Témoignage missionnaire : le Summer Institute of Linguistics au Viêt Nam et sa présence en Asie du Sud-Est
p. 89-106
Note de l’auteur
Voir sa biographie à [www.wycliffe.org/AssetLibrary/Downloads/CameronTownsendBio.pdf].
Texte intégral
1Le Summer Institute of Linguistics (SIL) a été officiellement fondé aux États-Unis en 1942 et a commencé à s’installer en Asie du Sud-Est (Philippines) en 1953 puis dans le Pacifique (Papouasie-Nouvelle Guinée) en 1956. Dans chacun de ces pays, les membres du SIL se sont inspirés des mots de notre fondateur, William Cameron Townsend (« l’Oncle Cam »), afin de travailler dans un esprit de « service pour tous », qui englobe tous les secteurs de la société, y compris les communautés ethniques, le gouvernement, les universités et les groupes religieux.
2En ces temps d’après Seconde Guerre mondiale, ces pays luttaient pour retrouver leur équilibre et les membres du SIL étaient prêts à offrir toute l’aide pratique du mieux qu’ils pouvaient. Quelques bénévoles du SIL avaient eux-mêmes auparavant servi dans l’armée en Asie et dans le Pacifique, et étaient heureux de pouvoir « briser leurs épées pour en faire des socs » (beat their swords into plowshares) et ainsi aider à la construction de la paix.
3Le travail du SIL commença avec l’expérience de W. C. Townsend (1896-1982 1) au milieu des Indiens cakchiquel [ou kaqchikel, groupe de langue maya] au Guatemala entre 1917 et 1919. Son objectif principal était d’instaurer une communication avec eux qui se ferait à travers leur propre langue et culture, ses efforts en espagnol ayant auparavant échoués. Ayant quitté Chicago, il vivait dorénavant là avec sa nouvelle épouse, Elvira, d’abord dans les villages cakchiquel d’Antigua et de San Antonio, essayant de traduire des parties de la Bible. En outre, au vu des besoins importants en matière de santé des villageois, il mit en place une clinique dont l’une des travailleuses allait devenir la première femme indienne médecin dans le pays. Les tentatives antérieures de Townsend à travailler en utilisant la langue nationale, c’est-à-dire l’espagnol, s’avéra impossible, parce que la population d’origine indienne était alors largement monolingue et ne parlait que leur langue vernaculaire. Considérant que c’était le seul moyen efficace de communiquer avec les gens du village, il se tourna vers l’étude des langues autochtones, décision qui engendra d’importantes conséquences. Ce faisant, il a mis en place un modèle suivi plus tard par le SIL.
4Le lecteur découvrira que le SIL ne correspond pas nécessairement aux attentes et aux modèles pré-façonnés des autres organisations qui font un travail interculturel. « Sont-ils des missionnaires ? Sont-ils des linguistes ? Travaillent-ils avec l’Église ou sont-ils laïques ? Travaillent-ils en collaboration avec le gouvernement ou avec l’intelligentsia académique ? Sont-ils des humanitaires intervenant sur le terrain ou ont-ils un message encore plus porteur ? » La réponse à chacune de ces questions est… oui.
5Peut-être, comme indiqué précédemment, le SIL peut-il être mieux compris en rappelant par les principes de base qui ont guidé son fondateur, « Oncle Cam » Townsend :
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Service pour tous ». C’était une attitude globale de l’Oncle Cam qui allait à l’encontre de ceux qui distinguaient le profane et le sacré, les chrétiens et les païens, les catholiques et protestants, les gens de culture « haut de gamme » et la populace (hoi polloi). Townsend a encouragé (et modélisé) ce type de service en étant l’ami de tout le monde, brisant ainsi les murs de la différence.
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Pionnier ». Comme un homme du xixe siècle et de l’Ouest américain, l’innovation était ancrée dans les « gènes » de l’Oncle Cam. Son attitude à se concentrer sur les langues locales, à employer des avions dès le début pour atteindre les villages difficiles d’accès, et à travailler avec les gouvernements et les universités, et pas seulement des églises, sont tous des exemples de sa manière insolite d’explorer des nouvelles voies.
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L’approche linguistique ». C’était une approche inconnue lorsque W. C. Townsend a commencé en 1917, en particulier l’utilisation de la linguistique descriptive comme outil pour apprendre et analyser les petites langues non indo-européennes inconnues (les études de Saussure en Europe et de Boas en Amérique ne sont pas largement connues, en particulier aux États-Unis). Oncle Cam était un autodidacte dans l’apprentissage de la langue, sans accès à la théorie, mais il était convaincu que ses collègues plus jeunes comme Kenneth Pike ([http://www.sil.org/klp/klp_biblio.htm#1992tone]), Eugene Nida (Voir [http://www.nytimes.com/2011/09/04/us/04nida.html]) et d’autres étudieraient avec les grands penseurs de leur époque et deviendraient des professionnels en langue.
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Traduction de la Bible ». C’était la passion de Townsend. Il sentait que tout le monde devait avoir accès à ses enseignements moraux, à son message du salut, à sa beauté littéraire. Quand au Guatemala, il a d’abord tenté de parler aux villageois indiens (en espagnol), un vieil homme cakchiquel a répondu d’une manière que Townsend n’a jamais oublié : « Si votre Dieu est si grand, comment se fait-il qu’il ne parle pas ma langue ? » SIL se consacre à tous les domaines de la linguistique et au développement du langage, mais « Oncle Cam » a également fondé une organisation sœur, Wycliffe Bible Translators (voir Wallis et Bennett, 1959) – en référence au traducteur du xive siècle de la Bible en anglais – afin de promouvoir dans le monde entier la traduction de la Bible.
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Faire confiance à Dieu ». Ce n’était pas juste un slogan pour Cameron Townsend. Il n’était pas un mystique, il était un homme pratique, celui qui se tournait vers Dieu pour ses conseils et il en attendait de même de ceux qui avaient rejoint l’organisation. Cela comprenait un soutien financier, car il n’y avait pas de fonds de fiducie institutionnelle ou de fondation pour payer les salaires des membres. Chaque membre est responsable de trouver un réseau de personnes qui contribuent du mieux qu’elles peuvent. Le plus grand acte de foi de l’Oncle Cam était l’engagement de voir de son vivant la moitié des langues sans référence biblique recevoir la parole de Dieu. Il a estimé qu’il existait plus de 1 000 langues dans le monde, nous savons maintenant qu’il y en a plus de 6 500 ! Mais il fixa son objectif à 500 traductions seulement, ce qui était étonnant pour un homme atteint de tuberculose, sans argent et sans organisation pour réaliser son rêve. Aujourd’hui1, SIL a bien franchi ce nombre initial et travaille sur près de 1 500 langues.
6Ces convictions motivent les membres du SIL notamment ceux partis au Viêt Nam. Ce premier champ consacré à la partie continentale de l’Asie du Sud-Est a servi de tremplin à d’autres pays de la région tels que le Cambodge, la Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie. Chacun d’entre eux ont leur propre histoire, mais nous présentons une brève synthèse dans le présent document.
◆ Sil au Viêt Nam
7Dans les pages suivantes, nous suivrons les étapes qui ont vu le Viêt Nam s’organiser, année par année, comme une « succursale » officielle du SIL. Ce document est à considérer comme un survol de notre expérience de la vie, en tant que membres du SIL avant et pendant les 17 années de service du SIL au Viêt Nam2.
1955
8La première expérience du SIL en Asie fut aux Philippines (1953), suivie d’une série de visites au Viêt Nam à partir de 1955. Richard Saunders Pittman (1915-1998) qui dirigeait le travail du SIL en Asie et dans le Pacifique3, avait fait la connaissance d’un fonctionnaire philippin qui appréciait les efforts du SIL pour aider les « gens de la montagne » [minorités ethniques] de son pays. Cet homme, Ramón del Fierro Magsaysay (1907-1957), était alors président du pays (du 30 décembre 1953 à 1957). Il était également un proche ami du Président de la République du Viêt Nam, Ngô Đình Diệm (26 octobre 1955-2 novembre 1963). Magsaysay s’est proposé d’aider le SIL dans son approche auprès de ses prochains sud-est asiatiques.
1956
9Ainsi, Pittman partit de Manille à Saigon en février 1956 avec une lettre de présentation d’un chef de l’État destinée à un autre qui louait l’intégrité de notre travail. Pittman était agréablement surpris de trouver le consul des Philippines à l’aéroport pour l’accueillir et une chambre à l’hôtel était déjà réservée à son nom. Après une demi-heure d’entrevue en tête à tête avec le Président Diệm ainsi qu’un entretien avec le ministre de l’Éducation, le ministre nomma un comité composé de trois hommes pour enquêter sur M. Pittman et le travail du SIL. Deux des hommes étaient très favorables à l’ensemble du programme du SIL, cependant le troisième ne l’était pas. Le résultat fut une permission uniquement verbale d’entrer au Viêt Nam avec des privilèges notamment l’exonération fiscale (comme les autres organisations non gouvernementales). À cette époque, M. Pittman avait effectué un voyage dans les zones montagneuses pour visiter les villages où vivaient les Montagnards.
1957
10Au cours de l’été 1957, alors que Dr Pittman était à Washington D. C. pour essayer d’obtenir un visa pour le Viêt Nam, il avait rencontré M. Trương Bửu Khánh qui était consul à l’ambassade du Viêt Nam. M. Khánh avait alors pris des dispositions pour M. Pittman afin qu’il puisse rencontrer un linguiste vietnamien travaillant à l’ambassade à Washington. Malheureusement M. Pittman ne put rentrer en contact avec le linguiste mais laissa son nom comme message. Lorsque Dr Nguyễn Đình Hòa (1924-20004) reçut ce message, et entendit parler des intentions du SIL de travailler au Viêt Nam, il était si intéressé qu’il appela M. Pittman de Washington en Dakota du Nord (où Pittman enseignait à l’université) pour lui dire combien il en était heureux. En novembre 1957, le congrès scientifique du Pacifique s’était tenu à Bangkok en Thaïlande. Les linguistes et les éducateurs de toute l’Asie devaient y assister. Dr Pittman, de retour aux Philippines prêt à partir au Viêt Nam avec d’autres membres de la Direction générale des Philippines, était décidé à participer à la conférence avec l’intention de rentrer avec les linguistes vietnamiens. Parmi les autres Vietnamiens, le professeur Nguyễn Quang Trình, recteur de l’université de Saigon, était également présent au congrès. Après avoir entendu parler du travail du SIL, le professeur Trình arrangea des visas de deux semaines pour M. Pittman, M. Richard et David Thomas5 afin qu’ils visitent de nouveau le Viêt Nam sur leur chemin du retour vers Bangkok. Quand ils arrivèrent à l’aéroport de Saigon, avec le professeur Trình qui était sur le même vol, un certain nombre de fonctionnaires de l’université de Saigon étaient là pour rencontrer le professeur Trình. Il présenta Dr Pittman et Dave Thomas à plusieurs d’entre eux, dont le linguiste Nguyễn Đình Hòa, qui venait de rentrer au Viêt Nam pour occuper le poste de doyen de la Faculté des Lettres de l’université de Saigon. Le recteur annonça au professeur que SIL allait travailler avec lui. Vers la fin du mois de décembre, Dot Thomas rejoignit Dave pour ouvrir la voie aux autres membres qui étaient maintenant prêts à s’y installer (Viêt Nam).
1958
11En avril 1958, les Thomas ont été rejoints à Saigon par Milt et Muriel Barker. En décembre, de nouveaux membres sont arrivés dont Dave Blood, Doris Walker (bientôt Blood), Hank et Vange Blood, John Banker et Ruth Wilson. Le gouvernement a nommé deux hommes pour être… conseillers (du SIL). L’un d’eux n’était autre que Dr Nguyễn Đình Hòa, qui était déjà un très bon ami du SIL. L’autre homme était à la tête du Viện Khảo Cổ, l’Institut de recherches historiques, un jeune archéologue, Trương Bửu Lâm, déjà rencontré également au congrès de Bangkok. Aucun d’entre eux n’avait la moindre idée que ces liens amicaux noués à Washington et à Bangkok en 1956 et 1957 auraient une importance considérable plus tard. Ceux sont les hommes, les amis du SIL, sur lesquels le travail de l’organisation SIL (sous le contrôle du gouvernement) s’était reposé.
1959
12En 1959, Earl Adams (un membre du conseil du SIL) accompagna Dave Thomas pour une enquête linguistique dans les hautes terres centrales. Dave et Dot Thomas avaient déménagé de Bình Tuy pour commencer à travailler avec les Chrau. Dave a été nommé Directeur par intérim et Dick Pittman Directeur régional de la Branche. Les nouveaux arrivants dans les trois premiers mois sont Ernie et Lois Lee, Ralph et Lorraine Haupers, Betty Mundy (qui plus tard se mariera avec John Banker), Pat Bonnell, John Miller, Jean et Harvey Donaldson et Nina Taylor. Les premiers articles linguistiques rédigés par les membres de la direction générale ont été publiés en 1959 par Milton Barker et Richard S. Pittman (voir la bibliographie en fin d’ouvrage).
1960
13En 1960, un bureau a été mis à disposition de l’organisation au rectorat de l’université de Saigon. Les restrictions qui interdisaient les membres du SIL à vivre en dehors de Saigon ont finalement été levées, permettant à un certain nombre de nouveaux membres de se déplacer vers leurs affectations tribales : les Lees auprès des Roglai près de Nha Trang ; les Dave Bloods avec les Cham près de Phan Rang ; les Haupers avec les Stiêng à Phước Long ; Hank Bloods avec les Mnong au Darlac et les Bankers auprès des Bahnar près de Pleiku. Les Barkers ont connu un bref début avec les Hre à Ba Tơ avant d’être redirigés auprès des Mương (dont la langue étant la plus proche de la langue vietnamienne et des réfugiés du Nord) pour travailler près de Buôn Ma Thuột. Le travail avait déjà débuté au sein des grands groupes tels que les Jarai (Jơrai) et les Rhadé (Êđê) par les missionnaires de la Christian and Missionary Alliance (C&MA – Alliance chrétienne et missionnaire).
1961
14Le recteur de l’université de Saigon, le professeur Nguyễn Quang Trình, est devenu ministre de l’Éducation en 1961. Le ministère de l’Éducation a été très arrangeant et le restera au fil des années. Un large groupe de nouveaux membres attendaient aux Philippines. Une tentative de coup d’État (au Sud-Viêt Nam) en novembre a retardé l’octroi de leurs visas. Ils ont été autorisés à venir à condition qu’ils enseignent l’anglais dans les écoles secondaires, car il y avait une pénurie de professeurs dans cette matière à l’époque. Les (Colin) Days sont allés travailler avec les Thổ à Tùng Nghĩa. Les (Richard) Watsons ont commencé à travailler avec les Pacoh à Huế. Carolyn Paine arriva en juin et épousa John Miller en août, ils sont ensuite partis à Huế et plus tard à Quảng Trị pour commencer à travailler avec les Bru. Les Days publièrent le premier travail de la direction générale en « linguistique appliquée » (primaire en langue Tho) et les Hank Bloods, le premier ouvrage en traduction écrite (« la naissance de Jésus » en langue Mnong Rolom). (Ce n’était pas la pratique de la Branche vietnamienne d’agir en tant qu’éditeur des Écritures, ni celle des membres ou des natifs de voir leur nom apparaitre dans ces publications. La plupart des Écritures étaient « auto-publiées » ou produites sous les auspices de la Société biblique).
1962
15Eva Burton, Max Cobbey, Nancy Freiberger, Dwight Gradin, Eugenia Johnston, Gaspar et Joséphine Makil, Ora Moss, Janice Saul et Judy Wallace sont arrivés dans les premiers mois de l’année. En milieu d’année, Ken et Marilyn Smith, Jim et Nancy Cooper et Nancy Costello les ont suivis. Huit membres ont été placés dans les provinces pour l’étude de la langue vietnamienne. Vers la fin de l’année, Elwood et Vurnell Jacobsen sont arrivés à leur tour. Le projet du premier volume du Nouveau Testament traduit par un membre de la direction a été complété : Saint Marc en langue Tho par les Days.
1963
16Le 4 mars 1963, les Jacobsen et les Makil prirent l’autoroute pour Đà Lạt. Les Makil rentraient chez eux à Dran (Đơn Dương) et Elwood devait faire une étude linguistique sur les Nung. En chemin, ils ont été pris en embuscade par les forces communistes. Le drame se produisit : les Elwood et Gaspar ont été assassinés ainsi que Janie, une des filles jumelles des Makils. Leur fils Thomas Makil a quant à lui été blessé à la jambe. Le travail de la Branche, cependant, a continué avec des mesures de sécurité renforcées.
17Jackie Maier arriva en avril. L’étude a été finie de façon à ce que Janice Saul et Nancy Freiberger puissent aller à Tuyện Đức et commencer à travailler parmi les Nung. Nancy Costello et Judy Wallace ont quant à eux commencé à travailler avec les Katu dans la province de Quảng Nam. Ken Smith et Marilyn débutèrent leur travail avec les Sedang et Jim et Nancy Cooper avec les Halang, à Kontum. Ora Moss et Eugenia Johnston montèrent vers Huế pour l’étude de la langue et aussi pour enseigner l’anglais à l’université de Huế. Pat Cohen, Dwight Gradin et Max Cobbey ont commencé à travailler avec les Jeh dans la province de Kontum. Le premier atelier s’est tenu à Huế d’août à octobre avec quatre équipes de travail s’occupant de l’analyse linguistique.
1964
18En 1964, Jackie Maier et Eva Burton avaient juste commencé à travailler à Trà Bông avec les Cua quand les inondations les ont forcés à recommencer leurs travaux cette fois à Quảng Ngãi. Ce fut l’année où la majeure partie de la construction et de la planification pour le centre de recherche de Kontum a été effectuée ; Ken Smith a supervisé la construction de la phase initiale. Le centre comprend une bibliothèque avec douze salles d’étude, deux résidences en duplex et un bâtiment de stockage. Max Cobbey se maria avec Vurnell Jacobsen, plus tard cette année, et ils ont débuté leur travail avec les Roglai du Nord. En mai, Dick Pittman signa notre accord officiel avec le ministère de l’Éducation. Vingt volumes linguistiques ont été publiés cette année – un véritable succès de la décennie. Ils contiennent une variété de sujets tels que des cours de primaires en bahnar (John et Betty Banker), les travaux de Burton sur la poésie vietnamienne, un cours de langue vietnamienne par Pham et Thomas, et une étude ethno-linguistique de zoologie chrau par Dorothy Thomas.
1965
19L’atelier de travail de Kontum (Kontum Workshop Center) a été inauguré lors d’une cérémonie en présence d’un orchestre musical, d’une garde d’honneur, de hauts fonctionnaires, des enfants des écoles, des membres de tribus, composé de discours et agrémenté d’un banquet. Le premier atelier s’est tenu avec un certain nombre d’équipes travaillant sur la linguistique. […] Plusieurs équipes ont dû quitter les zones tribales pour des centres provinciaux plus centraux à cause des combats qui faisaient rage dans les régions périphériques.
1966
20David et Mureil Standing arrivèrent (de Grande Bretagne et rejoignirent les Canadiens, Suisses, Allemands, Australiens et Américains de la Branche) pour construire des bâtiments et mettre en place d’autres activités de soutien à Kontum et, plus tard, à Saigon. Ils ont été les premiers membres à venir faire simplement du « travail de soutien » permettant ainsi aux linguistes-traducteurs de poursuivre leurs missions en langues montagnardes. En 1966 et 1967, il y avait 6 Masters et 3 doctorats conférés aux membres de la direction générale. Dave Thomas continuellement exhorta ses collègues à « aiguiser leurs couteaux » lors de leur congé afin d’être mieux affutés dans le travail de la langue.
1967
21Les plans ont été réalisés en 1967 pour démarrer l’école en mémoire de Janie Makil à Kontum (le nombre de jeunes familles du SIL a augmenté régulièrement). Judy Wallace a commencé des classes de 5 élèves du CP au CE2. Les Fippingers (Jay et Dorothy) sont allés à Tuyện Đức pour travailler avec les Tai noirs. Un contrat a été signé avec l’USAID/Education pour SIL afin de préparer le matériel d’alphabétisation dans les quatre langues tribales majeures (bahnar, jarai/jơrai, rhadé/êđê, et cham). Le contrat a été plus tard étendu à douze langues. La coordonnatrice du programme d’alphabétisation, Sarah Gudschinsky, de SIL international (et utilisant de nouvelles méthodes qu’elle avait elle-même mises au point dans son travail avec les groupes linguistiques du Brésil), a dirigé un atelier de préparation au programme d’alphabétisation à Kontum avec Ernie Lee et Eugenia Johnston. La coopération avec d’autres organisations missionnaires, telle que C&MA était essentielle pour débuter le programme. Les équipes SIL se sont impliquées plus tard dans ce projet d’éducation lorsque les petits groupes de langues ont été intégrés.
1968
22En février, il y a eu l’ignoble offensive du Tết. Les Gregerson (Ken et Marilyn) venaient de commencer le travail avec les Rengao à Kontum, c’etait leur première affectation de terrain. Pendant les combats à Kontum, l’atelier du centre a été complètement détruit, mais toutes les personnes présentes (un atelier d’alphabétisation était en cours) et les livres de la bibliothèque n’ont pas été touchés6. L’école des enfants par la suite a été transférée à Nasuli aux Philippines. Hank Blood (SIL) a été capturé à Buôn Ma Thuột par les forces communistes, Vange et les enfants sont retournés aux États-Unis. En 1973, Mike Benge (USAID), capturé avec Hank, a fait savoir que Hank était décédé en juillet 1968 de malnutrition et de pneumonie alors qu’il était en détention… L’atelier d’alphabétisation a repris à Nha Trang et quelques mois plus tard, un centre a été acheté (pour remplacer celui détruit dans les hautes terres à Kontum), permettant la poursuite du programme complet de l’atelier désormais installé à Nha Trang.
1968-1970
23Les Gene Fuller ont déménagé à Dran pour travailler avec les Chru en 1969.
24Bev Cook, un Canadien, est arrivé au poste de secrétaire du directeur à temps plein en 1970. Dave et Marlene Laurent sont venus des États-Unis en mai pour servir de gestionnaires de la maintenance et secrétaires de publications. Janie Voss arriva en juin pour enseigner trois classes à l’école Janie-Makil (Janie Makil Memorial School) ré-ouverte à Nha Trang. Encore une fois, ces nouveaux bénévoles ont permis de libérer les traducteurs qui avaient alors suspendu leur travail avec le groupe de langue afin de subvenir temporairement aux besoins quotidiens d’une organisation en pleine croissance. Hella Goschnick (Allemagne) et Alice Tegenfeldt (USA) se déplacèrent vers Tuy Hòa en juillet pour commencer à travailler parmi les Haroi. Vingt-deux volumes bibliques ont été publiés en 1970 – le nombre le plus élevé dans la publication d’Écritures en termes de nombre de volumes publiés en un an, avec entre autres : Marc et les Actes en katu, la Genèse en bru, Livre de Ruth en roglai, celui de Marc en bahnar…
1971
25En avril 1971, Elke Oesau arriva d’Allemagne et Elisabeth Preisig de Suisse, pour superviser plus tard le service des publications. Fred et Beverly Donner arrivèrent en juillet pour être respectivement directeur commercial et infirmière. Bob McKee arriva en juillet, formé pour s’occuper de la gestion des affaires. Puis suivit Vera Miller en octobre. En 1970 et 1971, la direction générale a bénéficié des services d’un certain nombre de volontaires à court terme. Au cours de cette année, la direction a acheté un terrain et a commencé la construction du quartier-général de Saigon sous la supervision de Ken (et Marilyn) Gregerson, le seul vraiment qualifié dans le génie civil, juste après avoir obtenu son doctorat en linguistique ! (de l’université de Washington, son sujet de thèse portant sur « prédicat et argument de la grammaire rengao »). Le 17 octobre, Jonny Smith, le fils âgé de deux ans de Ken et Marilyn Smith, fut tué dans un accident de voiture à Nha Trang, tandis que ses parents étaient à Saigon pour assister à une réunion de louange sur le nouveau site du quartier-général7. La publication d’outils à l’alphabétisation a culminé à hauteur de 69 ouvrages en 1971 et 34 en 1972 […].
1972
26Au début de l’année, la direction avait terminé plusieurs contrats (d’alphabétisation) avec USAID débutés en 1967. John et Carolyn Miller avec leurs collègues Bru ont finalisé le brouillon du Nouveau Testament en bru – le premier accompli par la Branche. Tim et Barb Friberg seront, plus tard installés au Cambodge pour étudier le khmer et le cham. Les nouveaux arrivants étaient Amy Austin, Wanda Jennings, Barbara Pakenham, Chuck et Sally Keller. Elke Oesau se joignit à Hella Goschnick (toutes les deux venant d’Allemagne) pour le travail chez les Haroi ; puis il y a eu le mariage d’Alice Tegenfeldt avec Norman Mundhenk de la Société biblique unifiée (United Bible Society) célébrée le 27 avril.
27Des violents combats au printemps ont entraîné la destruction de maisons et d’équipements pour un certain nombre de nos membres, mais aussi drainé un grand nombre de réfugiés en provenance de différents groupes tribaux dans les zones plus accessibles et plus propices aux projets linguistiques. Le « renouveau (spirituel) » a commencé à l’École biblique (Bible School) de Nha Trang, fin 1971, la Christian and Missionary Alliance a atteint les Bru et d’autres groupes linguistiques. L’installation du siège à Saigon a été inaugurée le 6 septembre par les discours des ministres de l’Éducation, de la Culture et du Développement des minorités ethniques. Dix-huit volumes bibliques ont été imprimés en 1972 (par exemple, Matthieu en chrau, les Romains en halang, Jean 1 en nung, 15 volumes en 1973 (dont Marc en cua, les Actes en jeh, les Actes, Jean et Thessaloniciens 1-2 en stiêng).
1973
28Jusqu’en 1973, de nombreuses équipes (SIL) ont contribué à la formation d’enseignants pour l’alphabétisation des adultes au centre de formation montagnard (Montagnard Training Center) de Pleiku et ailleurs également. L’utilisation de machines telles que la Friden flexowriters (à la place de simples machines à écrire) pour l’édition des Écritures a augmenté, le travail d’équipe de Ruth Phelps, expert en dactylographie, et la Friden de Jim Cooper ont permis à Eva Burton de compléter les Actes en langue cua avant son congé. De même, la traduction des Actes en roglai par Cobbey a été mise en œuvre. Jim Cooper est l’un des premiers à avoir expérimenté des ordinateurs dans les années 1960-1970 à Kontum. À Nha Trang, il utilisa la Friden Flexowriters et des téléscripteurs qui tapent des copies pouvant être corrigées immédiatement sans avoir à faire toute la pagination d’un dictionnaire, un morceau traduit, ou un article linguistique.
29Le 13 juillet 1973, Janice Trebilco, camarade de classe de certains enfants du SIL (et les parents de la Bethany Literature Fellowship of Minneapolis, Minnesota, qui est en étroite coopération avec le programme SIL) a chuté de 3 m d’un arbre à la maison d’hôte du SIL de Saigon (Saigon Guest House), frappant sa tête sur le béton ; elle décéda quelques jours plus tard. Janice Saul et Nancy Freiberger ont dirigé l’école de langue vietnamienne à Dalat et un projet en collaboration avec dix autres organisations pour aider l’alphabétisation de nouveaux travailleurs. Ed et Pat Rumberger et Clinton Prairie arrivèrent ; David et Muriel Standing devaient retourner en Grande-Bretagne ; Chuck et Sally Keller étaient postés à Phnom Penh ; Wanda Jennings a été assignée auprès des Sedang, faisant équipe avec les Smiths qui étaient partis en congés. Des enfants vietnamiens ont été adoptés par certains de nos membres dont Paulo Bonnell, Julia Keller, Susan Donner et Beth Cohen.
1974
30En 1974, un assistant dactylographe embauché temporairement, Ruth Phelps, avait parfaitement recopié 40 livres du Nouveau Testament en dix langues différentes en utilisant la Friden Flexowriters, en l’espace de trois ans. Le 11 mai, Nancy Costello avait terminé la première ébauche du Nouveau Testament en katu après 11 ans de travail – et ce, en temps de guerre ! Le 5 décembre, John et Betty Banker avait terminé la première ébauche du Nouveau Testament en bahnar : 38 % avait déjà été publié et distribué parmi les Bahnar chrétiens.
31Le projet cambodgien a progressé sous la direction de Dave et Dot Thomas et grâce à l’arrivée à Phnom Penh de Roselyn Barnes et Amy Austin. Keller déplacé à Pailin (à la frontière du Cambodge et de la Thaïlande) pour étudier les Brao. […] Vera Miller a été affectée auprès des Stiêng pour faire équipe avec les Haupers… Un couple Mnong partit un an aux Philippines pour travailler avec Vange Blood qui y avait déménagé après la capture et le décès de son mari, Hank.
1975
32En janvier 1975 à la conférence (SIL) de la Branche organisée à Dalat, Ken Smith (en congé à l’époque) a été élu directeur8. Il a continué en tant que directeur par intérim jusqu’en juillet lorsque les Smiths ont rejoint le groupe aux Philippines. Suite à une résolution de la conférence qui a reconnu la direction de leur travail au Laos, Dick Pittman et Jay Fippinger sont allés à Vientiane en février pour développer des contacts pour le SIL. Le Nouveau Testament en jarai (traduit sous la supervision de la Christian and Missionary Alliance par Charles Long et ses collègues jarai) a été consacrée à Pleiku le 16 février.
33Le 10 mars 1975, les forces communistes sont entrées de façon inattendue à Buôn Ma Thuột et ont capturé John et Carolyn Miller ainsi que leur fille Lu Anne9. La chute de l’Indochine suivit rapidement après. Les Gene Fuller, Janie Voss et Feikje van der Haak quittèrent Dalat avant le 18 mars, les Keller, les Fribergs et Amy Austin ont été évacués du Cambodge avant le 19 mars, les derniers membres ont quitté Nha Trang (Viêt Nam) le 28 mars et Saigon le 8 avril. Saigon tomba à la fin de ce mois.
34Avec le repli de la direction aux Philippines, la branche Viêt Nam/Cambodge s’installa temporairement à Nasuli où environ la moitié de ceux (qui avaient auparavant travaillé) au Viêt Nam, s’y installa… tandis que les autres retournèrent dans leur pays d’origine pour des programmes d’études ou des vacances. Quelques-uns sont restés aux Philippines mais seulement jusqu’à la fin de l’année scolaire.
35En 1975 également, Gene Fuller à Manille et Dick Pittman aux États-Unis, passèrent beaucoup de temps et d’efforts à travailler à la libération des Miller (qui avaient été capturés à Buôn Ma Thuột) au Viêt Nam, puis mis en détention à Hanoi. Ken Gregerson10, sous les directives de Pittman, a effectué une visite auprès des membres du Parti communiste à Tokyo pour demander au nom du SIL le rapatriement de John, Carolyn et de leur petite fille de 5 ans, mais en vain.
36[…] En mai 1975, les Coopers (Jim et Nancy) sont partis au Népal pour vérifier les traductions et pour garder leurs Fridens flexowriters opérationnelles en vue de la dernière mouture de la publication des Écritures là-bas. En juin, la compagnie de radiodiffusion d’Extrême-Orient (Far East Broadcasting Company) a lancé un programme hebdomadaire de 30 minutes sur les Écritures dans une langue minoritaire du Viêt Nam. Ceci fut étendu plus tard à une heure hebdomadaire et, en novembre 1976, la radio diffusa 30 minutes chaque jour au cours desquelles fut programmée la lecture de la Bible en 20 langues 2 à 4 fois par mois.
37Lors d’une réunion du Comité exécutif du SIL (SIL Executive Committee) en juillet 1975 aux Philippines, la décision a été prise de continuer le travail soutenu de la traduction de la Bible (ainsi que d’autres programmes linguistiques, d’alphabétisation du SIL à travers les autres pays) en Asie du Sud. Ken Smith et Dave Thomas ont entrepris un voyage de sept semaines à travers la Thaïlande et la Malaisie, ce qui les a conduits en 1977 et 1978 à connaître les travaux du SIL dans ces deux pays.
38Les Gregersons ont été rattachés à la branche indonésienne (SIL) pour un an, à partir du mois d’août. […] Certains ont travaillé auprès des réfugiés du Viêt Nam : les Fippingers avec les Tai noirs dans l’Iowa, les Bloods avec les Cham à Portland et dans l’Oregon, Wanda Jennings avec les Sedang à Seattle, les Lees (qui avaient déjà travaillé avec les Roglai) avec les Jarai à Dallas ; Jean Donaldson et Phil Jeune s’occupaient des réfugiés dans les grands camps d’accueil.
39Le 30 octobre 1975, après 232 jours (près de 8 mois) d’attente fiévreuse et beaucoup de prières, les Millers ont été libérés (du camps de détention au Viêt Nam) et ont été rapatriés à Bangkok, où ils ont été accueillis par Gene Fuller ; ils ont ensuite passé deux jours d’heureuses retrouvailles à Nasuli avec leur famille et les membres de la Branche sur place avant d’être accueillis en fanfare par leur famille réunie à Houghton, New York11.
40Ainsi, de décembre 1957, lorsque les premiers membres de la direction générale ont élu domicile à Saigon jusqu’au 8 avril 1975, date de l’évacuation des membres du SIL de Saigon, le groupe a vécu selon la devise officieuse :
« Celui qui observe le vent ne sèmera pas, et celui qui regarde les nuées ne moissonnera point. » (Ecclésiaste 1, 4)
41À l’automne, la réunion du conseil d’administration de la branche Viêt Nam/Cambodge a été transformée en Branche Asie du Sud-Est continentale… en accord avec la mission d’expansion du SIL. Le travail du SIL trouvait une nouvelle expression dans ce paysage plus large.
1976
42Le travail du SIL au Viêt Nam s’est clos en 1975 par des événements inattendus, mais il restait beaucoup à faire et nous avons tourné notre attention sur la prochaine étape.
43L’objectif pour l’année était la publication de matériel linguistique et des Écritures ainsi que le développement de plusieurs programmes de radio sous la supervision respective de Pat et d’Ed Rumberger. Trente-sept volumes linguistiques ont été publiés cette année – la plus grande quantité annuelle à ce jour. En utilisant la police vietnamienne et le système de la branche IOTA au Mexique, les premiers matériaux ont été traités : les Romains en stiêng, Marc en mnong rolom, suivi plus tard par la moitié du Nouveau Testament en jeh et le Nouveau Testament en katu… Jim Brase rejoignit en juin l’équipe des Tai Dam (Tai noirs) dans l’Iowa. Un incendie à la maison d’édition de Marshburn Press (Far Eastern Broadcasting Company, à Manille) a détruit six volumes de photos, dont le Nouveau Testament en bahnar qui a été refait de nouveau dans les neuf mois qui ont suivi l’incident. Les autres volumes brûlés ont également été retapés et soumis à nouveau dans les deux ans qui suivirent. Dave et Dot Thomas ont finalisé le brouillon du Nouveau Testament en chrau à Nasuli (Philippines).
44Gene et Carol Fuller ont été déplacés à Bangkok pour trouver un accord avec le gouvernement thaïlandais. La réunion du conseil d’administration de l’automne a renouvelé l’autorisation accordée à la direction générale de poursuivre ses projets en Indochine et de chercher de nouvelles ouvertures en Thaïlande et en Malaisie. Nancy Costello a commencé à servir comme correctrice de traduction en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Jim et Nancy Cooper et Hella Goschnick ont été transférés à la Branche des Philippines.
1977
45Elisabeth Preisig, qui avait réussi à obtenir les nombreuses publications du SIL en les imprimant à Saigon, a également été évacuée avec la plupart des manuscrits originaux pour les imprimer en dehors du Viêt Nam. Néanmoins, elle reporta son travail en 1977 pour se concentrer sur l’aide aux réfugiés d’Indochine en France avec une attention particulière pour les peuples des minorités ethniques12.
46Chuck (Charles) et Sally Keller commencèrent un projet d’enquête d’une année sur les langues au Zaïre puis s’installèrent à Paris pour travailler avec les réfugiés cambodgiens, entre autres. Les Thomas ont remplacé les Fuller comme représentants du SIL à Bangkok. […] John et Carolyn Miller sont retournés à Nasuli pour se consacrer au Nouveau Testament en bru.
47En septembre, le gouvernement thaïlandais a rejeté la proposition du SIL après deux ans de négociations, mais la possibilité d’une coopération individuelle avec les universités était maintenue, ce que firent les Thomas en enseignant la linguistique à l’université de Mahidol. Le Nouveau Testament en bahnar a été présenté à Nasuli en décembre comme le premier Nouveau Testament publié pour le Viêt Nam (fait par le conseil de coopération du SIL. D’autres traductions ont été faites par la C & MA en travaillant avec des locuteurs natifs Rhadé, Koho et Jarai).
1978
48Le Nouveau Testament en katu a été consacré à Nasuli en avril 1978. Jim Brase s’est rendu en France avec un leader tai dam chrétien alors que son épouse a visité des réfugiés tai dam dans l’Iowa (États-Unis) en distribuant des Écritures nouvellement publiées. En février, les Miller et les collègues bru achevèrent la révision du Nouveau Testament bru et ensuite préparèrent 32 programmes de radio bru. Les Miller et Inka Pekannen ont déménagé à Davao (Philippines) pour commencer l’étude du bahasa malaisien en attendant d’obtenir les visas malaisiens. Ils ont ainsi quitté Manille pour démarrer le projet Sabah le 21 juin.
49Comme la direction avait supprimé ses opérations au Viêt Nam et au Cambodge le 30 juin, trois membres se trouvaient à Sabah (en Malaisie, nord de Bornéo) et trois autres en Thaïlande. Huit étaient prêts à passer à Sabah en juillet : Pat et Nancy Cohen, Phyllis Dunn, Julie Blom, Earl et Eugenia Fuller, Pat Bonnell et Hope Hurlbut. Trois autres se préparaient à aller en Thaïlande dans peu de temps : Feikje van der Haak (avec Brigitte Woykos), Wanda Jennings et Jackie Maier. […] John et Betty Banker étudièrent le bahasa malaisien à Manille ; Ken Smith et Marilyn seuls continuèrent à Nasuli (Philippines) pendant six mois pour conclure leurs projets personnels au Viêt Nam et fermèrent définitivement la branche.
50Du dernier rapport du bureau, voici le résumé final :
« Louez le Seigneur pour ouvrir cette porte [Sabah]. Et remercier le Seigneur que cela fait environ trois ans et trois mois que nous avons quitté le Viêt Nam – suffisamment de temps pour compléter de façon ordonnée la plupart de nos projets au Viêt Nam et conserver le bureau régional en Asie (Manille), notre programme de radio deux fois par jour, avec un approvisionnement de 700 autres programmes, et un stock de 23 extraits d’Écritures, deux Nouveau Testament en 12 langues du Viêt Nam (avec huit autres parties et deux autres nouveaux Nouveau Testaments représentant six langues supplémentaires sous presse ou en préparation). »
◆ L’œuvre du SIL en Asie du Sud-Est : un aperçu
Le travail du SIL sur l’histoire et la classification des langues
51En 1958, quand SIL a commencé à travailler au Viêt Nam, l’appartenance linguistique de plusieurs langues était alors inconnue ou incomplète. Bien que sachant que la familiarité d’une langue n’est pas généralement une nécessité pour l’apprentissage du langage et la traduction de la Bible, il n’en reste pas moins que c’est une dimension du langage qui attise la curiosité scientifique et une meilleure connaissance académique. Alors que le nombre des membres experts du SIL a augmenté l’étude comparative des groupes linguistiques de la région a fait de même. David Thomas a été particulièrement impliqué dans la classification des langues môn-khmères (Thomas 1964) avec Thomas Headley (Thomas et Headley 1970). Ces efforts de recherche ont été publiés dans une série de documents sur les principales branches du môn-khmer. Kenneth Smith a établi que les Nord-bahnaric étaient un groupe (Smith 1972) dont la proto-langue pouvait être comparée aux langues vivantes modernes. Les Chamiques, le groupe de langues austronésiennes alors peu étudié au Viêt Nam, a été le sujet d’une thèse de doctorat par Ernest Lee (1964), et une étude réalisée par Doris Blood (1962) a également détaillé comment la langue cham s’inscrit dans la grande famille des langues austronésiennes (malayo-polynésien). La langue vietnamienne a été étudiée pour la première fois en détail en comparaison avec le Mương, son plus proche voisin (Milton Barker 1963). Kenneth Gregerson (1969) a publié une étude historique sur la phonologie vietnamienne du xviie siècle en puisant dans le dictionnaire du père jésuite Alexandre de Rhodes publié à Rome en 1651. Celui-ci comporte seulement une petite fraction des études du SIL sur l’histoire et la classification des langues du Viêt Nam.
Le travail d’éducation
52Une contribution significative a été dans le domaine de la linguistique appliquée du Viêt Nam le fruit d’un effort de coopération du SIL, à partir de 1967, avec le ministère de l’Éducation du Viêt Nam et financé par l’USAID pour mener à bien le projet d’éducation des Montagnards (Highlander Education Project, HEP). Des rapports parlent d’un total de 12 langues montagnardes (hill tribes). Pour le co-auteur, Ken Smith, qui a été directement impliqué dans la production de HEP :
« Il y a 18 langues qui semblent avoir préparé certains (ou tous) ces matériaux ; (toutefois j’en ai 13 en tête qui correspondent au nombre de langues qui faisaient officiellement partie du projet HEP) […] Les dates ci-dessous sont les dates de publication des premiers matériaux HEP préparés dans une langue, après plusieurs années d’ élaboration.
1967 – Koho, Rhadé
1968 – Bru
1969 – Bahnar
1970 – Cham oriental, Chrau, Hre, Roglai
1971 – Jarai, Sedang, Mnong Bunar, Nung
1972 – Chru, Jeh
1973 – Cua, Stiêng
1974 – Cham occidental, Tai noir
1975, une 19e langue, le rengao, avait été préparée, testée sur le terrain et attendue lorsque le travail du SIL fut définitivement arrêté. »
53Certaines langues avaient déjà une écriture, certaines avaient besoin de conventions écrites, d’autres nécessitaient une étude phonologique pour établir une orthographe pratique. Dans la plupart des cas, il était utile d’adapter le vietnamien romanisé (quốc ngữ, litt. langue nationale) aux langues des montagnards. Cela avait été depuis longtemps utilisé efficacement par les missionnaires français dans les Hauts Plateaux pour les langues bahnar, jarai et rhadé, c’était de loin l’approche la moins controversée pour ce type d’initiative.
54Dans toutes les branches, on compte une production de… 1 140 articles d’enseignement dans 13 langues différentes distinctes adaptées aux trois classes élémentaires. Il convient de préciser que le contenu des documents du SIL était strictement apolitique, concentré sur les cours élémentaires, les guides d’instruction pour les enseignants, les mathématiques et les récits traditionnels de chaque culture, etc. Ces matériaux couvrent l’instruction élémentaire à environ 70 % de la… population montagnarde (du Sud et du Centre du Viêt Nam).
55De 1968 à 1975, en plus des 13 langues du projet HEP, SIL a également réalisé un travail d’alphabétisation incluant 8 ou 9 langues autochtones supplémentaires présentes au Viêt Nam et au Cambodge.
56Au moment de l’évacuation (printemps 1975), SIL se préparait à conclure un accord avec l’Unicef pour mener une enquête (prévu la même année) sur l’enseignement primaire des montagnards dans le plateau central.
◆ La diaspora du SIL post-Viêt Nam
57Comme mentionné ci-dessus, suite à la fermeture du travail du SIL au Viêt Nam et au Cambodge, toutes les activités ont été presque immédiatement réintégrées dans les projets de recherche et de développement des autres pays de l’Asie du Sud-Est. Les actions se firent sous l’égide du Groupe de la Thaïlande, et sous la désignation plus large du Groupe Asie du Sud-Est continentale du SIL. Ce rapport ne nous permet pas de décrire le vaste travail entrepris à ce moment en Indonésie et en Malaisie et qui a été initié par des membres expérimentés du Viêt Nam.
En Thaïlande
58Le travail du SIL en Thaïlande a résulté d’un voyage de sept semaines entrepris pas Ken Smith et David Thomas en 1975, après la fin de leur travail au Viêt Nam. Ce voyage a permis de prendre contact avec les universités thaïlandaises suivantes : Ramkhamheng, Mahidol, Chulalongkorn, Thammasat à Bangkok et Payap à Chiang Mai. Le modus operandi qui a su répondre au mieux aux besoins de nos sponsors universitaires était celui des membres du SIL, à savoir, passer une partie de l’année à enseigner la linguistique à l’université et l’autre partie sur le terrain pour travailler sur une langue particulière. Ceci était un plan réalisable des deux côtés, mais cela signifiait que seulement la moitié du temps d’un linguiste du SIL pouvait être consacrée au développement de la langue. Une génération entière de linguistes thaïlandais plus jeunes a été formée pour jouer un rôle dans la reconnaissance des peuples minoritaires, et pour effectuer un travail linguistique avec les langues des Montagnards de Thaïlande.
59Nulle part ailleurs, la combinaison entre enseignement et recherche sur le terrain à temps partiel n’a été aussi importante qu’avec les contributions de David et Dorothy Thomas à l’Institut de langue et de la culture pour le développement rural de l’université de Mahidol. En plus de profiter des relations professionnelles avec les membres du corps professoral thaïlandais, les Thomas ont joué un rôle dans l’orientation de nombreux étudiants diplômés vers l’étude des langues minoritaires. Certains de ces étudiants ont à leur tour influencé des générations d’étudiants supplémentaires. En conséquence, les étudiants et les professeurs de Mahidol ont produit des descriptions linguistiques solides de presque toutes les langues minoritaires du pays, ainsi qu’une carte ethnolinguistique complète de la Thaïlande. Maintenant, 20 ans après le départ des Thomas, l’université de Mahidol continue d’être profondément impliquée dans les questions ethniques ; elle a lancé des projets de revitalisation des langues dans plus de 20 langues minoritaires ethniques, ainsi qu’un programme d’éducation multilingue hautement considéré en milieu scolaire en Thaïlande, toujours en proie à des troubles avec les Malays musulmans du Sud.
60De 1993 à 1995, John et Carolyn Miller ont réalisé un projet avec le Conseil national de la recherche en Thaïlande, sous le parrainage de l’université de Chulalongkorn. Initialement, il s’agissait d’une enquête sur les communautés linguistiques môn-khmères dans le Nord de la Thaïlande dans les provinces de Sakhon Nakhon, Mukdahan et Ubon. Suite à l’enquête, six variétés de langues ont été sélectionnées pour une étude plus approfondie et pour le travail du développement de la langue. Des listes de mots de toutes les régions visitées, ainsi que des textes, des thésaurus, des livres d’images et des livrets de santé dans ces six variétés de langues ont été présentés à l’université de Chulalongkorn et au Conseil de recherche. Les conclusions linguistiques et sociolinguistiques ont également été publiées dans la revue Mon-Khmer Studies.
61La coopération du SIL avec l’université Payap remonte à une discussion de 1985 entre Paulette Hopple du SIL et le Vice-président Konrad Kingshill.
62Plusieurs membres du SIL ont également enseigné l’anglais à Payap avant le début d’un programme d’études supérieures en linguistique en 1989. De nombreux membres du SIL ont depuis enseigné dans le département de linguistique qui a attribué des diplômes de Master à plus de 60 étudiants de 15 pays. Beaucoup d’élèves sont des locuteurs de langues minoritaires eux-mêmes, ou des individus intéressés à travailler avec SIL ou avec d’autres agences de développement.
63SIL bénéficie également de relations cordiales de travail avec des organisations d’inspiration chrétienne telles que la Thaïlande Bible Society, la Fondation pour la linguistique appliquée, la Wycliffe Thai Fondation, et l’Alliance missionnaire chrétienne, ainsi que d’une variété d’églises locales en Thaïlande situées dans les zones où le travail linguistique (y compris la traduction) est effectué à l’invitation de ces groupes.
Au Cambodge
64Le travail au Cambodge avant le changement de gouvernement en 1975, portait à l’origine sur le cham de l’Est parlé au Viêt Nam. Ce langage était à l’étude par David (voir les références 1964) et par Doris Blood (références 1962), ce qui a ensuite conduit à un intérêt pour l’Ouest (cambodgien) cham. Smith (1978) rapporte que « Tim et Barb Friberg a été la première équipe du SIL à se déplacer au Cambodge pour étudier le khmer puis plus tard le cham cambodgien (de 1973) » Voir les références pour T. Friberg et Kvoeu-Hor (1976, 1977, 1978) et B. Friberg et al. (1974). En 1973, Charles (« Chuck ») et Sally Keller ont été déplacés à Pailin (Cambodge) pour étudier le brao (krung), voir les références pour C. Keller (1976) et S. Keller (1976). Ainsi, seulement deux langues de l’Ouest (cambodgien), le cham et le brao, étaient accessibles pour leur étude dans les conditions imposées par la guerre.
65De 1975 à 1993, Charles Keller, qui avait gardé le contact avec les réfugiés brao aux États-Unis au cours de ces années, a été en mesure de revenir dans un Cambodge nouveau, (partiellement) ouvert, et renouer avec les familles brao. Keller a par la suite était en mesure de se déplacer jusqu’à la zone brao dans le Nord du Cambodge sous le parrainage du ministère de l’Éducation et à ainsi effectuer des travaux sur la langue. D’autres membres du SIL ont depuis repris l’étude d’autres langues comme le tampuan, le phnong (mnong), le cham, le kavet, le kuy, le kachok, l’arai, etc. Pour plus de détails voir par exemple les références à Crowley (2000), M. Gregerson (2009), Keller et al. (2008, 2011).
66Peut-être le plus significatif travail du SIL a été l’octroi par le gouvernement du statut officiel de plusieurs orthographes, qu’il a contribué à établir. Elles ont été basées sur le script khmer modifié pour s’adapter à chaque langue locale. C’était la première fois que le système d’écriture vénérée khmère, d’origine indo-aryenne, était utilisée pour permettre aux différents groupes ethniques du Cambodge d’écrire leur langue maternelle. En reconnaissance de leurs réalisations dans ce domaine, un communiqué conjoint de l’Unesco/Unicef a été publié pour la journée internationale de la langue maternelle en 2012 tel que rapporté par l’agence de presse Kampuchea (Phnom Penh, 12 février 2012, [www.akp.gov.kh/?p=15812]) :
« Aujourd’hui, en ce début de xxie siècle, alors que le monde célèbre la journée internationale de la langue maternelle, le Cambodge a été reconnu comme un modèle dans la région Asie-Pacifique pour son programme d’éducation bilingue en utilisant la langue maternelle comme base permettant aux enfants et adultes de populations minoritaires ne parlant pas la langue nationale à la maison, d’accéder à une éducation de base ainsi que de promouvoir l’intégration, l’égalité sociale et la parité. »
◆ Conclusion
67SIL a depuis plus d’un demi-siècle en Asie du Sud-Est réalisé la vision de son fondateur, William Cameron Townsend, et de son premier linguiste universitaire, Kenneth L Pike, de « servir tout le monde » en particulier les peuples de langues minoritaires de la région la plus mal desservie. Estimant que « l’homme ne vivra pas seulement de pain », les membres du SIL reconnaissent sans détour la composante spirituelle de la vie qui passe par la collaboration avec des locuteurs natifs dans la traduction de la Bible. Convaincus que les communautés minoritaires sont régulièrement désavantagées en raison de leur situation linguistique, SIL prône et encourage auprès des gouvernements l’écriture des langues et l’éducation locale qui activent un principe premier de la pédagogie : « commencer par ce que les gens savent », ce que permet la première alphabétisation en langue maternelle et une transition plus tard à la langue nationale. Privilégiés d’avoir pu être profondément impliqués dans les langues de l’Asie du Sud-Est, les membres du SIL ont l’habitude d’apprendre des communautés linguistiques villageoises et de contribuer grâce à la communauté universitaire dans son ensemble à la richesse des connaissances sur les peuples de la région. Bien que nous ne puissions pas toujours être conformes aux modèles prévus, c’est le but du SIL d’aider les autres et de se rendre là où ils veulent aller13.
Notes de bas de page
1Ce rapport rédigé en 1978 a été actualisé en 2014 par les auteurs à la demande des éditeurs de l’ouvrage. Pour en faciliter la lecture sans en dénaturer le sens, quelques coupes (signifiées par des crochets […]) ont été effectuées. Les ethnonymes de la version originale ont été conservés.
2La chronologie de cette expérience vietnamienne est extraite du rapport de Kenneth Smith (1978). Le contenu a été actualisé et précisé entre crochets par ses collègues : Kenneth Gregerson, mais aussi John et Carolyn Miller, Kirk Person, Nancy Bishop, Mary Peterson, Audra Phillips, Dorothy Thomas, Jeff German, Todd Bequette, Marilyn Gregerson et Vurnell Cobbey.
3Pour sa vie et sa bibliographie, voir : [http://archiver.rootsweb.ancestry.com/th/read/PITMAN/2001-05/0991319862] et [http://currentnewsbd.com/pages/languageinformation.php?url=show_author.asp?auth=6254].
4Voir la note bibliographique : [http://archives.lib.siu.edu/?p=creators/creator&id=148].
5Voir sa bibliographie : [www.ethnologue.com/show_author.asp?auth=7678].
6Voir James Hefley, By life or By Death (Zondervan, 1968).
7Voir Steven Hugues, « The joy of a loving Jonathan » dans It Takes Time to Love (WBT, 1974).
8Voir la bibliographie SIL : [www.ethnologue.com/show_author.asp?auth=7223]) ; sur la bibliographie de Dick Watson : [https://www.ethnologue.com/show_author.asp?auth=8250].
9Voir Captured ! par Carolyn Miller (Christian Herald Books, 1977).
10Voir bibliographie SIL : [https://www.ethnologue.com/show_author.asp?auth=2943].
11Voir In Other Words, décembre 1975 et janvier 1976.
12Entre 1978 et 1983, Elisabeth Preisig s’est formée à la linguistique (André Haudricourt) et l’ethnologie (Georges Condominas, Lucien et Denise Bernot, Jacques Lemoine) à Paris. Elle a pris part ensuite au mouvement de solidarité envers les réfugiés sud-est asiatiques en région parisienne (Mission catholique vietnamienne, Association protestante interconfessionnelle CAMAF). En 1984, elle a appris le khamu’ (Kmhmu’) à Alès (sud de la France), puis a travaillé à Vientiane à l’édition d’un dictionnaire Kmhmu’-lao-français-anglais (Preisig 1994).
13Les références bibliographiques de ce rapport ont été intégrées à la bibliographie finale de l’ouvrage.
Auteurs
-
Kenneth Gregerson
Membre du Summer Institute of Linguistics, docteur en Linguistique (université de Washington).
-
Kenneth Smith
Membre du Summer Institute of Linguistics, docteur en Linguistique (université de Pennsylvanie).
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