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    Plan détaillé Texte intégral ♦ État des lieux de l’islam à Strasbourg et construction d’une nouvelle mosquée ♦ Les conditions de la réussite Les ferments de la contestation Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Quand le religieux fait conflit

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Organisations musulmanes et pouvoirs locaux : concurrence et normalisation par l’« islam civil » à Strasbourg

    Claire Donnet

    p. 33-45

    Texte intégral ♦ État des lieux de l’islam à Strasbourg et construction d’une nouvelle mosquée ♦ Les conditions de la réussite Une organisation bien huilée La CAMS, une coordination vectrice de légitimité Une coopération de longue date avec le duo socialiste Trautmann/Ries Les ferments de la contestation Le changement de municipalité rouvre de vieilles plaies Les associations de quartier dépossédées Les critiques de l’UOIF Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le vendredi 27 novembre 2009, plusieurs centaines de musulmans strasbourgeois sont rassemblées sur le chantier de la future mosquée pour assister à la pose de la coupole, instant hautement symbolique et très attendu. Bon nombre d’élus et de représentants d’autres religions sont aussi présents. Lorsqu’on parle d’islam à Strasbourg, il est souvent question des péripéties du projet d’implantation de ce lieu de culte et du rôle de l’association GMS (Grande Mosquée de Strasbourg) qui en a la charge.

    2Ce dossier de construction de mosquée s’avère un bon analyseur du lien entre les configurations locales et l’institutionnalisation du culte musulman1. Dans cet article, nous recourrons au concept d’islam civil et à la théorie de la mobilisation des ressources afin de montrer comment la GMS est devenue la figure dominante du paysage musulman local, dans une communauté urbaine où plusieurs dizaines d’associations musulmanes co-existent2. L’analyse des relations de la GMS avec la mairie permettra de comprendre comment elle est devenue la clef de voûte de la gestion publique de l’islam.

    3Après un bref état des lieux des organisations musulmanes à Strasbourg, la première partie de l’article analyse les facteurs expliquant la position dominante de la GMS. Nous verrons en quoi son organisation interne et son histoire particulière ont joué en faveur de son expansion. Nous expliquerons aussi comment la CAMS (Coordination des associations musulmanes de Strasbourg) a joué un rôle de légitimation pour la GMS, lui permettant d’emporter les subventions de la mairie pour leur projet de mosquée. Enfin, nous montrerons que la coopération entre la GMS et le duo municipal (socialiste) Trautmann-Ries repose sur une relation de dépendance réciproque, dont chaque protagoniste tire des bénéfices.

    4La seconde partie porte sur les éléments de mise en cause de l’hégémonie de la GMS. L’alternance politique a provoqué une rupture du mode de gestion de l’islam mis en place par les socialistes et de son partenariat privilégié avec la GMS, lors du passage de la mairie à droite en 2001. Cette période a été révélatrice des dissensions et rivalités entre les associations musulmanes. Nous expliciterons l’éventail des positionnements adoptés par les associations de quartier en réaction à la suprématie de la GMS ainsi que les critiques formulées par la branche locale de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) à son égard.

    ♦ État des lieux de l’islam à Strasbourg et construction d’une nouvelle mosquée

    5Schématiquement, les associations musulmanes locales se distribuent en trois pôles principaux : la Grande Mosquée de Strasbourg (RMF3, proche du Maroc), la Mosquée de la gare (UOIF) et les mosquées turques (Milli Görüs et Dittib). Chacun de ces pôles est « pilote » d’un réseau d’associations de quartier qui entrent régulièrement en concurrence, notamment lors des élections du Conseil régional du culte musulman (CRCM) d’Alsace. Cet état des lieux simplifié ne prend pas en compte les spécificités de chaque association et les rapports complexes qu’elles entretiennent entre elles. Il passe aussi sous silence les quelques associations rattachées à la Grande Mosquée de Paris (GMP), car les mosquées qui se rassemblent autour de cette fédération sont très minoritaires à Strasbourg.

    6La construction d’une grande mosquée à Strasbourg est prise dans la toile de ces rapports de force. Dans les années 1990, la mairie socialiste, alors dirigée par Catherine Trautmann, instaure une politique volontariste, centrée sur l’amélioration des conditions d’exercice du culte musulman (Frégosi, 2001). En 1999, une délibération municipale entérine le principe de réalisation d’une mosquée, et en mai 2000 la mairie met à disposition un terrain communal pour la construction d’un lieu de culte sous la responsabilité de la CAMS4 (Coordination des associations musulmanes de Strasbourg), avec le concours de la ville à hauteur de 10 % du coût global du bâtiment. Cette délibération prévoyait également un dispositif semblable au bénéfice d’un autre groupement associatif, l’Institut musulman d’Europe, porté par un universitaire Ali Bouamama. Par le passé en concurrence avec le projet de la GMS, cette initiative a été aujourd’hui totalement abandonnée ; ses soutiens, s’ils ont un jour réellement existé, se sont totalement délités. Selon les associations de quartier, ce projet était soutenu par des Algériens « laïcs » (c’est-à-dire perçus comme non pieux) qui ne s’étaient jamais auparavant impliqués pour la communauté musulmane strasbourgeoise. Ce dernier projet souffrait donc d’un manque de légitimité auprès des croyants musulmans.

    ♦ Les conditions de la réussite

    Une organisation bien huilée

    7Un des facteurs prépondérants permettant d’expliquer la place détenue par la GMS au sein du paysage islamique local tient tout simplement du fait de son organisation. Qu’un groupe soit « organisé » ne va pas de soi. Il faut qu’il dispose de dirigeants et de responsables, d’une structure qui regroupe des ressources et définit des objectifs et des stratégies. M. Latahy, ancien président de la GMS, présente l’association comme un regroupement de musulmans en quête d’un lieu de prière, comme ce fut le cas pour la majorité des implantations des salles de prière de quartier. Cependant, il nous semble aussi intéressant de relever que cette association est issue de la branche strasbourgeoise de l’Association des étudiants islamiques de France (AEIF). Elle était donc à l’origine en grande partie dirigée par des étudiants. Créée en 1963, l’AEIF était composée surtout d’intellectuels (dont notamment Abdellah Boussouf à Strasbourg) et elle fédérait plusieurs branches régionales. Son intention était de regrouper des étudiants d’origine musulmane de différentes nationalités, bien que jusqu’au milieu des années 1970, l’AEIF recrutait ses membres dans les groupes marocains et tunisiens principalement. À partir des années 1980, l’association a investi les villes universitaires, mais elle a aussi pris en considération les préoccupations des travailleurs immigrés (Diop, 1994, p. 147). Bien qu’il soit excessif de considérer la Grande Mosquée de Strasbourg uniquement en continuité de l’AEIF, il n’empêche que la GMS peut tirer du prestige et de l’ascendance de cette filiation auprès de la population musulmane « savante ».

    8Mais l’AEIF n’a pas transmis seulement à la GMS son histoire, elle lui a légué aussi un « répertoire d’action collective » (Tilly, 1986) particulier qui orientera ses formes d’institutionnalisation futures. Ainsi, la GMS, constituée dans les années 1980, s’est divisée en deux entités distinctes dès la fin des années 1990 : l’association Averroès pour le pôle culturel et la GMS pour le cultuel. Cette séparation permet de satisfaire les exigences des pouvoirs publics en respectant la législation française et de bénéficier des avantages des deux régimes d’associations : obtenir des subventions pour les activités culturelles très nombreuses et des exonérations fiscales pour les dons des fidèles. Mettre en place ce type d’organisation présuppose que les dirigeants aient une bonne connaissance du droit associatif afin de pouvoir mobiliser ces outils juridiques à leur disposition. On peut ainsi avancer l’hypothèse que la qualité de gestionnaire et le pragmatisme priment sur les connaissances théologiques lorsqu’il s’agit de s’imposer comme le détenteur de l’autorité religieuse. Les responsables de la GMS se rapprochent plus des figures du leader « bureaucratique » et du leader « paroissial » (Césari, 2004, p. 183) que de celles du conférencier ou de l’imam (Frégosi, 2004). C’est-à-dire qu’en plus d’assurer une position de contrôle des populations immigrées et d’être une « courroie de transmission » avec le Maroc, ces responsables sont aussi caractérisés par leur volontarisme, leur totale prise en charge de leur lieu de culte et la multiplication des activités sociales et culturelles.

    9Cette partition d’une organisation en deux structures tend aujourd’hui à se généraliser aux autres associations musulmanes (même si certaines, comme celles liées à l’UOIF, s’y refusent). Cependant, la question de l’organisation n’est rien si l’association ne peut prétendre parler au nom de tous, ou, du moins, de la majorité. En revenant sur le rôle joué par la CAMS dans le projet de construction de mosquée, nous montrerons comment celle-ci a été un instrument de légitimation pour la GMS.

    La CAMS, une coordination vectrice de légitimité

    10C’est à l’origine à la CAMS que le soutien financier de la mairie a été accordé. Et si la GMS a par la suite repris le projet, elle n’aurait pu le mener à bien sans la « couverture représentative » que la CAMS lui offrait en aspirant à rassembler sous un même projet le maximum des différentes composantes de l’islam strasbourgeois. Les raisons qui justifient la création de cette coordination varient selon les interlocuteurs : certains responsables associatifs musulmans soutiennent que la CAMS devait rapprocher les musulmans strasbourgeois, pour d’autres, elle n’a été créée que pour porter le projet d’une nouvelle mosquée. Elle fait aussi l’objet de plusieurs revendications en « paternité ». Pour les uns, elle découle du souhait des musulmans de la ville, via les associations de quartier, de célébrer ensemble les prières de l’Aïd el-Kébir et de l’Aïd el-Fitr. Pour d’autres, l’initiative viendrait de seulement trois grandes associations locales : l’AEIF (qui deviendra par la suite la GMS), l’Association islamique de l’Est de la France (AIEF, branche locale de l’UOIF) et l’Association culturelle islamique turque (Frégosi, 1995, p. 961-962). Quelle que soit la véracité de cette seconde proposition, elle n’est plus d’actualité et reste peu présente dans les mémoires des interviewés. Pour beaucoup d’entre eux, la mosquée de la Gare, rattachée à l’UOIF, a toujours été en désaccord avec l’AEIF quant aux méthodes utilisées pour le bien de la communauté musulmane5. La CAMS, elle, va dès le début fonctionner comme un groupe d’intérêt, ce qui lui permet de concurrencer de manière efficace le projet rival de construction de mosquée, celui de l’universitaire Ali Bouamama. La CAMS va donc effectuer en ce sens un travail de délimitation, de légitimation, de mise en forme de sa représentativité, et de représentation (Offerlé, 1998, p. 65).

    11Le travail de délimitation permet tout d’abord la construction du groupe d’intérêt dont les porte-paroles définissent les frontières : le sigle Coordination des associations musulmanes de Strasbourg permet de recouvrir implicitement la totalité des musulmans de la ville et laisse entendre que la coordination peut construire un groupe homogène et représentatif de toute la population musulmane. Ce travail facilite l’élaboration d’une définition du groupe et la production d’une identité. La réunion en coordination permettait aux associations musulmanes la constituant d’avoir plus de poids dans leurs revendications. La CAMS fournit aussi une légitimation de sa présence. Celle-ci est basée sur une double croyance : celle en l’existence et en l’importance de l’intérêt du groupe représenté et celle de la bonne représentation qu’il fournit. Cette croyance suppose la mise en avant de son autonomie organisationnelle à l’égard des autres associations musulmanes supposées non représentatives, des pouvoirs publics, mais aussi des États d’origine. Néanmoins, la coordination est mise en péril par la question de sa représentativité et cherche à obtenir une reconnaissance de la part de l’État ; ce qui constituerait un gage d’efficacité et un label officiel. La participation de la CAMS au CRCM et l’élection de M. Ayachour à sa présidence, alors qu’il était au même moment le président de la GMS et de la CAMS, peuvent être considérées comme des gages de fiabilité pour la ville. La CAMS avance sur le chemin de la représentativité légale qui lui permet de parler au nom des musulmans de la ville sans encourir trop de démentis. Mais cette représentativité ne s’ajuste pas forcément avec la représentativité sociale et elle est l’objet de constantes controverses de la part des autres organisations islamiques de Strasbourg, et plus particulièrement des mosquées rattachées à l’UOIF.

    12Grâce à ces caractéristiques, la coordination a acquis la légitimité nécessaire pour l’obtention des financements de la ville de Strasbourg. Cependant, dans la pratique, la CAMS n’a jamais été la réalisatrice de la nouvelle mosquée. La mise en place d’une SCI (Société civile immobilière) pour gérer la construction a été prise par la GMS sans accord ni même consultation des autres associations de la coordination. C’est par le biais de la SCI, créée en 2002, que le passage de la CAMS à la GMS comme interlocuteur de la mairie et gestionnaire de la construction de la nouvelle mosquée s’est effectué concrètement. Cette société civile immobilière, dont l’actionnaire principal est la GMS à hauteur de 75 %, aurait été créée, selon le président de l’association de quartier de Hautepierre et ancien président de la CAMS, afin de satisfaire aux demandes municipales. Cependant, cette transition, nécessaire selon le responsable du bureau des cultes à la mairie, aurait aussi été mal gérée par la GMS, se mettant ainsi à dos les associations de quartier, point que nous développerons dans la prochaine partie.

    Une coopération de longue date avec le duo socialiste Trautmann/Ries

    13Un dernier facteur, profondément lié aux deux premiers, joue en faveur de la prédominance de la GMS sur les associations musulmanes strasbourgeoises : la reconnaissance par la mairie de Strasbourg de la bonne représentation des musulmans strasbourgeois par la GMS, c’est-à-dire de sa capacité supposée à fédérer les différentes composantes de l’islam strasbourgeois et à les représenter.

    14En l’absence de procédures routinisées en fonction desquelles s’orienter, les projets de mosquées ne suivent pas tous le même itinéraire. Cette absence de schèmes de références susceptibles d’agréger les positions individuelles en position collective cantonne la question au domaine des convictions personnelles des acteurs politiques locaux où le maire joue une place prépondérante. Cependant, un type particulier de rationalité politique peut se remarquer dans la gestion publique de l’islam à Strasbourg pendant le mandat PS de Catherine Trautmann (1989 à 2001) ainsi que pendant celui de Roland Ries à partir de 2008. Cette rationalité prospective (Peter, 2006, p. 183-212) s’appuie fortement sur un raisonnement pragmatique qui s’applique à l’évaluation des possibilités d’action de l’État dans le domaine de l’intégration et insiste sur la nécessité et la légitimité de prendre en considération l’ancrage social du citoyen. Cela s’est traduit à Strasbourg par une procédure d’évaluation de l’état réel des besoins concernant le culte musulman, afin de réduire les risques inhérents aux initiatives politiques en la matière. En 1997, la mairie de Strasbourg a confié à l’ORIV (Observatoire régional de l’intégration et de la ville) une enquête sur les besoins en matière de culte musulman (Muller, 1997). Cette étude conduit la municipalité à prendre en compte les besoins spécifiques des quartiers en matière de culte d’une part, et la construction d’une « mosquée-symbole » d’autre part. Mais, dans les faits, les besoins de lieux de culte dans les quartiers sont peu pris en compte et soumis à bon nombre d’aléas. La construction de cette « mosquée-symbole » est finalement privilégiée, car elle est susceptible de donner de surcroît à la ville de Strasbourg une certaine renommée en matière de gestion de l’islam.

    15Cette gestion s’inscrit dans une politique plus globale d’utilisation du religieux comme facteur d’apaisement social, l’Appel de Strasbourg pour le respect mutuel et le dialogue est en ce sens bien emblématique de cette politique. Signé en janvier 2009 par les représentants des cultes reconnus6, le président du CRCM et le maire de Strasbourg, il appelle à une plus grande fraternité des fidèles de toutes confessions, à un apaisement social et condamne aussi les tentatives d’instrumentalisation ou d’importation des conflits du Proche-Orient. L’islam est perçu comme d’une possible utilité dans la gestion des populations issues de l’immigration, notamment par rapport aux problèmes de violence et de délinquance. Cette rationalité politique est beaucoup moins réticente à intégrer des organes non étatiques, notamment associatifs dans l’exercice du pouvoir : par exemple les associations religieuses.

    16En un sens, la CAMS, qui a été mise en place afin de satisfaire les exigences de la mairie quant à la représentation d’un maximum d’associations musulmanes au sein du projet de mosquée, a été en partie modelée et canalisée par la municipalité. Ces formes d’interventions publiques non affirmées, ces « répertoires d’action étatique » (Neveu, 2005, p. 94) mettent en place de véritables parcours fléchés pour les associations musulmanes qui veulent construire un lieu de culte : elles doivent démontrer l’existence d’une communauté de fidèles, monter un projet architectural et un plan de financement. Sortir de ces sentiers balisés revient à encourir la désapprobation des acteurs municipaux pouvant se traduire par le retrait des subventions culturelles de l’association. Cette pratique politique en matière d’islam favorise les associations qui consentent à répondre à ces formulaires pré-remplis et qui rentrent en résonance avec la politique municipale : c’est le cas de la GMS, mais ce ne fut pas le cas de l’UOIF. Par la suite un terrain sera donc accordé à la GMS par bail emphytéotique ainsi qu’une aide de la ville, du département et de la région à hauteur de 10 % du coût global du bâtiment pour la première et de 8 % pour les deux autres7.

    17Les répertoires d’action de la GMS, caractérisés par la négociation feutrée, le refus du recours au judiciaire et le peu de participation directe des adhérents sont reconnus comme les moyens d’expression légitimes par la mairie et font de la Grande Mosquée de Strasbourg une organisation « acceptable » pour la mairie. Suivant un processus de contractualisation (De Galembert, 2005, p. 84), les interactions entre la ville et la GMS, accompagnées systématiquement par des réceptions à haute charge symbolique, participent à la construction de la mosquée et de l’islam comme instruments de gouvernement local. La GMS et la mairie deviennent en ce sens des alliés objectifs : par la mosquée, la ville cherche à s’assurer une garantie de stabilité d’une zone d’incertitude et tente de capter les ressources symboliques inhérentes au lieu de culte ; par la mairie, la GMS construit et assure sa reconnaissance publique et sa suprématie sur les autres associations musulmanes de la ville d’une part, et garantit à ses responsables une position qui en fait des notables locaux d’autre part. L’opposition systématique dans les discours (de la mairie, de la GMS, mais aussi des associations de quartier) entre la « Grande Mosquée » et les mosquées dites « de proximité » sert à préserver un décalage entre la GMS et « le reste » des associations afin d’assurer à la première un rôle symbolique de référence. Le concept de religion civile (Willaime, 1993, p. 571-5808) est ici opérant pour comprendre les liens entre la GMS et la municipalité. « “Islam civil” se réfère ici à des discours et à des pratiques, qui restent d’ailleurs souvent au stade embryonnaire et ne sont pas nécessairement cohérents, qui visent à sacraliser la présence des musulmans en France et, de manière plus générale, l’être-ensemble de la société française » (Peter, 2006, p. 75). En liant intrinsèquement religiosité et lien social, cette association musulmane développe de fait un discours d’islam civil qui promeut un islam bien hiérarchisé, garant de la stabilité sociale et qui lie la citoyenneté musulmane française aux valeurs républicaines. Ce type de discours d’islam civil a été particulièrement bien exemplifié lors des manifestations pro-palestiniennes qui se sont déroulées à Strasbourg début juin 20109. Après plusieurs manifestations spontanées, la CAMS, sous l’égide de la GMS, se décide à organiser une manifestation pour réduire « les tensions de la communauté musulmane […] avant qu’[elle ne] s’exprime de manière inadéquate ». Le président de la GMS explique que cette manifestation sert tout d’abord à « préserver la paix sociale et la cohésion sociale » et que « les imams dans les mosquées ont fait leurs devoirs pour rappeler aux gens de manifester dans le calme et la paisibilité10 ».

    Les ferments de la contestation

    Le changement de municipalité rouvre de vieilles plaies

    18Si la mainmise de la GMS dans la construction de la nouvelle mosquée pouvait susciter des contestations, ce n’est qu’au moment du changement municipal de 2001 qui s’est accompagné d’un changement de rationalité politique que celles-ci ont pris une forme plus virulente qui pouvait à long terme remettre en cause la prédominance de la GMS.

    19Dès 1995, Catherine Trautmann avait confié, dans un geste hautement symbolique, la responsabilité du dossier islam à l’adjoint chargé des cultes reconnus. En 2001 la nouvelle municipalité (de droite, la maire, Fabienne Keller et Robert Grossmann son 1er adjoint sont membres de l’UMP) fait du dossier islam le domaine réservé de l’exécutif, excluant toute prise de parole isolée sur le sujet. Cette politique s’inscrit dans une forme de rationalité républicaine. Celle-ci a pour objet politique le « citoyen » et elle se justifie par un discours où prime l’autonomie individuelle et qui fait du principe de la « transcendance par la citoyenneté » le seul fondement de la cohésion sociale. Elle est hostile à toutes délégations de fonctions et de tâches politiques aux institutions non étatiques. La GMS, ayant l’habitude de travailler et de négocier avec la municipalité Trautmann, se retrouve dans une situation où elle ne maîtrise pas les nouveaux paramètres et où ses marges de manœuvre sont très restreintes. La réalisation de la nouvelle mosquée est alors fortement ébranlée. La délibération du conseil municipal de 1999 est mise alors sous conditions : dans une lettre datée du 10 novembre 2003 adressée à la CAMS, la municipalité exige le retrait du minaret, interdit le financement en provenance de l’étranger11, demande que les prêches se fassent en français et non en arabe. En outre, Mme Keller et M. Grossmann nomment les personnes qu’ils aimeraient voir élues au conseil d’administration et regrettent que les responsables de la coordination n’aient pas fait baisser les violences urbaines. Au final, la construction ne représentera qu’un tiers du projet initial, toute la partie culturelle ayant été supprimée. Malgré ces arbitrages, la GMS accepte ces restrictions imposées par la nouvelle mairie et dépose alors un nouveau permis de construire conforme aux demandes de la municipalité.

    Les associations de quartier dépossédées

    20C’est au nom de la CAMS, et donc au nom de toutes les associations la constituant, que le projet de mosquée avait été porté. Or la subvention de la mairie est versée à une SCI gérée par la GMS. Le responsable du bureau des cultes non reconnus explique :

    « Il fallait bien conclure […]. La SCI qui a été constituée […] par la mosquée majoritaire au sein de la CAMS [la GMS]. Donc qu’est-ce qu’il fallait faire ? […] Attendez parce que c’est ça la question, est-ce qu’il appartient à la puissance publique de dire à des gens qui constituent une SCI : “On veut que vous ayez un tel et un tel dans votre conseil d’administration ?” […] Si les associations estiment qu’elles ne sont pas représentées… Nous n’avons pas à être vigilants à leur place. Là aussi… Il faut que chacun prenne ses responsabilités12. »

    21Il semblerait effectivement que la majorité des associations de la coordination ignorait l’état d’avancement du projet et que ce n’est qu’en 2005 qu’elle aurait compris que la GMS en avait l’entière direction.

    22En réaction à leur éviction du projet de construction de mosquée, les associations de quartier adoptent des positionnements différents. La typologie d’Hirschman est ici un outil fécond pour penser les formes prises par leur mécontentement : défection (exit), prise de parole (voice) et loyauté (loyalty) (Hirschman, 1983). Cependant, l’apathie (apathy), théorisée par Guy Bajoit (Bajoit, 1988, p. 325-345) comme une forme de résignation face au mécontentement, peut s’avérer encore plus pertinente pour comprendre l’apparente inaction des associations de quartier qui restent dans une position de passivité et de repli sur soi. La question est ici de comprendre pourquoi telle ou telle association s’inscrira dans une logique de contestation ou de loyauté et telle autre dans l’apathie.

    23Devant les agissements de la GMS, nombre d’associations sont tout simplement apathiques. Les membres de ces associations « ne sont ni loyaux envers le groupe, ni déserteurs puisqu’ils restent membres, ni protestataires. Ils ne sont ni assez convaincus par les finalités de l’action du groupe pour être loyaux, ni assez audacieux pour s’en aller, ni assez solidaires pour courir le risque de protester ». (Bajoit, 1988, p. 329). L’Association culturelle maghrébine de la montagne Verte a suspendu sa participation à la CAMS tout comme l’association Réforme sociale de Hautepierre. Ces associations qui se croyaient parties prenantes du projet se retrouvent dans la position de soutien ayant peu accès à la parole et l’hégémonie de la GMS au sein de la CAMS créé une forte prise de distance envers la coordination. Sa remise en question peut aller loin, mais celle-ci reste silencieuse, il n’y a pas de contestation publique.

    24Dans un entre-deux, l’association Mosquée de l’Elsau hésitait entre exit et voice au moment où l’étude a été réalisée. Elle critiquait fortement l’inertie de la CAMS qu’elle attribuait encore en grande partie « aux anciennes générations ». Elle avait l’impression de perdre du temps et de l’énergie en assistant à des réunions qu’elle jugeait stériles. Elle s’est retrouvée confrontée à un choix important : à savoir rester ou non au sein de la coordination, les membres du bureau étant en désaccord. Ce choix était d’autant plus important qu’aucune association ne s’est jamais retirée officiellement de la CAMS, lui permettant ainsi de conserver le même poids symbolique. Néanmoins, grâce au nouveau bureau de la CAMS, l’association Mosquée de l’Elsau ne désire plus quitter la coordination, espérant des changements de fond. Il n’empêche que la Mosquée de l’Elsau a longtemps assuré une position de contestation : aux élections du CRCM de 2004 son représentant a choisi de ne pas voter pour la liste CAMS. Si la coordination n’est plus aujourd’hui autant contestée, ce n’est pas le cas du projet de mosquée de la GMS, jugé dévalorisant pour les musulmans : « Tout a été fait de manière à vous cloisonner, à vous cacher13. » Ainsi, l’association Mosquée de l’Elsau refuse tout compromis dans ses exigences et milite pour une reconnaissance pleine et entière de l’islam et pour sa visibilité. Les prises de position mitigées de la GMS qui « s’accommode » des barrières posées par la mairie ne peuvent convenir à leurs revendications.

    25Pourtant, d’autres associations de quartier ont pris un parti différent et continuent à soutenir la GMS : c’est le cas pour les associations de Koenigshoffen et de la Meinau qui s’inscrivent totalement dans une logique de loyalty bien que ce soit pour des raisons différentes. L’association Solidarité culturelle de Koenigshoffen reconnaît que la GMS gère aujourd’hui leur ancien projet commun. Cependant, elle ne dénonce pas ce fait et considère que seule cette dernière pouvait assurer des gages de solvabilité. L’ancien président de l’association allègue que, suite à la concertation des associations et à leurs demandes, la GMS a pris les rênes du projet. Une telle prise de position, allant à l’encontre de tous les autres discours, s’explique sans doute par l’implication politique auprès de Mme Keller de l’ancien dirigeant de l’association. Le soutien de l’association de la Meinau à la GMS répond à des logiques différentes. L’association Éveil Meinau a mis en place une stratégie qui lui permet l’expansion de ses activités et de ses locaux. Cela n’est possible qu’en entretenant de « bonnes » relations avec les différents acteurs locaux. Aux dernières élections d’octobre 2008, son président a été élu à la tête de la CAMS à la suite de Driss Ayachour permettant à ce dernier de ne pas cumuler la présidence de la GMS, du CRCM et de la CAMS. Que le président de la GMS et de la CAMS ne soit plus la même personne permet à la GMS de conserver la CAMS comme outil de légitimation ; le risque est alors que les associations de quartier désertent effectivement la coordination et qu’elle reste définitivement sous tutelle de la GMS sans projet propre.

    26À l’inverse, le fait que la CAMS ait un nouveau bureau pourrait aussi permettre à cette dernière de prendre un nouveau départ, détaché de la GMS, et d’impulser de nouvelles initiatives. La coordination a en effet modifié ses statuts : l’article la désignant comme gestionnaire du projet de mosquée a été supprimé, ce qui lui redonne une cohérence en soi. En outre, différentes commissions14 ont été mises en place. D’autre part, si la CAMS parvient à s’émanciper de la tutelle de la GMS et à devenir une coordination indépendante il sera plus difficile à la GMS de se présenter à la tête de la liste CAMS aux prochaines élections du CRCM. En redevenant une association parmi d’autres, elle perdra sa position privilégiée de « mosquée centrale », mais aussi de représentant officiel par le biais du CRCM.

    Les critiques de l’UOIF

    27De manière globale, les associations rattachées à l’UOIF réinvestissent les reproches formulés par la CAMS à l’encontre de la GMS. Bien qu’extérieure à la coordination, l’UOIF locale appuie leurs critiques qui lui permettent de se présenter comme une alliée potentielle pour les associations proches de la contestation et, par là même, concurrence directement la GMS dans son monopole de représentation de l’islam strasbourgeois. Elle considère la CAMS comme une organisation sans existence réelle, une coordination de papier, légitimant l’expansionnisme de la GMS. En outre, l’AEIF est considérée comme la rivale de l’UOIF du fait de leur ancienne origine commune : en effet, en 1978-1979, l’AEIF connaît une crise. Des étudiants tunisiens proches du Mouvement de la tendance islamique (MTI) convoitent la direction et veulent rattacher l’organisation à la branche égyptienne du courant international des Frères Musulmans, alors que la majorité des membres de l’AEIF désirent rester dans le giron de la mouvance syrienne. L’AEIF connaît alors une scission : ainsi les « pro-Égyptiens » quittent l’association et fondent le Groupement islamique de France (GIF) qui deviendra en 1983 l’UOIF (Amghar, 2009, p. 380-381). De plus l’UOIF reproche à la GMS une allégeance au consulat du Maroc15. Le président de l’antenne régionale de l’UOIF résume toute l’histoire du projet de mosquée sous le prisme de ces liens qu’il met en relation directe avec les nombreuses difficultés rencontrées par le projet.

    28Ce choix de prôner un islam détaché des pays d’origine et des milieux consulaires est validé par la forme d’organisation adoptée par l’UOIF. Appartenant à une fédération au niveau transnational, l’UOIF est, en France, un des principaux acteurs de la réislamisation des jeunes Français d’origine musulmane. Son idéologie conservatrice s’accompagne de la promotion d’une vision contextualisée de l’islam qui permet à l’UOIF de se détacher, du moins dans le discours, de l’influence des pays étrangers. M. Nabaoui, en tant que porte-parole de cette fédération, ne peut que mettre en avant cette vision citoyenne, et poser ainsi la comparaison au détriment de la GMS qui ne se cache pas de ses relations avec le consulat du Maroc.

    29La victoire du président de la GMS (M. Ayachour) à la présidence du CRCM Alsace est un bon résumé de la situation de l’islam à Strasbourg : contestée par les associations de quartier comme par les fédérations concurrentes, la GMS avance malgré tout sur le terrain de la représentativité légale. Les controverses sur sa légitimité, quoiqu’importantes, ne mettent pas en danger son monopole, car elles ne parviennent pas à la sphère publique et qu’elles apparaissent comme fort banales au vu des luttes de pouvoir incessantes qui ébranlent quotidiennement les différents CRCM et le CFCM.

    30En entretenant avec la mairie une relation de dépendance réciproque et en faisant sien un discours d’islam civil, la GMS a normalisé ses rapports avec l’autorité publique. Toutes associations ou fédérations ne rentrant pas dans ce cadre apparaissent comme porteuses d’un islam non-normalisé, qu’il s’agisse de l’UOIF ou de l’association de quartier Mosquée de l’Elsau. Cette gestion locale de l’islam, quoique permettant et encourageant la construction de lieu de culte musulman16, laisse peu de place à la pluralité des formes d’expression des diverses demandes de reconnaissance de l’islam à Strasbourg.

    Bibliographie

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    Willaime J.-P., « La religion civile à la française et ses métamorphoses », Social Compass, n° 40/4, 1993, p. 571-580.

    Notes de bas de page

    1Cet article s’appuie sur une enquête réalisée en 2007-2008. Les résultats et informations ont été obtenus grâce à la réalisation d’entretiens auprès de responsables d’associations musulmanes de Strasbourg, de taille et d’importance différentes.

    2M. Cros, qui a été responsable du bureau des cultes non reconnus à la mairie de Strasbourg sous les deux mandats socialistes (de 1989 à 2001 et de 2008 à aujourd’hui), estime à 21 le nombre d’associations musulmanes répertoriées sur Strasbourg.

    3Il s’agit du Rassemblement des musulmans de France crée le 13 janvier 2006 est qui regroupe les dissidents de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF). Le mouvement est proche de l’État marocain. Mohammed Moussaoui, vice-président du RMF, a été élu en 2008 président du Conseil français du culte musulman. Fouad Douai, chargé de mission « Enseignement » au sein du bureau du RMF et délégué de la fédération dans la région « Alsace », est aussi le gérant de la SCI « Grande Mosquée de Strasbourg », l’association étudiée dans ce présent article.

    4La CAMS avait pour but de fédérer les différentes sensibilités de l’islam à Strasbourg. Elle regroupe actuellement au total neuf associations : la GMS et les associations de quartier du Neuhof, de la Meinau, de l’Elsau, de la montagne Verte, de Koenigshoffen, de Hautepierre, de Cronenbourg et une association d’Afrique noire.

    5Pour des témoignages sur l’histoire de ces différentes mosquées voir : Karim Abdoun, Mathilde Chèvre, Asma Al Atyaoui et Abdel-Aziz Faïk, Histoires de mosquées, p. 61-83.

    6Le droit local alsacien-mosellan reconnaît quatre cultes : catholique, réformé, luthérien et juif.

    7Soit au total 1,6 million d’euros.

    8Terme emprunté à Robert Bellah. L’auteur y explicite plus amplement ce concept en le désignant comme « une forme non-religieuse du sacré, même si des traditions religieuses peuvent nourrir ce sacré politique qui exprime un sentiment collectif d’unité ». La religion civile est au croisement de deux dimensions : la religion civique (le culte de l’unité du corps social, le sacrement de l’unité sociale) et la common religion (ensemble des croyances, des représentations et évaluations qui définissent l’univers philosophico-religieux et éthique d’une population).

    9Ces manifestations on eu lieu en réponse à l’opération militaire israélienne dans les eaux internationales contre la « Flottille de la paix » à destination de Gaza, le 31 mai 2010, qui s’est soldée par la mort de neuf personnes.

    10Source : [http://www.dailymotion.com/video/xdjzne_manifestation-pro-palestinienne-dan_news].

    11La municipalité suivante (de Ries, socialiste), n’aura plus cette exigence d’absence de financement étranger.

    12Extrait de l’entretien avec M. Cros (cf. note 1), effectué le 6 juin 2008.

    13Extrait de l’entretien avec le président de l’association Mosquée de l’Elsau, effectué le 20 avril 2008.

    14Commission de réflexion sur l’abattage rituel, commission éducation et commission imam.

    15Le royaume du Maroc a en tout état de cause contribué 700 000 euros pour la construction de l’édifice ; par ailleurs, un million d’euros provient d’Arabie Saoudite [http://www.ambafrance-sa.org/spip.php?article1784].

    16Notons par exemple le soutien à deux associations de quartier pour la construction de deux lieux de culte, voté en janvier 2011 par la municipalité de Strasbourg, concernant réforme sociale de Hautepierre et l’Association culturelle des Deux Rives à la Robertsau.

    Auteur

    • Claire Donnet

      Docteure en sociologie, Laboratoire cultures et sociétés en Europe (CNRS, université de Strasbourg)

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    1Cet article s’appuie sur une enquête réalisée en 2007-2008. Les résultats et informations ont été obtenus grâce à la réalisation d’entretiens auprès de responsables d’associations musulmanes de Strasbourg, de taille et d’importance différentes.

    2M. Cros, qui a été responsable du bureau des cultes non reconnus à la mairie de Strasbourg sous les deux mandats socialistes (de 1989 à 2001 et de 2008 à aujourd’hui), estime à 21 le nombre d’associations musulmanes répertoriées sur Strasbourg.

    3Il s’agit du Rassemblement des musulmans de France crée le 13 janvier 2006 est qui regroupe les dissidents de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF). Le mouvement est proche de l’État marocain. Mohammed Moussaoui, vice-président du RMF, a été élu en 2008 président du Conseil français du culte musulman. Fouad Douai, chargé de mission « Enseignement » au sein du bureau du RMF et délégué de la fédération dans la région « Alsace », est aussi le gérant de la SCI « Grande Mosquée de Strasbourg », l’association étudiée dans ce présent article.

    4La CAMS avait pour but de fédérer les différentes sensibilités de l’islam à Strasbourg. Elle regroupe actuellement au total neuf associations : la GMS et les associations de quartier du Neuhof, de la Meinau, de l’Elsau, de la montagne Verte, de Koenigshoffen, de Hautepierre, de Cronenbourg et une association d’Afrique noire.

    5Pour des témoignages sur l’histoire de ces différentes mosquées voir : Karim Abdoun, Mathilde Chèvre, Asma Al Atyaoui et Abdel-Aziz Faïk, Histoires de mosquées, p. 61-83.

    6Le droit local alsacien-mosellan reconnaît quatre cultes : catholique, réformé, luthérien et juif.

    7Soit au total 1,6 million d’euros.

    8Terme emprunté à Robert Bellah. L’auteur y explicite plus amplement ce concept en le désignant comme « une forme non-religieuse du sacré, même si des traditions religieuses peuvent nourrir ce sacré politique qui exprime un sentiment collectif d’unité ». La religion civile est au croisement de deux dimensions : la religion civique (le culte de l’unité du corps social, le sacrement de l’unité sociale) et la common religion (ensemble des croyances, des représentations et évaluations qui définissent l’univers philosophico-religieux et éthique d’une population).

    9Ces manifestations on eu lieu en réponse à l’opération militaire israélienne dans les eaux internationales contre la « Flottille de la paix » à destination de Gaza, le 31 mai 2010, qui s’est soldée par la mort de neuf personnes.

    10Source : [http://www.dailymotion.com/video/xdjzne_manifestation-pro-palestinienne-dan_news].

    11La municipalité suivante (de Ries, socialiste), n’aura plus cette exigence d’absence de financement étranger.

    12Extrait de l’entretien avec M. Cros (cf. note 1), effectué le 6 juin 2008.

    13Extrait de l’entretien avec le président de l’association Mosquée de l’Elsau, effectué le 20 avril 2008.

    14Commission de réflexion sur l’abattage rituel, commission éducation et commission imam.

    15Le royaume du Maroc a en tout état de cause contribué 700 000 euros pour la construction de l’édifice ; par ailleurs, un million d’euros provient d’Arabie Saoudite [http://www.ambafrance-sa.org/spip.php?article1784].

    16Notons par exemple le soutien à deux associations de quartier pour la construction de deux lieux de culte, voté en janvier 2011 par la municipalité de Strasbourg, concernant réforme sociale de Hautepierre et l’Association culturelle des Deux Rives à la Robertsau.

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    Ce livre est cité par

    • Obadia, Lionel. (2020) Qamis ou kasaya… « ce qui faut sous nos climats » ?. Questions de communication, 37. DOI: 10.4000/questionsdecommunication.22463
    • Picard, Alice. (2020) Disciplinarisation des comportements musulmans dans l'espace public. Pratiques musulmanes et entreprises d'étiquetage à Rennes, Bristol, Nantes et Glasgow. Revue française de civilisation britannique, XXV. DOI: 10.4000/rfcb.6868
    • The perception of islam by political parties : a comparative analysis of the rhetorical and perceptive schemes used in Australia and France. DOI: 10.70675/bafeb13fz1ae4z488dzbda6ze19d10bf0b38
    • Subjectivations religieuses et accommodements du croire entre des éthiques contrastées. Le cas des halaqat de femmes. DOI: 10.70675/6ef1bf17zf30fz408cz8fcdzeb06f21d78fa
    • L'appropriation du modèle jésuite comme acte fondateur. Les fidèles compagnes de Jésus (1820) : genre, sainteté et processus de légitimation. DOI: 10.70675/7ca27e03z3a81z4814z98ffzaeaa812e996a
    • Gouvernement de la visibilité religieuse et reconfiguration des frontières symboliques : La gouvernance de l'islam à travers quatre cas d'étude franco-britanniques. DOI: 10.70675/19d76435z630az4762z885az1db3877a4566
    • Un catholicisme d’ouverture : les mouvements catholiques d’éducation populaire et leurs membres musulmans en France (années 1960 - années 2010). DOI: 10.70675/e3cb6f63zd965z4b58z9df0zd8589893d9f2
    • The other muslim women : social, gendered and racial representations, multiple discriminations and agency in the pathways of white French and Irish female converts to Islam. DOI: 10.70675/faabc9b9ze24fz4b11z84f9z133a11b34223
    • Intégralisme religieux et société libérale : le cas des juifs orthodoxes en France, des années 1980 à nos jours. DOI: 10.70675/0acdc127z09f8z4822z8b56z2b63246b1a41
    • Les pratiques religieuses dans la cité : enquête au Bois-l'Abbé, 2015-2020.. DOI: 10.70675/07156270ze226z40e1z9ed3zfd866029a591
    • Administrer la laïcité : la politique de lutte contre les "atteintes à la laïcité" dans l'Éducation nationale. DOI: 10.70675/e0bd2663ze81cz4c60z801az2b5bf641a4cd
    • Le fait religieux et l'égalité en droit public français. DOI: 10.70675/6bd75fdfzcdc8z481fz9995z0fc78fbb1c89
    • Une défense du compromis : pluralité religieuse et conflit politique. DOI: 10.70675/8d045aeezdb37z46b3z9828zfefc461da2d4

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    • Gouvernement de la visibilité religieuse et reconfiguration des frontières symboliques : La gouvernance de l'islam à travers quatre cas d'étude franco-britanniques. DOI: 10.70675/19d76435z630az4762z885az1db3877a4566
    • Des mobilisations autour de la reconnaissance de l’islam en France : étude de la puissance d’agir de sujets musulmans intégralistes. DOI: 10.70675/e855bcbez312cz4f54zbba5zadbb95eec791

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    Donnet, C. (2014). Organisations musulmanes et pouvoirs locaux : concurrence et normalisation par l’« islam civil » à Strasbourg. In A.-S. Lamine (éd.), Quand le religieux fait conflit. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14sys
    Donnet, Claire. « Organisations musulmanes et pouvoirs locaux : concurrence et normalisation par l’“islam civil” à Strasbourg ». In Quand le religieux fait conflit, édité par Anne-Sophie Lamine. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2014. doi:10.4000/14sys.
    Donnet, Claire. « Organisations musulmanes et pouvoirs locaux : concurrence et normalisation par l’“islam civil” à Strasbourg ». Quand le religieux fait conflit, édité par Anne-Sophie Lamine, Presses universitaires de Rennes, 2014, https://doi.org/10.4000/14sys.

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    Lamine, A.-S. (éd.). (2014). Quand le religieux fait conflit. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14tc4
    Lamine, Anne-Sophie, éd. Quand le religieux fait conflit. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2014. doi:10.4000/14tc4.
    Lamine, Anne-Sophie, éditeur. Quand le religieux fait conflit. Presses universitaires de Rennes, 2014, https://doi.org/10.4000/14tc4.
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