorisée).
12Lorsque nous demandons à Françoise si elle participe à un mouvement d’Église, elle nous répond : « Je suis catholique » avant d’ajouter aussitôt combien elle regrette d’être « traitée d’intégriste parce qu’elle pense différemment. C’est triste ce besoin d’enfermer les gens dans une case ». Françoise et Michel ont-ils des enfants ? « Oui, quatre qui ont participé à la manif de Lyon [en novembre]. Nos enfants partagent le même point de vue ». Ces réponses rejoignent la plupart des propos que nous avons recueillis lors des différentes manifestations d’opposition au projet de loi Taubira.
13En premier lieu, les manifestants relayent efficacement le discours ecclésial en se plaçant à leur tour sur le terrain des sciences sociales. En effet, mobilisant les ressources de l’anthropologie, du droit et de la psychologie, Mgr Pontier, évoque un « bouleversement culturel et anthropologique22 ». Mgr Giraud condamne un projet qui « méprise les droits universellement reconnus des enfants23 ». Quant à Mgr Brincard, il souligne le fait qu’« un enfant a besoin de ce jeu de différences complémentaires grâce auxquelles il peut progressivement développer son identité personnelle24 ». Reprenant ce type d’argumentation, une sexagénaire se rendant à la manifestation nous déclare : « c’est le basique : on considère que la solution pour rendre heureux les enfants c’est un père plus une mère ». Place d’Italie à 14 heures, un quadragénaire parisien nous dit manifester afin d’« éviter un changement de civilisation. Ça fait des millénaires que ça fonctionne comme ça. Il n’y a pas de raison de changer et encore moins dans une période de crise où la famille est un matelas permettant d’absorber les choses ».
14De nombreux grands-parents expriment leur inquiétude pour leurs petits enfants : « On est en train de dénaturer la nature humaine. Quels repères pour nos petits enfants ? L’adoption par des couples homosexuels, c’est l’oubli du bien de l’enfant. Il n’a pas de chance de se construire » affirme ce septuagénaire rencontré dans le train.
15Les manifestants rencontrés n’hésitent pas à faire explicitement référence aux propos des évêques. Une quadragénaire venue en car depuis Bourg en Bresse, cite l’ancien évêque de son diocèse (Belley-Ars) : « On détruit la famille et la société. On “écervelle” les gens. C’est un diktat des lobbys. Comme disait Mgr Bagnard avant l’élection présidentielle : on ne peut pas voter pour quelque chose qui propose la mort. » Un sexagénaire lyonnais, avec lequel nous nous sommes entretenus durant le voyage en train, évoque les prises de position du Primat des Gaules : « Je suis d’accord avec ce qu’a dit Barbarin sur le mariage à trois : deux gays plus une femme. La liberté tue la liberté ! »
16Sans qu’ils ne le mentionnent, les propos des manifestants se nourrissent également de leurs lectures. Ainsi, le 13 janvier, une sexagénaire nous déclare : « Si on faisait un sondage en France en demandant aux gens qui veut payer des impôts ? 90 % de la population serait contre. » Dans le numéro de La Croix daté de la veille, Bruno Frappat soutenait exactement cet argument : « Une majorité de Français, d’après les sondages sont pour le mariage homosexuel ; certes, et alors ? Si on demandait aux Français un avis sur la suppression des impôts, ferait-on pour autant une loi en ce sens25 ? » Nous pouvons nous demander si cette comparaison ne s’inscrit pas dans un courant catholique critique à l’égard de l’opinion publique voire méfiant vis-à-vis de la démocratie et du libéralisme. Selon cette approche, l’approbation d’une loi par le plus grand nombre n’est pas gage d’infaillibilité. Si les individus sont guidés par leurs seuls intérêts personnels, la « volonté générale » peut alors tout à fait s’opposer au bien commun. Sans associer directement les propos de Bruno Frappat au catholicisme d’intransigeance26, les arguments du journaliste français rejoignent ceux des évêques qui ont inscrit leur contestation du mariage homosexuel27 dans une dénonciation plus large des dérives de la modernité (Cattenoz28, Pontier29).
17Outre la presse chrétienne, notons également le rôle joué par internet. Nombre d’opposants au mariage homosexuel ont diffusé leurs arguments et invité à différentes manifestations, pétitions, conférences en envoyant des courriers électroniques à des centaines de destinataires.
18En second, les autorités ecclésiales expriment leur considération à l’égard des personnes homosexuelles et manifestent leurs regrets pour les manques de respect dont elles furent victimes30. Mgr Grua admet : « Il est vrai que nous n’avons pas su, dans le passé, éviter des stigmatisations scandaleuses. Les personnes homosexuelles ont souffert et l’on peut comprendre leurs revendications d’aujourd’hui31. » De leur côté, les manifestants tentent d’afficher leur refus d’être considérés comme « homophobes », tout en condamnant l’homosexualité – utilisant parfois pour ce faire, des arguments beaucoup moins mesurés que ceux des évêques. « L’homosexualité, c’est une déviation, c’est un désordre. L’adoption par des couples homosexuels, c’est monstrueux. Mais il n’y a pas d’homophobie dans notre démarche », assure ce couple de septuagénaires. Une trentenaire nous explique : « Je respecte la personne homosexuelle mais ce n’est pas les respecter que de nier la différence. Ils ne sont pas comme nous. » C’est le mot même d’homophobie qui est devenu infamant, alors que l’acte ou la considération homophobe reste valide. D’un côté, nos interlocuteurs refusent l’homophobie en tant qu’étiquette stigmatisante, mais de l’autre, ils la perpétuent. Cette contradiction révèle une tension entre une homophobie ciblant l’individu (qu’ils refusent d’incarner) et une proto-homophobie ciblant les modes de vie homosexuels en ce qu’ils menacent leur propre vision du monde (et donc qu’ils dénoncent).
19Ensuite, les manifestants interrogés souhaitent ne pas se voir « étiquetés catholiques32 ». Ils poursuivent l’effort des autorités catholiques qui ont cherché par leurs discours à rejoindre largement les citoyens qui expriment, à travers leur opposition au « mariage pour tous », leur attachement à une conception traditionnelle de la famille. Un couple de quadragénaire l’affirme : « On ne veut pas être marqué [catho]. C’est une affaire de société. » « Je n’y vais pas de façon religieuse […] J’ai pris ma décision en libre conscience », souligne une trentenaire. « C’est une cause hyper fédératrice, c’est un socle très profond. On a de tout : tous les milieux sociaux, des musulmans […] », observent deux cheftaines scoutes d’une vingtaine d’années. À Lyon, une religieuse âgée, portant l’habit, refuse de nous donner le nom de sa congrégation : « Je suis citoyenne française. Religieuse, ça c’est une affaire privée. ». « Je suis contre Civitas ! », conclut une manifestante33.
20Enfin, les autorités ecclésiales soutiennent l’idée selon laquelle la loi Taubira ne concernerait qu’une minorité de français. Mgr André Vingt-Trois regrette que « le mariage de quelques-uns soit imposé à tous34 ». Mgr Ballot critique « un droit qui ne serait que tributaire de groupes minoritaires qui font pression35 ». Quant à Mgr Brac de la Perrière, il déplore qu’un « projet de loi, voulu pour la satisfaction des désirs de quelques-uns, comporte des conséquences pour tous36 ». À l’instar des évêques dénonçant « une réforme pour satisfaire des revendications particularistes37 », les manifestants réprouvent une absence de débat dans une société française où ils estiment que leurs positions sont caricaturées. Ils ont le sentiment de ne pas avoir été entendus par un gouvernement pressé d’en finir, voire abusé par une minorité influente. « Il fallait faire un référendum. Il n’y a eu aucune discussion du sujet dans la société […]. Une partie de la gauche est manœuvrée par le Grand Orient38. C’est eux qui sont derrière » déclare un septuagénaire. « Une minorité impose sa pensée politique, affirme un quadragénaire avant de poursuivre, ce projet est fait dans la précipitation. J’aurais préféré un vrai débat. Un referendum. » Une dizaine de scouts en provenance du Vaucluse nous le disent : « On veut nous faire croire que c’est l’avis d’une majorité mais nous on pense que c’est une affaire de lobby. Même les homosexuels ne veulent pas du mariage ! »
21La mobilisation de l’épiscopat s’inscrit dans une série de protestations successives. Depuis la fin des années 60, l’Église catholique a manifesté son inquiétude face aux évolutions du droit dans le champ de l’intime (contraception, divorce, avortement, Pacs, PMA). Durant les débats qui entourent le projet de loi Taubira, l’Église catholique continue de défendre sa conception du mariage, articulant conjugalité, procréation et parentalité, dans le cadre d’une union hétérosexuelle conçue comme indissoluble. Les autorités ecclésiales le présentent comme un modèle universel, observable dans toutes les sociétés d’hier à aujourd’hui. Ainsi, Mgr Le Saux déclare que « l’union durable d’un homme et d’une femme pour fonder une famille n’est pas l’invention d’un type particulier de société, mais est profondément inscrit dans la nature humaine ». Comme le souligne Danièle Hervieu-Léger39, les évêques dotent cette définition de la famille d’une validité « anthropologique » invariante, même si, en convient la sociologue, « l’Église défend en réalité, un modèle de famille qu’elle a elle-même produit ».
22Tout en paraissant s’essayer au compromis – en ayant recours aux sciences sociales pour légitimer son opposition aux yeux de l’opinion publique ou en reconsidérant sa manière de parler des personnes homosexuelles – l’Église catholique réaffirme fermement son message au nom de la « défense d’un ordre naturel40 ». Selon Denis Pelletier, l’intransigeance des évêques dans les débats s’explique également par la manière dont « ces discussions remettent en cause leur magistère quotidien sur l’intime alors que celui-ci était maintenu, au moins en principe, dans le cadre de la séparation héritée de 190541 ». En effet, souligne Danièle Hervieu-Léger, « le terrain de la famille demeurait le seul sur lequel elle pouvait continuer de combattre la problématique moderne de l’autonomie de l’individu-sujet ».
23Par ailleurs, ce positionnement de l’épiscopat fut, comme nous venons de l’observer, relayé par les catholiques qui ont participé aux manifestations d’opposition au mariage homosexuel. Néanmoins, en raison même du processus d’individualisation du croire susmentionné, le champ catholique est loin d’être monolithique. Lieu de tensions42 voire de fractures43, il ne se réduit pas aux discours des fidèles relevant de l’intransigeantisme ou du catholicisme d’identité (selon la typologie de Philippe Portier44). En prise avec les métamorphoses contemporaines des modèles familiaux et conjugaux, nombre de catholiques s’essayent au compromis, accommodent leurs idées, adaptent leurs pratiques, ajustent leur comportement aux réalités culturelles actuelles. Leur absence lors des « Manif[s] pour tous » ne doit pas occulter la diversité des recompositions internes au catholicisme. De la même manière, l’affirmation d’un message épiscopal unifié ne pourrait occulter le fait que des croyants puissent le relativiser et prendre leurs distances avec la normativité hiérarchique.
◆ Les fers de lance du mouvement : des catholiques pratiquants de droite
24Les manifestations d’opposition au projet de loi ont mobilisé des citoyens français au-delà du seul vivier catholique. « Nous ne sommes ni homophobes ni catholiques, on ne va jamais à la messe. On est athées […]. On appartient à aucun parti politique », nous dit ce couple de septuagénaires parti « manifester à Paris en tant que citoyens, pour défendre le mariage civil ». À quelques mètres de lui, trois musulmanes d’une quarantaine d’années ont pris place parmi la foule des opposants « pour la question de la filiation », avant de préciser « à la base, c’est une question religieuse, je ne vous le cache pas ! ».
25Si les manifestations d’opposition au mariage homosexuel transcendent les générations et pour partie les appartenances politiques et religieuses, il n’en demeure pas moins que, comme en 1999, ce sont les réseaux catholiques qui dominent leur organisation. Parmi les opposants au projet de loi, « les catholiques pratiquants demeurent en avant-poste de la mobilisation contre le mariage homosexuel ». Tel est le principal enseignement de l’enquête en ligne réalisée pour Famille Chrétienne par le cabinet Seprem du 1er au 6 février 2013. Pour plus de deux catholiques pratiquants sur trois, la participation à une pétition numérique (80 %) et à une nouvelle manifestation nationale (77 %) va de soi45.
26L’hebdomadaire Famille Chrétienne appuie avec force la position ecclésiale. À la veille de la manifestation du 13 janvier, son directeur de rédaction, Aymeric Pourbaix introduit son éditorial en se référant à la veillée d’armes aux portes de Paris, au lieu-dit La Chapelle, dans laquelle Jeanne d’Arc passa la nuit en prière. « Il fallait un lys très pur pour sauver le royaume des lys », écrit-il en comparant l’épisode de la vie de la Sainte avec la mobilisation contre le projet de loi Taubira. Il poursuit son appel à la manifestation en évoquant tout à la fois « l’unité des évêques français très encouragés par Rome » et la « mobilisation de laïcs appuyés sur de bonnes structures associatives locales46 ». Il est vrai que sur le terrain, nous notons le rôle majeur joué par l’association Familles de France et les associations Familiales Catholiques (AFC) auxquelles de nombreux manifestants nous ont dit adhérer. Antoine Renard, le président des AFC, le confirme : « Les membres des AFC se mobilisent au travers d’un réseau de 30 000 familles. Nous pouvons compter sur de vrais militants et non pas sur de simples adhérents47. »
27Les participants que nous avons interrogés étaient en très grande majorité des catholiques pratiquants. Ils étaient actifs au sein de leur paroisse ou d’une aumônerie d’étudiants, affiliés au scoutisme, au Cler Amour et Famille, aux communautés nouvelles (Emmanuel, Chemin Neuf), aux groupes de prière du Renouveau charismatique catholique, aux Équipes Notre Dame, à Alpha France, à La prière des mères. Les religieux en habits étaient membres de la communauté Saint Jean, des dominicaines, de la congrégation du Sacré-Cœur. Durant la marche, nous croisons des participants portant un drapeau de l’ONG Point cœur et d’autres un sac à dos de pèlerin des JMJ de Madrid.
28Selon un sondage Ifop/Le Pèlerin, 72 % des moins de 35 ans se disent favorables au mariage des couples de même sexe, contre 60 % de l’ensemble des personnes sondées et 60 % des moins de 35 ans sont favorables à l’adoption par des couples homosexuels contre 46 % de l’ensemble de la population48. Incontestablement l’âge dessine une ligne de partage marquée.
29Sur le plan politique, tous ceux qui nous ont fait part de leurs convictions à ce sujet, se situaient à droite de l’échiquier. « Lors des présidentielles, c’était illogique de voter Hollande pour être là aujourd’hui », estime une femme de 65 ans nous disant « appartenir à un groupe politique de droite ». « Ce qui me choque le plus, explique-t-elle, ce sont les gens qui viennent à la manif et qui ont voté pour Hollande. Alors que nous, on a eu un vote clean ! » À l’instar de cette dernière, un septuagénaire observe que « la majorité des manifestants est plutôt à droite qu’à gauche. Les gens de droite sont plus libres. Les gens de gauche sont obligés de dire : je vote pour ! Les cathos de gauche sont favorables à la loi ». Cet avis est partagé par une religieuse de 70 ans qui, en plus de situer les participants à droite, note qu’ils sont issus de milieux sociaux aisés : « Un certain milieu […] beaucoup de gens responsables qui ont l’habitude d’organiser des choses. » Un prêtre assomptionniste confirme son analyse : « des cadres moyens à supérieurs, investis dans l’Église catholique ».
30Même constat du côté de Marc et Virginie, un couple de quadragénaire lyonnais qui se balade dans les rues commerçantes du centre-ville en compagnie de leur bébé, le samedi 17 novembre. Lorsque le couple s’arrête pour laisser passer le cortège, Marc s’étonne devant ce qu’il nomme la Catho pride49 : « Moyenne d’âge élevée, manteau bleu marine, ils ont une capacité à mobiliser étonnante. Ça fait penser à [19]8450 ! »
31Confrontée au défi d’un projet de loi a priori contraire à sa doctrine, les évêques s’y opposent fermement sans que leurs discours ne paraissent prendre en compte les fidèles favorables au mariage homosexuel où ceux que ce sujet interroge. L’épiscopat exprime ses objections aux côtés d’un noyau de catholiques militants, animés par des logiques identitaires. L’écart entre leurs messages et les idées véhiculées parmi nos contemporains est criant. Ce décalage fait dire à Danièle Hervieu-Léger que « la question du mariage homosexuel peut être considérée comme le lieu géométrique de l’exculturation de l’Église catholique dans la société française51 ». Cependant, la participation d’un large panel de citoyens aux manifestations d’opposition au projet de loi Taubira manifeste la capacité des autorités ecclésiales à rallier une partie de la population à son discours. Sans contredire la thèse de l’exculturation, cette adhésion – de français éloignés de la pratique catholique à la démarche de l’Église –, montre en tout cas, combien les lignes de partage s’avèrent difficiles à tracer.
◆ Partition interne au catholicisme
32Si plusieurs interlocuteurs font référence à 1984, nous avons été étonnée, pour le département de l’Ain par exemple, de ne pas retrouver les « militants catholiques de gauche » qui alimentaient alors les rangs de la manifestation en faveur de l’école libre. En 2013, les paroisses représentées sont majoritairement connotées « conservatrices » ou « traditionnelles52 ». Plus largement, parmi le petit échantillon de personnes interviewées, nous n’avons rencontré aucun membre des mouvements habituellement situés « À la gauche du Christ53 » : militants de l’Action catholique, membres de l’Antenne sociale de Lyon, lecteurs de Témoignage Chrétien, par exemple.
33Lors des Semaines sociales, qui se sont déroulées à Paris dans les jours qui suivirent la première manifestation nationale d’opposition au projet de loi54, nous nous sommes rendus sur les stands de l’Action Catholique afin d’interroger ses militants à ce sujet. Une responsable de Génération femme55 nous explique qu’elle n’était pas présente à la manifestation et que le sujet ne sera pas à l’ordre du jour des prochains numéros. Elle prépare un dossier sur la problématique de la précarité. En tout état de cause, la question du « mariage pour tous » est, à ses yeux « délicate, parce que plusieurs militantes ont des fils qui sont homosexuels ». Sur le stand de l’Action catholique des milieux indépendants (ACI), deux permanentes nous expliquent que certaines militantes ont participé à la manifestation, mais à titre individuel. « Le mouvement n’a pas pris position sur cette question. La difficulté, c’est que nous partons du vécu des gens. Ce n’est pas un thème de discussion d’année. Il y a des positions très diverses au sein de notre mouvement. » Un assomptionniste interrogé au sujet de la manifestation nous répond : « Je n’ai pas voulu y aller. La mouvance sociale ? Absente. On n’a pas pris positions sur cette question de la sexualité qui est intime. »
34Dans La Lettre des Semaines Sociales de France de juillet 2013, Jérôme Vignon intitule son éditorial « Panser et repenser nos blessures56 ». Il fait référence aux « mois éprouvants qui ont marqué les débats sur l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe ». Certes, le Conseil des Semaines sociales de France était favorable à une union civile mais c’était, selon Jérôme Vignon une « position de compromis », et il « fut blessant de ne pas entendre d’écho véritable ». René Pujol évoque les « déchirements » enregistrés dans ce débat parmi les croyants. « Difficile de se cacher la réalité : les communautés chrétiennes et sans doute catholiques, ont été profondément divisées par le débat autour du mariage pour tous. » Pujol parle de « l’attitude univoque de l’Église de France » depuis la « prière universelle » du 15 août jusqu’au soutien, parfois appuyé, de certains diocèses aux « Manif[s] pour tous ». Il regrette que d’évidence les catholiques apparaissent hostiles à la loi Taubira57.
35Il est vrai qu’à la différence du milieu protestant où une pluralité de discours fut exprimée, le discours de l’Église catholique n’a pas laissé paraître de réelle contestation interne. Cependant, face au discours unanimiste des évêques, la réalité mérite d’être nuancée. Commentant les résultats d’un sondage IFOP, Le Pèlerin s’étonne du positionnement des catholiques au sujet du mariage homosexuel. « Si les pratiquants restent le fer de lance de l’opposition au projet, très en décalage avec le reste de la société, quatre sur dix se déclarent favorables au mariage et trois sur dix partisans de l’adoption, ce qui n’est pas rien58 ». Signant une tribune libre dans Le Monde, les deux co-directeurs de Témoignage Chrétien (Jean-Pierre Mignard et Bernard Stephan) regrettent que l’« opposition manifestée par les instances des Églises au projet de loi sur le droit au mariage pour tous, laisse croire que les chrétiens y sont unanimement opposés59 ». Témoignage Chrétien exprime par ailleurs son soutien au projet de loi Taubira. Dans ses colonnes, La Vie donne la parole à plusieurs associations de chrétiens appelant à un débat interne sur le mariage homosexuel : le mouvement homosexuel chrétien David et Jonathan, l’action catholique ouvrière, le Réseau Parvis, l’association « Femme et homme, égalité, droits et liberté dans les Églises et la société » (FHEDLES)60. Ces mêmes associations ont, dans un communiqué de presse du 11 janvier 2013, souhaité « ouvrir un débat qui n’avait pas encore eu lieu entre croyant.e.s61 ».
36Le 4 juin 2013, le Conseil famille et société de la Conférence des évêques de France, dont Jérôme Vignon est membre, publie un texte intitulé « Poursuivons le dialogue ! ». Sans invalider l’unité de la parole officielle, le document souligne les incompréhensions apparues « au sein même des communautés catholiques ». C’est pourquoi il se propose « d’aider les communautés catholiques à surmonter leurs différences d’approche ».
◆ Conclusion
37Dans un contexte français d’individualisation des pratiques religieuses et de laïcisation, les évêques catholiques ont adapté leurs discours vis-à-vis de l’homosexualité afin de le rendre audible. Comme le suggère la sociologue Hélène Buisson Fenet, l’Église « est plus que jamais un acteur collectif contraint à son tour par certaines règles d’accès et de maintien dans l’espace public actuel où l’homosexualité est en voie avancée de normalisation. La rhétorique cléricale doit respecter une “contrainte de publicité” c’est-à-dire de tenir compte d’un ensemble de risques encourus à soutenir en public certaines affirmations : à ce titre, il lui faut recomposer le cadre normatif62 ». À travers leur organisation et les propos tenus par leurs participants, nous avons vu comment les manifestations d’opposition au projet de loi de mariage homosexuel cherchaient à leur tour à éviter toute accusation d’homophobie en donnant l’image de rassemblements en phase avec la société. En cela, elles sont venues prolonger le discours des autorités religieuses. Si l’on considère avec Christian Décobert et Guy Lobrichon que l’efficacité d’une action d’autorité « n’est pas tant liée à l’existence des institutions qui la représentent qu’à l’existence d’un lien entre l’adhérent et le référent63 » ces premières observations manifestent la vitalité du lien unissant les agents ecclésiaux exerçant l’autorité et les croyants.
38De plus, comme le soulignait le politologue Jacques Lagroye, la crise que traverse depuis plus d’un demi-siècle l’Église catholique, a pour conséquence immédiate de conférer aux évêques une légitimité renouvelée. Ils se doivent de rappeler qu’il « est essentiel […] de guider fermement les fidèles vers la source de leur engagement religieux64 ». Les obligations et les droits attachés à leur position dirigeante expliquent la fermeté de leurs positions. Ce faisant, ils confortent et rassurent des Français en quête de certitudes morales et de repères éthiques.
39« De tous les groupes de représentation, il n’en est sans doute pas qui travaille de manière consciente et systématique que l’épiscopat à façonner sa propre image en tant que corps », écrivait Pierre Bourdieu. Les débats qui ont entouré le projet de loi Taubira expriment à nouveau le souci des évêques « d’atténuer les différences et les différends en même temps que de manifester l’unité et l’homogénéité65 » du corps épiscopal. Cependant, tout en venant renforcer l’autorité ecclésiastique, les « Manif[s] pour tous » suscitent néanmoins l’incompréhension d’une partie des catholiques. Absents des manifestations, ils ne se retrouvent pas dans le discours ecclésial. Ce décalage vient questionner la représentation de l’autorité catholique comme un « bloc unifié ». De plus, l’unanimisme des évêques mériterait également d’être nuancé. En effet, si le discours officiel s’est attaché à relativiser tout antagonisme, une analyse plus fine des déclarations épiscopales permettrait de mettre en lumière des différences, voire des divergences, entre évêques. Sans remettre en cause l’opposition au Pacs puis au mariage homosexuel, des écarts peuvent être repérés en dépit de la stricte codification dont ces discours sont l’objet. Nous avons volontairement limité notre enquête aux quatre manifestations précédant le vote de la loi (novembre 2013-mai 2014). Cette recherche pourrait se poursuivre sur la fin de l’année 2013 et la manifestation du 2 février 2014. La réaction de Mgr Hippolyte Simon (archevêque de Clermont) expliquant « pourquoi il n’irait pas manifester66 » donnerait à voir une diversité de positions parmi les responsables ecclésiaux.
40Une étude à plus long terme pourrait également permettre de constater combien les réactions des catholiques ne partageant pas le point de vue des évêques ne sont pas restées totalement sans effets. Nombre de diocèses ont depuis juin 2013 multiplié les initiatives pastorales : formations « liens familiaux et homosexualité » pour les responsables de la pastorale familiale du diocèse de Belfort-Montbéliard, rencontres d’amitié avec des personnes homosexuelles dans le diocèse de Saint-Étienne, animation de groupes de discussion « pour échanger, accueillir, chasser la peur ou les préjugés67 » dans le diocèse de Lyon, etc.
41Pour l’heure, l’étude des « Manif[s] pour tous » nous permet d’observer les recompositions du catholicisme en France : une religion certes moins majoritaire mais dont les membres sont davantage militants. Ils sont issus de milieux sociaux plutôt aisés (classes moyennes, cadres et professions libérales y sont surreprésentés). Ces « catholiques d’identité68 » penchent « à la droite du Christ ». Ils activent des réseaux possédant une réelle capacité de rassemblement au-delà du seul cercle religieux.
42Ainsi, une affinité d’intérêt se fait jour entre ceux qui exercent un pouvoir temporel dans le champ religieux et des membres des classes dominantes dans la société française. Les autorités ecclésiales trouvent obéissance de la part de ce groupe déterminé d’individus dont les motifs peuvent être questionnés. Dans le prolongement de la conception wébérienne de la « domination légitime », nous pourrions nous demander quelles sont les raisons d’une telle docilité. Qu’est-ce que ces individus cherchent à gagner ou plus exactement à ne pas perdre ? La reproduction d’un ordre social dans lequel ils bénéficient d’une position avantageuse ? Loin de nous l’idée de verser dans une interprétation fonctionnaliste des motivations de ces catholiques attachés à une conception traditionnelle de la famille et du couple. Rappelons simplement que défendre la famille c’est défendre le lieu de la transmission religieuse et de l’incorporation d’un certain « habitus » catholique. Ce faisant, c’est également défendre un lieu de reproduction sociale.
Bibliographie
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Notes de bas de page
1La Communauté de Vie Chrétienne (CVX) est une association d’inspiration ignacienne regroupant des laïcs.
2Manifestation d’opposition au mariage pour tous du 13 janvier 2013.
3Manifestation favorable au mariage pour tous du 27 janvier 2013.
4L’archevêque de Paris André Vingt-Trois – qui était alors président de la conférence des évêques de France – adresse aux diocèses une prière destinée à être lue le 15 août en chaire. Cette dernière s’opposait implicitement au mariage de couples de même sexe. Le 17 juillet 2012, l’archevêque de Paris fait part de son opposition au mariage homosexuel lors d’un entretien avec le président François Hollande. Le 21 septembre 2012, recevant des évêques français dans sa résidence de Castel Gandolfo, le pape Benoit XIV les encourage à « relever le défi » posé par le projet de loi du gouvernement français.
5Aubourg Valérie, « La vérité catholique dans le discours des évêques français au sujet du Pacs puis du mariage homosexuel », La Revue de l’Université catholique de Lyon, no 24, 2014, p. 46-53.
6Concernant le recours au vocabulaire des sciences sociales dans les discours catholiques et protestants face au mariage homosexuel, cf. Aubourg Valérie et Malogne-Fer Gwendoline, Les sciences sociales au secours des Églises : l’exemple du « mariage pour tous », Congrès de l’Association française de sociologie de Nantes (2-5 septembre 2013).
7« Ces gens qui, sans être passés par les filières de formation de l’Église catholique, tremblent […] devant les déraillements de l’autonomie morale et s’adossent au discours religieux pour conforter leur image de l’humain. » Coroller Catherine, « Interview de Philippe Portier. L’Église reconstitue sa légitimité via la politique de la vie, du corps et du genre », Libération, 20 septembre 2012, [http://www.liberation.fr/societe/2012/09/20/l-Églisereconstitue-sa-legitimite-via-la-politique-de-la-vie-du-corps-et-du-genre_847704], (consulté le 27 juin 2013).
8Par ailleurs, nous nous sommes également rendue à la manifestation du 2 février 2014 à Paris.
922 000 participants selon la préfecture du Rhône, 27 000 selon les organisateurs.
10340 000 participants selon la police, 800 000 selon les organisateurs.
11À l’initiative de l’association lyonnaise Cosette et Gavroche (initiée par Bénédicte Louis), réunissant environ 5 000 manifestants.
1212 000 participants selon la police, 35 000 selon les organisateurs.
13Denis Jean-Pierre, « Mariage pour tous : une manif, dix leçons », La Vie, 18 novembre 2012, [http://www.lavie.fr/actualite/societe/mariage-pour-tous-une-manif-dix-lecons-18-11-2012-33312_7.php], (consulté le 6 juin 2013).
14De Boissieu Laurent et Senèze Nicolas, « Trois écueils pour une manifestation », La Croix, 11 janvier 2013, p. 3.
15Hofner Anne-Bénédicte et Rouden Céline, « Un collectif éclectique à la manœuvre », La Croix, 11 janvier 2013, p. 2-3.
16En avril 2015, la Manif pour tous deviendra un parti politique.
17Laurent Samuel, « Derrière la grande illusion de la “Manif pour tous” », LeMonde.fr, 21 mars 2013, [http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/03/21/manif-pour-tous-la-grande-illusion_1850515_3224.html]. Hourdeaux Jérôme, « La Manif pour tous et les réseaux d’une “Internationale catholique” », Médiapart, 28 avril 2013, [http://www.mediapart.fr/journal/international/260413/la-manif-pour-tous-et-les-reseauxdune-internationale-catholique], (consulté le 7 février 2014).
18Greusard Renée, « Que devient Frigide Barjot, “bouffon” déchu de La Manif pour tous ? », Rue89, 14 septembre 2013, [htttp://rue89.nouvelobs.com/2013/09/14/devient-frigide-barjot-bouffon-dechu-maniftous-245654], (consulté le 7 février 2014).
19Tartakowsky Danielle, Les droites et la rue. Histoire d’une ambivalence de 1880 à nos jours, Paris, La Découverte, 2014.
20De Gaulmyn Isabelle, « Nous sommes comme les pèlerins d’antan », La Croix, 1er février 1999, p. 4-5.
21Rétif Sophie, Logiques de genre dans l’engagement associatif, Paris, Dalloz, 2013.
22Pontier Georges, archevêque du diocèse de Marseille, président de la conférence des évêques de France (depuis le 17 avril 2013), 17 décembre 2012, [http://marseille.catholique.fr/A-propos-du-mariage-pour-tous], consulté le 7 février 2013).
23Giraud Hervé, évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin, Lettre aux fidèles du diocèse, 17 décembre 2012.
24Brincard Henry, évêque du diocèse du Puy-en-Velay, « Déclaration de Mgr Brincard sur le projet de loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe », 28 septembre 2012, [http://catholique-lepuy.cef.fr/A-propos-dumariage.html], (consulté le 12 juin 2013).
25Frappat Bruno, « Arguments de peu de poids », La Croix, 12 janvier 2013, p. 28.
26Associer catholicisme social et catholicisme intransigeant peut effectivement sembler hasardeux même si, comme le souligne Jean-Marie Mayer : « Par-delà les frontières idéologiques bien délimitées, des racines se rejoignent pour s’alimenter à un même sol. » Mayeur Jean-Marie, « Catholicisme intransigeant, catholicisme social, démocratie chrétienne », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 27, no 2, 1972, p. 483-499 et p. 190.
27À l’heure des débats au sujet du Pacs, Hélène Buisson-Fenet observait déjà combien l’Église se situait sur le mode de la « protestation anti-moderne ». Buisson-Fenet Hélène, Un sexe problématique. L’Église et l’homosexualité masculine en France (1971-2000), Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2004, p. 95-96.
28Cattenoz Jean-Pierre, archevêque d’Avignon, Lettre ouverte aux politiques, 31 décembre 2012.
29Pontier G. (Mgr), op. cit.
30« Les personnes homosexuelles qui demandent le mariage sont capables d’un amour profond, généreux, sincère, déclare Mgr Brouwet avant de poursuivre : elles [les personnes homosexuelles] sont respectables et doivent être respectées quoi que nous pensions de l’homosexualité. De ce point de vue un progrès a été fait au cours de ces dernières années pour faire cesser des attitudes et des paroles extrêmement blessantes à leur égard. » Mgr Dufour, évêque du diocèse d’Aix-en-Provence et Arles, déclare : « ma pensée et mon cœur se tournent d’abord vers les personnes homosexuelles. Elles nous sont proches, au sein de nos familles et de nos communautés, et parmi nos amis. Le plus souvent elles souffrent […]. Elles demandent à être respectées, reconnues dans ce qu’elles sont ». Dufour Christophe, Déclaration « Oui au Mariage » ; 7 novembre 2012, [http://aixarles.catholique.fr/2012/11/a-propos-du-mariage-homosexuel/], (consulté le 15 juillet 2013).
31Grua Bruno, évêque de Saint-Flour, « Éditorial », chrétienté.info, octobre 2012, [http://www.chretiente.info/201210012238/monseigneur-grua-le-mariage-ne-vise-pas-seulement-a-gerer-les-diverses-situations-affectives-il-organise-la-filiation-et-la-famille], (consulté le 27 juin 2013).
32« On est chrétien mais on ne vient pas avec cette étiquette », affirme un couple de sexagénaires dans le train Lyon-Paris, le 13 janvier 2013.
33Comme le souligne Sébastien Fath, deux stratégies différenciées furent mises en œuvre dans les manifestations hostiles au mariage homosexuel : d’un côté l’optique Civitas, réseau identitaire et de l’autre l’optique « Manif pour tous » interconfessionnelle où le sel des chrétiens se mêle à d’autres saveurs. Fath Sébastien, « Catholicisme et mariage gay : athéisme pieux et prostituée chrétienne », blog de Sébastien Fath, 5 janvier 2013, [http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2013/01/05/catholicisme-mariage-gay-atheismepieux-et-prostituee-chreti.html], (consulté le 20 juin 2013).
34De Gaulmyn Isabelle et Guénois Jean-Marie, « Entretien. Mgr André Vingt-Trois : La famille est une chance pour la société », La Croix, 20 janvier 1999.
35Ballot Philippe, archevêque du diocèse de Chambery, « La famille : de Milan à la Savoie, de la Savoie au Palais Bourbon… », Église en Savoie, juillet/août 2012.
36Brac de la Perrière Thierry, évêque du diocèse de Nevers, « Lettre aux catholiques de la Nièvre », 17 novembre 2012.
37Kalist François, évêque de Limoges, « Éditorial », Église de Limoges, novembre et janvier 2013.
38Au moment du débat autour de la loi Taubira, la thématique du complot circule parmi des militants d’extrême droite, attribuant au mariage homosexuel une origine maçonnique.
39Hervieu-Léger Danièle, « Mariage pour tous : le combat perdu de l’Église », LeMonde.fr, 12 janvier 2013, [http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/12/le-combat-perdu-de-l-Église_1816178_3232.html], (consulté le 25 février 2013).
40Hervieu-Léger Danièle, Catholicisme, la fin d’un monde, Paris, Bayard, 2003, p. 215.
41Pelletier Denis, « Les évêques de France et la République de l’intime (1968-2005) », in Beraud Céline, Gugelot Frédéric et Saint Martin Isabelle (dir.), Catholicisme en tension, Paris, EHESS, 2012, p. 179-190.
42Beraud Céline, Gugelot Frédéric et Saint Martin Isabelle (dir.), Catholicisme en tension, op. cit.
43De Bremond d’Ars Nicolas, Catholicisme zones de fracture. Que devient le catholicisme en France ?, Paris, Bayard, 2010.
44Selon la typologie de Philippe Portier, cf. Portier Philippe « Portrait du catholicisme en France », in Alfonso Pérez-Agote (dir.), Portait du catholicisme. Une comparaison européenne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012, p. 107-160.
45Seprem, « À 77 % pour une nouvelle manifestation », Famille chrétienne, no 1891, 16 février 2013, p. 19.
46Pourbaix Aymeric, « Éditorial. Veillée d’armes », Famille chrétiennes, 12 janvier 2013, p. 3.
47Renard Antoine, « La présence des élus locaux sera déterminante », Famille Chrétienne, no 1826, 12 janvier 2013, p. 13.
48Sondage Ifop pour Le Pèlerin. 3 janvier 2013, [http://www.pelerin.com/L-actualite-autrement/Mariagehomosexuel-les-enjeux-du-debat/Le-debat-sur-la-scene-politique/Sondage-ce-que-pensent-les-Francais-dumariage-pour-tous], (consulté le 20 juin 2013).
49Écho à la marche des fiertés évoquée plus haut.
50En 1984, une manifestation géante (plus d’un million de personnes) réunit à Paris le 24 juin 1984 les partisans de l’« École libre » qui s’opposaient au projet de loi Savary.
51Hervieu-Léger Danièle, op. cit.
52Notre Dame de Bourg, Tossiat.
53Pelletier Denis et Schlegel Jean-Louis, À la gauche du Christ, Paris, Seuil, 2012.
54Semaines Sociales de France, « Hommes et Femmes, la nouvelle donne », Paris, 23 novembre 2012.
55Magazine réalisé par l’Action catholique des femmes.
56Vignon Jérôme, « Éditorial. Panser et repenser nos blessures », La Lettre des Semaines sociales de France, juillet 2013, p. 1.
57Pujol René, « Pour un accueil inconditionnel des homosexuels », La Lettre des Semaines sociales de France, juillet 2013, p. 4-5.
58Sondage Ifop pour Le Pèlerin, 3 janvier 2013, [http://www.pelerin.com/L-actualite-autrement/Mariagehomosexuel-les-enjeux-du-debat/Le-debat-sur-la-scene-politique/Sondage-ce-que-pensent-les-Francais-dumariage-pour-tous], (consulté le 20 juin 2013).
59Mignard Jean-Pierre et Stefan Bernard, codirecteurs de Témoignage chrétien, « Un mariage pour tous, une Église pour tous », 8 janvier 2013, [http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2013/01/08/un-mariage-pourtous-une-Église-pour-tous_1814078_3232.html], (consulté le 6 juin 2013).
60De Buor Constance, « Des chrétiens appellent leurs Églises à un débat interne sur le mariage gay », La Vie, 7 février 2013, [http://www.lavie.fr/actualite/societe/des-chretiens-appellent-leurs-Églises-a-un-debat-internesur-le-mariage-gay-13-01-2013-34910_7.php], (consulté le 8 juin 2013).
61ACO (action catholique ouvrière), Mouvement du christianisme social (protestant), Carrefour des chrétiens inclusifs, David & Jonathan (mouvement homosexuel chrétien), Évangile et Liberté, Réseau du Parvis, « Croyant.e.s et mariage pour tou.te.s : nous ouvrons le débat ! », communiqué de presse du 11 janvier 2013, [http://www.christianismesocial.org/spip.php?article304], (consulté le 12 juin 2013).
62Buisson-Fenet Hélène, 2004, op. cit., p. 95-96.
63Décobert Christian et Lobrichon Guy, « Autorité religieuse », in Régine Azria et Danièle Hervieu-Léger (dir.), Dictionnaire des faits religieux, Paris, PUF, 2010, p. 68-75.
64Lagroye Jacques, La vérité dans l’Église catholique. Contestations et restauration d’un régime d’autorité, Paris, Belin, 2006, p. 47.
65Bourdieu Pierre et De Saint Martin Monique, « La sainte famille. L’épiscopat français dans le champ du pouvoir », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 44-45, 1982, p. 2-53.
66Simon Hippolyte (Mgr), « Je n’irai pas manifester avec eux », le 30 janvier 2014, [http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Mgr-Simon-archeveque-de-Clermont-je-n-irai-pas-manifester-aveceux-2014-01-30-1098826], (consulté le 7 février 2014).
67[http://lyon.catholique.fr/?Accueil-des-personnes], (consulté le 5 mai 2014).
68Selon la typologie de Portier Philippe, « Portrait du catholicisme en France », op. cit., p. 289.
Auteur
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Valérie Aubourg
Docteur en anthropologie-ethnologie (HDR). Elle est membre du Groupe Sociétés Religions Laïcité (PSL) et enseignante à l’université catholique de Lyon. De 2005 à 2011, elle a mené une recherche sur les mouvements pentecôtistes charismatiques à l’île de la Réunion. En 2011, elle a coordonné l’ouvrage Religions populaires et nouveaux syncrétismes (éd. Surya). En 2014, elle a publié Christianismes charismatiques à La Réunion (Karthala). Actuellement, ses travaux portent sur l’influence évangélique au sein du catholicisme et sur les migrants catholiques en France. Elle a publié en 2016 (avec B. Angleraud et O. Chatelan) 50 ans de catholicisme à Lyon. De Vatican 2 à nos jours (Karthala). Son article sur le discours des autorités catholiques face au mariage homosexuel est en ligne dans la revue du Redif : « Los obispos franceses en torno a la unión de hecho y al matrimonio homosexual », Revue du Redif, no 9, p. 60-69, [http://fiuc.org/archivos/redif_09.pdf].
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