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    Plan détaillé Texte intégral ♦ Les religions et les interventions médicales sur le corps ♦ Les religions et les commandements relatifs au corps ♦ Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Corps et religions

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Corps et religions en Chine : une question simple mais aux multiples facettes

    Li Zhang

    p. 253-260

    Texte intégral ♦ Les religions et les interventions médicales sur le corps Au niveau de l’intégrité corporelle Au niveau de la procréation ♦ Les religions et les commandements relatifs au corps Le faible lien entre les religions et les tenues vestimentaires La controverse relative à la généralisation du logo halal ♦ Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1En Chine, le taoïsme, qui est une religion d’origine exclusivement chinoise, ainsi que le bouddhisme, l’islam et le christianisme, sous les formes du protestantisme et du catholicisme, sont les religions officiellement reconnues1. De ce fait, il nous est permis d’aborder les questions de croyance avec nos amis étrangers dans des langages plus ou moins communs. Cependant, par souci politique d’éviter toute influence idéologique étrangère, les pouvoirs publics chinois s’opposent à l’appartenance ou la soumission de groupes de croyants chinois à une quelconque autorité religieuse étrangère2. Ainsi, les communautés religieuses chinoises existent et se développent de façon indépendante et isolée, sous la dominance de l’athéisme et du matérialisme propre aux communistes.

    2Cet environnement, lié au régime politique de la nouvelle Chine fondée en 1949, n’est cependant pas la seule cause des particularités des religions dans ce pays. En effet, pour les Chinois ordinaires, la religion constitue traditionnellement un concept général et vague, ayant de nombreuses implications sur la vie quotidienne. S’il est vrai qu’un véritable croyant pratiquant chinois est fidèle à sa religion et ne vénère pas le seigneur d’une autre religion, il reste que, aux yeux du grand public, les différentes religions ne sont pas nécessairement exclusives les unes des autres. Prenons l’exemple de l’un des quatre grands romans classiques chinois, La Pérégrination vers l’Ouest, paru au xvie siècle, dont le héros principal – le Roi des singes – est connu de tous. Dans cet ouvrage, l’on retrouve tout à la fois les Bouddhas, qui relèvent bien entendu du bouddhisme, mais aussi beaucoup d’autres « dieux », lesquels sont quant à eux des êtres immortels du taoïsme. Or les lecteurs chinois ne sont pas nécessairement conscients de cette association, ce qui toutefois ne les empêche pas d’admirer la gaieté d’une vie au paradis. De même, dans la réalité, les différentes religions se mélangent souvent avec les sectes, cultes et coutumes traditionnels, ce qui rend flous les contours des ensembles religieux et met en évidence, en Chine, un pluralisme et un syncrétisme.

    3Ces caractéristiques se manifestent particulièrement dans la religion dite populaire, laquelle correspond à un amalgame de taoïsme, confucianisme, bouddhisme et traditions locales. Il s’agit d’un ensemble de croyances et pratiques traditionnelles qui est observé par la grande majorité de la population3, même si celle-ci se déclare souvent athée pour des motifs politiques. Ce refus d’afficher l’appartenance à une religion explique qu’il est difficile de recenser tant les religions que les religieux4. D’une manière générale, l’examen du vécu des religions en Chine montre que l’on se trouve davantage en présence d’une constellation de philosophies et de pratiques plutôt que face à des confessions.

    4D’ailleurs, les religions n’ont jamais été véritablement associées au pouvoir politique dans l’histoire de la Chine. Aucune religion n’y a été déclarée « religion d’État ». La laïcité a toujours été une réalité flagrante, ce à tel point que cette notion pourrait sembler vide de sens dans le contexte social chinois. Aujourd’hui s’ajoutent à ce contexte l’athéisme prédominant et l’emprise générale de l’État sur les affaires religieuses5. En effet, la Chine populaire a d’abord lutté contre toutes les religions pendant les années 1950, puis les a interdites pendant la Révolution culturelle, entre 1966 et 1976, avant de graduellement mettre en place un système de liberté sous contrôle avec l’arrivée de Deng Xiaoping au pouvoir. Ainsi l’impact « direct » des religions dans la vie sociétale chinoise est bien plus faible que dans les pays occidentaux.

    5Néanmoins, les religions ont un rôle « indirect » qui revêt une importance particulière dans un pays multiethnique comme la Chine, où, en dehors de l’origine ethnique majoritaire han, laquelle représente environ 90 % de la population, existent encore 55 ethnies minoritaires. Si les Hans n’ont pas d’attachement particulier à une religion déterminée, beaucoup d’ethnies minoritaires ont quant à elles leur religion et en font leur identité forte. Il en est ainsi par exemple du bouddhisme de filière tibétaine pour les Tibétains et les Mongols, de l’islam pour les Huis et les Ouïghours, etc. Le respect de ces religions est évidemment la première garantie de l’égalité et de la solidarité entre les 56 ethnies, valeurs cruciales pour la stabilité et la prospérité du pays et pour la paix de la vie en société. En ce sens, la liberté de religion, reconnue dans la Constitution chinoise6 et garantie par des lois essentielles dans différents domaines7, peut être interprétée comme étant motivée au moins en partie par la politique destinée à maintenir et à renforcer la solidarité entre les peuples de différentes ethnies.

    6Dans les différentes religions, la spiritualité peut impliquer des exigences ou des contraintes plus ou moins fortes sur la vision et sur le comportement des adeptes à l’égard de leur propre corps et de ce qui « enveloppe » le corps de façon distinctive. Ces exigences ou contraintes, déjà variées en fonction des religions mais aussi des particularités locales de croyance, sont susceptibles d’être perçues de manière différente par les droits positifs étatiques. Qui plus est, ces derniers ont probablement aussi été influencés dans leurs conceptions et leurs sensibilités par les religions ou les croyances. S’agissant des rapports du corps et des religions, il apparaît qu’en Chine, les religions n’ont guère d’impact visible sur le plan juridique en ce qui concerne les traitements médicaux, mais que, dans le contexte politico-social de ce pays, elles sont de nature à aviver des débats sur certaines questions, comme les habitudes vestimentaire et alimentaire des personnes mais aussi la relation entre les différentes ethnies.

    ♦ Les religions et les interventions médicales sur le corps

    7Il y a, semble-t-il, diverses façons d’aborder l’analyse de la relation entre les religions et le corps humain lui-même. Celle qui nous intéresse ici est la possibilité pour une personne de demander une intervention médicale sur le corps ou de la refuser pour des raisons spirituelles ; partant du principe que le corps, support physique de la personnalité juridique de l’être humain, doit être protégé contre toute atteinte, y compris contre une intervention médicale non acceptée par l’intéressé ou son représentant.

    Au niveau de l’intégrité corporelle

    8Le confucianisme – qui entre dans le champ de cette étude non pas en tant que religion au sens strict, mais en tant que philosophie morale influente au sein du système chinois de croyances8 – est à l’origine d’une idée généralement acceptée à l’égard du corps humain : « Le corps, la peau et les cheveux, tous hérités des parents, ne devraient pas être endommagés » (shenti fafu shouzhi fumu, qigan huishang)9, invitant ainsi les membres de la famille à chérir la vie et prendre soin du corps pour remplir leur responsabilité filiale (xiaodao) envers les parents et les ancêtres. Bien entendu, ce principe n’a pas une portée absolue. Il n’a pas, par exemple, été évoqué lorsque les femmes d’ethnie han souffraient de la tradition néfaste des pieds bandés durant plusieurs siècles, ou s’est avéré impuissant lorsque les Manchous obligeaient les hommes d’ethnie han à se raser la tête au moment du renversement de la dynastie des Mings.

    9En Chine, les religions ne recommandent pas d’actes portant atteinte à l’intégrité physique, tels que la circoncision, que ce soit chez les Hans ou chez les minorités ethniques. De surcroît, au nom de la préservation de l’intégrité du corps, les Chinois éprouvent quelques difficultés à faire des dons d’organes – que ce soit du vivant du donneur ou après sa mort10 – malgré des propagandes en faveur de l’altruisme et des mesures d’encouragement du gouvernement à progresser en ce sens.

    10Ailleurs dans le monde, si certains fidèles acceptent, au nom de leur religion, la circoncision mais refusent certains traitements médicaux, telles la transfusion sanguine ou la vaccination, ce phénomène n’est pas flagrant en Chine, ou du moins reste marginal11.

    11Selon la loi chinoise relative à la responsabilité délictuelle du 26 décembre 2009 et le règlement sur les établissements médicaux du 26 février 1994 amendé le 6 février 2016, le médecin chinois est tenu d’informer son patient ou sa famille du traitement médical préconisé et des risques afférents, et ne pourra y procéder qu’avec l’accord du patient ou de la famille, sauf en cas d’urgence. Tant que la vie de l’individu n’est pas en danger, le médecin chinois, après avoir rempli son obligation d’informer, respecte le choix du patient. Le droit de décider du patient et de sa famille, qui semble prendre le dessus par rapport au droit de diagnostiquer garanti au médecin, est suffisamment large pour couvrir d’éventuels motifs religieux12.

    Au niveau de la procréation

    12Par tradition, les Chinois accordent beaucoup d’attention à la prospérité de la lignée par le sang. Selon la pensée confucianiste, « parmi les trois formes d’impiété envers les ancêtres, la plus grave est celle de les priver de descendants » (buxiao yousan, wuhou weida)13. Confrontée aux demandes progressives des couples infertiles, la Chine a mis en place en 2001 un système d’assistance médicale à la procréation (AMP)14. Allant encore plus loin que les deux techniques légalisées, à savoir l’insémination artificielle et la fécondation in vitro (FIVETE), certains couples chinois ont fait appel à la gestation pour autrui (GPA), quitte à entrer directement en contradiction avec le droit positif15.

    13La contraception et l’interruption volontaire de grossesse (IVG) sont également des pratiques qui concernent la question de la descendance. À leur égard, la religion populaire, combinée à la fois à l’idée confucianiste selon laquelle « plus d’enfants, plus de bonheur », au naturalisme taoïste et à l’interdiction bouddhiste de tuer, a cédé devant la politique de l’enfant unique. Destinée à lutter contre la surpopulation du pays, cette politique publique de contrôle des naissances avait été mise en œuvre en 1979 puis a été abrogée en 201516.

    14Soulignons que cette politique de l’enfant unique n’était pas applicable aux minorités ethniques, à l’exception de l’ethnie zhuang qui représente la population la plus nombreuse parmi les minorités. Certes, cette faveur accordée à ces dernières tient davantage à une nécessité d’équilibre démographique qu’à l’appartenance religieuse, mais le fait que beaucoup de minorités ethniques chinoises aient une vision religieuse favorable à la procréation était aussi un facteur pris en considération.

    ♦ Les religions et les commandements relatifs au corps

    15En Chine, comme dans d’autres pays, la liberté religieuse comprend la liberté de manifester sa religion par l’habillement ou les signes distinctifs de religion. Mais il faut constater de manière générale que, dans la société chinoise, les habits et parures sont relativement simples et peu révélateurs. Par exemple, les écoliers et certaines catégories de fonctionnaires doivent porter des uniformes, les jeunes sont libres de courir derrière ce qu’ils considèrent comme la mode, et la plupart des personnes mariées ne portent pas d’alliances. Les croyants chinois n’échappent pas à cette relative banalité, qu’il s’agisse des signes religieux distinctifs ou des habitudes alimentaires.

    Le faible lien entre les religions et les tenues vestimentaires

    16Le phénomène de manifestation des religions étant peu présent dans la société chinoise, les individus sont plus ou moins indifférents à la question du port de tenues particulières ou de signes religieux distinctifs en public. La seule exception concerne le petit bonnet blanc et le foulard des musulmans, qui sont surtout vus comme des signes marquant l’identité des minorités ethniques musulmanes.

    17En l’absence d’une réglementation particulière régissant ce sujet, on ne peut que s’en tenir à quelques principes fondamentaux tirés de l’intérêt public et des bonnes mœurs. Tant que les tenues vestimentaires ou signes religieux portés dans les lieux publics n’occasionnent pas de troubles ou ne présentent pas de risques pour la sécurité publique ou les bonnes mœurs, les autorités chinoises n’interviennent pas. À ce jour, à notre connaissance, il n’y a pas encore eu d’affaires sur des cas extrêmes de tenues ou signes religieux susceptibles d’attirer l’attention des autorités chinoises.

    18Quant à la question des tenues ou signes religieux distinctifs portés à l’école, qui suscite beaucoup de controverses dans des pays européens comme la France, elle ne semble pas poser de difficulté particulière en Chine où une stricte séparation entre l’éducation et la religion est respectée. Aux termes de la loi chinoise sur l’éducation, « aucune organisation ou individu ne peut, au nom de la religion, mener des activités qui entravent le système éducatif national ». En conséquence, les élèves, quelle que soit leur religion, ne peuvent pas se permettre de renoncer à des cours d’éducation sportive, tels que la natation ou la gymnastique, au motif que leur croyance le leur interdirait. En principe, les tenues ou signes religieux distinctifs ne peuvent pas non plus être portés à l’école, dans la mesure où leur existence, même « passive », impliquerait nécessairement une certaine conception religieuse et provoquerait potentiellement des conflits17.

    19De surcroît, pour forger l’esprit laïque des citoyens et réduire l’écart entre les familles riches et pauvres, une recommandation ministérielle demande à tous les élèves d’écoles primaires et secondaires en ville de porter des uniformes18. Cette mesure est positivement reçue par les établissements scolaires et est devenue dans la pratique un élément disciplinaire important. En effet, s’inscrivant dans la continuité de la tradition du respect envers les maîtres, les établissements scolaires, publics ou privés, sont capables d’exercer une autorité suffisante sur les élèves, une autorité qui est aussi respectée par les parents de ces derniers.

    La controverse relative à la généralisation du logo halal

    20En Chine, l’identité religieuse se manifeste davantage par les habitudes alimentaires que par l’habillement ou un quelconque autre signe ostensible. Les prohibitions alimentaires font en effet partie intégrante de la croyance et constituent un élément intimement lié à la question du corps. À cet égard, les musulmans sont les principaux concernés.

    21Il est connu de tous que les musulmans ne mangent pas de porc et n’accepteront pas non plus que d’autres personnes en mangent en leur présence. Les Hans, qui ne sont a priori pas musulmans, et qui ont l’habitude de manger du porc, respectent bien cette coutume islamique : ils ne vont pas consommer de porc à un endroit marqué du logo halal ou y amener des plats de porc. Dans l’armée chinoise et la plupart des universités chinoises, il y a une cantine halal spécialement pour les musulmans.

    22Cependant, depuis quelques années, on assiste à une généralisation du logo halal dans le nord-ouest de la Chine. Ce phénomène s’étend de la viande aux toilettes publiques en passant par les caisses de supermarchés, voire les bibliothèques, réservées aux musulmans. Sont également concernés, de manière plus anecdotique, l’eau minérale, le dentifrice, etc. Pour le moment, cette pratique a davantage un but publicitaire et poursuit des intérêts économiques. Mais, comme certains chercheurs l’indiquent19, elle risque d’être manipulée par des groupes mal intentionnés en vue de propager un « faux islam » et, en définitive, de menacer l’harmonie sociale entre les 56 ethnies chinoises.

    23« La Chine est un pays laïque, bien que le principe de laïcité ne figure pas dans le texte fondamental du pays20. » Ainsi, les textes religieux ne font pas partie des sources de droit. Ce principe s’applique même aux « zones autonomes minoritaires », lesquelles sont des régions, départements ou communes peuplés en majorité par un groupe ethnique minoritaire. Conformément à la Constitution et à la loi, les zones autonomes des minorités ethniques sont autorisées à édicter des ordonnances dérogeant aux lois et règlements administratifs nationaux. Mais l’exercice de ce pouvoir réglementaire dérogatoire ne doit pas contredire les principes généraux des lois et règlements administratifs, ainsi que les dispositions spécifiques constitutionnelles, législatives et réglementaires en matière d’autonomie régionale ethnique.

    24À l’heure actuelle, le risque qu’implique ce phénomène de généralisation du logo halal ne semble pas avoir attiré l’attention des autorités législatives ou administratives locales, dont certaines ont cru bon de satisfaire des courants de l’islam, comme si cela découlait de la politique en faveur des minorités ethniques. Pourtant, si le logo halal, qui trouve son origine dans une longue tradition des peuples musulmans, affiche une identité et un mode de vie qui méritent d’être respectés, cet affichage n’est possible que s’il n’altère pas l’harmonie entre les différentes traditions et croyances. Ce respect n’aura pas de sens s’il n’est pas réciproque. Laisser se développer excessivement une identité ethnique et religieuse aurait pour conséquence de diviser les peuples et irait à l’encontre des principes constitutionnels de l’égalité et de solidarité. Ainsi, la généralisation du logo halal a besoin d’être encadrée.

    ♦ Conclusion

    25Dans l’histoire de la Chine, comme dans la société d’aujourd’hui, les différentes religions ont joué un rôle, même si ce dernier reste limité. Elles ont aussi été influencées par la tradition chinoise et s’y sont adaptées dans une certaine mesure. Depuis la mise en place de la politique de réforme et d’ouverture à la fin des années 1970, les religions ont connu un développement relativement important dans le pays, tout en restant discrètes. Bien entendu, elles sont encadrées par la loi, comme le précise l’article 36 de la Constitution de 1982 : « Aucun individu ne peut utiliser la religion aux fins de troubler l’ordre social, la santé des citoyens, nuire au système éducatif de l’État », ce qui a été rappelé dans le titre du troisième chapitre du livre blanc récemment sorti en la matière, Conducting Religious Activities should be in an Orderly Manner21.

    26Les religions et plus généralement les croyances, avec les valeurs qu’elles véhiculent, telles que la bienveillance, la fraternité et l’empathie…, sont a priori bénéfiques pour le corps humain. Toutefois, les recherches comparatives à l’échelle internationale révèlent que, pour des raisons historiques et culturelles, certaines règles religieuses pourraient produire des effets négatifs en matière de santé. D’où la nécessité d’évaluer, d’un point de vue juridique, les incidences qu’auraient les religions sur le corps humain.

    27Cette étude révèle que, dans l’ensemble, la situation en Chine ne paraît pas préoccupante. À l’égard du corps humain et de ce qui l’« enveloppe », seule la généralisation du logo halal mérite d’être regardée de plus près par les autorités législatives et administratives. Certes, le système juridique chinois n’est pas particulièrement élaboré à l’égard des questions religieuses, ce qui explique le fait qu’il ne soit pas très exigeant de ce point de vue. Il se contente d’affirmer la liberté de religion comme un principe constitutionnel, principe qui doit néanmoins être soumis à d’autres priorités telles que « la sécurité nationale, l’ordre public et la santé d’autrui22 ». Mais il importe de souligner que cette réponse simple découle de la volonté de prendre en considération les minorités ethniques et de la tradition confucianiste de respect et d’harmonie sociétale. Reste à voir si elle suffira à l’avenir pour régir l’éventuel développement des préceptes religieux dans la société chinoise ?

    Notes de bas de page

    1En particulier par le livre blanc en la matière intitulé La liberté de religion en Chine, publié en 1997 par le Bureau d’information du Conseil des affaires d’État. 中国的宗教信仰自由状况 (国新办 1997 年).

    2Article 36, dernier alinéa, de la Constitution de 1982. Voir Chan K.-K., Carlson E. R., Religious Freedom in China : Policy, Administration, and Regulation, Santa Barbara/Hong Kong, Institute for the Study of American Religion/Hong Kong Institute for Culture, Commerce and Religion, 2005.

    3Voir les statistiques du Chinese Spiritual Life Survey pour l’année 2010 : selon une recherche conduite par le Center on Religion and Chinese Society de Purdue université : 932 millions de Chinois, soit 69,5 % de la population, sont de religion traditionnelle chinoise (dont 56,2 % de culte des dieux et des ancêtres ; 12,9 % de religion populaire taoïste ; et 0,8 % appartiennent au taoïsme) ; 185 millions, soit 13,8 % de la population, sont bouddhistes ; 33 millions, soit 2,4 % de la population, sont chrétiens ; 21 millions, soit 1,7 % de la population, sont musulmans ; enfin, environ 168 millions, soit 12,6 % de la population, sont sans religion. Source : Wenzel-Teuber K., Strait D., « People’s Republic of China : Religions and Churches Statistical Overview 2011 », Religions & Christianity in Today’s China, vol. II, no 3, 2012, p. 29-54.

    4Thoraval J., « Pourquoi les “religions chinoises” ne peuvent-elles apparaître dans les statistiques occidentales ? », Perspectives chinoises, no 1, 1992, p. 37.

    5Alles V. É., « Religion », in Sanjuan T. (dir.), Dictionnaire de la Chine contemporaine, Paris, Armand Colin, 2006.

    6Aux termes de l’article 36 de la Constitution de 1982 : « Les citoyens de la République populaire de Chine jouissent de la liberté de religion. Aucun organisme d’État ni aucun groupement social ni aucun individu ne peuvent forcer un citoyen à avoir ou à ne pas avoir de religion, ni faire de discrimination à l’égard d’un croyant ou d’un non-croyant. L’État protège les pratiques religieuses ordinaires […]. »

    7Voir le Code pénal, le Code civil, la loi sur l’autonomie des régions ethniques, la loi sur l’éducation obligatoire, la loi électorale ou encore la loi organique sur les comités des villageois.

    8Chang W., Kalmanson L., Confucianism in Context : Classic Philosophy and Contemporary Issues, East Asia and Beyond, Albany, SUNY Press, 2010, p. 68.

    9« 身体发肤, 受之父母, 不敢毁伤, 孝至始也 », Classique de la piété filiale, chapitre préliminaire « 孝经 · 开 宗明义 ».

    10杨颖 、 黄海 、 邱鸿钟 : « 中国传统文化和观念对器官捐献意愿的影响分析 », 载 « 中国组织工程研 究 », 2014 年第 5 期, 第 803-808 页. Yang Y., Huang H., Qiu H., « Influence of traditional Chinese culture and ideas on organ donation », Journal of Clinical Rehabilitative Tissue Engineering Research, no 5, 2014, p. 803 et suiv.

    11À titre d’exemple, Erie M. S., China and Islam : The Prophet, the Party, and Law, Cambridge, Cambridge University Press, 2016.

    12Li X., Wang L., Gu L., « The Ponder Caused by the Blood Transfusion for A Religious Follower », Medicine and Philosophy (Clinical Decision Making Forum Edition), vol. 28, no 1, janvier 2007, p. 55. 李廷孝 、 李新 菊 、 王立萍 、 顾琳琳 : « 一名宗教信仰者输血引发的思考 », 载 « 医学与哲学 » (临床决策论坛版), 2007 年 1 月第 28 卷第 1 期, 第 55 页.

    13« 不孝有三, 无后为大 ». Le Mencius Liloushang (Livre), chapitre xxvi, « 孟子 离娄上 ».

    14« Règles relatives à la procréation médicalement assistée » (« 人类辅助生殖技术管理办法 ») édictées par le ministère de la Santé le 20 février 2001 et entrées en vigueur le 1er août 2001.

    15Aux termes de l’article 3 de la réglementation sur la procréation médicalement assistée du 20 février 2001, « il est interdit d’acheter et de vendre, par tout moyen, les gamètes, les œufs fécondés et les embryons. Les établissements et les professionnels de la santé ne peuvent procéder à toute activité débouchant sur la gestation pour autrui ». En 2015, lors de la modification de la loi sur la population et la planification familiale et face au progrès rapide du taux d’infertilité dans la société chinoise (lequel, selon un rapport publié en 2012 par le Centre de développement de carrière des femmes et des enfants de Chine, est passé de 3 % en 1992 à 12 % en 2012), l’article 35 du projet de loi selon lequel « la GPA, sous quelque forme que ce soit, est interdite en Chine » a été supprimé à la dernière minute, laissant en suspens la question de légalisation de la GPA en Chine. Voir sur ce point « La suppression de l’interdiction de la GPA signifie-t-elle que tout est permis lorsqu’il n’est pas interdit ? », Journal Xinjing, 5 janvier 2016, « 删除 ‘ 禁止代孕’, 法无禁止即可 为 ? », 载 « 新京报 », 2016年01月05日, [news.xinhuanet.com/legal/ttgg/2016-01/05/c_128595903.htm], consulté le 28 février 2019.

    16« La Chine annonce la fin de la politique de l’enfant unique », Le Monde, 29 octobre 2015.

    17Éventuellement, l’on pourrait être tenté d’argumenter que, dans le contexte spécial de la Chine, une tenue religieuse peut aussi être une tenue particulière marquant l’identité d’une minorité ethnique. Mais, si une telle tenue doit être comprise simplement comme une particularité ethnique, il n’y aura pas de raison qu’elle puisse échapper à l’exigence d’uniformité vestimentaire à l’école.

    18L’avis de la Commission nationale de l’éducation sur l’uniforme scolaire pour les élèves en ville du 13 avril 1993.

    19À titre d’exemple, Wang J., « Étude sur la généralisation des logos musulmans dans le nord-ouest de la Chine », Journal académique de l’Institut de la police de Hunan, no 6, 2016, p. 29.

    20Guo Y., « Les principes à observer en matière de rapports entre l’État et la religion : remarques à propos de la construction et l’ouverture de la statue de Bouddha à Sanya », Études juridiques (Faxue), no 6, 2005. 郭延军, « 我国处理政教关系应秉持什么原则——从三亚观音圣像的建设和开光说起 », 法学, 2005 年第 6 期.

    21« III. Conducting Religious Activities in an Orderly Manner », in State Council Information Office of China, White Paper : China’s Policies and Practices on Protecting Freedom of Religious Belief, « 中国保障宗教信 仰自由的政策和实践 » 白皮书, 9 avril 2018, [www.china.org.cn/chinese/2018-04/09/content_50841955.htm], consulté le 28 février 2019.

    22L’article 3 de la réglementation sur les affaires religieuses de 2004, devenu l’article 4 dans la nouvelle réglementation en date du 14 juin 2017, prévoit à son alinéa 3 que : « No organization or individual may make use of religion to destroy the social order, harm the health of citizens, obstruct the educational system of the State, or carry out other activities that harm the benefits of the State, public benefits, or lawful rights and interests of citizens. »

    Auteur

    • Li Zhang

      Professeure de droit, université de sciences politiques et de droit de Chine (Chine)

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    1En particulier par le livre blanc en la matière intitulé La liberté de religion en Chine, publié en 1997 par le Bureau d’information du Conseil des affaires d’État. 中国的宗教信仰自由状况 (国新办 1997 年).

    2Article 36, dernier alinéa, de la Constitution de 1982. Voir Chan K.-K., Carlson E. R., Religious Freedom in China : Policy, Administration, and Regulation, Santa Barbara/Hong Kong, Institute for the Study of American Religion/Hong Kong Institute for Culture, Commerce and Religion, 2005.

    3Voir les statistiques du Chinese Spiritual Life Survey pour l’année 2010 : selon une recherche conduite par le Center on Religion and Chinese Society de Purdue université : 932 millions de Chinois, soit 69,5 % de la population, sont de religion traditionnelle chinoise (dont 56,2 % de culte des dieux et des ancêtres ; 12,9 % de religion populaire taoïste ; et 0,8 % appartiennent au taoïsme) ; 185 millions, soit 13,8 % de la population, sont bouddhistes ; 33 millions, soit 2,4 % de la population, sont chrétiens ; 21 millions, soit 1,7 % de la population, sont musulmans ; enfin, environ 168 millions, soit 12,6 % de la population, sont sans religion. Source : Wenzel-Teuber K., Strait D., « People’s Republic of China : Religions and Churches Statistical Overview 2011 », Religions & Christianity in Today’s China, vol. II, no 3, 2012, p. 29-54.

    4Thoraval J., « Pourquoi les “religions chinoises” ne peuvent-elles apparaître dans les statistiques occidentales ? », Perspectives chinoises, no 1, 1992, p. 37.

    5Alles V. É., « Religion », in Sanjuan T. (dir.), Dictionnaire de la Chine contemporaine, Paris, Armand Colin, 2006.

    6Aux termes de l’article 36 de la Constitution de 1982 : « Les citoyens de la République populaire de Chine jouissent de la liberté de religion. Aucun organisme d’État ni aucun groupement social ni aucun individu ne peuvent forcer un citoyen à avoir ou à ne pas avoir de religion, ni faire de discrimination à l’égard d’un croyant ou d’un non-croyant. L’État protège les pratiques religieuses ordinaires […]. »

    7Voir le Code pénal, le Code civil, la loi sur l’autonomie des régions ethniques, la loi sur l’éducation obligatoire, la loi électorale ou encore la loi organique sur les comités des villageois.

    8Chang W., Kalmanson L., Confucianism in Context : Classic Philosophy and Contemporary Issues, East Asia and Beyond, Albany, SUNY Press, 2010, p. 68.

    9« 身体发肤, 受之父母, 不敢毁伤, 孝至始也 », Classique de la piété filiale, chapitre préliminaire « 孝经 · 开 宗明义 ».

    10杨颖 、 黄海 、 邱鸿钟 : « 中国传统文化和观念对器官捐献意愿的影响分析 », 载 « 中国组织工程研 究 », 2014 年第 5 期, 第 803-808 页. Yang Y., Huang H., Qiu H., « Influence of traditional Chinese culture and ideas on organ donation », Journal of Clinical Rehabilitative Tissue Engineering Research, no 5, 2014, p. 803 et suiv.

    11À titre d’exemple, Erie M. S., China and Islam : The Prophet, the Party, and Law, Cambridge, Cambridge University Press, 2016.

    12Li X., Wang L., Gu L., « The Ponder Caused by the Blood Transfusion for A Religious Follower », Medicine and Philosophy (Clinical Decision Making Forum Edition), vol. 28, no 1, janvier 2007, p. 55. 李廷孝 、 李新 菊 、 王立萍 、 顾琳琳 : « 一名宗教信仰者输血引发的思考 », 载 « 医学与哲学 » (临床决策论坛版), 2007 年 1 月第 28 卷第 1 期, 第 55 页.

    13« 不孝有三, 无后为大 ». Le Mencius Liloushang (Livre), chapitre xxvi, « 孟子 离娄上 ».

    14« Règles relatives à la procréation médicalement assistée » (« 人类辅助生殖技术管理办法 ») édictées par le ministère de la Santé le 20 février 2001 et entrées en vigueur le 1er août 2001.

    15Aux termes de l’article 3 de la réglementation sur la procréation médicalement assistée du 20 février 2001, « il est interdit d’acheter et de vendre, par tout moyen, les gamètes, les œufs fécondés et les embryons. Les établissements et les professionnels de la santé ne peuvent procéder à toute activité débouchant sur la gestation pour autrui ». En 2015, lors de la modification de la loi sur la population et la planification familiale et face au progrès rapide du taux d’infertilité dans la société chinoise (lequel, selon un rapport publié en 2012 par le Centre de développement de carrière des femmes et des enfants de Chine, est passé de 3 % en 1992 à 12 % en 2012), l’article 35 du projet de loi selon lequel « la GPA, sous quelque forme que ce soit, est interdite en Chine » a été supprimé à la dernière minute, laissant en suspens la question de légalisation de la GPA en Chine. Voir sur ce point « La suppression de l’interdiction de la GPA signifie-t-elle que tout est permis lorsqu’il n’est pas interdit ? », Journal Xinjing, 5 janvier 2016, « 删除 ‘ 禁止代孕’, 法无禁止即可 为 ? », 载 « 新京报 », 2016年01月05日, [news.xinhuanet.com/legal/ttgg/2016-01/05/c_128595903.htm], consulté le 28 février 2019.

    16« La Chine annonce la fin de la politique de l’enfant unique », Le Monde, 29 octobre 2015.

    17Éventuellement, l’on pourrait être tenté d’argumenter que, dans le contexte spécial de la Chine, une tenue religieuse peut aussi être une tenue particulière marquant l’identité d’une minorité ethnique. Mais, si une telle tenue doit être comprise simplement comme une particularité ethnique, il n’y aura pas de raison qu’elle puisse échapper à l’exigence d’uniformité vestimentaire à l’école.

    18L’avis de la Commission nationale de l’éducation sur l’uniforme scolaire pour les élèves en ville du 13 avril 1993.

    19À titre d’exemple, Wang J., « Étude sur la généralisation des logos musulmans dans le nord-ouest de la Chine », Journal académique de l’Institut de la police de Hunan, no 6, 2016, p. 29.

    20Guo Y., « Les principes à observer en matière de rapports entre l’État et la religion : remarques à propos de la construction et l’ouverture de la statue de Bouddha à Sanya », Études juridiques (Faxue), no 6, 2005. 郭延军, « 我国处理政教关系应秉持什么原则——从三亚观音圣像的建设和开光说起 », 法学, 2005 年第 6 期.

    21« III. Conducting Religious Activities in an Orderly Manner », in State Council Information Office of China, White Paper : China’s Policies and Practices on Protecting Freedom of Religious Belief, « 中国保障宗教信 仰自由的政策和实践 » 白皮书, 9 avril 2018, [www.china.org.cn/chinese/2018-04/09/content_50841955.htm], consulté le 28 février 2019.

    22L’article 3 de la réglementation sur les affaires religieuses de 2004, devenu l’article 4 dans la nouvelle réglementation en date du 14 juin 2017, prévoit à son alinéa 3 que : « No organization or individual may make use of religion to destroy the social order, harm the health of citizens, obstruct the educational system of the State, or carry out other activities that harm the benefits of the State, public benefits, or lawful rights and interests of citizens. »

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    Zhang, L. (2021). Corps et religions en Chine : une question simple mais aux multiples facettes. In B. Feuillet-Liger & A. Rissel (éds.), Corps et religions. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14t8s
    Zhang, Li. « Corps et religions en Chine : une question simple mais aux multiples facettes ». In Corps et religions, édité par Brigitte Feuillet-Liger et Aurélien Rissel. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2021. doi:10.4000/14t8s.
    Zhang, Li. « Corps et religions en Chine : une question simple mais aux multiples facettes ». Corps et religions, édité par Brigitte Feuillet-Liger et Aurélien Rissel, Presses universitaires de Rennes, 2021, https://doi.org/10.4000/14t8s.

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    Feuillet-Liger, B., & Rissel, A. (éds.). (2021). Corps et religions. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14th3
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    Feuillet-Liger, Brigitte, et Aurélien Rissel, éditeurs. Corps et religions. Presses universitaires de Rennes, 2021, https://doi.org/10.4000/14th3.
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