Introduction à la troisième partie
p. 161
Texte intégral
1Après l’échec de la candidature Goldwater et l’élection présidentielle en novembre 1964 du vice-président Johnson qui allait prolonger la politique sociale de John Kennedy, le mouvement des droits civils aboutit aux lois fédérales du Civil Rights Act puis du Voting Rights Act. La participation américaine dans le conflit vietnamien s’intensifie. La politique raciale et la conscription militaire produisent alors des résultats sociaux, culturels et politiques tout à fait spectaculaires qui se conjuguent aux demandes d’émancipation sexuelle et de révolution politique des générations étudiantes. L’ensemble provoque en réaction des clivages majeurs dans les milieux intellectuels et politiques, y compris parmi les conservateurs catholiques, d’autant que le concile Vatican II, conclu à l’automne 1965, précipite involontairement mais inévitablement, une tempête dans les vieilles Églises. Celle des États-Unis est touchée de plein fouet, dans l’enthousiasme de toutes sortes de revendications et de nouveautés qui la divisent dramatiquement. La population catholique, clercs et laïcs, entreprend ou refuse les changements, prompte à défendre sa perspective dans un sens (libéral) ou dans l’autre. La grande majorité continue sa sécularisation au gré des disputes1.
2Les conservateurs catholiques sont pris dans la tourmente : une partie d’entre eux reste déterminée à poursuivre son programme de conquête du parti républicain, en s’appuyant sur la peur du chaos que manifeste la « majorité silencieuse ». Elle continue le programme fusionniste malgré sa propre incertitude sur ses thèmes de prédilection, le plus solide étant la guerre ouverte à l’encontre de la Nouvelle Gauche. Mais, sur ses deux autres thèmes, le rejet de la discrimination positive ou le soutien de la guerre du Vietnam, les fusionnistes sont moins assurés. Leur tension interne est telle, face à l’interprétation difficile des événements séculiers et ecclésiaux en cours, qu’un autre courant se distingue et se détourne du combat politique « classique », dans le même temps qu’il critique les résultats à ses yeux désastreux de Vatican II. Se constitue alors une extrême-droite catholique qui dédaigne un temps le navire électoral pour construire une contre-culture radicale, honnissant l’Amérique en pleine perdition libertaire et dénonçant également la trahison de l’Eglise catholique. C’est la voie suivie de manière prévisible par Brent Bozell et ses amis de la nouvelle revue Triumph.
Notes de bas de page
1Robert Campbell (éd.), Spectrum of Catholic Attitudes, Milwaukee, Bruce, 1969, introduction.
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