La police d’une République agitée
Crises, contestation et changement dans la police italienne des années 1970
p. 155-170
Texte intégral
1Les troubles sociopolitiques de l’Italie des années 1970 permettent d’étudier les transformations vécues par la Pubblica sicurezza, l’équivalent de la Police dans la péninsule. Partant du contexte très conflictuel dans lequel opère la police à cette époque, il s’agit d’exposer ici quels furent les facteurs et les problèmes à l’origine de la crise profonde de cette institution. Il faut d’abord s’intéresser aux vecteurs qui donnèrent naissance à un fort mouvement clandestin, interne à la police, qui proposait un changement radical du fonctionnement de l’institution, du travail de police ainsi que du rôle du policier dans la société. Cette évolution marque une rupture forte avec le passé opaque et autoritaire de la Sûreté publique italienne. Ce n’est pas un hasard si cette crise et cette rupture naissent dans l’effervescence contestataire que connaît l’Italie des « années de plomb », à la faveur des affrontements, mais aussi de la rencontre des policiers avec un mouvement social des plus dynamiques1.
2Jusqu’à récemment, aucune recherche n’a abordé de façon approfondie les changements alors avenus dans les différents corps de police de la République ni ne s’est concentrée spécifiquement sur l’un d’entre eux. D’une façon générale, l’histoire des polices en Italie et les policing studies n’ont connu un essor significatif qu’assez récemment, durant les vingt-cinq dernières années2. À l’exception de quelques études dispersées et partielles, il n’y a pas dans la littérature existante d’analyse spécifique concernant les interactions entre forces de police italiennes et mouvements subversifs, aspirations révolutionnaires et luttes sociales d’ampleur3.
3Ces dernières années pourtant, sociologues puis historiens se sont attelés à l’étude des pratiques mises en œuvre par les États pour contenir les manifestations, désignées génériquement par le terme de protest policing. Leur travail a éclairé les continuités et les transformations dans la gestion des oppositions de rue dans l’Italie républicaine, comme dans d’autres pays et dans des contextes internationaux variés4. Dans de nombreuses études, ce qui prévaut est plutôt l’étude de la confrontation et des interactions qui en découlent. Les polices sont alors examinées conjointement à la société et aux acteurs sociaux qu’elles doivent contrôler, réprimer et affronter, avec lesquels elles travaillent et collaborent parfois. Cette approche reste incontournable pour connaître et comprendre les liens plus profonds qui lient la police aux manifestants, sans en rester à une simple reconstitution institutionnelle qui, bien qu’utile, pèche par son « internalisme » et son incapacité à saisir les dynamiques sociales qui traversent la police. Dans une telle perspective, il faut aussi s’interroger sur ce que les mouvements de contestation, les aspirations au changement produisent au sein même des forces de police, sans se limiter à l’action répressive qu’on leur assigne prioritairement dans des contextes troublés. C’est pourquoi cette brève étude se propose d’abord de revenir sur le contexte général qui sert de cadre aux actions de la Pubblica sicurezza et des autres forces policières italiennes. À partir de la fin des années 1960, la société italienne connaît un processus de transformations économiques, sociales et culturelles rapides qui accusent nombre de contradictions, de disparités et d’inégalités internes, tout en alimentant des tensions potentiellement explosives.
Une République agitée et ses polices
4Après la contestation étudiante de 1968 et les luttes ouvrières de 1969, les années 1970 constituent pour la République italienne une période dense. Les aspirations au changement se manifestent fortement dans un contexte de diversification socioculturelle, d’enrichissement inédit des thématiques politiques, mais aussi de conquêtes sociales et de réalisation d’importantes réformes5. Pour la préservation de l’ordre public, cette période turbulente et parsemée de violences importantes, est complexe6. Une série de nouvelles organisations politiques ancrées à gauche et, dans une moindre mesure à droite, fait alors son apparition. Celles-ci adoptent des méthodes de lutte extrêmes et parfois violentes au fil des mouvements étudiants et ouvriers qui animent le pays de façon cyclique, de la fin des années 1960 au pic contestataire de 19777. La période allant de 1969 à 1980 environ, est aussi marquée par les graves attentats terroristes imputables à la « stratégie de la tension » qui frappent divers endroits d’Italie, causent morts et blessés et sèment la peur au sein de la population8. Ces années voient enfin naître un nombre important d’organisations d’extrême droite comme d’extrême gauche qui choisissent clairement le chemin de la lutte armée9.
5À ce tableau s’ajoute une forte augmentation des activités criminelles, de droit commun et relevant du crime organisé, pratiquées en particulier par les organisations les plus subversives, dans le but de soutenir la lutte armée. Vols, rapines, séquestrations de personnes, trafic de drogue et d’armes se multiplient tout au long de la décennie10. Outre la croissance quantitative du phénomène, certaines de ses caractéristiques sociales alertent : la jeunesse des délinquants ; l’usage d’avancées technologiques offertes par la modernité ; le déploiement d’une puissance de feu inédite découlant de la diffusion et de l’usage d’armes automatiques ; l’augmentation notable de la « violence, de la brutalité et du cynisme11 ».
6C’est dans ce contexte, ici esquissée, que doivent opérer les forces de la police républicaine.
7Afin de prévenir, de contenir et de réprimer l’ensemble de ces phénomènes subversifs et délictueux, la République dispose du plus important contingent de forces de l’ordre d’Europe occidentale, le pays présentant le plus haut ratio de forces de l’ordre par habitant. En outre, l’Italie est à ce moment la seule démocratie européenne dans laquelle les agents des trois principaux corps de police – Sûreté publique (Pubblica sicurezza), gendarmerie (Carabinieri) et douane (Guardia di finanza) – sont militaires, à l’exception d’un peu moins de 2 000 fonctionnaires de la Sûreté publique et des opératrices de la police des mœurs12.
Personnels en service dans les trois principaux corps de police en Italie (1976)
Corps de police | Effectifs |
Sûreté publique | 77 454 |
Gendarmerie | 83 799 |
Douane | 43 798 |
Total | 205 051 |
Di Giorgio M., Per una polizia…, op. cit., p. 123.
8Ces trois principaux corps constituent l’essentiel des forces de la police italienne et sont articulés entre eux. La Pubblica sicurezza est formée d’une troupe militaire (celle des gardiens de la police), elle-même commandée au niveau opérationnel par une composante civile (l’administration de Sûreté publique) de 1 600 fonctionnaires. Les Carabinieri, force totalement militarisée jusqu’à son commandement, opèrent en parallèle de la Pubblica sicurezza, au sein de juridictions en grande partie enchevêtrées. Sur ces deux corps principaux se greffe un troisième, lui aussi militaire, la Guardia di finanza, doté de compétences spécifiques en matière économique et financière, mais par ailleurs en charge de quelques missions partagées avec les deux autres.
9D’autres instances de police existent à côté de ces trois institutions principales : le corps des gardiens pénitentiaires pour la surveillance des prisons ; la police forestière de l’État pour le contrôle du patrimoine agraire et forestier ; les capitaineries portuaires pour celui des ports et du littoral ; les polices municipales, qui assument des compétences de sécurité urbaine pour les communes. Cette cohorte aussi importante qu’hétérogène et complexe constitue un ensemble difficile à relier et coordonner13.
10Dans les années 1970, en dépit de l’importance de ces contingents dédiés aux multiples aspects de l’ordre public, la République italienne ne parvient pas à affronter efficacement la criminalité ni à répondre rapidement et de manière décisive à l’essor des luttes armées. Des carences structurelles notables, liées à l’organisation chaotique des institutions policières, entravent le bon fonctionnement des forces de l’ordre, et ce de très longue date : enchevêtrements de juridictions ; liens excessifs avec le pouvoir politique ; répartition irrationnelle des ressources humaines disponibles ; instructions insuffisantes ; pénurie de moyens, notamment d’armes ; absence d’une direction unitaire comme d’une coordination efficace entre les polices. S’ajoute à cette liste de problèmes, l’affectation d’une quantité excessive de personnels, y compris non qualifiés, à des opérations de maintien de l’ordre rendues nécessaires par le contexte social et politique14.
11La faible coopération entre les principales agences de sécurité du pays est source d’inefficacité, de retards et de graves interférences. Le plus grave de ces problèmes touche alors à la question de la coordination entre les deux principaux corps de police, la Pubblica sicurezza et les Carabinieri. En effet, ces deux institutions entretiennent une forte rivalité depuis la fin du xixe siècle, qui entrave leur collaboration, limite le partage des informations et la communication. Cette rivalité peut aller parfois jusqu’à des marques ouvertes d’hostilité15.
12Toujours au cours des années 1970, l’inefficacité des différentes forces de l’ordre s’explique aussi pour des raisons plus spécifiquement politiques, notamment par le renforcement continu des liens entre la police et les cadres du ministère de l’Intérieur, liant la police à l’instabilité politique du ministère. Entre 1971 et 1980 se succèdent sept ministres à la tête du ministère de l’Intérieur et cinq chefs à celle du commandement central de la police16. Par ailleurs, les priorités, les choix et les modes opératoires des forces de police sont alors conditionnés par leur soumission excessive au parti en situation de gouverner, à savoir la démocratie chrétienne. La mainmise du pouvoir chrétien-démocrate sur le ministère de l’Intérieur – les ministres qui se succèdent à sa tête entre 1947 et 1993 appartiennent sans exception à la démocratie chrétienne17 – accentue cette soumission. Cette mainmise est l’un des signes notables de l’étroitesse des liens entre la démocratie chrétienne, la police et, plus généralement, l’ensemble des organes répressifs de l’État.
13Pour ces raisons, malgré les problèmes liés à l’essor de la criminalité commune et organisée, les gouvernements successifs des années 1970 maintiennent le cap d’une politique prioritairement, étroitement, presque de façon obsessionnelle, orientée vers le contrôle politique et la répression des cortèges syndicaux et protestataires, dans la suite logique d’une ligne fortement conditionnée par les effets de la guerre froide depuis la naissance de la République. S’intéresser à la police italienne de cette période permet de rendre évidents les conséquences de cette « obsession politique ». Mais ces pratiques s’ancrent aussi dans une nette continuité avec le passé mussolinien18. En consolidant cette logique, la politique gouvernementale entérine l’usage des forces mobiles de la Pubblica sicurezza19 comme outil répressif, destiné à contenir les soulèvements sociaux et politiques liés aux questions les plus brûlantes du pays : le logement, le travail, la contestation étudiante, les batailles pour les droits sociaux et politiques, le chômage. À cette activité de rue musclée, il faut ajouter la mobilisation d’instruments de surveillance plus raffinés, notamment les activités de classement et de contrôle menées par les bureaux politiques du quartier général de la police, et dont les techniques sont déjà bien éprouvées20.
Une police en crise
14À la fin des années 1960, la Pubblica sicurezza commence à afficher une série de carences et dysfonctionnements importants, y compris aux yeux d’observateurs externes, cela malgré les efforts concédés de façon inédite au cours de la décennie en faveur d’une modernisation partielle de la police et d’une augmentation assez significative, par paliers, du traitement de ses agents21. Les progrès apportés par le boom économique au sein de la société italienne, les victoires syndicales de la fin des années 1960 telles l’approbation du statut des travailleurs en 1970, avaient rendu plus évidentes et anachroniques les mauvaises conditions de vie que connaissaient les hommes engagés au service des différents corps de fonction publique. La police faisait partie des institutions publiques les plus touchées par ces conditions délétères de vie et de travail.
15La Pubblica sicurezza avait exceptionnellement servi à contenir les soulèvements contestataires des grandes manifestations étudiantes et ouvrières. Elle aurait continué à le faire au cours des années 1970 de manière exceptionnelle si ses forces mobiles et d’intervention rapide, créées après la guerre, n’avaient pas été employées de manière de plus en plus fréquente, dans des proportions encore plus exceptionnelles que ne l’avaient été les bataillons de gendarmes dotés des mêmes compétences. L’intervention de la police dans la rue, exténuante pour ses agents, force surtout les policiers à affronter quotidiennement les composantes politiques les plus radicales du pays, leur opposant une résistance constante. Cet engagement extraordinaire, ainsi que le danger et le stress qui en découlent, viennent alors s’ajouter aux difficultés internes que connaissait déjà l’institution22.
16La majorité de la troupe est formée d’hommes mal payés et exploités, privés de nombreux droits civiques et de quelque tutelle syndicale que ce soit. Ils sont soumis à une stricte discipline militaire et contraints au célibat jusqu’à leurs 28 ans ; cette limite est réduite à 26 ans en 1973. Pour le personnel, les problèmes commencent dès la phase de recrutement. Entre 1960 et 1976, près de 70 % des nouveaux enrôlés dans la police proviennent du sud de la péninsule et entrent dans la police pour y trouver un travail stable de fonctionnaire et un revenu assuré. Nombre des nouvelles recrues ne possèdent que le titre minimal requis pour entrer dans la troupe, c’est-à-dire un niveau de sortie d’école primaire (quinta elementare). Parmi ces hommes, les couches sociales défavorisées, les régions marginales et les origines familiales plutôt pauvres sont surreprésentées. Attirés par les campagnes publicitaires de l’administration, ils s’enrôlent en quête d’un métier respectable, en imaginant pouvoir poursuivre des études, se spécialiser sur le plan professionnel, ou, à défaut, exercer un métier dynamique et intéressant23. En fait, ils intègrent une institution cloisonnée, fermée et stricte, régie par une discipline militaire anachronique. Cette dernière accentue nettement le décalage entre les policiers et le reste de la société24. De plus, le manque de formation professionnelle reçue dans les écoles de police se répercute sur leur efficacité opérationnelle ainsi que sur leur sécurité. En effet, la majorité du temps de formation des policiers s’effectue à l’épreuve de la rue, pendant les opérations de maintien de l’ordre, et non pendant le cursus théorique qui lui est dédié25. Par ailleurs, les conditions de travail sont encore détériorées du fait de services prolongés, d’heures supplémentaires non payées et des faibles primes. Enfin, les baraquements dans lesquels les policiers doivent vivre s’avèrent souvent insalubres et la nourriture servie est de qualité médiocre.
17C’est ce tableau assez sombre qui attend les policiers à leur entrée dans la profession et qui les surprend. Ils intègrent une institution qui peine à se renouveler et à se maintenir au courant des changements de la société comme de la criminalité. Elle se montre peu capable d’assurer à son personnel une formation adaptée et les moyens nécessaires à l’accomplissement de ses missions. En outre, perdure au sein de la troupe la mauvaise habitude d’astreindre une partie du personnel (familièrement dénommés « sciacquini26 ») à des missions de type ancillaire, à des tâches peu valorisantes (camérier, cuisinier, domestique, jardinier, nourrice, maçon, etc.) qui s’effectuent en journée dans les logements des préfets, de hauts-fonctionnaires ou d’autres officiels27.
18En sus de ces problèmes, les agents subissent au sein du corps une sorte d’aliénation sociale qui les confine aux marges de la société. Nombre de jeunes policiers étaient affectés loin de leur région d’origine. Des observateurs attentifs constatent qu’ils passent les rares heures de pause et de repos à proximité immédiate des casernes, afin d’éviter de se perdre ou de rentrer après le couvre-feu, par crainte des punitions et des blâmes. Ces stratégies sont particulièrement développées par les plus jeunes, moins habitués à la vie dans les grands centres urbains. Ils y subissent de plein fouet leur impéritie face à une urbanité qui leur était étrangère et qu’ils perçoivent comme un environnement hostile. Cet isolement sociospatial leur est particulièrement défavorable, dans la mesure où ils dépensent leur maigre solde auprès des prostituées et des camelots en tous genres qui se concentrent aux abords des casernes28. Du fait de leur précarité économique et de cet isolement, les policiers ne pouvaient qu’observer, sans y prendre part, les nouvelles modes et les progrès d’un pays en pleine transformation, traversé par une grande effervescence sociale autant que par des idéaux nouveaux.
19Le mal-être au sein de la police éclate aux yeux de l’opinion publique après la révolte ourdie au sein du troisième régiment d’intervention mobile de Milan, à la suite du décès d’Antonio Annarumma, un militaire de la Pubblica sicurezza âgé d’une vingtaine d’années, originaire d’une famille ouvrière de Montefote Irpino, dans la province d’Avellino. Le 19 novembre 1969, à Milan, Annarumma doit intervenir lors d’un violent affrontement urbain déclenché en marge d’une grève générale pour le logement, convoquée par les syndicats CGIL (Confederazione Generale Italiana del Lavoro), CISL (Confederazione Italiana Sindacati Lavoratori) et UIL (Unione Italiana del Lavoro). Il est mortellement blessé à la tête alors qu’il conduit l’une des jeeps destinées à embarquer les manifestants arrêtés29. Le soir même de sa mort, une révolte se déclenche dans les baraquements de la compagnie mobile de Milan, dans des proportions et avec une violence inédites. L’émeute, renforcée par la rage, la fatigue et l’exaspération générale des policiers, se propage à d’autres escouades de Turin et de Rome. Plusieurs heures durant, une partie des agents tentent de forcer les barrières de leur caserne avec des outils, les armes à la main, afin de partir à la chasse des responsables présumés de la mort de leur collègue. Des répliques se font ressentir plusieurs jours durant. L’état-major ne parvient à contenir la colère à l’intérieur des casernes qu’au prix d’efforts considérables et grâce à l’usage d’autres unités armées, qui essuient insultes, crachats et agressions de la part de leurs collègues30.
20Les mois, puis les années qui suivent, sont marqués par de nombreux soubresauts protestataires au sein des casernes de toute la péninsule italienne. De plus en plus d’agents envoient des lettres de protestation aux rédactions de journaux nationaux, dans lesquelles ils dénoncent les mauvaises conditions de vie au sein de la police. Durant cette période de troubles, les policiers parviennent à percer la chape de la discipline militaire. Ils font émerger avec force les nombreux problèmes de la troupe, au point qu’au fil des mois leur mouvement devient visible aux citoyens, en dehors des casernes. En octobre 1971, des dizaines de policiers défilent en uniforme dans les rues de Turin, ce qui leur vaut une série de punitions ainsi qu’un procès en cour martiale. La dure répression par laquelle les cadres de la police cherchent à limiter la diffusion du mouvement ne le brise pourtant pas. Les policiers multiplient les manifestations – parfois sous la forme très voyante de défilés de véhicules de service, toutes sirènes hurlantes – et les grèves de la faim ; ils débrayent avant le début de leur service ou encore refusent de procéder aux arrestations de travailleurs au cours des manifestations de rue ou d’autres formes d’opposition31.
21Plongés dans un climat social tendu et l’effervescence contestataire en raison de leurs obligations de service, contraints d’user continûment de violence, de nombreux policiers prennent conscience des demandes de changement qui émanent de la société. En conséquence, ils commencent à aligner sur ces dernières leurs propres revendications. Quelques espaces de communication entre la police et la société civile s’ouvrent peu à peu et conduisent les forces de l’ordre à recevoir des revendications et des idées portées par la société. Les policiers sont en quelque sorte « contaminés » par le climat contestataire et emportés dans un processus de changement qui s’était déclenché spontanément avant de s’organiser plus formellement. À partir de 1972, les basses couches de la troupe font naître un mouvement clandestin qui canalise l’opposition et regroupe de façon stable les divers noyaux de policiers mécontents, quelle que soit leur région d’origine. Ces policiers se qualifiaient d’eux-mêmes de carbonari, en référence aux actions de la société secrète, de nature insurrectionnelle et révolutionnaire, très présente en Italie qui s’était opposée aux gouvernements absolus dans la première moitié du xixe siècle32. En plus d’entraîner leurs collègues dans la bataille, les acteurs de ce mouvement cherchent immédiatement à entretenir un dialogue régulier avec les autres catégories de travailleurs, avec la société civile comme avec les partis et les syndicats. Les syndicats confédérés et les partis de gauche, notamment les partis communiste et socialiste, saisissent cette opportunité et offrent un soutien concret aux revendications de la police33.
Un programme de transformation de la police
22Au cours des années 1970, le mouvement adopte le mot d’ordre « démilitarisation, réforme et syndicalisme ». S’il se radicalise par capillarité au sein de la Pubblica sicurezza, il rencontre aussi en retour une triple opposition de la part de la hiérarchie policière qui n’écarte aucun moyen pour tenter de démanteler l’organisation, des forces les plus conservatrices du pays et, enfin, de la classe politique quelque peu inquiète du risque de défection de la police.
23À partir de la fin de l’année 1974, le mouvement sort de la clandestinité. S’ouvre dès lors une longue saison, marquée par des centaines d’assemblées publiques, de rencontres dans les usines et d’autres lieux de travail, de débats organisés aux sièges des syndicats et des partis, de colloques et de conférences. De cette manière, les problèmes des policiers sont portés au centre du débat public du pays et à la connaissance des autres catégories de travailleurs. Les policiers peuvent ainsi se rapprocher des franges de la société avec qui les heurts avaient été particulièrement musclés, du fait de la volonté politique de la démocratie chrétienne34. Au même moment, quasiment par contagion, les autres forces de l’ordre et corps armés de l’État commencent à se mettre en branle. Au sein de la Guardia di Finanza, des douaniers démocrates revendiquent publiquement une démilitarisation et une réforme35. Au sein des forces armées, des conscrits animent un solide mouvement aux côtés de Lotta Continua36 et d’autres groupuscules de la gauche extraparlementaire37. Les militaires professionnels se joignent à leurs demandes de changement. Parmi ces derniers, il faut au moins citer les sous-officiers de l’aéronautique militaire, qui organisent des rencontres et permettent de tenir des réunions avec des associations et partis politiques de gauche38.
24Si l’histoire de ce mouvement né au sein de la police italienne a déjà été racontée par ailleurs, il faut toutefois rappeler ici quelques-uns des instruments et des arguments que les policiers élaborent à ce moment avec les syndicats et les autres catégories de travailleurs, notamment parce que ces arguments ne laissent ensuite presque aucune trace dans la réforme issue de ces luttes.
25L’organe de référence de la lutte est la revue mensuelle Ordine pubblico. Elle représente un point de ralliement, une plateforme de discussion et d’élaboration théorique particulièrement vivace pour le mouvement, dès sa phase clandestine. Son directeur, Franco Fedeli, joue un rôle de premier ordre au sein de l’organisation. Journaliste de gauche reconnu, passé par l’antifascisme et la Résistance, Fedeli suit attentivement toutes les phases de la longue lutte menée par les policiers, jusqu’à ce que son militantisme en leur faveur lui coûte son poste au journal, qui le licencie en 1976. Dès l’année suivante, il poursuit son travail avec un autre projet éditorial, la revue Nuova polizia e riforma dello Stato, offrant aux policiers une nouvelle agora, ouverte aux revendications et aux analyses des autres corps de forces de l’ordre comme de l’armée39.
26Le travail effectué par ces revues est essentiel. Elles centralisent les informations, les analyses et les témoignages concernant les dysfonctionnements et les problèmes de la police. Elles constituent un laboratoire démocratique, intellectuel et politique, au sein duquel le mouvement policier et sa filiation syndicale purent donner une forme et une substance à leur projet politique. Dans leurs colonnes, les policiers rapportent leur vie quotidienne à l’aide de centaines de lettres, d’articles et d’annonces. En plus de dénoncer injustices, détournements, abus et irrégularités de tous genres, ces témoignages contribuent à la production d’une somme collective impressionnante quant aux conditions de vie auxquelles étaient astreints les agents40. Certains de leurs textes participent à l’éveil d’une conscience de classe, comme le montre cet extrait de l’Ordine pubblico, publié en 1974 :
« Cette vie nous étouffe. Nous ne croyons plus ce que nous dit notre hiérarchie. Nous faisons partie des exploités au même titre que les ouvriers que nos supérieurs voudraient nous voir bastonner lorsqu’ils se mettent en grève. Mais la majorité d’entre nous, hormis quelques fascistes, ne veut pas réprimer les ouvriers, parce qu’ils se battent aussi pour les paysans du Sud, pour nos compatriotes partis à l’étranger et pour nous. Oui, aussi pour nous. Nous sommes entrés dans la police parce que nous n’avions pas d’emploi, mais nous croyions que notre mission était d’arrêter les délinquants et non de rosser les travailleurs41. »
27Après avoir dénoncé leurs conditions de vie et de travail, puis avoir défini comme objectifs pratiques primordiaux la démilitarisation, la réforme et la syndicalisation, premières pierres d’un changement global de l’institution, les policiers passent à une phase plus prospective de leur lutte. Cette phase d’étude leur permet de réfléchir au métier de policier, aux carences de leur préparation professionnelle, de discuter des moyens pour repenser la formation, le système des écoles de police ou les spécialisations. Ils tentent aussi de réorienter les priorités de leur travail et d’amender leurs pratiques quotidiennes. Certains y voient l’occasion de rapprocher la figure du policier de celle du travailleur. En mars 1975, c’est en ces termes que s’exprime Angelo Giacobelli, un capitaine de police très attentif au mouvement, au cours d’une réunion publique :
« Nous voulons être considérés comme des travailleurs, au même titre que les métallurgistes, que les ouvriers du bâtiment ou que les cheminots. Travailleurs de la police, voilà ce que nous sommes, et non des missionnaires comme on veut nous le faire croire, non, pas des missionnaires. Nous faisons notre métier et nous voulons le faire mieux, le faire bien. Et pour bien le faire, de quoi avons-nous besoin ? D’une meilleure formation professionnelle, d’écoles où apprendre comment combattre le terrorisme, comment affronter la criminalité rampante, […], comment protéger les citoyens et la Constitution42. »
28D’autres vont jusqu’à réfléchir à la nécessité d’une réforme – complète – des contingents de police de la République, par la création d’un corps unique de police civile, qui aurait constitué l’antithèse du vieux modèle policier italien militarisé, jugé pléthorique, inefficace et antidémocratique. Ces débats ouvrent aussi un espace pour des critiques plus acerbes, émises par les mêmes agents à l’occasion de l’adoption des dispositions législatives d’urgence prises dans le cours des années 1970, et qui confèrent aux institutions policières des pouvoirs étendus. Sur le plan démocratique, ces dernières sont ressenties comme amorçant un dangereux virage autoritaire43.
29Cette activité réformiste des policiers est réalisée en étroite collaboration avec des juristes, des technocrates et des politiques de différents partis, des représentants syndicaux et ouvriers. Elle se diffuse plus largement, au-delà des opuscules et des documents produits par les différents groupes du mouvement44, et se retrouve dans les débats qui accompagnent les premiers projets de réforme présentés au Parlement. Mais ses propositions sont en grande partie négligées45. L’union entre le mouvement des policiers et les travailleurs se renforce à la fin des années 1970, ainsi que le montre l’organisation, le 20 décembre 1977, de la première grève générale solidaire en faveur de la réforme de la police. « Deux mille assemblées d’ouvriers et de policiers discutent de la façon de changer l’État », publie Il Manifesto, en soulignant que cette journée est marquée par la tenue d’une myriade d’assemblées dans les usines46. À l’occasion de ces débats publics, quelques agents animent des tables rondes sur le rôle du policier dans la société et sur la déontologie professionnelle. Ils témoignent alors d’un haut niveau de conscience politique et d’une remarquable capacité à s’insérer dans un débat culturel et idéologique plus général sur la sécurité, la surveillance, la répression et la réforme de l’État :
« Après avoir réfléchi à son rôle dans la société et avoir réfuté le modèle comportemental que l’administration lui a attribué et imposé, le policier prend conscience d’avoir défini ce qu’il ne veut plus être. Mais il n’a pas encore traduit en des termes clairs et positifs cette prise de conscience sans laquelle il risque de retomber continuellement dans l’ancienne logique. Comme bien d’autres hommes, le policier vit une profonde crise morale liée à l’inadéquation entre les “principes” éthiques et professionnels qui lui ont été inculqués et la réalité qu’il éprouve en tant qu’homme, en tant que citoyen ou en tant que travailleur. Cette réalité, qui n’a de cesse de se transformer, de se complexifier et de s’enrichir, lui semble toujours plus abstraite et plus éloignée de ces principes. Cette crise des valeurs provient avant toute chose de l’ouverture du policier aux problèmes généraux de la société. Cette ouverture se présente à lui en des termes profondément différents de ce qu’on lui avait décrit. Il ne se résout ainsi pas à récupérer de vieux idéaux ni à se doter de nouveaux, mais à perpétuer la méthode qui a permis sa prise de conscience. Pour cela, il souhaite tenir compte de la difficulté à prédéterminer des limites au sens moral, en faisant de celui-ci le matériau d’une recherche constante. Le policier – comme tout autre individu inséré consciemment dans la collectivité – n’a donc pas besoin de nouvelles valeurs mais d’une nouvelle pratique de vie s’il souhaite que son action soit bénéfique à la collectivité, et non qu’elle soit une entrave à l’émancipation civile des autres, comme cela a été le cas en bien d’autres occasions47. »
30Comme d’autres, cette intervention du capitaine de police Riccardo Ambrosini dans les pages de Nuova polizia et riforma dello Stato (1978) concrétise les réflexions les plus avancées qui avaient été élaborées au sein de la police dans le but de la réformer, laissant entrevoir encore une fois le haut niveau de maturité politique et culturelle qui s’y était développé.
Conclusion
31La réforme de la police italienne n’est approuvée qu’en 1981, bien des années après les premières propositions allant en ce sens. Cela passe par un texte de loi qui revoie à la baisse les intentions premières des partisans des réformes. Ce texte est loin de tenir compte des réflexions les plus originales et courageuses du mouvement démocratique. Les policiers ont pourtant appelé de leurs vœux et attendu ce texte législatif pendant près de dix ans. La loi 121/81 devait être la première d’une série de réformes des forces de sécurité de la République italienne, mais elle est demeurée, de fait, l’unique réforme de la police.
32Son application s’avère lente et gérée de manière ambivalente, dans la mesure où nombre des carences héritées du passé survivent à la constitution du nouveau corps, la police d’État. L’héritage immatériel construit au cours de dix années de lutte par le mouvement démocratique est en grande partie perdu, malgré la naissance du Syndicat unitaire italien des travailleurs de police (Sindacato Unitario Italiano dei Lavoratori di Polizia) peu après la réforme : ce dernier échoue à en être le garant et l’héritier. Au fil du temps, un ensemble de changements transforme en profondeur le monde syndical qui se fragmente à la fois dans et en dehors de la police. Faute de relève et en raison d’un renouvellement générationnel interne, la police d’État elle-même se voit privée de nombreux acteurs qui avaient pris part à la bataille des années 197048. À l’aube des années 1980, la société italienne qui amorce une phase de repli conservateur n’éprouve plus le besoin de disposer d’une police capable d’accompagner ses aspirations émancipatrices.
Notes de bas de page
1Texte traduit par Pierre Nevejans, LabEx COMOD, Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA) [UMR 5190], traduction revue par V. Milliot. Certaines des réflexions qui suivent sont plus amplement développées dans Di Giorgio Michele, Per una polizia nuova. Il movimento per la riforma della Pubblica Sicurezza (1969-1981), Rome, Viella, 2019. On peut avoir un aperçu de ce malaise dans la société italienne et dans sa police, à travers la culture populaire et le genre cinématographique du Poliziottesco. Voir la collection de DVD « Les années de plomb », présentée par Alain Petit, chez ELEPHANT Classics films et Di Giorgio Michele, Il braccio armato del potere. Storie e idee per conoscere la polizia italiana, Milan, Nottetempo, 2024.
2Un bilan historiographique sur les polices italiennes est disponible dans Labanca Nicola, « Un giornale per la gestione e per la riforma della polizia », in Nicolas Labanca et Michele Di Giorgio (dir.), Una cultura professionale per la polizia dell’Italia liberale. Antologia del « Manuale del funzionario di sicurezza pubblica e di polizia giudiziaria » (1863-1912), Milan, Unicopli, 2015, p. 15-126. Une vue d’ensemble des recherches en sociologie et criminologie concernant les forces de police italiennes est disponible dans Fabini Giulia, Gargiulo Enrico et Tuzza Simone, Polizia. Un vocabolario dell’ordine, Milan, Mondadori Università, 2023. Sur la police italienne, il est désormais également disponible dans Tosatti Giovanna, Storia della polizia. L’ordine pubblico in Italia dal 1861 a oggi, Bologne, il Mulino, 2024.
3Baravelli Andrea, Istituzioni e terrorismo negli anni Settanta. Dinamiche nazionali e contesto padovano, Rome, Viella, 2016 ; Di Fabio Laura, Due democrazie una sorveglianza comune. Italia e Repubblica Federale Tedesca nella lotta al terrorismo interno e internazionale (1967-1986), Milan/Florence, Mondadori/Le Monnier, 2018.
4À défaut d’une bibliographie exhaustive, voir Della Porta Donatella et Reiter Herbert, Polizia e protesta. L’ordine pubblico dalla Liberazione ai « no global », Bologne, Il Mulino, 2003 ; Dogliani Patrizia, « La polizia di Stato alla nascita della Repubblica : ordine pubblico e Stato di diritto (1944-1960) », in Patrizia Dogliani et Marie-Anne Matard-Bonucci, Democrazia insicura. Violenze, repressioni e Stato di diritto nella storia della Repubblica (1945-1995), Rome, Donzelli, 2017, p. 15-30 ; Gargiulo Enrico, « ‘Crowds are mad and criminal’: the notion of public order in Italian manuals for police mobile units, 2000-2008 », Journal of Modern Italian Studies, no 27, 2022, p. 294-316 ; Fimiani Enzo, « Dall’altra parte della piazza. Il I reparto Celere a Roma nel 1977 », in Simone Neri Serneri et Monica Galfré, Il movimento del ‘77. Radici, snodi, luoghi, Rome, Viella, 2018, p. 293-308 ; Fimiani Enzo, « Occupying spaces, regulating bodies: a cultural history of the Celere and mobile police units in the Italian Republic », Journal of Modern Italian Studies, no 27, 2022, p. 200-223. Parmi les nombreuses études internationales, citons Emsley Clive, The English Police. A Political and Social History. Second Edition, Londres, Routledge, 1996 ; Emsley Clive, The history of policing, 4 vol., Londres, Routledge, 2011 ; Belière Jean-Marc et Lévy René, Histoire des polices en France. De l’Ancien Régime à nos jours, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2011 ; Milliot Vincent (dir.), Histoire des polices en France. Des guerres de Religion à nos jours, Paris, Belin, 2020.
5De Luna Giovanni, Le ragioni di un decennio. 1969-1979. Militanza, violenza, sconfitta, memoria, Milan, Feltrinelli, 2009 ; Tolomelli Marica, L’Italia dei movimenti. Politica e società nella Prima repubblica, Rome, Carocci editore, 2015 ; Colarizi Simona, Un paese in movimento. L’Italia negli anni Sessanta e Settanta, Rome/Bari, Laterza, 2019.
6Des éléments généraux sur l’Italie des années 1970 sont accessibles dans Ginsborg Paul, Storia d’Italia dal dopoguerra a oggi, Turin, Einaudi, 2006 ; Crainz Guido, Il paese mancato. Dal miracolo economico agli anni Ottanta, Rome, Donzelli, 2003 ; Crainz Guido, Storia della Repubblica. L’Italia dalla liberazione ad oggi, Rome, Donzelli, 2016.
7Panvini Guido, Ordine nero, Guerriglia rossa. La violenza politica nell’Italia degli anni Sessanta e Settanta (1966-1975), Turin, Einaudi, 2009.
8Dondi Mirco, L’eco del boato. Storia della strategia della tensione 1965-1974, Rome/Bari, Laterza, 2015.
9Sur le terrorisme et la lutte armée, la bibliographie est trop abondante pour être citée. Nous nous contenterons des références générales aux histoires de la République déjà citées.
10« Notiziario dell’Amministrazione della Pubblica Sicurezza », 1977, Archivio Flamigni (AF), Fondo Sergio Flamigni (FSF), sezione II, serie 8, busta 62, fascicolo 9.
11« Aspetti della criminalità in Italia », 1974, AF, FSF, sez. II, serie 8, b. 62, f. 7.
12En Italie, la Polizia femminile, en charge des affaires relevant des mœurs et de la protection de l’enfance de 1961 à 1981, était exclusivement composée de femmes ; Tambor Molly, « The Origins of the Polizia Femminile, 1948-1961 », Journal of Modern Italian Studies, no 27, 2022, p. 178-199 ; Azara Liliosa, Un nuovo Corpo dello Stato. La polizia femminile in Italia (1961-1981), Rome, Viella, 2023.
13Manganelli Michele, « Brevi cenni sull’organizzazione delle Forze di Polizia in Italia », Rivista di Polizia, no 19, 1966, p. 92-97.
14Di Giorgio M., Per una polizia…, op. cit., p. 115-128.
15Ibid., p. 123-128.
16Paloscia Annibale et Salticchioli Maurizio, I Capi della polizia. La storia della sicurezza pubblica attraverso le strategie del Viminale, Rome, Laurus Robuffo, 2003, p. 159-218.
17Tosatti Giovanna, Storia del Ministero dell’Interno. Dall’Unità alla regionalizzazione, Bologne, Il Mulino, 2009, p. 260.
18Crainz Guido, Storia del miracolo economico, Roma, Donzelli, 2005, p. 19-24 ; Tosatti Giovanna, Storia del Ministero dell’Interno : dall’Unità alla regionalizzazione, Bologne, Il Mulino, 2009, p. 307.
19Il s’agit de l’équivalent italien des Compagnies républicaines de sécurité.
20Di Giorgio M., Per una polizia…, op. cit.
21Di Giorgio Michele, « Educare il poliziotto. Programmi, metodi e materiali per la formazione delle guardie di Pubblica sicurezza (1961-1970) », Società e Storia, no 175, 2022, p. 39-83.
22Buoncristiano Aldo, « Episodi di malcontento nella PS. Appunto per il Ministro », 9 décembre 1977, Archivio centrale dello Stato (ACS), Ministero dell’Interno, Gabinetto (Mi Gab), 1976-1980, b. 145, f. 11070/140/1.
23Bernardi Alberto, La riforma della Polizia, Turin, Einaudi, 1979 ; Fedeli Franco, Sindacato polizia, Milan/Rome, Sapere Edizioni, 1975 ; Fedeli Franco, Polizia e democrazia, Pordenone, Edizioni Studio Tesi, 1978.
24Sur la mentalité militaire et la culture interne à la police, Di Giorgio Michele, « Police cultures. The construction of a collective imaginary for the guardie di Pubblica sicurezza, 1949-1960 », Journal of Modern Italian Studies, no 27, 2022, p. 224-249.
25Il était très fréquent d’embrigader les élèves policiers lors des opérations de maintien de l’ordre ; Di Giorgio M., « Educare il poliziotto… », art. cité.
26Le terme désigne des personnes de basse condition sociale, cantonnés à des tâches humiliantes.
27Di Giorgio M., Per una polizia…, op. cit., p. 119-120, 184-185.
28Fedeli Franco, « Indagine su un filone molto sospetto », Il Patalogo due. Annuario 1980 dello spettacolo, Milan, Ubulibri/Electa Editrice, 1980, p. 122-125.
29Boatti Giorgio, Piazza fontana. 12 dicembre 1969 : il giorno dell’innocenza perduta, Turin, Einaudi, 1999 [1re édition 1993], p. 47-51.
30Vanzella Cesare, Il caso Annarumma. La rivolta delle caserme e l’inizio della strategia della tensione, Rome, Castelvecchi, 2019.
31Buoncristiano Aldo, « Episodi di malcontento nella PS. Appunto per il Ministro », 9 décembre 1977, ACS, Mi Gab, 1976-1980, b. 145, f. 11070/140/1.
32Lehner Giancarlo, Dalla parte dei poliziotti, Milan, Mazzotta, 1978, p. 141.
33Di Giorgio M., Per una polizia…, op. cit.
34Cronologia incontri poliziotti (1974-1976), AF, FSF, sez. II, serie 3, b. 50, f. 54.
35Tolone Maria, « Procreava senza l’autorizzazione dei suoi superiori ». La Guardia di Finanza vista dai finanzieri democratici, Trieste, Kappa Vu, 2013.
36L’une des principales formations communistes ouvrières de la fin des années 1960 et du début des années 1970.
37Proletari in divisa (dir.), Da quando son partito militare…, Rome, Edizioni di Lotta continua, 1973.
38Medail Cesare, Sotto le stellette. Il movimento dei militari democratici, Turin, Einaudi, 1977.
39Di Giorgio M., Per una polizia…, op. cit., p. 148-155. Sur Franco Fedeli, voir également Di Giorgio Michele, Polizia, società e politica nell’Italia repubblicana. Gli editoriali di Franco Fedeli (1973-1997), Milan, Unicopli, 2023.
40Fedeli Franco, Da sbirro a tutore della legge. L’emarginazione, i problemi della famiglia, la tensione, i pericoli di un mestiere difficile nelle lettere dei poliziotti, Rome, Napoleone, 1981.
41Bertin Mario, « Polizia e classe lavoratrice: chi vuole l’una contro l’altra? », Ordine pubblico, no 23, 1974, vol. 5, p. 14.
42Intervention du capitaine de police Angelo Giacobelli lors d’une assemblée générale du mouvement tenue à Montesilvano (PE), 7 mars 1975 (verbatim enregistré), ACS, Mi Gab 1971-1975, b. 119, f. 11070/120/60.
43Les lois d’exception afférentes à l’ordre public furent durement critiquées comme antidémocratiques et contre-productives, y compris au sein de la police et de membres du mouvement, Fedeli Franco, « Le bugie di Gui », Ordine pubblico, no 25, 1976, vol. 1, p. 3. À propos de la loi Reale et des abus qui suivront quant à l’usage des armes à feu par la police, Neppi Modona Guido, « Il disordine pubblico e la legge », Ordine pubblico, no 25, 1976, vol. 5, p. 16 ; Vanzella Cesare, « Una legge che produce cadaveri », Nuova polizia e riforma dello Stato, no 2, 1978, vol. 12, p. 22-23.
44« Ciclostilato del Comitato di coordinamento dei lavoratori della Ps della provincia di Cremona e intitolato Il poliziotto democratico parla », décembre 1977, ACS, Mi Gab 1976-1980, b. 145, f. 11070/140/1, sott. 3.
45La riforma della polizia: progetti di legge e iter parlamentare della legge 1o aprile 1981, no 121, Rome, Camera dei deputati, 1983.
46Medici Sandro, « Ora i poliziotti sono un corpo meno separato dalla società e più lontano dalla Dc », Il Manifesto, 21 décembre 1977.
47Ambrosini Riccardo, « Per una nuova pratica di vita », Nuova polizia e riforma dello Stato, no 2, 1978, vol. 6, p. 25.
48Di Giorgio M., Per una polizia…, op. cit., p. 277-286.
Auteur
-
Michele di Giorgio
Université Ca’ Foscari, Venise, Université de Sienne.
Di Giorgio Michele, docteur en histoire sociale européenne (Venise), chargé de recherche au département d’histoire (Sienne).
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