Introduction
p. 229-230
Entrées d’index
Index géographique : France
Texte intégral
1Tout engagement est un acte fondateur qui détermine une profonde implication de la personne, une conduite et une forme de vie. Dans le cas du militantisme politique, il s’inscrit dans le champ d’une doctrine, de pratiques et de discours bien définis, et reprend à son compte l’héritage des grands ancêtres. « Prendre parti », selon la belle expression de Bernard Pudal1, implique la ratification des idéaux, des objectifs et de la stratégie de l’organisation politique que l’on a choisie, ainsi que la diffusion de sa culture politique2. Aussi dès leur adhésion à la SFIO, les parlementaires socialistes de la IVe République s’engagèrent-ils à contribuer le plus efficacement possible au succès de son idéologie et à respecter sa discipline. « Nul n’a jamais raison contre son parti » était l’axiome par excellence, puisque la SFIO se définissait comme un parti de classe, ouvrier, où la volonté de l’individu devait se fondre dans celle de la collectivité. Mais ce militantisme recelait en fait d’autres formes d’engagement. Il pouvait être transcendé par l’attachement à des valeurs qui n’étaient pas spécifiquement socialistes, mais héritées de la Révolution française, de convictions spirituelles, ou encore d’expériences fondatrices telles que la scission de Tours, la Grande Guerre ou la Résistance. Il était complété par des relations affectives et privilégiées avec quelques grandes figures du socialisme, mais aussi parfois avec celle, atypique, du général de Gaulle depuis la Seconde Guerre mondiale. La tension générée par ces différents pôles d’attraction fut à l’origine du désarroi des années 1938-1940, puis des indisciplines chroniques du groupe sous la IVe République. Quand la conscience individuelle parvenait-elle à primer sur l’intérêt dit supérieur du parti ? Comment les parlementaires conciliaient-ils des fidélités personnelles parfois incompatibles ? Devaient-ils relayer l’argumentaire officiel ou imprimer leur marque dans leurs professions de foi ?
2Cet axe de recherche doit intégrer « la clef générationnelle » proposée par Jean-François Sirinelli3. Mais près de cinquante ans séparent le doyen du corpus né en 1873 – et donc de la génération de Léon Blum au sens biologique du terme – du benjamin né en 1920 : la notion reste-t-elle opératoire ? Avoir adhéré au même moment et dans les mêmes circonstances à un parti et y avoir vécu les mêmes expériences gomment les différences, de sorte qu’une même génération militante peut regrouper diverses classes d’âge. En dehors des déterminants sociaux4, Jean-Pierre Azéma a montré qu’il existe des événements inauguraux, qui structurent un groupe en lui donnant des représentations, des comportements politiques, voire des réflexes communs5. Peut-on alors définir plusieurs générations de militants chez les parlementaires, au moyen d’événements perçus collectivement comme dateurs ? Mais comme la plupart appartenaient à la minorité résistante, traversée par des solidarités et des amitiés durables, existe-t-il plutôt une génération de la Résistance, caractérisée par des refus et des choix communs ?
3Il ne s’agira donc pas de réécrire l’histoire de la SFIO par le biais de ses parlementaires, mais de suivre trois fils d’Ariane pour démêler l’écheveau de leurs itinéraires croisés et en saisir la cohérence. Comment évolua leur relation avec le communisme depuis la scission de Tours ? Par quelles étapes furent-ils conduits à tolérer plus ou moins rapidement la guerre, puis le réarmement, comme des maux nécessaires ? Enfin, autour de quels enjeux s’articula leur combat républicain sous la ive République ?
Notes de bas de page
1 Bernard Pudal, Prendre parti. Pour une sociologie historique du PCF, Presses de la FNSP, 1989.
2 Jean-François Sirinelli définit « la culture politique » comme « une sorte de code, un ensemble de référents formalisés au sein d’un parti, ou plus largement diffus au sein d’une famille ou d’une tradition politique ». Cf. Les droites en France, tome II, Gallimard, 1992, p. III-IV. Voir aussi Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° spécial « La culture politique en France depuis de Gaulle », n° 44, octobre-décembre 1994.
3 Jean-François Sirinelli, Génération intellectuelle. Khâgneux et normaliens dans l’entre-deux-guerres, Fayard, 1988.
4 Cf. chap. IV, p. 118-127.
5 Jean-Pierre Azéma, « La clef générationnelle », Vingtième Siècle, n° spécial d’avril-juin 1989, et Jean-François Sirinelli (dir.), « Générations intellectuelles », Les Cahiers de l’IHTP, n° 6, 1987.
Auteurs
- Noëlline Castagnez
-
Jean-Marie Mayeur
Préface de
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