Introduction à la quatrième partie
p. 373
Texte intégral
1L’Europe est plongée à partir de 1792 dans un conflit majeur, une guerre de dix ans, opposant schématiquement les forces révolutionnaires, républicaines, aux armées des monarchies et de la contre-révolution. Cette grande guerre modifie profondément l’équilibre militaire et territorial du continent, au gré des succès et des revers des coalitions (de 1793 et de 1799) dressées contre la France et ses partenaires, de Valmy à la paix d’Amiens. Pendant cette décennie, la guerre change de nature et de signification. Les relations traditionnelles entre les diplomates, les militaires et les peuples sont transformées par les révolutions idéologiques et sociales. La France crée progressivement les contours d’une armée nationale, où tout citoyen serait soldat et tout soldat citoyen. La relative primauté des responsables politiques sur les états-majors, la politisation des volontaires amalgamés aux professionnels, la mobilisation des forces vives de la République permettent un redressement étonnant à partir de l’été 1793 et une expansion des armées françaises de l’an II dans les pays voisins, à partir d’énoncés contradictoires des buts de guerre. De défensive et nationale, la guerre devient une guerre de « libération » des peuples, puis de garantie des frontières naturelles, puis de Grande Nation, appuyée sur des conquêtes et des républiques sœurs. Les « missionnaires armés » déclenchent ou soutiennent des mouvements révolutionnaires dans tous les pays qu’ils traversent. La stratégie classique de la bataille en ligne et de la guerre de siège est profondément modifiée par la supériorité numérique, la charge par colonnes profondes et la « motivation patriotique » des Français, de l’aveu même de leurs adversaires et des observateurs étrangers. Des ébauches d’armées révolutionnaires nationales se constituent en Pologne et dans les Républiques batave, helvétique sous le Directoire. Parallèlement, la reprise de la « guerre maritime de Cent Ans » entre la France et l’Angleterre se traduit par une emprise quasi définitive de l’hégémonie britannique sur les océans, malgré des dépenses exorbitantes. Paradoxalement, d’autres guerres civiles, menées contre la Révolution (Vendéens, esclaves soulevés de Saint-Domingue) expérimentent des formes nouvelles de guérilla et de guerre anticoloniale. Mais l’idéologie ne suffit pas à transcender la guerre de conquête, fut-ce au nom du despotisme de la liberté. Quand le pouvoir des militaires s’impose aux dirigeants politiques, la diplomatie et les buts de guerre changent de signification. Quand la guerre nourrit la guerre, l’occupation déclenche des réactions et des révoltes prévisibles. Reste alors posée la question de la légitimité des guerres de la Révolution et de la contribution de cette décennie décisive aux utopies de paix perpétuelle et de garantie des droits des gens et des peuples qui avaient traversé le siècle des Lumières et animé les débats de la Constituante.
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