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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral ♦ Comment faire pour que tous les enfants mangent ensemble à la cantine ? ♦ Comment faire pour que tous les citoyens puissent être inhumés en France ? ♦ Conclusion analytique Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Quand le religieux fait conflit

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Des cimetières et des cantines à Lyon. Une gestion laïque de la diversité par l’« élargissement de la norme générale »

    Dounia Bouzar

    p. 77-93

    Texte intégral ♦ Comment faire pour que tous les enfants mangent ensemble à la cantine ? Présentation de la problématique L’analyse des élus de Lyon L’accès à la cantine, un problème social et non religieux La création de l’instance de concertation citoyenne et républicaine et ses règles Le « complet sans viande » comme réponse laïque d’un consensus commun Quelles modalités ? ♦ Comment faire pour que tous les citoyens puissent être inhumés en France ? Présentation de la problématique Naissances des « carrés musulmans lyonnais » à partir de l’expérience de crémation demandée par les francs-maçons Adaptation de l’islam à la loi française et application de la loi française au fait musulman ♦ Conclusion analytique Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Face à la diversification des groupes religieux les élus locaux sont en première ligne. S’il est désormais admis que les croyants ne constituent pas des groupes homogènes, la difficulté reste grande pour distinguer ce qui ressort de la liberté de culte protégée par la République de ce qui révèle de la provocation ou de la surenchère pouvant entraîner un dysfonctionnement de l’ordre public. Les sollicitations sont de diverses natures : de l’octroi de subventions à la mise à disposition de locaux municipaux ou d’équipements sportifs, ou encore à une meilleure prise en compte des intérêts et des modes de vie particuliers de telle ou telle communauté. La demande de nourriture halal, et dans une moindre mesure casher, est en progression dans les cantines scolaires et dans certains restaurants administratifs. Souvent démunis face à ces sollicitations, élus et fonctionnaires y apportent des réponses très variables1.

    2Ils disposent certes des critères issus de la jurisprudence du monde du travail2 : la liberté de conscience du salarié ne doit pas entraver les règles d’hygiène et de sécurité, l’aptitude nécessaire à la mission, l’organisation du service, l’image de l’entreprise et ne doit pas entraîner de prosélytisme. Ceux-ci sont cependant insuffisants pour gérer les revendications des usagers du service public. Certes le manquement à l’hygiène ou à la sécurité, l’interdiction du prosélytisme, restent valables. Mais jusqu’où accepter de s’adapter dans le respect des droits (balises juridiques) et des responsabilités (contraintes et mandats organisationnels) de chacun ? En l’absence de critères clairs et transparents, la subjectivité personnelle du décideur fait parfois office de loi3. L’hétérogénéité des réponses entraîne des sentiments d’injustice et de discriminations de la part des usagers, qui ont le sentiment d’une laïcité « à double vitesse4 ».

    3Les conflits sont donc permanents, mais prennent des formes variables selon les secteurs. Plus qu’un exercice de discernement social et politique, l’inclusion des différences déchaîne des passions et des contradictions d’envergure, de telle sorte que sa mise en œuvre se fait souvent par imposition juridique, ou dans l’anonymat des bonnes volontés de gens de terrain. Nous présentons ici deux démarches pratiques, concernant les cantines et les cimetières5 qui révèlent une démarche inédite, tant par la philosophie qui les sous-tend que par la méthode de concertation et la solution proposée.

    ♦ Comment faire pour que tous les enfants mangent ensemble à la cantine ?

    Présentation de la problématique

    4Certains directeurs d’écoles primaires ne supportent plus de jeter 80 % de la viande commandée et d’assister à la désertion progressive des enfants de référence musulmane des cantines de leurs quartiers, qui souhaitent notamment de la « viande halal » : « Notre réflexion est basée le fait que sur 16 400 repas servis par jour, 30 % étaient repoussés par les petits Lyonnais. » En effet, ils tiennent à ce que tous les enfants continuent à manger ensemble et savent que la cantine fait partie des moyens pour diminuer les disparités sociales. Ce constat les a menés à se questionner concrètement : comment faire pour rester laïque sans provoquer autant d’exclusion des enfants des familles les plus défavorisées ?

    5D’un côté, nombre de familles musulmanes se sentent discriminées, voire volontairement harcelées. Beaucoup ne demandent pas de « viande halal », mais simplement que leurs enfants ne soient pas forcés à manger de la « viande non halal ». Ainsi, ce parent d’élève qui témoigne d’une expérience difficile lors d’un projet de classe verte :

    « L’infirmière a pris mon fils à part en lui disant que là, en l’absence de ses parents, l’instit allait l’obliger à manger de la viande et qu’il se rendrait compte par lui-même en rentrant qu’il n’a toujours pas atterri en enfer […] et que son père ne lui raconte que des bêtises […]. Il a fait des cauchemars toutes les nuits et a refusé de partir avec les autres […] même si nous aussi, on lui disait que là il était obligé, et que donc il pouvait en manger. »

    6Mais on trouve également des mouvements plus orthodoxes qui luttent pour imposer la viande halal aux services publics et on entend aussi régulièrement ce type de phrases :

    « Pendant toute notre enfance, on a bouffé du pain sec avec quelques frites, qu’est-ce que ça peut leur faire de manger de la viande halal ? Ça change rien pour eux et tout pour nous. »

    7De l’autre côté, le personnel de la restauration estime qu’il est normal d’inciter les enfants à manger. Cela fait partie des missions du personnel, qui peut éventuellement détecter une dépression, un mal-être ou une anorexie pendant le moment du repas, liés à une situation familiale douloureuse (rupture, décès, divorce, etc.6).

    8Pour éviter le conflit, les chefs d’établissement réagissent de façon désordonnée. Certaines communes ne servent plus de viande en se servant des circulaires sur la « viande folle », ce qui discrimine tous ceux qui mangent de la viande. D’autres éliminent le porc, dans l’espoir de désamorcer les revendications de « viande halal », ce qui discrimine ceux qui mangent du porc et ne désamorce rien, bien au contraire… Quelques communes ont tenté de brèves expériences de « tout halal », ce qui a entraîné des protestations de parents non musulmans qui estimaient que leur liberté de conscience était violée et ne voyaient pas pourquoi ils participaient à la « dîme » de la construction de mosquées de manière indirecte7. Enfin, il arrive que la liberté de conscience des musulmans qui veulent continuer à manger de la « viande classique » soit entravée, car ils subissent des pressions de la part de coreligionnaires plus stricts8. Enfin, certains services refusent de prendre en compte la question et jettent régulièrement la viande non consommée sans ouvrir de débat.

    9Le dialogue est particulièrement tendu avec les associations musulmanes qui revendiquent des repas halal. Alors que le substitut de la viande de porc a fini par entrer dans les pratiques des services publics, ces demandes sont analysées comme une tentative d’un rapport de force avec la République. Cette élue explique :

    « Nous ne faisons pas face à des lobbys organisés. Mais on a l’impression d’être confrontés à des gens qui testent, qui essaient, pour voir. Face à cela, il faut imposer immédiatement un cadre strict, des barrières. »

    10Cette réaction vient notamment du caractère récent de cette revendication. Les services publics ont le sentiment que les musulmans se livrent à une surenchère de revendications. Il faut aussi souligner que d’un côté, les juifs ont développé les écoles privées pour respecter leurs rituels face aux difficultés rencontrées pour les pratiquer au sein des écoles publiques. De l’autre, les premières générations de musulmans estimaient alors que « la viande des gens du Livre9 » était licite. Depuis, nombre de prédicateurs contemporains ont promulgué l’idée que la viande des chrétiens n’est plus licite dans la mesure où ces derniers ne sont plus croyants.

    11Il en résulte que de plus en plus d’enfants des nouvelles générations, persuadés qu’ils ne doivent plus manger de viande non ritualisée, subissent des pressions plus ou moins fortes de tous côtés : prédicateurs religieux, mais aussi interlocuteurs institutionnels qui adoptent des positions intransigeantes. En témoigne cette femme de service :

    « Des enfants inscrits à la cantine sont servis en viande malgré les convictions religieuses des parents portant sur leurs régimes alimentaires halal et les démarches du maire auprès du service de restauration. »

    12Dans certaines communes, les élus sont allés jusqu’à menacer d’exclusion les enfants ne mangeant pas de viande :

    « À V., plusieurs parents d’élèves d’écoles maternelles et élémentaires refusant de manger de la viande ont été avertis par courrier de l’adjointe au maire chargée des affaires de la vie scolaire que leurs enfants pourraient être exclus des restaurants scolaires pour ce motif. »

    13Nous avons choisi de décrire l’exemple de Lyon10 qui a créé un dispositif précurseur à l’aide d’une méthodologie spécifique. Leur dispositif a été présenté à l’Association des Maires de France et a inspiré des démarches similaires.

    L’analyse des élus de Lyon

    14Pour la Ville de Lyon, la problématique se posait en ces termes : « comment répondre à une difficulté liée à la diversité des enfants accueillis dans les cantines sans pour autant céder aux particularismes, et en favorisant le vivre ensemble dans le respect des règles communes et des principes républicains, notamment la laïcité ? » Du point de vue des acteurs, satisfaire tous les types de demandes spécifiques aurait conduit à faire de la cantine un espace communautariste tant les motivations des familles étaient variées. Si la majorité des parents concernés refusaient que leur enfant mange de la viande pour des raisons religieuses, les autres justifiaient ce choix par d’autres considérations :

    « – Pour certaines familles musulmanes, les repas sans porc proposés dans les cantines n’étaient plus adaptés. Elles souhaitaient l’introduction de viande halal dans les menus ;
    – certaines familles juives, bien que non pratiquantes, ne souhaitaient pas que leurs enfants mangent des viandes interdites (porc ou viande non kasher) ;
    – les familles qui militaient pour l’ouverture à la chaîne du bio notamment pour la viande, refusaient que leurs enfants mangent la viande proposée dans les cantines ;
    – les végétariens, végétaliens et bouddhistes souhaitaient depuis longtemps des repas équilibrés, mais sans viande ;
    – les familles dont les enfants ne pouvaient pas manger de viande pour des raisons médicales étaient insatisfaites qu’il n’existe pas de menus complets végétariens. »

    15La situation était donc devenue délicate : Yves Fournel, adjoint au maire (Gérard Collomb) chargé de la petite enfance souligne : « Nous étions confrontés à une réalité où des enfants refusaient de manger. » Environ 30 % des élèves étaient concernés et quelles que soient leurs motivations, les parents estimaient que l’obligation de manger de la viande faisait subir à leurs enfants une discrimination qui les menait à les retirer de la cantine. Patrick Kahn, chargé de mission à la LICRA11 Rhône-Alpes, relève que :

    « Les responsables des écoles et les personnels de cantines étaient largement démunis. Ils s’appuyaient sur des recommandations devenues avec le temps obsolètes et inadaptées. Contraints de traiter les demandes au cas par cas, cette situation engendrait des tensions permanentes entre l’école et les familles. »

    L’accès à la cantine, un problème social et non religieux

    16L’adjoint au maire a appréhendé le problème sur le plan social :

    « Je suis personnellement attaché à la laïcité […], mais quand on a dans certains quartiers jusqu’à 40 % d’enfants qui ne prennent pas le plat principal par peur qu’il soit contraire à leurs convictions, on est face à un véritable problème de santé publique. »

    17Son objectif de « respecter les valeurs laïques et républicaines tout en aspirant au respect des différences » demandait une réflexion. Le chargé de la mission de la LICRA abonde dans ce sens :

    « Environ 3 000 enfants ne pouvaient bénéficier de la cantine, cela ne pouvait satisfaire personne. L’accès de tous à la cantine est une problématique sociale. La prise en charge des enfants par le service public fait partie des moyens pour diminuer les disparités sociales. »

    18Pour les deux protagonistes, il s’agissait donc de créer une instance de concertation citoyenne et républicaine pour gérer la question des cantines, afin de trouver une solution transversale commune qui réponde au bénéfice de tous. Cela excluait d’office le traitement particulariste. Yves Fournel insiste : « Il était impensable et impossible de réaliser autant de menus différents que de convictions […]. Nous ne voulions pas faire de la cantine une somme de communautés. »

    La création de l’instance de concertation citoyenne et républicaine et ses règles

    19Il est donc décidé de créer une instance de concertation citoyenne et républicaine. Sous la présidence d’Yves Fournel, Patrick Kahn est chargé de réunir tous les responsables concernés12, ce qui a nécessité un important travail préparatoire d’échanges et de négociations. Il sollicite les représentants des mouvements de pensées et philosophiques représentés et connus dans la région, des associations de défense des droits de l’Homme, de parents d’élèves, de syndicats professionnels liés à la cantine, ainsi que de toutes les religions. Il souligne d’ailleurs les conflits intra-religieux et le rôle de médiateur joué par des laïques ou des bouddhistes :

    « Cela n’a pas été évident au début : certains représentants religieux ne voulaient pas s’asseoir autour de la même table que l’autre coreligionnaire plus libéral… Heureusement, certains ont fait office de médiateurs : la FOL, les bouddhistes… Et on a fini par y arriver, nous avons travaillé pendant 6 mois ensemble… »

    20Les règles de fonctionnements ont été acceptées et respectées par tous :

    « 1 – Chacun s’est engagé à ne pas parler aux journalistes. La médiatisation aurait entravé le processus qui nécessitait un climat serein.
    2 – Chaque organisation/association s’est engagée à placer son représentant du plus haut niveau, de façon à ce qu’il ait bien la latitude et la légitimité de parler “au nom de l’organisation” et non pas “en son nom propre”.
    3 – Toute solution proposée devait respecter les principes fondateurs de la laïcité, rechercher des solutions dans l’intérêt de tous les enfants, répondre à toutes demandes, philosophiques ou religieuses.
    4 – L’instance de concertation citoyenne ne proposerait une solution que si tous les signataires étaient d’accord. Et aucune limite de temps n’était imposée : il n’y avait pas d’obligation de résultat. Il fallait que le consensus général soit pris dans un climat apaisé.
    5 – Dans le cas où l’instance de concertation citoyenne proposerait une solution commune, cette dernière serait assortie de modalités concrètes d’organisation. L’accord devait aussi porter sur l’application de la solution : comment celle-ci serait présentée, organisée, mise en place, etc.
    6 – La décision finale reviendrait à la municipalité, qui s’engagerait à communiquer sur la mise en place et les résultats de la solution adoptée. Il s’agissait bien d’un engagement politique. »

    Le « complet sans viande » comme réponse laïque d’un consensus commun

    21Plusieurs témoignages ont enrichi les discussions. La revendication de « viande ritualisée » au sein des services publics est fréquemment vécue par le personnel de cantine comme une surenchère : après avoir obtenu des repas « sans porc », voilà que « le halal » est exigé… D’autre part, un « retour d’expériences » se construit progressivement : les quelques écoles qui ont tenté d’introduire de la nourriture ritualisée au sein des restaurants scolaires témoignent que cela a provoqué une « catégorisation » des élèves. Des réflexions du type « Ne touche pas à mes tomates halal et va re-manger ton cochon » ont fusé. Enfin, la liberté de conscience de certains musulmans qui voulaient continuer à manger de la « viande classique » a été entravée par des pressions de coreligionnaires plus stricts13. Mais les protagonistes lyonnais se rendent compte également que sur leur propre terrain, le choix « porc/sans porc » provoque déjà de la segmentation : « On a découvert que les enfants ne mangeaient pas aux mêmes tables, selon leur relation au porc14 ! »

    22Le compromis qui consiste à proposer un repas complet sans viande en plus du repas traditionnel s’est imposé donc comme solution transversale. Cela permet de satisfaire les revendications de certains mouvements « écolos », de satisfaire des convictions religieuses15 ou philosophiques… Cette proposition de « repas végétariens » (avec poisson, œufs, fromages ou équivalent) permet à tous ceux qui ne mangent pas de viande de s’inscrire à la cantine pour prendre leur repas avec leurs camarades, sans qu’il soit question de religion à un moment ou à un autre. Ce compromis correspond à la volonté de permettre à tous de partager le même repas, de manger ensemble à la même table et de ne pas introduire de référence religieuse dans l’espace public tout en respectant les différences de chacun. C’est d’ailleurs le premier argument qu’Yves Fourmel, retient de leur travail commun : « Le repas sans viande s’est imposé, car il est moins discriminant et stigmatisant que le “sans porc” ! » Tous les membres de la commission citoyenne ont signé un texte qui valide ce compromis. Patrick Kahn se rappelle :

    « Il y a eu des discussions animées, surtout entre membres de la même religion. Le directeur de la mosquée voulait absolument imposer de la viande halal alors qu’Azzedine Gacci, le président du CRCM de l’époque, trouvait l’idée des œufs et du poisson totalement satisfaisante pour accorder le respect de liberté de conscience musulmane à la philosophique laïque française […]. De son côté, la position du Grand Rabbin a été très forte et symbolique. Il a déclaré que cela ne réglait rien pour les juifs pratiquants, car on ne pouvait demander à Sodexho16 de construire une double cuisine (car dans le rituel juif, on ne peut par exemple cuisiner ou stocker le lait et la viande ensemble). Mais que pour autant, cette démarche l’intéressait, car elle allait dans le bon sens, et qu’il la soutiendrait pour cette raison. »

    23Un blog internet catholique17 a souligné que ce principe permettrait aux élèves catholiques d’avoir la garantie de faire abstinence de viande le vendredi. « Quant aux organisations laïques, elles étaient toutes profondément persuadés eque ce compromis relevait bien de la laïcité, et ils allaient le défendre tel quel. Ce qu’elles ont fait. »

    Quelles modalités ?

    24Restaient à régler plusieurs questions :

    • L’équilibre alimentaire : deux nutritionnistes de la ville ont été associés aux travaux afin d’élaborer des menus respectant l’équilibre alimentaire sur la durée18.
    • Le prix : la commission citoyenne avait pris l’engagement que cela n’entraînerait pas de couts prohibitifs. Le directeur du syndicat des cantines a travaillé dans ce sens avec les services de la ville. Il en est sorti un coût strictement identique entre repas avec viande et repas sans viande. Aucun surcroît pour la ville ou pour les familles.
    • La liberté des familles : outre un choix entre un repas standard et un repas sans viande, il a été prévu que les familles puissent également opter pour une formule mixte. L’entreprise de restauration fournit à l’avance les menus. Cela permet par exemple aux musulmans et juifs, qui acceptent de manger de la « viande non ritualisée » mais pas de porc, de basculer sur un repas complet sans viande uniquement les jours où il y a du porc. De même les enfants qui ne mangent pas de porc pour d’autres raisons que religieuses peuvent manger de la viande les autres jours.
    • La non-segmentation des enfants : il a été décidé que les repas « sans porc » seraient éliminés, du fait qu’ils catégorisaient les enfants. La distinction des plateaux également. Au contraire, le pari institué a été que le choix laissé aux parents entre trois formules de repas contribuerait à faire oublier le lien entre la préférence pour tel ou tel type de menu et l’appartenance à une obédience religieuse ou philosophique, participant concrètement à la lutte contre les discriminations.
    • Deux propositions complémentaires ont été proposées, puis réalisées par la Mairie de Lyon : le développement des produits de qualité, bio et/ou producteurs locaux ainsi qu’un programme pluriannuel d’insonorisation des cantines, pour que ces temps de repas soient des moments de détente pour les enfants.

    ♦ Comment faire pour que tous les citoyens puissent être inhumés en France ?

    Présentation de la problématique

    25En France, jusqu’à la Révolution, tous les cimetières étaient confessionnels. Chaque cimetière paroissial avait un quartier réservé aux pécheurs, suicidés et enfants morts sans baptême. Protestants et juifs disposaient à l’écart de sépultures ou de cimetières propres. Au fil du temps, les considérations sanitaires dépossèdent progressivement l’autorité religieuse de l’organisation et de la gestion des inhumations et des cimetières. Ainsi, les inhumations dans et aux abords des églises sont interdites dès 1804 et la commune a le monopole des cimetières. Cependant, il ne s’agissait pas seulement d’une question d’hygiène publique. En raison du poids politique qu’elle représentait, l’Église catholique avait empiété sur les parcelles réservées aux autres confessions et aux personnes sans religion. C’est ce qui a conduit la troisième République à mettre en place un cadre juridique assurant un principe « d’égalité » face à la mort, tout en garantissant aux croyants, et notamment aux catholiques majoritaires, la possibilité d’être inhumés selon leurs rites. Cela explique le droit à « l’ornement de sa sépulture », qui peut consister à ériger des croix ou des chapelles sur sa tombe.

    26Au xixe siècle, le législateur a inscrit dans des textes la « neutralité » des cimetières19. C’est l’époque des grandes lois laïques qui s’appliquèrent entre autres à l’éducation et aux hôpitaux. Parallèlement, l’article 3 de la loi du 15 novembre 1887 énonce que les funérailles doivent se dérouler conformément aux vœux du défunt et que la famille a toute liberté pour donner aux funérailles un caractère civil ou religieux. De leur côté, les articles 433-21-1 et 433-22 du Code pénal prévoient des peines sévères en cas de violation des volontés du défunt. Le principe de liberté des funérailles posé par cette loi trouve son prolongement dans la règle énoncée à l’article L. 2213-11 du code général des collectivités territoriales, selon laquelle : « Il est procédé aux cérémonies conformément aux coutumes et suivant les différents cultes ; il est libre aux familles d’en régler la dépense selon leurs moyens et facultés. »

    27Dans les années 1970, les musulmans de France étaient surtout préoccupés par l’ouverture des lieux de culte pour y exercer leurs prières quotidiennes. La question des carrés musulmans n’était pas une préoccupation majeure. L’immense majorité des musulmans faisaient rapatrier les corps de leurs défunts dans leurs pays d’origine. Cette pratique était encouragée par certains pays arabes comme la Tunisie qui prenait en charge la totalité des frais de rapatriement de ses nationaux. On estime que 80 % des musulmans décédés en France sont encore rapatriés dans leur pays d’origine. Ce rapatriement n’est pas spécifique aux musulmans. On observe le même phénomène au sein de la communauté juive.

    28D’un point de vue strictement religieux, rien ne s’oppose à un enterrement en France. D’ailleurs, le transfert des dépouilles mortelles d’un endroit à un autre est déconseillé, car la tradition musulmane veut que le défunt soit enterré sur les lieux mêmes de sa mort. De plus, un enterrement en France permet d’éviter les frais et les tracasseries administratives liées au rapatriement. C’est pourquoi la majorité des ulémas (savants musulmans) se sont prononcés en faveur des enterrements dans le pays d’accueil. Progressivement, les générations nées en France ont réclamé leur droit d’y rester après leur mort20. Comment appliquer le principe général de « laïcité des cimetières » au respect des rituels musulmans ? Cette demande « d’intégration après la mort au sein de la terre française » a suscité de nombreux confits dans la mesure où certains rites semblaient à première vue incompatibles avec la législation française, en particulier la question de la crémation. En effet, après un certain nombre d’années, les restes présents dans les concessions françaises (ossements) peuvent être exhumés et brûlés, ce qui est totalement interdit en islam.

    29Les conflits entre certains mouvements philosophico-politiques et les associations musulmanes ne concernent pas que l’aspect juridique. Des associations de libres penseurs reprochent aux élus à la recherche de compromis de remettre en cause les acquis laïques, dans la mesure où « la IIIe République place chacun sur un pied d’égalité, quelles que soient ses origines, ses choix philosophiques ou ses convictions religieuses21 ». À leurs yeux, la création d’un carré musulman constituerait une « sorte de ghettoïsation, de ségrégation du cimetière avec des parties interdites à certains sous prétexte de confession » et « favoriserait les profanations22 ».

    Naissances des « carrés musulmans lyonnais » à partir de l’expérience de crémation demandée par les francs-maçons

    30« On reconnaît l’importance de la civilisation à l’importance de la place qu’elle donne à ses morts… » C’est la première phrase de Céline Eyraud, chef du bureau des concessions. Lyon a une grande tradition à la fois catholique et laïque, avec notamment une forte présence des francs-maçons, qui sont à l’origine du quatrième crématorium de France en 1914 dans le cimetière de la Guillotière. Dans les allées publiques des cimetières, aucun signe religieux. Tout a été remplacé par des symboles républicains : ici un monument en l’honneur des pompiers, ici un autre en l’honneur de la police et là un troisième en hommage aux morts de la guerre de 14-18. Cet engagement laïque n’a pas empêché Lyon d’être précurseur en matière d’espace confessionnel musulman. D’abord, il s’agit d’abord d’une forte volonté politique :

    « Dans la charte des droits de l’homme dans la ville, ratifiée par Lyon en 2003, l’article 3 concerne les cimetières et les modes de sépultures, et rappelle combien il est important de prendre en considération et de donner de la place à ses défunts. Pour cela, il faut adopter une gestion raisonnée et raisonnable des cimetières. C’est ce que le maire nous a demandé de mettre en place23. »

    31Il s’agit ensuite d’une sensibilité acquise par l’expérience de la crémation : il y a aujourd’hui 49 % de demandes de crémation, augmentation constante depuis que le concile Vatican II le tolère24. Tout le travail réalisé sur les différentes formes de la pratique crématoire a sensibilisé cette responsable à l’importance de l’accompagnement d’une personne disparue :

    « La crémation est définitive. Lorsque les défunts souhaitent que leurs cendres soient dispersées, la disparition devient d’autant plus définitive, il n’y a aucune trace matérielle. Très vite, nous avons compris qu’il fallait anticiper et prévoir un lieu de recueillement. Il ne s’agit pas forcément d’un besoin des membres de la famille, qui savent exactement ce qui s’est passé, qui ont vécu la dispersion des cendres. Il s’agit parfois de proches sans lien familial qui ont besoin de matérialiser un emplacement pour se recueillir, de voir la trace du nom de celui qu’ils ont perdu… Parce que, finalement, le cimetière c’est la trace qu’on laisse. Si on n’a pas de sépulture, pas de stèle, pas d’écriture de son nom, c’est quand même un peu comme une négation de son passage, cela peut être particulièrement violent pour ceux qui restent25. »

    32C’est donc dans cette logique que les espaces confessionnels musulmans sont nés. Afin d’accélérer l’ouverture du carré musulman dans le cimetière de la Guillotière, diverses questions d’ordre théologique ont été soumises au Conseil régional du culte musulman de la région Rhône Alpes ainsi qu’au recteur de la grande mosquée de Lyon par les services funéraires de la mairie : « L’idée, c’était de leur demander : quels sont vos besoins ? Nos contraintes juridiques sont celles-ci. Comment pouvons-nous concilier les deux ? » Le « bon » interlocuteur a été trouvé. Azzedine Gacci, qui était alors président du Conseil régional du culte musulman a élaboré une réflexion dans ce sens :

    « Il n’existe aujourd’hui en France que trois cimetières et quelque 70 carrés musulmans (dont 25 en Ile de France) dans les cimetières communaux et intercommunautaires. Ce nombre est dérisoire au regard du nombre des musulmans de France estimé à 6 millions de personnes environ. »

    33Quels sont les principaux problèmes pour se faire enterrer en France ? « Il fallait adapter les principaux rites musulmans à la loi française. »

    Adaptation de l’islam à la loi française et application de la loi française au fait musulman

    34L’inhumation à même la terre, pratiquée par la tradition musulmane, est contraire aux dispositions de l’article R 2213-15 du Code général des collectivités territoriales qui prévoit l’obligation de mise en bière du corps d’une personne décédée. Pour que l’utilisation d’un cercueil soit acceptable pour les musulmans pratiquants, Azzedine Gacci a donc préconisé de recouvrir le fond du cercueil d’une couche de terre.

    35Le droit français, qui impose le respect d’un délai minimum de 24 heures entre le moment de la mort et l’inhumation, est accepté par les musulmans lyonnais, alors qu’en islam, tout doit être terminé dans les 24 heures. Azzedine Gacci a déconstruit ce qui sous-tend les règles afin de les contextualiser :

    « Il a fallu expliquer les raisons des deux positions : la chaleur dans les pays musulmans, sans moyen technique à l’époque pour protéger les corps, et le respect d’un délai raisonnable ici, au cas où il y aurait besoin d’une autopsie… Ensuite, j’ai rappelé aux musulmans que l’islam s’adapte aux lois du pays d’accueil. »

    36La tradition musulmane exige que les cimetières musulmans ne comprennent que des musulmans. De son côté, la réglementation française s’est assouplie le plus possible. Une décision importante a été arrêtée par le Conseil d’État26 : le maire a la possibilité de déterminer l’emplacement et donc de rassembler les sépultures de personnes de même confession. S’appuyant sur cette disposition, le ministère de l’Intérieur rassemble tous les éléments du droit concernant la police des funérailles et des cimetières27 dans une circulaire adressée aux préfets le 19 février 2008. Il s’agit, « par souci d’intégration des familles issues de l’immigration et de favoriser l’inhumation de leurs proches sur le territoire français », de donner aux maires les moyens de gérer : « l’existence d’espaces regroupant les défunts de même confession, en prenant soin de respecter le principe de neutralité des parties communes du cimetière ainsi que le principe de liberté de croyance individuelle » :

    « – Le maire doit veiller à ce que les parties publiques du cimetière ne comportent aucun signe distinctif de nature confessionnelle. Ces signes sont néanmoins autorisés sur les sépultures.
    – Le défunt qui ne partage pas les convictions religieuses de sa famille garde le droit d’être enterré dans le caveau familial.
    – Le regroupement de fait (confessionnel) ne doit pas être isolé des autres parties du cimetière par une séparation matérielle de quelque nature que ce soit (Loi du 14 novembre 1881).
    – Le maire enregistre le vœu du défunt ou la demande de la famille d’être inhumé dans l’espace confessionnel.
    – Toute personne ayant droit à une sépulture dans le cimetière de la commune doit pouvoir s’y faire inhumer quelle que soit sa religion et sans contrainte. »

    37À Lyon, le président du CRCM a décidé de vulgariser l’avis juridique de l’Académie de droit musulman de l’Organisation de la conférence islamique qui estime que l’enterrement d’un musulman dans un cimetière non musulman est possible s’il n’existe pas de cimetière musulman. Il n’appartient pas au maire de vérifier la confession éventuelle d’un défunt. Céline Eyraud rappelle les effets de l’application de la loi : « N’importe qui peut faire sa demande. Les concessions sont familiales, mais l’espace musulman est ouvert à tout le monde. »

    38La volonté d’adaptation des règles du droit musulman s’est aussi heurtée à la possibilité d’exhumation des corps, puis de crémation prévue par la législation française en cas de reprise de la concession. Pour Azzedine Gacci, c’était la principale difficulté :

    « Ça nous a pris beaucoup de temps. En fait, un hadith du Prophète interdit de toucher le corps d’un défunt après sa toilette mortuaire. Pour pouvoir le faire, il faut attendre que les ligaments ne tiennent plus en place. À ce moment-là, on a le droit de regrouper les ossements et de les rassembler dans un coin, mais jamais de les brûler. Je suis donc allé dans les pays musulmans pour tenter de réfléchir. J’ai trouvé des pratiques très différentes. En Algérie, ils ouvrent au bout de 40 ans, en Arabie Saoudite, dans certains sols acides, cela peut se faire au bout de 3 ans… La question était donc : en France, en cas de besoin de la reprise de la concession par les autorités, combien de temps faut-il attendre pour que le corps soit décomposé ? Et que fait-on des os ? »

    39De son côté, Céline Eyraud confirme ce besoin. Son service est gestionnaire :

    « On attribue les concessions pour 15 ou 30 ans, 50 ans si possible. Au terme du délai du contrat de la concession, si personne n’effectue le renouvellement, si la famille a changé de lieu ou qu’elle ne souhaite pas renouveler le contrat de la concession, l’objectif est de faire une exhumation administrative afin de pouvoir récupérer l’emplacement pour pouvoir le réatribuer à quelqu’un. On ne peut pas maintenir la sépulture en place sinon on n’aurait plus de place dans les cimetières. Et comme on a beaucoup d’exhumations, on fait des crémations. C’est délicat, il faut être très respectueux de la décence, des textes, des lois, mais cela permet d’avoir un lieu de sépulture, de recueillement, de deuil pour les autres. C’est pour cette raison qu’il fallait nous entendre avec les musulmans pour pouvoir aussi gérer leurs places. »

    40Pour la question du temps d’attente de la reprise administrative d’une concession, qui peut habituellement s’effectuer au bout de 15 ans, Céline Eyraud conseille aux musulmans de prendre un contrat sur 30 ans afin qu’ils soient protégés de cette pratique durant ce délai, estimé correct pour laisser le temps au corps de se décomposer par les autorités musulmanes lyonnaises. Notons que du côté de la religion juive, il n’y a pas de possibilité de faire des exhumations. Le système choisi par les familles juives n’ayant pas de place dans un cimetière privé (antérieurs à 1884) consiste à acheter des concessions « à perpétuité28 », mais cela représente une somme conséquente. Ce système est donc étendu aux musulmans : « Puisqu’il y a possibilité de perpétuité pour les familles de confession juive, il y a possibilité de perpétuité pour tout le monde29. »

    41Les évolutions liées à la pratique de la crémation illustrent le besoin de rigueur pour respecter la diversité des rites collectifs sans entraver le principe de respect des libertés individuelles. Dans un premier temps, la ville de Lyon et le CRCM ont été précurseurs dans leur réflexion, car ils s’étaient mis d’accord sur le fait que chaque contrat conclu pour un espace confessionnel était lié à une restriction relative à l’opposition à la crémation des personnes inhumées, ce qui nécessitait la création d’un ossuaire. Cela instaurait donc une « présomption de refus de crémation », une sorte de systématisation, pour toutes personnes enterrées dans l’espace confessionnel :

    « On avait pris le parti qu’il y avait opposition à crémation pour chaque sépulture qui était prise dans cet espace-là – juif ou musulman, et que de fait, si on faisait une reprise de concession, on transférerait les ossements dans un ossuaire à proximité, le but étant qu’il y ait une unité de lieu pour le recueillement30. »

    42Puis la loi du 19 décembre 2008 est intervenue, donnant un cadre juridique à la pratique lyonnaise31, précisant à son tour qu’on ne pouvait pas faire de reprise de concession avec crémation s’il y avait une opposition du défunt connu, attesté ou présumé. Mais très vite, le législateur s’est aperçu que cette « présomption de refus à crémation » pour les personnes croyantes était contradictoire avec les principes de la loi de 1905 (liberté de conscience, donc de croire ou de ne pas croire) et avec ceux de la Déclaration européenne des droits de l’homme, qui permet de changer de religion ou de cesser de croire à tout moment. Cela contrevenait aussi au principe de non-discrimination du Code pénal, qui punit celui qui opère un traitement différencié sur un des 18 motifs énoncés par la loi, dont font justement partie les « convictions religieuses32 ». Enfin, c’est aussi contradictoire avec le fait que n’importe qui a le droit de demander à se faire inhumer dans un carré confessionnel. Il s’en est suivi une loi de simplification du 17 mai 2011 qui ôte la présomption d’office : le refus du défunt doit maintenant être « connu ou attesté » :

    « Maintenant, on demande à la famille ou au défunt d’attester être opposé à la crémation. Comme ça, les choses sont claires. Et peut-être qu’un jour, certains juifs et certains musulmans procéderont à la crémation, comme certains catholiques… Toutes les possibilités sont ouvertes33. »

    43Dorénavant, conformément à la philosophie de la laïcité, chacun fait comme il veut, selon sa liberté de conscience, quelles que soient ses croyances ou ses non-croyances, qui peuvent être évolutives.

    44Dans les carrés confessionnels musulmans, l’orientation des tombes vers La Mecque est acceptée par les pouvoirs publics de Lyon, dans la mesure où cela est fondamental pour les musulmans. Céline Eyraud s’est rendu compte que le premier espace confessionnel datant de la guerre du cimetière de Loyasse, créé en 1807, n’était pas tourné dans le bon sens. Mais renseignements pris, il semble que les musulmans de l’époque n’aient pas eu le choix et se soient contentés d’incliner le corps (ou simplement la tête) du défunt à l’intérieur du cercueil pour arriver à orienter « son regard » vers La Mecque. Cette fois-ci, la responsable du service des concessions a tenu au respect du rite musulman :

    « Pour bien faire les choses, on a fabriqué un cadre en bois, et on a demandé au CRCM et au directeur de la mosquée de déterminer l’inclinaison en posant le cadre sur le terrain, de façon à ce qu’il n’y ait pas besoin de bouger les corps dans les cercueils. Une fois qu’ils ont marqué la direction, on a aligné les autres sur cette inclinaison. »

    45L’espace confessionnel reste une gestion de fait, donc il n’est pas possible d’établir de conventions écrites. Définir un mode de gestion par un règlement intérieur des cimetières reviendrait à établir une différence de gestion selon les convictions religieuses, ce qui est interdit par la loi :

    « Au début, on avait pensé à la possibilité de faire une convention écrite, puis finalement on a décidé de faire des notes de service internes pour institutionnaliser les pratiques. On a fait le pari que cela s’installerait par la pratique. C’est la même chose pour les urnes, ou pour la dispersion. On ne peut avoir dans le règlement de spécificité pour les familles qui font ce choix-là. Nos rosiers, notre jardin du souvenir, nos carrés confessionnels juifs et musulmans, etc., sont des pratiques de la mémoire… et elles se transforment en “notre histoire.” »

    ♦ Conclusion analytique

    46À partir de nos recherches de terrain, nous avons choisi ces deux initiatives car les solutions pragmatiques élaborées par les acteurs locaux présentent plusieurs caractéristiques qui, en plus de leur intérêt en terme d’analyse de construction compromis, pourraient aussi servir d’orientations éthiques pour la gestion de ce type de confits :

    • La notion de « balises incitatives » : accepter une revendication religieuse qui favorise la ghettoïsation ou la marginalisation d’une partie des citoyens irait à l’encontre des buts de citoyenneté visés par la société. Mais on pourrait estimer qu’une revendication qui va dans le sens de l’inclusion de la personne dans la société pourrait être étudiée avec plus de nuances, dans la mesure où elle renforce la cohésion sociale. Pourtant, ce critère d’inclusion ou d’exclusion du croyant, cher aux juristes canadiens34, n’est habituellement guère pris en compte par les élus français35. Dans les initiatives présentées dans cet article, les acteurs ont étudié l’effet de la demande religieuse. Favorisera-t-elle la segmentation, la ghettoïsation, ou bien facilitera-t-elle au contraire l’inclusion de la personne concernée ? C’est parce que le repas alternatif sans viande et l’inhumation en terre française correspondaient à une meilleure inclusion de tous les citoyens qu’ils ont entamé leur réflexion.

    • La prise de conscience que les normes institutionnelles sont le produit d’une histoire : les normes institutionnelles présentées comme universelles (rituels d’inhumation, nourriture, etc.) sont le produit d’une histoire, souvent écrite par des groupes politiquement et historiquement dominants (hommes, blancs, hétérosexuels, classe supérieure, issus de l’histoire catholique). Puisque ces normes sont le produit de l’histoire, les élus concernés ont pris conscience que l’ordre juridique portait les marques de cette culture majoritaire, irriguait des valeurs inscrites au cœur d’une culture publique commune et les institutionnalisait comme normativité36. Ces normes n’étaient donc pas toutes « neutres » et pouvaient avoir un impact parfois discriminatoire sur les nouveaux venus. Cette réflexion leur a permis de sortir de la certitude commune que la « culture occidentale » a cessé d’être façonnée par le religieux37 et que seule celle de l’« Autre » continue à être imperméable à la sécularisation. À partir de là, ils ont pu réfléchir à comment atténuer ces effets éventuellement discriminatoires sans pour autant accepter de droit parallèle communautariste.

    • L’application de la même loi à tous les citoyens, de manière à mettre en œuvre le principe de réciprocité fondamental dans la question religieuse : « n’impose pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on t’impose », principe de base de toute liberté individuelle, issu de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. S’agissant de religion, les droits et libertés peuvent rapidement se retrouver érigés en absolus sacrés qui s’imposeraient à tous, ce qui va à l’encontre du respect de la liberté individuelle de chacun. C’est un domaine où les interlocuteurs craignent d’autant plus que des exemptions (ou exceptions), cessant d’être exceptionnelles, n’en viennent à transformer structurellement les règles du vivre-ensemble. Cela s’est notamment illustré dans les quelques tentatives ponctuelles de « tout halal » mentionnées précédemment.

    • Le travail autour de la notion du Plus Grand Dénominateur Commun ou « élargissement de la norme commune ». Les élus ont refusé tout traitement spécifique appliqué à une partie de la population, ce qui serait allé à l’encontre de la philosophie française de traitement identique pour tous. Cet aspect apparaît le plus novateur : les réponses données sont transversales, applicables à tous, à partir de demandes initialement particulières. Les acteurs ont réfléchi à « ce qui rassemble », « ce qui se ressemble », plutôt que de raisonner en terme de communautés ou de particularités. Ils ont cherché ce que nous proposons de nommer le « Plus Grand Dénominateur Commun » à tous les usagers. Contrairement à la logique des accommodements raisonnables, qui consiste à adapter une norme à un individu pour lequel cette dernière aurait un impact discriminatoire (de manière directe ou indirecte), ces élus ont réfléchi de manière à « élargir la norme », afin qu’elle incorpore tous les citoyens, sans discriminer ceux qui ont d’autres références. La norme n’a pas été contournée pour respecter les différences, elle a été élargie pour incorporer la diversité en son sein. Il s’est agi d’incorporer les différences dans la norme elle-même, qui est devenue la nouvelle règle pour tous : tous les enfants ont le droit de choisir entre repas-viande ou repas poisson-œufs et tous y trouvent un bénéfice par rapport à la situation antérieure (plus de choix), y compris ceux qui n’avaient rien demandé. Le PGDC ne demande pas de faire une exception à la règle « pour une différence », il demande à ce que les différences soient incorporées à la règle universelle.

    Bibliographie

    Aggoun A., Les musulmans face à la mort en France, Paris, Vuibert, 2006.

    Bouchard G., Taylor C., Fonder l’avenir. Le temps de la conciliation. Rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, Québec, 2008.

    Bouzar D., Bouzar L., Allah a-t-il sa place en entreprise ?, Paris, Albin Michel, 2009.

    Bouzar D., Bouzar L., La République ou la burqa, Les services publics face à l’islam manipulé, Paris, Albin Michel, 2010a.

    Bouzar D., Laïcité, mode d’emploi, Cadre légal et solutions pratiques : 42 études de cas, Paris, Eyrolles, 2010b.

    Duthu F., Le Maire et la mosquée, Paris, L’Harmattan, 2008.

    Petit A., « Culte musulman, modalités et espaces d’inhumation : les difficultés posées par la mort et l’inhumation en terre d’immigration », in F. Frégosi (dir.), L’exercice du culte musulman en France. Lieux de prière et d’inhumation, Paris, La Documentation française, 2006, p. 93-121.

    Notes de bas de page

    1Voir l’état des lieux national, 400 interviews, 4 bassins d’emplois : Bouzar (2009) et Bouzar (2010a).

    2Ibid.

    3Ibid., constat également fait par F. Duthu (2008), F. Frégosi (2006) et C. de Galembert (2005).

    4Notamment lors de projets de construction de mosquées – où droit de l’urbanisme doit s’appliquer – lorsque des pétitions des riverains poussent des élus à utiliser leur droit de préemption de manière arbitraire.

    5Les éléments empiriques sont basés sur une étude effectuée en 2011, comme sociologue-consultante, avec Lylia Bouzar. Pour faire avancer ces problématiques conflictuelles et afin que les acteurs de terrain puissent parler librement, il était évidemment nécessaire de s’engager sur la confidentialité de leurs propos. De ce fait, dans la 1re partie, certaines précisions sur des communes ne peuvent pas être mentionnées.

    6Ce sentiment est commun à de nombreux services communaux, cf. témoignage dans une situation vécue à Brest, travaillée en recherche-action avec l’équipe « politique de la ville » : « Une petite fille refuse de manger de la viande à la cantine » (Bouzar, 2010b, p. 72).

    7Les boucheries casher et halal reversent un pourcentage aux associations qui construisent des lieux de culte ou qui organisent des actions de solidarité pour leurs croyants respectifs.

    8Bouzar (2009) et Bouzar (2010a), op. cit.

    9Il s’agit des juifs et des chrétiens.

    10Cette étude de cas, ainsi que celle des cimetières, présentée dans la seconde partie du chapitre, a fait partie des situations analysées dans le cadre d’une recherche action « Bonnes pratiques : islam et laïcité », commanditée par le groupe parlementaire socialiste (2011).

    11Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme.

    12Le président de la LICRA Rhône-Alpes, le président du MRAP Rhône-Alpes, la présidente de la Fédération du Rhône de la LDH, le directeur de SOS Racisme Rhône, le président de la Fédération des œuvres laïques, un représentant de l’Union des associations de familles laïques, les présidents de l’AFCPE et de l’APEP (Fédérations de parents d’élèves), les responsables techniques en charge de la restauration scolaire, les médecins scolaires de la ville, le président de la Fédération protestante, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, le président du Conseil régional du culte musulman Rhône-Alpes, le Grand Rabbin régional, le président du Consistoire israélite de Rhône-Alpes, le représentant du cardinal Barbarin, le président de la Communauté juive libérale de Lyon, les représentants des cultes arménien et anglican, la présidente de l’Association bouddhiste Dogen Sangha.

    13Voir notre état des lieux national, Bouzar (2010).

    14Patrick Kahn.

    15Les rituels alimentaires juifs sont stricts et concernent également l’interdiction du mélange de certains aliments, et par conséquent la séparation des ustensiles en contact avec ces éléments. Voir plus loin la posture du Grand Rabbin qui a tout de même signé le consensus.

    16Entreprise privée gestionnaire de cantines.

    17« Des repas sans viande dans les cantines lyonnaises », Blog de l’équipe de Chrétienté info, 3 octobre 2007.

    18Menu classique : hors-d’œuvre, plat protidique et son accompagnement, formage ou produit lacté et dessert. Menu complet sans viande : hors d’œuvre, poissons (pour 70 % des plats), œufs (pour 18 % des plats) et autres (soja pour 12 % des plats) et son accompagnement, fromage ou produit lacté et dessert.

    19La loi du 14 novembre 1881 interdit les divisions confessionnelles et déclare les cimetières interconfessionnels : « Tout regroupement par confession sous la forme d’une séparation matérielle du reste du cimetière est interdit. » La loi du 5 avril 1884 (article 97-4) renforce celle du 14 novembre 1881 en interdisant toute attitude discriminatoire basée sur la croyance ou l’absence de croyance religieuse.

    20Voir aussi Aggoun (2006) et Petit (2006).

    21Lettre de la Fédération de Savoie de la libre-pensée à mesdames et messieurs les conseillers municipaux de Chambéry, 5 avril 2009.

    22Ibid.

    23Céline Eyraud.

    24Suite à une forte pression de la communauté franc-maçonne, qui a « dédiabolisé » le principe crématoire en montrant que c’était juste une accélération de la décomposition naturelle du corps.

    25Un « jardin de la mémoire » a donc été conçu, petite place ronde, avec de l’eau au milieu, qui symbolise le mouvement et la sérénité et compense en quelque sorte l’aspect définitif de la dispersion, assortie d’une borne électronique, où les noms des personnes dispersées figurent… Cela fait d’ailleurs partie des obligations légales : avoir un espace de dispersion pour les cendres pour les communes de plus de 2000 habitants, sur lequel il y a un équipement qui mentionne l’identité des personnes qui ont fait l’objet d’une dispersion, que ce soit une borne, une stèle, de grandes colonnes sur lesquelles les gens mettent une plaque, l’essentiel c’est que le nom des défunts apparaisse. Le cimetière de la Guillotière comprend aussi des rosiers au pied desquels les gens ont déposé des urnes biodégradables, des blocs de pierre dans lesquels ces dernières sont incrustées, une stèle pour ceux qui ont fait don de leur corps à la médecine.

    2621 janvier 1925, arrêt Vales.

    27D’autres ministres de l’Intérieur avaient invité les maires à créer des emplacements spéciaux dans les cimetières par le biais de circulaires (28 novembre 1975 : Michel Poniatowski, 14 février 1991 : Philippe Marchand).

    28La concession à perpétuité est une des possibilités pour les collectivités territoriales et cela existait à Lyon. Mais c’est un mode de gestion complexe et toutes les communes ne souhaitent pas utiliser ce système. La commune peut quand même reprendre la concession si elle a au moins 30 ans, s’il n’y a pas eu d’inhumation depuis 10 ans, si l’emplacement fait l’objet d’un abandon. En général, il y a au moins un siècle de concession garanti.

    29C. Eyraud.

    30Ibid.

    31Loi relative à la législation funéraire, Article 19 : « Un arrêté du maire affecte à perpétuité, dans le cimetière, un ossuaire aménagé où les restes exhumés sont aussitôt réinhumés ; le maire peut également faire procéder à la crémation des restes exhumés en l’absence d’opposition connue, attestée ou présumée du défunt ; les restes des personnes qui avaient manifesté leur opposition à la crémation sont distingués au sein de l’ossuaire. »

    32Article 225.1 du Code pénal : « Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques en raison de… » Les 18 motifs sont les suivants : son origine, son sexe, ses mœurs, son orientation sexuelle, son âge, sa situation de famille, sa grossesse, ses caractéristiques génétiques, son appartenance ou sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une race ou une nation, ses opinions politiques, ses activités syndicales ou mutualistes, ses convictions religieuses, son apparence physique, son nom de famille, son état de santé, son handicap, l’exercice normal du droit de grève, la maternité et le congé maternité.

    33C. Eyraud.

    34Dans le rapport Bouchard-Taylor (2008), on trouve cette notion de « balises incitatives » dans la gestion des revendications religieuses : il s’agit de prendre en compte l’effet de la demande religieuse. Favorisera-t-elle la segmentation, la ghettoïsation, ou bien facilitera-t-elle au contraire l’inclusion de la personne concernée ? Autrement dit, il s’agit de vérifier si la demande religieuse n’entrave pas les objectifs recherchés par la Constitution concernant le « vivre ensemble ».

    35Nous pensons notamment aux refus unanimes de permettre à certaines nageuses de rentrer dans des piscines avec des maillots de bain un peu plus couvrants que la norme habituelle alors qu’elles se mélangent avec le reste du public, pendant que certains élus acceptent d’accorder des créneaux « aux femmes juives », ce qui peut être discutable au niveau philosophique comme au niveau juridique (discrimination des autres nageurs sur un critère de référence religieuse pour l’accès à un service public). En revanche, le Code pénal permet explicitement la séparation des hommes et des femmes pour les activités sportives. Les élus peuvent donc accorder des créneaux pour « gym douce féminine » ou autre, tout comme des associations de pêcheurs ou de football peuvent être composées exclusivement d’hommes, mais l’autorisation repose sur le critère du genre.

    36Cette prise de conscience constitue aussi le point de départ des réflexions sur l’accommodement raisonnable des juristes canadiens, en 1985. C’est cette année-là que la Cour suprême du Canada reconnaît qu’une norme d’apparence neutre peut indirectement avoir un impact discriminatoire sur une employée si elle est incompatible avec la pratique religieuse de celle-ci. En l’espèce (Commission ontarienne des droits de la personne [O’Malley] c. Simpsons-Sears [1985], 1 R.C.S. 536), pour donner un sens à la norme d’égalité énoncée par la loi, la Cour a conclu que l’employeur était tenu de prendre « des mesures d’accommodement raisonnable » consistant à modifier l’horaire de travail de l’employée qui voulait ne pas travailler le samedi pour des motifs religieux.

    37Ainsi les jours fériés du calendrier français : Noël, Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption, Toussaint font partie de la culture commune de tous les Français, croyants ou non. Les lundis de Pâques et de Pentecôte sont des réminiscences des semaines fériées qui suivaient ces fêtes, réduites à un seul jour par le Concordat de 1801. Mais les fêtes relatives à l’islam sont vécues comme du particularisme ou de la « rébellion communautaire ».

    Auteur

    • Dounia Bouzar

      Docteure en anthropologie, Cabinet d’études cultes et cultures, Paris

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    Des dieux et des fonctionnaires

    Religions et laïcités face au défi de la construction européenne

    Bérengère Massignon

    2007

    Pluralisme religieux et citoyenneté

    Pluralisme religieux et citoyenneté

    Micheline Milot, Philippe Portier et Jean-Paul Willaime (dir.)

    2010

    La modernité contre la religion ?

    La modernité contre la religion ?

    Pour une nouvelle approche de la laïcité

    Jacqueline Lagrée et Philippe Portier (dir.)

    2010

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    1Voir l’état des lieux national, 400 interviews, 4 bassins d’emplois : Bouzar (2009) et Bouzar (2010a).

    2Ibid.

    3Ibid., constat également fait par F. Duthu (2008), F. Frégosi (2006) et C. de Galembert (2005).

    4Notamment lors de projets de construction de mosquées – où droit de l’urbanisme doit s’appliquer – lorsque des pétitions des riverains poussent des élus à utiliser leur droit de préemption de manière arbitraire.

    5Les éléments empiriques sont basés sur une étude effectuée en 2011, comme sociologue-consultante, avec Lylia Bouzar. Pour faire avancer ces problématiques conflictuelles et afin que les acteurs de terrain puissent parler librement, il était évidemment nécessaire de s’engager sur la confidentialité de leurs propos. De ce fait, dans la 1re partie, certaines précisions sur des communes ne peuvent pas être mentionnées.

    6Ce sentiment est commun à de nombreux services communaux, cf. témoignage dans une situation vécue à Brest, travaillée en recherche-action avec l’équipe « politique de la ville » : « Une petite fille refuse de manger de la viande à la cantine » (Bouzar, 2010b, p. 72).

    7Les boucheries casher et halal reversent un pourcentage aux associations qui construisent des lieux de culte ou qui organisent des actions de solidarité pour leurs croyants respectifs.

    8Bouzar (2009) et Bouzar (2010a), op. cit.

    9Il s’agit des juifs et des chrétiens.

    10Cette étude de cas, ainsi que celle des cimetières, présentée dans la seconde partie du chapitre, a fait partie des situations analysées dans le cadre d’une recherche action « Bonnes pratiques : islam et laïcité », commanditée par le groupe parlementaire socialiste (2011).

    11Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme.

    12Le président de la LICRA Rhône-Alpes, le président du MRAP Rhône-Alpes, la présidente de la Fédération du Rhône de la LDH, le directeur de SOS Racisme Rhône, le président de la Fédération des œuvres laïques, un représentant de l’Union des associations de familles laïques, les présidents de l’AFCPE et de l’APEP (Fédérations de parents d’élèves), les responsables techniques en charge de la restauration scolaire, les médecins scolaires de la ville, le président de la Fédération protestante, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, le président du Conseil régional du culte musulman Rhône-Alpes, le Grand Rabbin régional, le président du Consistoire israélite de Rhône-Alpes, le représentant du cardinal Barbarin, le président de la Communauté juive libérale de Lyon, les représentants des cultes arménien et anglican, la présidente de l’Association bouddhiste Dogen Sangha.

    13Voir notre état des lieux national, Bouzar (2010).

    14Patrick Kahn.

    15Les rituels alimentaires juifs sont stricts et concernent également l’interdiction du mélange de certains aliments, et par conséquent la séparation des ustensiles en contact avec ces éléments. Voir plus loin la posture du Grand Rabbin qui a tout de même signé le consensus.

    16Entreprise privée gestionnaire de cantines.

    17« Des repas sans viande dans les cantines lyonnaises », Blog de l’équipe de Chrétienté info, 3 octobre 2007.

    18Menu classique : hors-d’œuvre, plat protidique et son accompagnement, formage ou produit lacté et dessert. Menu complet sans viande : hors d’œuvre, poissons (pour 70 % des plats), œufs (pour 18 % des plats) et autres (soja pour 12 % des plats) et son accompagnement, fromage ou produit lacté et dessert.

    19La loi du 14 novembre 1881 interdit les divisions confessionnelles et déclare les cimetières interconfessionnels : « Tout regroupement par confession sous la forme d’une séparation matérielle du reste du cimetière est interdit. » La loi du 5 avril 1884 (article 97-4) renforce celle du 14 novembre 1881 en interdisant toute attitude discriminatoire basée sur la croyance ou l’absence de croyance religieuse.

    20Voir aussi Aggoun (2006) et Petit (2006).

    21Lettre de la Fédération de Savoie de la libre-pensée à mesdames et messieurs les conseillers municipaux de Chambéry, 5 avril 2009.

    22Ibid.

    23Céline Eyraud.

    24Suite à une forte pression de la communauté franc-maçonne, qui a « dédiabolisé » le principe crématoire en montrant que c’était juste une accélération de la décomposition naturelle du corps.

    25Un « jardin de la mémoire » a donc été conçu, petite place ronde, avec de l’eau au milieu, qui symbolise le mouvement et la sérénité et compense en quelque sorte l’aspect définitif de la dispersion, assortie d’une borne électronique, où les noms des personnes dispersées figurent… Cela fait d’ailleurs partie des obligations légales : avoir un espace de dispersion pour les cendres pour les communes de plus de 2000 habitants, sur lequel il y a un équipement qui mentionne l’identité des personnes qui ont fait l’objet d’une dispersion, que ce soit une borne, une stèle, de grandes colonnes sur lesquelles les gens mettent une plaque, l’essentiel c’est que le nom des défunts apparaisse. Le cimetière de la Guillotière comprend aussi des rosiers au pied desquels les gens ont déposé des urnes biodégradables, des blocs de pierre dans lesquels ces dernières sont incrustées, une stèle pour ceux qui ont fait don de leur corps à la médecine.

    2621 janvier 1925, arrêt Vales.

    27D’autres ministres de l’Intérieur avaient invité les maires à créer des emplacements spéciaux dans les cimetières par le biais de circulaires (28 novembre 1975 : Michel Poniatowski, 14 février 1991 : Philippe Marchand).

    28La concession à perpétuité est une des possibilités pour les collectivités territoriales et cela existait à Lyon. Mais c’est un mode de gestion complexe et toutes les communes ne souhaitent pas utiliser ce système. La commune peut quand même reprendre la concession si elle a au moins 30 ans, s’il n’y a pas eu d’inhumation depuis 10 ans, si l’emplacement fait l’objet d’un abandon. En général, il y a au moins un siècle de concession garanti.

    29C. Eyraud.

    30Ibid.

    31Loi relative à la législation funéraire, Article 19 : « Un arrêté du maire affecte à perpétuité, dans le cimetière, un ossuaire aménagé où les restes exhumés sont aussitôt réinhumés ; le maire peut également faire procéder à la crémation des restes exhumés en l’absence d’opposition connue, attestée ou présumée du défunt ; les restes des personnes qui avaient manifesté leur opposition à la crémation sont distingués au sein de l’ossuaire. »

    32Article 225.1 du Code pénal : « Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques en raison de… » Les 18 motifs sont les suivants : son origine, son sexe, ses mœurs, son orientation sexuelle, son âge, sa situation de famille, sa grossesse, ses caractéristiques génétiques, son appartenance ou sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une race ou une nation, ses opinions politiques, ses activités syndicales ou mutualistes, ses convictions religieuses, son apparence physique, son nom de famille, son état de santé, son handicap, l’exercice normal du droit de grève, la maternité et le congé maternité.

    33C. Eyraud.

    34Dans le rapport Bouchard-Taylor (2008), on trouve cette notion de « balises incitatives » dans la gestion des revendications religieuses : il s’agit de prendre en compte l’effet de la demande religieuse. Favorisera-t-elle la segmentation, la ghettoïsation, ou bien facilitera-t-elle au contraire l’inclusion de la personne concernée ? Autrement dit, il s’agit de vérifier si la demande religieuse n’entrave pas les objectifs recherchés par la Constitution concernant le « vivre ensemble ».

    35Nous pensons notamment aux refus unanimes de permettre à certaines nageuses de rentrer dans des piscines avec des maillots de bain un peu plus couvrants que la norme habituelle alors qu’elles se mélangent avec le reste du public, pendant que certains élus acceptent d’accorder des créneaux « aux femmes juives », ce qui peut être discutable au niveau philosophique comme au niveau juridique (discrimination des autres nageurs sur un critère de référence religieuse pour l’accès à un service public). En revanche, le Code pénal permet explicitement la séparation des hommes et des femmes pour les activités sportives. Les élus peuvent donc accorder des créneaux pour « gym douce féminine » ou autre, tout comme des associations de pêcheurs ou de football peuvent être composées exclusivement d’hommes, mais l’autorisation repose sur le critère du genre.

    36Cette prise de conscience constitue aussi le point de départ des réflexions sur l’accommodement raisonnable des juristes canadiens, en 1985. C’est cette année-là que la Cour suprême du Canada reconnaît qu’une norme d’apparence neutre peut indirectement avoir un impact discriminatoire sur une employée si elle est incompatible avec la pratique religieuse de celle-ci. En l’espèce (Commission ontarienne des droits de la personne [O’Malley] c. Simpsons-Sears [1985], 1 R.C.S. 536), pour donner un sens à la norme d’égalité énoncée par la loi, la Cour a conclu que l’employeur était tenu de prendre « des mesures d’accommodement raisonnable » consistant à modifier l’horaire de travail de l’employée qui voulait ne pas travailler le samedi pour des motifs religieux.

    37Ainsi les jours fériés du calendrier français : Noël, Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption, Toussaint font partie de la culture commune de tous les Français, croyants ou non. Les lundis de Pâques et de Pentecôte sont des réminiscences des semaines fériées qui suivaient ces fêtes, réduites à un seul jour par le Concordat de 1801. Mais les fêtes relatives à l’islam sont vécues comme du particularisme ou de la « rébellion communautaire ».

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    Ce livre est cité par

    • Obadia, Lionel. (2020) Qamis ou kasaya… « ce qui faut sous nos climats » ?. Questions de communication, 37. DOI: 10.4000/questionsdecommunication.22463
    • Picard, Alice. (2020) Disciplinarisation des comportements musulmans dans l'espace public. Pratiques musulmanes et entreprises d'étiquetage à Rennes, Bristol, Nantes et Glasgow. Revue française de civilisation britannique, XXV. DOI: 10.4000/rfcb.6868
    • The perception of islam by political parties : a comparative analysis of the rhetorical and perceptive schemes used in Australia and France. DOI: 10.70675/bafeb13fz1ae4z488dzbda6ze19d10bf0b38
    • Subjectivations religieuses et accommodements du croire entre des éthiques contrastées. Le cas des halaqat de femmes. DOI: 10.70675/6ef1bf17zf30fz408cz8fcdzeb06f21d78fa
    • L'appropriation du modèle jésuite comme acte fondateur. Les fidèles compagnes de Jésus (1820) : genre, sainteté et processus de légitimation. DOI: 10.70675/7ca27e03z3a81z4814z98ffzaeaa812e996a
    • Gouvernement de la visibilité religieuse et reconfiguration des frontières symboliques : La gouvernance de l'islam à travers quatre cas d'étude franco-britanniques. DOI: 10.70675/19d76435z630az4762z885az1db3877a4566
    • Un catholicisme d’ouverture : les mouvements catholiques d’éducation populaire et leurs membres musulmans en France (années 1960 - années 2010). DOI: 10.70675/e3cb6f63zd965z4b58z9df0zd8589893d9f2
    • The other muslim women : social, gendered and racial representations, multiple discriminations and agency in the pathways of white French and Irish female converts to Islam. DOI: 10.70675/faabc9b9ze24fz4b11z84f9z133a11b34223
    • Intégralisme religieux et société libérale : le cas des juifs orthodoxes en France, des années 1980 à nos jours. DOI: 10.70675/0acdc127z09f8z4822z8b56z2b63246b1a41
    • Les pratiques religieuses dans la cité : enquête au Bois-l'Abbé, 2015-2020.. DOI: 10.70675/07156270ze226z40e1z9ed3zfd866029a591
    • Administrer la laïcité : la politique de lutte contre les "atteintes à la laïcité" dans l'Éducation nationale. DOI: 10.70675/e0bd2663ze81cz4c60z801az2b5bf641a4cd
    • Le fait religieux et l'égalité en droit public français. DOI: 10.70675/6bd75fdfzcdc8z481fz9995z0fc78fbb1c89
    • Une défense du compromis : pluralité religieuse et conflit politique. DOI: 10.70675/8d045aeezdb37z46b3z9828zfefc461da2d4

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    • Gouvernement de la visibilité religieuse et reconfiguration des frontières symboliques : La gouvernance de l'islam à travers quatre cas d'étude franco-britanniques. DOI: 10.70675/19d76435z630az4762z885az1db3877a4566
    • Le fait religieux et l'égalité en droit public français. DOI: 10.70675/6bd75fdfzcdc8z481fz9995z0fc78fbb1c89

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    Bouzar, D. (2014). Des cimetières et des cantines à Lyon. Une gestion laïque de la diversité par l’« élargissement de la norme générale ». In A.-S. Lamine (éd.), Quand le religieux fait conflit. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14sz5
    Bouzar, Dounia. « Des cimetières et des cantines à Lyon. Une gestion laïque de la diversité par l’“élargissement de la norme générale” ». In Quand le religieux fait conflit, édité par Anne-Sophie Lamine. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2014. doi:10.4000/14sz5.
    Bouzar, Dounia. « Des cimetières et des cantines à Lyon. Une gestion laïque de la diversité par l’“élargissement de la norme générale” ». Quand le religieux fait conflit, édité par Anne-Sophie Lamine, Presses universitaires de Rennes, 2014, https://doi.org/10.4000/14sz5.

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    Lamine, A.-S. (éd.). (2014). Quand le religieux fait conflit. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14tc4
    Lamine, Anne-Sophie, éd. Quand le religieux fait conflit. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2014. doi:10.4000/14tc4.
    Lamine, Anne-Sophie, éditeur. Quand le religieux fait conflit. Presses universitaires de Rennes, 2014, https://doi.org/10.4000/14tc4.
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