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    Plan détaillé Texte intégral Lutter contre la subversion communiste internationale Un anticommunisme militaire persistant malgré l’évolution du PCF Conclusion Notes de bas de page Auteur

    L’anticommunisme en France et en Europe

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Parti d’ordre ou acteur subversif ?

    L’armée française face au Parti communiste français en temps de guerre froide (1968-1981)

    Maxime Launay

    p. 285-296

    Texte intégral Lutter contre la subversion communiste internationale Contre-espionnage et protection des secrets de l’État La contre-ingérence : la crainte d’une déstabilisation des armées européennes Lutter contre l’ennemi intérieur sur le plan opérationnel Un anticommunisme militaire persistant malgré l’évolution du PCF La stratégie du PCF Des effets limités Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Censée se conformer à une stricte neutralité républicaine, l’armée française conserve un fort anticommunisme malgré la « Détente » ouverte dans les relations Est-Ouest depuis les années 1960 et le rapprochement franco-soviétique initié par le général de Gaulle1. Institution dont la mission est d’anticiper et de se préparer à faire face aux menaces qui viendraient atteindre la sécurité et les intérêts de la France, l’armée continue à penser le Parti communiste français (PCF) comme un adversaire au service des intérêts de l’URSS.

    2Une fois passée la crise de 1968 au cours de laquelle il a estimé que la prise du pouvoir par la force était inenvisageable2, le PCF s’est pour sa part attaché à rester dans son rôle de parti politique républicain respectueux de la légalité. Première force de l’opposition, il bénéficie à gauche d’une position dominante avec ses 20 % de suffrages obtenus aux scrutins législatifs de 1968 et ses 457 000 militants revendiqués3. Comme l’expliquent Stéphane Courtois et Marc Lazar, les années 1970 sont pour le PCF une période d’embellie marquée par « une stratégie audacieuse4 » fondée sur l’union de la gauche et une volonté de prendre ses distances avec l’URSS. Agissant comme un parti de gouvernement, le PCF se prépare à l’éventualité de l’exercice du pouvoir et s’intéresse pour cela à l’armée, dont il espère séduire les cadres et les rassurer quant à ses intentions en matière de défense nationale.

    3Les enquêtes d’opinion montrent à ce titre un paradoxe : si le PCF est devenu aux yeux des Français un parti comme les autres (pour 43 % contre 35 % d’avis contraires5), près de la moitié des personnes interrogées est opposée à ce que le président de la République ou le ministre de la Défense soit un communiste si la gauche parvenait au pouvoir, preuve que la direction du pays par le PCF, et plus particulièrement son noyau dur, le domaine régalien, suscite encore de fortes réticences6. De tous les partis politiques, il reste celui dont le patriotisme est le plus mis en doute tant il reste associé à Moscou7.

    4À la croisée des travaux consacrés à la politisation du renseignement8 et de ceux dédiés à l’histoire du communisme français9, cette recherche s’inscrit dans la continuité des publications consacrées à l’anticommunisme d’État10 et notamment à celui de l’institution militaire11. Elle repose sur l’exploitation des archives conservées par le Service historique de la Défense (SHD) et les Archives nationales (AN). Les notes du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) et de la direction de la Sécurité militaire (DSM) montrent la grande attention des autorités pour contrôler et surveiller en interne l’institution militaire, tant sur le plan de l’espionnage que pour déceler et réprimer les tentatives de subversion. En parallèle, l’action du PCF est passée à la loupe, sur le plan national comme au plan local. À partir d’une documentation ouverte ou de renseignements qu’elle tire de ses informateurs, les Renseignements généraux (RG) et la DSM consacrent de nombreux rapports sur les activités du PCF12.

    5En articulant l’étude des problèmes intérieurs et des enjeux internationaux, il s’agira de comprendre la persistance de l’anticommunisme au sein de l’armée malgré l’évolution du PCF au cours des années 1970.

    6Deux dynamiques, qui seront étudiées successivement, forment la relation entre les militaires et le PCF entre 1968 et 1981 : d’abord l’anticommunisme d’État auquel l’armée se livre dans le contexte de la guerre froide, ensuite la tentative de rapprochement des communistes à l’égard de l’institution militaire. À travers ces deux dimensions, c’est toute l’ambivalence du PCF qui se révèle ici, celui d’un parti vecteur d’ordre tout en étant perçu comme un acteur subversif.

    Lutter contre la subversion communiste internationale

    Contre-espionnage et protection des secrets de l’État

    7La lutte contre l’influence de l’URSS en France est presque aussi ancienne que la révolution bolchevique13. Aux côtés de la police, l’armée a toujours été une composante importante du contre-espionnage à l’encontre des services secrets soviétiques. Dans le cadre d’une stratégie globale susceptible de renforcer ses moyens d’action extérieure, l’URSS dirige de façon constante son action subversive et d’espionnage dans les domaines diplomatique, économique et technologique, menaçant directement la défense nationale de la France. De nombreuses affaires ont défrayé la chronique, à commencer par celle de Georges Pâques en 1963, un haut fonctionnaire passé par l’état-major de la Défense nationale et par l’OTAN et qui s’est révélé être au service du KGB pendant 19 ans14.

    8Les multiples crises qui ont émaillé les relations franco-soviétiques et l’attitude du PCF – soutien de la cause anticoloniale, adepte de l’antimilitarisme révolutionnaire à la fin des années 1920, partisan réitéré du pacifisme à travers son histoire, aligné sur le pacte germano-soviétique en 1939 – ont nourri une obsession anticommuniste dont l’institution militaire ne s’est jamais réellement départie. Dénoncé dans la presse comme le parti de l’étranger, le PCF reste, pour nombre de militaires, une organisation au service de l’espionnage et de la propagande soviétiques15. L’intensité du dialogue entre les superpuissances dans les années 1970 et la distance prise par les partis communistes ouest-européens avec le PCUS16 n’ont pas fondamentalement changé la donne. La surveillance des organisations communistes se poursuit par conséquent et alimente au contraire, dans certains secteurs du monde de la Défense, un sentiment obsidional.

    9Au cœur de cette lutte, les services de renseignement s’attellent à combattre les tentatives d’ingérence, d’espionnage et d’atteinte aux secrets de l’État. Le danger présenté par les militaires français d’origine étrangère, les séjours dans les pays du bloc soviétique, les vulnérabilités des personnels qui y possèdent des attaches familiales, sont autant de points de vigilance dûment identifiés par les officiers de sécurité17. À ce titre, les compromissions par attachement sentimental font l’objet d’une attention particulière. C’est le cas par exemple d’un officier épris d’une femme venue des pays de l’Est et qui s’est révélée être au service des services spéciaux. Rendu sciemment complice de l’implantation en France d’une espionne, il a été chassé de l’armée et a été traduit devant la Cour de Sûreté de l’État18.

    10La crainte que les communistes français viennent prêter main-forte aux services secrets soviétiques s’observe aussi à propos des secrets technologiques. Les syndicalistes de la CGT des entreprises concernées par les marchés secrets ou placés sous la tutelle du ministère de la Défense font à cet égard l’objet d’un traitement spécifique. Si toute forme de représentation syndicale est explicitement exclue du statut des personnels militaires19, il en va autrement des salariés civils de l’industrie d’armement, où les travailleurs syndiqués sont très représentés. Là encore, l’action de l’État est ancienne pour prévenir l’espionnage industriel, à l’exemple du démantèlement d’un réseau d’informateurs qui, au début des années 1920, avait mobilisé des syndicalistes cégétistes travaillant pour la défense nationale afin de livrer aux Soviétiques des informations sur les développements de l’aéronautique français20.

    11Un demi-siècle plus tard, le processus d’habilitation au secret-défense montre que cette méfiance n’a pas disparu. Chargée de surveiller les tentatives d’ingérence et d’émettre des avis de sécurité sur les personnels civils et militaires travaillant pour la défense nationale, la DSM a pour politique de refuser systématiquement l’habilitation à tout syndicaliste affilié à la CGT21. Cette fermeté s’appuie sur les dispositions du protocole de sécurité de l’OTAN approuvé au début de la guerre froide, à une période où la tension américano-soviétique justifiait aux yeux du bloc de l’Ouest la lutte contre toute personne suspectée d’être communiste22. Du point de vue des autorités, les liens entre le PCF et Moscou constituent une sérieuse vulnérabilité menant à un risque de compromission. Ils légitiment donc, selon elles, que le droit syndical sorte, dans la pratique, du droit commun, la protection du secret l’emportant sur les droits individuels du travailleur23. La règle n’est pas publique – elle ne repose sur aucune disposition légale et restreint les dispositions de la Constitution relatives à la liberté d’opinion – mais elle est appliquée officieusement par les dirigeants d’entreprises et connue des syndicalistes eux-mêmes24.

    12La DSM est cependant tentée de changer de position après Mai 1968. Les événements du printemps ont montré que la dureté des syndicalistes de la CGT n’excluait pas le respect des impératifs nationaux en matière de protection du secret et de préservation des outils de travail. Aux yeux du service de renseignement, la réalité des sentiments nationaux des syndicalistes justifie plus de souplesse dans l’émission des avis de sécurité. Cet argument n’est toutefois pas entendu par le ministre de la Défense nationale, le gaulliste Michel Debré, qui refuse tout assouplissement25.

    La contre-ingérence : la crainte d’une déstabilisation des armées européennes

    13L’intense activité à laquelle se livre l’URSS en Europe de l’Ouest conduit aussi l’armée française à agir contre les manœuvres d’infiltration des communistes dans les forces armées. Les notes des services montrent à ce titre les craintes que les actions entreprises par les PC d’Europe en direction des armées soient le fruit de directives données par Moscou26.

    14Selon les services, les communistes auraient trois objectifs dans le domaine militaire. Sensibiliser d’abord les opinions publiques par de vastes campagnes sur la crise que traverseraient nombre d’armées européennes, en particulier en France et en Italie, en soulignant en particulier la baisse des budgets et des effectifs ainsi que la dégradation de la condition militaire. Entreprendre ensuite un dénigrement systématique des hiérarchies militaires, jugées inféodées aux gouvernements et responsables de cette détérioration des armées. Pénétrer enfin les rangs des cadres subalternes et de la troupe afin de constituer des noyaux communistes dans les armées nationales, dans un contexte où, au Portugal, la révolution des Œillets fut largement l’œuvre d’officiers subalternes. Des renseignements font, en effet, état de tentatives en France, à l’exemple de la mission confiée en 1968 à un membre des Jeunesses communistes de constituer une cellule communiste à l’École nationale des sous-officiers d’active27, ou encore du démantèlement d’une cellule dans les Forces françaises en Allemagne en 1970 juste après qu’elle a eu le temps de diffuser un tract au sein de la caserne28.

    15Pour l’armée il est clair que, sous couvert de promotion des libertés publiques et d’amélioration de la condition militaire – thèmes alors très présents dans le débat public –, ces tentatives d’ingérence visent à instrumentaliser l’antimilitarisme en vogue depuis 1968 et à l’inscrire dans la perspective plus générale de la confrontation entre le bloc soviétique et les démocraties occidentales. En réalité, ces cellules sont constituées non par des officiers, mais par des appelés et relèvent plus de la propagande au sein du contingent que d’une stratégie d’ingérence délibérée et pilotée depuis Moscou. L’extrême gauche, et notamment les trotskistes de la Ligue communiste révolutionnaire, développe d’ailleurs en parallèle une véritable stratégie « d’agit-prop » dans les casernes et lance, en 1974, l’appel des Cent, qui réclame une amélioration des conditions du service national, puis multiplie les comités de soldats dans l’ensemble du pays29. Face à l’ampleur de cette vague antimilitariste et aux vives réactions qu’elles suscitent dans l’armée et dans l’opinion publique, le Parti communiste donne instruction à ses militants de s’en tenir éloignés et fustige une stratégie qu’il juge gauchiste30.

    Lutter contre l’ennemi intérieur sur le plan opérationnel

    16Au-delà des services de renseignement, le rôle de l’armée est plus fondamentalement de préparer une potentielle guerre contre l’URSS. Au croisement de la guerre nucléaire et de la guerre contre-subversive, les militaires entendent être en capacité de combattre à la fois l’ennemi aux frontières et l’ennemi intérieur31. Ce dernier, s’il n’est pas nommé publiquement, désigne bien un PCF qui deviendrait clandestin en cas de guerre et fonctionnerait telle une cinquième colonne32.

    17La Défense opérationnelle du territoire (DOT), dispositif typique de la guerre froide, permet de comprendre le rôle confié aux armées à l’intersection de la défense extérieure et de la défense intérieure de la France33. Pilier de la défense nationale aux côtés des forces stratégiques et des forces de manœuvre, elle a pour mission de protéger le sol français en cas de guerre et de défendre les points névralgiques de l’État. Si sa doctrine ne nomme pas officiellement l’ennemi, le but de la DOT est de faire face à une invasion du territoire combinée à l’action de commandos ennemis infiltrés ou parachutés (les Soviétiques) ou de groupes français ralliés à la même idéologie (les communistes français). Héritière directe des dispositifs mis en place au début de la guerre froide et dans le contexte des guerres de décolonisation34, la DOT se devait d’être le ferment d’une nouvelle résistance en cas d’occupation du territoire, sur le modèle des maquis de la Seconde Guerre mondiale. Des manœuvres nationales sont régulièrement organisées par l’état-major des armées pour exercer au combat les troupes face au risque d’une attaque d’un « État rouge », c’est-à-dire l’URSS bien qu’elle ne soit pas désignée explicitement35.

    18Ancrées dans une routine organisationnelle, repliées depuis 1962 dans les frontières étroites de l’hexagone, désormais tournées largement vers l’Est, les armées françaises conservent donc un fort anticommunisme sans toutefois véritablement prendre en compte l’évolution du PCF.

    Un anticommunisme militaire persistant malgré l’évolution du PCF

    19L’anticommunisme des militaires doit aussi être considéré à l’aune de la stratégie du PCF. Acceptant les institutions de la Ve République, le PCF se doit de prendre en considération les questions régaliennes et de tenir compte du lourd héritage laissé par le général de Gaulle en la matière. Longtemps critique, notamment contre la nucléarisation des forces, il entame un long travail de réflexion et de séduction des militaires.

    La stratégie du PCF

    20Les armées sont placées au cœur de la chronique politique des années 1970 en raison des nombreuses et multiples critiques qui leur sont adressées sur leurs missions et leur place dans la société française, qu’il s’agisse du rôle de maintien de l’ordre qu’on leur prête en cas d’insurrection, des essais nucléaires dans le Pacifique qui suscitent une réprobation internationale, ou encore du service national critiqué – en particulier à gauche – pour son organisation jugée désuète et sa finalité considérée comme inadaptée aux mutations de la guerre moderne. Ce contexte conduit le PCF, comme la plupart des partis politiques, à faire des propositions.

    21C’est plus à une conception de l’armée qu’à l’armée elle-même que les reproches sont adressés par le PCF. Sa position de principe est de défendre un « statut démocratique du soldat », conçu pour être moins démagogique, donc plus crédible, que l’appel des Cent. L’attitude des communistes est de contrebattre les thèses de l’antimilitarisme systématique de la nébuleuse d’extrême gauche pour, au contraire, apporter des arguments en faveur d’une armée puissante, fondée sur le service national (et non une armée professionnelle), et d’une formation militaire poussée aux réservistes. Si le PCF ne refuse pas de soutenir les militants de gauche frappés par des sanctions dans les casernes, sa démarche cherche à contrarier l’action des gauchistes en tentant de récupérer l’antimilitarisme d’une partie de la jeunesse et d’atteindre par sa propagande les corps des officiers et des sous-officiers afin d’apparaître sous un nouveau jour pour eux : celui d’un parti raisonnable et patriote, parfaitement au fait des questions militaires, soucieux de corriger les défaillances provoquées par la transformation du système de défense depuis 195836. À cette fin, une commission chargée d’étudier les problèmes de défense est confiée au député de Paris, Louis Baillot37, assisté du colonel Rol-Tanguy, et un effort de propagande est entrepris à travers une documentation dédiée aux militaires et aux jeunes du contingent38.

    22La défense nationale, parce qu’elle concerne directement 870 000 personnels, a aussi une dimension électorale. Conscients de la méfiance des militaires à leur égard, les communistes cherchent à ouvrir un dialogue sur le thème de la dégradation matérielle de l’armée. Entre tentative de séduction d’une clientèle et définition d’une politique de défense, l’équilibre est délicat à trouver pour affirmer à la fois une crédibilité dans le domaine régalien et répondre aux aspirations d’une gauche encore très critique à l’égard de l’institution militaire.

    23Les efforts du PCF ne sont d’ailleurs pas sans trouver quelques échos chez certains militaires qui peuvent se retrouver dans un discours communiste qui insiste sur la valeur de l’engagement absolu et le désintéressement à l’égard de l’argent. L’exaltation du patriotisme, à l’image de Jacques Duclos qui explique avec ferveur lors de la campagne présidentielle de 1969 que le drapeau tricolore est d’abord le drapeau du travailleur, car c’est le sang de la nation, ne laisse pas non plus indifférent. C’est ce qu’exprime d’une certaine façon Pierre Sergent, ancien officier français de la Légion étrangère qui fut l’un des chefs de l’Organisation de l’armée secrète, dans son ouvrage Lettres aux officiers :

    « Devant le désordre actuel, les communistes se veulent garants de l’ordre. Les officiers savent que l’Armée rouge demeure, en Union soviétique, le bastion des valeurs les plus traditionnelles. La discipline n’y souffre aucune discussion, les sous-officiers y sont craints, les officiers respectés. Le drapeau y revêt le caractère sacré qu’il perd chaque jour davantage en Occident. Dans les camps de pionniers, des enfants veillent sur la flamme qui symbolise le sacrifice des soldats soviétiques tombés durant la dernière guerre39. »

    24Au-delà de ces militaires qu’on ne peut raisonnablement pas qualifier de philocommunistes, c’est plus généralement sur la thématique de l’indépendance nationale que le PCF s’adresse aux électeurs. Les communistes sont conscients que leurs critiques ne peuvent aller jusqu’à contredire l’idée d’une diplomatie indépendante, principe essentiel de la politique militaire du général de Gaulle et de ses successeurs. Estimant que l’anticommunisme et l’antisoviétisme ont perdu de leur efficacité, le PCF en appelle aux patriotes gaullistes. À cette fin, il se rapproche de certains officiers gaullistes de gauche qui ne partagent pas l’anticommunisme de leurs camarades, à l’image du général Georges Buis et de l’amiral Antoine Sanguinetti. Bien qu’ils ne soient pas communistes, ces deux officiers n’ont pas hésité à dialoguer avec eux et à mettre à leur service leur expertise sur l’armement nucléaire français auquel le parti est hostile depuis le début40. C’est d’ailleurs dans L’Humanité que l’amiral Sanguinetti critique la politique militaire de Valéry Giscard d’Estaing, ce qui constitue la première intervention, depuis plusieurs années, d’un militaire de haut rang dans un journal communiste41.

    25Si ce rapprochement peut être mis sur le compte de personnalités iconoclastes au sein des armées, il reste que l’institution militaire a aussi intérêt à développer un consensus sur la défense nationale. Des visites sur les sites des Forces nucléaires stratégiques sont ainsi organisées pour les élus, parmi lesquels des personnalités communistes comme Jacques Duclos42. À ce titre, la découverte des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ne manque pas d’impressionner les visiteurs43. L’influence s’exerce donc dans les deux sens.

    26Au même moment, le PCF envoie aussi des signaux à propos de ses relations avec l’URSS et du mouvement communiste international44. À l’heure des polémiques sur le Goulag, le parti entend démontrer son attachement à la démocratie par l’adoption d’une déclaration sur les libertés en 1975 et par l’abandon de la notion de dictature du prolétariat l’année suivante. Georges Marchais rappelle publiquement que « c’est à Paris et non à Moscou que se détermine dans tous les domaines la politique du PCF45 » et proclame « Vive le socialisme aux couleurs de la France » lors du XXIIe congrès de février 1976. Ce mouvement critique trouve un point de convergence à travers la formule générique de l’eurocommunisme, mais cette stratégie n’est pas sans provoquer des remous à l’intérieur même du PCF, où de nombreux militants orthodoxes ont du mal à accepter les nouvelles analyses de la direction46.

    27Pour autant, les échanges avec des émissaires du PCUS demeurent une constante de l’activité internationale du PCF. La coopération normale avec les « partis frères » se poursuit, à l’image d’un déplacement de Louis Baillot à Moscou en février 197947. La dégradation des relations internationales au tournant de l’année 1979-1980 conduit toutefois à un retour à l’orthodoxie et souligne les effets limités des efforts entrepris par le PCF dans le domaine militaire.

    Des effets limités

    28Plusieurs raisons ont empêché le PCF d’atténuer l’anticommunisme des militaires. Le gouvernement a joué un rôle certain en ne cessant jamais de convoquer l’anticommunisme dans les années 1970, à l’image du ministre de l’Intérieur, Michel Poniatowski, qui qualifie, au Palais Bourbon, le PCF d’« organisation de désordre et d’illégalité48 ». La culture communiste elle-même est durement ressentie par les militaires en ce qu’elle reste largement nourrie d’antimilitarisme et de pacifisme. Si le PCF s’est rallié à l’armement nucléaire en 1977 au nom de l’indépendance nationale, le choix de lancer une campagne pour la paix et le désarmement lors de la crise des euromissiles conforte l’hostilité des militaires. L’attitude du PCF apparaît, en effet, comme un réalignement unilatéral sur les positions soviétiques face à ce qu’il dénonce comme l’impérialisme américain. Rappelons qu’au début des années 1980, l’URSS dirige vers l’Europe 550 SS 20, dispose de 4 943 lanceurs (2 373 fusées et 2 570 avions) et d’environ 9 775 ogives nucléaires49.

    29L’anticommunisme reste donc niché dans la pensée militaire. L’ouvrage de stratégie-fiction publié en 1979 par le lieutenant-colonel Guy Doly, La 6e colonne. Si les Russes attaquaient50, en est une bonne démonstration : prolongeant des articles et des ouvrages sérieux sur la stratégie qu’il avait fait paraître antérieurement, l’auteur imagine une France qui subirait conjointement des frappes nucléaires soviétiques, une invasion de son territoire et le travail de sabotage d’une cinquième colonne de communistes français et de militaires soviétiques infiltrés, jusqu’à la mise en place d’une « République populaire de France ». Soutenu par sa hiérarchie, l’ouvrage n’a pu être publié que grâce à l’autorisation des autorités civiles et militaires, qui ne voyaient pas d’un mauvais œil une telle action de sensibilisation auprès de la population51. Il livre en creux la vision d’un officier anticommuniste et souligne la participation des militaires à la réflexion stratégique en temps de guerre froide.

    30La vigueur de l’anticommunisme s’explique aussi pour des raisons internes à la vie politique française. Le PCF subit en effet la concurrence du PS qui, par sa liberté de débat et d’organisation interne, peut facilement se distinguer auprès des militaires d’un PCF jugé encore stalinien. Le travail de réseaux que Charles Hernu développe pour le compte de François Mitterrand durant les années d’opposition est, à ce titre, bien plus efficace que les tentatives communistes à l’endroit des militaires52.

    31En 1981, l’arrivée des socialistes au pouvoir n’est pas un drame. Si la perspective de voir les chars soviétiques place de la Concorde, agitée par les giscardiens, ne repose sur aucune réalité, l’entrée de quatre communistes au gouvernement suscite par contre des préventions au sein de l’institution militaire, même si le PCF ne pèse plus guère après ses résultats décevants aux législatives53. Le choix de retirer à Charles Fiterman, ministre communiste des transports au sein du gouvernement Mauroy, l’autorité sur les transports militaires – essentiels en cas de mobilisation générale – vient en outre rassurer les armées ainsi que l’allié américain.

    Conclusion

    32Animés par leur traditionnel anticommunisme d’État, les militaires n’ont pas su voir, au lendemain de Mai 68, que la déstabilisation ne viendrait pas d’un PCF subversif, mais d’une nébuleuse d’extrême gauche largement sous-estimée dans les rapports de leurs services54. Cette cécité paralyse les autorités civiles et militaires lors de la crise antimilitariste de 1974-1975 et montre, de ce point de vue, les limites de l’approche des mouvements contestataires par les services de renseignement dans les années 1968. Travaillés par la crainte d’un complot international et dédiés au maintien de l’ordre, ils oublient les causes de ces contestations nées au sein d’une société française qui évolue en profondeur depuis les années 1960. Alors que PCF est soucieux d’apparaître comme un parti d’ordre, c’est cette nébuleuse d’extrême gauche qui entend pousser les revendications libertaires de la jeunesse en ébullition de l’après Mai 68.

    33Les archives montrent néanmoins que les tentatives de rapprochement du PCF avec les militaires se sont heurtées à un mur. La configuration politique des années 1968 ne pouvait pas confiner l’institution militaire à un apolitisme de principe et la contraindre à abandonner son vieil anticommunisme. Cette période fut à la fois le moment d’une confirmation du ralliement des communistes aux principes de la défense nationale à travers leur acceptation de la dissuasion nucléaire, et celle d’une méfiance tenace des militaires par antisoviétisme, en raison d’abord de la crainte d’une menace subversive, puis de la crise des euromissiles. S’il ne faut pas négliger l’imaginaire collectif au sein des forces armées, les tensions de la « nouvelle guerre froide » au seuil des années 1980 se fondaient sur une situation bien réelle et particulièrement dangereuse aux yeux d’une institution militaire dont la raison d’être est de garantir la défense de la France.

    Notes de bas de page

    1Badalassi Nicolas, En finir avec la guerre froide. La France, l’Europe et le processus d’Helsinki, 1965-1975, Rennes, PUR, 2019 ; Soutou Georges-Henri, La guerre froide de la France. 1941-1990, Paris, Tallandier, 2018.

    2Rochet Waldeck, Les enseignements de mai-juin 1968, Paris, Éditions Sociales, 1968, p. 32-33.

    3Ils sont en réalité 311 000. Cf. Martelli Roger, Prendre sa carte. 1920-2009. Données nouvelles sur les effectifs du PCF, Paris, Fondation Gabriel-Péri et archives départementales de Seine-Saint-Denis, 2010, p. 43.

    4Courtois Stéphane et Lazar Marc, Histoire du Parti communiste français, Paris, PUF, 2000 (nouvelle éd., 2022), p. 361.

    5Enquête Paris Match effectuée auprès de 2 182 personnes interrogées entre le 26 avril et le 3 mai 1977. Sondages. Revue française de l’opinion publique, no 2-3, 1978, p. 109-110.

    6Ibid. La Défense est ainsi placée au dernier rang parmi la liste des ministères suggérés dans l’enquête : alors que 47 % des personnes interrogées s’opposent à un ministre de la Défense communiste, ce chiffre tombe à 23 % pour les Affaires sociales.

    7À la question : « parmi les partis politiques suivants, quel est, selon vous, le moins patriote ? », le PCF arrive en tête avec 21 %, suivi loin derrière par le Rassemblement pour la République (RPR) et les Républicains Indépendants (RI) qui obtiennent 5 % (à noter que 60 % des sondés sont « sans opinion »). SOFRES, L’opinion française en 1977, Paris, Presses de la FNSP, 1978.

    8Forcade Olivier et Laurent Sébastien-Yves, Secrets d’État. Pouvoirs et renseignement dans le monde contemporain, Paris, Armand Colin, 2005.

    9Pour une synthèse récente, se reporter à Martelli Roger, Vigreux Jean et Wolikow Serge, Le parti rouge. Une histoire du PCF, 1920-2020, Malakoff, Armand Colin, 2020.

    10Becker Jean-Jacques et Berstein Serge (dir.), Histoire de l’anticommunisme en France. 1917-1940, Paris, Olivier Orban, 1987. Voir plus récemment la thèse de Poulhès Louis, L’anticommunisme d’État à la fin de la IIIe République et aux débuts de l’occupation allemande, 1939-1942, thèse de doctorat d’histoire sous la direction de Jean Vigreux, université de Bourgogne-Franche Comté, 2018.

    11Vidal Georges, L’armée française et l’ennemi intérieur, 1917-1939. Enjeux stratégiques et culture politique, Rennes, PUR, 2015 ; Catros Simon, La guerre inéluctable. Les chefs militaires français et la politique étrangère, 1935-1939, Rennes, PUR, 2020.

    12SHD, DE 2007 ZB 20 13 à 19 : synthèses mensuelles produites par la DSM (1968-1981).

    13Forcade Olivier, La République secrète. Histoire des services spéciaux français de 1918 à 1939, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2008.

    14Guisnel Jean et Korn-Brzoza David, Au service secret de la France, Paris, Éditions de La Martinière, 2014, p. 130-137.

    15Catros Simon, « Entre apolitisme et anticommunisme. Les officiers des états-majors généraux et le Front populaire, 1936-1937 », Histoire, économie & société, vol. 38, no 4, 2019, p. 88-105 ; et Vidal Georges, L’armée française et l’ennemi intérieur, 1917-1939…, op. cit.

    16Heurtebize Frédéric, « Détente, eurocommunisme et dépassement des blocs durant la décennie 1970 : les espoirs contrariés du Parti communiste français », Histoire@Politique (en ligne), no 46, 2022.

    17« La Sécurité militaire. Cas concrets à l’usage des officiers de sécurité », 15 avril 1970. SHD, 2 S 26. Le document, qui a d’abord une visée pédagogique, ne fournit aucune précision circonstanciée sur cette affaire.

    18Ibid.

    19Art. 10 de loi no 72-662 du 13 juillet 1972 portant statut général des militaires, JORF, 14 juillet 1972, p. 7431.

    20Gotovitch, José et al., Komintern : l’histoire et les hommes. Dictionnaire biographique de l’Internationale communiste, Paris, Éditions de l’Atelier, 2001, p. 546-547 ; et Kauffer Rémi et Faligot Roger, As-tu vu Cremet ?, Paris, Fayard, 1991, p. 188-191.

    21Fiche no 13346/DSM/40 du général de brigade Routier, directeur de la DSM, au ministre d’État chargé de la Défense nationale, Michel Debré, « Le syndicalisme et la sécurité des secrets de défense nationale », 24 juillet 1969. SHD, DE 2007 ZB 20 25.

    22Marcel Chalet, directeur de la DST de 1975 à 1982, évoque ces dispositions, in Guisnel Jean et Korn-Brzoza David, Au service secret de la France…, op. cit., p. 139.

    23Warusfel Bertrand, Contre-espionnage et protection du secret. Histoire, droit et organisation de la sécurité nationale en France, Panazol, Lavauzelle, 2000, p. 320.

    24Ce qui a pu nourrir des protestations de représentants communistes et de la CGT. Ibid.

    25Dans une note manuscrite en marge, celui-ci précise : « Non, je ne suis pas favorable à cet assouplissement. » Fiche no 13346/DSM/40 du général de brigade Routier, directeur de la DSM, au ministre d’État chargé de la Défense nationale, Michel Debré, « Le syndicalisme et la sécurité des secrets de défense nationale », 24 juillet 1969. SHD, DE 2007 ZB 20 25.

    26SDECE, notes particulières, 1976. SHD, GR 1 R 1538 : Antimilitarisme en Europe.

    27Synthèse mensuelle de la DSM, juin 1968. SHD, 2 S 26.

    28« La Sécurité militaire. Cas concrets à l’usage des officiers de sécurité », 15 avril 1970. SHD, 2 S 26.

    29Nous nous permettons de renvoyer sur ce sujet à notre thèse : Launay Maxime, Une armée nouvelle ? La gauche et l’armée française (1968-1985). Antimilitarisme, libertés publiques, défense nationale, thèse de doctorat en histoire sous la direction d’Olivier Dard, Sorbonne Université, 2022, p. 237 sq.

    30Ce refus du PCF de « cautionner les groupes gauchistes » est rappelé régulièrement dans la presse, voir par exemple : Thierry Pfister, « Un meeting contre “la répression” donne lieu à un débat sur la constitution d’un “front révolutionnaire” », Le Monde, 20 mars 1970.

    31Ceyhan Ayse et Periès Gabriel (dir.), « Construire l’ennemi intérieur », Cultures & Conflits, no 43, 2001.

    32Texier Nicolas, « “L’ennemi intérieur” : l’armée et le Parti communiste français de la Libération aux débuts de la guerre froide », Revue historique des armées, no 269, 2012, p. 46-62 ; Villatoux Paul et Dubreil-Villatoux Marie-Catherine, La République et son armée face au péril subversif. Guerre et action psychologiques en France, 1945-1960, Paris, Les Indes savantes, 2005.

    33Bizard Alain, « La Défense opérationnelle du Territoire (DOT) », Pouvoirs, no 38, septembre 1986, p. 87-97.

    34Büttner Olivier et Martin Annie, « Imaginaires de guerre : l’ennemi intérieur en Guerre froide. France années 1950 », in Buton Philippe, Büttner Olivier et Hastings Michel (dir.), La Guerre froide vue d’en bas, Paris, CNRS Éditions, 2014, p. 21-39 ; Villatoux Marie-Catherine, La défense en surface. Le contrôle territorial dans la pensée stratégique française d’après-guerre (1945-1962), Vincennes, Service historique de la défense, 2009.

    35SHD, GR 15 R 24 : Manœuvres nationales ; manœuvres et exercices (1963-1969).

    36AN, 19810440/18, Renseignements généraux : armée nouvelle : notes et presse (1974-1975).

    37Fonds Louis Baillot (non coté) : archives du PCF (conservées place du Colonel-Fabien lors de leur consultation en 2018).

    38C’est le rôle confié au bulletin spécialisé du PCF intitulé Correspondance Armée-nation (1975-1996). Cf. aussi Marrane Jean, « Luttes populaires et défense nationale », Cahiers du Communisme, no 10, octobre 1973, p. 42-48.

    39Sergent Pierre, Lettre aux officiers, Paris, Fayard, 1975, p. 28.

    40Lettre de Georges Buis à Louis Baillot, 14 avril 1976. AD93, fonds Kanapa, 317 J 17. Cf. aussi Briere-Blanchet Claire et al., Georges Buis : le combat et l’écriture, Paris, Mémoires d’hommes, 2003, p. 59-60.

    41Entretien du vice-amiral d’escadre Sanguinetti avec M. Louis Baillot, L’Humanité-Dimanche, 16-22 juin 1976.

    42Note no 1.899/C.6 du ministre des Armées aux chefs d’état-major, 16 janvier 1974 : SHD, GR 1 R 1843 : SIRPA.

    43Témoignage oral de Robert Galley (2010). SHD, 2010 TO 7.

    44Courtois Stéphane et Lazar Marc, Histoire du Parti communiste français, op. cit., p. 372-374.

    45« M. Marchais : la politique du P.C.F. se détermine à Paris », Le Monde, 11 août 1975.

    46« Les liens entre le PCF et le PC d’URSS », 5 septembre 1979. AN, 20070670/188, RG : URSS (1953-1986).

    47Ibid.

    48JORF, Débats parlementaires – Assemblée nationale, 1re séance du 5 décembre 1975, p. 9435.

    49« Forces nucléaires soviétiques susceptibles de frapper la France à partir de leur lieu de stationnement normal », 3 février 1983. FJJ, 2 PS, 306.

    50François (pseu. Guy Doly), La 6e colonne. Si les Russes attaquaient, Paris, Stock, 1979.

    51Entretien avec Guy Doly, 30 juin 2022 et 4 août 2022 (par téléphone) ; sous-dossier « Autorisation de publier (1977-1979). Lieutenant-colonel Doly ». SHD, GR 2 T 172 : section moral information.

    52Launay Maxime, Une armée nouvelle ?, op. cit., p. 520 sq.

    53Le PC obtient 16,18 % des suffrages exprimés au premier tour, contre près de 37,6 % pour le PS.

    54Laurent Sébastien, « Ce que le renseignement ne peut pas dire. La surveillance de l’“adversaire intérieur” dans la France des années 1960 », in Cochet François et Dard Olivier (dir.), Subversion, anti-subversion et contre-subversion, Paris, Riveneuve Éditions, 2009, p. 299-307.

    Auteur

    • Maxime Launay

      IRSEM.

      Maxime Launay est docteur en histoire contemporaine (Sorbonne Université). Chercheur.

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    1Badalassi Nicolas, En finir avec la guerre froide. La France, l’Europe et le processus d’Helsinki, 1965-1975, Rennes, PUR, 2019 ; Soutou Georges-Henri, La guerre froide de la France. 1941-1990, Paris, Tallandier, 2018.

    2Rochet Waldeck, Les enseignements de mai-juin 1968, Paris, Éditions Sociales, 1968, p. 32-33.

    3Ils sont en réalité 311 000. Cf. Martelli Roger, Prendre sa carte. 1920-2009. Données nouvelles sur les effectifs du PCF, Paris, Fondation Gabriel-Péri et archives départementales de Seine-Saint-Denis, 2010, p. 43.

    4Courtois Stéphane et Lazar Marc, Histoire du Parti communiste français, Paris, PUF, 2000 (nouvelle éd., 2022), p. 361.

    5Enquête Paris Match effectuée auprès de 2 182 personnes interrogées entre le 26 avril et le 3 mai 1977. Sondages. Revue française de l’opinion publique, no 2-3, 1978, p. 109-110.

    6Ibid. La Défense est ainsi placée au dernier rang parmi la liste des ministères suggérés dans l’enquête : alors que 47 % des personnes interrogées s’opposent à un ministre de la Défense communiste, ce chiffre tombe à 23 % pour les Affaires sociales.

    7À la question : « parmi les partis politiques suivants, quel est, selon vous, le moins patriote ? », le PCF arrive en tête avec 21 %, suivi loin derrière par le Rassemblement pour la République (RPR) et les Républicains Indépendants (RI) qui obtiennent 5 % (à noter que 60 % des sondés sont « sans opinion »). SOFRES, L’opinion française en 1977, Paris, Presses de la FNSP, 1978.

    8Forcade Olivier et Laurent Sébastien-Yves, Secrets d’État. Pouvoirs et renseignement dans le monde contemporain, Paris, Armand Colin, 2005.

    9Pour une synthèse récente, se reporter à Martelli Roger, Vigreux Jean et Wolikow Serge, Le parti rouge. Une histoire du PCF, 1920-2020, Malakoff, Armand Colin, 2020.

    10Becker Jean-Jacques et Berstein Serge (dir.), Histoire de l’anticommunisme en France. 1917-1940, Paris, Olivier Orban, 1987. Voir plus récemment la thèse de Poulhès Louis, L’anticommunisme d’État à la fin de la IIIe République et aux débuts de l’occupation allemande, 1939-1942, thèse de doctorat d’histoire sous la direction de Jean Vigreux, université de Bourgogne-Franche Comté, 2018.

    11Vidal Georges, L’armée française et l’ennemi intérieur, 1917-1939. Enjeux stratégiques et culture politique, Rennes, PUR, 2015 ; Catros Simon, La guerre inéluctable. Les chefs militaires français et la politique étrangère, 1935-1939, Rennes, PUR, 2020.

    12SHD, DE 2007 ZB 20 13 à 19 : synthèses mensuelles produites par la DSM (1968-1981).

    13Forcade Olivier, La République secrète. Histoire des services spéciaux français de 1918 à 1939, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2008.

    14Guisnel Jean et Korn-Brzoza David, Au service secret de la France, Paris, Éditions de La Martinière, 2014, p. 130-137.

    15Catros Simon, « Entre apolitisme et anticommunisme. Les officiers des états-majors généraux et le Front populaire, 1936-1937 », Histoire, économie & société, vol. 38, no 4, 2019, p. 88-105 ; et Vidal Georges, L’armée française et l’ennemi intérieur, 1917-1939…, op. cit.

    16Heurtebize Frédéric, « Détente, eurocommunisme et dépassement des blocs durant la décennie 1970 : les espoirs contrariés du Parti communiste français », Histoire@Politique (en ligne), no 46, 2022.

    17« La Sécurité militaire. Cas concrets à l’usage des officiers de sécurité », 15 avril 1970. SHD, 2 S 26. Le document, qui a d’abord une visée pédagogique, ne fournit aucune précision circonstanciée sur cette affaire.

    18Ibid.

    19Art. 10 de loi no 72-662 du 13 juillet 1972 portant statut général des militaires, JORF, 14 juillet 1972, p. 7431.

    20Gotovitch, José et al., Komintern : l’histoire et les hommes. Dictionnaire biographique de l’Internationale communiste, Paris, Éditions de l’Atelier, 2001, p. 546-547 ; et Kauffer Rémi et Faligot Roger, As-tu vu Cremet ?, Paris, Fayard, 1991, p. 188-191.

    21Fiche no 13346/DSM/40 du général de brigade Routier, directeur de la DSM, au ministre d’État chargé de la Défense nationale, Michel Debré, « Le syndicalisme et la sécurité des secrets de défense nationale », 24 juillet 1969. SHD, DE 2007 ZB 20 25.

    22Marcel Chalet, directeur de la DST de 1975 à 1982, évoque ces dispositions, in Guisnel Jean et Korn-Brzoza David, Au service secret de la France…, op. cit., p. 139.

    23Warusfel Bertrand, Contre-espionnage et protection du secret. Histoire, droit et organisation de la sécurité nationale en France, Panazol, Lavauzelle, 2000, p. 320.

    24Ce qui a pu nourrir des protestations de représentants communistes et de la CGT. Ibid.

    25Dans une note manuscrite en marge, celui-ci précise : « Non, je ne suis pas favorable à cet assouplissement. » Fiche no 13346/DSM/40 du général de brigade Routier, directeur de la DSM, au ministre d’État chargé de la Défense nationale, Michel Debré, « Le syndicalisme et la sécurité des secrets de défense nationale », 24 juillet 1969. SHD, DE 2007 ZB 20 25.

    26SDECE, notes particulières, 1976. SHD, GR 1 R 1538 : Antimilitarisme en Europe.

    27Synthèse mensuelle de la DSM, juin 1968. SHD, 2 S 26.

    28« La Sécurité militaire. Cas concrets à l’usage des officiers de sécurité », 15 avril 1970. SHD, 2 S 26.

    29Nous nous permettons de renvoyer sur ce sujet à notre thèse : Launay Maxime, Une armée nouvelle ? La gauche et l’armée française (1968-1985). Antimilitarisme, libertés publiques, défense nationale, thèse de doctorat en histoire sous la direction d’Olivier Dard, Sorbonne Université, 2022, p. 237 sq.

    30Ce refus du PCF de « cautionner les groupes gauchistes » est rappelé régulièrement dans la presse, voir par exemple : Thierry Pfister, « Un meeting contre “la répression” donne lieu à un débat sur la constitution d’un “front révolutionnaire” », Le Monde, 20 mars 1970.

    31Ceyhan Ayse et Periès Gabriel (dir.), « Construire l’ennemi intérieur », Cultures & Conflits, no 43, 2001.

    32Texier Nicolas, « “L’ennemi intérieur” : l’armée et le Parti communiste français de la Libération aux débuts de la guerre froide », Revue historique des armées, no 269, 2012, p. 46-62 ; Villatoux Paul et Dubreil-Villatoux Marie-Catherine, La République et son armée face au péril subversif. Guerre et action psychologiques en France, 1945-1960, Paris, Les Indes savantes, 2005.

    33Bizard Alain, « La Défense opérationnelle du Territoire (DOT) », Pouvoirs, no 38, septembre 1986, p. 87-97.

    34Büttner Olivier et Martin Annie, « Imaginaires de guerre : l’ennemi intérieur en Guerre froide. France années 1950 », in Buton Philippe, Büttner Olivier et Hastings Michel (dir.), La Guerre froide vue d’en bas, Paris, CNRS Éditions, 2014, p. 21-39 ; Villatoux Marie-Catherine, La défense en surface. Le contrôle territorial dans la pensée stratégique française d’après-guerre (1945-1962), Vincennes, Service historique de la défense, 2009.

    35SHD, GR 15 R 24 : Manœuvres nationales ; manœuvres et exercices (1963-1969).

    36AN, 19810440/18, Renseignements généraux : armée nouvelle : notes et presse (1974-1975).

    37Fonds Louis Baillot (non coté) : archives du PCF (conservées place du Colonel-Fabien lors de leur consultation en 2018).

    38C’est le rôle confié au bulletin spécialisé du PCF intitulé Correspondance Armée-nation (1975-1996). Cf. aussi Marrane Jean, « Luttes populaires et défense nationale », Cahiers du Communisme, no 10, octobre 1973, p. 42-48.

    39Sergent Pierre, Lettre aux officiers, Paris, Fayard, 1975, p. 28.

    40Lettre de Georges Buis à Louis Baillot, 14 avril 1976. AD93, fonds Kanapa, 317 J 17. Cf. aussi Briere-Blanchet Claire et al., Georges Buis : le combat et l’écriture, Paris, Mémoires d’hommes, 2003, p. 59-60.

    41Entretien du vice-amiral d’escadre Sanguinetti avec M. Louis Baillot, L’Humanité-Dimanche, 16-22 juin 1976.

    42Note no 1.899/C.6 du ministre des Armées aux chefs d’état-major, 16 janvier 1974 : SHD, GR 1 R 1843 : SIRPA.

    43Témoignage oral de Robert Galley (2010). SHD, 2010 TO 7.

    44Courtois Stéphane et Lazar Marc, Histoire du Parti communiste français, op. cit., p. 372-374.

    45« M. Marchais : la politique du P.C.F. se détermine à Paris », Le Monde, 11 août 1975.

    46« Les liens entre le PCF et le PC d’URSS », 5 septembre 1979. AN, 20070670/188, RG : URSS (1953-1986).

    47Ibid.

    48JORF, Débats parlementaires – Assemblée nationale, 1re séance du 5 décembre 1975, p. 9435.

    49« Forces nucléaires soviétiques susceptibles de frapper la France à partir de leur lieu de stationnement normal », 3 février 1983. FJJ, 2 PS, 306.

    50François (pseu. Guy Doly), La 6e colonne. Si les Russes attaquaient, Paris, Stock, 1979.

    51Entretien avec Guy Doly, 30 juin 2022 et 4 août 2022 (par téléphone) ; sous-dossier « Autorisation de publier (1977-1979). Lieutenant-colonel Doly ». SHD, GR 2 T 172 : section moral information.

    52Launay Maxime, Une armée nouvelle ?, op. cit., p. 520 sq.

    53Le PC obtient 16,18 % des suffrages exprimés au premier tour, contre près de 37,6 % pour le PS.

    54Laurent Sébastien, « Ce que le renseignement ne peut pas dire. La surveillance de l’“adversaire intérieur” dans la France des années 1960 », in Cochet François et Dard Olivier (dir.), Subversion, anti-subversion et contre-subversion, Paris, Riveneuve Éditions, 2009, p. 299-307.

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    Launay, M. (2025). Parti d’ordre ou acteur subversif ?. In O. Dard, N. Castagnez, M. Launay, & J. Vigreux (éds.), L’anticommunisme en France et en Europe. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/145qn
    Launay, Maxime. « Parti d’ordre ou acteur subversif ? ». In L’anticommunisme en France et en Europe, édité par Olivier Dard, Noëlline Castagnez, Maxime Launay, et Jean Vigreux. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/145qn.
    Launay, Maxime. « Parti d’ordre ou acteur subversif ? ». L’anticommunisme en France et en Europe, édité par Olivier Dard et al., Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/145qn.

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    Dard, O., Castagnez, N., Launay, M., & Vigreux, J. (éds.). (2025). L’anticommunisme en France et en Europe. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/145rn
    Dard, Olivier, Noëlline Castagnez, Maxime Launay, et Jean Vigreux, éd. L’anticommunisme en France et en Europe. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/145rn.
    Dard, Olivier, et al., éditeurs. L’anticommunisme en France et en Europe. Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/145rn.
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