Avant-propos
p. 7-8
Texte intégral
1Cet essai s’est imposé, comme fruit de la nécessité et du devoir. La nécessité découlait d’une expérience de « longue durée » de l’histoire de la Révolution française, jalonnée de recherches et de publications. Il nous a semblé passionnant de réfléchir à une question de concours ouverte dans les problématiques, les espaces couverts et originale par la réflexion sur les rapports entre les « révoltes » et les « révolutions ». Faire œuvre pédagogique en s’adaptant à de nouvelles logiques fut ainsi le point de départ. Le devoir a consisté à assimiler des contenus nouveaux, à confronter en permanence des thèmes et des notions jusque-là séparés ou réputés contradictoires.
2L’histoire des révolutions est par nature passionnée et polémique. Des écoles s’affrontent dans chaque pays pour interpréter la ou les révolutions : « progressiste » et « révisionniste » aux États-Unis, « classique » ou « marxiste » et « libérale » ou « révisionniste » en France, « contre-révolutionnaire » dans les deux pays. Les affrontements sont d’autant plus virulents que la charge idéologique est forte. L’occasion était unique de tenter de dépasser le stade des polémiques, en parcourant les espaces communs (acteurs, pratiques, idéologies, mentalités) et les multiples processus révolutionnaires expérimentés en Europe et dans les « nouveaux mondes » américains, dans les décennies 1773-1802.
3Nos recherches ont tenté de cerner les contours logiques, chronologiques et géopolitiques d’une question complexe. Elles ont été facilitées par le profond renouveau des histoires nationales dans « l’ère des révolutions (1770-1799, 1773-1802 ?) », particulièrement au moment des bicentenaires de la révolution américaine, puis de la Révolution française, qui fut aussi le temps des bicentenaires des révolutions batave, polonaise, belge, entre autres. Nous nous sommes replongés dans les grands ouvrages « classiques » abordant l’ensemble de la question (Georges Lefebvre, Jacques Godechot), tentant parallèlement de retrouver le contexte général de l’époque, l’environnement intellectuel (les Lumières), la pensée politique, diplomatique, militaire qui éclaire une partie de ces transformations. Une retraite « spirituelle » à la bibliothèque du musée de la Révolution à Vizille a constitué la propédeutique la plus stimulante à ce travail de fond.
4À partir de cette étape, le plan d’écriture s’est imposé, pratiquement de lui-même. Le reste n’a pas été une formalité, mais presque. Toutefois, les ambitions et les limites de cet ouvrage imposent quelques explications. Bien qu’il ne soit plus possible aujourd’hui d’embrasser une production éditoriale de plus en plus savante et spécialisée, nous avons tenté de réfléchir à l’ensemble de la question, dans une démarche raisonnée et synthétique, renvoyant pour des analyses plus érudites aux ouvrages collectifs qui vont couvrir toute la question, à moyen terme. Nous n’avons pas tenté une bibliographie exhaustive (accessible par ailleurs), mais adapté les références à notre propre démarche, en conservant les publications les plus accessibles en langue française. Les chantiers historiographiques ont été délibérément « allégés », pour progresser dans la confrontation des expériences révolutionnaires. L’accent a été mis sur des domaines que l’on peut considérer comme « périphériques » (la famille, l’armée, la culture, les arts et les sciences, l’administration, la justice), mais révélateurs (à notre sens) des tendances profondes des révolutions. La place accordée à la Révolution française est liée à une pratique de près de quarante années de recherches et d’enseignement, autant qu’à une appréciation des centres de gravité de l’ensemble du sujet. Mais, loin de se refermer sur une illusoire « exception française », elle est ouverte aux apports récents de la recherche européenne et « atlantique » relative à l’ère des révolutions. Nous espérons que cette conception (audacieuse ?) de la question de concours contribuera au décloisonnement des échanges entre historiens, pour préparer cette histoire européenne « totale », qui fait tant défaut de nos jours. En tout état de cause, il ne peut s’agir que d’un « essai », en des délais d’écriture aussi ramassés, avec ses zones d’ombres et des redites, mais ses repères indispensables (chronologiques ou financiers). Nous le revendiquons cependant comme l’aboutissement d’un travail et d’une vocation, tout en ayant renoncé à des prises de positions « personnalisées », en application des principes logiques et pédagogiques de préparation au concours.
5Ce livre est d’ailleurs naturellement dédié à nos maîtres en Révolution(s) ; à nos étudiants de Paris et de Rennes, particulièrement à ceux qui ont entretenu la flamme de la recherche, en menant à bien des maîtrises actuellement si menacées ; à ma famille, dont la patience a été mise à rude épreuve, mais dont les encouragements ont été si précieux. Merci au personnel du musée de la Révolution, pour son exceptionnelle disponibilité et à l’équipe technique des Presses universitaires de Rennes, à Pierre Corbel et Michaël Delabrosse ! Il ne reste plus qu’à souhaiter bon courage à ceux qui vont affronter les contraintes du concours et à tous les membres de la corporation des historiens des révolutions, même si les corporations ont été abolies par les révolutions européennes, il y a plus de deux siècles !
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