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    Plan détaillé Texte intégral ◆ Un prosélytisme pentecôtiste orienté vers l’Asie du Sud-Est ◆ Réinterprétation coréenne de la « théologie de la prospérité » ◆ Le salut par l’internationalisation des actions sociales Notes de bas de page Auteur

    Chrétiens évangéliques d'Asie du Sud-Est

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    Table des matières

    Les pentecôtistes coréens en Asie du Sud-Est : Exporter la « théologie de la prospérité » pour assurer son propre salut

    Hui-Yeon Kim

    p. 207-223

    Texte intégral ◆ Un prosélytisme pentecôtiste orienté vers l’Asie du Sud-Est L’Église du Plein Évangile en Asie du Sud-Est et son choix d’un « pentecôtisme classique » ◆ Réinterprétation coréenne de la « théologie de la prospérité » ◆ Le salut par l’internationalisation des actions sociales Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1À l’aube du xxie siècle, l’Église du Plein Évangile de Cho Yonggi prétend avoir constitué un réseau international de paroisses sans équivalent par rapport aux autres Églises coréennes. Les données recueillies depuis une dizaine d’années sur les efforts d’évangélisation et le degré de pénétration de cette Église en Asie du Sud-Est corroborent cette prétention, élevant les prédications de Cho Yonggi et le mode de socialisation de son Église au rang de principale représentante du pentecôtisme coréen dans cette région. Pour comprendre la démarche spécifique de cette Église, identifier les enjeux identitaires dont elle fait face et évaluer la concentration de ses moyens missionnaires et logistiques sur place, cinq pays (Philippines, Thaïlande, Cambodge, Indonésie et Malaisie) constitueront autant de cas d’étude des modes de construction de l’internationalisation de cette Église1.

    2L’Église reprend les thématiques du pentecôtisme classique en mettant en avant une « théologie de la prospérité » bien adaptée aux populations les plus pauvres de ces pays souvent exclues de toute aide gouvernementale. Elle appuie son prosélytisme sur le développement d’organisations non gouvernementales (ONG ci-après) et de dispositifs caritatifs préparant la création d’Églises locales. Pour ce faire, elle utilise à la fois la symbolique de la prospérité coréenne – un pays pauvre (après la Seconde Guerre mondiale) devenu riche (en quelques décennies malgré une partition toujours actuelle et une pression militaire toujours forte sur la société) – et l’influence économique grandissante des Coréens2 dans la région. Concrètement, elle se positionne comme un maillon international et un pôle local de solidarité agissant pour un mieux-vivre de ses fidèles en Asie du Sud-Est en véhiculant l’image d’une vie mythifiée des Coréens. Cette stratégie tire profit de la politique du gouvernement sud-coréen qui cherche à intensifier les relations économiques et la coopération culturelle entre la Corée du Sud et les pays d’Asie du Sud-Est. En 2010, une déclaration conjointe Asean3/République de Corée pour un partenariat stratégique a été adoptée. Une structure particulièrement dédiée aux cinq pays riverains du Mékong (Birmanie, Cambodge, Laos, Thaïlande et Viêt Nam) a été pensée pour permettre aux ministres de l’Économie de ces pays et à leurs homologues coréens de se réunir afin de mettre en place des programmes de coopération pour le développement de la région du Grand Mékong (Leveau, 2011 : 55-714).

    3Pour comprendre le dispositif mis en place par cette Église jouant sur des échelles à la fois locale et internationale, il est nécessaire de cerner la fonction que prend celui-ci dans le développement et la perpétuation de l’Église du Pleine Évangile en laissant de côté son discours altruiste. De manière significative, le prosélytisme et les actions de solidarité nourrissent en retour le « néo-pentecôtisme » des fidèles coréens, principalement de Séoul. La cohabitation au sein d’une même structure du pentecôtisme et du « néo-pentecôtisme » permet de se demander si la force de cette Église ne résulte justement pas de cette interaction constante plutôt que de la simple « importation » d’un modèle au travers des pratiques missionnaires.

    ◆ Un prosélytisme pentecôtiste orienté vers l’Asie du Sud-Est

    4En décembre 2012, la Korea World Missions Association (KWMA) a recensé 24 742 missionnaires coréens envoyés dans 169 pays différents5. La moitié d’entre eux travaillent en Asie. Parmi les dix pays où l’on compte le plus grand nombre de missionnaires, figurent quatre pays qui font l’objet de mon étude : les Philippines (1 487 missionnaires coréens), la Thaïlande (736), l’Indonésie (628), le Cambodge (560). Afin de mieux saisir l’expansion des Églises protestantes coréennes, les stratégies missionnaires de conversion des autochtones et leurs conséquences dans ces pays ainsi qu’en Malaisie, mon analyse s’est concentrée sur le cas de l’Église pentecôtiste du Plein Évangile fondée par David Cho Yonggi (né en 1936) en 1958. Celle-ci compte près de 780 000 fidèles et est la plus grande église pentecôtiste en Corée de Sud6. Elle affirme avoir envoyé des missionnaires dans 64 pays différents et, plus particulièrement, en Asie du Sud-Est. Concernant le nombre de missionnaires, d’après mes recensements, il s’élève à 165 en 2012 en Asie et 40 pasteurs missionnaires plus spécialement dédiés aux populations locales de l’Asie du Sud-Est. Ce nombre restreint n’est pas significatif en soi. Il doit être compris comme faisant partie d’un dispositif plus large de mise en relations des fidèles séoulites, des fidèles coréens en Asie du Sud-Est et des missionnaires temporaires, autrement dit d’une organisation, par l’Église-mère, des échanges entre la Corée et les pays de la région.

    5Cette Église a connu un développement très rapide à partir des années 1960 en attirant les Sud-coréens appauvris par la colonisation japonaise et l’exploitation de la Corée durant la Seconde Guerre mondiale puis par la destruction du pays durant la guerre de Corée. Elle mettait alors en avant une « théologie de la prospérité ». Selon cette dernière, Dieu permet aux croyants d’obtenir, ici et maintenant, la réussite matérielle qu’ils méritent. Dans les années 1950, la ville de Séoul est remplie de migrants issus de milieux ruraux venus chercher des emplois suite à la désagrégation de la société traditionnelle agricole. Dans ce contexte de changement, l’Église du Plein Évangile convertit les populations les plus pauvres se trouvant à la marge du développement du pays. La misère est alors présentée comme l’œuvre de Satan, dont il faut se libérer. D’après Cho Yonggi, pour sortir de cette malédiction, il suffit tout simplement de croire en Jésus-Christ. Il souligne également dans un sermon que « la pauvreté n’est pas une vertu. Tenir bon dans la pauvreté avec l’aide de Dieu est une vertu, mais la pauvreté en elle-même n’en est pas une. La pauvreté est une malédiction » (cité dans Hurston, 1997 : 172).

    6Dès les années 1980, Cho Yonggi entreprend l’internationalisation de son Église en suivant, comme je le montre dans ma recherche doctorale, le mouvement migratoire des Sud-coréens aux États-Unis, au Japon et en Allemagne. L’implantation des paroisses de l’Église du Plein Évangile à l’étranger correspond alors à l’accueil des expatriés ou des migrants coréens. L’année 1992, celle de l’élection de Cho Yonggi comme président de l’Assemblée de Dieu internationale7, marque un tournant dans la politique du Département des missions internationales du Plein Évangile. Il change officiellement l’orientation « de l’évangélisation des migrants coréens vers celle des autochtones des pays en voie de développement8 ».

    7Depuis cette époque-là, les « voyages de mission » de Cho Yonggi concernent particulièrement les pays d’Asie du Sud-Est et d’Asie de l’Ouest, l’Afrique, l’Europe de l’Est et l’Amérique Latine. Le Département des missions internationales de Yoido, créé en 1975, dont le bâtiment est achevé en 1981, a pour but de subventionner l’établissement des paroisses étrangères de son Église. Cet organisme commence alors à envoyer des missionnaires qui sont chargés de fonder des paroisses pour les autochtones. Le départ des missionnaires s’accélère après 1995. Cela est principalement dû à la fondation du Pentecostal Missionary Training Institute (PMTI, 순복음세계선교훈련원), que l’Église met en place en 19949. Cet institut est créé « dans le but de former les missionnaires destinés à convertir les autochtones des pays en voie de développement10 » et, en particulier, les « peuples non atteints » (Unreached People) par le christianisme.

    8Depuis sa fondation, aucun membre du Plein Évangile ne peut partir en mission au nom de l’Église sans avoir terminé les « entraînements » au sein de cet organisme. La durée de ceux-ci est de neuf mois pour les missionnaires professionnels et de cinq mois pour les missionnaires stagiaires (en passe de devenir pasteur), suivis d’une période d’essai d’un mois dans un pays étranger. À l’issue de cette formation, les stagiaires peuvent être pleinement qualifiés de « missionnaires du Plein Évangile » et mutés dans différents pays, en particulier en Russie, en Asie Centrale, en Afrique et surtout en Asie du Sud-Est11. Les pasteurs de l’Église du Plein Évangile que j’ai rencontrés en Asie du Sud-Est ont été effectivement formés au Pentecostal Missionary Training Institute. S. H., le pasteur de cette Église à Phnom Penh, a même fait partie de sa première promotion et a été envoyé dans cette ville en 199512.

    9L’Église du Plein Évangile fondée par Cho Yonggi cultive aujourd’hui son image internationale en mettant en avant la présence de 681 pasteurs missionnaires et l’existence d’un réseau de paroisses dans 64 pays différents. Afin de légitimer sa reconnaissance internationale, ses dirigeants coréens13 insistent plus particulièrement sur le nombre élevé de pasteurs envoyés par l’Église dans les pays dits développés comme, par exemple, les États-Unis (340) et le Japon (105). Cette Église coréenne n’apporte cependant pas de précisions sur la composition interne de ces paroisses. D’après mes propres investigations, les fidèles sont essentiellement des expatriés ou des immigrés sud-coréens, comme cela est aussi le cas en Europe de l’Ouest. L’accent mis sur ces paroisses du Plein Évangile à l’étranger et regroupant des Coréens sert à renforcer la réputation internationale de l’institution tout en faisant croire que cette Église sud-coréenne convertit également des Occidentaux (Kim, 2014 : 149-160). Cela reste pourtant un phénomène extrêmement marginal. Cependant, le réseau international qu’elle constitue à l’échelle mondiale ne se limite pas à ses antennes coréennes. Il concerne aussi, dans certains pays, l’évangélisation des populations locales et la création de paroisses qui leur sont plus spécifiquement destinées.

    10Afin de localiser les régions du monde où les missionnaires de l’Église du Plein Évangile arrivent à convertir les locaux, j’ai effectué des recensements en croisant les données trouvées dans les livrets et le site Internet de cette Église, ainsi que celui de ses divers organismes d’évangélisation tels que le DCEM (David Cho Evangelical Mission) et le Département des missions internationales du Plein Évangile de Yoido (publiés jusqu’en 200814). Il ressort de cet inventaire que l’Asie du Sud-Est est la région où le plus grand nombre de missionnaires du Plein Évangile travaillent auprès de la population locale, plus particulièrement dans ces huit pays : Philippines, Thaïlande, Indonésie, Malaisie, Viêt Nam, Cambodge, Birmanie et Laos. Le pasteur Yonggi Cho et son Église privilégient ainsi la conversion des autochtones en Asie du Sud-Est.

    11De manière générale, la croissance continue du nombre de pentecôtistes en Asie favorise l’implantation de cette Église coréenne. Allan Anderson affirme qu’« au moins un tiers de la population chrétienne asiatique est pentecôtiste ou charismatique. Cette proportion progresse constamment » (Anderson, 2004 : 12315). Cet investissement différencié de la part de l’Église se manifeste dans la structure du Département des missions internationales de Yoido16. Plusieurs sections géographiques y coexistent, chacune d’elles étant associée à un continent, à l’exception notable de l’Asie qui est divisée en cinq aires depuis que la direction de l’Église a décidé, en 1993, de développer son prosélytisme dans la région : l’Asie du Nord-Est, la Chine du Sud, l’Asie de l’Ouest, l’Asie du Sud-Est et « l’Indochine17 ». Parmi les fidèles, ceux « qui s’attachent particulièrement à certaines régions du monde et qui veulent prier pour les missionnaires qui y travaillent », peuvent devenir membres actifs d’une de ces sections18.

    12Pourquoi voit-on une telle concentration de moyens en Asie du Sud-Est ? Quelles sont les stratégies déployées par les missionnaires envoyés de Séoul pour convertir les populations locales et implanter une Église du Plein Évangile ? Les développements ci-après analyseront les stratégies et les représentations véhiculées par cette Église pour attirer les autochtones néophytes.

    L’Église du Plein Évangile en Asie du Sud-Est et son choix d’un « pentecôtisme classique »

    13Lui-même converti par des pentecôtistes américains, Cho Yonggi s’est réapproprié le message et le mode d’essaimage social que transmettaient en particulier les missionnaires de l’Assemblée de Dieu internationale alors actifs dans les années 1950 en Corée du Sud (Kim, 2003). Dès la sortie de son école, en 1958, Cho Yonggi, le fondateur du Plein Évangile, célèbre son premier culte en tant que prédicateur sous une tente installée dans les bidonvilles de Daejodong, quartier situé au nord-ouest de Séoul. La même année, il travaille comme interprète pour les missionnaires américains John Hurston et Ralph Bird, dans leurs croisades en Corée du Sud19. De nombreuses conversions et guérisons se seraient produites durant ces croisades. Cho Yonggi, intéressé par la « guérison divine », se renseigne auprès de ces missionnaires américains sur cette pratique. Convaincu par le ministère de guérison, il se met à « prier pour les malades » avant même la fin de ces croisades (Hurston, 1994).

    14Le récit de la première guérison qu’aurait effectuée Cho Yonggi date du deuxième mois de la création de son Église (cas d’une femme paralysée depuis sept ans suite à une hémorragie cérébrale). Cet évènement est considéré comme l’élément déclencheur de la croissance de son Église. La « guérison divine » devient une pratique fréquente en son sein. La littérature publiée par l’Église relate divers récits de guérison divine effectuée par Cho Yonggi : un mendiant infirme se met à marcher, une femme souffrant du foie et de l’estomac guérit, un malentendant retrouve soudain l’audition, etc. Jusqu’en 1961, Cho Yonggi, aidé de Hurston, organise « des campagnes de guérison matin et soir ». En 1961, l’« Église de tente » compte 1 000 membres inscrits dont 600 participants au culte dominical (Kim, 2003).

    15Les pasteurs envoyés en tant que missionnaires par l’Église du plein Évangile de Yoido aux Philippines, en Indonésie et au Cambodge reprennent les moyens employés dès 1958 par le pasteur Cho Yonggi pour convertir les Coréens appauvris de l’après-guerre. Les caractéristiques du pentecôtisme dit « classique » tels que la glossolalie, la « guérison divine », « la théologie de la prospérité » étaient prônées par Cho Yonggi en Corée du Sud dans les années 1960 et 1970. Elles sont reprises aujourd’hui par ses missionnaires envoyés en Asie du Sud-Est par l’Église-mère de Séoul afin de diriger des paroisses entièrement composées de populations autochtones. Ainsi, les cultes célébrés de nos jours dans les paroisses à Medan (Indonésie), à Angeles (Philippines) et à Phnom Penh (Cambodge) en langue locale, sont d’abord marqués par la pratique de la glossolalie, le « parler en langues20 », décrit comme la manifestation concrète de l’action du Saint-Esprit sur les fidèles.

    16Dans chacune des trois situations observées en 2013, les fidèles prient à voix haute avec les bras levés et créent une ambiance émotionnelle. Cette dernière est accentuée par les instruments de musique comme le piano, la guitare ou les percussions qui accompagnent la prière. La pratique du langage du Saint-Esprit procure aux fidèles philippins, indonésiens et cambodgiens, notamment les plus pauvres et les plus marginalisés de la société – femmes de ménages ou prostituées, chauffeurs de tuk-tuk, etc. – un sentiment de dignité ou même de supériorité en leur permettant de se distinguer spirituellement des autres personnes se trouvant dans la même situation ou même bénéficiant d’une plus grande aisance financière. Cela est également accentué par les miracles qu’ils pensent expérimenter au sein de leur Église. Lors du culte dominical, le pasteur coréen C. W. O. officiant à Angeles fait répéter à ses fidèles : « Nous devons faire l’expérience de Jésus-Christ. Le miracle [est pour] aujourd’hui ! » (« We have to experience Jesus Christ. Miracle today21 ! »). Certains d’entre eux disent même s’être fait soigner grâce à la seule prière du pasteur. Dans le cas de la missionnaire coréenne C. H. A. de Medan, les soins qu’elle a apportés à une jeune femme malade abandonnée par sa famille en lui administrant des médicaments importés de Corée sont interprétés par les habitants du quartier comme une « guérison divine ». Cet évènement les attire vers l’Église et les fidèles emmènent d’autres malades du quartier. Cela semble embarrasser C. H. A. qui dit « être sous pression », mais elle ne peut pas renoncer à cette « intervention de Dieu » dont l’idée séduit les néophytes indonésiens. Nous retrouvons ici la « guérison divine » telle qu’elle était pratiquée par Cho Yonggi dès la fondation de son Église22.

    17Cette dimension miraculeuse du pentecôtisme a été mise en avant en Corée dans les années 1960 et 1970. Considérée comme superstitieuse par d’autres pasteurs protestants, la pratique fait alors l’objet de critiques et est abandonnée progressivement à la fin des années 1980. Elle est aujourd’hui réutilisée par les missionnaires du Plein Évangile de l’Asie du Sud-Est qui, à leur tour, se mettent à prier pour leurs fidèles malades en leur apposant les mains. La manifestation miraculeuse de l’Esprit-Saint ne se résume d’ailleurs pas seulement à soigner les malades. Les fidèles peuvent expérimenter la présence de l’Esprit-Saint également dans leur vie quotidienne. Les sermons des pasteurs de Medan, d’Angeles et de Phnom Penh sont centrés également sur la réussite matérielle que méritent les croyants et que Dieu permet d’obtenir, ici et maintenant. Ils mettent ainsi l’accent sur le courant théologique, appelé « théologie de la prospérité », créé aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, dont le principal prédicateur fut Oral Roberts23. Ils la présentent comme une doctrine selon laquelle tout chrétien aurait acquis le droit, dans cette vie et dans ce monde, à une parfaite santé physique, à la prospérité matérielle et à une vie heureuse, libérée de la souffrance et des méfaits du diable. De plus, Dieu aurait promis ces bénédictions à l’ensemble des croyants. Il reviendrait alors au chrétien d’en prendre possession (Mariano, 1999 ; Oro, 2004). En mettant l’accent sur cette générosité de Dieu, le pasteur C. W. O. d’Angeles crie à plusieurs reprises pendant le culte « Notre Dieu est un bon Dieu. » (« Our God is good God. ») Et les fidèles répètent à haute voix : « Dieu est bon tout le temps » (« God is good, all the time »).

    18Cette interprétation de la « théologie de la prospérité » qui se trouvait, en Corée, au cœur de la doctrine de l’Église du Plein Évangile au moment où le pays connaissait une très forte urbanisation, constitue toujours le corps principal des messages délivrés par les missionnaires pentecôtistes coréens en Asie du Sud-Est. Ainsi, les problèmes du quotidien comme la pauvreté et le chômage sont présentés comme pouvant se résoudre par le salut. Les missionnaires s’adressent aux populations les plus pauvres et les plus marginalisées afin de se présenter comme des bienfaiteurs et de ne pas irriter les autorités locales. Cette nouvelle façon de croire, « efficace » pour résoudre des problèmes de la vie quotidienne, convient bien aux plus démunis de la société car elle leur offre « une nouvelle vision du monde » et une nouvelle représentation du possible et du pensable puisqu’avec Jésus « tout est possible » (Corten et Mary, 2000).

    19Le pentecôtisme prôné par cette Église se prétend différent des religions dites « traditionnelles » comme l’islam en Malaisie et en Indonésie, le bouddhisme en Thaïlande et au Cambodge ou le catholicisme aux Philippines (Suico, 2005 ; Jeong, 2005). Face à ces dernières, qui sont d’abord considérées par certains comme un élément culturel et historique, le pentecôtisme se présente comme une autre voie, une revitalisation de la foi permettant de s’attribuer une identité particulière. La valeur de leur religion traditionnelle est ainsi mise en question par une pratique religieuse censée leur apporter des solutions hic et nunc. Cependant, les convertis n’ont pas besoin de rompre complètement avec les coutumes traditionnelles. Les missionnaires se montrent tolérants envers les cultes présents dans le pays en les considérant comme des expressions culturelles ou relevant de la tradition.

    20Le pasteur S. H. de Phnom Penh ne demande pas, par exemple, de supprimer le petit autel bouddhique que les convertis cambodgiens possèdent à l’entrée de chez eux. Il considère que cela fait partie de leur culture et qu’ils l’enlèveront naturellement par eux-mêmes, le moment venu. Il reconnaît toutefois que la conversion complète des locaux n’est pas une tâche facile lorsque celui-ci affirme que « c’est facile de croire en Dieu. Ce qui est difficile est de ne croire qu’en Dieu sans honorer Bouddha24 ». Les populations locales peuvent ainsi devenir pentecôtistes tout en restant elles-mêmes ou, tout au moins, sans qu’on leur demande de rompre immédiatement le lien avec leurs ancêtres. Au contraire, les convertis d’origine sud-est asiatique peuvent continuer certaines pratiques liées à l’agir divin ou à la manifestation du Saint-Esprit dans le cadre d’une religion dite « moderne », comme l’ont fait les Coréens avec des pratiques interprétées comme relevant d’une forme de chamanisme ou de traditions en partie détachées de leurs origines bouddhiques. Même s’il n’emprunte pas directement les traits du « chamanisme coréen », des similitudes entre le pentecôtisme et ce dernier – comme la recherche d’une « guérison divine » – ont pu ainsi faciliter la conversion des Coréens (Canda, 1989 ; Kim, 2011).

    21Cependant, ce mouvement de conversions ne peut être compris qu’en prenant en compte les conditions matérielles du développement de cette Église en Asie du Sud-Est. Qu’apporte concrètement cette « théologie de la prospérité » aux convertis indonésiens, philippins ou indonésiens ? Cette Église coréenne améliore-t-elle leur vie ou bien leur apporte-t-elle simplement des motifs d’espoir ?

    ◆ Réinterprétation coréenne de la « théologie de la prospérité »

    22Une fois arrivés sur le lieu de leur nouvelle expatriation, les missionnaires coréens ne se mettent pas tout de suite à évangéliser la population locale. Durant leurs premières années dans le pays, ils en apprennent en premier lieu la langue, rencontrent les populations locales et en évaluent leurs besoins matériels, les conflits possibles et les possibilités d’implantation. Les missionnaires coréens commencent dès lors à aider les populations en leur fournissant de la nourriture, des habits, et parfois même de l’argent en espèces qu’ils obtiennent des subventions de coreligionnaires vivant à Séoul. Ces subventions proviennent de dons personnels ou collectifs en provenance des paroisses auxquelles les missionnaires sont affiliés, mais aussi directement de dons du siège de l’Église du Plein Évangile, gérés par le Département des missions internationales avec l’accord de Cho Yonggi. Par ce processus de socialisation, les missionnaires coréens rencontrés créent des relations sociales de proximité et de dépendance avec les habitants de leur quartier. Dans un laps de temps assez court, ils parviennent à connaître progressivement la situation familiale, financière et les préoccupations des populations locales qu’ils côtoient. Ils leur proposent alors de prier pour ces dernières en proclamant que « Jésus peut résoudre même ces problèmes-là, d’ordre matériel. » Puis ils commencent à organiser des réunions de prière et à célébrer des cultes chez eux ou chez les locaux. C’est ainsi qu’ils constituent peu à peu des « cellules de maison » qui deviendront plus tard la structure de base de l’Église du Plein Évangile dans chaque ville.

    23Chaque membre de l’Église forme une « cellule » avec d’autres habitants des quartiers proches. Ils se réunissent régulièrement pour célébrer un culte chez l’un d’eux. Ce système mis en place par Cho Yonggi en Corée du Sud dès 1964 facilite la conversion par un ancrage très local de même que la gestion de fidèles grâce à une structure pyramidale permettant au pasteur d’être informé de toutes les situations (Cho, 1981 et 1989). La « cellule de maison » a été adoptée plus tard non seulement par d’autres églises protestantes coréennes, mais aussi par des églises étrangères25. Selon la stratégie de conversion mise en place, un tel regroupement en « cellule de maison » facilite l’encadrement des membres, la conversion de nouveaux croyants et leur fidélisation. Qui plus est, les responsables locaux d’une « cellule de maison » sont tenus de connaître les difficultés matérielles et de percer les souffrances psychologiques d’ordre personnel ou familial de leurs membres et de leurs voisins pour leur venir en aide et, finalement, les convertir.

    24Une telle organisation sociale et la stratégie de conversion qu’elle sous-tend sont censées perdurer une fois l’Église locale installée. L’Église crée ainsi un encadrement de nature quasi-familiale de ses fidèles en les réunissant régulièrement en petits comités. Ces derniers sont encouragés à participer à des cultes plusieurs fois par semaine, si bien que leur vie sociale s’organise peu à peu autour de leur Église. Ils s’intègrent ainsi dans un nouveau type de communautés. Par ailleurs, ils peuvent obtenir au sein de cette dernière une certaine position en devenant le responsable de sa « cellule de maison » ou même diacre. Par exemple, le pasteur C. W. O. d’Angeles met en relation les enfants des membres de son Église avec les fidèles de l’Église du Plein Évangile de Séoul qui les subventionnent à travers l’ONG Good People26. Il était d’ailleurs arrivé dans cette ville en 2009 en tant que directeur d’antenne de cette ONG, fonction qu’il assure encore aujourd’hui et qu’il cumule avec la direction de son Église.

    25Ces parrains ou marraines coréens (Humeau, 2009) aident des enfants philippins en leur envoyant de l’argent ou du matériel tous les mois. Ce parrainage, qui était auparavant réservé aux enfants de l’Église, est ouvert également aux autres. Cela permet aux missionnaires de se rendre dans des écoles pour distribuer des objets reçus de Corée ou achetés avec les subsides reçus de Séoul, ce qui facilite la conversion d’enfants qui viendront plus tard à l’Église avec leurs parents. Le pasteur C. W. O. sollicite même un coreligionnaire américain de la ville pour qu’il vienne donner des cours d’anglais gratuitement aux enfants de son Église. La femme pasteur C. A., quant à elle, finance les études de théologie de six jeunes venus de la campagne et les loge au rez-de-chaussée de la paroisse. Ces jeunes Batak ont migré récemment à Medan en provenance de montagnes reculées proches du lac Toba où les populations ont été partiellement converties au protestantisme au xixe siècle. Elle espère ainsi former de futurs prédicateurs locaux qui pourront convertir à leur tour les locaux de cette région. Elle garde gratuitement les enfants de ses fidèles dans une école maternelle qu’elle a créée au sein de son église. Il en va de même pour le pasteur S. H. de Phnom Penh. Les enfants de fidèles sont accueillis dans les écoles maternelle et élémentaire qu’il a ouvertes.

    26La fondation de ces établissements, qui facilite par ailleurs l’implantation de l’Église au nom de l’ONG Good People ou d’une école (comme l’École maternelle Emmanuelle à Phnom Penh), donne du travail directement à ses fidèles. L’Église les engage comme chauffeurs, gardiens et même, après avoir assuré leur formation, instituteurs et prédicateurs. L’Église du Plein Évangile en Asie du Sud-Est offre ainsi aux fidèles des moyens plus concrets de parvenir à leurs fins. Par exemple, le cours de langue coréenne, donné par les missionnaires au début de l’établissement de leur paroisse, peut constituer un atout pour les fidèles. Il leur permet de travailler auprès des expatriés coréens. Ils peuvent même parfois aller travailler dans les entreprises coréennes implantées dans le pays.

    27En véhiculant ainsi les symboles du pentecôtisme classique, tels que la glossolalie, la guérison divine et la théologie de la prospérité auprès de la population rurale, et en fournissant des services sociaux pas ou peu pris en charge par le pays hôte, l’Église du Plein Évangile attire les populations d’Asie du Sud-Est qui viennent obtenir les « bienfaits » de retombées économiques qu’elles ne trouvent pas ailleurs. « Nous accomplissons le travail que les locaux ne peuvent pas faire », exprime clairement le missionnaire S. H. œuvrant au Cambodge. Ce prosélytisme qui s’appuie sur la mise en place d’actions sociales est par ailleurs accompagné et même facilité par un discours idéologique qui insiste sur la présentation du cas de la Corée du Sud comme un modèle de développement transposable en Asie du Sud-Est. Les Coréens insistent sur la situation de leur pays dans les années 1950, semblable en de nombreux points à celle de l’Asie du Sud-Est d’aujourd’hui, après l’expérience de la colonisation, le traumatisme de la guerre et la pauvreté au sortir de la guerre de Corée.

    28Dans le cas du Cambodge, la situation de ce pays en l’an 2000 est explicitement comparée par le missionnaire S. H. à la Corée du Sud des années 1960, statistiques à l’appui27, pour susciter un discours théologique approprié. Ce même missionnaire s’exprime à ce propos en des termes sans équivoque :

    « La Corée du Sud a connu également la guerre civile. Elle était alors un pays encore plus pauvre que le Cambodge. Mais regardez comme elle est devenue riche aujourd’hui. C’est parce qu’ils croient en Dieu grâce aux Américains qui leur ont prêché les paroles de Dieu28. »

    « Puisque l’Évangile [le gospel] est entré dans ce pays, je suis confiant que le Cambodge s’enrichira comme a fait la Corée du Sud. La volonté de Dieu consiste à faire disparaître les pauvres sur la Terre29. »

    29Des représentations similaires sont véhiculées par les sermons du pasteur C. H. A. en Indonésie :

    « Il faut que les Indonésiens croient en Dieu, comme nous l’avons fait nous, les Coréens. C’est ainsi qu’ils peuvent devenir riches30. »

    30Les missionnaires relèvent ainsi ce qui, dans le passé de la Corée du Sud, pourrait rappeler à leurs fidèles sud-est asiatiques ce qu’ils ont eux-mêmes vécu. Ils évoquent effectivement dans leurs prêches la présence des « intermédiaires spirituels », c’est-à-dire les missionnaires américains, lesquels sont présentés comme ayant permis à la Corée de s’en sortir, de connaître une prospérité économique et le salut des âmes. Les missionnaires se proposent de jouer le même rôle au Cambodge, aux Philippines, en Indonésie, en Malaisie et en Thaïlande. L’Église du Plein Évangile cherche à incarner la réussite d’une Corée du Sud ayant surmonté un sombre passé marqué par la colonisation japonaise, la guerre civile puis une dictature militaire. Elle est présentée comme étant parvenue à devenir, malgré tout, un pays développé « au quinzième rang des puissances mondiales en termes de PIB par habitant », comme se plaisent à le répéter les missionnaires.

    31Cette représentation de la Corée oscille ainsi entre son image d’antan, à laquelle les Sud-Est asiatiques peuvent s’identifier, et celle du présent à partir de laquelle ils peuvent espérer un avenir meilleur. Le message est donc que le Cambodge, les Philippines et l’Indonésie dans quelques années pourraient devenir comme la Corée d’aujourd’hui. Ces discours sur la réussite économique de la Corée du Sud se concrétisent par ailleurs à travers différents types d’aides qui proviennent de Séoul. En fonction des besoins de chaque paroisse, les Églises du Plein Évangile en Asie du Sud-Est reçoivent des financements de Corée plus ou moins importants, permettant de mieux équiper une salle de culte (air-conditionné, instruments de musique, ordinateurs), une école (bureaux, chaises, tableaux noirs), voire même de construire un édifice comme cela a été le cas à Phnom Penh et à Medan. Ces « offrandes pour la mission » peuvent provenir d’un ou plusieurs membres particuliers de l’Église du Plein Évangile de Séoul. Ainsi, l’implantation de paroisses indigènes ne se limite pas à l’activité locale d’un missionnaire particulier. Au contraire, elle est étroitement liée au fonctionnement général de l’Église-mère à Séoul et a un impact important sur celle-ci. La création d’une telle antenne à l’étranger implique des milliers de fidèles nationaux appelés à participer sous différentes formes à un même projet missionnaire. Elle accompagne l’évolution de la foi des fidèles coréens.

    ◆ Le salut par l’internationalisation des actions sociales

    32L’Église du Plein Évangile a développé plusieurs façons de s’impliquer dans ces missions. Ce dispositif permet de mobiliser les fidèles de Séoul et de donner une meilleure visibilité à cette démarche prosélyte. Dans ce cadre, l’Église pentecôtiste coréenne envoie plusieurs fois par an des équipes de « missions temporaires » (단기선교, tankisŏnkyo) dans les paroisses. Il s’agit d’une structure réservée aux fidèles laïcs du Plein Évangile vivant en Corée. Cette pratique s’est multipliée en Corée, plus particulièrement en direction de l’Asie du Sud-Est. Les équipes peuvent être constituées de différentes catégories de fidèles (homme ou femme) et de tout âge, impliquant par exemple des lycéens ou comme des personnes du troisième âge. Les étudiants, majoritaires, profitent de la période des vacances scolaires pour partir à l’étranger. Leur séjour, principalement organisé dans des pays en Asie du Sud-Est en raison d’une proximité géographique, dure de quelques jours à quelques semaines. Cette mission rencontre beaucoup de succès, même si les fidèles doivent partir à leur frais. Étant donné le nombre croissant de candidats, l’Église effectue une sélection parmi les volontaires. Les fidèles choisis doivent ensuite suivre une formation de plusieurs mois. Par exemple, H. K. W., membre de l’Église du Plein Évangile de Séoul, qui dirigeait une équipe de la « mission temporaire », s’est préparé à partir du mois de juin pour venir à Phnom Penh au mois d’août :

    « Ceux qui partent à l’étranger pour une mission se préparent deux, trois, parfois cinq mois à l’avance. Ils apprennent la langue du pays, même si cela se réduit à quelques expressions basiques, et font beaucoup de répétitions de chants de gospel31. »

    33Le Pentecostal Missionary Training Institute (PMTI) propose, en fait, plusieurs programmes rassemblés sous la dénomination de Full Gospel Missionary Training Course (FMTC32). Ils visent différentes catégories de personnes et impliquent aussi bien la formation de missionnaires en activité voulant être mutés dans ces pays pour travailler auprès des autochtones, que celle de missionnaires confirmés, de stagiaires étudiant la théologie ou encore de missionnaires laïcs que l’on appelle en coréen p’yŏngsindo sŏnkyosa (평신도선교사). La traduction littérale de cette appellation nous fait comprendre ce que cette fonction peut impliquer pour les fidèles. Le mot p’yŏngsindo, qui précède sŏnkyosa (« missionnaire »), désigne en effet un membre de l’Église sans statut religieux particulier, tels un diacre ou un ancien.

    34Les équipes de « missions temporaires », évoluant en groupes et composées de membres d’âges différents, convoient les dons en matériel du Département des missions internationales de l’Église-mère destinés à la section « Indochine ». En fonction de la composition des membres de l’équipe, constituée de sept ou dix personnes, leur travail consiste à distribuer des repas gratuits, offrir des services médicaux et des soins liés à l’hygiène, délivrer des biens de première nécessité, réparer ou construire des églises. Ces nouvelles activités mises en place dans les années 1990 par l’Église du Plein Évangile deviennent une sorte de pratique religieuse par laquelle les fidèles participent massivement.

    « Notre pasteur essaie de mobiliser le plus grand nombre de fidèles pour la “mission temporaire”. J’ai l’impression que 80 % des fidèles de notre Église partent au moins une fois dans l’année dans ce cadre-là33. »

    35Quel modèle de prosélytisme et de solidarité intra-pentecôtiste ces « missions temporaires » mettent-elles en action ?

    36Certains fidèles consacrent chaque année toutes leurs vacances à une œuvre missionnaire qui se traduit par une implication bénévole dans des actions sociales. Les pentecôtistes coréens ne s’intéressent plus seulement à la satisfaction de leurs demandes individuelles, comme cela était le cas jusqu’aux années 1990 dans le cadre du pentecôtisme classique, ils souhaitent plutôt contribuer à l’amélioration du monde en liant conviction religieuse et action sociale. Ce qu’ils peuvent faire au travers des évènements que l’Église organise sur le sol coréen, mais aussi, et de manière plus marquante, en partant à leurs frais dans des pays en voie de développement. Le travail des missionnaires occasionnels laïcs et la participation à la « mission temporaire » sont regroupés au sein de programmes qui attirent des fidèles financièrement aisés. En effet, l’Église ne finance ni leur travail ni leur formation. Ceux qui y participent se retrouvent alors en situation d’aider des populations démunies en leur donnant directement des biens matériels, mais aussi spirituels, c’est-à-dire en prêchant leur foi. Ces deux actions se rejoignent lors de la « mission temporaire » conçue par l’Église du Plein Évangile. Or, l’attitude de certains fidèles participants et des missionnaires en Asie du Sud-Est amène à interroger la nature de leurs actions. Ces « missions temporaires » organisées par l’Église du Plein Évangile en Asie du Sud-Est ne seraient-elles finalement pas surtout destinées à renforcer, à travers de tels séjours, la foi des fidèles séoulites ?

    37Les aides financières ou matérielles qui proviennent de Corée sont, certes, bénéfiques aux paroisses du Plein Évangile en Asie du Sud-Est. Cependant l’arrivée des équipes de la « mission temporaire » semble constituer un fardeau pour certains missionnaires implantés en Asie du Sud-Est qui doivent, dès lors, loger les participants, les accompagner dans leurs déplacements et même leur trouver des missions. Le pasteur S. H. de Phnom Penh, par exemple, est contraint d’annuler quelques cours de l’école maternelle établie au sein de son église pour laisser les Coréens de passage jouer avec les enfants, leur distribuer les petits gâteaux et les cadeaux qu’ils ont apportés. De plus, le terrain missionnaire ponctuel (en général quelques semaines) de ces Coréens ne vise pas vraiment l’évangélisation des populations locales. Certes leurs prières sont orientées vers la conversion des populations locales et l’amélioration de leur condition de vie, mais cela se concrétise peu dans leurs activités. Ces pentecôtistes coréens en « mission de courte durée » dans les églises locales consacrent en effet la majeure partie de leur temps à partager ensemble leurs préoccupations personnelles, comme la réussite scolaire de leurs enfants, le succès professionnel de leur mari ou leur propre promotion au travail ; leur prière collective est donc principalement mobilisée autour de ces sujets et la conversion des locaux ne semble pas être leur objectif premier34. Le pasteur C. H. C., qui était longtemps chargé de l’envoi des jeunes dans le cadre de « missions temporaires », est explicite sur l’intention réelle de ces voyages :

    « Ce n’est pas grave si on ne voit pas de résultat [de l’évangélisation] immédiatement. De toute manière, ce qui compte vraiment, c’est d’augmenter la foi des fidèles [coréens] qui partent en mission. Il arrive souvent qu’ils soient plus motivés par les activités de l’Église au retour de leur voyage d’évangélisation à l’étranger. En fait, c’est la raison pour laquelle on les organise35. »

    38Ce dispositif donne lieu à de nouvelles pratiques religieuses, à une nouvelle manière de croire et faire-croire pour les pentecôtistes coréens. Afin de mieux comprendre son importance, il faut prêter attention au moment où l’Église du Plein Évangile a commencé à convertir des étrangers. Ce revirement s’est produit dans les années 1990 alors que s’affirmaient clairement un changement de doctrine et une mue vers le « néo-pentecôtisme ». Si le pentecôtisme classique s’inscrit dans un processus d’urbanisation de la Corée – lorsque les gens ont eu besoin d’une nouvelle communauté –, le « néo-pentecôtisme » ou le pentecôtisme de la « troisième vague » (pour reprendre l’expression de Paul Freston, 1999), quant à lui, apparaît au cours d’une deuxième période d’urbanisation. Les églises « néo-pentecôtistes » « n’accueillent alors plus seulement des gens des milieux socio-économiques défavorisés » lors de la première phase d’urbanisation (Corten et Mary, 2000), mais s’ouvrent aux classes économiques moyennes et supérieures. Si les pentecôtistes traditionnels ont peur d’un « monde extérieur » qui serait sous l’emprise du Mal, les « néo-pentecôtistes » sont censés lutter en revanche contre les forces des ténèbres en s’engageant dans ce monde. Ainsi, l’Église du Plein Évangile, qui était auparavant celle des marginalisés du pays, est désormais institutionnalisée dans une Corée du Sud modernisée. Elle se montre alors de plus en plus engagée dans les programmes d’assistance sociale en Corée comme à l’étranger. Les fidèles coréens sont en ce sens appelés à changer le « monde » ; et participer à des actions sociales est une manière de concrétiser un tel engagement. C’est pourquoi, si l’on peut s’interroger sur les perspectives réelles du développement de cette Église dans ces pays, il ne fait pas de doute que la simple présence de ces paroisses locales permet à l’Église-mère de mobiliser ses fidèles coréens en leur donnant l’impression de participer à un grand mouvement de prosélytisme. Plus que l’efficacité du travail des missionnaires, difficile à évaluer, c’est sa mise en scène qui est cruciale pour le développement de l’Église du Plein Évangile.

    39Dans ce domaine, les actions entreprises en dehors des frontières nationales sont directement orchestrées par la direction de l’Église en vue de son expansion dans les pays en voie de développement. C’est dans ce contexte que les jeunes pasteurs de l’Église du Plein Évangile sont mutés en Asie du Sud-Est. Depuis les années 1990, au sein du réseau de cette Église à l’échelle internationale, le pentecôtisme classique et le « néo-pentecôtisme » coexistent. Cette coexistence de différents stades du pentecôtisme au sein d’une même structure, au sein de l’Église-mère et dans ses paroisses sud-est asiatiques, permet de satisfaire mutuellement les besoins des uns et des autres. L’Église de Séoul peut donc nourrir le néo-pentecôtisme de ses fidèles grâce à l’existence des paroisses en Asie du Sud-Est ; les fidèles de ces dernières bénéficient, en retour, des services sociaux et économiques de la première. L’Église de Yoido met alors en place toute une gamme de programmes qui permettent à ses fidèles de participer à des actions missionnaires.

    40On l’a vu, le succès et l’expansion des paroisses de convertis autochtones ne constituent pas le souci principal du Plein Évangile. Au contraire, le maintien d’une certaine précarité peut être recherché par les missionnaires et pasteurs coréens car si les paroisses ne sont pas suffisamment développées, cela sera alors l’occasion de demander aux fidèles de s’impliquer encore davantage depuis Séoul dans leurs travaux missionnaires et en particulier à travers leurs dons. De même, ce qui importe le plus pour les fidèles dans ces séjours à l’étranger est leur capacité de nourrir un imaginaire et une foi en la théologie de la prospérité, véhiculée par leur Église et relayée par le discours quasi-messianique des pentecôtistes sud-coréens. Dans ce sens, les membres de la section de l’Asie du Sud-Est et de « l’Indochine » du Département des missions internationales disent se réunir une fois par semaine pour prier pour les missionnaires, réfléchir à leurs besoins et aux aides qu’ils peuvent leur apporter. Un ancien, membre de la section Asie du Sud-Est, affirme :

    « Même si je restais à Séoul, voir d’autres fidèles partir faisait que je me sentais récompensé. J’étais heureux de pouvoir participer à la mission en tant que donateur36. »

    41Fait intéressant : entre les fidèles qui partent s’instaure une sorte de mise en concurrence en termes d’investissements dans les missions. Le nom des donateurs gravé sur l’édifice d’une église au Cambodge ou en Indonésie motive les autres fidèles coréens qui la visitent lors de leur mission. « Je me suis dit : “Si je gagne beaucoup d’argent, je ferais comme le diacre qui a financé la construction d’une église en Malaisie” », témoigne un fidèle cinquantenaire, qui était en visite au Cambodge en se souvenant de sa mission en Malaisie. Ainsi, la présence des paroisses dans différents pays incite les fidèles coréens à mieux s’impliquer auprès de leur Église. Celles-ci jouent un rôle fondamental dans l’organisation de l’ensemble de l’Église en nourrissant une dynamique endogène. Elles contribuent certes à l’expansion de l’Église dans le monde, mais elles constituent également, et surtout, un élément indispensable à la perpétuation de l’Église-mère et à l’affirmation de son « néo-pentecôtisme ». C’est pourquoi l’Église de Yoido s’efforce-t-elle d’étendre sa présence dans des pays dits « non atteints » par le protestantisme.

    42Le mouvement de conversion amorcé par cette Église en Asie du Sud-Est s’appuie sur l’image et sur le message portés par le pentecôtisme coréen, mais aussi, plus généralement, sur l’attirance que suscite la Corée du Sud. L’analyse des moyens mobilisés par l’Église du Plein Évangile en vue de s’implanter en Asie du Sud-Est a montré comment cette organisation s’adresse aux populations locales en développant des actions sociales. Elle met en avant la réussite du pentecôtisme et de ses fidèles, en l’assimilant à la trajectoire du pays tout entier. C’est aussi l’histoire de la Corée du Sud de l’après-guerre qu’elle propose comme modèle et qu’elle souhaite incarner. Ainsi, l’Église – à l’image du pays – s’est fait auparavant aider, mais aujourd’hui c’est elle qui propose de sauver les autres en leur apportant des biens matériels et spirituels. Cette recherche d’une modernité spécifique semble être d’autant plus appréciée dans le Sud-Est asiatique qu’elle est mise en avant par un ancien pays du « Sud » (ou en voie de développement), comme eux, devenu un pays du « Nord » (ou développé). Il n’est pas très étonnant que cette représentation de la Corée du Sud, prenant la forme d’une communauté de destin, soit souvent reçue positivement. Peu étonnant non plus le fait que la Corée soit vue comme une alternative aux modèles chinois et japonais, dans une partie du monde où tous les pays, à l’exception de la Thaïlande, ont été colonisés au xixe siècle par les puissances occidentales et occupés par l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. En devenant membre du Plein Évangile, les populations du Sud-Est asiatique adhèrent à la vision du futur que les pentecôtistes coréens donnent à voir en insistant sur les opportunités économiques concrètes et sur la prospérité de leur pays d’origine. Cette affinité internationale et intra-asiatique permet d’expliquer, certainement, la raison pour laquelle l’Église du Plein Évangile rencontre plus de succès auprès des populations locales en Asie du Sud-Est que nulle part ailleurs.

    Notes de bas de page

    1Cette étude de l’influence pentecôtiste sud-coréenne en Asie du Sud-Est est fondée sur une analyse de terrain multi-située commencée par une première recherche sur l’Église du Plein Évangile en Corée et en Europe au début des années 2000, puis poursuivie par l’étude de son internationalisation en Asie du Sud-Est (Cambodge, Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande). Ces recherches ont constitué la base de mon doctorat en sociologie soutenu à l’EHESS et publié sous le titre : Le « pentecôtisme coréen » à l’épreuve de la transnationalisation : le cas de l’Église de Cho Yonggi (L’Harmattan, 2016). Une bourse de l’IRASEC, m’a permis d’effectuer une mission de recherche en Asie du Sud-Est dont les premiers résultats ont donné lieu à une publication plus générale sur la présence coréenne dans cette région : Le Soft power sud-coréen en Asie du Sud-Est : Une théologie de la prospérité en action (« Les Carnets de l’Irasec », 2014).

    2Par souci de lisibilité, le vocable « coréen » a été préféré dans ce chapitre à celui de « sud-coréen ».

    3Association des Nations d’Asie du Sud-Est.

    4Voir également la thèse d’Arnaud Leveau, soutenue en juin 2012 à École normale supérieure de Lyon et intitulée : « Les relations de la Corée du Sud avec les pays d’Asie du Sud-Est : quelle stratégie pour une puissance moyenne ? »

    5Il est difficile de vérifier l’exactitude de ces chiffres, mais il s’agit des données publiées par la plus grande association des missionnaires de Corée ([www.kwma.org/]).

    6Chiffres donnés par l’Église elle-même. Ce chiffre de 780 000 fidèles est également mentionné par le journal Christian Today publié en Corée en juillet 2010 et n’est pas contesté par les autres Églises.

    7Fondée en 1914 dans l’Arkansas, l’Assemblée de Dieu est démographiquement l’une des plus grandes dénominations pentecôtistes d’origine américaine (Blumhofer 1993), présente sur tous les continents.

    81er septembre 2008, Kukminilbo (le quotidien créé par l’Église du Plein Évangile).

    9Cette appellation date de 1996. Les deux premières années de sa création, l’institut s’appelle Missionary Training Institute (MTI).

    10The Full Gospel Family Newspaper, 22 novembre 2002.

    11The Full Gospel Family Newspaper et Kukminilbo, op. cit.

    12L’ensemble des parcours et des récits de vie des pasteurs de l’Église du Plein Évangile travaillant en Asie du Sud-Est provient des entretiens effectués dans leur église même entre avril et août 2012.

    13Le siège de cette Église se situe à Yoido, au cœur du quartier des affaires de Séoul près de l’Assemblée nationale. C’est pourquoi l’Église-mère est appelée l’Église du Plein Évangile de Yoido. Cho Yonggi, bien qu’ayant pris officiellement sa retraite, est encore aujourd’hui le dirigeant principal de l’Église, et tout particulièrement de ses missions internationales.

    14Les chiffres, publiés par l’Église, ne concernent que les missionnaires envoyés par l’Église du Plein Évangile et qui en dépendent directement. Ces missionnaires se différencient de ceux qui partent au nom de l’Assemblée de Dieu de Corée. Il est difficile de vérifier l’existence de toutes les paroisses établies par ces pasteurs et l’exactitude de ces données. D’après mon travail sur celles établies aux Philippines, en Indonésie et au Cambodge, ils paraissent cependant assez fiables. En dehors des pays où j’ai effectué une étude de terrain, je n’ai recensé que les missionnaires dont les activités peuvent être prouvées par des photos ou des rapports internes à l’Église. Il peut donc y avoir des manques mais l’analyse critique de ces sources est la seule manière d’avoir une vision globale des activités missionnaires.

    15Cependant, il ne s’agit pas de l’unique région au monde où le pentecôtisme bénéficie d’une bonne réception. C’est également le cas en Amérique Latine et en Afrique sub-saharienne (Corten et Mary, 2000 ; Corten, 1995 ; Freston, 2001).

    16Organisme responsable de la gestion des missionnaires créé en 1975 et toujours dirigé par le fondateur de l’Église, Cho Yonggi.

    17Le Viêt Nam, le Cambodge, le Laos et le Myanmar sont classés, selon l’Église du Plein Évangile, dans la section « Indochine », alors que les pays suivants font partis de la section « Asie du Sud-Est » : Thaïlande, Singapour, Malaisie, Indonésie, Philippines.

    18Entretien avec le pasteur K. K. Y. dans son bureau à Séoul, le mercredi 17 août 2005.

    19Ralph Bird est le pasteur fondateur de l’église Faith Memorial Church à Atlanta en Géorgie. John Hurston est un missionnaire de l’Assemblée de Dieu américaine. Bird et Hurston étaient déjà dans la même équipe de « Global Conquest » au Libéria avant de venir en Corée du Sud. « Global Conquest » est un programme d’évangélisation entreprise par la Division des missions étrangères des Assemblées de Dieu (McGee, 1990).

    20La glossolalie ou « parler en langues » est une manière de prier en émettant des séquences de sons incompréhensibles, considérées comme le langage du Saint-Esprit qu’auraient reçu les Apôtres (de Jésus) le jour de la Pentecôte (Corten, 1995 ; Willaime, 1999).

    21Extrait du culte du 22 avril 2012.

    22Les publications de l’Église relatent divers récits de guérison effectuée par Cho Yonggi en les présentant comme la clé de la croissance rapide de son Église dans les années 1960 et 1970 (Choi, 1986 ; Kim, 2003).

    23Granville Oral Roberts (1918-2009) est un télévangéliste américain et fondateur de l’Oral Roberts University ainsi que de l’Oral Roberts Evangelistic Association. La pratique de la « guérison divine » était la clé de la réussite de son Église (Harrell, 1985 ; Roberts, 1995).

    24Extrait du sermon du missionnaire coréen S. H. du 19 août 2012.

    25On peut citer l’exemple de l’Église des théocrates au Chili. Cette Église fait partie d’un cercle de mouvements religieux pentecôtistes qui suscite depuis une vingtaine d’années en Amérique latine l’adhésion de milliers de personnes provenant des catégories aisées de la population des grandes villes (Colonomos, 1995).

    26L’ONG Good People, créée par Cho Yonggi en 1999 avec le soutien de fidèles chefs d’entreprises, se charge d’aider les handicapés et les personnes en difficultés financières ou physiques en Corée et à l’étranger.

    27Le PIB par habitant du Cambodge aujourd’hui (180 dollars US) étant comparé à celui de la Corée des années 1960 (155 dollars US). Même s’il existe un écart entre valeurs constante et courante, celui-ci ne remet pas en cause la démonstration.

    28Extrait du sermon du missionnaire S. H. du 5 août 2012.

    29Extrait du sermon du missionnaire S. H. du 19 août 2012.

    30C. H. A. lors de l’entretien du 29 juillet 2012.

    31H. K. W., 32 ans, célibataire, ingénieur, interviewée le 14 août 2012 à Phnom Penh.

    32L’intitulé de cette formation date d’octobre 2009. La précédente était Pentecostal Missionary Training Course (PMTC). Ce changement de nom serait lié à la volonté de l’Église de mettre l’accent sur la participation des fidèles à la formation.

    33Entretien avec l’ingénieur H. K. W, idem.

    34Il s’agit des données obtenues lors de mon enquête de terrain au Cambodge, en Indonésie et aux Philippines en 2012. J’ai recueilli des récits dans différents pays et j’ai particulièrement suivi une équipe de mission temporaire venue au Cambodge en août pendant toute la durée de leur séjour, à savoir une semaine.

    35Extrait de l’entretien du Pasteur C. H. C. de l’Église du Plein Évangile de Paris, effectué en mars 2008.

    36Entretien publié le 8 février 2009 dans The Full Gospel Familly Newspaper.

    Auteur

    • Hui-Yeon Kim

      Maître de conférences de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco, études coréennes), sociologue des religions (protestantisme coréen, migration).

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    Cohabitations pentecôtistes à Paris : désaccords missionnaires et ambiguïtés du transnational

    Hui-Yeon Kim

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    1Cette étude de l’influence pentecôtiste sud-coréenne en Asie du Sud-Est est fondée sur une analyse de terrain multi-située commencée par une première recherche sur l’Église du Plein Évangile en Corée et en Europe au début des années 2000, puis poursuivie par l’étude de son internationalisation en Asie du Sud-Est (Cambodge, Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande). Ces recherches ont constitué la base de mon doctorat en sociologie soutenu à l’EHESS et publié sous le titre : Le « pentecôtisme coréen » à l’épreuve de la transnationalisation : le cas de l’Église de Cho Yonggi (L’Harmattan, 2016). Une bourse de l’IRASEC, m’a permis d’effectuer une mission de recherche en Asie du Sud-Est dont les premiers résultats ont donné lieu à une publication plus générale sur la présence coréenne dans cette région : Le Soft power sud-coréen en Asie du Sud-Est : Une théologie de la prospérité en action (« Les Carnets de l’Irasec », 2014).

    2Par souci de lisibilité, le vocable « coréen » a été préféré dans ce chapitre à celui de « sud-coréen ».

    3Association des Nations d’Asie du Sud-Est.

    4Voir également la thèse d’Arnaud Leveau, soutenue en juin 2012 à École normale supérieure de Lyon et intitulée : « Les relations de la Corée du Sud avec les pays d’Asie du Sud-Est : quelle stratégie pour une puissance moyenne ? »

    5Il est difficile de vérifier l’exactitude de ces chiffres, mais il s’agit des données publiées par la plus grande association des missionnaires de Corée ([www.kwma.org/]).

    6Chiffres donnés par l’Église elle-même. Ce chiffre de 780 000 fidèles est également mentionné par le journal Christian Today publié en Corée en juillet 2010 et n’est pas contesté par les autres Églises.

    7Fondée en 1914 dans l’Arkansas, l’Assemblée de Dieu est démographiquement l’une des plus grandes dénominations pentecôtistes d’origine américaine (Blumhofer 1993), présente sur tous les continents.

    81er septembre 2008, Kukminilbo (le quotidien créé par l’Église du Plein Évangile).

    9Cette appellation date de 1996. Les deux premières années de sa création, l’institut s’appelle Missionary Training Institute (MTI).

    10The Full Gospel Family Newspaper, 22 novembre 2002.

    11The Full Gospel Family Newspaper et Kukminilbo, op. cit.

    12L’ensemble des parcours et des récits de vie des pasteurs de l’Église du Plein Évangile travaillant en Asie du Sud-Est provient des entretiens effectués dans leur église même entre avril et août 2012.

    13Le siège de cette Église se situe à Yoido, au cœur du quartier des affaires de Séoul près de l’Assemblée nationale. C’est pourquoi l’Église-mère est appelée l’Église du Plein Évangile de Yoido. Cho Yonggi, bien qu’ayant pris officiellement sa retraite, est encore aujourd’hui le dirigeant principal de l’Église, et tout particulièrement de ses missions internationales.

    14Les chiffres, publiés par l’Église, ne concernent que les missionnaires envoyés par l’Église du Plein Évangile et qui en dépendent directement. Ces missionnaires se différencient de ceux qui partent au nom de l’Assemblée de Dieu de Corée. Il est difficile de vérifier l’existence de toutes les paroisses établies par ces pasteurs et l’exactitude de ces données. D’après mon travail sur celles établies aux Philippines, en Indonésie et au Cambodge, ils paraissent cependant assez fiables. En dehors des pays où j’ai effectué une étude de terrain, je n’ai recensé que les missionnaires dont les activités peuvent être prouvées par des photos ou des rapports internes à l’Église. Il peut donc y avoir des manques mais l’analyse critique de ces sources est la seule manière d’avoir une vision globale des activités missionnaires.

    15Cependant, il ne s’agit pas de l’unique région au monde où le pentecôtisme bénéficie d’une bonne réception. C’est également le cas en Amérique Latine et en Afrique sub-saharienne (Corten et Mary, 2000 ; Corten, 1995 ; Freston, 2001).

    16Organisme responsable de la gestion des missionnaires créé en 1975 et toujours dirigé par le fondateur de l’Église, Cho Yonggi.

    17Le Viêt Nam, le Cambodge, le Laos et le Myanmar sont classés, selon l’Église du Plein Évangile, dans la section « Indochine », alors que les pays suivants font partis de la section « Asie du Sud-Est » : Thaïlande, Singapour, Malaisie, Indonésie, Philippines.

    18Entretien avec le pasteur K. K. Y. dans son bureau à Séoul, le mercredi 17 août 2005.

    19Ralph Bird est le pasteur fondateur de l’église Faith Memorial Church à Atlanta en Géorgie. John Hurston est un missionnaire de l’Assemblée de Dieu américaine. Bird et Hurston étaient déjà dans la même équipe de « Global Conquest » au Libéria avant de venir en Corée du Sud. « Global Conquest » est un programme d’évangélisation entreprise par la Division des missions étrangères des Assemblées de Dieu (McGee, 1990).

    20La glossolalie ou « parler en langues » est une manière de prier en émettant des séquences de sons incompréhensibles, considérées comme le langage du Saint-Esprit qu’auraient reçu les Apôtres (de Jésus) le jour de la Pentecôte (Corten, 1995 ; Willaime, 1999).

    21Extrait du culte du 22 avril 2012.

    22Les publications de l’Église relatent divers récits de guérison effectuée par Cho Yonggi en les présentant comme la clé de la croissance rapide de son Église dans les années 1960 et 1970 (Choi, 1986 ; Kim, 2003).

    23Granville Oral Roberts (1918-2009) est un télévangéliste américain et fondateur de l’Oral Roberts University ainsi que de l’Oral Roberts Evangelistic Association. La pratique de la « guérison divine » était la clé de la réussite de son Église (Harrell, 1985 ; Roberts, 1995).

    24Extrait du sermon du missionnaire coréen S. H. du 19 août 2012.

    25On peut citer l’exemple de l’Église des théocrates au Chili. Cette Église fait partie d’un cercle de mouvements religieux pentecôtistes qui suscite depuis une vingtaine d’années en Amérique latine l’adhésion de milliers de personnes provenant des catégories aisées de la population des grandes villes (Colonomos, 1995).

    26L’ONG Good People, créée par Cho Yonggi en 1999 avec le soutien de fidèles chefs d’entreprises, se charge d’aider les handicapés et les personnes en difficultés financières ou physiques en Corée et à l’étranger.

    27Le PIB par habitant du Cambodge aujourd’hui (180 dollars US) étant comparé à celui de la Corée des années 1960 (155 dollars US). Même s’il existe un écart entre valeurs constante et courante, celui-ci ne remet pas en cause la démonstration.

    28Extrait du sermon du missionnaire S. H. du 5 août 2012.

    29Extrait du sermon du missionnaire S. H. du 19 août 2012.

    30C. H. A. lors de l’entretien du 29 juillet 2012.

    31H. K. W., 32 ans, célibataire, ingénieur, interviewée le 14 août 2012 à Phnom Penh.

    32L’intitulé de cette formation date d’octobre 2009. La précédente était Pentecostal Missionary Training Course (PMTC). Ce changement de nom serait lié à la volonté de l’Église de mettre l’accent sur la participation des fidèles à la formation.

    33Entretien avec l’ingénieur H. K. W, idem.

    34Il s’agit des données obtenues lors de mon enquête de terrain au Cambodge, en Indonésie et aux Philippines en 2012. J’ai recueilli des récits dans différents pays et j’ai particulièrement suivi une équipe de mission temporaire venue au Cambodge en août pendant toute la durée de leur séjour, à savoir une semaine.

    35Extrait de l’entretien du Pasteur C. H. C. de l’Église du Plein Évangile de Paris, effectué en mars 2008.

    36Entretien publié le 8 février 2009 dans The Full Gospel Familly Newspaper.

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    Kim, H.-Y. (2016). Les pentecôtistes coréens en Asie du Sud-Est : Exporter la « théologie de la prospérité » pour assurer son propre salut. In P. Bourdeaux & J. Jammes (éds.), Chrétiens évangéliques d’Asie du Sud-Est. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14sg5
    Kim, Hui-Yeon. « Les pentecôtistes coréens en Asie du Sud-Est : Exporter la “théologie de la prospérité” pour assurer son propre salut ». In Chrétiens évangéliques d’Asie du Sud-Est, édité par Pascal Bourdeaux et Jérémy Jammes. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2016. doi:10.4000/14sg5.
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    Bourdeaux, P., & Jammes, J. (éds.). (2016). Chrétiens évangéliques d’Asie du Sud-Est. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14tk1
    Bourdeaux, Pascal, et Jérémy Jammes, éd. Chrétiens évangéliques d’Asie du Sud-Est. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2016. doi:10.4000/14tk1.
    Bourdeaux, Pascal, et Jérémy Jammes, éditeurs. Chrétiens évangéliques d’Asie du Sud-Est. Presses universitaires de Rennes, 2016, https://doi.org/10.4000/14tk1.
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